PROFIL: Le syndicat ukrainien fonctionne pendant la guerre

Profil d'un syndicat

Global Worker

no 2 novembre 2022

  

Pais: Ukraine

Syndicat: Nuclear Power and Industry Workers of Ukraine     

Text: Nazmia Leite

Une occupation russe de neuf mois et le bombardement des centrales nucléaires ont conduit de nombreux travailleurs et travailleuses à perdre leur emploi, voire leur vie. L’affilié d’IndustriALL, le Syndicat des travailleurs de l’industrie et de l’énergie nucléaires d’Ukraine, Atomprofsilka, a réussi, non sans difficultés, à servir ses adhérents pendant cette période destructrice. Au cours d’une conversation avec le Président de ce syndicat ukrainien, Valeriy Matov, et sa responsable internationale, Lesia Semeniaka, nous découvrons comment le syndicat a fonctionné en temps de guerre.

Les travailleurs et travailleuses du nucléaire souffrent. Plus de 200 travailleurs ont été kidnappés et beaucoup ont été torturés à mort. Les soldats russes ont occupé les centrales nucléaires et les travailleurs et travailleuses subissent une pression physique et psychologique constante. Avant la guerre, la centrale nucléaire de Zaporijia (ZNPP) comptait plus de 11.000 salariés et en compte aujourd’hui moins de 10.000.

“Cette guerre russe nous prend tellement de choses : il y a neuf mois nous avions encore une belle ville. Là où les centrales électriques étaient construites était le lieu de vie des travailleurs et travailleuses de l’énergie. Les familles pouvaient vivre ensemble et les enfants pouvaient aller à l’école. Les travailleurs et travailleuses avaient de bons salaires et pouvaient subvenir aux besoins de leurs familles. Tout cela a disparu maintenant”,

dit Lesia.

Atomprofsilka continue à fonctionner pendant la guerre. En fonction des menaces de bombardement ou des tirs d’obus, les syndicalistes travaillent dans leur bureau ou le personnel opère à distance, également en fonction de l’approvisionnement en électricité et du service Internet. Le travail syndical quotidien a changé et le premier objectif est d’aider les membres qui ont été affectés par la guerre.

“Parfois, nous pouvons nous connecter avec des membres à Kiev via des téléphones portables. Ces membres luttent pour nous donner des informations. Nous avons été dépouillés de nos droits syndicaux fondamentaux et nous fonctionnons sous la loi martiale, ce qui signifie que nous ne pouvons pas faire grève”,

explique Lesia.

Le syndicat a prélevé de l’argent sur les salaires pour aider les forces armées ukrainiennes.

“Nous avons utilisé l’aide extérieure pour accueillir les personnes déplacées qui fuient vers les régions occidentales de l’Ukraine. Une partie de l’argent est destinée à aider l’armée et à fournir des traitements médicaux”,

explique Valeriy.

Le syndicat s’est efforcé de rendre service à ses membres pendant cette calamité.

“Il y a quelques semaines, nous avons acheté des vêtements pour 167 personnes, prisonniers militaires et civils, qui ont pu revenir de la captivité russe. Nous fournissons un logement aux femmes avec des enfants en bas âge qui ont eu la possibilité de quitter la ville d’Enerhodar. Nous avons reçu un soutien considérable de la part de nos salariés. Ils ont donné de leur temps et les employés de la centrale nucléaire de Rivne ont transféré trois pour cent de leur salaire mensuel pour nous aider”,

explique Valeriy.

La guerre s’aggrave de jour en jour. En mars, la centrale ZNPP a été capturée par les forces russes. Les travailleurs de la centrale ne sont pas autorisés à quitter Enerhodar et la ZNPP. Cette centrale nucléaire a été transmise en sous-traitance à une entreprise nucléaire russe et les travailleurs subissent des pressions pour signer des contrats avec elle.

“Nos gens sont tellement sous pression, ils ont peur. Enerhodar n’a pas d’électricité, pas de chauffage. L’hiver arrive et beaucoup de gens vont mourir. Les problèmes ne cessent de croître et on semble pas pouvoir en voir la fin. On demandera aux travailleurs de partir en retraite anticipée, les salaires seront réduits, le manque de recettes fiscales donnera un coup énorme au budget ukrainien. On ne voit tout simplement pas le bout”,

déclare Valeriy.

La solidarité est importante en ces temps. Les gens fuient la guerre, perdent leur emploi et les syndicats doivent soutenir leurs membres.

“Nous sommes très reconnaissants de l’aide financière apportée par IndustriALL et ses affiliés. Nous apprécions également le fait qu’IndustriALL soutienne nos demandes auprès de la communauté internationale de créer une zone démilitarisée autour de ZNPP et de libérer les travailleurs”,

déclare Valeriy.

Atomprofsilka sert les travailleurs du secteur nucléaire, de la production d’uranium (Skhid GZK, le Complexe minier et de transformation de l’Est), de la zone d’exclusion de Tchernobyl, les travailleurs des parcs nationaux d’Ukraine, les travailleurs du secteur public et une petite partie des travailleurs de la santé. À la fin de l’année 2021, le syndicat comptait plus de 50.000 membres, dont des retraités, des jeunes et des femmes. En raison des bombardements quotidiens, il est difficile de connaître le nombre actuel de membres. De nombreuses usines ont été endommagées et des équipements détruits. Reconstruire l’emploi et les vies prendra des années.

Le KMWU réclame une réforme de la législation du travail

Les dirigeants du Syndicat coréen des travailleurs de la métallurgie (KMWU), affilié à IndustriALL Global Union, la confédération centrale KCTU et les syndicats des travailleurs du transport appellent le gouvernement sud-coréen à promulguer les articles 2 et 3 de la version révisée de la Loi sur les syndicats et les relations de travail et à appliquer les conventions 87 et 98 de l'OIT qu'il a ratifiées en avril 2021.

Le KMWU réclame du gouvernement coréen qu'il élargisse la définition du travailleur et de l'employeur pour garantir aux travailleurs en sous-traitance un statut légal qui leur permette de négocier avec l'employeur principal. La loi doit aussi être amendée de manière à respecter le droit de grève des travailleurs.

En application de la législation du travail en vigueur, qui est draconienne, cinq dirigeants élus de la section des travailleurs en sous-traitance des chantiers navals du KMWU sont poursuivis par l'employeur principal qui leur réclame 47 milliards de wons (36 millions $) de dommages et intérêts pour la grève de cet été.

"Nous nous souvenons des martyrs ouvriers Bae Dalho et Kim Joo-ik qui se sont immolés lorsque leurs employeurs les ont poursuivis en dommages et intérêts, des recours identiques introduits à la suite de la grève de 2009 chez Ssangyong Motors ainsi que contre les travailleurs en sous-traitance des chantiers navals Daewoo cette année. Quantité de travailleurs ont été poussés au suicide et des syndicats démocratiques à la ruine,"

a déclaré Yoon Jang-Hyeok, le président du KMWU, qui participe à la grève de la faim.

"Avec la ratification des conventions 87 et 98 de l'OIT, cette situation doit cesser. Nous appelons le gouvernement coréen à réviser la loi pour que les droits de négocier collectivement et de faire grève soient effectivement reconnus."

"Ces demandes de dommages et intérêts astronomiques pour le fait de s'être mis en grève sont odieuses. IndustriALL prie Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering et le groupe Hanwha Group d'abandonner immédiatement ses recours contre des syndicalistes et le gouvernement coréen de mettre son droit et sa pratique en conformité avec les normes internationales. Nous allons porter devant l'OIT le défaut d'application des conventions 87 et 98,"

a déclaré Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL.

 

DOSSIER SPECIAL : sauvegarder les droits des travailleurs tout au long des chaînes d’approvisionnement

Dossier spécial

de Global Worker

no 2 novembre 2022

  

Pays: Globale

Thème: Droits des traivailleurs dans la chaine d'aprovisionnement    

Texte: Petra Brännmark

Les violations des droits de l’homme, y compris les abus concernant les droits des travailleurs, sont en augmentation, comme le montre le dernier indice des droits dans le monde de la CSI. En outre, la pandémie et la crise actuelle du coût de la vie ont rendu encore plus évidents de nombreux défis dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Il est nécessaire de mettre en place une réglementation forte pour traiter et prévenir efficacement les violations des droits de l’homme et les atteintes à l’environnement. L’augmentation choquante des violations des droits fait de la diligence raisonnable obligatoire une priorité absolue pour les syndicats. Les codes de conduite volontaires et autres approches unilatérales sont avant tout des outils de relations publiques et ont perdu toute crédibilité.

Selon le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, très peu d’entreprises ont fait preuve d’une réelle volonté de respecter de manière adéquate les droits des travailleurs et des syndicats sur base volontaire.

Les syndicats sont l’un des principaux moteurs de la campagne en faveur d’une législation contraignante en matière de diligence raisonnable et de transparence au sien des chaînes d’approvisionnement. En tant que représentants des travailleurs qui sont victimes de violations de leurs droits tout au long des chaînes d’approvisionnement, les syndicats doivent être à l’avant-garde du débat et peser de tout leur poids pour s’assurer d’être impliqués dans la conception et la mise en œuvre des politiques de diligence raisonnable. Les travailleurs et les syndicats connaissent la réalité sur le terrain et sont les mieux placés pour aider à identifier, comprendre et traiter les risques liés aux droits de l’homme. Leur participation au processus est essentielle pour garantir que les lois sur la diligence raisonnable et les autres instruments répondent aux besoins des travailleurs et travailleuses.

“En fait, aucune approche de diligence raisonnable ne peut prétendre être crédible sans la pleine participation des travailleurs et des syndicats afin de préserver la liberté syndicale, la négociation collective ainsi que la santé et la sécurité. La diligence raisonnable fait partie du système de relations sociales en tant que moyen de pouvoir s’impliquer par le biais des conventions collectives, des accords-cadres mondiaux, des protocoles et de tout autre document négocié. Il s’agit d’un outil important permettant aux syndicats d’atteindre leurs principaux objectifs, à savoir la défense et la promotion des droits et des intérêts des travailleurs et travailleuses”,

déclare Kemal Özkan.

Le rôle des syndicats a été évident dans la récente Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz, la loi allemande sur les obligations en matière de diligence raisonnable des entreprises pour prévenir les violations des droits de l’homme dans les chaînes d’approvisionnement, adoptée en 2021. Les syndicats et les représentants des travailleurs ont réussi à faire en sorte que les comités d’entreprise allemands soient davantage impliqués dans la gestion des risques liés aux droits de l’homme à l’avenir et la loi allemande sur les comités d’entreprise a été modifiée à cette fin.

En 2017, la France est devenue le premier pays à adopter une loi sur le “devoir de diligence”. Pour la première fois, cette législation novatrice établit une relation pénale entre la société mère d’une multinationale et ses filiales et sous-traitants en cas de violation des droits humains ou environnementaux. En bref, elle vise à empêcher les grandes entreprises de se cacher derrière leur statut d’acheteur. Elle doit inclure un mécanisme d’alerte qui recueille les signalements ou les risques existants, élaboré en collaboration avec les syndicats de l’entreprise concernée.

“La diligence raisonnable est un levier pour les syndicats afin de garantir que les droits des travailleurs, en particulier le droit à se syndiquer, sont respectés dans les entreprises et tout au long des chaînes d’approvisionnement”,

indique Kemal Özkan.

Les accords-cadres mondiaux (ACM) sont des outils de syndicalisation et de renforcement des syndicats, qui intègrent le concept de diligence raisonnable défini dans les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. En signant un accord-cadre mondial, une entreprise multinationale accepte la responsabilité de protéger et de respecter les droits fondamentaux des travailleurs, en particulier le droit de se syndiquer et de négocier collectivement, ainsi que d’exercer une diligence raisonnable concernant l’impact de ses activités sur les droits de l’homme dans ses installations de production et le long de ses chaînes d’approvisionnement. Les ACM sont largement utilisés pour résoudre les problèmes, notamment le long des chaînes d’approvisionnement. En cas de conflit, par exemple en matière de syndicalisation, les ACM peuvent contribuer à apporter une solution.

Using global framework agreements to organize

Over a two-year period IndustriALL affiliates in Turkey and Bangladesh have successfully organized more than 50 supplier factories as part of a programme to effectively implement global framework agreements. 

Les réseaux syndicaux qui lient les syndicats de différents pays d’une même entreprise sont également des instruments d’action et de coordination importants qui peuvent contribuer à soutenir les campagnes de syndicalisation. Le renforcement de ces réseaux est essentiel pour que les entreprises respectent les droits des travailleurs dans tous les pays où elles sont actives et fassent preuve de diligence raisonnable en matière de droits humains dans leurs chaînes d’approvisionnement.

La chaîne d’approvisionnement des batteries peut servir d’exemple pour démontrer la mondialisation du processus de production et la manière dont les lois et autres instruments existants, tels que les Principes directeurs de l’OCDE sur la diligence raisonnable, peuvent être utilisés pour faire progresser les droits de l’homme dans les entreprises.

La chaîne d’approvisionnement des batteries commence par l’extraction de matières premières comme le lithium, passe par l’industrie chimique et les raffineries, pour aboutir aux utilisateurs finaux. Il s’agit de la chaîne d’approvisionnement qui connaît la croissance la plus rapide, alimentée par la demande croissante de véhicules électriques. En outre, chaque région constitue une partie différente de la chaîne d’approvisionnement des batteries, avec la production de lithium en Amérique latine, la plupart des activités minières en Afrique, les nouveaux investissements dans les batteries en Asie et les investissements dans les véhicules électriques en Europe et aux États-Unis. Les violations des droits des travailleurs augmentent parallèlement, en particulier en aval de la chaîne d’approvisionnement où le taux de syndicalisation est faible et l’impact environnemental dévastateur.

IndustriALL s’est lancé dans un projet visant à développer une approche intégrée de la chaîne d’approvisionnement et à obtenir un travail décent pour tous les travailleurs associés à la chaîne d’approvisionnement des batteries.

“Nous devons veiller à ce que la production de batteries ne soutienne pas seulement l’énergie verte, mais préserve également les droits de l’homme et favorise la santé et la durabilité environnementale”, déclare Kemal Özkan.

“Cela signifie que nous devons accroître notre influence tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries. Dans le cadre de cette approche, IndustriALL renforce les capacités syndicales en élaborant des outils efficaces de diligence raisonnable pour syndiquer les travailleurs et travailleuses, en créant des plateformes avec les multinationales, en développant la communication avec les plus grands producteurs mondiaux de batteries en Chine, en veillant à ce que les questions de genre soient intégrées dans les activités syndicales et en se concentrant sur des politiques industrielles durables ainsi que la Transition juste."

En 2013, le Conseil d’administration de l’OIT, motivé par des préoccupations relatives à l’expansion rapide des chaînes d’approvisionnement mondiales au-delà des frontières, a décidé d’inscrire les chaînes d’approvisionnement mondiales à l’ordre du jour de la Conférence internationale du travail. En 2016, la Conférence internationale du travail a adopté une résolution concernant le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette résolution a servi de base à l’élaboration d’un programme d’action, assorti d’une feuille de route pour sa mise en œuvre. Plusieurs réunions techniques ont eu lieu pour aborder les éléments fondamentaux d’une stratégie globale sur le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement, comme le travail décent dans les zones franches d’exportation, le dialogue social transfrontalier ainsi que le déficit d’emplois décents dans les chaînes d’approvisionnement.

“Mais jusqu’à présent, les progrès, s’ils existent, sont très lents. Nous constatons une énorme résistance de la part des employeurs, bien que la plupart des gouvernements soient très favorables à une action normative dans ce domaine. Il y a un grand risque que l’OIT perde sa pertinence, alors qu’elle devrait jouer un rôle central dans le système de gouvernance mondiale dans tout le débat sur les chaînes d’approvisionnement mondiales”,

dit Kemal Özkan.

“IndustriALL va accroître ses efforts et continuer à faire pression pour l’adoption d’une convention de l’OIT sur les chaînes d’approvisionnement, ce qui serait essentiel pour le mouvement syndical mondial.”

Atle Høie: Beinvenu a Global Worker (#2 2022)

Le mot du Secrétaire général

Del Global Worker No 2 Noviembre 2022

Bienvenu: Le mot du Secrétaire général Atle Høie

Si nous faisons pression en sa faveur, nous obtiendrons une Transition juste. Le dossier de ce numéro se concentre sur la façon dont la crise énergétique peut donner aux syndicats l’occasion de réaliser plus rapidement une Transition juste.

Le débat sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme prend de l’ampleur, tant au niveau national qu’international. L’augmentation choquante des violations de ces droits fait d’une diligence raisonnable rendue obligatoire une priorité absolue pour les syndicats. Le dossier spécial se concentre sur la manière dont les droits des travailleurs et des travailleuses sont sauvegardés tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Le monde change, et le portrait du syndicat Los Mineros au Mexique en témoigne. Alors que le syndicat fête son 88e anniversaire, la réforme du droit du travail est introduite progressivement dans tout le pays, modifiant peu à peu les contrats dits de protection, favorables aux employeurs.

Dans la rencontre de ce numéro, Swasthika Arulingam, Présidente du CIWU au Sri Lanka, parle de l’importance des jeunes femmes dirigeantes dans les syndicats et des défis qu’elle doit relever dans son rôle. Elle parle également de la crise économique actuelle dans son pays, qui affaiblit le droit du travail, élimine la protection sociale, propose des salaires de misère et démantèle les syndicats, ainsi que de la manière dont ces derniers se défendent.

Cela fait plus de neuf mois que la Russie a envahi l’Ukraine. Dans l’autre portrait d’un syndicat, vous pouvez lire comment le Syndicat de l’industrie et de l’énergie nucléaires d’Ukraine s’efforce de maintenir les activités syndicales en faveur de ses membres pendant la guerre, avec une marge de manœuvre réduite, alors que ses membres perdent leur emploi.

Nous sommes presque à la fin de 2022. Un grand nombre de réalisations importantes et de qualité ont été accomplies au cours de l’année écoulée dans toutes les régions du monde. En tant que syndicats, nous devons continuer à défendre nos membres et les guider dans une Transition juste tout au long des chaînes d’approvisionnement et à promouvoir sans relâche la solidarité mondiale. Mais d’abord, vous pourrez, je l’espère, profiter d’un peu de temps avec vos proches. Je vous souhaite une bonne fin d’année 2022.

IndustriALL rencontre la famille, plongée dans les difficultés, d’un syndicaliste injustement emprisonné à Madagascar

Sento a 25 ans et travaillait chez E-Toile S.A. depuis six ans lorsqu’il a été condamné à une peine d’emprisonnement pour avoir fait rapport sur les élections syndicales, la mauvaise qualité de la nourriture dans l’entreprise, ainsi que sur les droits des travailleurs relatifs aux vacances et aux congés de maladie. Son syndicat, SVS, affirme que Sento est un délégué syndical emprisonné à tort, dont les droits à la liberté d’opinion, d’expression et d’association ont été gravement violés.

Les beaux-parents de Sento ont raconté à IndustriALL comment ils ont dû s’endetter pour pouvoir engager un avocat. Malgré des visites régulières au tribunal, cela n’a toujours pas abouti à des nouvelles positives concernant la libération de Sento, attendue de toute urgence. La famille décrit son séjour en prison comme très difficile, Sento se sentant trompé et déçu.

 

La famille, y compris ses enfants Alvin, 3 ans, et Aticia, 12 mois, s'efforce de rendre visite à Sento en prison une fois par semaine, en lui apportant la nourriture dont il a tant besoin. Selon une étude des prisons les plus dures du monde, la prison d’Antanimora, un établissement correctionnel à l’horrible réputation, ne fournit qu’un seul repas par jour, composé uniquement de manioc bouilli, ce qui entraîne une malnutrition chronique pour de nombreux prisonniers.

Lors de la visite d’IndustriALL à la famille de Sento. SVS lui a remis un colis de nourriture pour atténuer certaines de ses difficultés.

La veille de la rencontre avec la famille, SVS et IndustriALL ont essayé de voir la femme de Sento, qui travaille dans la même entreprise depuis cinq ans. Cependant, l’entreprise a fait savoir qu’elle ne pouvait pas sortir à l’heure du déjeuner, car elle était occupée.

SVS a lancé un appel au Ministère du Travail et au Premier Ministre de Madagascar, pour dénoncer une violation manifeste des conventions 87 et 98 de l’OIT. De nombreuses organisations, dont IndustriALL, la CSI et la CSI Afrique, ainsi que l’OIT, se sont adressées au gouvernement malgache pour obtenir la libération inconditionnelle de Sento Chang, sans succès jusqu’à présent.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous sommes consternés par la condamnation et l’emprisonnement d’un syndicaliste pour avoir informé ses collègues de travail des discussions qui ont eu lieu lors d’une réunion avec la direction. C’est inacceptable et nous souhaitons rappeler à la direction d’E-Toile et au gouvernement de Madagascar qu’ils doivent respecter les normes nationales et internationales du travail relatives à la liberté et aux droits syndicaux. L’employeur et le gouvernement doivent engager un dialogue social avec les syndicats au lieu d’intimider les travailleurs par le biais d’accusations montées de toutes pièces et d’emprisonnements.”

Nouvel accord de l’OIT sur l’avenir du travail dans le secteur du pétrole et du gaz

C’est tard dans la journée du vendredi 2 décembre, au terme d’une réunion technique d’une semaine tenue au siège de l’OIT à Genève, que les négociations entre les représentants des travailleurs, des gouvernements et des employeurs ont abouti à un accord sur l’avenir du travail dans le secteur du pétrole et du gaz.

Les réunions de ce type fournissent des orientations sur la manière d’aborder et de traiter des enjeux propres à un secteur. Elles revêtent une importance toute particulière lorsque de nouveaux secteurs voient le jour ou lorsque les secteurs existants se trouvent confrontés à des changements majeurs résultant de la double transition climatique et technologique. En tant que contributeurs majeurs aux émissions de gaz à effet de serre, les secteurs du pétrole et du gaz seront très fortement impactés par le besoin de décarbonation. Pour les syndicats, il est primordial que ce processus se déroule de manière planifiée et structurée, afin que de nouveaux emplois puissent être créés avant que les emplois existants ne disparaissent.

La délégation syndicale était composée d’experts du secteur pétrolier et gazier, élus démocratiquement pour représenter les syndicats des États-Unis, du Brésil, de Colombie, du Nigeria, d’Irak, de Norvège, d’Australie et d’Indonésie. Ils étaient soutenus par la CSI, IndustriALL Global Union et industriAll European Union. 

Le Bureau international du travail a élaboré un rapport qui a servi de base à la discussion. Au début de la semaine, des questions sur les défis, les opportunités, les bonnes pratiques et les exigences ont été soulevées. Les négociateurs ont présenté leurs points de vue et leurs principales demandes. À partir de ces contributions, le Bureau a rédigé un avant-projet de texte, dont les parties ont négocié les amendements au cours de la semaine.

Pour les représentants des travailleurs, les principales revendications étaient les suivantes :

La délégation syndicale était insatisfaite à la fois du déroulement de la réunion et de ses résultats. Une occasion d’aborder de nombreuses questions urgentes a été manquée, notamment le problème des travailleurs externalisés. Ceci était dû à un manque d’engagement de la part des employeurs. Aucune des grandes entreprises du secteur n’a participé à la réunion, et le négociateur en chef représentant les employeurs, issu de l’Organisation internationale des employeurs (OIE), n’avait aucune expérience spécifique du secteur, dans la mesure où l’OIE négocie des accords dans les secteurs du tourisme, de l’éducation, de l’agriculture, des transports et de l’énergie, entre autres. 

Étant donné que les conclusions n’étaient pas aussi normatives que les syndicats l’avaient espéré, la possibilité d’élaborer un guide sectoriel sur la transition juste sera examinée après la réunion du Conseil d’administration de l’OIT l’été prochain. 

Diana Junquera Curiel, directrice d’IndustriALL pour l’énergie et la transition juste, a déclaré :

« Lorsqu’il s’agit de transition juste dans ce secteur, les préoccupations des travailleurs portent notamment sur le financement de la transition, la protection sociale et la qualité et le nombre d’emplois décents qui seront disponibles. Si la transition ne s’opère pas dans le cadre du dialogue social, de la protection sociale, de la négociation collective et de l’intégration, l’avenir sera insoutenable pour tous. »

Dans sa déclaration finale, le président du groupe des travailleurs, Mike Smith, de l’USW, a affirmé :

 « Nous nous réjouissons d’être parvenus à un accord sur ce document au terme d’une semaine d’intenses négociations. Nous sommes confiants que les conclusions constitueront une étape sur le long chemin d’une transition juste dans l’industrie du pétrole et du gaz, avec le maintien d’une industrie saine et productive qui facilite la création d’emplois décents, de manière à remplacer les emplois perdus par des emplois de valeur équivalente ou supérieure.

« Nous regrettons que ce document ne contienne aucune référence aux travailleurs externalisés. Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que l’externalisation est très répandue dans le secteur pétrolier et gazier, que cette pratique nuit aux conditions de travail et que les travailleurs externalisés ne disposent pas d’une voie de recours institutionnelle pour faire entendre leurs griefs. 

« Nous continuerons à œuvrer pour que toutes les personnes travaillant dans l’industrie pétrolière et gazière, qu’il s’agisse de travailleurs directs ou externalisés, jouissent de la liberté syndicale, de la santé et de la sécurité au travail, et de bonnes conditions de travail obtenues par le biais de conventions collectives. »

 

L’Accord international sur la sécurité qui a fait date au Bangladesh s’étend au Pakistan

Voir ci-dessous la déclaration d’IndustriALL et d’UNI :

« Nous sommes parvenus à étendre avec succès l’Accord à un deuxième pays. Les travailleuses et travailleurs pakistanais de l’industrie de l’habillement auront désormais un avenir plus sûr leur lieu de travail : le nombre de décès et d’accidents évitables diminuera rapidement au fur et à mesure de la mise en œuvre du programme. Les travailleuses et travailleurs recevront une formation sur la santé et la sécurité au travail, ce qui leur donnera des moyens d’action et, espérons-le, leur fera prendre conscience de l’intérêt d’adhérer à un syndicat afin de lutter collectivement pour leurs droits »,

a déclaré le secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Atle Høie.

« L’extension à d’autres pays du modèle concluant mis en place au Bangladesh a longtemps constitué notre objectif. Grâce à l’Accord du Pakistan, nous améliorerons la sécurité, sauverons des vies et étendrons notre champ d’action du secteur de l’habillement aux textiles et aux articles ménagers. Les détaillants et les marques internationales qui s’approvisionnent au Pakistan et qui souhaitent s’engager en faveur de la sécurité sont encouragés à signer l’Accord et à assumer la responsabilité des travailleuses et travailleurs de leurs chaînes d’approvisionnement »,

a déclaré Christy Hoffman, secrétaire générale d’UNI Global Union.

Les signataires de l’Accord international sur la santé et la sécurité dans l’industrie du textile et de l’habillement mettent en place un programme complet de santé et de sécurité au travail au Pakistan, couvrant leurs fournisseurs de vêtements et de textiles. Le nouvel Accord sur la santé et la sécurité dans l’industrie du textile et de l’habillement du Pakistan est un accord juridiquement contraignant entre les fédérations syndicales internationales IndustriALL et UNI Global Union et les marques et détaillants de l’industrie de l’habillement. Il est conclu pour une durée de trois ans à compter de 2023.

S’appuyant sur les améliorations en matière de sécurité apportées au Bangladesh, l’Accord du Pakistan reprend toutes les caractéristiques essentielles de l’Accord international : des inspections indépendantes en matière de sécurité pour traiter les risques liés aux incendies, aux installations électriques, aux structures et aux chaudières, le suivi et le soutien des mesures correctives, la formation du comité de sécurité et le programme de sensibilisation à la sécurité des travailleurs, ainsi qu’un mécanisme indépendant de traitement des plaintes, un engagement en faveur d’une large transparence et le renforcement des capacités locales afin de promouvoir une culture de la santé et de la sécurité à l’échelle de l’industrie.

« Je me félicite de constater que les signataires de l’Accord international sont parvenus à un accord visant à établir un programme de sécurité sur les lieux de travail couvrant les fournisseurs de vêtements et de textiles des parties signataires au Pakistan. Nous nous engageons à œuvrer en étroite collaboration avec les parties prenantes pakistanaises afin de garantir que nos efforts collectifs soient bénéfiques pour l’industrie et ses travailleur.euse.s. »,

a déclaré Joris Oldenziel, directeur exécutif de l’International Accord Foundation.

L’expérience concluante au Bangladesh a incité les signataires à étendre le programme de sécurité sur les lieux de travail à au moins un autre pays producteur de textiles et de vêtements. Par le biais d’enquêtes auprès des signataires, de recherches approfondies et de consultations avec les parties prenantes locales, le Secrétariat de l’Accord a évalué la faisabilité de l’extension de l’Accord en se basant sur un certain nombre de facteurs clés. Le Pakistan est apparu comme un pays prioritaire, en partie en raison de son importance en tant que pays fournisseur de vêtements et de textiles pour les marques signataires de l’Accord.

L’Accord international a entrepris un engagement important au Pakistan auprès des ministères fédéraux et des gouvernements provinciaux, des associations industrielles, des fournisseurs, des syndicats et des organisations de la société civile. Les programmes visés dans le cadre de l’Accord du Pakistan seront mis en œuvre par étapes, en étroite collaboration avec les principales parties prenantes et par le biais de la création d’un organe national de gouvernance.

L’Accord du Pakistan couvre les fabriques de confection à façon (Cut-Make-Trim ou CMT), à savoir les fournisseurs de vêtements prêts à porter (Ready-Made Garment ou RMG), de textiles ménagers, de tissus et d’accessoires en tricot (y compris les entreprises intégrées verticalement). Les fabriques de tissus faisant partie des chaînes d’approvisionnement des signataires sont également couvertes, la mise en œuvre étant prévue à un stade ultérieur du programme. Le programme vise à couvrir de manière progressive plus de 500 usines produisant pour plus de 100 entreprises signataires de l’accord dans les provinces du Sindh et du Punjab, où sont fabriqués chaque année la majeure partie des vêtements et des textiles exportés par le Pakistan, d’une valeur estimée à 20 milliards USD.

La décision d’étendre l’Accord au Pakistan a été annoncée lors d’une réunion du groupe des marques signataires qui s’est tenue le 14 décembre 2022. Les marques recevront un dossier d’information sur l’Accord du Pakistan et seront invitées à le signer à partir du 16 janvier 2023.

Contexte

L’Accord international, conçu par les syndicats mondiaux avec les marques internationales de vêtements après l’homicide industriel du Rana Plaza en 2013, a contribué à rendre l’industrie de l’habillement et du textile du Bangladesh plus sûre. Neuf ans et des milliers d’inspections d’usines plus tard, près de 200.000 pièges potentiellement mortels dans 1.600 usines ont été éliminés.

Photo : Des travailleuses de la confection au Pakistan © ILO

Cette année, les mines pakistanaises auront tué au moins 150 travailleurs

Selon des données compilées par IndustriALL Global Union, l’exploitation dangereuse des mines au Pakistan a coûté la vie à plus de 150 travailleurs et blessé plus de 20 autres cette année seulement.

La plupart des accidents sont causés par des effondrements, des fuites de gaz et des inondations. L’exploitation minière s’est poursuivie tout au long des épisodes pluvieux désastreux qui ont frappé le pays plus tôt cette année, faisant de nombreuses victimes. Les mines non enregistrées et le travail non réglementé ajoutent encore aux risques liés à l’environnement de travail.

Les mineurs travaillent dans des conditions dangereuses sans aucun système d’avertissement approprié afin d’alerter les travailleurs en cas de fuites de gaz ou d’inondations. Avec pour seule lumière la faible lueur des lampes fixées sur leur casque, les mineurs sont contraints de travailler dans une obscurité presque totale. Une supervision efficace fait également défaut sur les sites miniers et les travailleurs sont peu formés, voire pas du tout, concernant les précautions de sécurité à prendre en cas d’urgence. Et comme aucun registre de présence n’est tenu, nul ne sait combien de travailleurs sont présents dans la mine en cas d’accident.

La loi exige la présence d’un médecin et d’une ambulance sur chaque site minier, mais cette prescription n’est pas mise en œuvre et il arrive que des décès surviennent sur le trajet menant à l’hôpital. En cas de décès ou de blessures graves, les familles des travailleurs ne reçoivent aucune indemnisation appropriée.

Apoorva Kaiwar, secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud :

« Ni les employeurs, ni le gouvernement n’appliquent de mesures de sécurité adéquates sur les sites miniers. La plupart du temps, les mineurs meurent dans des accidents que la réglementation permettrait pourtant d’éviter. »

S’il est vrai que les mécanismes de sécurité ne sont pas appliqués sur le lieu de travail, les maladies professionnelles sont l’objet d’une négligence encore plus révoltante. Silicose, fibrose pulmonaire, cancer du poumon, asbestose, mésothéliome, et d’autres maladies débilitantes entraînent souvent la mort ou une invalidité permanente.

Avec des salaires extrêmement bas et l’absence de protection sociale, il est difficile pour les travailleurs d’accéder aux soins de santé. Les employeurs n’assument aucune responsabilité quant à la fourniture de soins et de traitements aux travailleurs concernés.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL :

« Le gouvernement pakistanais doit ratifier sans délais la C196 de l’OIT et s’acquitter de sa responsabilité de fournir un lieu de travail plus sûr aux travailleurs engagés dans l’exploitation minière. Le gouvernement doit faire appliquer les normes de sécurité de façon concrète afin de protéger la vie des mineurs. »

NXP Thailand doit réintégrer les travailleurs licenciés

En octobre 2019, le congrès du syndicat des travailleurs de NXP Manufacturing a adopté une résolution désignant un représentant chargé d’intervenir en cas de non-respect de la convention collective par l’entreprise. En août 2020, le syndicat a intenté un procès pour non-respect de la convention collective par NXP auprès du tribunal central du travail.

En février de cette année, la procédure engagée par le syndicat a été classée sans suite et le tribunal a conclu que le syndicat n’avait pas le droit d’intenter une action en justice. 

Soucieux d’améliorer les relations avec l’employeur, le syndicat a décidé de ne pas faire appel de la décision de justice. De son côté, NXP a accusé les membres du syndicat d’avoir falsifié les comptes rendus du congrès, ce qui constitue une violation grave du règlement de l’entreprise, et a licencié 13 membres du comité syndical. 

« NXP Thailand doit respecter le droit des travailleurs de porter le contentieux devant les tribunaux, dans la mesure une telle procédure est protégée par la loi sur les relations de travail de 1975. Le syndicat ayant retiré sa plainte dans le souci de maintenir une relation harmonieuse, l’entreprise se doit de prendre des mesures de réciprocité », a déclaré le président du CILT, Prasit Prasopsuk.

En octobre, le secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a envoyé une lettre à NXP, demandant à l’entreprise de réintégrer sans délai les 13 dirigeants syndicaux avec des arriérés de salaire et d’ancienneté. 

"L'harmonie industrielle n'est possible que lorsque les employeurs sont disposés à négocier de bonne foi. Ce conflit commercial aurait pu être évité si NXPThailand avait respecté la convention collective." 

En novembre, les participants au réseau régional NXP du sud-est asiatique ont exprimé leur pleine solidarité avec leurs collègues en Thaïlande. Les membres du réseau s’adresseront à la direction thaïlandaise et l’inviteront à trouver une solution équitable au conflit, y compris la réintégration des syndicalistes licenciés.

L’entreprise NXP Semiconductors, dont le siège social se trouve aux Pays-Bas et qui est dotée de plus de 30 sites de production dans le monde, est spécialisée dans les processeurs, les microcontrôleurs, les interfaces, les périphériques et la logique. Ses clients comprennent Apple, Bosch, Denso et Delphi.

Dialogue sur la question LGBTQI+ : les syndicats doivent avoir voix au chapitre

« Nous avons beaucoup à faire pour nous assurer que les travailleurs et travailleuses se sentent en sécurité sur leurs lieux de travail, dans leurs communautés et dans leurs syndicats. »

a déclaré James Cavoluzzo de l’ISP et coordinateur du projet des Syndicats mondiaux sur la question LGBTI+.

Les représentants syndicaux nationaux ont fait savoir que les syndicats étaient particulièrement nombreux à œuvrer d’arrache-pied pour la mise au point de politiques du lieu de travail incluant les droits LGBTI+, dans le but de construire un mouvement plus inclusif.

« Mais comment relier ce travail au travail mené au niveau mondial ? Comment créer des réseaux pour partager les bonnes pratiques et les précieux outils et ressources en présence ? »

En matière d’inclusion et de protection des travailleurs LGBTQI+, mais aussi de promotion de leurs droits, les syndicats se trouvent actuellement à des stades très différents à travers le monde. L’objectif premier de cette table ronde était de faire le point sur le travail accompli et d’établir un plan stratégique. Travailler avec des alliés et mettre en lien les militants syndicaux LGBTQI+ va nous permettre d’amplifier la voix des travailleurs sur ces questions. Les syndicats mondiaux présents ont eu à cœur de faciliter ces efforts.

« Il est important que les syndicats soutiennent les communautés LGBTQI+. Pourquoi ? Parce que les enjeux qui les concernent sont importants, et celles et ceux parmi les membres du syndicat qui ne font pas partie de la communauté ont peut-être des enfants ou des petits-enfants qui sont directement concernés, et ils veulent que leur syndicat prenne ces questions au sérieux.

S’en prendre à l’un de nous, c’est s’en prendre à nous tous, »

a déclaré Michele Kessler, de TUAC au Canada.

Nthabi Maine, ou « Chris », représentant le National Union of Mineworkers (NUM), affilié à IndustriALL, est revenue sur l’accueil de son « coming out » au sein de son syndicat. Elle a décrit les types de discrimination dont elle a été victime au fur et à mesure de l’évolution de ses fonctions syndicales. Pour Chris, il était essentiel de dire aux gens qui elle est et de les informer à propos de sa sexualité. Son expérience a permis une prise en compte plus sérieuse des droits des LGBTQI+ au travail au sein de son syndicat et, plus important encore, elle a insufflé un sentiment de sécurité et incité d’autres membres du syndicat à oser sortir du placard à leur tour, sur leur lieu de travail et au sein de leur communauté.

L’intersectionalité et la décolonisation sont des termes fréquemment utilisés aujourd’hui lorsque nous parlons de discrimination. Une session dirigée par le groupe South Feminist Futures a présenté ces concepts et expliqué dans quelle mesure ils peuvent constituer un outil essentiel dans le cadre de l’action syndicale sur la justice sociale. 

Face à la discrimination subie par les personnes LGBTI+, l’intersectionnalité est un outil décisif et essentiel qui aide à voir et à comprendre les multiples structures de l’oppression qui affectent les individus et se chevauchent. La colonialité est une forme de prolongement de l’impérialisme occidental en dépit de la fin de la colonisation politique, imposant un mode de pensée et des valeurs eurocentriques ainsi qu’un contrôle sur des aspects clés de la vie. L’imposition d’une classification raciale et sexospécifique de la population mondiale est en fait la pierre angulaire de ce modèle de pouvoir.

« Les syndicats ont un rôle important à jouer dans la construction d’un monde inclusif, exempt de discrimination et d’intolérance. Dans le cadre de la lutte syndicale pour la justice sociale, l’intersectionnalité nous rappelle qu’il existe des inégalités au sein de l’inégalité et des oppressions au sein de l’oppression, »

a déclaré Nancy Kachingwe de South Feminist Futures.

Pour pouvoir représenter leurs membres et leurs membres potentiels, il est essentiel que les syndicats comprennent la complexité des sociétés et la manière dont les inégalités sociales se sont construites au fil de l’histoire. Le fait de comprendre comment s’imbriquent les différentes formes de discrimination pour opprimer et perpétuer les inégalités sociales dans la société et sur le lieu de travail est un outil important permettant aux syndicats de contribuer à la construction d’un monde inclusif, exempt de discrimination et d’intolérance aux niveaux national et international. 

« En matière de promotion de l’égalité de genre et des droits des communautés LGBTQI+, nous sommes confrontés à un grave mouvement de recul aux quatre coins du monde ; les syndicats doivent jouer un rôle en résistant à la progression de la discrimination et des discours de haine.

Nos organisations devraient être des acteurs du changement et promouvoir l’inclusion.  IndustriALL comprend que pour être inclusifs, nous devons pratiquer l’apprentissage tout au long de la vie. Nous devons nous renseigner sur les types de discrimination auxquels nos membres sont confrontés. 

Écouter les récits de syndicalistes lorsqu’ils ou elles évoquent le chemin parcouru afin de pouvoir être soi-même au sein de leur famille et de leur mouvement nous offre une source d’inspiration.

La discrimination liée à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre et à l’expression de genre est inacceptable. IndustriALL doit agir et jouer un rôle de chef de file dans la promotion des droits LGBTQI+ dans ses secteurs. 

Nous poursuivrons notre travail aux côtés de nos affiliés ainsi que des fédérations syndicales internationales aux fins de renforcer notre lutte contre toutes les formes de discrimination, » 

a déclaré Armelle Séby, directrice d’IndustriALL Global Union en charge des questions de genre.

Parmi les actions identifiées au titre du projet pour 2023, citons l’organisation de réunions/formations syndicales conjointes en ligne et de webinaires sur les droits LGBTQI+, l’interaction et l’échange accrus avec les affiliés dans le cadre du travail déployé sur les communautés LGBTQI+ et l’élaboration d’un manuel sur les bonnes pratiques dans ce domaine. 

Contexte :

Les fédérations syndicales internationales représentant les travailleurs de tous les secteurs ont constitué ce groupe de travail en 2018, à la suite d’une décision du CGU d’échanger, de s’appuyer sur les bonnes pratiques et de renforcer les réseaux existants, la coopération et la visibilité des initiatives syndicales sur les droits des travailleurs LGBTI+. L’objectif était d’éduquer sur la question LGBTI+, d’établir de nouvelles structures et de renforcer les structures existantes. 

Ce site Web se fait l’écho du travail syndical mondial de promotion des droits des LGBTI+ au travail aux niveaux national, régional et international. Il permet aux syndicats affiliés de donner une résonance mondiale à leurs travaux sur la promotion des droits LGBTI au travail. Le site Web offre également un espace dédié (forum) où les syndicalistes du monde entier peuvent discuter des questions LGBTI et des actions qu’eux-mêmes ou leurs syndicats déploient en vue de construire un monde plus tolérant et exempt de discrimination.