Un nouveau modèle de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement : les rôles des marques et des investisseurs
Faisant suite à la session virtuelle de l'an dernier qui s'était tenue en marge du Forum OCDE sur l'habillement sur le thème d'un nouveau modèle de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement, les participants discuteront cette année des rôles des marques et des investisseurs.
On y présentera le rapport Shared prosperity, the investor case for freedom of association and collective bargaining , récemment publié par le Comité du capital des travailleurs (CWC) et qui explique comment les droits fondamentaux que sont la liberté d'association et la négociation collective peuvent être utilisés pour remédier aux inégalités et pourquoi ces droits comptent pour les investisseurs.
Nous verrons comment les accords de collaboration entre les marques mondiales, leurs distributeurs et les syndicats mondiaux favorisent un nouveau modèle de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement. Les intervenants exprimeront notamment les points de vue de l'industrie de l'habillement et du textile, des investisseurs institutionnels, des organisations syndicales mondiales et de l'initiative ACT.
Parmi les intervenants, citons : Lisa Nathan, conseillère principale en engagement des investisseurs chez UNI Global Union, Karin Reimerink, directrice principale de la responsabilité des entreprises pour l'hémisphère Nord chez PVH, Tenisha Reid Elliott, analyste principale associée à la Columbia Threadneedle & Platform Living Wage Financials, Mira Neumaier, directrice exécutive d'ACT, et Liz Umlas, conseillère principale en stratégies de capital chez IndustriALL.
Les syndicats bangladais réclament une hausse du salaire minimum pour les travailleurs de l'habillement
Les affiliés d'IndustriALL appellent le gouvernement à constituer d'urgence un conseil pour réviser le salaire minimum mensuel. La législation du travail bangladaise impose la création, tous les cinq ans, d'un nouveau conseil des salaires pour remanier les structures salariales dans chaque branche d'industrie. La dernière révision pour les travailleurs de l'habillement date de 2018, avec une rémunération de départ fixée à 8.000 taka (75 $).
Le Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh et le Garment Sramik Karmachari Okko Parishod ont manifesté devant le Club national de la presse, à Dacca, avant de déposer un mémorandum au ministère du Travail, le 5 février. Leurs revendications portent sur un salaire minimum de départ pour un travailleur de l'habillement de 23.000 taka (215 $), assorti d'une hausse annuelle de dix pour cent, contre cinq pour cent actuellement. Les autres demandes des syndicats comprennent un système de cartes de rationnement pour permettre aux travailleurs de faire face à la hausse du coût de la vie.
La situation du marché a changé du tout au tout entre 2018 et 2022. Avec une inflation qui s'emballe, un niveau de vie décent est impossible pour les travailleurs. Le taux d'inflation a passé les 9,5 pour cent en août 2022, le plus haut depuis onze ans. Entretemps, les exportations du secteur de la confection ont progressé de 14,31 pour cent, pour atteindre 27,418 milliards de dollars entre juillet 2022 et janvier 2023.
"Il faut que le gouvernement réinstaure immédiatement le conseil du salaire minimum dans lequel siègent des représentants des travailleurs. La hausse de l'inflation met les travailleurs du vêtement dans une situation désastreuse. Leurs salaires doivent être revus en conséquence et accompagnés de mesures de protection sociale adéquates,"
a déclaré Amirul Haque Amin, le président du Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh.
Les syndicats demandent que le salaire de base représente 65 pour cent de la rémunération totale, composée du salaire de base et des allocations. Pour l'instant, il représente moins de 60 pour cent de la rémunération totale des travailleurs de l'habillement. C'est important, parce qu'en cas de cessation de la relation de travail, les indemnités de licenciement et primes de départ par exemple sont calculées sur base du salaire de base. Ils réclament aussi la suppression de deux échelons du barème existant qui en compte sept pour les travailleurs de l'habillement et qui a pour effet de les maintenir dans une catégorie inférieure en dépit de leur ancienneté.
"IndustriALL appuie totalement les revendications pour une augmentation du salaire minimum des travailleurs de l'habillement. Les salaires actuels sont extrêmement bas et bien inférieurs au nécessaire de survie,"
a déclaré Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud.
Des appels à la justice pour le défenseur des droits de l’homme assassiné en Eswatini
Les orateurs ont réitéré les appels lancés précédemment par diverses organisations continentales et internationales, notamment le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union africaine, la CSI-Afrique ainsi que d’autres organisations panafricaines et mondiales.
Maseko, qui était Président du forum multipartite pour la démocratisation de l’Eswatini, une coalition œuvrant en faveur de réformes démocratiques par le dialogue, ainsi que membre de l’association Avocats pour les droits humains au Swaziland, a été assassiné par des inconnus à son domicile de Manzini le 21 janvier, devant sa femme et ses deux jeunes fils.
“Le camarade Thulani était une personne à qui nous demandions régulièrement des conseils juridiques sur les droits du travail, d’autant que les employeurs sont connus pour traîner les syndicats devant les tribunaux. Nous avions de bonnes relations de travail avec lui, caractérisées par un respect mutuel de nos rôles de dirigeants,”
a confié Wander Mkhonza, Secrétaire général de l’ATUSWA (Syndicat mixte du Swaziland).
Maseko a également représenté avec succès le TUCOSWA (Congrès des syndicats du Swaziland), auquel appartiennent l'ATUSWA et le Syndicat de l’entretien et de l’approvisionnement en électricité du Swaziland (SESMAWU), lorsque celui a été radié ; il avait réussi à faire réenregistrer la fédération.
Les revendications formulées par les syndicats dans la pétition adressée à l’ambassade d’Eswatini sont à l’unisson de la résolution d’IndustriALL sur les revendications de réformes démocratiques en Eswatini, qui souligne que les droits de l’homme et des travailleurs doivent être protégés au sein de la dernière monarchie absolue d’Afrique.
“Nous nous engageons à soutenir le peuple d’Eswatini qui poursuit sa lutte en faveur de réformes démocratiques et à exiger le respect et la protection des droits de l’homme, y compris le droit à la vie, les droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association ainsi que l’État de droit”,
peut-on lire dans la résolution adoptée au Congrès d’IndustriALL en 2021. À cet égard, IndustriALL appelle à une enquête sur l’assassinat, car il incombe au gouvernement d’Eswatini de garantir la sûreté et la sécurité de ses citoyens.
Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :
“Le meurtre du camarade Thulani Maseko est un acte ignoble qui intervient à un moment où il est urgent que le gouvernement d’Eswatini et toutes les parties prenantes s’engagent dans le dialogue. IndustriALL réitère son appel au dialogue et exige une enquête officielle sur ce meurtre et des poursuites contre ses auteurs.”
ATUSWA et SESMAWU sont des affiliés d’IndustriALL.
Le dirigeant syndical arrêté en Tunisie doit être libéré sur-le-champ
Selon l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), la grève a été organisée dans le respect des dispositions du code du travail; elle dénonce un ciblage des droits et libertés syndicales.
L'UGT condamne cette arrestation qui sape l'action syndicale, viole les droits syndicaux et contrevient aux conventions internationales ratifiées par la Tunisie ainsi qu'aux dispositions de la constitution tunisienne sur la liberté syndicale et le droit de grève.
L'espace laissé aux droits syndicaux se réduit à grande vitesse en Tunisie et les syndicats jugent que cette arrestation est une continuation de ce que le syndicat subit depuis un certain temps, des tentatives de déformation et de mobilisation contre lui.
"Anis Kaabi doit être libéré immédiatement et nous demandons qu'il soit mis fin aux attaques contre les libertés publiques et individuelles, à savoir le droit d'organisation et la liberté de réunion,"
a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.
L'UGTT appelle ses membres de tous les secteurs à se tenir prêts à défendre les droits syndicaux, le droit de grève, ainsi que toutes les libertés publiques et individuelles.
Le secteur aérospatial d’IndustriALL donne la priorité aux droits syndicaux dans les économies émergentes
Le Directeur d’IndustriALL pour l’aérospatiale, Georg Leutert, a souligné l’importance de la mondialisation du travail syndical :
“Nous devons élargir notre perspective et notre participation. Nous partageons tous les mêmes valeurs et nous devons en faire une réalité tout au long de la chaîne d’approvisionnement dans le monde entier. Les travailleurs et travailleuses ont des droits universels et les réseaux syndicaux mondiaux sont un moyen de renforcer nos connaissances et notre soutien mutuel. Nous pouvons apprendre beaucoup les uns des autres ; concentrez-vous sur les meilleures pratiques et diffusez-les.”
Mahmood Arbouch, du Centre politique marocain pour le nouveau sud, a donné un aperçu de ce qu’est dans le pays l’industrie aérospatiale, qui emploie actuellement 41 % de femmes, principalement pour les faisceaux de câbles. L’industrie aérospatiale est en pleine croissance, tant au Maroc qu’en Tunisie, même si les défis à venir comprennent le rétablissement complet des effets de la pandémie mondiale de Covid, les perturbations de l’approvisionnement mondial, le suivi de la numérisation, le changement climatique et ses implications sur l’industrie, la réduction des écarts de compétences et la préparation à l’augmentation du trafic passagers.
Abdelaziz Arfaoul, Secrétaire général de la FGME-UGTT, a décrit les défis auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses du secteur en Tunisie, un pays au chômage élevé et connaissant l’instabilité politique, affecté par la guerre en Ukraine et les séquelles de la pandémie mondiale. Les syndicats doivent s’attaquer aux conditions de travail dangereuses dans l’industrie aérospatiale, ainsi qu’aux bas salaires. On a l’impression que de nombreux emplois dangereux et à forte intensité de main-d’œuvre sont délocalisés dans la région MENA.
Les participants du Maroc et de la Tunisie ont exprimé le besoin de justice sociale et ont soulevé la question de savoir comment y parvenir. Le secteur aérospatial connaît une croissance rapide et les contrats précaires sont un problème dans la région, tout comme l’antisyndicalisme. Il existe des exemples de multinationales qui travaillent bien avec les syndicats dans leur pays d’origine mais qui ne respectent pas leurs propres codes de conduite dans la région.
“Le Maroc et la Tunisie sont des pays émergents pour le secteur, où de sérieux efforts pour syndiquer les travailleurs et travailleuses sont en cours et où le pouvoir des syndicats s’accroît pour contrer l’antisyndicalisme”,
a déclaré Ahmed Kamel, Secrétaire régional d’IndustriALL.
L’externalisation est un problème majeur chez Embraer au Brésil. Des collègues brésiliens ont fait part à l’assemblée du refus de l’entreprise de signer une CCT, ce qui a entraîné des licenciements et une externalisation accrue.
En 2020, Embraer a licencié 2.500 travailleurs et travailleuses ; dans le même temps, le nombre de postes externalisés a augmenté de 19,11 %. Il y a un fort processus de rotation du personnel qui consiste à licencier les travailleurs et travailleuses âgés et à embaucher des externalisés à un tiers du salaire, ce qui a une conséquence directe sur la sécurité sur le lieu de travail.
Réagissant aux mauvais salaires et aux mauvaises conditions de travail, les travailleurs et travailleuses de différentes filiales de TATA Aerospace en Inde ont formé un syndicat et ont commencé à recruter des membres. L’employeur a réagi en les licenciant. Le syndicat a alors porté l’affaire devant le Département du travail, mais comme l’entreprise est située dans une zone économique spéciale, les législations relevant du Département du travail n’y sont pas applicables.
“Nous avons déposé une requête auprès de la Haute Cour. Nous ne voulons pas d’argent, nous voulons être réintégrés. Nous nous battons pour les droits humains fondamentaux. Nous nous battons pour un avenir meilleur et plus sûr pour nos enfants,”
a déclaré R.D.Chandra Shekar, Président en exercice du Syndicat de TATA Advanced Aerospace Systems.
Les travailleurs et travailleuses du secteur aérospatial dans le monde entier sont confrontés aux mêmes défis et problèmes, ce sont les degrés qui varient.
John Holden et Richard Jackson, du Syndicat américain des machinistes, ont décrit la situation dans l’État de Washington et la manière dont le syndicat s’efforce de maintenir et de fournir de bons emplois syndiqués dans leurs communautés. La création du Machinist Institute a permis d’offrir une formation pratique aux travailleurs et travailleuses afin qu’ils puissent évoluer dans leur carrière. Ils cherchent également à fournir des services de garde d’enfants le soir et le week-end, pour lever ce qui peut être un obstacle, en particulier pour les femmes qui travaillent, afin de profiter d’un avancement ou même conserver l’emploi qu’elles ont.
Ian Waddell, du syndicat britannique Unite, a évoqué la triple crise à laquelle l’Europe est actuellement confrontée : crise énergétique, crise des matières premières et crise du coût de la vie. Pour y faire face, les syndicats demandent des mesures urgentes pour lutter contre la crise énergétique sans négliger le changement climatique, des solutions pour les matières premières critiques et des salaires plus élevés pour les travailleurs et travailleuses.
Les participants à la réunion ont également discuté des priorités à venir, qui comprennent la décarbonisation, la numérisation et la diligence raisonnable au sein des chaînes d’approvisionnement.
La réunion s’est terminée par l’adoption d’une résolution de solidarité sur la situation syndicale au Maroc, en Tunisie, en Inde et au Brésil, ainsi que par une promesse de soutien pour améliorer et résoudre les problèmes.
“L’avenir de l’industrie aérospatiale dépendra de la capacité à décarboniser l’aviation. Les syndicats doivent être impliqués dès le début dans cette transformation fondamentale pour s’assurer qu’elle soit juste et socialement responsable.”
a déclaré Maria Perez, du syndicat français Force ouvrière et Coprésidente du secteur.
Il faut des syndicats pour relever les défis du changement climatique et du travail décent dans l'industrie minière
L'industrie minière se transforme sous les impacts conjugués du changement climatique et d'Industry 4.0, mais les compagnies minières ne doivent pas en faire une excuse pour supprimer des emplois; au contraire, elles doivent concevoir, avec les syndicats et les communautés, des mesures équitables d'atténuation de la transition.
IndustriALL participera à une série d'événements parallèles, à la fois à l'Alternative Mining Indaba et à l'African Mining Indaba où elle organisera plusieurs débats en panel sur Au-delà du changement climatique, autres moteurs des impacts sur le monde du travail et propositions syndicales pour les réduire et Convergence d'intérêts entre l'EMAPE* et une partie prenante pour atténuer les effets des CESG sur les mineurs de l'EMAPE.
"Nous sommes ici pour nous assurer que la voix des travailleurs sera entendue dans les débats sur le changement climatique, la transition juste, les conditions de travail dans les chaînes d'approvisionnement, y compris dans l'EMAPE et sur les implications pour l'avenir du travail,"
a déclaré le directeur d'IndustriALL en charge du secteur minier, Glen Mpufane.
* Extraction minière artisanale et à petite échelle (EMAPE)
Les syndicats condamnent les lois anti-grève au Zimbabwe
La Loi d'amendement des services de santé et la Loi pénale (Loi amendant la codification et la réforme) violent la constitution du Zimbabwe et les conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT) qu'il a ratifiées. Il s'agit de la convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et de la convention 98 sur le droit d'organisation et de négociation collective. L'OIT a envoyé une mission d'enquête au Zimbabwe l'an dernier, après avoir reçu de nombreux signalements de violations.
La Loi d'amendement des services de santé dispose que les grèves dans le secteur public de la santé, qualifié de service essentiel, ne peuvent durer plus de 72 heures. Les organisateurs des syndicats qui dépasseraient cette limite s'exposent à des amendes et des peines de trois ans de prison.
D'après un organe de presse du gouvernement, cette loi légalise l'arrestation et l'inculpation de personnes qui offensent sciemment la souveraineté de l'État et l'intérêt national du Zimbabwe, une clause qui, selon les experts, peut être interprétée largement et conduire à des arrestations arbitraires de militants syndicaux et des droits de l'homme.
Joseph Tanyanyiwa, qui préside le conseil national de coordination d'IndustriALL au Zimbabwe, a déclaré :
"Les droits des travailleurs sont des droits humains qui ne doivent jamais subir de restrictions ou de compromis. Le plus préoccupant pour nous est que la liberté d'expression devient un délit pénal. Ces lois seront lourdes de conséquences en ce qu'elles restreignent nos droits que protègent la constitution du pays et les conventions de l'OIT que le gouvernement a ratifiées. Nous implorons le gouvernement de modifier ou d'abroger d'urgence ces lois qui instillent la crainte dans les organisations syndicales et chez leurs membres. Ces lois érodent le combat des travailleurs pour de meilleures conditions de travail."
Avec une inflation de 229,8 pour cent en janvier, c’est-à-dire le taux le plus haut au monde, les travailleurs zimbabwéens, qui gagnent en moyenne 62 $ par mois, ont du mal à nouer les deux bouts. Les travailleurs de la santé, de l'énergie et les mineurs ont fait grève l'an dernier pour réclamer un salaire vital et le paiement des salaires dans des délais normaux. À la mine d'or Vumbachikwe, à Gwanda, les travailleurs se sont mis en grève pour réclamer les salaires qu'ils n'ont pas reçus depuis plus de trois mois.
La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a déclaré :
"Promulguer des lois qui interdisent les grèves en pleine crise du coût de la vie, de vol des salaires et de bas salaires relève de l'oppression. Nous exhortons le gouvernement du Zimbabwe à respecter les lois du pays et les droits fondamentaux au travail tels que les définit l'OIT."
Les affiliés d'IndustriALL au Zimbabwe sont le National Union of the Clothing Industry (NUCI), le National Union of Metal and Allied Industries of Zimbabwe (NUMAIZ), le Zimbabwe Chemical, Plastics and Allied Workers Union (ZCPAWU), le Zimbabwe Diamond and Allied Minerals Workers Union (ZDAMWU), le Zimbabwe Energy Workers Union (ZEWU), le Zimbabwe Leather Shoe and Allied Workers Union (ZLSAWU) et le Zimbabwe Textile Workers Union (ZTWU).
Déclaration de Global Unions sur le deuxième anniversaire du coup d’État militaire au Myanmar
Le 1er février 2021, les militaires du Myanmar ont renversé le gouvernement nouvellement élu du pays, interrompant le cheminement du Myanmar vers la démocratie après des décennies de régime militaire. Les militaires ont formé un gouvernement illégitime sous l’égide d’un organe qu’ils appellent le Conseil d’administration de l’État (SAC). Les hommes et femmes politiques démocratiquement élus ont formé un gouvernement appelé le GUN.
Le coup d’État a été largement contesté par la population du Myanmar, qui a formé un mouvement pacifique de désobéissance civile. La réaction de la junte a été brutale, avec des arrestations et des meurtres en masse. À ce jour, 17.481 personnes, parmi lesquelles un grand nombre de syndicalistes, ont été arrêtées et 13.680 sont toujours en détention. 2.892 personnes ont été tuées par la junte. La répression brutale des manifestations non violentes a conduit à la création de groupes armés et le Myanmar est aujourd’hui en état de guerre civile.
Le régime a interdit la plupart des syndicats au Myanmar. De nombreux militants syndicaux sont en détention, d’autres ont été tués ou se cachent. Il est impossible d’exercer le droit à la liberté syndicale.
À l’occasion de l’anniversaire du coup d’État, la CTUM appelle les syndicats du monde entier à organiser des piquets ou des manifestations devant les ambassades du Myanmar et celles des pays qui soutiennent la junte militaire, avec les objectifs suivants :
Rendre hommage aux héros du Myanmar
Libérer les prisonniers politiques
Soutenir la démocratie populaire
Restaurer le gouvernement légitime
L’une des principales revendications des syndicats du Myanmar est la reconnaissance diplomatique officielle du GUN. La junte cherche à normaliser sa prise de contrôle en demandant une reconnaissance diplomatique en tant que gouvernement de facto du Myanmar.
Bien qu’il soit le représentant légitime et démocratiquement élu du peuple du Myanmar, la reconnaissance diplomatique officielle du GUN n’est pas universelle.
En décembre 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a rejeté une demande de reconnaissance de la part de la junte et le représentant du GUN, qui était en poste avant le coup d’État, a conservé son siège.
Le lobbying du mouvement syndical international a conduit les Conférences internationales du travail de l’OIT en 2021 et 2022 à rejeter la junte.
Toutefois, il n’existe pas de position universelle au sein des organisations des Nations unies et autres organismes internationaux. Bien que la participation du SAC aux sommets de l’ASEAN soit limitée, la junte contrôle les ambassades dans la région et les gouvernements de l’ASEAN interagissent avec le régime lors d’autres réunions et forums.
Le SAC reçoit un fort soutien de la part de la Russie et de la Chine et une certaine reconnaissance de la part de l’Inde et de la Thaïlande. Bien que le Parlement européen ait adopté en 2021 une résolution reconnaissant le GUN comme représentant légitime du Myanmar et que celui-ci ait une présence diplomatique dans de nombreux pays européens, aucun des représentants du GUN n’a d’accréditation diplomatique.
En 2021, les FSI ont demandé aux multinationales de faire preuve d’une diligence accrue et de couper les liens commerciaux directs et associés avec l’armée du Myanmar, afin de se conformer aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme ainsi qu’aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. Le désinvestissement devrait être le choix des entreprises lorsque la diligence raisonnable ne peut être exercée. Bien que certaines entreprises aient cessé de faire des affaires au Myanmar, l’armée a pu accéder à une chaîne d’approvisionnement mondiale à partir d’entreprises aux États-Unis, en Europe et en Asie pour fabriquer des armes.
Les FSI appellent leurs syndicats affiliés à exiger de leurs gouvernements nationaux qu’ils reconnaissent le GUN et à faire pression sur les entreprises multinationales avec lesquelles ils travaillent pour qu’elles coupent tous les liens qui bénéficient directement ou indirectement à la junte.
En ce deuxième anniversaire du coup d’État militaire, le mouvement syndical international reste résolu dans sa solidarité avec le peuple du Myanmar. Nous ne lâcherons rien tant que la démocratie ne sera pas rétablie.
Les travailleurs de Rieter India en grève
La Rieter India Employees Federation (RIEF), qui est membre du Shramik Ekta Manhasangh, un syndicat affilié à IndustriALL, a fait part à de nombreuses reprises de ses préoccupations devant les pratiques abusives de cette entreprise qui, notamment, utilise en grand nombre en sous-traitance des travailleurs mal formés dans des emplois qui devraient être permanents, compromettant ainsi la sécurité de l'ensemble du personnel. Rieter India est la filiale d'une firme suisse qui fabrique des machines textiles.
Le syndicat a déposé plainte pour emploi illégal de travailleurs contractuels auprès du ministère du Travail qui a ordonné une inspection de l'entreprise. Depuis, la direction menace ses responsables de suspension, de transfert et de licenciement si le syndicat ne retire pas sa plainte. Pour affaiblir le syndicat, elle a transféré vers différents sites éloignés sept dirigeants du syndicat, dont le secrétaire général et le président.
La direction continue de harceler les travailleurs, menaçant d'annuler la hausse des salaires que le syndicat avait obtenue après un recours en justice. Elle exige une augmentation de la productivité sans avoir procédé à une analyse scientifique et sans avoir apporté au processus de production des améliorations qui permettraient d'accroître la production.
En outre, Rieter India refuse de reconnaître la RIEF, un refus que la fédération dénonce devant les tribunaux dans une procédure actuellement en cours.
Dilip Pawar, le président de la RIEF, explique :
"Le président du conseil de Rieter India nous a écrit que son entreprise n'est au courant d'aucune pratique déloyale du travail et que la direction locale est habilitée à prévenir toute action de grève d'un syndicat qu'elle ne reconnaît pas, qu'elle a son soutien total et que les membres du syndicat seront tenus entièrement responsables s'ils ternissent la réputation de l'entreprise. C'est inacceptable et nous ne le tolérerons pas."
Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :
"IndustriALL Global Union exprime sa solidarité avec les travailleurs de Rieter India Ltd. Nous continuerons à soutenir la Rieter India Employees Federation dans le combat qu'elle livre pour obtenir sa reconnaissance ainsi que des conditions de santé et de sécurité décentes sur le lieu de travail."
La démocratie doit être rétablie au Myanmar
La situation des travailleurs et travailleuses au Myanmar s’est considérablement détériorée après le coup d’État militaire de février 2021. La plupart des syndicats sont désormais interdits et de nombreux salariés qui étaient autrefois protégés par des conventions collectives ont été licenciés et remplacés par des travailleurs et travailleuses occasionnels sans droits.
Actuellement, plus de 60 syndicalistes sont emprisonnés sur la base d’accusations forgées de toutes pièces et doivent être immédiatement libérés.
Les investissements ont un impact à long terme sur les droits des travailleurs. En septembre 2021, IndustriALL a lancé une campagne de désinvestissement, appelant toutes les entreprises présentes sur place à cesser leurs activités et à ne pas passer de nouvelles commandes.
Nous avons écrit à toutes les entreprises des secteurs que nous représentons et qui sont actives au Myanmar, en insistant sur le fait que la diligence raisonnable n’est pas possible dans un pays dirigé par un régime militaire et où les syndicats ne peuvent pas fonctionner. Certaines entreprises se sont retirées rapidement, parmi lesquelles Total, Chevron, Woodside, Telenor, Tesco, Benetton, Aldi Sud ainsi que C&A.
Vers la fin de l’année dernière, des discussions sur une sortie responsable du pays ont été entamées avec un certain nombre de marques de vêtements et plusieurs d’entre elles, dont Primark et New Look, ont cessé de passer de nouvelles commandes au Myanmar.
“Dans un certain sens, il y a des progrès”, commente Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL. “Mais les militaires sont toujours illégalement au pouvoir au Myanmar et continuent de violer les droits de l’homme et des travailleurs, nous devons donc maintenir la pression.”
Le mouvement syndical international appelle à une reconnaissance sans équivoque des pouvoirs du gouvernement d’unité nationale (GUN) du Myanmar aux niveaux international et national, en tant que seul et véritable gouvernement démocratique du peuple du Myanmar.
“En reconnaissant le GUN, nous sauvegardons les droits humains et syndicaux des travailleurs et travailleuses du Myanmar et, une fois pour toutes, nous mettons fin à la dictature brutale de la junte militaire et à sa fausse représentation du pays devant la communauté internationale.”
Un an après le coup d’État militaire, le mouvement syndical international s’est engagé à ne pas relâcher la pression tant que le pouvoir ne sera pas rendu au peuple.
Atle Høie a déclaré :
“Une année de plus s’est écoulée au cours de laquelle le peuple du Myanmar a continué de payer un prix élevé en étant à la merci d’une junte militaire violente. En cet anniversaire, joignez-vous à nous pour réitérer l’appel au retour de la démocratie au Myanmar.”