Le Conseil des Global Unions condamne les violations flagrantes des droits des travailleurs qui ont causé la mort tragique de Yang Hoe-Dong en Corée du Sud

Une poursuite de cette répression est inacceptable dans un pays qui est entré à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et qui a ratifié, il y a deux ans, la convention n° 87 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur la liberté syndicale et la convention n° 98 sur le droit de négociation collective.

Le 1er mai, Yang Hoe-Dong, responsable de district du Syndicat coréen des travailleurs de la construction (KCWU), s'est immolé par le feu pour protester contre le harcèlement des syndicalistes par les autorités gouvernementales. Il était une des victimes de ce harcèlement et a malheureusement péri des suites de ses brûlures.

Avant de passer à l'acte, Yang Hoe-Dong avait laissé un message disant que, bien qu'il ait mené ses activités syndicales dans la légalité, il a été inculpé pour obstruction à la conduite d'une entreprise, coercition et extorsion. Son immolation par le feu rappelle les années sombres de l'histoire du mouvement syndical en Corée du Sud.

Ces fausses accusations de coercition et d'extorsion portées contre des syndicalistes sont le fruit de la politique antisyndicale du gouvernement du président Yoon Seok-youl, qui recourt à la police plutôt qu'au dialogue social dans les relations du travail. Dans le secteur de la construction, la police a ouvert une enquête spéciale visant les syndicats, dans le seul but de criminaliser des activités syndicales normales. Après les propos hostiles aux syndicats tenus par le président, dans lesquels il comparait les syndicats de la construction à des organisations criminelles, la police utilise cet argument pour salir les syndicats et ruiner la réputation de leurs dirigeants. Yang Hoe-Dong était un des 950 responsables syndicaux convoqués par la police au cours de l'enquête spéciale dont 16 sont actuellement détenus sur de tels chefs d'inculpation.

La répression des syndicats par le gouvernement ne se limite pas au secteur de la construction, les définitions limitatives de la législation du travail permettant chaque jour de réprimer au pénal les activités des syndicats. À titre d'exemple, une grève des camionneurs a été déclarée illégale en novembre 2022. Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering (DSME) ont mené un procès à 47 milliards de wons (environ 35,6 millions $ ou 32,3 millions €) contre cinq dirigeants syndicaux pour non-respect des objectifs de production pendant une grève. Il s'agit clairement de représailles destinées à dissuader les travailleurs de sous-traitants d'exercer leurs droits syndicaux fondamentaux.

Malgré les recommandations incontestables de l'OIT, des institutions gardiennes des traités des Nations unies et du Groupe d'experts constitué dans le cadre de l'accord de libre-échange avec l'UE, le gouvernement continue à bloquer tout amendement de la Loi d'adaptation sur les syndicats et les relations du travail qui l'alignerait sur les normes internationales.

En outre, l'administration Yoon a lancé une campagne de dénigrement systématique des organisations syndicales reposant sur des allégations infondées de corruption et d'irrégularités administratives. Le CGU est vivement préoccupé par le fait que les autorités s'ingèrent dans la gestion et les activités des organisations syndicales, réclamant la présentation de leurs budgets et des amendements à leurs statuts. Il s'agit là de violations graves du droit à la liberté syndicale défendu par la convention 87 de l'OIT.

Les diatribes du président Yoon Seok-youl contre les syndicats et son utilisation illégitime du ministère public et de la police pour s'en prendre à eux ont donné un ton au niveau national qui trouve un écho un peu partout sur le terrain, dans les lieux de travail, avec des agressions violentes de syndicalistes. Le 4 mai, un directeur d'ILJIN Hysolus, un fournisseur de Hyundai Motor et BMW, a foncé avec sa voiture sur des dirigeants du syndicat local, en renversant trois et blessant grièvement son vice-président.

Le CGU condamne la criminalisation de l'activité syndicale et les perquisitions des bureaux des syndicats par l'administration Yoon. Nous appelons le gouvernement sud-coréen à honorer ses engagements internationaux, à respecter totalement la liberté syndicale et le droit de négocier collectivement, et à mettre un terme à la répression du mouvement syndical sud-coréen.

Le CGU exige la libération des travailleurs emprisonnés pour avoir exercé leurs droits syndicaux fondamentaux et l'abandon de toutes les charges retenues contre eux. Nous exhortons aussi le gouvernement à cesser tous les actes de diffamation et de criminalisation envers des syndicalistes, lesquels ne sont pas propices à l'instauration de relations du travail stables mais suscitent plutôt un climat de crainte et d'intimidation hostile aux travailleurs dans l'exercice de droits protégés par la législation nationale et les lois internationales.

L'organisation est un droit, pas un crime.

Le CGU est aux côtés du mouvement syndical sud-coréen dans le combat qu'il mène pour la liberté et la justice. Il adresse ses condoléances à l'épouse et aux enfants de Yang Hoe-Dong ainsi qu'à sa famille syndicale. 

Minera Panama viole les droits de ses travailleurs

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Atle Høie, a écrit au PDG de First Quantum Minerals Ltd, Tristan Pascall, pour l’avertir que son entreprise viole les droits fondamentaux de ses travailleurs.

Il a également indiqué que l’entreprise ne respectait pas ses obligations de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme en pratiquant de la discrimination à l’égard des dirigeants du Syndicat des mines STM, affilié à Convergencia Sindical (CS) au Panama et en les empêchant de mener à bien leurs activités syndicales légitimes.

M. Høie a exhorté l’entreprise à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux actes de discrimination à l’encontre du STM et pour garantir le plein respect du droit à la liberté syndicale. Le STM avait informé IndustriALL que Minera Panama enfreint le droit des travailleurs à former librement des organisations de leur choix et à s’y affilier, un droit consacré par les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT).

L’organisation syndicale a condamné le licenciement abusif des dirigeants syndicaux du STM par l’entreprise, ainsi que son refus de réintégrer son Secrétaire général, Osvaldo Tallet, au même poste et dans les mêmes conditions qu’avant son licenciement et son insistance à lui confier des tâches qui ne sont pas prévues dans son contrat.

Le syndicat a également souligné que l’entreprise fait preuve de discrimination à l’égard de M. Tallet et d’un autre dirigeant du STM en ne prenant pas en charge leurs frais d’hébergement, comme elle le fait pour les autres travailleurs employés dans une mine située dans une région isolée. En outre, trois autres dirigeants syndicaux se voient refuser l’accès à la mine, ce qui les empêche de tenir des réunions et des assemblées avec leurs membres et les autres travailleurs. Enfin, trois membres actifs qui ont enregistré des vidéos de soutien au STM dans le cadre de la campagne de recrutement du syndicat ont subi des représailles et ne peuvent plus se présenter au travail à la mine.

Les travailleurs affirment également que l’entreprise a utilisé des tactiques dilatoires pour retarder sa mise en conformité avec plusieurs arrêts de la Cour suprême panaméenne et qu’elle a continué à enfreindre de manière répétée le droit à la liberté syndicale. Pour le STM, ces infractions surviennent à un moment clé, alors que les autorités du travail sont en train de décider lequel des deux syndicats de l’entreprise pourra négocier une convention collective.

Dans sa lettre à Tristan Pascall, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Les actes posés par First Quantum représentent une grave violation du droit fondamental à la liberté syndicale. La discrimination antisyndicale représente l’une des violations les plus graves de cette liberté, car elle peut mettre en péril l’existence même des syndicats. Nous vous demandons instamment de prendre les mesures nécessaires pour annuler les actes de discrimination à l’encontre du STM et de garantir le plein respect du droit à la liberté syndicale.”

Le Parlement européen doit tout faire pour mettre fin au régime militaire au Myanmar

Après le coup d'État, la quasi-totalité du mouvement syndical a été interdite, de nombreux syndicalistes ont été arrêtés tandis que d'autres entraient dans la clandestinité ou s'exilaient. Pourtant, leurs organisations continuent à fonctionner clandestinement. Des syndicats européens et internationaux entretiennent des contacts étroits et fréquents avec leurs homologues au Myanmar, et nous profitons de l'occasion pour transmettre aux membres du Parlement européen une demande directe du mouvement syndical du Myanmar concernant cette future résolution.

La résolution devrait indiquer que la junte militaire a intensifié la répression des forces démocratiques au Myanmar, par une multiplication des attaques des militaires contre les civils, dont le raid aérien du 11 avril sur Pazigyi qui a fait au moins 165 morts. Le régime a interdit 40 partis politiques dans la perspective du simulacre d'élections illégales dont il veut se servir pour consolider et légitimer sa mainmise sur le pouvoir.

Ces actions démontrent l'absence de toute amorce de démocratie qui impliquerait un revers du régime et que la politique actuelle de l'Union européenne, qui voudrait encourager une réforme démocratique par le jeu des échanges commerciaux, est erronée et va à l'encontre du but recherché.

Le régime militaire a un cruel besoin de devises étrangères pour acheter des armes, des munitions, du carburant et des pièces de rechange. Une pénurie de devises étrangères est probablement la seule menace qui pourrait peser sur le régime.

IndustriALL Global Union et IndustriALL Europe appellent le Parlement européen à faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire tomber le régime militaire, notamment en coupant son financement par les devises étrangères. Toute relation économique avec des entreprises européennes est source de devises étrangères pour le pays.

En avril 2022, la junte a modifié la loi de telle sorte qu'il devenait illégal de détenir des devises étrangères plus de 24 heures. Les devises doivent être changées en monnaie locale, le kyat, à un taux préférentiel. La junte contrôle la Banque centrale du Myanmar ainsi que la Banque des échanges extérieurs du Myanmar, ce qui veut dire que toute devise étrangère entrant dans le pays passe directement au régime.

C'est pour cette raison que l'Union européenne a déjà imposé d'importantes mesures de restriction contre une liste d'entreprises du Myanmar et a appelé les compagnies pétrolières européennes à se retirer du pays. Il devrait en aller de même pour les marques de vêtement européennes et les consommateurs européens qui, en achetant des articles confectionnés dans ce pays, financent involontairement le régime. Cela doit cesser.

Les syndicats du Myanmar craignent que la politique actuelle de l'Union européenne et l'adoption partielle de mesures de restriction dont les secteurs de la finance et de l'assurance sont exemptés apportent un soutien à la fois financier et institutionnel au régime militaire et sapent les efforts en vue d'un retour du pays à la démocratie.

En particulier, les organisations syndicales demandent que la résolution prie la Commission européenne et le Conseil européen de :

Dans son communiqué de novembre 2021, le Gouvernement d'unité nationale disait clairement qu'aucune firme internationale ne devrait avoir des activités au Myanmar si celles-ci profitent d'une manière ou de l'autre au régime militaire, par exemple par le paiement de taxes ou de factures d'entreprises appartenant à l'armée, y compris dans les infrastructures et les ports.

La modification de la loi qui impose de convertir les devises étrangères en monnaie locale dans les 24 heures signifie que tout échange commercial avec le Myanmar profite au régime et lui permet de maintenir son emprise, prolongeant ainsi les souffrances de la population du Myanmar. Il faut que la résolution sur le Myanmar veille à supprimer toute forme de soutien à ce régime.

Un désengagement responsable des entreprises du Myanmar est possible et nous attirons votre attention sur le Cadre pour un désengagement responsable des entreprises du Myanmar qu'IndustriALL Global Union a négocié avec plusieurs marques internationales de vêtements. Ce document est un outil pouvant être utilisé par les entreprises pour cesser de manière responsable leurs activités au Myanmar.

Les travailleurs et les syndicats, au Myanmar et dans le monde entier, attendent du Parlement européen, défenseur des valeurs démocratiques, qu'il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin au régime de la junte militaire et rendre la démocratie à la population du Myanmar.

Une victoire syndicale met fin à des licenciements abusifs dans une mine de diamant au Botswana

Le conflit avec le syndicat remonte à juin 2022, lorsque la société canadienne Lucara Diamond Corporation a demandé à sa filiale, Lucara Botswana, d’enquêter sur des soupçons de mauvaise administration et de conduite commerciale contraire à l’éthique au sein du service de sécurité de la mine de Karowe.

Cependant, les 50 travailleurs qui s’étaient portés volontaires et avaient fourni des informations en tant que lanceurs d’alerte ont reçu des lettres de licenciement après avoir fourni leurs témoignages. Le BMWU s’est fermement opposé à cette mesure, de sorte que les lettres n’ont été remises qu’à trois travailleurs. Les 47 autres travailleurs sont restés au travail et le syndicat a fait valoir devant le tribunal que le licenciement était illégal, car il n’y avait pas eu d’audiences disciplinaires comme l’exige le droit du travail.

La direction de Lucara Botswana a engagé une société sud-africaine, Assurance Protection Group Incorporation, pour évaluer l’optimisation de la sécurité. Cependant, le rapport d’évaluation n’a pas été communiqué au syndicat, contrairement à ce que dit le droit du travail, et le syndicat soupçonne que cette évaluation vise à mettre en cause les 47 travailleurs et à justifier les licenciements.

Le syndicat a adressé une pétition à la société diamantaire et a écrit au Commissaire du travail au sujet des mêmes griefs et de la nécessité d’une médiation, mais l’affaire n’a pas été résolue.

Cependant, le 28 avril, le tribunal du travail de Gaborone a statué que la société diamantaire ne pouvait pas continuer à procéder à des licenciements sans négocier avec le syndicat, conformément à la convention collective existante.

Joseph Tsimako, Président du BMWU, a indiqué :

“Le BMWU entretenait des relations cordiales avec Lucara Botswana jusqu’à ce que le syndicat intervienne à la suite d’informations faisant état de mauvaise gestion. Il aurait été négligent de la part du syndicat de ne pas protéger les lanceurs d’alerte contre les représailles des dirigeants de Lucara Botswana”.

Maenge Maenge, Secrétaire général du BMWU, ajoute :

“Le syndicat, par le biais de ses structures de négociation collective, a demandé la divulgation de l’évaluation en vue d’une optimisation ainsi que des rapports d’enquête, que l’entreprise n’a pas fournis. La négociation collective et les droits de l’homme et des travailleurs sont des indicateurs essentiels de gestion ESG qui permettent d’évaluer la performance d’une exploitation minière et la prise en compte des risques par son dirigeant. Il est évident qu’il y a un sérieux déficit de gestion ESG chez Lucara”.

“Lucara Botswana doit toujours consulter les syndicats et respecter les accords existants avant de décider de licencier des travailleurs. Ignorer les accords existants, c’est violer les droits des travailleurs et des syndicats en matière de négociation collective. Nous félicitons le BMWU d’avoir contesté les décisions unilatérales de Lucara devant les tribunaux et nous saluons l’ordonnance selon laquelle la société diamantaire doit consulter le syndicat et négocier avec lui”,

a déclaré Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL.

Comment H&M peut-il justifier sa présence au Myanmar ?

La Myanmar Labor Alliance, qui représente l'essentiel du mouvement syndical du pays, a appelé les entreprises à désinvestir.

Le Myanmar est une dictature militaire qui ne tolère pas la liberté d'association. Son ministère de l'Information indique que les exportations de vêtements ont atteint l'an dernier 4,7 milliards de dollars. Le régime militaire a un cruel besoin de devises étrangères pour acheter des armes, des munitions et du carburant pour la guerre civile qu'il mène contre sa population. En s'approvisionnant au Myanmar, H&M entretient un afflux de devises étrangères qui soutient indirectement le régime.

L'Ethical Trading Initiative, dont H&M fait partie, a publié l'an dernier un rapport constatant qu'une diligence raisonnable est impossible dans un contexte où les porte-voix indépendants des travailleurs sont muselés, où les organisations syndicales sont interdites et les syndicalistes emprisonnés et tués. À la suite de ce rapport, des enseignes mondiales responsables comme Inditex, Fast Retail, Tchibo, Primark et Marks & Spencer ont quitté le pays ou annoncé leur intention de le faire.

"Nous sommes très attachés à notre relation avec H&M, mais sa décision de continuer à se fournir au Myanmar est très préoccupante, parce qu'elle est en totale contradiction avec les pratiques commerciales responsables que en nous attendions. Compte tenu de tout ce qui précède, comment H&M peut-il justifier sa présence au Myanmar ?"

s'est demandé le directeur en charge des campagnes chez IndustriALL, Walton Pantland, à l'AGM de H&M à Stockholm, en Suède.

H&M a répondu avoir une équipe forte dans le pays et collaborer avec le programme MADE in Myanmar de l'Union européenne, un programme que les syndicats du Myanmar ont qualifié de supercherie.

IndustriALL a un accord-cadre mondial avec H&M, et cet accord a été utilisé pour attaquer des pratiques antisyndicales chez des fournisseurs et remédier à des violations des droits des travailleurs. Cette grande marque a fait œuvre de pionnier en soutenant la liberté syndicale auprès de ses fournisseurs et en promouvant la santé et la sécurité des travailleurs; et pourtant, elle refuse de cesser de se fournir au Myanmar.

Photo de couverture : la dirigeante syndicale Khaing Zar, demandeuse d'asile en Allemagne, devant un magasin H&M à Stockholm

Nécessité urgente d’une diligence raisonnable contraignante

La semaine a commencé par des réunions bilatérales à l’OIT à Genève pour souligner le besoin jamais démenti d’un soutien plus déterminé de la part de l’OIT. La délégation, composée de Habib Hazimi, Coprésident sectoriel d’IndustriALL (Tunisie), Nazma Akter (Bangladesh) et Athit Kong (Cambodge), a participé à une cérémonie de commémoration en l’honneur des travailleurs et travailleuses qui ont perdu la vie au Plaza Rana, organisée par le Bureau des activités pour les travailleurs de l’OIT (ACTRAV).

“L’effondrement du Plaza Rana et ses conséquences nous rappellent brutalement que la sécurité et la santé au travail ne sont pas seulement un droit fondamental sur le lieu de travail, mais aussi une étape clé dans la quête de la justice sociale pour tous”,

a déclaré Manuela Tomei, Directrice générale adjointe de l’OIT pour la gouvernance, les droits et le dialogue.

L’appel en faveur de relations sociales fortes dans la chaîne d’approvisionnement a conduit les dirigeants syndicaux à une conférence sur l’industrie textile asiatique organisée à Berlin par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement, où ils ont été rejoints par Khaing Zar, du Myanmar.

En tant que membre du panel d’experts, Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur du textile et de la confection d’IndustriALL, a martelé :

“Honte à vous, les enseignes qui continuez à vous approvisionner au Myanmar malgré le coup d’État militaire. On ne peut pas parler de travail décent et continuer à s’approvisionner au Myanmar”.

Lors de la réunion de travail du Partenariat pour le textile Textilbündnis, Nazma Akter, Présidente de la Fédéation Sommilito Garments Sramik (Bangladesh), a répété le message selon lequel il faut encore se battre pour des usines sûres :

“Seule la moitié des 4,4 millions de travailleurs et travailleuses de la confection du Bangladesh sont couverts par l’accord. Il doit se prolonger et toutes les enseignes qui s’approvisionnent au Bangladesh doivent le signer”.

A Bruxelles, la délégation a rencontré des Parlementaires européens et des membres de la Commission européenne.

“Les syndicats des pays producteurs attendent de l’UE qu’elle prenne des mesures en faveur d’une diligence raisonnable contraignante”,

a déclaré Athit Kong, Président du syndicat cambodgien CCAWDU.

“L’UE a la possibilité d’utiliser ses relations commerciales pour améliorer la situation des travailleurs et travailleuses.”

Habib Hazami, Secrétaire général de la Fédération tunisienne du textile, de l’habillement, de la chaussure et du cuir, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses font de leur mieux pour améliorer la productivité, alors pourquoi ne pas les aider et mettre le poids sur les épaules des marques multinationales afin qu’elles offrent des salaires décents, de meilleures conditions de travail et le respect des droits des travailleurs”.

Les dirigeants syndicaux ont présenté trois revendications clés qui dépendent de l’action et du soutien de l’Europe

“Le projet MADE in Myanmar de l’UE sert de paravent aux violations des droits des travailleurs, car il légitime les militaires. L’UE doit y mettre un terme, car le travail décent n’est pas possible au Myanmar sous la dictature”,

a déclaré Khaing Zar.

“Nous avons entrepris cette tournée de sensibilisation pour mettre en avant un pilier essentiel de notre politique, à savoir l’abandon de l’audit social au profit d’une diligence raisonnable contraignante”,

a conclu Christina Hajagos-Clausen.

T-win Garment réintègre huit dirigeants syndicaux cambodgiens

Après la création d’une section locale du syndicat et l’élection de dix responsables syndicaux du CUMW à T-win Garment, dans la province de Takeo, la direction de l’entreprise a contraint deux dirigeants du CUMW, Horn Sophoeurn et Koeurng Ngieng, à démissionner du syndicat. Face à leur refus, l’entreprise les a licenciés le 10 février.

Quatre jours plus tard, la direction de l’entreprise a demandé aux huit syndicalistes restants de démissionner du syndicat. Après avoir refusé de suivre cette instruction, ils ont été licenciés le même jour. Le CUMW a déposé une plainte auprès des autorités et a participé à des réunions de médiation, mais la direction a toujours refusé de réintégrer les travailleurs.

Après l’échec des médiations, le CUMW et IndustriALL ont demandé l’intervention de Nike, un client de T-Win Garment. Après deux mois de pourparlers avec la marque et l’entreprise, T-Win Garment a finalement accepté de réintégrer les dirigeants licenciés. Les deux autres syndicalistes ont décidé de partir avec une indemnité de licenciement.

Pav Sina, Président du CUWM, a déclaré :

“Nous nous félicitons de la réintégration complète des huit syndicalistes avec des arriérés de salaire. L’accord conjoint stipule que les deux parties respecteront les procédures légales et ne prendront pas de mesures de rétorsion l’une envers l’autre après la réintégration. Les conflits du travail seront gérés pacifiquement et efficacement à l’avenir.”

Christina Hajagos-Clausen, Directrice d’IndustriALL pour l’industrie du textile et de la confection, a déclaré :

“Nous remercions Nike pour son intervention et la coopération de T-Win Garment. Nous espérons que les employeurs cambodgiens respecteront pleinement la liberté syndicale et de négociation collective des travailleurs et travailleuses dans leurs usines de confection et de textile et qu’ils établiront des relations harmonieuses avec les syndicats. Les fournisseurs devraient adhérer à des normes de travail plus strictes, car les efforts législatifs se multiplient pour mettre en œuvre la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale.”

Le secteur du vêtement est le principal contributeur à l’économie cambodgienne. Soixante pour cent des exportations totales du pays sont des produits de la confection, du textile, de la chaussure et du domaine des articles chaussants. Les exportations de vêtements ont augmenté d’une année sur l’autre de 24 % pour atteindre 10,25 milliards de dollars.

Les syndicats du Zimbabwe veulent la fin de la pauvreté, de la corruption et de l'oppression

D'après l'office national de statistique, Zimstats, la majorité des travailleurs gagnent moins de 62 $ par mois et les organisations syndicales craignent que la plupart plongent, avec leurs familles, dans la pauvreté. Elles estiment que les travailleurs ont besoin d'au moins 500 $ pour faire face au coût des denrées de base, du transport et du logement.

Le thème des manifestations, auxquelles participaient des milliers de travailleurs, était "Les travailleurs veulent un Zimbabwe inclusif, exempt de pauvreté, de corruption et d'oppression."

Ce thème fait écho aux critiques dirigées contre le pays dans le rapport de 2023 sur l'application des normes internationales du travail de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations. Le Zimbabwe est prié de fournir des explications à la suite des rapports de la CSI et du Congrès des syndicats du Zimbabwe sur les violations des conventions 87 et 98 de l'OIT. En outre, le gouvernement doit répondre à des allégations graves de violations des droits syndicaux et des libertés civiles, allant de la discrimination antisyndicale à des propositions d'amendements à la législation du travail qui réduisent les droits des travailleurs.

Pour la présidente du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), Florence Taruvinga,

"le gouvernement doit associer les organisations syndicales à ses processus par le biais du dialogue social, de sorte que les travailleurs aient la possibilité de défendre leurs intérêts. De plus, nous voudrions que les investisseurs, les employeurs chinois en particulier, respectent les travailleurs et cessent de les humilier par des bastonnades."

Elle ajoute que les lieux de travail ont évolué et sont devenus en majorité informels, ce qui nécessite une unité entre travailleurs formels et travailleurs informels.

Joseph Tanyanyiwa, le président du Conseil de coordination nationale d'IndustriALL pour le Zimbabwe, a déclaré :

"Cette année, les manifestations ont lieu alors que les travailleurs se débattent pour avoir du pain sur leur table. Nous, les syndicats, faisons campagne pour des salaires minimums de 150 $ dans tous les secteurs et nous appelons les employeurs à les payer en dollars US parce que la monnaie nationale ne cesse de chuter. Nous réclamons la conversion en dollars des salaires dans nos négociations tripartites."

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, ajoute :

"Nous soutenons les campagnes des syndicats pour des salaires minimums et exhortons le gouvernement à respecter les droits des travailleurs, conformément à la législation du travail nationale et aux normes internationales. Le gouvernement doit cesser de priver les travailleurs de leurs droits et jouer son rôle en tant qu'acteur majeur pour faciliter le dialogue social."

Les manifestations du 1er mai étaient organisées par le ZCTU dont sont également membres les syndicats affiliés à IndustriALL Global Union. Ces affiliés représentent les travailleurs de la chimie, de l'habillement et du textile, des industries métalliques, des plastiques, et d'autres secteurs. Il s'agit du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et des secteurs connexes du Zimbabwe, du Syndicat national de l'industrie du vêtement, du Syndicat des travailleurs de la chimie, des plastiques et des secteurs connexes du Zimbabwe et du Syndicat des travailleurs du textile du Zimbabwe.

Des pays du monde entier, comme le Bangladesh, le Pakistan, l'Inde, le Sri Lanka, le Népal, la France, l'Allemagne, la Thaïlande, la Suisse, la Turquie et la Géorgie, ont célébré la journée du 1er mai. 

Le devoir de diligence en matière de droits de l'homme n'est pas possible au Myanmar

Après le coup d'État de février 2021, IndustriALL a soutenu l'appel lancé par les syndicats du Myanmar aux multinationales pour qu'elles désinvestissent du pays. Les entreprises qui maintiennent leurs activités au Myanmar sont des complices réticents d'une crise humanitaire qui s'aggrave et financent de ce fait la guerre que les militaires livrent à leur propre peuple, avec récemment des frappes aériennes qui ont fait plus d'une centaine de victimes.

La situation ne cesse de se dégrader. Les syndicats ont été déclarés hors la loi et en l'absence de mécanismes pour leur venir en aide et sans liberté d'association, les travailleurs sont extrêmement vulnérables. Les violations à l'encontre des travailleurs se multiplient, tout comme l'exploitation salariale, le travail forcé et le harcèlement des femmes. Les militaires répriment les syndicats et leurs membres, avec des attaques et arrestations violentes. Plus d'une soixantaine de syndicalistes sont emprisonnés sur base d'accusations forgées de toutes pièces, et ils doivent être libérés immédiatement.

Le projet MADE in Myanmar financé par l'Union européenne, qui prétend soutenir le secteur de l'habillement en remplaçant les syndicats par des représentants des "travailleurs" choisis par l'employeur, est préoccupant. Les employeurs profitent de la situation politique pour déposséder les travailleurs de leurs droits. Ce programme permet aux violations des droits de l'homme et des droits au travail de se poursuivre au Myanmar tout en contribuant à légitimer les militaires.

La liberté d'association est un droit fondamental de l'homme et un principe fondamental de l'Union européenne; les restrictions imposées aux syndicats et au droit de négocier collectivement dans un Myanmar sous régime militaire constituent un grave sujet de préoccupation qui met en question cette initiative de l'UE.

Les investissements impactent durablement les droits au travail. Il faudrait que toutes les entreprises quittent le Myanmar pour assécher le financement des militaires. Planifier une sortie responsable elle la seule démarche cohérente si l'on veut défendre les droits de l'homme reconnus mondialement. Le devoir de diligence n'est pas possible dans une dictature militaire en situation de guerre civile.

Sécurité pour tous : la nécessité d’une SST tenant compte de la dimension de genre

Le guide du TUC à l’intention des militants syndicaux sur le genre dans la sécurité et la santé au travail montre que ces matières traitent souvent les hommes et les femmes comme s’ils étaient identiques. Une attention moindre est accordée aux besoins des femmes en matière de santé et de sécurité.

La santé et la sécurité, ainsi que le recherches qui s’y rapportent, ont traditionnellement mis l’accent sur la prévention des risques dans les taches visiblement dangereuses, effectués en grande partie par des hommes dans des secteurs tels que la construction et l’exploitation minière, où un contrôle des risques inadéquat peut entraîner des décès. En conséquence, les accidents du travail et les maladies professionnelles des femmes, comme le stress lié au travail ou les troubles musculo-squelettiques, ont été largement ignorés, sous-diagnostiqués, sous-déclarés et insuffisamment indemnisés.

Dans le monde entier, les équipements de travail, les outils et les équipements de protection individuelle (EPI) sont traditionnellement conçus en fonction de la taille et des formes du corps masculin. En outre, comme l’explique l’OIT, la conception de la plupart des EPI est basée sur la taille et les caractéristiques des populations masculines de certains pays d’Europe, du Canada et des États-Unis. Par conséquent, non seulement les femmes, mais aussi de nombreux hommes, éprouvent des difficultés à trouver des EPI adaptés et confortables parce qu’ils ne se conforment pas à ce modèle de travailleur masculin standard.

L’inégalité entre les sexes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du lieu de travail, peut affecter la sécurité et la santé des femmes au travail et il existe des liens importants entre les questions de discrimination au sens large et la santé. Selon l’OIT, les femmes sont généralement plus exposées que les hommes aux risques psychosociaux susceptibles de provoquer du stress lié au travail, de l’épuisement professionnel, de la violence, de la discrimination et du harcèlement.

Les responsabilités supplémentaires que les femmes assument en tant que travailleuses rémunérées et personnes aidantes non rémunérées pour leur famille font que leur niveau de stress reste élevé après le travail. Ne pas reconnaître les différences entre les sexes peut signifier que des politiques apparemment neutres ont un impact différent sur les femmes et les hommes et renforcent les inégalités existantes. La SST est un aspect essentiel de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes.

“Il faut une approche sensible au genre, basée sur l’analyse de données ventilées par sexe et par genre, qui reconnaisse et rende visibles les différences entre les travailleurs masculins et féminins, identifie leurs différents risques et propose des mesures de contrôle afin que des solutions efficaces soient apportées à tous”,

a déclaré Glen Mpufane, Directeur SST d’IndustriALL.

La Convention 190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail est une convention qui invite les employeurs à procéder à une évaluation des risques sensible au genre, en tenant compte des stéréotypes de genre, des formes multiples et croisées de discrimination et des relations de pouvoir inégales fondées sur le genre.

La consultation des travailleuses et des représentantes de la santé et de la sécurité au sein des comités de santé et de sécurité est essentielle à l’élaboration d’une SST tenant compte de la dimension de genre.