Cinq façons de concrétiser la transformation de genre au travail

L’inégalité des genres au travail n’est pas le fruit du hasard. Elle est intégrée dans les structures, assimilée par les personnes qui établissent les règles, par celles à qui elles s’adressent et par celles qui en sont exclues. La transformation des relations entre les sexes se pose en vecteur de changement. Voici cinq façons d’atteindre cet objectif.

1. Reconnaître que « mettre tout le monde sur le même pied » n’est pas synonyme d’égalité

La plupart des employeurs affirment traiter les hommes et les femmes de manière égale. Ce qui n’est pas synonyme de résultats équitables, surtout lorsque les règles ont été rédigées en fonction d’un seul groupe.

Prenons l’exemple des équipements de sécurité. Pendant des décennies, les équipements de protection ont été conçus pour le corps masculin moyen. Les femmes devaient se contenter d’une panoplie qui ne convenait pas à leur morphologie et se trouvaient donc exposées à un risque d’accident plus élevé. La règle était « la même » pour tout le monde. Au détriment du résultat.

La transformation de genre implique d’aller au-delà du simple constat de la problématique. Il s’agit de changer les règles en profondeur, d’impliquer les femmes dans leur rédaction, de remettre en question les idées reçues sur les personnes auxquelles certains emplois sont destinés et de s’assurer que les systèmes de sécurité, de rémunération et de promotion fonctionnent de manière analogue pour tout le monde.

Un bon test d’évaluation pour toute politique en milieu de travail : pour qui a-t-elle été conçue et qui exclut-elle ?

2. Prendre en compte le travail que personne ne veut voir

Avant et après leurs heures de travail rémunéré, la plupart des femmes prestent une seconde journée de labeur. Cuisiner, nettoyer, élever les enfants, s’occuper des parents âgés, autant de tâches qui permettent aux familles et aux communautés de fonctionner, mais qui ne figurent ni sur une fiche de paie ni dans les chiffres du PIB.

À l’échelle mondiale, les femmes effectuent 76,2 % de l’ensemble des tâches domestiques non rémunérées, soit au-delà de trois fois plus que les hommes, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). On évalue à 708 millions le nombre de femmes qui sont totalement exclues du marché du travail rémunéré en raison de leurs responsabilités familiales, contre 40 millions d’hommes. Au rythme où les choses évoluent actuellement, l’OIT estime qu’il faudra 210 ans pour combler cet écart.

Cet aspect est important pour les travailleuses, car leurs responsabilités familiales les suivent sur leur lieu de travail, délimitant les emplois qu’elles peuvent occuper, les horaires qu’elles peuvent assumer ainsi que leur évolution de carrière. Une véritable égalité entre les sexes implique de reconnaître ce travail, de le redistribuer plus équitablement et de créer des lieux de travail qui en tiennent compte. Et ce par le biais de congés parentaux que les pères utilisent réellement, de services de garde d’enfants abordables et d’horaires flexibles qui ne compromettent pas la carrière.

3. Combler l’écart salarial et obliger les employeurs à en apporter la preuve

Les femmes gagnent environ 20 % de moins que les hommes à l’échelle mondiale. Comme l’affirment les Nations Unies : à travail de valeur égale, pour chaque dollar gagné par un homme, une femme perçoit 77 cents. Les mères sont les plus touchées : leur salaire diminue à  chaque nouvelle naissance, tandis que celui des pères augmente la plupart du temps.

Une partie de cet écart résulte d’une discrimination flagrante. Mais il reflète surtout un phénomène plus profond : les emplois principalement exercés par des femmes sont moins valorisés que des postes équivalents majoritairement occupés par des hommes. Une aide-soignante gagne une fraction du salaire d’un agent de sécurité, en dépit de compétences et de responsabilités comparables.

Pour combler cet écart, il importe avant tout de le rendre visible. Les employeurs doivent publier des données salariales ventilées par sexe et par fonction, pour éviter toute tentative de dissimulation. Les travailleurs, les travailleuses et les syndicats pourront alors utiliser ces données pour contester les inégalités salariales lors des négociations, publiquement et devant les tribunaux. La boîte à outils sur l’équité salariale d’IndustriALL est un guide pratique gratuit spécialement conçu pour aider les syndicats à lutter contre l’écart salarial entre les sexes, depuis la sensibilisation jusqu’à la négociation de la transparence salariale avec les employeurs.

4. Changer l’institution, pas uniquement les règles

Les politiques ont leurs limites. Pour obtenir un changement durable, il faut modifier la culture des organisations, y compris les syndicats eux-mêmes. Comme l’a fait valoir la Professeure Akua Opokua Britwum, l’une des principales académiciennes féministes d’Afrique, lors de la réunion du Comité des femmes d’IndustriALL qui s’est tenue au Cap en juin 2023 :

« Vous pouvez nommer 100 % de femmes à la direction d’un syndicat, mais si les structures et la culture restent inchangées, ce syndicat continuera à décevoir les travailleuses. »

IF Metall, la fédération syndicale suédoise des métallurgistes, a inscrit les principes féministes dans ses statuts fondateurs, tandis que le syndicat français CGT a introduit la parité hommes-femmes au sein de son Comité directeur en 1999. En Espagne, en 2017, ELA a mené une enquête anonyme auprès de l’ensemble de ses adhérents, posant des questions sans fard sur la discrimination et les préjugés au sein du syndicat lui-même. Les questionnaires ont été complétés par 95 % des personnes interrogées et les résultats obtenus se sont avérés embarrassants. Les dirigeants d’ELA ont néanmoins agi en conséquence.

Les hommes font également partie de ce processus. Un milieu de travail qui attend des femmes qu’elles s’occupent de tout à la maison et qu’elles défendent l’égalité au travail ne constitue pas un environnement féministe, mais un contexte épuisant. Les syndicats et les employeurs qui ont directement impliqué les travailleurs, par le biais de formations et de conversations sans détour sur la manière dont les normes de genre nuisent également aux hommes, ont réalisé des progrès plus durables.

5. Connaissez vos droits et exigez qu’ils soient respectés

Les travailleurs et travailleuses ont plus de droits que beaucoup ne le pensent et ces droits existent parce que les générations précédentes se sont battues pour les obtenir. En matière d’égalité des sexes au travail, certaines des protections parmi les plus importantes proviennent des normes internationales établies par l’OIT.

La Convention sur la violence et le harcèlement (C190) établit que chaque travailleur et travailleuse a droit à un lieu de travail exempt de violence et de harcèlement, y compris de violence sexiste. La Convention sur l’égalité de rémunération (C100) énonce le principe de l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale. Il ne s’agit pas d’objectifs ambitieux, mais de normes contraignantes dans les pays qui les ont ratifiées.

Le problème réside souvent dans leur mise en application. Les droits sur le papier n’ont que peu de sens en l’absence de pression pour les mettre en œuvre. Cette pression émane des travailleurs syndiqués, au sein de leurs organisations, durant les campagnes et sur les lieux de travail. IndustriALL a développé une boîte à outils pour former les formateurs sur la C190, disponible en une quinzaine de langues, afin d’aider ses affiliés à mettre la convention en pratique.

La résolution féministe de 2025, adoptée par les affiliés d’IndustriALL, définit un programme complet : de l’égalité salariale et la sécurité sur le lieu de travail au care, en passant par la justice climatique et la lutte contre la montée de l’autoritarisme. Elle indique explicitement que la justice de genre n’est pas une question secondaire pour le mouvement syndical. Elle est le mouvement syndical.

« La transformation des relations entre les sexes ne se fera pas sans lutte. Les outils, les cadres et la solidarité existent bel et bien. La question est de savoir si nous les utilisons avec détermination et dans un but commun. », a déclaré Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL.

Des femmes dirigeantes syndicales venues du monde entier à la Conférence des femmes d’IndustriALL, Sydney, novembre 2025. @IndustriALL

Pas de justice pour les femmes sans droits syndicaux

Les revendications, présentées par IndustriALL et d’autres Fédérations syndicales internationales sont axées sur l’accès à la justice pour les femmes dans le monde du travail, un droit dont sont privées des millions de femmes travailleuses en raison de lois discriminatoires, d’institutions sous-financées et d’obstacles structurels à la prise de décision.

La justice est indissociable des droits syndicaux

L’accès à la justice ne peut être dissocié du droit à la syndicalisation. La liberté d’association syndicale et la négociation collective doivent être garanties pour tous les travailleurs et travailleuses, au sein des chaînes d’approvisionnement, dans l’économie informelle, pour les travailleurs et travailleuses migrants et dans les secteurs public et privé. Dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, les femmes sont surreprésentées dans les emplois les plus précaires, souvent sans couverture syndicale et sans accès à des mécanismes de règlement des conflits. Les gouvernements doivent agir pour mettre fin à la persécution des femmes dirigeantes syndicales et rendre la justice accessible grâce à l’aide juridique et à l’exonération des frais.

Mettre fin à l’écart salarial entre les sexes : par des mesures contraignantes et non par des promesses

Pour combler l’écart salarial entre les sexes, il faut ratifier et mettre en œuvre les Conventions 100 et 111 de l’OIT, établir des salaires minimums vitaux par le biais de négociations collectives ou de processus réglementaires, introduire des lois sur la transparence salariale et revaloriser les professions féminisées. L’application de ces mesures doit s’accompagner d’un renforcement de l’inspection du travail, de procédures de dépôts de plainte accessibles et d’une transparence totale des données salariales dans les secteurs public et privé.

Ratifier la C190 et la mettre en œuvre

Les gouvernements doivent ratifier et mettre en œuvre la Convention 190 et la Recommandation 206 de l’OIT, en adoptant des stratégies exhaustives qui interdisent toutes les formes de violence et de harcèlement fondées sur le genre dans l’ensemble du monde du travail, y compris la violence intrafamiliale et le féminicide. Les mécanismes de signalement doivent être sûrs, confidentiels, sensibles au genre et offrir une protection totale contre les représailles. Les syndicats doivent être associés à la conception, au suivi et à l’application de ces politiques.

Care, numérisation et travail décent

La législation du travail doit s’appliquer aux travailleurs et travailleuses précaires et informels. La responsabilité première de l’État en matière de care* (Ndt) doit être reconnue, avec des investissements publics dans ce domaine et la redistribution du travail non rémunéré qui y est affecté.

En matière de numérisation, une perspective de genre doit être intégrée dans les décisions politiques relatives à l’intelligence artificielle et au travail sur les plateformes. La fracture numérique entre les sexes doit par ailleurs être comblée.

Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré :

« Alors que les négociations se poursuivent à New York, les conclusions adoptées par la CSW70 doivent déboucher sur des engagements concrets et applicables. L’accès des femmes à la justice constitue un facteur de paix et de démocratie et les gouvernements doivent agir en conséquence. »

Déclaration complète

* NdT : le terme “care” (soin) est conservé en anglais dans les milieux académiques pour éviter de le réduire au simple domaine médical. Il s’agit du “prendre soin” qui désigne l’attention aux autres, la sollicitude et le maintien de la vie au quotidien (nourrir, rassurer, écouter). Dans le contexte féministe le “care” fait référence à un travail invisible et dévalorisé. Il critique la construction sociale qui assigne, gratuitement, ces tâches de “soin” aux femmes.

«Tout le monde compte ou personne ne compte» : rencontre avec la Présidente d’IndustriALL

 « Je suis la fille d’une mère célibataire. Souvent, nous n’avions pas assez d’argent pour finir le mois. »

C’est là que sa carrière politique a commencé. Pas dans une salle de conférence, ni dans un local syndical, mais dans un foyer où la précarité financière s’ancrait dans la réalité quotidienne. Elle a suivi une formation d’agent technico-commercial au sein d’une entreprise de construction mécanique, a ensuite rejoint IG Metall en tant que jeune travailleuse et a été élue au Comité de représentation des jeunes, puis au Comité d’entreprise.

 « Le féminisme dans les syndicats reflète un changement du rapport de force inscrit dans la pratique et dans le quotidien. »

Avant d’accéder au poste de responsable syndicale, elle a séjourné à Chicago où elle s’est particulièrement intéressée aux études de genre. Elle y a, par ailleurs, travaillé aux côtés d’un militant noir du Mouvement des droits civiques, ami de Malcolm X. Ensemble, ils ont organisé des camps d’été pour les jeunes issus de quartiers défavorisés.

 « Cette période a vraiment aiguisé mon regard et ma sensibilité face au racisme, à la discrimination structurelle, en particulier à l’égard des Noirs »

a-t-elle déclaré au Congrès.

De retour en Allemagne, elle a poursuivi ses études en sociologie industrielle et a rejoint IG Metall en tant que responsable syndicale en 1997. En 2023, elle a accédé à la présidence d’IG Metall, devenant ainsi la première femme à diriger ce syndicat en 132 ans d’histoire. Deux années plus tard, les affiliés d’IndustriALL l’ont élue au poste de Présidente.

Elle n’a jamais dissocié ses origines de ses combats.

Un moment historique et ses suites

Le moment choisi pour son élection n’est pas fortuit. A Sydney, lors de ce même congrès, les affiliés d’IndustriALL ont adopté à l’unanimité, sans voix contre ni abstention, une résolution féministe historique. Pour Christiane Benner, ces deux événements vont de pair.

Christiane Benner at the podium at IndustriALL's 4th Congress, Sydney International Convention Centre, November 2025, pointing toward the audience
Allocution de Christiane Benner lors du congrès d’IndustriALL, Sydney, 5 novembre 2025

« A mes yeux, l’adoption à l’unanimité de cette résolution témoigne d’une intense solidarité internationale. Elle montre que le féminisme, loin d’être un sujet marginal, devient notre cadre politique commun. Pour IndustriALL, ce moment marque une décision manifeste quant à la direction que nous prenons : le travail syndical féministe est au cœur de notre stratégie, dans la syndicalisation, dans la négociation des conventions collectives et dans notre orientation au plan international. »

Le texte requiert que les principes féministes soient intégrés dans l’ensemble du travail d’IndustriALL, de la transition juste aux chaînes d’approvisionnement mondiales en passant par les négociations collectives. Il s’agit d’un engagement majeur. La question fondamentale à se poser : comment traduire cela dans la pratique.

 « Je veux commencer là où les décisions stratégiques se prennent. Nous saurons que le changement est véritablement en cours lorsque les femmes auront systématiquement leur mot à dire et disposeront d’un réel pouvoir de décision. Le changement sera indéniable lorsque les perspectives féministes feront naturellement partie de notre travail. »

Le pouvoir ne va pas de soi

Œuvrer pendant plus de deux décennies à la mise en place des structures féministes au sein d’IG Metall lui a enseigné une chose par-dessus tout.

« J’ai appris que les syndicats féministes ne naissent pas d’eux-mêmes. Ils ont besoin de structures qui accordent un réel pouvoir aux femmes : des systèmes de rémunération transparents, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, une véritable participation et des espaces où les femmes peuvent s’exprimer pleinement. Et il leur faut faire preuve de courage pour renverser les schémas patriarcaux. Le féminisme dans les syndicats constitue un changement du rapport de force concret et observable au quotidien. »

Cela s’avère particulièrement pertinent aujourd’hui. Partout dans le monde, les acquis des travailleuses sont menacés. Les mouvements de droite, structurés, financés et en plein essor, s’attaquent aux droits reproductifs, aux protections sur le lieu de travail et à la légitimité même de la politique féministe.

Par rapport aux femmes qui prennent cette attaque de plein fouet, elle est sans équivoque.

« Vous n’êtes pas seules. Ce contrecoup réactionnaire nous vise parce que notre mouvement s’est renforcé. Ne vous laissez pas intimider. Syndiquez-vous, créez des réseaux internationaux et continuez à vous faire entendre. Notre mouvement syndical international soutient toutes les femmes qui luttent pour la dignité, la sécurité et l’égalité. »

Faites entendre votre voix

Lors du congrès, s’adressant aux plus jeunes délégués et déléguées présents dans la salle, elle s’est exprimée clairement sur un autre point : le travail syndical auprès des jeunes, qui a façonné sa propre trajectoire, est primordial. C’est ainsi que les mouvements se perpétuent.

Christiane Benner listens during the IndustriALL global youth conference, Sydney, November 2025
Christiane Benner lors de la conférence mondiale de la jeunesse d’IndustriALL, Sydney, 3 novembre 2025

Le message qu’elle transmet à une jeune travailleuse qui commencerait tout juste à faire entendre sa voix dans son syndicat est celui dont elle aurait eu besoin.

« Votre voix est efficace. Si vous la faites entendre, vous pouvez changer les structures, pour vous-mêmes et pour les générations futures. »

Issue d’un foyer où l’argent ne suffisait pas pour boucler le mois, aujourd’hui Présidente d’une  fédération syndicale internationale représentant 50 millions de travailleurs et travailleuses, elle ne s’exprime pas dans l’abstrait.

Elle sait ce que cela exige. Et elle sait que le changement est possible.

De la parole aux actes : le syndicalisme féministe au cœur d’IndustriALL

« Cette résolution nous invite à embrasser le féminisme comme un projet politique transformateur. Il ressort comme outil pour s’attaquer aux causes profondes de l’oppression. »

Son intervention ne relevait pas d’une démarche procédurale, elle avait pour objectif d’indiquer un cap. En tant que défenseure de longue date du syndicalisme féministe au sein d’IndustriALL, ses paroles reflétaient des années de travail de syndicalisation mené par le Comité des femmes qui a façonné la résolution et contribué à ce moment crucial. Le féminisme, a-t-elle précisé, n’est pas une thématique de second plan. Il se pose en cadre politique pour le développement du pouvoir d’agir.

Le vote n’a fait l’objet ni d’aucun rejet, ni d’aucune abstention.

Loin d’un simple moment symbolique, l’adoption de ce texte marque un tournant stratégique, une décision politique délibérée des affiliés d’IndustriALL de placer le syndicalisme féministe au centre du programme de l’organisation.

Ce qui s’est déroulé à Sydney a été annonciateur d’un changement structurel. Le féminisme ne siégeait plus en marge du débat syndical. Il était reconnu comme un élément central des stratégies de syndicalisation, des priorités de négociation et de l’orientation au plan international.

La résolution féministe stipule que le syndicalisme féministe doit être intégré dans tous les domaines d’activité d’IndustriALL, de la transition juste à la politique commerciale, de la syndicalisation aux accords-cadres mondiaux, de la santé et la sécurité au travail à la responsabilité des entreprises.

Il ne s’agit pas d’un quelconque accessoire mais d’un témoin de la façon dont l’organisation évolue.

Le féminisme comme projet politique transformateur

Si Rose Omamo a défini l’orientation politique, la première intervention de l’assemblée a prouvé que le syndicalisme féministe constitue un engagement collectif, y compris de la part des dirigeants masculins.

Etienne Vlok, du SACTWU en Afrique du Sud, a commencé par citer les femmes dirigeantes de son syndicat : Présidentes, Secrétaires générales et Représentantes internationales. Pas de geste rhétorique en l’occurrence mais la reconnaissance de changements concrets dans le rapport de force.

 « Je viens d’un syndicat dont la Présidence est assumée par une femme. Je viens d’un syndicat dont la Secrétariat général est occupée par une femme… Cela me rend fier. »

Il a exprimé cette fierté avec détermination, validant les progrès accomplis tout en refusant de céder à la complaisance.

 « Aujourd’hui 40 % des délégués présents à ce congrès sont des femmes. Mais 40 %, ce n’est pas la parité. C’est une pierre angulaire sur laquelle construire. »

En tant que premier intervenant dans le débat et en tant que syndicaliste masculin, il s’est exprimé sans détour : la thématique de la transformation féministe ne concerne pas uniquement les femmes.  Elle concerne aussi les syndicats. L’objectif poursuivi ne se résume pas à une parité de représentation. Il vise l’égalité structurelle.

La résolution reflète cette approche. Elle exige que la pensée féministe inspire les stratégies de syndicalisation, les négociations collectives et la gouvernance syndicale.

Le leadership des femmes doit non seulement être rendu visible mais doit aussi faire l’objet d’une habilitation avérée, être outillé et intégré dans les processus décisionnels.

Remettre en question les cultures syndicales patriarcales

Plusieurs affiliés ont évoqué en toute franchise la dynamique interne des syndicats.

Leontine Mbolanomena, de la FESATI Madagascar, s’est montrée directe :

« Nous pouvons définir des quotas. Nous pouvons attribuer des titres aux femmes. Mais nous ne faisons pas confiance aux quotas dans la mesure où ils n’impliquent pas de réelles responsabilités ni de prise de décisions. »

Ses propos ont fait mouche, car ils ont soulevé une vérité dérangeante. L’inclusion formelle ne se traduit pas automatiquement par l’exercice du pouvoir. Le syndicalisme féministe requiert un changement structurel dans les processus décisionnels, la prise de responsabilité et la culture du leadership.

Maria Travasson Ramos, de la CNM CUT Brésil, a affiné les enjeux politiques :

« Le féminisme doit s’ancrer dans notre travail quotidien. Pas des mots vides de sens, mais une véritable politique en faveur de la justice. Il ne peut y avoir de syndicats forts sans un féminisme fort. »

Cette logique s’inscrit dans l’ADN de la résolution Les principes féministes doivent façonner les structures, les politiques et les campagnes syndicales. Avec pour ligne de mire la transformation et non la visibilité.

Ancrée dans les réalités du monde du travail

Le débat s’est appuyé sur les expériences vécues dans des secteurs où les travailleuses sont confrontées à une discrimination et à une violence systémiques.

Rukmini VP, de l’INTWF en Inde, a expliqué :

« J’ai été témoin de harcèlement et de discrimination quotidiens à l’égard des salariées sur leur lieu de travail. »

EndangWahyuningsih, de la FSP KEP Indonésie, a établi un lien direct entre le syndicalisme féministe et la santé et la sécurité sur le lieu de travail :

 « Les travailleuses ne doivent pas seulement faire partie du Comité des femmes. Elles doivent être représentées dans tous les comités, en particulier ceux chargés de la santé et de la sécurité au travail, où elles ont besoin de protection, notamment en matière de santé reproductive et de harcèlement sexuel. »

La résolution étoffe les normes de santé et de sécurité au travail pour inclure explicitement la santé et les droits sexuels et reproductifs.  Elle sollicite une formation sur l’égalité des genres dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Elle renforce les engagements visant à institutionnaliser la prévention de la violence et du harcèlement sexistes dans les conventions collectives et les cadres de travail.

Sujana Purba, de FSP2KI Indonésie, l’a exprimé haut et fort:

« Le harcèlement sexuel et la discrimination ne doivent pas être tolérés. »

Ces revendications s’alignent sur l’appel de la résolution en faveur de pratiques salariales transparentes et de mécanismes structurels visant à éliminer les disparités de rémunération et de promotion fondées sur le genre.

Économie politique féministe

L’un des aspects les plus novateurs de la résolution réside dans son adhésion à l’économie politique féministe.

Le texte établit un lien entre la justice de genre et les régimes commerciaux au plan  international, la restructuration néolibérale et la crise climatique. Il réclame une stratégie coordonnée d’économie politique féministe au sein d’IndustriALL afin de définir des politiques commerciales et des réponses solidaires.

Darius Guerrero, de PTGWO aux Philippines, a mis ce lien en lumière:

« Nous faisons pression pour obtenir un impôt sur la fortune et la justice climatique, afin que ces deux aspects soient placés au cœur de la transition juste pour laquelle nous nous battons. »

La résolution exige une transition juste en matière de genre qui intègre les charges familiales et l’autonomie économique des femmes. Elle range ces prestations au titre d’activité fondamentale qui doit être formalisée, protégée et intégrée dans les négociations collectives et la politique économique. Le rôle du syndicalisme féministe évolue ainsi de simple agent de représentation à acteur d’une restructuration économique.

Rester ferme face aux réactions négatives

Le texte évoque également la montée de l’autoritarisme de droite et les réactions antiféministes. Il engage les syndicats à défendre l’espace civique et à protéger les femmes syndicalistes confrontées à la répression.

Lamia Safa, du SNP-CDT au Maroc, a résumé les enjeux plus vastes :

« Libérer les femmes, c’est libérer notre société. »

Dans le contexte international actuel, cette position n’a rien de neutre mais elle se veut au contraire stratégique.

Leadership et appropriation institutionnelle

Après le congrès, la Secrétaire générale adjointe Christina Olivier a décrit la résolution comme une étape décisive  pour l’orientation politique de l’organisation.

« Cette résolution montre de façon incontestable qu’IndustriALL ne fait pas du féminisme  une thématique secondaire. Il est au cœur de notre manière de syndiquer, de négocier et de lutter. Dans le climat actuel d’inégalité et d’hostilité perceptible partout dans le monde, adopter cette position n’est pas une option mais une nécessité.»

Elle souligne que le vote unanime a envoyé un signal fort tant en interne et qu’en externe :

« Nos affiliés se sont exprimés d’une seule voix. Le syndicalisme féministe représente la direction prise par notre mouvement. »

Pour les dirigeants, l’importance de la résolution ne réside pas seulement dans son adoption, mais aussi dans ce qu’elle exige pour aller de l’avant, à savoir des changements concrets dans les stratégies de syndicalisation, les priorités de négociation et la culture institutionnelle.

De la parole aux actes

La résolution défend une vision collective du syndicalisme féministe qui se focalise sur le leadership, les expériences et les droits des travailleuses dans toute leur diversité.

À Sydney, les affiliés ont fait plus qu’adopter un texte. Ils ont revendiqué le féminisme comme cadre central de syndicalisation pour lutter contre le pouvoir des entreprises, l’injustice climatique et les inégalités économiques.

Au départ d’un engagement, le syndicalisme féministe est devenu une stratégie au cœur même du programme d’IndustriALL. Ce faisant, l’organisation s’est positionnée comme une fédération syndicale internationale tournée vers l’avenir, prête à relever les défis politiques actuels avec lucidité et conviction.

Droits de douane américains : onde de choc au sein de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie textile du Lesotho, les femmes principales victimes

Pour les travailleuses, les conséquences se révèlent particulièrement alarmantes : celles qui sont licenciées font la queue tous les jours dès 7 heures du matin devant les portes des usines dans l’espoir d’obtenir un engagement ponctuel tandis que certaines se tournent vers des emplois informels comme la blanchisserie ou la vente ambulante. Les pertes d’emploi ont précipité les ménages dans la détresse, certaines salariées peinant à assumer leurs frais de nourriture, de scolarité, de logement ou encore à faire face à leurs besoins de base, ce qui aggrave l’insécurité alimentaire et la dépendance à l’égard de l’agriculture de subsistance ou des envois de fonds. Les syndicats décrivent un choc lié au genre au sein de la chaîne d’approvisionnement : peu d’alternatives s’offrent en effet aux femmes dans une économie patriarcale en forte pénurie d’emplois formels.

Autrefois florissante grâce à l’accès en franchise de droits prévu par la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), l’industrie textile du Lesotho exportait des jeans, des vêtements de loisirs et de prêt-à-porter pour de grandes enseignes telles que Levi’s, Gap, Walmart, Reebok et d’autres vers les États-Unis, son principal marché. Les exportations annuelles vers les États-Unis ont dépassé les 230 millions de dollars, soit plus de 45 % de la production du secteur et environ 20 % du PIB du Lesotho. À son apogée, le secteur employait 50.000 salariés, dont 80 à 95 % de femmes, pour la plupart chefs de famille. Selon les syndicats, les salaires de ces travailleurs et travailleuses étaient essentiels pour un pays en proie à une pauvreté généralisée et à un taux de chômage de plus de 30 %, voire au-delà chez les jeunes.

Les droits de douane initialement fixés à 50 %, les plus élevés au monde à l’époque, ont immédiatement semé le chaos. Même si le taux a été réduit à 15 % au terme de négociations, ce qui est toujours supérieur aux 10 % appliqués à d’autres pays producteurs de textiles comme le Kenya, l’Eswatini et l’Éthiopie, la frilosité des acheteurs, les annulations de commandes et les réserves quant à l’avenir de l’AGOA ont entraîné des perturbationsd’activités généralisées. Expirée en septembre, l’exemption douanière n’a été prolongée que pour une durée d’un an, jusqu’en 2026, ce qui a amplifié les craintes d’une perte définitive de ses privilèges.

Des usines ont fermé, réduit leurs activités ou délocalisé leurs activités. Cette vague de défaillances plonge les salariés du secteur textile dans le dénuement, sans aucun filet de sécurité. Ever Unison Garments, qui occupait par exemple autrefois plus de 2.000 personnes, a fermé temporairement ses portes pour rouvrir avec un effectif réduit à 200 salariés, tout en intensifiant sa production au Kenya et en Eswatini, où les droits de douane s’avèrent moins élevés. Tai Yuan Garments et TZICC Clothing Manufacturers ont cessé leurs activités, provoquant respectivement la perte de 1.500 et 700 postes. Precious Garments, qui employait environ 4.000 personnes et produisait pour des enseignes telles que Reebok, Mayor et Fish, a licencié tous ses salariés en raison de la réticence des acheteurs face à la reconduction à court terme de l’AGOA.

D’autres usines ont également procédé à des coupes sombres dans leur personnel : Quantum Apparel a remercié plus de 50 % de sa main-d’œuvre. Hippo Knitting, qui produit pour Fabletics, est passée de 1.200 à 400 salariés. Maseru E-Textiles, qui fabrique pour Perry Ellis, a mis ses 1.000 travailleurs et travailleuses en congé indéfini après en avoir licencié environ 200 autres.

Le Syndicat démocratique indépendant du Lesotho (IDUL), affilié à IndustriALL, attire l’attention sur les dizaines de milliers d’emplois potentiellement menacés (jusqu’à 40.000) si cette situation perdure dans les entreprises orientées vers l’exportation. Il indique que de nombreux travailleurs et travailleuses sont confrontés à une réduction de leur temps de travail, à des salaires amputés au tiers d’un salaire normal, à une politique de « pas de travail, pas de salaire » et à des mises en congés sans solde.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

« Les conséquences des droits de douane punitifs se font sentir sur les ménages dirigés par des femmes au Lesotho, ce qui souligne, d’une part les possibles retombées dévastatrices des décisions politiques américaines sur l’emploi et les moyens de subsistance dans les pays du Sud, et d’autre part, la nécessité d’un commerce équitable pour les pays en développement. Les travailleurs et travailleuses de l’industrie textile risquent d’être définitivement exclus de l’économie formelle.»

Plus de 40 jours de grève chez ArcelorMittal Shelby

La grève a débuté à 23h59 le 13 janvier dernier, en l’absence d’accord suite à l’échec des négociations. Entamées le 2 septembre 2025, celles-ci ont tourné court lors de la dernière réunion, tenue ce 28 janvier, entre l’entreprise et le syndicat. Depuis lors, aucune nouvelle séance de négociations n’a été mise à l’ordre du jour.

Selon Steve Ackerman, Représentant international de l’USW, il s’agit de la plus longue grève dans l’histoire de la section locale 3057. Sa durée dépasse déjà celle d’un précédent litige survenu en 2021 : un arrêt de 11 jours couronné d’un accord de quatre ans.

Les travailleurs et travailleuses ne lâchent rien

Dès les premières heures de la grève, des métallurgistes ont maintenu une présence ostensible et déterminée devant l’usine Shelby, le long de West Main Street. En dépit des températures hivernales, des adhérents ont tenu le piquet de grève quotidiennement, brandissant des pancartes, saluant les automobilistes et se rassemblant autour de braséros pour se tenir au chaud.

Les grévistes de cette unité de négociation ont perdu leur salaire et ont vu leurs prestations d’assurance maladie suspendues dès la fin du mois de janvier. Malgré ces pressions, le syndicat affirme que la solidarité sur le piquet de grève et le soutien de la communauté locale restent vifs.

« Le soutien que la section locale 3057 de l’USW reçoit de la communauté est impressionnant. Il est regrettable de voir qu’un groupe de travailleurs et travailleuses aussi dévoués doivent se battre pour obtenir une convention équitable. Le syndicat est paré et disposé à poursuivre les négociations »

a déclaré Steve Ackerman.

Enjeux essentiels : horaires, clauses reformulées et soins de santé

Selon le syndicat, les principaux points d’achoppement des négociations portent sur des reformulations proposées dans la convention, des aménagements d’horaires de travail et le remaniement des dispositions relatives aux soins de santé. Pour les travailleurs et travailleuses, ces questions touchent le cœur même de la sécurité de l’emploi, d’un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée et de l’accès à des soins médicaux abordables.

Le groupe ArcelorMittal compte deux implantations dans l’Ohio : l’une située à Shelby, son plus grand site, et l’autre à Marion. Alors que la grève se poursuit, les représentants syndicaux avertissent qu’une paralysie prolongée pourrait encourager une partie de la main-d’œuvre qualifiée à quitter l’entreprise.

« C’est dommage, car ils vont perdre des salariés de premier ordre. C’est probablement déjà le cas », a indiqué Steve Ackerman.

Appel à des négociations constructives

La section locale 3057 de l’USW a réitéré sa volonté de revenir à la table des négociations à tout moment. Le syndicat appelle la direction d’ArcelorMittal à reprendre les négociations de bonne foi et à conclure un accord qui respecte la plus-value des travailleurs et travailleuses et garantisse des conditions de travail décentes.

Pour les métallurgistes en grève à Shelby, le message est clair : après des années passées à produire de l’acier et à soutenir l’économie locale, ils s’unissent pour faire front et obtenir une convention à la hauteur de leur dignité, leur expertise et leur engagement.

Alexander Ivanou, Directeur du secteur des métaux de base d’IndustriALL, a indiqué :

« La détermination des métallurgistes de Shelby montre ce que signifie véritablement la solidarité. Ces travailleurs se battent non seulement pour obtenir des horaires équilibrés et des soins de santé décents, mais aussi pour leur dignité et le respect de leur personne sur le lieu de travail. ArcelorMittal doit revenir à la table des négociations en toute bonne foi et négocier un accord qui reconnaisse les compétences, l’engagement et l’apport de sa main-d’œuvre. L’avenir durable de l’usine repose sur une convention équitable. »

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« La suspension prolongée des négociations collectives sur l’un des sites majeurs d’une entreprise de stature mondiale telle qu’ArcelorMittal soulève de sérieuses préoccupations quant à l’efficacité du dialogue social et de la gouvernance des relations sociales au sein du groupe. Le respect des négociations collectives et de la liberté syndicale sont des normes internationales fondamentales du travail et des piliers essentiels de relations sociales stables et responsables. ArcelorMittal doit reprendre sans délai des pourparlers constructifs et de bonne foi et s’efforcer de parvenir à un accord équitable qui reconnaisse les compétences, l’engagement et l’apport de son personnel. »

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Les FSI pour un cessez-le-feu immédiat et la fin de l’escalade militaire en Iran et au Moyen-Orient

Ces actions constituent de graves violations de la Charte des Nations unies et du droit international humanitaire. Elles aggravent un conflit dont le coût humain est supporté en grande partie par les travailleurs et travailleuses.

Les travailleurs, les civils et les institutions publiques ne doivent jamais constituer la cible d’opérations militaires. Tuer et blesser des étudiants, des enseignants et du personnel éducatif, détruire des espaces civils protégés tels que des écoles et des hôpitaux sont autant de faits intolérables à condamner sans réserve.

Les FSI se montrent également préoccupées par les représailles iraniennes. L’escalade aura pour effet d’accroître l’instabilité, de menacer la vie des civils et de risquer de plonger la région dans une guerre plus étendue et dévastatrice. Parmi ces civils, des travailleurs et travailleuses migrants, des salariés du secteur des transports dans les ports, les aéroports et en mer sont pris entre deux feux. Des morts et des blessés ont déjà été signalés alors que la violence se propage.

Le mouvement syndical international s’unit pour proscrire le recours à la force militaire qui alimente les cycles de violence et sape les fondements de la paix, de la justice et de la coopération multilatérale. La diplomatie, et non la confrontation armée, reste la seule voie légitime vers la sécurité et une paix durable.

En tant que syndicats représentant des millions de travailleurs et travailleuses tous secteurs confondus et sur tous les continents, nous appelons la communauté internationale à :

Les FSI apportent leur soutien sans faille aux travailleurs et travailleuses, aux syndicats indépendants et aux communautés en Iran et dans toute la région. La voix des salariés, trop souvent réduite au silence par la gouvernance autoritaire et la logique de la militarisation, doit être entendue. L’avenir de l’Iran et de la région doit être déterminé par ses propres citoyens, sans agression extérieure ni répression interne.

Nous réaffirmons notre engagement à construire un monde où les conflits sont résolus par la négociation, le multilatéralisme est renforcé et où tous les peuples ont le droit de vivre et de travailler dans la sécurité, la dignité, la démocratie et la paix.

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Sortie responsable : la seule voie éthique face à l’économie de guerre du Myanmar

Cinq ans après le coup d’État militaire, le Myanmar n’est plus une « destination d’approvisionnement à haut risque » mais une économie de guerre.

Le secteur de l’habillement demeure l’une des principales sources de devises fortes de la junte. La Banque mondiale a fait état de 5,5 milliards de dollars d’exportations de vêtements en 2022. Ce chiffre est resté supérieur à 5 milliards de dollars en 2023 avant de chuter à 4,46 milliards de dollars en 2024. Cette même année, l’Europe a importé, à elle seule, pour environ 2,8 milliards d’euros de produits textiles et d’habillement en provenance du Myanmar, dont une grande partie en franchise de droits dans le cadre du programme « Tout sauf les armes » (TSA) de l’UE.

Ces statistiques commerciales ne sont pas neutres. Elles reflètent des entrées massives de devises étrangères dans un système financier placé sous contrôle étroit des autorités militaires.

Les médias d’État mentionnent des allocations répétées de devises étrangères par la Banque centrale du Myanmar (CBM) à des importations prioritaires telles que le carburant et l’huile alimentaire. Le 2 septembre 2024, la CBM a donné instruction afin que des devises étrangères provenant du commerce, des exportations de vêtements de la marque CMP et des ventes de ressources naturelles puissent être affectées, jusqu’à 75 %, aux importations de carburant et d’huile de palme. Comme l’économiste Sean Turnell l’a détaillé dans son rapport The Military, Money, and Myanmar: Breaking the Nexus (L’armée, l’argent et le Myanmar : briser le réseau financier), les mesures prises après le coup d’État ont centralisé le contrôle des devises étrangères par le biais de conversions forcées, de taux de change multiples, de restrictions sur les paiements vers l’étranger et d’un contrôle strict des négociants en devises. Les recettes d’exportation, y compris celles provenant des vêtements, ne circulent pas librement dans un tel système. Elles sont captées et redirigées.

Elles contribuent à soutenir les priorités du régime.

L’armée poursuit ses bombardements aériens, ses recrutements forcés, ses détentions arbitraires et la destruction systématique des communautés civiles. Les importations de pétrole et de carburant à double usage sont indispensables à ces opérations. Lorsque les devises étrangères sont contrôlées de manière centralisée, elles deviennent un élément du mécanisme de répression.

La communauté internationale a pris conscience de cette crise.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Trésor américain a imposé des sanctions en vertu du décret 14014 visant les dirigeants militaires et les entreprises liées à l’armée. Le Bureau britannique de mise en œuvre des sanctions financières (OFSI) et l’Union européenne ont adopté des mesures restrictives parallèles. Ces sanctions interdisent de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des acteurs désignés. Elles visent à empêcher que le soutien financier ne permette de soutenir la junte.

Toutefois, les sanctions ne peuvent atteindre leur objectif si l’activité commerciale, au sens large, continue de générer des devises étrangères qui entrent dans ce même système sous contrôle. Dès lors que les devises sont saisies et réaffectées par les autorités militaires, la poursuite de l’approvisionnement risque de compromettre les objectifs de la politique de sanctions.

En juin 2025, l’Organisation internationale du travail (OIT) a invoqué l’article 33 de sa Constitution, une mesure extraordinaire utilisée uniquement en cas de violations graves et persistantes. L’OIT a appelé les États membres à revoir leurs relations avec le Myanmar et à veiller à ne pas contribuer, directement ou indirectement, aux violations en cours.

Cette analyse doit s’étendre aux préférences commerciales.

Le Myanmar continue de bénéficier du régime TSA de l’UE, qui accorde un accès au marché en franchise de droits à condition que les conventions fondamentales en matière de droits de l’homme et de travail soient respectées. Ces conditions ne sont manifestement pas remplies. La liberté syndicale a été démantelée. Les syndicats indépendants ont été interdits. Les dirigeants syndicaux sont victimes d’arrestations et de persécutions. Le maintien du régime TSA dans ces circonstances envoie un signal dangereux : les violations systématiques n’ont pas de conséquences économiques significatives.

L’UE doit immédiatement suspendre les préférences TSA accordées au Myanmar. Il ne s’agit pas d’une mesure contre les travailleurs et travailleuses, mais contre un régime qui s’approprie des revenus commerciaux. L’accès privilégié ne doit pas être autorisé s’il vient en soutien d’un système qui bafoue systématiquement les droits du travail.

Certaines enseignes affirment que le renforcement de la diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) leur permet de rester engagées de manière responsable. Or celle-ci exige que les travailleurs et travailleuses puissent s’exprimer librement et se syndicaliser de manière indépendante. Il n’existe aucune trace de ces pré-requis. Les mécanismes de surveillance ne peuvent se substituer à la liberté syndicale. En l’absence de véritables possibilités d’atténuation, le maintien de l’approvisionnement devient de plus en plus indéfendable.

Lorsque l’atténuation s’avère impossible, le désengagement devient nécessaire en vertu des Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme et des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

On ne parle pas d’un retrait brutal sans garanties mais d’un retrait responsable.

Celui-ci nécessite un préavis, des garanties salariales, des indemnités de licenciement et des fonds d’indemnisation. Il requiert la consultation des représentants légitimes des travailleurs et travailleuses, y compris celles et ceux en exil. Il exige des garanties pour empêcher le transfert des usines ou des contrats à des conglomérats liés à l’armée.

Retrait responsable ne signifie pas abandon mais refus de rester financièrement impliqué dans la répression.

Les travailleurs et travailleuses du Myanmar ont déjà payé un lourd tribut pour avoir résisté au régime militaire. Beaucoup ont rejoint le mouvement de désobéissance civile. Bon nombre ont été licenciés, déplacés ou contraints de se cacher. Ils ne réclament pas d’audits cosmétiques. Ils attendent des acteurs internationaux qu’ils alignent leurs décisions économiques sur leurs engagements déclarés en matière de droits humains.

Dans une économie de guerre, la neutralité est illusoire.

Les politiques commerciales, d’approvisionnement et de sanctions doivent être mises en cohérence avec la réalité. Continuer à mener des affaires comme si de rien n’était alors que la répression s’intensifie ne traduit pas un choix neutre. Il comporte des responsabilités.

La crédibilité des engagements mondiaux en matière de droits du travail et de droits humains repose désormais sur la volonté des gouvernements et des enseignes d’agir ou non en conséquence.

Mexique : après Pasta de Conchos, un nouveau projet de loi cible les homicides industriels

La catastrophe de la mine de Pasta de Conchos, dans l’État de Coahuila, a coûté la vie à 65 mineurs de Grupo México qui travaillaient dans des conditions extrêmement périlleuses. Les travailleurs avaient signalé à plusieurs reprises de graves manquements en matière de sécurité, comme une ventilation inadéquate, une accumulation de méthane et l’absence d’équipements essentiels. Bien que l’entreprise ait assuré que la mine répondait aux normes de sécurité, des enquêtes et des témoignages ultérieurs ont mis en évidence des conditions de travail dangereuses. Grupo México a d’emblée nié toute responsabilité et a suspendu les opérations de sauvetage cinq jours après l’accident, laissant 63 mineurs piégés sous terre.

Le député Jesús Jiménez a récemment présenté au Parlement un projet de loi visant à intégrer la notion d’« homicide industriel » dans le Code pénal. Ce texte prévoit de tenir les entreprises pénalement responsables des décès de travailleurs et travailleuses par suite de violations graves des réglementations en matière de sécurité industrielle et de santé au travail. Il a pour objectif la mise en place de mécanismes juridiques destinés à prévenir des tragédies industrielles similaires.

A l’origine, Napoleón Gómez Urrutia, Secrétaire général de Los Mineros, syndicat affilié à IndustriALL, en a rédigé le contenu avec en ligne de mire la garantie que la responsabilité des entreprises ne soit diluée par des procédures administratives. Il a également appelé au sauvetage immédiat des travailleurs et travailleuses, à une enquête objective, neutre et indépendante pour déterminer les causes et punir les responsables par le biais de sanctions légales fortes, et, en cas de décès, à une indemnisation équitable et digne pour les familles.

Napoleón Gómez Urrutia s’est confié au journal mexicain La Jornada :

« L’objectif est de renforcer le cadre juridique afin que l’obligation des entreprises de garantir la sécurité ne reste pas lettre morte et que, lorsque la négligence entraîne la mort, il y ait des conséquences pénales incontestables. Il s’agit de transformer le monde du travail en un monde plus juste et plus digne, où la vie des travailleurs et travailleuses a plus de valeur plus que tout profit, gain ou bilan financier. (…) Nous ne pouvons pas effacer Pasta de Conchos de nos mémoires ni nous en détourner. »

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« Vingt ans après le tragique accident mortel survenu à Pasta de Conchos, au Mexique, justice n’a toujours pas été rendue aux 65 victimes et à leurs familles. Grupo México n’a pas assumé ses responsabilités et le pays n’a pas honoré, à ce jour, le sacrifice de ces vies par l’adoption d’une loi qui garantisse la responsabilité des entreprises. La nouvelle législation doit créer des chaînes de responsabilité fiables et fonctionnelles dans le secteur minier. Les 65 mineurs qui ont perdu la vie et leurs familles méritent ce respect, tout comme l’ensemble des communautés minières du Mexique. »

Une coulée de boue mortelle piège des mineurs à 800 mètres sous terre

Une coulée de boue piège des mineurs

Une coulée de boue survenue aux premières heures du 17 février dernier a provoqué un grave afflux de boue et d’eau dans certaines sections du puits, piégeant les mineurs à plus de 800 mètres de profondeur. Ce 20 février, le Ministre des Ressources minières et pétrolières, Gwede Mantashe, s’est rendu sur le site et a déclaré que les mineurs devaient être présumés décédés en raison de leur exposition prolongée à des conditions extrêmes.

Le syndicat exprime sa sympathie

Mosepedi Sanane, Secrétaire régional du Syndicat national des mineurs (NUM) de Kimberley, a exprimé sa sympathie :

« Nos pensées et nos prières accompagnent les familles et les collègues des travailleurs et travailleuses affectés en ces jours extrêmement difficiles. Nous continuons à espérer qu’ils seront retrouvés vivants et qu’ils pourront rentrer chez eux sains et saufs. »

Appel à une enquête indépendante

Tout en accordant la priorité aux efforts de sauvetage, le NUM a exhorté le ministère des Ressources minières et de l’Énergie à ouvrir une enquête indépendante approfondie. Le syndicat insiste sur la nécessité d’un processus transparent afin d’identifier les causes de la catastrophe et de déterminer si d’éventuelles défaillances des systèmes de gestion de la sécurité ou des protocoles opérationnels y ont contribué. Le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud (NUMSA) a fait écho à ces préoccupations, soulignant que les efforts de sauvetage devaient se poursuivre.

Les dangers permanents de l’exploitation minière

Dans sa déclaration, le syndicat UASA a pointé du doigt les dangers constants associés à l’exploitation minière, insistant sur le fait que le gouvernement, les parties prenantes du secteur minier, les partenaires sociaux ainsi que les employeurs doivent redoubler d’efforts pour atteindre l’objectif «zéro blessure».

« Malgré les protocoles de sécurité en vigueur, l’exploitation minière induit l’un des métiers les plus dangereux, mettant régulièrement en péril la vie des travailleurs et travailleuses. Chaque décès ou blessure grave fait peser d’énormes difficultés économiques sur les familles des victimes, érodant la sécurité financière de ces ménages et leurs moyens de subsistance à long terme »

a indiqué l’UASA.

Des mesures de sécurité plus strictes exigées

En outre, les syndicats affirment que cette coulée de boue a mis en relief la nécessité d’une évaluation rigoureuse des risques, d’une surveillance géotechnique renforcée et d’une application stricte des normes réglementaires afin d’atténuer les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses.

Glen Mpufane, Directeur du secteur minier chez IndustriALL, a déclaré :

« Cette tragédie met en évidence les défis structurels permanents en matière de sécurité minière en Afrique du Sud, en particulier dans les petites exploitations diamantifères, où les risques géologiques tels que les coulées de boue, rendues plus dangereuses par la présence d’eaux souterraines ou pluviales, peuvent entraîner des inondations rapides et dévastatrices. Cela nécessite des inspections régulières ainsi que le respect des protocoles de santé et de sécurité d’application dans les mines. »