L’OIT adopte des conclusions sur l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière : une étape importante pour placer le travail décent au cœur de la transformation technologique

Cette réunion résulte d’une initiative d’IndustriALL avec un objectif clair : ouvrir un espace tripartite international sur une question qui transforme déjà la production, l’emploi et les conditions de travail.

À cette fin, le groupe des travailleurs a réuni des affiliés et des experts syndicaux d’Argentine, de France, d’Allemagne, d’Inde, d’Indonésie, de Singapour, de Suède et des États-Unis, représentant différents secteurs de l’industrie manufacturière, avec la participation d’industriALL Europe dans le rôle de conseiller, apportant une expérience concrète de la manière dont l’IA fait déjà son entrée sur les lieux de travail.

Tout au long de la semaine, le groupe des travailleurs a défendu une idée centrale : l’IA ne peut être abordée uniquement comme une question d’innovation ou de compétitivité. C’est également une question de droits, de santé et de sécurité, d’organisation du travail, de protection sociale, d’égalité, de vie privée, de négociation collective et de répartition des bénéfices du progrès technologique. Cette perspective se reflète dans les conclusions qui ont finalement été adoptées. Le texte reconnaît que l’IA transforme déjà l’industrie manufacturière à des rythmes différents et de manière inégale selon les pays, les secteurs, les entreprises et les salariés et que ses effets sur l’emploi, l’organisation du travail, les salaires, l’intensité du travail, la vie privée et la protection des données doivent être abordés par le biais de mesures politiques et du dialogue social.

L’un des résultats les plus importants en est que ses conclusions inscrivent le débat dans l’approche, centrée sur l’humain, de l’OIT. Le texte stipule que l’IA doit contribuer au travail décent, à la productivité ainsi qu’à une transition juste et ne doit pas se développer en dehors de ces objectifs. Il réaffirme également que les principes et droits fondamentaux au travail restent pleinement applicables à l’ère de l’intelligence artificielle, notamment la liberté syndicale, la négociation collective, la non-discrimination ainsi que la santé et la sécurité au travail.

Les conclusions réaffirment également le rôle central du dialogue social. Elles valorisent la liberté syndicale et la négociation collective comme essentielles pour façonner les politiques en matière d’IA, de numérisation et d’emploi qui définiront l’avenir de l’industrie manufacturière. Elles établissent également que les travailleuses et travailleurs doivent être informés, impliqués et consultés en temps utile lorsque des systèmes d’IA susceptibles de les affecter sont mis en place.

Dans le domaine de la formation et de la reconversion professionnelle, le texte adopté renforce l’idée que le développement des compétences est une responsabilité partagée et permanente des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. Il fait référence à l’enseignement et à la formation techniques et professionnels, à l’apprentissage tout au long de la vie, à la culture numérique et au lien entre l’éducation et l’accès à des emplois de qualité. Cela constitue une base utile pour continuer à défendre la formation en tant que droit plutôt que comme une charge individuelle.

Une autre avancée pertinente concerne la protection sociale. Les conclusions font référence à des systèmes de protection sociale fondés sur les droits et à l’accès universel à une protection adéquate, complète et durable pour les travailleuses et travailleurs, quel que soit leur type d’emploi. Elles identifient également la nécessité de renforcer l’administration et l’inspection du travail, ce qui est fondamental pour garantir la mise en œuvre concrète des normes.

Le texte final comprend également des références importantes à la vie privée et à la protection des données, aux nouveaux risques en matière de santé et de sécurité au travail et à la nécessité de partager largement les bénéfices du progrès technologique. En d’autres termes, la productivité n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme liée aux salaires, aux conditions de travail et à l’emploi.

Les conclusions réaffirment également le cadre normatif international existant, notamment la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, sa Déclaration du centenaire, sa Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales, les Principes directeurs pour une transition juste et le Recueil de directives pratiques sur la protection des données personnelles des travailleurs. Cette référence explicite à l’ensemble des normes existantes est importante, car elle inscrit le débat sur l’IA dans une architecture plus large de droits et de responsabilité des entreprises, y compris tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Cette réunion offre désormais une base concrète pour développer davantage ce programme dans les années à venir. Les conclusions adoptées chargent le Bureau de l’OIT de renforcer la collecte de données, la recherche orientée vers l’action et la diffusion de bonnes pratiques et d’études de cas, y compris les conventions collectives, sur l’impact de l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière. Elles prévoient également un échange d’expériences accru entre les pays et les secteurs, ainsi qu’un approfondissement du renforcement des capacités et de l’assistance technique pour les mandants.

Pour IndustriALL, il s’agit d’une étape importante. Nous avons réussi à obtenir un texte de l’OIT qui reconnaît que l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière doit être abordée sous l’angle du travail décent, des droits du travail, du dialogue social, de la formation, de la protection sociale et d’un large partage des bénéfices du progrès technologique. À l’heure où la transformation s’opère à un rythme très rapide, ces conclusions ouvrent un programme de travail futur qui permettra aux syndicats de continuer à faire progresser une gouvernance de l’IA qui place les travailleurs au centre des préoccupations.

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Ces conclusions constituent une étape très importante, car elles nous permettent d’avancer vers des cadres de gouvernance de l’intelligence artificielle là où, dans de nombreux pays, la réglementation reste insuffisante ou inexistante. La transformation technologique ne doit pas devancer la réglementation, la protection des travailleurs ou le dialogue social ; elle doit être régie de manière à garantir un travail décent et à assurer une transition juste. »

Les conclusions et recommandations adoptées seront soumises à la 358e session du Conseil d’administration de l’OIT en novembre 2026, où elles seront officiellement examinées.

Treize ans plus tard : l’Accord qui a transformé un secteur

Ce n’était pas un accident, mais le résultat du parti pris d’un secteur qui, pendant des décennies, avait considéré la sécurité des travailleurs comme le problème de quelqu’un d’autre. En définitive, ce drame marquait aussi un tournant.

Elaboré sur des décombres

Trois semaines après cet effondrement, IndustriALL et UNI se sont attablés avec des enseignes internationales de prêt-à-porter. Ce qu’ils ont négocié s’est avéré sans précédent dans le secteur : un accord juridiquement contraignant rendant les marques directement responsables de la sécurité dans leurs chaînes d’approvisionnement. L’Accord du Bangladesh sur les mesures de sécurité ayant trait aux incendies et aux bâtiments est entré en vigueur en mai 2013, signé par 43 enseignes de 13 pays. Sa logique était à la fois simple et radicale : les marques qui tirent profit d’une main-d’œuvre bon marché dans des usines lointaines ne pouvaient plus se décharger de la responsabilité de ce qui s’y passait.

Ce qui en a découlé a constitué un changement mesurable et documenté. Plus de 48.000 inspections d’usines ont été menées à ce jour afin de vérifier le respect des normes de sécurité en matière d’incendie, d’électricité, de chaudières et de structure. Le taux de mise en conformité s’élève à 81 %. Plus de 2,5 millions de travailleuses et travailleurs ont été formés à la sécurité au travail, y compris à la prévention de la violence sexiste. Plus de 1.831 plaintes ont été résolues avec succès grâce à des mécanismes exécutoires de règlement des conflits. Environ 12.632 travailleuses et travailleurs siègent désormais au sein de comités de sécurité dans ces usines au Bangladesh.

Le chemin a parfois été semé d’embûches. Des contestations judiciaires de la part de propriétaires d’usines ont menacé/hypothéqué la capacité de fonctionnement  de l’Accord. Les négociations pour le reconduire ont été longues et parfois précaires. Certaines enseignes ont traîné les pieds, d’autres se sont retirées. Mais le cadre a tenu bon et s’est étendu.

Du Bangladesh au monde entier

En novembre 2023, les enseignes et les syndicats ont renouvelé leurs engagements dans le cadre d’un nouvel Accord international. Ce modèle a été étendu au Pakistan où, jusqu’à mars 2026, 351 usines ont été inspectées. Au total, l’Accord international compte désormais 297 enseignes signataires, couvrant environ 2,5 millions de travailleuses et travailleurs rien qu’au Bangladesh.

L’Accord a également démontré, au-delà de ses propres frontières, que des protocoles contraignants, transparents et gérés de manière indépendante, donnent des résultats là où les codes volontaires et l’autorégulation échouent. Cette leçon a donné le ton de la campagne mondiale en faveur d’une législation obligatoire sur la diligence raisonnable en matière de droits humains, qui a abouti en 2024 à la Directive de l’Union européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité.

L’Accord international actuel court jusqu’à la fin de 2026. Des renégociations sont à venir, et IndustriALL  est claire sur le fait que la prochaine version doit s’appuyer sur ce qui a été accompli, et non s’en éloigner. IndustriALL et ses affiliés bangladais travaillent actuellement sur leurs propositions afin de garantir que le champ d’application et le mécanisme de plainte soient élargis. Les syndicats veulent également s’assurer que la structure de gouvernance fonctionne efficacement.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« Il y a treize ans, 1.134 travailleurs ont trouvé la mort dans un bâtiment qui n’aurait jamais dû être occupé. Ce qui a été mis en place en réponse, grâce à des années de campagne, de négociation et au pouvoir des travailleuses et travailleurs au travers de leurs syndicats, a sauvé des vies et changé ce que le secteur considérait comme possible. La question est désormais de savoir si les enseignes honoreront cet engagement en s’impliquant dans le renforcement de l’Accord, ou si elles considéreront la renégociation comme une occasion de l’édulcorer.

« Pour IndustriALL , la réponse ne fait aucun doute. Les travailleuses et travailleurs qui fabriquent les vêtements du monde entier ne méritent rien de moins que ce que l’Accord, au plus fort de sa substance , a toujours promis : la sécurité, la responsabilité et l’ écoute. »

L’OIT confrontée à une crise financière sans précédent : les droits des travailleurs sont en jeu

Une crise dont l’OIT n’est pas responsable

Gilbert Houngbo, le Directeur général de l’OIT, a qualifié la situation de « grave » et « sans aucun précédent au cours des dernières décennies », avertissant qu’elle « affecte déjà notre capacité à répondre aux attentes de nos mandants »

La cause est évidente: les États membres ne paient pas ce qu’ils doivent. Les arriérés de plusieurs États membres s’élèvent désormais à plus de 260 millions de francs suisses (295 millions de dollars), soit environ un tiers du budget biennal de l’organisation, ce qui la plonge dans une grave crise de liquidités. Selon nos informations, les États-Unis, premiers contributeurs de l’OIT avec 22 % de son financement régulier, doivent plus de 173 millions de francs. La Chine, l’Allemagne et d’autres pays accusent également un retard dans leurs paiements.

Réforme mais pas recul

L’OIT a réagi par une réforme structurelle articulée autour de trois piliers : la réorganisation du siège et la redéfinition des priorités de son programme de travail 2026-2027 ; le renforcement des capacités sur le terrain par la révision des structures régionales et la décentralisation de la coopération au développement ; la consolidation des services de soutien ainsi que la création d’un nouveau centre mondial de services.

Mais cette réforme nécessite des ressources. Selon des documents internes rapportés par Reuters, en l’absence d’un financement suffisant, l’OIT pourrait être contrainte de supprimer jusqu’à 295 postes, soit environ 8 % de son effectif mondial. Gilbert Houngbo a confirmé que l’organisation avait dû mettre fin à une cinquantaine de projets aux États-Unis et licencier quelque 200 personnes en conséquence directe du déficit enregistré.

L’OIT a également publié un registre des risques et un suivi en temps réel indiquant quels États membres ont versé leurs contributions et quels montants restent dus, un outil public de responsabilité qui rend le problème impossible à ignorer.

Pourquoi cela est-il important pour les affiliés d’IndustriALL

L’OIT est la seule instance internationale tripartite où les syndicats siègent aux côtés des gouvernements et des employeurs pour établir des normes internationales du travail contraignantes. Ces normes, relatives à la liberté syndicale, à la négociation collective, au travail forcé, au travail des enfants, à la santé et à la sécurité au travail, sous-tendent les cadres juridiques sur lesquels s’appuient quotidiennement les affiliés d’IndustriALL.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est exprimé sans équivoque :

« L’OIT constitue la pierre angulaire du système international qui protège les droits des travailleurs. Une crise de financement de cette ampleur ne pose pas seulement un problème bureaucratique, elle met en péril les normes, la supervision et le soutien technique dont dépendent les travailleuses et travailleurs de tous les secteurs et de tous les pays. Nous appelons tous les gouvernements à honorer leurs engagements et à payer leurs cotisations sans délai. »

Une OIT affaiblie signifie une élaboration de normes moins rigoureuse, un soutien moindre à la ratification et à la mise en œuvre des conventions ainsi qu’une capacité réduite à demander des comptes aux gouvernements et aux employeurs. À l’heure où les cadres de diligence raisonnable en matière de droits humains font l’objet d’attaques politiques et où le multilatéralisme s’érode, une OIT financièrement exsangue est la dernière chose dont les travailleuses et travailleurs ont besoin.

Ce que les syndicats doivent faire

La solution est simple même si la situation politique ne l’est pas : les gouvernements doivent payer leur dû.

IndustriALL appelle tous les syndicats affiliés à soulever cette question de toute urgence auprès de leurs gouvernements. Exigez que votre gouvernement verse, intégralement et dans les délais, ses contributions à l’OIT. Sa capacité à fonctionner, c’est-à-dire à protéger les travailleurs, à établir des normes, à fournir une assistance technique, en découle.

Les syndicats se battent pour les mineurs d’Ekapa face à la menace de liquidation de la mine touchée par une coulée de boue

Le 17 mars dernier, la Haute Cour du Cap-Nord, en Afrique du Sud, a prolongé la liquidation provisoire d’Ekapa Minerals au lieu de rendre une ordonnance définitive, remettant ainsi l’affaire au 30 octobre. Ce report fait suite à une contestation du NUMSA qui a fait valoir qu’un plan de sauvetage de l’entreprise permettrait de préserver plus de 1.000 postes. La liquidation aura pour seul effet de coûter des emplois et nuire aux travailleuses et travailleurs.

Le NUMSA, affilié à IndustriALL, a déclaré qu’Ekapa avait mal géré ses finances et violé les droits des travailleurs. Environ 400 salariés n’ont pas été payés depuis novembre 2025 et ne peuvent accéder au Fond d’assurance chômage. Les tentatives pour obtenir le soutien du TERS (programme temporaire d’aide aux employeurs et aux salariés) se sont heurtées à un manque de coopération de la part de l’employeur, a déclaré le syndicat. En février, 196 mineurs ont été licenciés. Ceux-ci ont depuis obtenu l’accès à 50 % de leur épargne-retraite, une mesure à court terme au mieux.

Le syndicat accuse également Ekapa d’avoir enfreint la législation du travail, notamment la Loi sur les relations de travail et la Loi sur les conditions de base de l’emploi. L’entreprise a rejeté les propositions visant à recycler et à améliorer les compétences de la main d’œuvre.

La coulée de boue reflète des schémas de négligence plus graves

La coulée de boue qui a coûté la vie à cinq mineurs a jeté une ombre sur la liquidation d’Ekapa et soulevé de sérieuses questions quant au respect des protocoles de sécurité par l’entreprise. Selon le NUMSA, ces décès révèlent une négligence structurelle bien plus profonde de la part d’une société qui ne peut ou ne veut investir dans la gestion de conditions géologiques de plus en plus instables.

Le Ministère des ressources minérales et pétrolières (DMRE) a adopté une approche lente et mesurée. À la suite de ce drame, les inspecteurs ont émis des directives suspendant les opérations dans les sections touchées et ont exigé des évaluations géotechniques et des rapports de conformité. Une enquête a été ouverte pour déterminer si Ekapa avait respecté les codes de pratique obligatoires en matière d’ingénierie des roches et de stabilité souterraine.

Mais les syndicats soutiennent que les interventions du DMRE sont réactives plutôt que préventives. La surveillance n’a été renforcée qu’après les décès et l’effondrement des installations, laissant les travailleuses et travailleurs exposés aux risques.

La Commission parlementaire en charge des ressources minérales et de l’énergie a effectué une visite de contrôle à Kimberley, rencontrant des mineurs, des syndicats et les autorités locales. Les députés ont exprimé leur inquiétude quant aux salaires impayés, à la procédure de liquidation et à l’adéquation des systèmes de sécurité préalable à la coulée de boue. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application de la réglementation et précise si un redressement d’entreprise pourrait offrir au personnel une solution plus sûre et plus avantageuse que la liquidation.

Gérer les changements géotechniques

L’exploitation diamantifère dans les mines vieillissantes de Kimberley est de plus en plus vulnérable à l’instabilité géotechnique. À mesure que les mines souterraines s’approfondissent et croisent d’anciennes galeries, le risque de coulées de boue, de chutes de pierres et de mouvements soudains du sol augmente. Les experts miniers mettent en avant plusieurs mesures susceptibles d’atténuer ces risques. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application des normes et précise si une restructuration de l’entreprise pourrait représenter une alternative plus favorable aux membres du personnel que la liquidation. Les coulées de boue trouvent souvent leur origine dans des inondations qui peuvent être contrôlées par un système de drainage amélioré afin de réduire les afflux soudains d’eau. Par ailleurs, le remblayage stabilise la masse rocheuse et réduit le risque d’effondrement.

Andile Zitho, Secrétaire régional du NUMSA pour le Cap-Nord et l’État libre, a indiqué :

« Ce report montre que le tribunal voit clair dans les manœuvres de l’employeur, ce qui ouvre la voie à un avenir plus juste et plus durable pour Kimberley, Ekapa et ses travailleuses et travailleurs du secteur diamantaire. »

Emmanuel Adjei-Danso, Directeur pour les secteurs minier et énergétique chez IndustriALL, a déclaré :

« Nous saluons le NUMSA pour avoir défendu les moyens de subsistance à Ekapa. La liquidation ne doit pas servir de prétexte pour paupériser les travailleuses et travailleurs. »

Mise à jour sur les mines d’Ekapa

« Pour certaines personnes, nous représentons le dernier espoir » : Christiane Benner s’exprime sur les syndicats, l’extrême droite et le mandat d’IndustriALL

Christiane Benner est arrivée au siège d’IndustriALL à Genève le 25 mars au beau milieu d’une lutte. Les élections des Comités d’entreprise battaient leur plein partout en l’Allemagne et IG Metall, le syndicat qu’elle dirige en tant que toute première femme à sa présidence, était confronté à une concurrence directe de l’extrême droite sur le terrain.

IndustriALL president Christiane Benner speaking at a meeting table during a visit to IndustriALL Global Union offices in Geneva, 25 March 2026
IndustriALL president Christiane Benner addresses staff during a visit to the Geneva headquarters, 25 March 2026.

Ce jour-là, dans son discours au personnel, elle a soulevé l’importance du moment de façon directe. Les travailleuses et travailleurs, a-t-elle déclaré, se tournent vers les syndicats précisément parce qu’ils n’ont nulle part ailleurs où aller.

« Pour certaines personnes, nous représentons le dernier espoir. »

Cette formulation et la responsabilité qu’elle implique ont façonné tout ce qui a suivi.

Nous avons interrogé Christiane Benner après sa visite pour savoir ce que cette responsabilité pose comme exigences à d’IndustriALL et aux dirigeants syndicaux à travers le monde.

À propos de la vision et du leadership

Vous avez décrit les syndicats comme « le dernier espoir » pour bon nombre de travailleuses et de travailleurs. C’est une lourde responsabilité. Comment l’assumez-vous et qu’est-ce que cela exige des dirigeants syndicaux à l’échelle mondiale en ce moment ?

Lorsque les syndicats incarnent le dernier espoir pour de nombreux salariés, nous devenons de facto les défenseurs d’un traitement équitable, de la dignité au travail ainsi que de la sécurité économique et sociale de base. Nous nous retrouvons à assumer des rôles plus importants, à plaider en faveur d’une politique industrielle durable, à défendre les droits des travailleurs dans tous les secteurs. Cela signifie rester proches des travailleuses et des travailleurs tout en jouant simultanément un rôle politique dans la société.

Cette situation génère, par ailleurs, de réelles opportunités. Nous pouvons rétablir la confiance du public, augmenter nos effectifs dans des domaines d’activité prometteurs et au sein de groupes cibles tels que les cols blancs, les femmes et les jeunes salariés. Nous devons nous montrer plus stratégiques, non pas juste réactifs et nos prises de décision doivent être centrées sur l’ensemble des travailleurs.

Même si le chômage élevé et les changements démographiques entraînent une baisse des effectifs dans de nombreux pays, y compris en Allemagne, nous gagnons parallèlement de nombreux nouveaux membres. C’est pourquoi nous réussirons à long terme. J’en suis fermement convaincue.

Dans quatre ans, quelle forme aura pris le succès pour IndustriALL et pour les travailleuses et travailleurs que nous représentons?

Nous aurons réussi lorsque nous aurons insufflé une nouvelle vie à la solidarité et que nous formerons, en tant que syndicats, un front uni et indivisible. Nous ne nous concentrons pas sur ce qui nous divise, mais sur ce qui nous unit : la lutte pour les droits des travailleurs, des emplois sûrs et de qualité, la sécurité sociale et la démocratie sur le lieu de travail.

Cela se traduira par des améliorations concrètes dans la vie quotidienne des travailleuses et travailleurs aux quatre coins du monde :

Les salariés ont besoin de ressentir une différence par le biais d’améliorations concrètes et pas seulement de victoires politiques sur le papier.

Vous avez évoqué la nécessité de dirigeants authentiques, capables de montrer comment les syndicats font la différence. À quoi ressemble ce type de leadership dans la pratique ?

Les dirigeants visionnaires modèlent activement la transformation, de la numérisation et de l’automatisation au changement écologique. Ils entretiennent des liens étroits avec les salariés, sont présents sur le terrain comme dans les bureaux et restent en contact avec ceux qui travaillent à domicile. Ils abordent les problèmes dès leur apparition et élaborent des réponses ensemble, telles que la formation aux nouvelles technologies ou la transition vers une production respectueuse du climat.

Ils communiquent clairement, explicitent les questions complexes de manière compréhensible et se présentent avec assurance en public, dans les sphères politiques et dans les médias. Les jeunes travailleurs et les femmes sont fortement impliqués. De cette manière, ils instaurent la confiance, favorisent le renouveau et veillent à ce que leur syndicat reste, ou devienne, une voix forte pour un travail décent.

En bref : les dirigeants syndicaux visionnaires sont des acteurs du changement courageux, empathiques, stratégiques et attachés à des principes qui mobilisent les gens, façonnent ardemment le changement et préparent les syndicats pour l’avenir.

À propos de l’extrême droite

Vous avez expliqué avoir vu un diagramme qui illustre les liens entre les mouvements d’extrême droite au plan mondial. Qu’est-ce qui vous a frappé, et que met en œuvre le syndicalisme international pour y faire face qui ne soit à la portée d’un syndicat national?

Ce qui m’a le plus frappée, c’est de voir à quel point le réseau d’Orbán, en tant que représentant de l’extrême droite, est vaste et bien ramifié. Heureusement, il a désormais été évincé du pouvoir. Mais je crains que les réseaux d’extrême droite ne subsistent.

Tous les syndicats doivent prendre position contre l’extrême droite dans leurs pays respectifs, non pour le principe même de s’y opposer mais parce qu’elle entrave violemment les droits des travailleurs dans tous les aspects de ses politiques. Nous serons toutefois plus forts si nous luttons ensemble, poursuivons une stratégie commune et construisons des réseaux solides par-delà les frontières. Une fédération internationale comme IndustriALL peut fournir une plateforme à cet effet, aider à coordonner nos activités et affiner nos stratégies. Nous pouvons apprendre les uns des autres et dénoncer le bilan anti-travailleurs de ce mouvement.

Les syndicats renforcent également la démocratie en veillant à ce qu’elle ne s’arrête pas aux grilles de l’usine. En Allemagne, les élections des Comités d’entreprise constituent le deuxième scrutin démocratique du pays. Cette année, les listes d’extrême droite n’ont pratiquement pas réussi à percer, car nous sommes restés proches des gens. Faire de la démocratie participative une réalité tangible représente l’un des moyens les plus efficaces dont nous disposons pour contrer les forces d’extrême droite.

À propos de la syndicalisation

Le plan d’action du Congrès de Sydney place la syndicalisation au centre. À quoi ressemble une syndicalisation bien menée ?

Lorsqu’elle est bien comprise, la syndicalisation place les travailleuses et travailleurs au centre de son action: nous écoutons ce qui leur tient à cœur, les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien, ce qui les motive et ce qu’ils craignent. Il doit être clair que ce sont les salariés qui constituent le syndicat. Lorsqu’elle est bien menée, ce sont les travailleuses et travailleurs eux-mêmes qui prennent les décisions et le personnel syndical les accompagne sans les contrôler. Un comité composé de personnes de confiance dirige l’effort de syndicalisation, dialogue avec les collègues et assume la responsabilité de faire avancer la campagne.

C’est ainsi que nous construisons une base syndicale solide sur le lieu de travail avec de nombreux membres actifs et engagés. Les salariés ressentent la différence et comprennent qu’ils peuvent accomplir davantage ensemble s’ils se syndiquent et parlent d’une seule voix. Cela rend la solidarité et la démocratie sur le lieu de travail tangibles et incontournables, en même temps que s’instaure une culture du « soutien mutuel ».

À propos des femmes et du backlash

Vous êtes la première femme Présidente d’IG Metall. Vous avez évoqué le backlash à l’égard des femmes dans le cadre du programme plus large de la droite. Que signifie ce moment pour vous personnellement et que doit faire IndustriALL pour protéger les acquis en matière d’égalité des sexes ?

Plus de deux décennies passées à construire des structures féministes au sein d’IG Metall m’ont appris une chose avant tout : cela n’a jamais été facile ni acquis d’avance. Les syndicats féministes ne naissent pas tous seuls. Ils ont besoin de structures qui autonomisent réellement les femmes : des systèmes de rémunération transparents, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, une participation authentique et des espaces où les femmes peuvent s’exprimer. Et ils ont besoin du courage de changer activement les schémas patriarcaux. Le féminisme dans les syndicats relève d’un changement concret et quotidien du rapport de force.

Cela s’avère particulièrement essentiel aujourd’hui. Partout dans le monde, les acquis des travailleuses sont menacés. Le backlash nous vise parce que notre mouvement s’est renforcé. Nous ne devons pas nous laisser intimider. Nous devons continuer à nous syndiquer, à créer des réseaux internationaux et à faire entendre notre voix. Notre mouvement syndical international soutient chaque femme qui lutte pour la dignité, la sécurité et l’égalité. C’est plus important que jamais.

La question qu’elle a laissée ouverte

Christiane Benner a quitté Genève le jour même de son arrivée pour rentrer en Allemagne et rejoindre le front des élections des Comités d’entreprise. Mais la question qu’elle a posée au personnel « que signifie représenter le dernier espoir ? » résonne bien au-delà d’IG Metall. Elle se situe au cœur de la raison d’être d’IndustriALL : relier les luttes des travailleuses et travailleurs du monde entier pour en faire quelque chose de plus grand que ce qu’un syndicat peut accomplir seul. Sa visite nous a rappelé pourquoi cette mission est fondamentale et à quel point il est crucial de la mener à bien.

Wide-angle view of a meeting at IndustriALL Global Union headquarters in Geneva, with staff and guests seated around a large table, IndustriALL logo visible on screens, 25 March 2026
Le personnel et des invités se sont réunis au siège d’IndustriALL à Genève lors de la visite de sa Présidente, Christiane Benner, le 25 mars 2026.

Vote des travailleurs malaisiens en faveur de la syndicalisation : Boeing riposte

Le 10 décembre de l’année passée, le Syndicat national des travailleurs des équipements de transport et des industries connexes (NUTEAIW), affilié à IndustriALL, a remporté un scrutin à bulletin secret sur ce site avec 85 % des voix. Au lieu de reconnaître ce résultat, la direction de BCM, en collaboration avec les membres du Comité consultatif mixte (CCM) de l’entreprise, a fait pression sur les salariés pour qu’ils signent une pétition contre le syndicat. Ceux-ci affirment avoir cédé sous la contrainte, dans un climat de peur.

BCM a ensuite utilisé ces signatures pour introduire un recours en annulation devant la Haute Cour de justice, le 10 février dernier dans le but de faire invalider le vote démocratique.

Le Secrétaire général de la NUTEAIW, Gopal Kishnam Nadesan, a indiqué :

« La pétition post-électorale fabriquée de toutes pièces par l’employeur n’a aucune valeur juridique au regard de la Loi sur les relations sociales et ne sert qu’à saper le processus démocratique. La loi interdit clairement à un employeur d’entraver l’exercice du droit des travailleuses et travailleurs d’adhérer à un syndicat. Il s’agit là d’un mépris total des mécanismes participatifs et de la liberté syndicale des salariés. »

La Malaisie a ratifié la Convention n° 98 de l’OIT sur le droit à l’organisation et à la négociation collective. Cette convention protège les syndicats des travailleuses et travailleurs contre toute ingérence des employeurs dans leur mise en place ou leur fonctionnement.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

« Les agissements antisyndicaux de BCM constituent une violation flagrante du droit du travail national et international. IndustriALL exprime sa solidarité avec les membres de la NUTEAIW et exhorte le gouvernement malaisien à intervenir immédiatement dans ce conflit en exigeant de l’entreprise qu’elle renonce à son recours judiciaire et accorde volontairement sa reconnaissance. »

BCM est détenue à 100 % par la société Boeing et fabrique des produits composites et structurels pour ses avions commerciaux. La multinationale a racheté et rebaptisé l’usine Aerospace Composites Malaysia en 2023.

SST en Inde : l’explosion de Singhitarai met en lumière des défaillances systémiques

Les enquêtes préliminaires révèlent une pression excessive causée par une accumulation de combustible à l’intérieur de la chaudière, confirmant que l’incident aurait pu être évité.

La centrale ne dispose d’aucune représentation syndicale et d’après nos informations, les syndicats n’ont pas pu accéder au site. Cela soulève de graves inquiétudes quant à la supervision de la sécurité et à la responsabilité de l’entreprise.

Défaillance systémique

Les données officielles montrent qu’en 2022, l’Inde comptait 268.747 usines en activité mais seulement 6.244 agents de sécurité, soit un pour quarante usines, rendant toute inspection efficace impossible. Sur les 4.036 accidents du travail enregistrés cette année-là, 1.053 ont provoqué la mort. Plus d’un incident signalé sur quatre s’est soldé par un décès, ce qui reflète à la fois la gravité des accidents et une probable sous-déclaration de la part des entreprises.

Lors d’un webinaire régional sur la santé et la sécurité au travail (SST) en Asie du Sud, organisé par IndustriALL le 15 avril dernier, les syndicats ont réitéré leurs préoccupations à ce sujet. Ils ont pointé que la légèreté des systèmes d’inspection, l’application laxiste de la réglementation et l’absence des travailleuses et travailleurs dans les débats constituent les principaux facteurs à l’origine des accidents du travail récurrents.

Au Pakistan, les syndicats ont signalé des accidents mortels à répétition dans les secteurs de l’énergie et du textile, dus à une application insuffisante des normes et à la précarité des conditions de travail. Au Bangladesh, les améliorations en matière de SST restent inégales en dehors du secteur de l’habillement, les salariés d’autres domaines d’activité restant exposés aux risques.

Ces exemples montrent que l’accident de Singhitarai est symptomatique de défaillances régionales plus larges en matière d’application de la loi et de responsabilité des entreprises.

Responsabilité assumée des entreprises, une indemnisation ne suffit pas

La responsabilité des entreprises ne peut se limiter à des annonces d’indemnisation. Sans responsabilité assumée de leur part, il sera impossible de sortir de l’engrenage.

Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

« Il ne s’agissait pas d’un accident imprévisible. Exploiter des installations obsolètes et déclassées sous une charge excessive constitue un cas flagrant de négligence. La véritable question consiste à savoir comment une telle centrale a pu être autorisée à fonctionner dès le départ. »

Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a indiqué :

« D’après les informations disponibles, cet accident aurait pu être évité et ces vies épargnées grâce à des systèmes de sécurité adéquats. La hausse des accidents du travail en Inde reflète l’érosion des contrôles de sécurité, la faiblesse des inspections et le recours à l’auto-certification. L’assouplissement des lois en matière de sécurité au profit de l’industrie met les salariés en danger. Les syndicats continueront de se battre pour des environnements de travail sécurisés. »

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« La sécurité des travailleuses et travailleurs est une obligation fondamentale en vertu des conventions n° 155 et n° 187 de l’OIT. Cette tragédie met en évidence de graves défaillances en matière d’application de la loi et de responsabilité. Elle fait ressortir le rôle essentiel de la représentation des travailleuses et travailleurs dans l’identification des risques et la prévention des accidents. L’entreprise doit assumer sa pleine responsabilité, assurer une transparence totale quant aux causes de l’explosion et garantir que son personnel puisse se syndiquer et être représenté afin d’empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent. »

Un rapport d’ACT met en évidence les progrès et les lacunes dans les pratiques d’achat des enseignes

Le rapport ACT 2025 sur la responsabilité et le suivi, publié ce 15 avril, s’appuie sur les réponses de 1.049 salariés de 18 enseignes signataires et de 1.055 fournisseurs dans plus de 70 pays de production. L’ampleur et la méthodologie du rapport sont significatives : plutôt que de se fier uniquement aux déclarations des enseignes, les conclusions sont recoupées avec les retours des fournisseurs, offrant ainsi une image plus fidèle des domaines où des changements ont lieu et de ceux où ils ne se produisent pas.

Où des progrès sont réalisés

Le rapport identifie les avancées les plus marquantes en matière de stratégie d’approvisionnement et de pratiques de sortie responsables. On observe également des signes d’amélioration dans les systèmes de calcul des coûts de main-d’œuvre et de planification. Mais des défis subsistent pour ce qui est de la précision des prévisions et d’une protection adéquate de la rémunération de la main-d’œuvre face à la pression sur les prix.

Les fournisseurs ont identifié cinq pratiques d’achat comme étant les plus cruciales pour permettre des salaires plus élevés : la négociation des prix, les prévisions et la planification des capacités, la stratégie d’approvisionnement, les relations acheteur-fournisseur et les conditions de paiement.

Où des lacunes subsistent

Le rapport met également en évidence les domaines où l’expérience des fournisseurs ne correspond pas aux rapports des entreprises, en particulier en matière de calcul des coûts de main-d’œuvre et de certaines pratiques liées au paiement. Il ne s’agit pas d’une constatation mineure. Elle touche au cœur même de la raison d’être du cadre de responsabilité d’ACT : aller au-delà des déclarations de principe et vérifier si les engagements sont respectés dans la pratique.

Pourquoi cela importe pour IndustriALL

IndustriALL est membre fondateur et co-concepteur d’ACT. Ce cadre repose sur la conviction que la négociation collective, soutenue par des pratiques d’achat responsables et un respect sincère de la liberté syndicale, constitue la voie la plus efficace et la plus durable vers l’amélioration des salaires et des conditions de travail. Cela va dans le sens des conclusions de l’OIT sur les politiques salariales, en particulier en ce qui concerne les salaires décents.

Ce rapport démontre que le modèle ACT fonctionne précisément parce qu’il ne permet pas aux enseignes d’être seules juges de leurs propres progrès. C’est la méthodologie à 360 degrés, qui recoupe les données provenant des enseignes ainsi que de leurs salariés et fournisseurs, qui confère de la crédibilité aux résultats. Dès lors que ce processus met en évidence des lacunes gênantes, cela signifie que le cadre fonctionne comme prévu.

La Directrice exécutive d’ACT, Mira Neumaier, l’a décrit comme

« un processus collectif fondé sur l’apprentissage »

plutôt qu’un simple exercice statique de conformité, dont l’objectif principal serait de permettre des discussions factuelles sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les 18 enseignes actuellement signataires d’ACT comprennent notamment Asos, C&A, H&M Group, Inditex, Lidl, Next, Primark, PVH, Tesco et Zalando.

Le rapport complet est disponible sur actonlivingwages.com.

L’AIE appelle les travailleurs du secteur de l’énergie, les syndicats et l’industrie à contribuer à l’élaboration du rapport mondial sur l’emploi

Les résultats alimenteront le rapport « World Energy Employment 2026 », une étude annuelle qui suit l’évolution de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’énergie et formule des recommandations consultées par les gouvernements et les employeurs du monde entier.

Pourquoi votre réponse est importante

Le rapport « World Energy Employment 2025 » s’est appuyé sur les réponses de plus de 700 entreprises, syndicats et formateurs dans le cadre de cette même enquête annuelle de l’AIE. Les conclusions ont brossé un tableau révélateur d’un domaine d’activité sous pression.

Le secteur de l’énergie connaît une croissance rapide. En 2024, il employait 76 millions de personnes dans le monde, soit une augmentation de plus de 5 millions depuis 2019, et créait des emplois à un rythme près de deux fois supérieur à celui de l’économie dans son ensemble.

Mais cet essor se heurte à un obstacle majeur : une pénurie grandissante de travailleuses et travailleurs qualifiés. Dans une enquête distincte de l’AIE menée en 2025 auprès de plus de 400 entreprises, environ 60 % ont signalé des difficultés de recrutement dues à des déficits de compétences et à une main-d’œuvre insuffisante. Les postes techniques de terrain, tels que ceux d’électriciens, de monteurs de lignes électriques, d’installateurs de panneaux photovoltaïques, de soudeurs et de tuyauteurs sont les plus difficiles à pourvoir ; ils représentent plus de la moitié de l’effectif total du secteur de l’énergie, mais sont soumis aux carences les plus importantes.

L’enquête sur l’emploi de l’AIE a interrogé sans détour les salariés et leurs représentants sur ce qui rend un emploi intéressant. Les réponses fournies étaient sans équivoque : une rémunération équitable (90 % des personnes interrogées), la sécurité de l’emploi (73 %) et un environnement de travail sûr (71 %). Pourtant, seuls 35 % du personnel sondé ont classé les emplois dans le secteur des énergies propres comme des emplois de qualité offrant à la fois de bonnes conditions de travail et une rémunération décente, un écart auquel les syndicats et les employeurs doivent remédier de toute urgence.

Par ailleurs, l’âge moyen de la main-d’œuvre augmente. Dans les économies avancées, on compte 2,4 travailleurs à moins de dix ans de la retraite pour chaque travailleur de moins de 25 ans. Dans les fonctions du nucléaire et des réseaux électriques en particulier, ce ratio s’élève respectivement à 1,7 et 1,4. D’ici 2035, deux nouvelles recrues sur trois seront nécessaires à la seule fin de remplacer les travailleuses et travailleurs partant à la retraite.

Combler le déficit de compétences exigera une action urgente et coordonnée. L’AIE estime que le nombre de nouveaux diplômés à rejoindre le secteur de l’énergie devrait augmenter d’environ 40 % à l’échelle mondiale d’ici 2030. Ce qui représente un coût d’environ 2,6 milliards de dollars par an, soit moins de 0,1 % des dépenses publiques mondiales consacrées à l’éducation.

Ce sont ces questions que les enquêtes de 2026 visent à aborder. Plus l’AIE engrangera de réponses, plus la base de données factuelles sera solide et plus les arguments en faveur de politiques plaçant les travailleuses et travailleurs au cœur de la transition énergétique s’avèreront convaincants.

« La transition énergétique est en train de remodeler des millions d’emplois à travers le monde. Pour que cette transition soit juste, les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats doivent siéger à la table des négociations, non seulement lors de la prise de décisions mais aussi lors de la collecte des données. J’encourage toutes les personnes du secteur de l’énergie à prendre quelques minutes pour répondre à cette enquête et faire entendre leur voix »

a déclaré Diana Junquera Curiel, Directrice de la politique industrielle chez IndustriALL

Quelle enquête me concerne ?

L’IEA a lancé quatre enquêtes, chacune ciblant un public différent. Trouvez celle qui vous concerne ci-dessous et partagez largement les liens au sein de vos réseaux.

Salariés et représentants syndicaux

Pour les délégués syndicaux, les représentants des Comités d’entreprise, les responsables syndicaux nationaux et les salariés du secteur de l’énergie.

Décideurs politiques

À l’intention des institutions publiques impliquées dans les politiques de l’énergie, du travail, des compétences ou de l’éducation, y compris les ministères, les opérateurs nationaux de compétences et autres organismes gouvernementaux.

Enseignants

Pour les universités, les prestataires d’EFTP (enseignement formation techniques et professionnels), les formateurs internes des entreprises du secteur de l’énergie, les ONG et les syndicats qui dispensent des formations ou un enseignement professionnel.

Secteur de l’énergie (en anglais uniquement)

Pour les entreprises du secteur de l’énergie, les entreprises de la chaîne d’approvisionnement et les responsables du recrutement et de la planification des effectifs.

Partagez vos bonnes pratiques

En plus de mener des enquêtes, l’AIE recueille des exemples de politiques, d’initiatives et d’études de cas via son nouvel outil de suivi « Employment and Skills Policy and Case Study Tracker ». Si votre organisation a développé un programme qui mérite d’être partagé, soumettez-le ici ; il pourrait figurer dans le rapport « World Energy Employment 2026 ».

Toutes les enquêtes se clôturent le 15 mai 2026. Merci de diffuser largement ces liens auprès de vos réseaux syndicaux, de vos collègues et de vos contacts dans le secteur. Chaque réponse renforce les arguments en faveur d’une transition énergétique juste et centrée sur les personnes.

Electricity substation towers and power lines against a blue sky at sunset
Le secteur de l’énergie employait 76 millions de personnes dans le monde en 2024 et pourtant la pénurie de main-d’œuvre qualifiée s’aggrave. Source : Shutterstock / STK_08

La feuille de route du Bangladesh marque le pas

Ces conclusions sont tirées du rapport de l’OIT, publié en mars 2026, sur la feuille de route relative aux 18 revendications. Il concerne la période allant de mars 2025 à mars 2026 et s’applique à l’ensemble des secteurs. Ce rapport rend compte des progrès réalisés par rapport aux engagements pris par le gouvernement bangladais avec les partenaires sociaux et met en évidence les lacunes constatées dans leur mise en œuvre. Il convient notamment de noter que l’accord sur le salaire minimum, une revendication clé du cadre en 18 points, doit être conclu cette année. Les négociations à cet égard doivent encore débuter.

En 2025, le Bangladesh a pris des mesures notables par la ratification de trois conventions de l’OIT : la C155 sur la santé et la sécurité au travail, la C187 sur le cadre de promotion de la santé et de la sécurité au travail et la C190 sur la violence et le harcèlement. Il est ainsi devenu le premier pays d’Asie du Sud à le faire. Pour les salariés qui se battent depuis des années afin d’être reconnus ce sont des acquis durement gagnés.

Mais la ratification n’est pas synonyme de protection. Et pour les millions de travailleuses et travailleurs des usines de confection et des zones franches d’exportation, entre autres, le fossé entre ce que la loi préconise et ce qui se passe réellement dans les usines reste immense.

Le délai légal pour l’enregistrement d’un syndicat est de 55 jours. De nombreuses demandes prennent bien plus de temps, jusqu’à deux ans dans certains cas. Source de préoccupation soulevée par les affiliés d’IndustriALL à plusieurs reprises au cours de multiples cycles de rapport du Conseil d’administration de l’OIT, le système d’enregistrement « Nothijat » laisse les demandes en suspens dans le flou bureaucratique, sans solution en vue. Les ouvrières et ouvriers qui tentent de se syndiquer ne font pas seulement face à des retards ; ils sont confrontés à des licenciements, au harcèlement et à des mesures d’intimidation.

Les autorités n’ont donné suite qu’à onze des quarante-deux cas de discrimination antisyndicale et de pratiques de travail déloyales signalés. Les employeurs, quant à eux, encourageraient activement la création de syndicats jaunes, instances favorables à l’entreprise, conçus pour évincer la véritable représentation des travailleuses et travailleurs.

Le secteur de la confection constitue la plus grande industrie d’exportation du Bangladesh, employant des millions de personnes. Et pourtant, pas une seule convention collective n’était en vigueur ou n’a été conclue au cours de la période considérée. L’accord tripartite en 18 points du gouvernement, signé en septembre 2024 et salué comme une avancée majeure, suscitait déjà des inquiétudes parmi les affiliés quant à sa mise en œuvre inégale selon les secteurs industriels. Les chiffres suggèrent que ces inquiétudes étaient bel et bien fondées.

Ratification sans protection

Les données relatives à la sécurité au travail brossent un tableau similaire. IndustriALL avait déjà émis de sérieux doutes quant à la crédibilité des statistiques d’inspection du gouvernement, se demandant si 441 inspecteurs pouvaient réellement mener à bien les 85 inspections quotidiennes revendiquées par le gouvernement. Les chiffres le confirment aujourd’hui : 1.190 travailleurs ont perdu la vie dans des accidents du travail en 2025, contre 905 l’année précédente. Malgré les réformes, les mesures de sécurité restent dangereusement déficientes.

Les salariés des zones franches d’exportation se voient toujours refuser le droit de former des syndicats indépendants et restent limités aux associations de bien-être des travailleurs qui ne répondent pas aux normes internationales. La réforme du cadre des zones franches d’exportation s’est avérée lente et lacunaire.

Les affiliés d’IndustriALL ont sans relâche demandé que leurs recommandations soient prises au sérieux tout au long de ce processus.

La loi de 2026 portant modification de la législation du travail marque une avancée, en particulier pour les travailleuses et travailleurs des secteurs à haut risque, notamment la confection et la démolition navale. L’introduction de régimes d’indemnisation des accidents du travail visant à renforcer les indemnisations et la protection sociale, ainsi que l’instauration du droit légal de refuser une tâche dangereuse ou présentant des risques, constituent un acquis important pour les travailleuses et travailleurs de ces secteurs à haut risque. Ces mesures concrètes, associées à des améliorations en matière d’inspection du travail et de dialogue social, témoignent des progrès accomplis en vue de lieux de travail plus sûrs et plus responsables. La poursuite des efforts visant à garantir leur mise en œuvre efficace et à renforcer le dialogue social viendra, dans la pratique, soutenir davantage ces évolutions positives. IndustriALL et ses affiliés s’engagent à collaborer avec le gouvernement pour soutenir ces efforts.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« Le nouveau gouvernement bangladais vient d’adopter un code du travail solide et nous espérons que cela marque un changement de valeurs au bénéfice des travailleuses et travailleurs. Mais la réforme législative seule ne suffit pas. Ce dont les salariés ont besoin aujourd’hui, c’est d’une mise en œuvre complète et effective dans la pratique, soutenue par une application plus stricte, une plus grande prise de responsabilité et une protection réelle contre les représailles antisyndicales. Sans ces mesures concrètes, les objectifs de la feuille de route resteront lettre morte. »