Faites payer Amazon !

Amazon Fashion est une marque en pleine expansion au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’habillement. L’entreprise est devenue le premier détaillant de vêtements aux États-Unis, cité comme la première destination des acheteurs de vêtements, devançant Target et Walmart.

La chaîne d’approvisionnement d’Amazon s’étend sur toute la planète avec une production au Bangladesh, en Chine, en Malaisie, en Inde, au Sri Lanka, en Turquie et au Vietnam.

Affiliés d’IndustriALL en Indonésie

Nazma Akhter, Présidente de la Fédération Sommilito Garments Sramik et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses de la confection, comme ceux que je représente, triment pour remplir les coffres d’Amazon, souvent sans même que l’on reconnaisse que nous sommes des travailleurs d’Amazon. L’entreprise est le troisième employeur direct au monde, mais si l’on tient compte des travailleurs et travailleuses de la chaîne d’approvisionnement, il est encore plus important. Au travail, nous pouvons être victimes de harcèlement sexuel de la part de la direction et de victimisation lorsque nous essayons de nous organiser en syndicat contre cette violence ainsi qu’en faveur de meilleurs salaires et conditions de travail.”

Nazma Akhter

Nazma Akhter

“Au Bangladesh, nous sommes en première ligne du dérèglement climatique, nous savons donc que justices climatique et sociale ne peuvent être séparées.”

Rejoignez les travailleurs, les syndicats, les fédérations syndicales internationales et les militants qui se mobilisent ce 25 novembre et montrez votre solidarité avec les travailleurs et travailleuses d’Amazon dans le monde entier.

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Aucun accord en vue alors que les négociations de la COP27 entrent dans leur dernière ligne droite

Au moment de la rédaction de cet article, la première version des décisions chapeaux, les grandes lignes d’une déclaration politique, avait été publiée, avec de nombreuses lacunes évidentes signalées par l’expression “à compléter” dans le texte.

La COP26, qui s’est tenue à Glasgow l’année dernière, a été marquée par un certain nombre d’annonces importantes : la déclaration sur la Transition juste, le premier partenariat pour une transition énergétique juste et le pacte de Glasgow pour le climat, qui appelle les pays à soumettre des objectifs améliorés dans l’année.

Annoncée comme une COP de mise en œuvre, la COP27 a vu moins d’annonces spectaculaires et s’est concentrée sur la mise au point des détails des engagements précédents. Les principaux domaines de négociation ont été les suivants :

Sur la plupart de ces mesures, très peu de progrès ont été réalisés. Le monde doit réduire ses émissions de 45 % d’ici à 2030. Actuellement, nous sommes en passe de les augmenter de 10%, et les émissions ont atteint un niveau record en 2022. En ce qui concerne le financement, les 100 milliards de dollars par an promis par les pays développés, déjà insuffisants, n’ont jamais été atteints et une grande partie des financements mis à disposition l’ont été sous forme de prêts.

Il n’y a pas non plus d’accord sur les pertes et les dommages, le Secrétaire américain au climat, John Kerry, ayant annoncé que son pays, responsable de 40 % des émissions, n’acceptera pas de responsabilité.

Contrairement à la COP26, qui s’était caractérisée par une participation dynamique de la société civile sous la forme d’une COP alternative en dehors de la zone verte, la COP27 s’est déroulée dans un contexte de répression, avec de nombreux militants égyptiens pour le climat emprisonnés et incapables de participer aux débats et des délégations espionnées par des agents de sécurité. Les syndicats ont dû faire preuve de prudence pour assurer la sécurité des réunions.

En dehors des sessions plénières où les négociations ont eu lieu, les syndicats se sont concentrés sur le lobbying auprès des délégations de leurs pays afin d’inclure des formulations pro-travailleurs dans les textes, ainsi que sur la garantie d’une mise en œuvre pratique. L’expression “transition juste” a été récupérée par de nombreuses parties prenantes, y compris des entreprises et des pays, et utilisée pour faire valoir qu’elles devraient recevoir une compensation pour la décarbonisation.

Les militants syndicaux sont intervenus dans de nombreuses sessions pour insister sur la définition correcte de la Transition juste comme étant une transition réalisée par le biais du dialogue social avec les syndicats. La Directrice d’IndustriALL pour l’énergie et la Transition juste, Diana Junquera Curiel, est intervenue dans plusieurs tables rondes pour renforcer ce point.

S’exprimant lors d’une table ronde avec Revierwende et la centrale syndicale allemande DGB, Diana Junquera a présenté l’idée d’accords mondiaux de transition juste avec les entreprises, supervisés par l’ONU. Elle s’est également exprimée lors d’une table ronde avec l'IRENA sur le potentiel de croissance de l’emploi dans les énergies renouvelables.

Les syndicats ont également suivi de près l’évolution du Partenariat pour une transition énergétique juste sud-africain. La première phase de ce projet est en cours, avec la fermeture de la centrale de Komati et son remplacement par des énergies renouvelables sur le même site, sans perte d’emplois. Le projet vise à réduire considérablement les émissions de l’Afrique du Sud en finançant le passage du charbon aux énergies renouvelables. Un cadre de transition juste est en place, et IndustriALL suivra de très près sa mise en œuvre.

Un Partenariat pour une transition énergétique juste de 20 milliards de dollars a été signé avec l’Indonésie lors du G20 à Bali cette semaine.

Diana Junquera Curiel a déclaré :

“Nous allons suivre de très près la mise en œuvre de ces Partenariats pour une transition énergétique juste, en particulier son premier exemple concret, à Komati en Afrique du Sud. Si ce projet est couronné de succès, avec une véritable Transition juste pour tous les travailleurs et travailleuses de la chaîne de valeur, il offrira une voie vers le financement climatique qui fera des émules dans le monde entier. S’il échoue, la confiance sera brisée et nous serons plus loin que jamais de nos objectifs.

Nous souhaitons réunir nos affiliés indonésiens et sud-africains afin de partager leurs expériences et leurs stratégies pour que les travailleurs et travailleuses ne soient pas laissés pour compte.”

Le Comité exécutif d’IndustriALL élabore une stratégie pour faire face aux défis mondiaux

Jörg Hoffman, Président d’IndustriALL et du syndicat allemand IG Metall, a ouvert la réunion en déclarant que la victoire de Lula au Brésil était une victoire pour nous tous.

“Face à plusieurs crises dans le monde, notre force en tant que syndicats résidera dans la manière dont nous pourrons accroître notre pouvoir au niveau international. Nous devons syndiquer davantage de travailleurs et travailleuses ; avec cette force, nous serons un contre-pouvoir pour le capital qui attaque les intérêts des travailleurs.”

La COP27 est dans sa deuxième semaine en Égypte et IndustriALL est y présente, travaillant d’arrache-pied pour garantir des normes de transition juste à tous les niveaux de négociation.

“En Égypte, le pavillon de l’Organisation internationale du travail s’appelle le pavillon de la Transition juste, un gage du travail que nous avons accompli et du succès que nous avons eu pour faire en sorte qu’elle soit à l’ordre du jour,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

“Il faut une feuille de route claire sur les pertes et dommages et un cadre financier institutionnel qui crée une répartition plus équitable des coûts entre les pays riches et les pays pauvres.”

Hashmeya Alsadawe, d’Irak, a fait un rapport sur le Comité des femmes, qui s’est réuni au début du mois, en se concentrant sur la création d’un groupe de travail sur le genre, la promotion de l’égalité des sexes et la diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Concernant les accords-cadres mondiaux (ACM), Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a présenté les discussions du groupe de travail. Au cours des dix dernières années, IndustriALL a signé de nombreux ACM et a développé des outils pour suivre et évaluer leur mise en œuvre.

“Notre plus grand défi dans la mise en œuvre des accords-cadres mondiaux se situe le long des chaînes d’approvisionnement. Nous devons sensibiliser davantage les gens à la compréhension des accords-cadres mondiaux et renforcer le pouvoir des syndicats pour contrer les pressions exercées par les employeurs.”

a déclaré Christine Olivier.

Alors que la guerre se poursuit, environ 18 millions de personnes en Ukraine ont besoin d’une aide humanitaire, a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, au Comité exécutif.

Après neuf mois de guerre où le peuple ukrainien a été soumis à des pillages, des violences et des viols et où les missiles pleuvent à nouveau sur Kiev, Valeriy Matov, Président du Syndicat de l’industrie et de l’énergie nucléaires d’Ukraine, s’inquiète de voir les troupes russes atteindre la plus grande centrale nucléaire d’Ukraine.

Mykhailo Volynets, Président de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine, a décrit l’urgence de la situation alors que les infrastructures énergétiques du pays sont détruites.

Le Président d’IndustriALL, Jörg Hoffman, a exhorté tous les affiliés à continuer à apporter un soutien concret à l’Ukraine, car neuf mois après le début de la guerre, les besoins sont toujours aussi importants.

Les affiliés d’IndustriALL en Biélorussie ont été dissous par la Cour suprême. Le Comité exécutif a adopté une résolution, condamnant la dissolution de ces syndicats indépendants et exigeant la libération immédiate de tous les syndicalistes en Biélorussie.

En Corée, les syndicats tentent de modifier la législation du pays sur les syndicats. Le 12 novembre dernier, 90.000 travailleurs se sont rassemblés dans les rues de Séoul, réclamant une véritable législation du travail. Le Comité exécutif d’IndustriALL a adopté une résolution exhortant l’Assemblée nationale coréenne à adopter un projet de loi mettant en œuvre les Conventions 87 et 98 de l’OIT.

Face à l’augmentation des violations des droits de l’homme, y compris des droits du travail, il est nécessaire de mettre en place une réglementation forte pour traiter et prévenir de telles violations tout au long des chaînes d’approvisionnement. Les codes de conduite volontaires et autres approches unilatérales ne sont tout simplement pas crédibles.

Le Comité exécutif a discuté des stratégies syndicales sur les chaînes d’approvisionnement et la diligence raisonnable, Kemal Özkan soulignant la nécessité de chaînes d’approvisionnement transparentes et de l’implication des syndicats au sein de celles-ci.

“La pleine participation des travailleurs et des syndicats à la sauvegarde de la liberté syndicale, de la négociation collective ainsi que de la santé et de la sécurité est nécessaire. La diligence raisonnable est un outil important permettant aux syndicats d’atteindre leurs principaux objectifs, à savoir la défense et la promotion des droits et des intérêts des travailleurs et travailleuses.”

IndustriALL tiendra une conférence politique de mi-mandat en Afrique du Sud l’année prochaine, en juin. Cette conférence examinera les réalisations depuis le 3e congrès d’IndustriALL en septembre 2021, ainsi que les questions clés pour faire avancer la lutte pour les droits des travailleurs. Les participants au CE ont engagé une discussion animée sur le programme proposé.

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a présenté les actions menées par les affiliés en septembre et octobre dans le cadre du travail conjoint d’IndustriALL et d’industriAll Europe sur la lutte contre les inégalités et la crise du coût de la vie. Des syndicats allant des Philippines et du Bangladesh jusqu’à la Tanzanie et au Pérou ont mené des actions pour réclamer un avenir meilleur.

“Partout, les travailleurs sont confrontés à une crise du coût de la vie, les augmentations de salaire ne répondant pas à l’inflation galopante et à la hausse des coûts de l’énergie, combinées aux attaques contre les syndicats et les droits des travailleurs.”

a déclaré Kan Matsuzaki.

“Nous poursuivons notre appel à ceux qui sont responsables de la crise de passer à la caisse en multipliant les actions tout au long de l’année.”

DOSSIER: Crise énergétique – une occasion pour les syndicats d’obtenir plus rapidement une Transition juste dans le monde du travail ?

Dossier

De Global Worker

no 2 Novembre 2022

  

Rögion: Global

Thüme: La Transition Juste et le secteur energetique 

Texte: Cherisse Gasana

Pourquoi une initiative de Transition juste pour le secteur de l’énergie maintenant ?

Le secteur de l’énergie joue un rôle essentiel dans les économies nationales, régionales et mondiales. Les entreprises énergétiques nationales et internationales ont fourni des millions d’emplois syndiqués dans le passé et les revenus du secteur de l’énergie sont essentiels pour les budgets des États.

Les conflits géopolitiques, l’instabilité croissante, la concurrence stratégique et les menaces pour la sécurité ont poussé certains pays à réévaluer leurs systèmes énergétiques, passant de l’importation de combustibles fossiles à l’accélération de la croissance de toutes les formes d’énergie propre. La sécurité énergétique est une question cruciale qui, associée aux préoccupations climatiques, accélère les efforts visant à développer des énergies propres avec des chaînes d’approvisionnement sûres et nationales.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le secteur de l’énergie emploie environ 65 millions de personnes dans le monde (environ deux pour cent de la main-d’œuvre formelle mondiale) pour

Bien que les énergies propres alimentent la croissance de l’emploi, les pertes de postes sont importantes dans certaines régions et certains secteurs. De nombreux investissements sont nécessaires pour assurer une bonne transition. La croissance rapide de l’emploi comporte également des risques : il faut davantage de travailleurs qualifiés, les écarts de compétences se creusent et l’accent n’est pas suffisamment mis sur le travail décent.

Bien que les projections indiquent une croissance significative des emplois dans le cadre d’une transition vers les énergies propres, aucune technologie ou activité liée aux énergies propres n’impliquera autant d’emplois, et autant d’emplois de qualité, que ceux dont disposent les travailleurs et travailleuses dans le secteur pétrolier et gazier actuel. Alors que les emplois actuels dans le secteur pétrolier et gazier font partie des meilleurs emplois qu’offrent nos économies, jusqu’à présent, les emplois dans les nouvelles entreprises d’énergie propre sont souvent de qualité inférieure à ceux concernant les combustibles fossiles, certains employeurs étant hostiles aux syndicats.

En 2022, la Confédération syndicale internationale (CSI), LO Norway et IndustriALL ont collaboré dans le cadre d’une initiative syndicale mondiale sur la Transition juste dans le secteur de l’énergie. L’initiative vise à s’assurer que le mouvement syndical dispose des informations, des outils et des plans pour obtenir de bons emplois et une Transition juste pour les travailleurs et travailleuses de l’énergie.

Cette initiative offre un lieu de débat aux syndicats du monde entier pour échanger des informations, des exemples et des stratégies. C’est l’occasion d’entendre des experts sur les technologies renouvelables qui sont appelées à remplacer et à créer des emplois dans le secteur de l’énergie. Elle a également exploré le potentiel d’un nouveau processus tripartite dirigé par l’ONU et axé sur la Transition juste dans le secteur de l’énergie, en commençant par le pétrole et le gaz.

Une Transition juste ne laisse personne sur le bord de la route

La Transition juste est un terme conçu par le mouvement syndical, qui fait référence aux politiques nécessaires pour garantir les droits et les moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses lorsque les économies passent à une production durable. L’objectif est que la transition soit aussi équitable et inclusive que possible, en créant des opportunités de travail décent et en ne laissant personne de côté.

La pandémie et la crise énergétique ont propulsé la Transition juste au rang des priorités les plus importantes, accélérant la nécessité pour les syndicats d’avoir leur mot à dire avant que les industries ne se déplacent en fonction des seuls intérêts des gouvernements et du capital.

De nombreux pays prévoient d’investir dans les technologies propres de transition énergétique, mais rien ne garantit que le passage à ces technologies permettra de conserver et de créer de bons emplois. Les entreprises investissent unilatéralement dans la transition énergétique, laissant les travailleurs en dehors du processus, mais n’investissent pas suffisamment pour atteindre les engagements fixés par l’Accord de Paris.

“Les syndicats ne sont pas satisfaits des efforts déployés jusqu’à présent par les entreprises du secteur de l’énergie. Les négociations collectives existantes, la fixation d’objectifs climatiques et les initiatives d’entreprises responsables ne donnent pas suffisamment de résultats”,

indique Diana Junqera Curiel, Directrice d’IndustriALL, chargée du secteur de l’énergie et de la Transition juste.

Des vies et des moyens de subsistance en jeu

Que signifie la Transition juste pour l’ingénieur de la raffinerie aux États-Unis qui va perdre son emploi le mois prochain parce que la raffinerie va fermer ?

Que signifie la Transition juste pour l’ingénieur en extraction de gaz au Danemark qui vient d’apprendre l’annulation de la dernière série de licences d’extraction de gaz en raison des objectifs climatiques du gouvernement ?

Les travailleurs des industries des combustibles fossiles sont souvent dépeints comme réfractaires aux énergies propres, mais cette résistance est plus souvent motivée par l’incertitude quant à l’avenir des emplois dans le secteur de l’énergie traditionnelle. Le changement climatique a un impact direct sur les communautés et sur les moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses au sein de celles-ci.

Les chaînes d’approvisionnement sont essentielles à la Transition juste

“Les syndicats doivent être présents sur le terrain, aux niveaux national et international, pour s’assurer que la Transition juste est prise en compte non seulement dans l’hémisphère nord, mais aussi tout au long de la chaîne d’approvisionnement”, 

déclare Anne-Beth Skrede, Conseillère spéciale de LO Norvège.

Les Fédérations syndicales internationales représentent les salariés tout au long des chaînes d’approvisionnement et l’intégration de la résilience climatique dans celles-ci nécessite l’implication des travailleurs et travailleuses, en particulier si l’on veut que personne ne soit laissé pour compte.

Les technologies liées aux énergies propres alimentent la croissance de l’emploi

Aucune industrie ne pourrait remplacer l’industrie pétrolière et gazière en termes d’emplois et de revenus. Les syndicats se penchent sur différentes technologies susceptibles d’assurer de la destination des emplois. L’initiative “Transition juste et secteur de l’énergie” s’est penchée plus particulièrement sur les aspects suivants

La décomposition des chaînes de valeur de la production, de la transformation, de la distribution et de l’utilisation finale (amont, intermédiaire, aval) donne une vision plus claire de la localisation des emplois et de l’avenir des travailleurs et travailleuses dans les technologies des énergies renouvelables.

Les travailleurs de l’extraction des combustibles fossiles sont hautement qualifiés et possèdent des compétences applicables aux secteurs renouvelables en pleine croissance. Cela est particulièrement vrai dans le secteur du pétrole et du gaz, où il existe une transférabilité et un réel potentiel que les syndicats peuvent exploiter.

Une Transition juste, inclusive et transformatrice en termes de questions de genre

L’équilibre entre les sexes est faible dans le secteur des énergies renouvelables, les femmes ne représentant que 30 % de la main-d’œuvre en raison des stéréotypes sexistes, du manque d’accès aux emplois, de lacunes d’éducation, des pratiques d’embauche, des politiques discriminatoires sur le lieu de travail et du manque d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les stratégies et les programmes de lutte contre les effets du changement climatique doivent inclure la participation, les expériences et le point de vue des femmes.

Les syndicats doivent s’attaquer aux normes culturelles et sociales, ainsi qu’aux barrières structurelles qui font obstacle à l’égalité des sexes. L’écart de rémunération entre les sexes et la sous-évaluation du travail des femmes sont toujours absents des conversations sur la Transition juste.

Les syndicats doivent renforcer leur pouvoir et leurs alliances avec la société civile : organisations féministes, de jeunesse, communautaires, racialisées, autochtones et environnementales. Les syndicats doivent veiller à ce que leurs structures soient représentatives de l’ensemble de la main-d’œuvre dont ils sont les porte-paroles, et pas seulement des travailleurs masculins. Tous les travailleurs doivent bénéficier de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement. Ils doivent également défendre les droits des communautés dont ils font partie et les intégrer dans la planification d’une Transition juste.

À quoi ressemble une Transition juste réussie pour les travailleurs ? Les syndicats doivent se demander si un résultat positif ne va profiter qu’aux travailleurs masculins. Les femmes, sous-représentées de manière disproportionnée dans les secteurs dominés par les hommes comme l’énergie, ont-elles été prises en compte ? Qu’en est-il des travailleurs et travailleuses racialisés ou indigènes surreprésentés dans les emplois précaires et externalisés ?

“Les emplois dans le domaine de l’énergie propre sont pour tout le monde. La prochaine phase de l’initiative pour une Transition juste prévoit d’inclure davantage les questions de genre et de justice raciale et d’explorer ce que le mouvement syndical peut faire pour s’assurer que davantage de femmes, de jeunes et de travailleurs racialisés obtiennent de bons emplois dans le domaine de l’énergie propre et, surtout, adhèrent à des syndicats”,

a déclaré Samantha Smith, Directrice du Centre pour une transition juste de la CSI.

Pour une Transition juste, il faut des syndicats à la table des négociations!

Les syndicats et les confédérations nationales du secteur de l’énergie se sont mobilisés sur la question des bons emplois et de la Transition juste. Leurs membres connaissent à la fois des changements et des pertes d’emplois, ainsi que de nouvelles opportunités de syndicalisation dues à la décarbonisation.

Les bons exemples de Transition juste se trouvent généralement dans les pays où le taux de syndicalisation est élevé et où les syndicats ont été impliqués très tôt. Par conséquent, les syndicats doivent s’assurer qu’ils sont préparés. L’inclusion et la mise à profit de la syndicalisation des nouveaux emplois qu’apporte la transition sont essentielles pour réussir une Transition juste pour tous les travailleurs et travailleuses.

La main-d’œuvre est confrontée de par le monde à des défis différents et il existe des écarts significatifs dans les capacités industrielles des pays face aux différentes voies de transition. Nous nous trouvons face à une situation désordonnée et complexe et il n’existe pas de solution universelle de Transition juste.

Bien que de nombreux emplois dans le secteur du pétrole et du gaz présentent un transfert de compétences élevé vers les emplois dans le domaine des énergies propres, ce n’est pas universellement vrai. La transition nécessitera un développement et un renouvellement des compétences. De même, les nouvelles technologies telles que l’hydrogène soulèvent de nouveaux problèmes de santé et de sécurité qui nécessiteront de nouvelles réglementations et compétences en matière de SST. Même les technologies plus anciennes, comme les panneaux solaires, requièrent une plus grande attention aux compétences et à la SST, car on ne se concentre actuellement pas assez sur les risques tels que les chutes et l’exposition à des tensions élevées.

Les travailleurs sont présents tout au long des chaînes d’approvisionnement ; les syndicats et leurs adhérents veilleront à ce que cette transition se fasse dans la justice.

Les énergies renouvelables ont poussé les entreprises à transformer leurs activités et leurs chaînes d’approvisionnement pour répondre à la demande record d’énergie propre. Mais les chaînes d’approvisionnement du secteur des énergies renouvelables, en particulier celles du solaire, de l’éolien et des batteries, sont critiquées pour leurs violations des droits de l’homme. La législation évolue rapidement en réponse à ces critiques.

Les entreprises ont un rôle important à jouer dans la Transition juste ; elles ne peuvent plus faire de changements superficiels, elles ont le devoir de faire de réels efforts pour atteindre les objectifs de durabilité et non plus simplement des changements cosmétiques pour cocher des cases des critères de gouvernance environnementale et sociale (ESG).

Le devoir de diligence fait l’objet de discussions aux niveaux national et international, de la proposition de directive de la Commission européenne sur le devoir de diligence des entreprises en matière de développement durable aux discussions sur un traité des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme, en passant par le guide du Conseil japonais des métallurgistes (JCM) sur le rôle et les réponses des syndicats au devoir de diligence en matière de droits de l’homme, soumis au vice-ministre parlementaire de l’économie, du commerce et de l’industrie.

L’initiative de diligence raisonnable la plus avancée que nous ayons vue jusqu’à présent est la législation allemande sur les chaînes d’approvisionnement, la Lieferkettengesetz. À partir du 1er janvier 2023, les travailleurs et leurs défenseurs pourront poursuivre les entreprises allemandes devant les tribunaux du pays en cas de violation des droits environnementaux et des droits de l’homme, y compris des droits des travailleurs.

Pour réussir la Transition juste, il faut assumer la responsabilité des chaînes d’approvisionnement et, à cet égard, les lois sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme seront déterminantes. Les travailleurs doivent être impliqués pour s’assurer que la diligence raisonnable ne soit pas en deçà des attentes.

Les accords de Transition juste entre syndicats et employeurs, dirigés par l’ONU, ont le potentiel d’obtenir et d’imposer des emplois décents au niveau mondial ainsi que des accords de Transition juste entre les compagnies pétrolières et gazières et les syndicats. En cas de succès, les Fédérations syndicales internationales prévoient d’étendre leur action à d’autres entreprises énergétiques et industrielles.

Ces évolutions ont créé un point sur la ligne du temps où les syndicats ont l’opportunité de susciter le débat auquel ils prendront part.

Si les entreprises ne parviennent pas à mettre en œuvre des mesures de diligence raisonnable tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, en particulier dans les secteurs des énergies renouvelables, il y aura probablement des conséquences sur leurs activités, car les investisseurs, les clients et les institutions financières élaborent des exigences en matière de droits de l’homme applicables à tous ceux avec qui ils font des affaires.

L’initiative conjointe de la CSI, LO Norvège et IndustriALL arrive à un moment important où les syndicats doivent se réapproprier la Transition juste. Elle ne peut être détournée par le capital comme un outil pour cocher ses cases ESG. Elle nous appartient et, pour l’accomplir, nous devons être présents à tous les niveaux du débat, car les travailleurs  et travailleuses se trouvent à tous les niveaux des chaînes d’approvisionnement.

La Transition Juste dans le monde:

Aux États-Unis, la loi sur la réduction de l’inflation vise à créer des emplois dans le secteur des énergies propres, à stimuler les investissements dans les énergies renouvelables, à revitaliser le secteur manufacturier et à réduire les coûts des soins de santé. Cette loi devrait permettre de créer 1,5 million d’emplois dans les secteurs de la construction et de la fabrication. La transition elle-même suscite encore des inquiétudes. Il n’y a toujours pas de dispositions pour les travailleurs des industries des combustibles fossiles. La loi a ses limites et les syndicats continueront à se battre pour ces travailleurs.

Le Danemark dispose d’une main-d’œuvre fortement syndiquée qui a réussi à obtenir des emplois de qualité dans le secteur éolien.

L’empreinte de l’industrie de la fabrication d’équipements est un facteur important pour la création d’emplois. Elle détermine la capacité d’un pays à établir une chaîne d’approvisionnement locale solide et la capacité à mettre en œuvre, à moderniser et à mettre à jour les réseaux électriques pour alimenter le réseau en électricité éolienne.

En Norvège, onze installations éoliennes flottantes offshore seront développées avec les employeurs, les gouvernements et les syndicats. Il s’agira des premières installations éoliennes flottantes alimentant des installations pétrolières et gazières offshore. Les émissions liées à la production de pétrole et de gaz représentant un quart des émissions de CO2 de la Norvège, il était important pour ce pays d’électrifier ces plateformes.

En Espagne, la stratégie de Transition juste pour le secteur de l’énergie fait partie d’un effort plus large de décarbonisation de l’ensemble de l’économie. Le dialogue social occupe une place importante dans ce processus et les syndicats y sont étroitement associés. Les syndicats font état d’un début de processus complexe mais positif, qui a commencé par l’élimination progressive du charbon ainsi que le développement rapide des énergies renouvelables et qui s’est étendu en 2021 pour inclure l’interdiction de nouveaux forages pétroliers et gaziers.

Au Brésil, il y a eu une augmentation des prix et de la demande dans le secteur solaire photovoltaïque depuis 2021, créant environ 151.000 emplois, 43% de ces emplois sont en dehors du Brésil, et les emplois sont concentrés dans la construction et caractérisés par des conditions de travail précaires et de faibles salaires au Brésil.

La transition énergétique au Brésil se trouve à un moment critique. Les résultats des élections présidentielles auront un impact considérable sur l’orientation du pays en matière de Transition juste.

En Afrique du Sud, les syndicats ont élaboré un plan de Transition juste pour les travailleurs et travailleuses de la chaîne de valeur charbon-énergie, de l’agriculture et des transports. Ce plan fournit aux syndicats des outils politiques, de négociation collective et autres, afin que le monde du travail puisse mener à bien le programme de transformation radicale de l’économie. Le mix énergétique futur de l’Afrique du Sud fait l’objet de discussions après les récentes annonces du gouvernement. Il y aura davantage d’énergies renouvelables et potentiellement un rôle plus important pour le gaz naturel.

Le Japon dispose d’une feuille de route ambitieuse pour lutter contre le changement climatique. La coopération entre les syndicats et le gouvernement est forte. Dans un contexte de pénurie d’électricité et de prix élevés du gaz naturel, le gouvernement et les syndicats considèrent que l’énergie solaire et l’énergie nucléaire ont un rôle à jouer. Pour maintenir la sécurité de l’approvisionnement, le gouvernement japonais est à la recherche de fournisseurs de gaz naturel.

En Colombie, l’industrie minière a connu des moments difficiles. Glencore, par exemple, a profité de la réglementation plus souple du gouvernement précédent pour licencier.

Les travailleurs veulent s’orienter vers une énergie propre. Avec le gouvernement nouvellement élu, les syndicats pensent qu’ils peuvent progresser vers une Transition juste, non seulement dans le secteur de l’énergie mais aussi dans d’autres secteurs, comme l’agriculture.

En Irak, les plans de transition et les investissements ont été mis entre parenthèses en raison de l’instabilité du pays. L’Irak offre des possibilités en matière d’énergies renouvelables, mais du gaz continue à brûler dans des torchères partout dans tout le pays.

Les syndicats doivent examiner la situation mondiale pour voir où les multinationales investissent. La société allemande Siemens, par exemple, a signé un accord avec le gouvernement irakien pour produire de l’hydrogène dans le pays. IndustriALL a conclu un accord-cadre mondial avec Siemens qui peut permettre aux syndicats d’exiger la participation des travailleurs au processus de transition.

En Allemagne, le gouvernement a présenté une stratégie pour l’hydrogène en 2020 afin de créer des partenariats énergétiques solides dans le monde entier. Cette stratégie est dominée par des données techniques, sans perspective pour les travailleurs. En faisant appel à des syndicalistes, des membres de comités d’entreprise et des experts de la chaîne de valeur, la DGB a produit sa propre documentation sur le sujet. Elle a mené des entretiens avec 20 experts différents et a rédigé une prise de position : Revendications syndicales pour l’économie de l’hydrogène, vers une main-d’œuvre prête pour l’hydrogène.

Au Nigeria, les syndicats font partie d’un processus de dialogue social tripartite sur le respect des engagements du pays vis-à-vis des objectifs climatiques de l’ONU, mais il reste encore beaucoup à faire, notamment sur ce que les syndicats peuvent faire collectivement pour avoir leur place à la table des négociations.

Le gouvernement investit toujours massivement dans l’exploration pétrolière et gazière. Les exportations dans ce domaine représentent 65 % du revenu national du Nigeria. Bien que les emplois pétroliers représentent moins de 5 % des emplois directs, ils sont les emplois de la meilleure qualité que l’on puisse trouver dans le pays.

L’Indonésie dispose d’une feuille de route “net zéro” visant à éliminer progressivement les centrales au charbon d’ici 2060. Cependant, les syndicats s’inquiètent de l’absence de plan clair sur la manière d’atteindre ces objectifs ou sur ce qu’ils signifient pour les 1,2 million de travailleurs des mines de charbon. Les syndicats souhaitent que le dialogue social tripartite façonne ce plan et qu’il inclue des discussions sur l’avenir des industries du pétrole et du gaz naturel.

Les syndicats se concentrent sur la formation et l’amélioration des compétences pour pouvoir préparer les travailleurs. Il est essentiel d’inclure des clauses de Transition juste dans les CCT et d’éduquer sur l’impact du changement climatique.

PROFIL: Au Mexique, Los Mineros célèbrent 88 ans de lutte syndicale

Prifil

de Global Worker

no 2 Novembre 2022

  

Pays: Mexique

Union: Los Mineros.        

Texte: Kimber Mayer

Los Mineros, qui représentent plus de 3,5 millions de travailleurs au Mexique, ont remporté un certain nombre de victoires en 2022. L’organisation a remporté plusieurs scrutins syndicaux lui donnant le droit de négocier des conventions collectives, notamment chez la société canadienne Americas Gold and Silver, qui exploite la mine de Cosalá dans le Sinaloa, et chez Teksid Hierro, qui opère à Frontera, dans le Coahuila.

Le syndicat était confronté à des organisations affiliées à la Confédération des travailleurs mexicains (CTM). Los Mineros affirment que les entreprises avaient tendance à soutenir ces syndicats parce qu’ils garantissaient une main-d’œuvre bon marché et ne tenaient pas compte des conditions de sécurité. À ce jour, en 2022, Los Mineros ont obtenu des augmentations de salaire de plus de 8 % ainsi que d’autres avantages et ont réussi à protéger les salaires réels des travailleurs et travailleuses contre l’inflation.

IndustriALL a suivi de près le processus chez Teksid Hierro où Los Mineros ont remporté une victoire retentissante en septembre 2022. Près de 80 % des travailleurs et travailleuses se sont prononcés pour que le syndicat devienne leur seul représentant légal pour la convention collective de l’entreprise, mettant ainsi fin à une lutte de huit années. Depuis 2014, les travailleurs et travailleuses avaient condamné les tactiques antisyndicales utilisées pour bloquer l’initiative de Los Mineros visant à établir un syndicat démocratique dans l’entreprise.

Ces scrutins ont été organisés dans le cadre de la réforme de 2019 du droit fédéral du travail. Cette réforme vise à instaurer de véritables relations sociales grâce à de nouveaux syndicats démocratiques et à améliorer ainsi la liberté syndicale dans le pays. Elle garantit que les travailleurs et travailleuses peuvent décider librement, par un vote secret et direct, à quel syndicat adhérer et quels dirigeants doivent les représenter.

La loi stipule également que les travailleurs et travailleuses doivent approuver les dispositions de leurs conventions collectives dans un délai maximum de quatre ans, par un vote individuel, libre, direct et secret. Cette disposition vise à garantir que les travailleurs et les travailleuses connaissent les dispositions de leur convention collective et que la négociation collective soit un processus libre. Dans le cadre de cette procédure, les syndicats décident d’abord de conserver ou de rejeter les conventions collectives existantes, ce qui contribue à éliminer les contrats dits de protection, favorables à l’employeur.

La réforme du travail est mise en œuvre par étapes dans chacun des États du pays. La première phase s’est achevée en 2020, la deuxième en 2021 et la troisième et dernière étape a débuté en octobre 2022. Selon les chiffres officiels du gouvernement, jusqu’à présent :

Napoleón Gómez Urrutia, Secrétaire général de Los Mineros, Sénateur mexicain et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

“Le Syndicat des mineurs a affronté et surmonté de nombreux défis et revers depuis sa création le 11 juillet 1934, il y a près de 9 décennies. Notre travail s’est concentré sur l’obtention de salaires décents, d’avantages sociaux équitables, de meilleures conditions de sécurité permettant d’éviter les accidents mortels et le respect de l’environnement.

Nous sommes fiers de notre histoire. Nous sommes également fiers du rôle que nous avons joué dans les grandes luttes sociales et ouvrières du Mexique et de notre engagement permanent dans la lutte pour la justice au travail, la démocratie et la liberté syndicale.”

RENCONTRE : Swasthika Arulingam

Rencontre

De Global Worker No 2 November 2022

  

Pays: Sri Lanka

Syndicat: Commercial and Industrial Workers Union (CIWU)

Texte: Kalyani Badola

Comment êtes-vous devenue une syndicaliste ?

“J’ai obtenu mon diplôme de droit en 2012, après quoi j’ai rejoint la Commission d’aide juridique du Sri Lanka (LAC) en tant qu’avocate. La LAC fournit des services d’aide juridique aux franges marginalisées de la société qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat.

Lorsque j’ai rejoint la LAC, l’organisation venait de lancer un projet visant à créer des centres dans le nord et l’est du Sri Lanka pour fournir des services d’aide juridique aux communautés touchées par la guerre dans la région. Comme je parle tamoul et qu’une partie importante de la population de la région est tamoule, on m’a demandé de superviser le projet. Durant cette période, j’ai passé beaucoup de temps avec la classe ouvrière du pays, en essayant de comprendre ses problèmes et en lui apportant mon soutien partout où cela était possible. Étant donné que j’étais basée à Colombo, je faisais également partie du groupe d’aide juridique de la ville. Cela m’a permis d’interagir avec les travailleurs des zones franches (FTZ) et de me familiariser avec la situation des travailleurs industriels du pays. Nous avons traité un grand nombre de cas de violation des droits des travailleurs dans les zones franches. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré des recruteurs du Syndicat des travailleurs du commerce et de l’industrie (CIWU). Mon idéologie politique et le travail que faisait le CIWU coïncidaient et j’ai décidé de rejoindre le syndicat en 2019. Depuis lors, je travaille au niveau du recrutement syndical au sein du CIWU.”

Pourquoi est-il important pour les syndicats d’avoir des jeunes femmes dirigeantes ?

“En 2021, j’ai été contactée pour faire partie du Comité exécutif du syndicat. On estimait que le syndicat et les travailleurs pourraient bénéficier énormément de la présence d’une jeune femme à la tête du syndicat. En tant que féministe, je ne pouvais pas ne pas être d’accord avec eux. J’ai décidé de participer aux élections et j’ai été élue Secrétaire générale adjointe. Malheureusement, le Président du syndicat, Linus Jayatilake, est décédé au début de cette année. C'est dans ces circonstances que le Comité exécutif m’a demandé de prendre le poste. Depuis juillet de cette année, j’assume le rôle de Présidente du CIWU.

Au Sri Lanka, comme partout en Asie du Sud, la majorité des dirigeants syndicaux sont des hommes. Cela a un impact considérable sur le type de problématiques ouvrières que les syndicats abordent. Nous constatons que dans des secteurs comme celui de la confection, qui compte un nombre disproportionné de travailleuses non qualifiées et fluctuantes, le fait d’avoir une direction masculine fait qu’il est extrêmement difficile de soulever des questions comme le travail de nuit, le harcèlement sur le lieu de travail, y compris le harcèlement sexuel, l’écart de rémunération entre les sexes, l’offre de transport et la garde d’enfants en tant que problèmes concernant une usine. Souvent, ces questions ne sont pas considérées comme des problèmes de travail, mais plutôt comme des problèmes affectant les femmes et, la plupart du temps, elles ne sont pas prioritaires.

Même lorsqu’elles sont soulevées, l’approche d’un dirigeant masculin est très différente. Par exemple, le harcèlement sexuel est traité comme un incident ponctuel, ce qui n’est pas le cas ; il est profondément ancré dans le processus de production. En ce qui concerne le travail de nuit, les syndicalistes masculins disent généralement que les femmes doivent rentrer chez elles plus tôt, car elles doivent s’occuper du ménage et des enfants. Nous voyons donc le patriarcat s’exprimer même au sein des syndicats et dans la formulation des problèmes des travailleurs et travailleuses.

Dans un tel scénario, une femme leader ou une femme responsable du recrutement peut faire une énorme différence. Les syndicats dirigés par des femmes ont démontré un fort sentiment de camaraderie et un esprit collectif. Contrairement aux syndicats dirigés par des hommes, où les dirigeants jouent le rôle de Dieu et où les autres membres ont l’impression d’implorer de l’aide. Dans les syndicats dirigés par des femmes, chacun a le sentiment de faire partie du processus. La culture syndicale change lorsque les femmes occupent des postes de direction. Il est toujours bon d’avoir une femme qui leur ressemble, même si je ne suis pas arrivée à ce poste en étant issue de la base. Cela leur donne l’espoir qu’un jour elles seront capables de diriger.”

Quels sont les défis auxquels les jeunes femmes sont confrontées dans l’univers syndical ?

“Comme je l’ai mentionné précédemment, le patriarcat se manifeste même au sein des syndicats. Les femmes syndicalistes sont constamment victimes de remarques sexistes ou de harcèlement et reléguées à des tâches subalternes. Les tâches administratives mal rémunérées sont généralement confiées aux femmes et le visage de la direction est toujours celui d’un homme.”

Comment les syndicats, y compris le CIWU, ont-ils réagi à votre élection à la présidence ?

“Le CIWU m’a beaucoup soutenu. Je ne suis pas traitée différemment de nos autres dirigeants. Ils y voient une occasion d’articuler de nouvelles positions, de formuler de nouvelles campagnes et d’intégrer davantage de jeunes. Mais bien sûr, il faudra du temps pour s’habituer à la présence d’une femme dans l’organe de décision. Notre société ne considère pas l’affirmation de soi comme une qualité que les femmes devraient posséder. Elles sont “censées” être soumises. Le Conseil consultatif national du travail (NLAC) du Sri Lanka, dont font également partie les affiliés d’IndustriALL, a été créé en 1995 mais vient seulement d’accueillir sa première femme syndicaliste.

Mais il ne faut pas s’attarder à un cas particulier. Nous avons besoin de femmes à tous les niveaux. Dans notre Comité exécutif, il y a 3 femmes sur 15 membres. Ce chiffre doit augmenter. En outre, nous devons nous assurer que nous ne nous contentons pas de participer au processus décisionnel uniquement de manière symbolique.”

Quelle est la situation actuelle des travailleurs et travailleuses au Sri Lanka ?

“La crise économique actuelle est le fait de la classe dirigeante. Nous n’avions pas de stratégie économique lorsque les politiques libérales ont été introduites en 1977. La classe dirigeante voulait apaiser les employeurs individuels et être dans leurs petits papiers. Elle n’a pas réfléchi à des méthodes pour restructurer l’ensemble de l’économie. Il n’y a pas eu de croissance industrielle dans le pays. Il n’y a pas d’emplois décents. Et la situation a continué à empirer. Et maintenant, après la pandémie de Covid et avec la crise économique actuelle, l’économie a touché le fond.

Les exportateurs conservent les fonds en dehors du pays. Les employeurs ne se préoccupent que de leurs intérêts et la classe politique ne leur demande pas de rendre des comptes. La structure économique actuelle perpétue la victimisation des travailleurs par la dilution des lois du travail, l’élimination de la protection sociale, le versement de salaires de misère et la destruction des syndicats. Les travailleurs et travailleuses sont exploités par les entreprises et il n’y a personne pour dénoncer les pratiques d’exploitation des directions. Là où existent des conventions collectives, la direction fait pression sur les syndicats pour qu’ils se contentent de conventions moins qu’idéales ou qu’ils renoncent à en avoir. Même au sein de la NLAC, qui est un organe tripartite, la position des syndicats est faible, car il y a une forte présence de fonctionnaires et d’employeurs anti-syndicaux.

Les salaires ont stagné. Les heures supplémentaires, les primes d’assiduité, les coûts de transport ou toute autre incitant ne sont pas octroyés et le coût de la vie s’est envolé. L’inflation des denrées alimentaires a atteint 94 % le mois dernier. Nous payons trois fois plus que ce que nous payions auparavant pour les services publics. Les transports publics et le carburant sont devenus chers. Les impôts, tant directs qu’indirects, ont augmenté. La charge est énorme pour les travailleurs et travailleuses. Il est devenu impossible de vivre. Ils sautent des repas parce qu’ils n’ont plus les moyens de payer les produits alimentaires. La nutrition a été gravement affectée. Les enfants ne vont pas à l’école. La situation générale est donc très pitoyable.”

Que font les syndicats face à la crise ?

“Nous avons mis en place un programme de cuisine communautaire pour les membres du syndicat dans les zones franches en mettant des ressources en commun, ce qui permet d’alléger la pression économique sur les travailleurs et leurs familles. Nous avons écrit plusieurs fois au gouvernement pour qu’il dialogue avec les syndicats et qu’il convoque une réunion de la NLAC afin que les questions relatives aux droits des travailleurs puissent être discutées au sein de ce forum tripartite.

Les syndicats élaborent des stratégies pour la deuxième semaine de la COP27

La Transition juste est cruciale au moment où se négocie la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le terme ne doit pas être détourné et la Transition juste doit porter sur les droits des travailleurs et des travailleuses, les bons emplois et le dialogue social.

Samedi, la délégation syndicale à la COP27 s’est jointe à la manifestation de masse organisée avec les organisations de la société civile pour la “journée mondiale d’action pour la justice climatique”.

Cette marche a été l’occasion pour les syndicats de communiquer leur point de vue sur la transition juste. Les syndicalistes ont brandi des slogans tels que :

“Des syndicats pour une Transition juste”

“Il n’y a pas d’emplois sur une planète morte”

“Il n’y a pas de justice climatique sans droits au travail”

La marche s’est tenue à l’intérieur du centre où se tient la conférence, car les manifestations dans les rues ne sont pas autorisées.

Dimanche, la journée de stratégie syndicale, organisée par la CSI et la Fondation Friedrich Ebert (FES), a rassemblé environ 80 délégués syndicaux à la COP venus du monde entier pour développer une approche stratégique des négociations sur le climat, ainsi que pour faire pression sur les gouvernements nationaux et inclure la Transition juste dans les conventions collectives avec les entreprises.

Les délégués ont été informés de l’état actuel des négociations à mi-parcours de la COP27. Le “Rulebook” de Paris (NDT : sorte de mode d’emploi interprétatif) a été finalisé l’année dernière lors de la COP26. Cette année se concentre sur sa mise en œuvre et il y a d’importantes négociations sur les pertes et préjudices, le financement du climat et la mise en œuvre de la Transition juste dans les plans nationaux.

Les participants se sont répartis en groupes de travail pour aborder trois éléments importants de la Transition juste :

  1. Législations et accords nationaux sur la Transition juste, avec Boitumelo Molete (COSATU) et Anne-Beth Skrede (LO Norvège)

“La Transition juste bénéficie d’une impulsion au plan politique. De plus en plus de pays l’intègrent dans leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) à la CCNUCC. Le dialogue social et la démocratie sont des conditions préalables à la Transition juste, nous pouvons donc en profiter pour revendiquer la liberté syndicale, créer un espace pour que les syndicats puissent se structurer et améliorer leur statut ainsi que leur pouvoir de négociation au niveau national,” 

a commenté Walton Pantland au nom d’IndustriALL

  1. Action et mobilisation syndicales pour le climat avec Babacar Sylla (CNTS), Sacha Dierckx (ABVV-FGTB) et Alex Callahan (CTC-CLC)

“Il n’est pas simple de collaborer avec les organisations de la société civile en raison de la diversité des points de vue au sein du mouvement syndical. Nous devons chercher des domaines dans lesquels nous pouvons travailler ensemble. Nous ne serons pas d’accord sur tout, mais nous devons créer un espace pour communiquer avec la société civile. Nous devons éduquer sur le fonctionnement des syndicats afin de construire notre base et de créer des coalitions pour renforcer notre mouvement en faveur de la justice climatique pour tous.”

a indiqué Alex Callahan, du Congrès du travail du Canada

  1. Transition juste dans le cadre de la négociation collective avec John Mark Mwanika (ITF) et Diana Junquera (IndustriALL)

“Nous devons nous assurer que la Transition juste et les politiques climatiques sont incluses dans les négociations collectives, au niveau local, national, mondial et de l’entreprise. Les syndicats doivent inclure des formulations spécifiques pour prendre en compte les travailleurs et travailleuses au travers des différents défis auxquels ils sont confrontés en raison du changement climatique et de la transition énergétique.”

a déclaré Diana Junquera Curiel pour IndustriALL.

Samantha Smith du Centre pour la Transition juste a présenté le travail de son organisme et la nouvelle initiative de Transition Juste pour le secteur de l’énergie.

“Nous travaillons dur avec nos affiliés sur la Transition juste. Nos membres savent que la transition est là et ils veulent être prêts, nous sommes présents pour les soutenir dans ce processus. Nous nous sommes battus pour avoir un siège à la table des négociations et nous obtiendrons une Transition juste pour nos membres !”

Cette journée stratégique a pris fin avec la conclusion d’Eric Manzi de la CSI Afrique :

“Continuons à travailler dur dans ces négociations. La semaine prochaine est cruciale et nous attendons de bons résultats.”

Visite de solidarité aux chantiers navals d’Alang

Cette visite de solidarité, effectuée par des syndicalistes d’Inde, du Bangladesh, de Singapour, du Japon, de France, des Pays-Bas et du siège central d’IndustriALL à Genève, faisait partie d’une série d’activités organisées par le groupe d’action sur la construction navale et le démantèlement des navires. Les rencontres comprenaient un atelier sur la Convention de Hong Kong le 6 novembre, une réunion du groupe d’action le 7 novembre et la visite de solidarité et une formation à la sécurité dispensée par le syndicat néerlandais FNV les 9 et 10 novembre.

Considéré comme le métier le plus dangereux au monde, le démantèlement des navires a levé un lourd tribut en vies humaines sur les chantiers navals de l’Inde, du Bangladesh et du Pakistan. Toutefois, les chantiers navals indiens se sont considérablement améliorés depuis que le syndicat local ASSRGWA s’est structuré et que le pays a ratifié la Convention de Hong Kong sur le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires en 2019.

Bien que des problèmes subsistent sur le lieu de travail, notamment les bas salaires, les longs temps de travail et les statuts précaires, la situation s’est nettement améliorée. Les délégués ont visité deux chantiers de démantèlement de navires où les travailleurs ont le droit d’arrêter des tâches qu’ils estiment dangereux. Les travailleurs disposent d’équipements de protection et de plans de travail sûrs.

La délégation a assisté à une manifestation du syndicat à travers Alang ainsi qu’à un rassemblement dans les locaux de l’ASSRGWA, qui ont été construits grâce au financement de l’affilié japonais JBU. Les coprésidents du groupe d’action, Eileen Yeo et Kenichi Kanda, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsuzaki, et le Directeur de la section, Walton Pantland, ont pris la parole lors du rassemblement.

 

Kenichi Kanda a donné à son auditoire le salut japonais des membres du syndicat de la JBU “Goanzenni!”, ce qui signifie “soyez prudents !”

Kan Matsuzaki a déclaré :

“Nous avons vu combien nous pouvions bénéficier de la syndicalisation. Notre défi est maintenant de syndiquer encore davantage de travailleurs, afin de pouvoir changer l’équilibre des forces dans le secteur. Nous devons syndiquer le Bangladesh et le Pakistan et mettre ces pays sur la voie de la durabilité, comme l’Inde.”

La délégation a visité plusieurs sites d’activité en aval. Devant les portes des chantiers navals, des hommes travaillaient dans un atelier de fortune, découpant à la main des plaques d’acier pour en faire des disques qui seront utilisés pour fabriquer des charrues et d’autres outils agricoles.

Cinquante kilomètres plus loin, à Bhavnagar, les délégués ont rendu visite à des femmes syndiquées par la SEWA qui traitent des déchets électroniques et recyclent de vieilles cordes d’amarrage en nattes tissées pour créer des chaises, des lits et d’autres meubles.

 

Lors de la réunion du groupe d’action, les délégués ont discuté de la situation dans l’industrie du démantèlement des navires, ainsi que des tendances dans la construction navale. L’objectif de l’Organisation maritime internationale (OMI) de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre provenant du transport maritime conduit à des changements dans la conception des navires, ainsi qu’à l’expérimentation de carburants et de modes de propulsion alternatifs. La réunion s’est déroulée dans un format hybride, avec des participants y assistant en ligne au départ de l’Australie, d’Europe et d’Amérique latine.

Le 6 novembre, les parties prenantes de l’industrie indienne du démantèlement des navires se sont réunies pour discuter des progrès réalisés en vue de la ratification et de l’entrée en vigueur de la Convention de Hong Kong. Les employeurs étaient représentés par l’Association de l’industrie du recyclage des navires et les acheteurs au comptant, qui jouent un rôle important d’intermédiaire entre les armateurs et les chantiers navals, étaient représentés par GMS. Un représentant du Conseil maritime du Gujarat était également présent.

La réunion a été ouverte par le Secrétaire général du syndicat Hind Mazdoor Sabha, Harbhajan Singh Sidhu, et par Kan Matsuzaki, qui a expliqué que 2023 était une année cruciale pour la ratification de la Convention et que si le Bangladesh ne la ratifie pas d’ici là, l’élan sera perdu. Il a fait remarquer que le Pakistan s’était récemment engagé à ratifier la Convention.

Depuis que l’Inde a ratifié la Convention, près de 80 % des chantiers ont été mis en conformité avec les normes. Les syndicats estiment que l’Inde est à mi-chemin du processus : d’énormes améliorations ont été apportées, mais il reste encore beaucoup à faire. Les syndicats ont identifié la priorité immédiate comme étant l’établissement d’un comité de sécurité conjoint à l’échelle du secteur.

Kan Matsuzaki a proposé la mise en place à Alang d’un comité tripartite des normes, chargé de convenir de normes communes en matière de salaires, de sécurité, d’hébergement des travailleurs, de transport, de formation, de gestion de l’aval et d’autres domaines intéressant toutes les parties prenantes.

La COP27 doit aboutir à une Transition juste pour tous

La pression est forte sur la COP de cette année, car nous sommes loin des objectifs fixés par l’Accord de Paris. Le réchauffement climatique s’accentue et le financement de la transition est au cœur des discussions.

Le nouvel objectif chiffré collectif (NCQG selon l’acronyme anglais couramment utilisé) pour le financement du climat, qui doit être finalisé d’ici 2024, est appelé à remplacer l’objectif de 100 milliards de dollars fixé à Glasgow. Il est clair que nous devrions envisager des billions pour parvenir sérieusement à quelque chose.

Les pays industrialisés de l’hémisphère nord, dont les émissions ont largement contribué au réchauffement de la planète, sont appelés à payer pour cette transition. Cependant, nous sommes loin de parvenir à un financement adéquat, car le débat avance très lentement, les pays développés traînant les pieds.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est l’organe des Nations unies chargé d’évaluer les données scientifiques relatives au changement climatique. Son rapport 2022 dit ceci :

Le GIEC estime également que des investissements annuels beaucoup plus importants, toutes sources confondues, seront nécessaires à l’échelle planétaire pour que le monde puisse passer à un avenir à faible émission de carbone et éviter un réchauffement supérieur à 1,5 °C.

La conférence des parties de cette année est également appelée “la COP de l’Afrique”, car elle doit relever les défis climatiques de l’Afrique et assurer le financement de la crise du climat.

Si l’Afrique a des défis à relever, une transition est possible. Mais comment s’y prendre ? Aujourd’hui, les économies sont fondées sur l’exploitation des ressources naturelles ; il est essentiel de s’appuyer sur la Transition juste pour créer davantage d’emplois décents en investissant dans une production durable sur le plan environnemental.

600 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’énergie, il est donc essentiel d’améliorer cet accès. Il est nécessaire en Afrique de se concentrer sur les technologies renouvelables dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture et des transports afin d’améliorer le bien-être des communautés.

À peine une semaine après le début de la conférence, les syndicats travaillent d’arrache-pied pour s’assurer que les normes de la Transition juste soient incluses à tous les niveaux des négociations. Il est important de se mobiliser autour des ministres et des représentants des gouvernements. Les principaux domaines sur lesquels les syndicats se concentrent sont le financement du climat, les pertes et préjudices, les mesures d’intervention et l’atténuation.

“Nous devons veiller à ce que les engagements de l’Accord de Paris soient mis en œuvre et à ce que les personnes les plus touchées par le changement climatique bénéficient de véritables solutions. Les travailleurs ne doivent pas avoir à payer les factures de la crise du climat, de l’énergie et des prix, et en tant que syndicats, nous devons garantir une Transition juste pour tous. Personne ne peut être laissé pour compte”

martèle Diana Junqera Curiel, Directrice d’IndustriALL pour l’énergie.

La COP27 se déroule en Égypte. Jeudi matin, une manifestation a eu lieu au cours de laquelle tout le monde a porté du blanc en solidarité avec les militants emprisonnés.

Alaa Abdel-Fattah, qui possède la double nationalité britannique et égyptienne, a été emprisonné il y a près de dix ans par les autorités égyptiennes sous prétexte d’avoir diffusé de la désinformation. Il a entamé une grève de la faim depuis des mois et, dimanche, il a entamé une grève de la soif pour attirer l’attention pendant la COP27 sur son combat et celui d’autres qui sont, comme lui, des militants des droits de l’homme.

“Les violations des droits de l’homme nous concernent, elles sont au cœur de nos activités. Si nous n’avons pas de démocraties fortes qui s’engagent à respecter les droits fondamentaux de l’homme et du travail, alors notre lutte pour atteindre des objectifs climatiques justes sera impossible !”

a déclaré Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI.

Les travailleurs de la confection de Madagascar élaborent des stratégies pour faire face à la VHBG

Les travailleuses et travailleurs de Marine et Moi, par exemple, ont formé un comité pour lutter contre la VHBG dans leur usine d’Antananarivo. Lors d’un atelier de formation auquel ont assisté les 7 et 8 novembre derniers 30 participants, 22 femmes et 8 hommes, en provenance des affiliés d’IndustriALL SEKRIMA, SEMPIZOF et SVS et qui portait sur le harcèlement sexuel et la manière de réduire les facteurs de risque, un plan d’action a été débattu. Cet atelier faisait suite à un autre sur la VHBG, organisé en juillet.

Les participants ont déclaré qu’ils interpellaient leurs comités d’entreprise sur la VHBG et menaient des campagnes de sensibilisation des travailleurs et travailleuses sur les droits fondamentaux au travail. La VHBG est également incluse dans les activités de recrutement et de mise en place des syndicats. Les travailleurs et travailleuses ont également identifié le dialogue social comme une autre plateforme utile à la campagne ainsi qu’à la ratification de la Convention 190 par Madagascar. Les travailleurs et travailleuses ont déclaré que les campagnes devraient inclure les droits à la protection de la maternité, à la santé et sécurité au travail ainsi qu’à la protection sociale.

Les travailleurs et travailleuses ont identifié la discrimination fondée sur le sexe comme un facteur de stress pour les travailleuses dans les usines et se sont engagés à la combattre par le biais de leurs activités et campagnes syndicales. Les travailleuses et travailleurs ont également estimé que des salaires décents sont essentiels pour lutter contre la VHBG, car les bas salaires et les conditions de travail précaires augmentent la vulnérabilité des femmes.

 

Dans les nombreux témoignages qui ont été partagés lors de l’atelier, les travailleurs et travailleuses ont déclaré que la VHBG prenait de nombreuses formes, de la revendication de rapports sexuels à l’extorsion. Les formes financières, en particulier les pots-de-vin pour que les femmes conservent leur emploi, privaient les travailleurs et travailleuses de leurs salaires durement gagnés. Dans certains cas, les femmes payaient des pots-de-vin mensuels pouvant aller jusqu’à 20 % de leur salaire.

Dans les usines, certaines travailleuses ont déclaré qu’elles partageaient les toilettes avec les hommes, ce qui portait atteinte à leur vie privée. En outre, certains vestiaires utilisés à la fois par les travailleurs et les travailleuses se trouvaient dans des espaces ouverts à côté des bureaux et n’offraient aucune intimité. Parfois, les superviseurs empêchaient les travailleuses d’aller aux toilettes en criant à travers le système de sonorisation de l’usine qu’elles devaient retourner à leur poste de travail.

Des pratiques culturelles néfastes et discriminatoires à l’égard des femmes, la violence domestique ainsi qu’un appareil judiciaire qui n’inflige pas de peines suffisamment sévères aux auteurs de ces actes augmentent le risque de VHBG.

Des discussions approfondies ont eu lieu sur ce qu’est le harcèlement sexuel et ses différentes formes dans le monde du travail. Les discussions ont porté sur les pratiques sociales qui privilégient les hommes tout en opprimant les femmes.

Holitiana Randrianarimanana, experte en questions de genre, qui a animé l’atelier, a déclaré :

“Il est important que les syndicats travaillent avec les organisations non gouvernementales et celles de la société civile pour mettre fin à la VHBG à Madagascar.”

Remi Botoudi, qui préside le conseil national des affiliés d’IndustriALL à Madagascar, a déclaré :

“Les syndicats doivent continuer à faire campagne en faveur du dialogue social sur la VHBG et à sensibiliser leurs membres à cette question.”

Armelle Seby, Directrice d’IndustriALL pour les questions de genre, a pour sa part déclaré :

“En tant que syndicats, nous devons briser le cycle de la VHBG, car elle s’inscrit dans un ensemble et est causée par des relations de pouvoir inégales entre les hommes et les femmes. L’inégalité entre les sexes est aggravée par le patriarcat, des normes sociales et culturelles néfastes et la discrimination. Nous devons nous attaquer à ces causes profondes, gérer les risques et mettre fin aux abus de pouvoir. En outre, nous devons trouver des moyens de faire face aux représailles auxquelles les femmes sont confrontées lorsqu’elles résistent à la VHBG, notamment les licenciements et autres formes de harcèlement.”

Crédit photo : OIT, usine de confection à Antananarivo.