L’or est en plein essor, mais les mineurs n’en profitent pas

La Coprésidente Cathy Drummond, du syndicat des Métallos USW, a donné le ton dès le début. Les mineurs du monde entier, a-t-elle déclaré, sont confrontés à bon nombre des mêmes pressions : évolution des modèles économiques, recours croissant à la sous-traitance, risques persistants en matière de santé et sécurité, obstacles à la syndicalisation et impact insidieux des nouvelles technologies.

Ce sentiment de lutte commune a imprégné l’ensemble de la réunion.

Un essor qui passe à côté des travailleurs

Emmanuel Adjei-Danso, Directeur de la section des mines et de l’énergie auprès d’IndustriALL, a ouvert la réunion en brossant un tableau sans concession d’un secteur bénéficiant d’un cours record et d’une production en hausse, alors que les banques centrales du monde entier s’appuient sur leurs réserves d’or pour soutenir leurs monnaies. Pourtant, a-t-il souligné, cette flambée des cours ne se traduit pas par un renforcement des négociations collectives, des lieux de travail plus sûrs ou de meilleurs salaires pour les personnes qui extraient cet or du sol.

Il a souligné le bilan inquiétant d’accidents mortels enregistrés dans le secteur minier depuis le début de l’année et a averti que l’exploitation minière illicite aggravait le problème en sapant les normes de sécurité et la durabilité de l’industrie dans son ensemble.

Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a présenté les enjeux en des termes encore plus crus.

« Les mineurs se trouvent déjà au carrefour de la transition énergétique vers une économie à faibles émissions de carbone, de la décarbonisation, mais au final, cela les place véritablement en première ligne de tout ce débat »,

a-t-il déclaré aux délégués.

La sous-traitance : le fil conducteur commun à tous les pays

S’il y a bien un sujet qui a fait l’unanimité parmi tous les intervenants, c’est celui de la sous-traitance.

Pour le Ghana, le délégué Abdul-Moomin Abdul-Moomin a décrit un secteur où la grande majorité de la main-d’œuvre est désormais employée sous contrat temporaire ou à durée déterminée, une évolution qu’il a directement liée à la faiblesse de l’application du droit du travail. Le Syndicat des mineurs du Ghana s’est battu devant les tribunaux et à la table des négociations, obtenant des protections qui compliquent la tâche des employeurs souhaitant simplement laisser les contrats arriver à échéance.

Pour le Québec (Canada), Sébastien Rail, des Métallos USW, a décrit des sous-traitants fonctionnant presque comme des agences d’intérim, fournissant de la main-d’œuvre aux mines à des conditions qui rendent extrêmement difficile la syndicalisation ; il a établi un lien entre cette pratique et une récente augmentation des accidents du travail parmi le personnel inexpérimenté et récemment embauché.

Paternus RWECHUNGURA, du Syndicat tanzanien des mines, de l’énergie, de la construction et des secteurs connexes (TAMICO), a expliqué comment les mineurs des exploitations artisanales et à petite échelle, travaillant souvent sans contrat ni salaire fixe, peuvent attendre des années avant d’être payés une fois que leur or est enfin vendu, ce qui rend toute syndicalisation efficace pratiquement impossible.

Pour le Zimbabwe, Thulani Moyo a dressé une liste sinistre de défaillances sur les sites : un changement de propriétaire de la mine qui a privé les travailleurs des avantages sociaux acquis, un contrôle insuffisant de la poussière exposant les mineurs à la silicose, une ventilation défaillante, des installations sanitaires communes pour les hommes et les femmes, ainsi qu’un décès sur le lieu de travail lié à des protocoles de sécurité insuffisants.

Une solidarité qui dépasse les frontières

Tous les récits ne portaient cependant pas sur des déconvenues. Les délégués ont pu constater que la solidarité internationale porte déjà ses fruits.

Ben Davis, des Métallos USW, a décrit un réseau mondial de représentants syndicaux de Newmont, couvrant l’Australie, le Mexique, l’Argentine, le Canada et le Pérou, qui travaillent ensemble pour pousser l’entreprise à hausser ses critères. Il a également détaillé deux affaires portées devant le Mécanisme de réponse rapide en matière de travail de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), dont une au niveau de laquelle une enquête a mis au jour des liens entre le crime organisé et des tentatives visant à étouffer la syndicalisation dans une mine mexicaine, accompagnées de menaces de violence à l’encontre des travailleurs. Le syndicat a remporté cette affaire, même si, selon Ben Davis, faire respecter cette décision reste un combat de longue haleine.

Pour le Mexique, Luis Alberto, de Los Mineros, a expliqué comment le syndicat est passé d’une attitude réactive face aux changements de la législation du travail à une approche proactive, en utilisant les comités de formation prévus par la législation pour rendre l’externalisation plus difficile à justifier et en faisant en sorte que les comités de santé et sécurité soient dirigés par les travailleurs, qui connaissent le mieux les conditions de travail.

Un nouvel outil à la disposition des syndicats : l’IRMA

La réunion a également entendu Davidzo Muchawaya, de l’IRMA (Initiative pour une certification responsable de l’exploitation minière), un organisme multipartite auprès duquel IndustriALL siège au sein de son conseil d’administration aux côtés d’entreprises minières, d’investisseurs, de la société civile et d’acheteurs.

Les audits indépendants de l’IRMA, a expliqué Mme Muchawaya, offrent aux syndicats un atout rare : des données vérifiées par un tiers concernant les conditions sur le terrain, des preuves que les entreprises elles-mêmes ont déjà consultées et acceptées avant leur publication. Elle a indiqué que les audits avaient mis en évidence une tendance constante sur de nombreux sites : un recours massif et croissant à de la main-d’œuvre en sous-traitance, une protection insuffisante contre le harcèlement de celle-ci et une gestion inégale des risques liés à la sécurité, en particulier pour les travailleuses et travailleurs n’appartenant pas à l’effectif direct.

IndustriALL a déjà mis ces rapports à profit, en combinant les conclusions des audits de l’IRMA avec les témoignages de ses affiliés afin de monter un dossier en faveur d’une action sur les sites d’AngloGold Ashanti et de demander des comptes à l’entreprise concernant des mesures correctives en suspens.

Interrogée sur la question de savoir si l’adhésion récente au système IRMA d’une mine détenue par des investisseurs chinois en République démocratique du Congo constituait un signe de progrès, Mme Muchawaya a admis qu’il s’agissait d’une avancée notable, tout en soulignant que la grande majorité des sites n’adhèrent à l’IRMA qu’en raison de pressions extérieures.

Prochaines étapes

En clôture de la réunion, le coprésident Stephen Smyth a qualifié cette rencontre de point de départ d’une initiative plus ambitieuse : un réseau permanent, se réunissant régulièrement, doté d’une liste de contacts commune pour maintenir le dialogue entre ses sessions. Emmanuel Adjei-Danso a confirmé qu’IndustriALL allait désormais mettre en place des réseaux dédiés aux entreprises Barrick Gold et AngloGold Ashanti, venant s’ajouter au travail déjà mené avec Newmont et Anglo American, et a invité chaque organisation affiliée à signaler les problèmes, ses campagnes et les opportunités de collaboration transfrontalière.

Le message qui ressort de cette première réunion du réseau est clair : le secteur de l’or est peut-être en plein essor, mais c’est la solidarité et non le cours de l’or qui garantira un travail décent aux personnes qui l’extraient.

Les travailleuses et travailleurs de la confection d’Indonésie, du Cambodge et du Bangladesh apprennent à utiliser la législation sur les droits de l’homme comme outil syndical

Cet atelier, organisé par le Centre de compétence sur la DRDH en partenariat avec IndustriALL, est le premier d’une série pilote en trois volets destinée aux syndicats en lien avec les fabricants de stature mondiale Coats, Crystal International et Pou Chen.

Christina Hajagos-Clausen, Directrice de la section du textile et de la confection auprès d’IndustriALL, a déclaré :

« Depuis trop longtemps, la diligence raisonnable est restée un dialogue entre les entreprises et les autorités de régulation. Ce projet pilote place les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats au cœur de ce processus, en leur fournissant les connaissances et les outils nécessaires pour réclamer des comptes aux employeurs conformément à la loi. »

De la salle de formation à l’usine

Cette session de trois jours a réuni des délégués syndicaux, des juristes et des assistants juridiques, des recruteurs ainsi que des dirigeants syndicaux et leur a posé une question directe : comment utilisez-vous la loi allemande sur les chaînes d’approvisionnement, la directive européenne sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises et les Principes directeurs de l’OCDE en tant qu’outils pratiques ?

À l’issue de l’atelier, les délégations des trois pays étaient en mesure d’identifier les instruments applicables à leurs employeurs, avaient cartographié leurs chaînes d’approvisionnement à l’aide d’Open Supply Hub et du SOMO CSDDD Data Hub et avaient commencé à élaborer des stratégies combinant des pistes d’action nationales et transnationales.

« C’est un moment crucial pour aider les travailleurs à se doter des outils nécessaires afin que les nouvelles législations sur le commerce et la diligence raisonnable jouent en leur faveur. Nous pouvons déjà constater comment des pays comme l’Indonésie élaborent et mettent en œuvre de nouvelles lois sur le travail forcé ainsi que la diligence raisonnable contraignante en matière de droits de l’homme. Les travailleuses et travailleurs jouent un rôle essentiel pour garantir la sécurité et la sûreté des chaînes d’approvisionnement. En tant que Centre, nous soutenons le mouvement syndical international afin qu’il puisse occuper la place qui lui revient au sein des forums clés où sont prises ces décisions »,

a déclaré Kelly Fay Rodriguez, Directrice exécutive du Centre de compétences.

Prochaines étapes

Le projet pilote se poursuivra au Bangladesh en octobre 2026 et s’achèvera au Cambodge en janvier 2027 ; les conclusions seront présentées en avril 2027.

Les travailleurs du secteur pétrolier et gazier revendiquent une transition juste et la responsabilisation des entreprises

Emmanuel Adjei-Danso, Directeur chargé des secteurs minier et énergétique auprès d’IndustriALL, a ouvert les échanges en exposant les pressions structurelles qui remodèlent le secteur : instabilité des prix, régimes de sanctions, perturbations de la chaîne d’approvisionnement et accélération de la transition énergétique. Il a mis en avant la question centrale qui allait guider les débats de la journée : comment les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats peuvent-ils garantir que la transition soit équitable et que personne ne soit laissé pour compte ?

Témoignages venus des régions : les travailleuses et travailleurs en première ligne

Prosper Akrai, représentant le NUPENG (Syndicat national du pétrole et du gaz naturel du Nigeria), a décrit les conséquences en cascade de la suppression des subventions sur les carburants au Nigeria en mai 2023. Le prix de détail de l’essence a augmenté d’environ 643%. Le coût des denrées alimentaires a grimpé en flèche, absorbant près de 80% du revenu mensuel d’un travailleur moyen. Le naira s’est effondré. Les travailleuses et travailleurs sont confrontés à la fois à l’érosion des salaires, à la précarisation de l’emploi et à une détérioration de la situation sécuritaire.

Prosper Akrai a également dénoncé une attaque directe contre les droits syndicaux. Le NUPENG et son syndicat frère ont été la cible d’une campagne organisée par la raffinerie Dangote, qui a mobilisé les médias, des influenceurs des réseaux sociaux et des responsables politiques pour nuire à l’image publique des syndicats après que ceux-ci ont exigé que les travailleuses et travailleurs se voient accorder le droit de se syndiquer.

Pour les États-Unis, Mike Smith, Président du programme national de négociation dans le secteur pétrolier pour les Métallos USW, a confié que BP avait mis en lock-out environ 900 travailleuses et travailleurs de sa raffinerie de Whiting, dans l’Indiana, depuis mars 2026. BP a refusé de s’aligner sur un accord-cadre conclu avec Marathon et exige la conversion de 100 emplois syndiqués en postes en sous-traitance, la mise en place de barèmes salariaux multiples, ainsi qu’une clause relative aux droits de la direction qui priverait les salariés de la possibilité de négocier l’impact de l’intelligence artificielle. Des « remplaçants », rémunérés deux fois et demie le taux syndical, exploitent désormais, au ralenti, cette installation d’une capacité de 400.000 barils par jour.

« Nous continuerons à nous mobiliser s’il y a des actions dans n’importe quel pays. Nous n’allons laisser aucun répit à British Petroleum, où que ce soit de par le monde »,

a déclaré Mike Smith. Il a remercié IndustriALL et Unite pour leurs actions de solidarité, notamment lors de l’assemblée générale des actionnaires de BP à Londres.

Naoki Kashima, Président exécutif de la sous-commission « Pétrole » du JEC-Rengo (Japon), a expliqué que la dépendance du pays vis-à-vis du détroit d’Ormuz, par lequel transitent plus de 90% de ses importations de pétrole brut, l’expose fortement aux conflits régionaux. Toute perturbation risque de faire grimper les coûts de l’énergie, de l’alimentation et de la logistique, ce qui pourrait anéantir les gains salariaux obtenus par les syndicats japonais ces dernières années.

Hassan Juma, Président de l’IGFOGPU (Fédération générale irakienne des syndicats du pétrole, du gaz et de la pétrochimie), a livré le témoignage le plus urgent de la journée. La production pétrolière en Irak a chuté d’environ 70% en raison du conflit régional. Plus de 2.500 travailleuses et travailleurs employés par des multinationales ont été renvoyés dans leurs foyers sans salaire. Les multinationales sont parties ; les travailleurs n’ont pas été payés.

« Les premiers et derniers touchés sont les travailleurs qui œuvrent en sous-traitance pour ces multinationales, car ils n’ont toujours pas reçu leur salaire depuis le début de la guerre », a déclaré Hassan Juma. « Ils n’ont pas accès aux soins de santé et ils n’ont pas d’assurance maladie. »

Il a décrit les conditions de travail des ouvriers à Bassorah, où les températures atteignent 47 degrés Celsius, et où elles grimpent même jusqu’à 50 ou 60 degrés en été. L’économie irakienne, a-t-il précisé, dépend des recettes pétrolières pour 85% de son budget fédéral, ce qui expose entièrement les salaires, les retraites et les services publics aux perturbations.

Tina Wilhelm, d’IGBCE (Allemagne), a clôturé la table ronde régionale en décrivant la contradiction structurelle à laquelle l’Europe est confrontée. Les énergies fossiles restent essentielles à la stabilité industrielle, mais la demande à long terme est incertaine. Les entreprises sous-investissent, tant dans les infrastructures existantes que dans les technologies d’avenir, et les travailleuses et travailleurs ne savent pas clairement à quoi ressemblera leur avenir. Elle a fait valoir que la transition énergétique ne réussira que si elle est viable sur le plan industriel et socialement juste, les travailleuses et travailleurs étant reconnus comme des parties prenantes actives du processus et non passives face à ses conséquences.

Responsabiliser le capital : les accords-cadres mondiaux

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a présenté la stratégie de l’organisation consistant à utiliser les accords-cadres mondiaux pour obliger les multinationales à respecter les normes du travail tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, quelles que soient les exigences de la législation nationale.

« Les accords-cadres mondiaux constituent un levier pour notre cœur de métier : la syndicalisation », a déclaré Kemal Özkan. « Grâce aux clauses par lesquelles l’employeur s’engage à respecter la liberté syndicale et la négociation collective, nous faisons également un pas important en matière de dialogue social. »

Il a indiqué que l’accord d’IndustriALL avec ENI avait été renouvelé en janvier 2026, avec de nouveaux engagements en matière de diligence raisonnable concernant les droits de l’homme et d’intégration de la Convention n°190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement. Des accords avec TotalEnergies et Engie sont également en vigueur, ce dernier incluant un engagement explicite en faveur d’une transition juste et d’un emploi durable. Il a appelé à une implication renouvelée auprès de Petrobras à l’issue des élections brésiliennes d’octobre 2026 et a réaffirmé la pleine solidarité d’IndustriALL avec les membres des Métallos USW victimes d’un lock-out imposé par BP.

Conclusions : solidarité, stress thermique et plan d’action pluriannuel

Les conclusions ont souligné que le stress thermique était devenu un enjeu transversal en matière de santé au travail. IndustriALL et l’OIT discutent actuellement d’un programme visant à lutter contre le stress thermique dans l’ensemble du secteur, comprenant notamment des formations spécifiques.

Frode Alfheim, Coprésident de la section de l’énergie d’IndustriALL et Président de Styrke (Norvège), a conclu par un appel à la solidarité mondiale, en revenant sur les témoignages du Nigeria et de l’Irak.

« Il s’agit d’un enjeu industriel mondial pour lequel nous devons travailler ensemble afin de garantir que ces travailleuses et travailleurs bénéficient du soutien dont ils ont besoin »,

a-t-il déclaré.

Il a souligné que le succès de la Norvège dans la gestion des recettes pétrolières au profit de l’intérêt général trouvait ses racines dans l’expertise apportée par l’Irak à la fin des années 1960. Il a appelé le réseau à s’appuyer sur cette histoire de partage transfrontalier des connaissances et de solidarité.

Les participants sont convenus d’élaborer un plan d’action pluriannuel reliant les syndicats affiliés à travers l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement mondiale du pétrole et du gaz.

Shutterstock : image d’archive représentant des travailleurs d’une raffinerie de pétrole

« Graveyard to Green Yard » : il y a un an, les travailleurs remportaient une victoire historique

Sortie programmée ce 26 juin 2026, un an jour pour jour après l’entrée en vigueur de la Convention de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.

 Ce n’est certainement pas une coïncidence.

La Convention a déjà amené des changements spectaculaires dans son sillage : elle réduit l’empreinte environnementale du secteur, rend le travail plus sûr et formalise l’emploi. Le recyclage des navires connaît actuellement une Transition juste qui crée des postes décents dans l’économie circulaire. Ce film raconte l’histoire des travailleuses, des travailleurs et des syndicats qui ont rendu cela possible.

De cimetière de bateaux à chantier de recyclage vert : la coalition qui a transfiguré le secteur du recyclage des navires

La syndicalisation dans le secteur de la démolition navale en Inde a débuté en 2003, au moment où des responsables du Syndicat des dockers et des travailleurs portuaires de Mumbai se sont entretenus avec des travailleurs d’un chantier voisin et ont constaté qu’ils n’avaient à leur disposition ni eau potable ni premiers secours alors qu’ils effectuaient des journées de 12 heures au service du métier le plus dangereux au monde.

Après le recrutement des travailleurs de Mumbai, l’action s’est concentrée sur les chantiers plus conséquents d’Alang, dans l’État du Gujarat, où a été créée l’Association des travailleurs du recyclage des navires et des secteurs connexes d’Alang-Sosiya (ASSRGWA), un syndicat sectoriel ouvert à toute personne active sur les chantiers ou dans les industries en aval.

En syndiquant les chantiers et en luttant sans relâche pour les droits des travailleurs et leur protection sociale, l’ASSRGWA a renforcé son influence et sa crédibilité auprès des employeurs et du gouvernement. En collaboration avec IndustriALL, elle a mis en place un réseau de solidarité mondiale, en partenariat avec des syndicats des Pays-Bas, du Japon, d’Allemagne, du Danemark, d’Australie et d’ailleurs, qui font pression sur leurs gouvernements respectifs pour qu’ils ratifient la Convention de Hong Kong et pour que l’industrie maritime assume la responsabilité de l’ensemble du cycle de vie des navires.

Cela a permis de rassembler une coalition de gouvernements, d’employeurs et d’armateurs engagés à transformer le secteur grâce à la Convention et au dialogue social.

L’interaction entre la Convention et la mobilisation sur le terrain s’avère essentielle : la HKC se veut un outil descendant qui génère les conditions d’un secteur plus performant. Le syndicat incarne la force sur le terrain qui garantit que le changement est bien réel et implique les travailleuses et travailleurs.

L’ASSRGWA affiche désormais un taux de syndicalisation supérieur à 70 % dans les chantiers navals et s’est tournée vers l’industrie sidérurgique en aval, notamment les usines de relaminage et les petits ateliers. Ce 26 juin, des représentants du gouvernement national indien, de l’autorité portuaire, de la fédération patronale, de l’ASSRGWA et de la SEWA, le syndicat regroupant les recycleurs de ferraille en aval, se sont réunis à Bhavnagar pour débattre de la prochaine étape de la transition : étendre les avantages de la HKC à l’industrie en aval.

Afrique du Sud : les ouvriers de l’automobile en grève pour défendre leurs salaires chez BAIC

Les travailleuses et travailleurs étaient initialement employés au niveau de compétence 1 défini par le Forum national de négociation, la plateforme de négociation collective du secteur, ce qui leur donnait droit à 121 rands (7,30 dollars) de l’heure. En juin 2025, BAIC a procédé à des licenciements, invoquant une rénovation de l’usine. Lorsque le personnel est revenu au travail deux mois plus tard, le taux horaire avait été ramené à 48 rands (2,90 dollars).

Les artisans spécialisés, tels que les peintres au pistolet, gagnent désormais 84 rands (5,07 dollarsx) de l’heure et les soudeurs au CO₂ 48 rands (2,90 dollars), alors que le salaire d’entrée dans le secteur est de 163,24 rands (9,85 dollars) et celui d’un ouvrier qualifié de 180,53 rands (10,90 dollars).

Le NUMSA exige le rétablissement de ces deux taux ainsi que le versement d’arriérés de salaire et d’indemnités pour les travailleuses et travailleurs ayant exercé les fonctions de chefs d’équipe, parfois pendant plus de six mois, sans nomination officielle.

BAIC doit respecter les accords salariaux du secteur

Derrière ce conflit salarial on retrouve des revendications fondamentales du NUMSA, qui exige que BAIC s’aligne sur les conditions respectées par tous les autres équipementiers opérant en Afrique du Sud. Le syndicat souhaite que le paiement hebdomadaire soit déplacé du vendredi au mercredi, afin de ne pas se retrouver sans ressources pendant les longs week-ends et les jours fériés, que les sous-traitants employés depuis plus de trois mois soient titularisés et que les diplômés du programme d’apprentissage du Service gouvernemental pour l’emploi des jeunes soient intégrés à des postes permanents à l’issue de leur formation.

« BAIC doit s’aligner sur tous les autres équipementiers. Pas d’exception, pas de compromis sur les avantages sociaux », a déclaré Mziyanda Twani, Secrétaire régional du NUMSA pour la province du Cap-Oriental.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a ajouté : « La négociation sectorielle constitue un pilier des relations sociales en Afrique du Sud. BAIC ne doit pas la saper en pratiquant des bas salaires. »

Un projet phare qui ne répond pas aux attentes

En 2016, le groupe basé à Pékin a conclu une joint-venture avec la société publique Industrial Development Corporation (IDC), en prenant une participation de 65 % contre 35 % pour IDC, afin de construire une usine d’assemblage de 12,6 milliards de rands (764 millions de dollars) dans la zone de Coega, près de Gqeberha.

Cette implantation était censée produire jusqu’à 100.000 véhicules par an, créer 10.000 emplois et ancrer les ambitions de BAIC en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et au-delà.

Les volumes de vente sont restés faibles. BAIC a depuis misé sur le SUV X55 et, plus récemment, sur le B30, tout en annonçant son intention d’agrandir le site de Coega malgré les pressions américaines sur le commerce mondial en termes de droits de douane.

Les voitures chinoises, emmenées par la marque Haval de Great Wall Motors et par Chery, sont désormais omniprésentes sur les routes sud-africaines. Au premier trimestre 2026, les ventes cumulées de véhicules construits en Chine s’élevaient à 16.094 unités, ces marques figurant désormais parmi les trois plus vendues du pays.

Leur progression repose sur des prix compétitifs et des équipements de plus en plus performants, à un moment où les taux d’intérêt élevés et la faible croissance des salaires réels ont réduit le pouvoir d’achat des consommateurs sud-africains.

Shutterstock image of Baic,Logo
Image Shutterstock, logo de BAIC

Le commerce doit servir les travailleurs et non leur nuire

Par Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Ce n’est pas la bonne question. Et tant que nous continuerons à la poser, les travailleuses et travailleurs du monde entier, à Détroit comme à Düsseldorf, à Dakar comme à Dhaka, continueront d’en faire les frais.

Permettez-moi d’être clair quant à la position d’IndustriALL. Nous représentons environ 50 millions de travailleuses et travailleurs des secteurs minier, énergétique et manufacturier dans plus de 140 pays. Le commerce concerne chacun d’entre eux. Nous sommes favorables au commerce international pour autant qu’il s’avère équitable. Le commerce n’est pas une fin en soi ; il doit profiter aux salariés et aux sociétés dans leur ensemble. Ce à quoi nous nous opposons, c’est un système commercial conçu pour servir le capital au détriment des personnes qui construisent, extraient et fabriquent.

Un diagnostic erroné pour une souffrance bien réelle

Le sentiment des salariés des pays industrialisés, qui se considèrent laissés pour compte par la mondialisation, apparaît justifié. Les faits sont probants. Des études ont montré que la concurrence des importations en provenance de Chine représentait jusqu’à 25 % de la baisse de l’emploi dans le secteur manufacturier américain au cours des années qui ont suivi l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et surtout, lorsque ces régions ont fini par se redresser et que le chômage a reculé, ce sont de nouveaux travailleurs, plus jeunes, qui ont obtenu les emplois fraîchement créés. Ceux qui ont perdu leur moyen de subsistance ont eu tendance à rester sans emploi ou à quitter le marché du travail purement et simplement. Les séquelles des chocs commerciaux sont permanentes et touchent chaque individu personnellement.

Il s’agit d’une colère légitime. Ces travailleuses et travailleurs méritent d’être entendus. Mais les droits de douane, en particulier les droits unilatéraux imposés en dehors de tout cadre de l’OMC, ne constituent pas la solution.

En voici la raison. Dans une économie mondialisée, les droits de douane unilatéraux ne contribuent pas à relancer l’emploi dans le pays. Ils détournent les flux de marchandises. Lorsqu’un pays érige des barrières, les chaînes d’approvisionnement s’adaptent. Le déficit peut diminuer sur le papier tandis que le déséquilibre sous-jacent persiste. Pendant ce temps, les salariés des pays qui n’avaient rien à voir avec le différend initial sont confrontés à une hausse des prix, à des chaînes d’approvisionnement perturbées et, dans les pays du Sud, à la perte des opportunités d’exportation mêmes qui étaient censées stimuler leur développement.

Nous l’avons nous en avons pris la pleine mesure lors de notre réunion d’urgence sur le commerce, le 23 avril dernier, où plus de 200 représentants de 65 pays se sont rassemblés pour évaluer la situation actuelle. Les données présentées étaient accablantes : les droits de douane n’avaient pas fondamentalement modifié le paysage du commerce mondial. Ils avaient en revanche créé de l’incertitude, fait grimper les coûts et les prix, comprimé les salaires réels classe ouvrière déjà sous pression, et creusé les divisions au moment même où la solidarité s’annonce cruciale.

Une approche stratégique et non réflexive

IndustriALL reconnaît l’importance du recours aux instruments de défense commerciale. Notre position, adoptée par le Comité exécutif et confirmée par la toute dernière résolution du Congrès, est formelle : les droits de douane peuvent constituer un outil sensé lorsqu’ils sont utilisés de manière stratégique, dans le cadre d’un système commercial international équitable fondé sur des règles ; ils s’inscrivent dans un ensemble plus large de mesures de politique industrielle comprenant des conditions relatives au travail ainsi qu’un plan précis et détaillé destiné à renforcer les capacités de production et à créer des emplois décents.

On est dès lors loin d’une guerre tarifaire.

La question décisive, comme l’ont clairement formulée les collègues du Comité consultatif syndical auprès de l’OCDE (TUAC)  lors de notre réunion d’avril, est de savoir ce que les gouvernements et les entreprises font du temps et des recettes supplémentaires que leur procurent les droits de douane. Investissent-ils dans les effectifs, dans l’amélioration des compétences, dans la protection sociale et dans des industries nationales véritablement compétitives ? Ou bien permettent-ils aux entreprises d’engranger des profits additionnels et de réduire les impôts des plus riches tandis que les travailleuses et travailleurs attendent une réindustrialisation qui ne vient jamais ?

Nous savons par expérience quelle est l’issue la plus courante.

Un programme commercial en faveur des travailleurs

Depuis des années, IndustriALL propose un cadre centré sur les travailleuses et travailleurs. Nos dix principes directeurs, adoptés pour la première fois en 2018, reposent sur une conviction toute simple : les problèmes mondiaux nécessitent des solutions mondiales. La réponse à un système multilatéral défaillant n’est pas d’abandonner le multilatéralisme mais de le réformer, en associant les salariés aux négociations.

Cela signifie que les accords commerciaux doivent inclure des droits du travail exécutoires, non pas sous forme d’annexe mais dans le fondement même de chaque accord. Cela signifie que l’accès aux marchés doit être subordonné au respect des conventions de l’OIT. Cela signifie que les gouvernements démocratiques doivent conserver la marge de manœuvre politique nécessaire pour renforcer leurs capacités industrielles sans craindre d’être poursuivis par des multinationales via des mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États. Et cela signifie que les marchés publics, l’un des instruments les plus puissants dont disposent les gouvernements, doivent rester disponibles pour soutenir l’industrie nationale et les communautés locales.

La voix du Sud ne peut être reléguée au second plan

Une chose me trouble profondément dans le débat actuel. Il se déroule presque exclusivement dans le Nord, par et au sujet du Nord. Les travailleuses et travailleurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont mentionnés, si tant est qu’ils le soient, comme une source de concurrence à gérer et non comme des personnes dont le développement et la dignité comptent tout autant.

Le commerce international représente un vecteur important du développement des économies et de l’amélioration des conditions sociales et de travail dans les états du Sud. De nombreux pays en développement et ceux parmi les moins avancés jouent un rôle conséquent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. C’est pourquoi la gestion de celles-ci par le biais d’une diligence raisonnable en matière de droits humains se trouve au cœur du travail d’IndustriALL. Il n’y a aucune équivoque quant à la voie à suivre : passer d’une législation volontaire à une législation contraignante s’avère essentiel.

S’il est possible d’établir des règles contraignantes pour les chaînes de valeur mondiales, pourquoi n’en irait-il pas de même pour le commerce? Le monde traverse une crise des inégalités. Comment inverser cette tendance ? La réponse est évidente : via des règles contraignantes pour le commerce et la production au sein des chaînes d’approvisionnement, afin que les droits humains et les droits des travailleurs soient protégés et qu’une véritable voie de développement devienne possible.

Chez IndustriALL, nous rejetons fermement tout jeu de dupes. Le même système commercial fondé sur des règles que nous exigeons pour un sidérurgiste de Pennsylvanie doit également s’appliquer à un ouvrier du textile au Bangladesh et à un mineur en Zambie. La Zone de libre-échange continentale africaine, si elle repose sur des normes du travail solides, offre la possibilité d’une véritable industrialisation à l’échelle d’un continent qui a trop souvent été traité comme une source de matières premières plutôt que comme un lieu où la valeur doit être créée et partagée. Les accords commerciaux récemment signés recèlent le même potentiel, à condition que les protections des travailleuses et travailleurs soient concrètes et applicables.

Nous solliciterons l’avis de nos collègues de l’ensemble des pays du Sud au cours des mois à venir, car une politique commerciale au service de la main d’œuvre ne peut être élaborée uniquement dans les capitales du monde des nantis.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui

La situation actuelle est dangereuse, non pas parce que les pays repensent le commerce, mais parce qu’ils le font de manière isolée et réactive, sans que les salariés soient associés aux discussions et sans vision nette de la véritable raison d’être du commerce.

La position d’IndustriALL reste manifeste et inchangée. Le commerce doit servir les travailleuses et travailleurs, les communautés et le développement. Cela implique une politique industrielle stratégique parallèlement à tout instrument de défense commerciale. Cela implique des droits du travail applicables dans chaque accord. Cela implique l’unité et la solidarité par-delà les frontières et non un nationalisme économique qui dresse les travailleurs les uns contre les autres.

Nous ne pouvons pas construire une économie mondiale équitable en remontant le pont-levis. Nous ne pouvons la construire qu’ensemble.

IndustriALL se bat pour cet objectif primordial en le plaçant au centre de toutes ses actions et campagnes.

La force d’une classe ouvrière organisée syndicalement constitue notre pilier pour donner corps à la devise de notre Congrès : « S’organiser pour un avenir juste ».

Kemal speaks at the IndustriALL Global Union World Congress, Sydney, November 2025
Kemal s’exprime lors du Congrès mondial d’IndustriALL, à Sydney, en novembre 2025

Inde : des accidents mortels sur le lieu de travail mettent en évidence des défaillances systémiques en matière de sécurité

Pris ensemble, ces décès mettent en exergue de graves défaillances en matière d’identification des risques, de préparation aux situations d’urgence et de sécurité sur les lieux de travail à haut risque en Inde.

Une tendance : des risques évitables

Ces pertes déplorables font suite à une série d’accidents mortels sur le lieu de travail, notamment l’explosion de Singhitarai et d’autres catastrophes qui ont coûté la vie à des travailleuses et travailleurs au sein de divers secteurs. Dans de nombreux cas, le personnel et les syndicats avaient déjà fait part de leurs inquiétudes concernant des conditions de travail dangereuses.

Les témoignages provenant du secteur manufacturier indien confirment cette tendance. La plupart des blessures liées aux presses mécaniques ont touché des travailleuses et travailleurs sur des machines dépourvues de capteurs de sécurité. Un tiers des blessés n’avait reçu aucune formation et avait appris à utiliser la machine sur le tas. Lorsque les opératrices et opérateurs signalent des machines défectueuses, les contremaîtres les ignorent. Les inspections contournent systématiquement les travailleurs, les acheteurs et les inspecteurs du gouvernement s’adressant rarement à ceux qui vivent les dangers en direct.

Renforcer l’inspection du travail et la prévention

Les informations officielles révèlent de graves lacunes en matière de surveillance. Les chiffres de la Direction générale, du Service de conseil aux usines et des Instituts du travail montrent qu’en 2023 le taux de couverture des inspections est resté inférieur à 40 %, même dans les implantations aux procédés dangereux. Ce bilan se reflète dans les demandes d’indemnisation. Rien qu’en mai dernier, la Société d’assurance publique des salariés a traité 185.634 requêtes d’invalidité permanente. Il n’existe pas de ventilation précisant quand ces accidents se sont produits, toutefois une occurrence aussi élevé(e) en un seul mois met en évidence à la fois la médiocrité des données et le besoin urgent d’intensifier les inspections.

Le gouvernement doit renforcer les capacités d’inspection de toute urgence, notamment en matière d’expertise technique spécialisée pour les industries à risque, et veiller à ce que les inspecteurs aient un accès effectif à tous les lieux de travail, y compris les chantiers gérés par des sous-traitants et les zones économiques spéciales.

Les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats sont souvent les premiers à identifier les risques émergents. Lorsqu’ils tirent la sonnette d’alarme, les employeurs et les autorités de régulation doivent les écouter et agir.

Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

« La présence de travailleuses et travailleurs sous contrat temporaire dans les sites de production majeurs reflète un recours croissant à une main-d’œuvre précaire dans les industries dangereuses. La tragédie de Visakhapatnam met en évidence à la fois la pénurie de personnel qualifié et l’incapacité de la direction à investir suffisamment dans les mesures de sécurité, des problèmes qui doivent être traités de toute urgence. »

Ashutosh Bhattacharya, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a ajouté :

« Chaque travailleuse, chaque travailleur a le droit de rentrer chez lui en toute sécurité à la fin de sa journée de travail, et ce droit n’a aucun sens sans une inspection rigoureuse. La Convention n° 81 de l’OIT montre la voie à suivre aux gouvernements : doter les services d’inspection de personnel suffisant, soumettre chaque chantier à un contrôle minutieux et placer les salariés et leurs syndicats au cœur de la prévention. Chaque inaction se mesure en vies humaines. »

Démolition des navires au Bangladesh : les syndicats du secteur intensifient leur campagne de syndicalisation en vue de salaires décents et de chantiers plus sûrs

Cet atelier de formation, qui s’est déroulé du 18 au 20 juin, a réuni des recruteurs de deux fédérations affiliées : la Fédération des travailleurs de la métallurgie, de la chimie, de l’habillement et de la confection du Bangladesh (BMCGTWF) et la Fédération des métallurgistes du Bangladesh (BMF). Ces deux structures représentent les travailleuses et travailleurs des chantiers de démantèlement de Sitakunda, près de Chattogram, qui traitent environ un tiers des navires en fin de vie dans le monde.

Des femmes issues de l’industrie en aval présentes pour la première fois

Pour la première fois, des femmes travailleuses issues de l’industrie du recyclage en aval ont participé à une telle formation. Cette partie du secteur, qui transforme la ferraille et les composants en nouveaux produits, occupe du personnel majoritairement féminin et n’est actuellement pas syndiquée. Les participantes ont élaboré un plan de syndicalisation concret.

A participant speaks during the IndustriALL organizing workshop for the Bangladesh ship recycling sector, Chattogram, 18 June 2026
Une participante prend la parole lors du séminaire de syndicalisation d’IndustriALL pour le secteur du recyclage des navires au Bangladesh, Chattogram, 18 juin 2026

Cartographier les rapports de force dans le secteur

Les recruteurs ont passé ces trois jours à cartographier les structures de propriété du secteur, mettant en évidence les liens entre les conglomérats industriels, les chantiers navals et les usines de relaminage. L’analyse a révélé un défi de taille : si le taux de syndicalisation atteint environ 80 % dans certains chantiers, ceux-ci ont tendance à être de plus petite envergure et de plus faible importance sur le plan commercial. Le taux de syndicalisation global du secteur reste faible, ce qui limite la capacité des syndicats à induire des changements significatifs dans les conditions de travail.

Participants work together on a mapping exercise during the IndustriALL organizing workshop for the Bangladesh ship recycling sector, Chattogram, 18 June 2026
Participants work together on a mapping exercise during the IndustriALL organizing workshop for the Les participants travaillent ensemble à un exercice de cartographie lors du séminaire de syndicalisation d’IndustriALL consacré au secteur du recyclage des navires au Bangladesh, Chattogram, 18 juin 2026

Les syndicats se sont appuyés sur cette cartographie pour identifier les employeurs les plus importants d’un point de vue stratégique et ont élaboré des plans de campagne de syndicalisation ciblés autour des problèmes soulevés par les salariés eux-mêmes.

Au cours de  la dernière matinée de la formation, les participants ont mis leurs nouvelles compétences en pratique : ils se sont entretenus directement avec des travailleuses et travailleurs rentrant de leur quart de nuit et en ont rencontré d’autres à leur domicile.

Les salaires et la sécurité au cœur des préoccupations

Deux enjeux se sont imposés comme principaux leviers de mobilisation. La Commission tripartite des salaires du secteur est convenue d’un nouveau salaire minimum de 22.000 BDT (180 dollars) par mois lors d’une réunion le 17 juin dernier, bien que cet accord n’ait pas encore été publié au Journal officiel. De nombreux propriétaires de chantiers navals ne versent déjà plus le salaire minimum précédent de 16.000 BDT (130 dollars). Par ailleurs, de nombreux chantiers continuent de ne pas respecter les exigences en matière de sécurité prévues par la Convention de Hong Kong, exposant ainsi leur personnel à des risques majeurs.

Walton Pantland, Directeur des campagnes et de la syndicalisation chez IndustriALL, a déclaré :

« Nous sommes présents dans les chantiers navals depuis de nombreuses années, mais nous n’avons jamais eu la densité syndicale ni l’influence nécessaires pour faire bouger les employeurs de manière significative. Nous allons changer cela en adoptant une approche plus stratégique : cibler les employeurs les plus influents. Nous voulons des environnements de travail sûrs, un travail décent et un salaire convenable pour tous nos membres. »  

Cambodge : lancement d’une convention collective novatrice

Cet accord-type, qui couvre la période du 1er juillet 2026 au 31 juillet 2029, permet la mise en place, au sein des usines de l’ensemble du secteur, de conventions collectives standardisées et soutenues par les enseignes. En tant que tel, il devient juridiquement contraignant dès son adoption sur le terrain.

Ce que couvre l’accord

Cette convention collective comprend :

Le texte révisé prévoit une augmentation du salaire de base mensuel en deux temps : 6 dollars de plus jusqu’en décembre 2027 auxquels s’ajouteront 9 dollars à partir de janvier 2028. Elle prolonge également le congé de maternité de 15 jours et instaure, pour la première fois, cinq jours de congé de paternité rémunéré, parallèlement aux protections existantes prévues par la convention en matière de liberté syndicale, de violence sexiste, de stress thermique et de règlement des conflits.

Soutenir une croissance salariale équitable

La CCT vient compléter les hausses du salaire minimum national et s’appuie sur le processus de fixation du salaire minimum. Conformément aux recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT), les valorisations salariales prévues sont établies par le biais de négociations collectives entre les partenaires sociaux, ce qui garantit une croissance des salaires réels prévisible et fiable, soutenue par les chaînes d’approvisionnement des enseignes mondiales.

En impliquant ces dernières et en négociant un modèle de CCT permettant de standardiser les accords au sein des usines, les partenaires sociaux cambodgiens garantissent le respect des engagements contraignants qu’elles ont pris. Ainsi, toutes les usines adoptant ce modèle en bénéficient directement.

Cet accord s’inscrit dans le cadre du programme ACT au Cambodge, qui permet aux marques de s’engager de manière significative auprès des syndicats, des fabricants et d’autres détaillants, établissant ainsi une nouvelle norme sectorielle pour des chaînes d’approvisionnement stables, prévisibles et responsables.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« Nous félicitons nos affiliés et les employeurs pour ce modèle novateur de convention collective. Il s’agit d’une avancée constructive inédite vers des relations sociales saines et des lieux de travail stables. De plus, ces CCT introduisent de nouvelles normes sectorielles qui complètent les législations nationales tout en garantissant le soutien des marques à une évolution salariale transparente, responsable et durable. »

IndustriALL et ses affiliés cambodgiens appellent toutes les enseignes mondiales et tous les détaillants s’approvisionnant dans le pays à signer immédiatement l’Accord de soutien au Cambodge.

Conformité aux normes de diligence raisonnable

Ce faisant, elles s’engagent à embrasser un modèle de relations sociales qui concilie les priorités des travailleuses et travailleurs, des fabricants et des détaillants. Cette initiative s’aligne également sur les exigences de diligence raisonnable en matière d’implication des parties prenantes, de salaires et de liberté syndicale, favorisant ainsi une approche transparente et responsable des pratiques d’approvisionnement.

Conformément aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail proposés dans l’ensemble des activités de celles-ci ne doivent pas être moins favorables pour les salariés que ceux offerts par des employeurs comparables dans le pays d’accueil. En l’absence d’une telle jauge, les entreprises doivent offrir les meilleurs salaires, avantages sociaux et conditions de travail possibles, dans le cadre des politiques gouvernementales et des normes internationales applicables (chapitre V, paragraphe 4b).

C’est ce qu’instaure la convention collective négociée entre les partenaires sociaux dans le cadre du programme ACT Cambodge, notamment au titre des conventions n° 87 et 98 de l’OIT, et déjà mise en œuvre par des employeurs comparables dans le pays,

Nigéria : les syndicats élaborent un plan solide pour renforcer le pouvoir des travailleurs chez Dangote

Au programme : recenser les effectifs à travers l’Afrique et mener des campagnes de syndicalisation. Les syndicats surveilleront également les violations des droits du travail et formuleront des revendications communes concernant la négociation collective, la sécurité au travail, la liberté syndicale et le dialogue social.

Les cinq structures aux manettes sont le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des employés de l’électricité (NUEE), l’Association des cadres du pétrole et du gaz naturel (PENGASSAN), l’Association des cadres de l’industrie chimique et des produits non métalliques (CANMPSSAN) et le Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la confection (NUTGTW).

Les syndicats ripostent

Cette réunion fait suite à des années d’exploitation avérée au sein du groupe Dangote. Les travailleuses et travailleurs précaires et temporaires perçoivent des salaires inférieurs et bénéficient de moins de protections que le personnel permanent. Les normes de santé et de sécurité s’avèrent médiocres et le groupe refuse toute négociation collective significative, même là où des syndicats sont en place.

En septembre 2025, la raffinerie Dangote, d’une valeur de 20 milliards de dollars, située dans la banlieue de Lagos, a licencié 800 salariés le lendemain de leur adhésion à la PENGASSAN. La direction a justifié ces renvois par une restructuration imputée à de prétendus actes de sabotage ; les syndicats ont, quant eux, qualifié cette mesure de représailles.

Le Congrès du travail du Nigeria (NLC) s’est rangé du côté de ces syndicats. Son Président, Joe Ajaero, a accusé le groupe Dangote de contraindre son personnel à adhérer à des syndicats contrôlés par lui, violant ainsi leur liberté à se syndiquer et portant atteinte à la négociation collective. Le NLC a blâmé la multinationale pour avoir enfreint la législation nigériane ainsi que les Conventions n° 87 et 98 de l’OIT, toutes deux ratifiées par le Nigeria, qui garantissent la liberté syndicale.

Cette décision revêt une importance particulière compte tenu de l’expansion du groupe Dangote à travers l’Afrique. Ses activités comprennent des raffineries de pétrole et des cimenteries en Éthiopie, au Sénégal, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe.

Il exploite également un complexe de production d’engrais qui exporte sur tout le continent et nourrit des ambitions dans le secteur de la production d’électricité. Il emploie des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs à travers le Nigeria et s’ancre dans plus d’une douzaine de pays africains. Pourtant, pour bon nombre de ces salariés, le droit d’adhérer à un syndicat reste bafoué.

Ce réseau d’entreprises rassemblera les syndicats qui représentent les travailleuses et travailleurs dans l’ensemble des sites africains de Dangote. Il facilitera le partage d’informations et la solidarité mutuelle. Il soutiendra également des campagnes dans les pays où le groupe s’est établi depuis peu et où la présence syndicale reste encore faible.

Oluchi Amaogu, Secrétaire général adjoint du NUPENG, a déclaré :

« Nous sommes plus forts lorsque nous sommes unis. Cette réunion marque une étape importante vers la construction d’une parole syndicale unifiée sur l’ensemble des sites de Dangote. Grâce à la solidarité, à la syndicalisation et à la détermination, nous pouvons renforcer les droits des travailleuses et travailleurs et veiller à ce que la croissance et le développement leur soient profitables. »

Tom Grinter, Directeur d’IndustriALL pour les secteurs de la chimie et de la pharmacie, de la pâte à papier et du papier, du caoutchouc et des matériaux, a indiqué :

« Le groupe Dangote forme un conglomérat industriel présent sur tout le continent et on ne peut pas lui permettre de bafouer les droits des travailleuses et travailleurs. C’est pourquoi les syndicats envisagent conjointement la syndicalisation. »