Allemagne : fin de la grève chez Vestas

Cette grève prolongée a pris fin après que 92 % des travailleurs et travailleuses ont voté en faveur de l’accord négocié et ont exprimé leur soutien à la fin de la grève. Les travailleurs et travailleuses ont atteint leur objectif d’obtenir une convention collective chez Vestas, concluant ainsi l’un des plus longs conflits de travail de l’histoire d’IG Metall.

Le conflit entre le syndicat et la direction de Vestas a été intense et polarisé. Pendant 73 jours, la direction de l’entreprise a refusé de négocier avec IG Metall et a cherché à régler les questions salariales uniquement par l’intermédiaire du comité d’entreprise. Cependant, le succès du mouvement de grève a remis en cause cette position, façonnant efficacement les futures conditions de travail chez Vestas par le biais de conventions collectives.

“Tout au long de cette période de lutte, les employés à temps plein, tant politiques qu’administratifs, qui ont soutenu les travailleurs de Vestas, ont suscité un profond respect et une grande admiration pour leur dévouement inébranlable. Malgré la nature virtuelle de la grève, avec des réunions de grève numériques organisées deux fois par jour et aucun piquet de grève physique, les travailleurs et travailleuses ont fait preuve d’un engagement et d’une solidarité remarquables. La confiance dans IG Metall et dans ses décisions est restée forte parmi les membres, alimentée par le soutien et la solidarité reçus de toutes parts au sein de l’organisation et au-delà. Il y a tout juste un mois, une résolution avait été adoptée par le Comité exécutif d’IndustriALL au Cap.”

a déclaré Jörg Hoffman, Président d’IndustriALL et Secrétaire général d’IG Metall.

Des messages, des résolutions, des vidéos et des photos ont afflué de la part de collègues du monde entier, représentant diverses secteurs et divers lieux de travail. La communauté des membres d’IG Metall a participé activement aux réunions de grève numériques, marquant un impact durable. Le comité de négociation et tous ceux qui ont participé aux réunions de grève ont exprimé leurs remerciements les plus sincères pour le soutien massif, les dons et les expressions de solidarité.

“Avec la fin de cette grève et la mise en place d’une convention collective, les travailleurs et travailleuses de Vestas peuvent envisager l’avenir avec de meilleures conditions de travail et des droits garantis grâce à leurs efforts déterminés. Cette étape importante témoigne du pouvoir de l’unité et de la solidarité dans l’obtention de résultats justes et équitables au sein du mouvement syndical”.

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

Courrier : IndustriALL Global Union félicite IG Metall pour avoir conclu une convention collective chez Vestas en Allemagne

Les syndicats déposent plainte contre les marques italiennes qui restent au Myanmar

Depuis le coup d’État militaire de février 2021, les syndicats sont interdits et les militants syndicaux sont traqués. Les droits des travailleurs et travailleuses sont violés et il est impossible de faire preuve de diligence raisonnable dans le pays.

La CGIL, la CISL, l’UIL et Italia-Birmania Insieme, qui soutiennent toutes l’appel en faveur de sanctions économiques globales et d’une sortie responsable du Myanmar, ont déposé plainte auprès du Point de contact national (PCN) italien. Les PCN ont la responsabilité d’aider à résoudre les plaintes concernant des violations présumées des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

Khaing Zar, Présidente de l’affilié d’IndustriALL IWFM, précise :

“Les droits fondamentaux au travail ont été violés depuis le début du coup d’État et nous prenons des mesures pour contrer le manque de coopération des marques qui insistent pour rester au Myanmar. De nombreuses enseignes se cachent derrière le soutien de l’Union européenne par le biais du programme MADE in Myanmar, qui est en fait du maquillage de la part de l’UE, ouvrant la porte à de faux syndicats et un faux dialogue social”.

Le troisième congrès d’IndustriALL, qui s’est tenu en septembre 2021, a adopté une résolution en faveur de la démocratie au Myanmar, appelant à des sanctions économiques globales.

“La plainte déposée par nos affiliés italiens auprès du PCN est l’une des nombreuses voies que nous empruntons à la suite de la résolution du Congrès”,

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

“Dans d’autres pays et contre d’autres enseignes, nous utilisons des mécanismes différents pour obtenir les mêmes résultats. Il n’y a pas de liberté syndicale au Myanmar et le fait d’y être actif remplit les poches de la junte militaire”.


 

Un syndicaliste malgache demande justice

Dans un entretien avec IndustriALL, il confie :

“Le 27 août 2022, alors que j’étais en congé annuel, la gendarmerie est venue me chercher à mon ancienne adresse. Comme ils ne me trouvaient pas, ils se sont rendus à l’usine et ont obtenu mon numéro de téléphone par l’intermédiaire de collègues. J’ai alors reçu un SMS m’invitant à me présenter au poste de police le plus proche, ce que j’ai fait le lendemain. J’ai alors été arrêté après avoir été informé que j’avais divulgué des informations sensibles concernant E-Toile sur les médias sociaux.

J’avais publié les résultats des élections des représentants du personnel, les réponses de la direction aux plaintes des travailleurs concernant les mauvais repas fournis par l’employeur, l’existence d’une formation dispensée au personnel et aux représentants syndicaux par l’inspection du travail ainsi que les préoccupations des travailleurs concernant des heures supplémentaires non rémunérées.”

Sento avait été invité à la réunion en tant que représentant syndical adjoint du SVS, affilié à IndustriALL. Le procès a eu lieu le 1er septembre et il a été condamné à 12 mois d’emprisonnement ainsi qu’à une amende de 400.000 Ariary, qu’il n’a jamais payée. Après avoir purgé neuf mois, il a bénéficié d’une grâce présidentielle pour les trois mois restants.

“Bien que j’aie fait appel de la condamnation et de la peine infligée pour violation d’informations confidentielles, l’appel n’a été entériné qu’après la peine d’emprisonnement.”

Antanimora à Antananarivo, où il a purgé sa peine, est l’une des pires prisons du monde, surpeuplée et dans un état déplorable selon les agences de l’ONU.

Zotiakobanjinina Fanja Marcel Sento Chang (26 ans)

“La vie en prison était difficile. Les cellules étaient ouvertes à 6 heures du matin. Les gardiens de prison comptaient les détenus et les remettaient à ceux qui prenaient leur relève. J’étais dans une cellule avec plus de 130 détenus et le nombre ne cessait d’augmenter, car de nouveaux prisonniers arrivaient chaque jour. Nous dormions sur des lits de fortune faits de planches qui pouvaient accueillir jusqu’à trois prisonniers et n’avions qu’un seul repas par jour, composé de manioc bouilli, servi à 15 heures. À moins que votre famille n’apporte de la nourriture supplémentaire, vous mourriez de faim la plupart du temps. À 18 heures, nous étions de retour dans les cellules”.

Avec une jeune famille, une compagne, un enfant en bas âge et un nourrisson, Sento espère retrouver son ancien emploi.

“Je veux retrouver mon emploi pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille”.

Sa famille a trouvé un avocat pour le représenter pendant la procédure d’appel.

“Je voudrais remercier IndustriALL, le SVS et les autres organisations impliquées pour leur soutien pendant mon emprisonnement. Ce soutien m’a donné de la force et j’ai senti que je n’étais pas seul dans la lutte au nom des travailleurs”.

Après que le SVS, la CSI et IndustriALL ont porté l’affaire devant la Conférence internationale du travail, la Commission d’experts pour l’application des normes a recommandé que le gouvernement malgache “annule immédiatement et sans condition la condamnation” de Sento et “s’abstienne d’utiliser le droit pénal pour cibler les syndicats”.

Mais le groupe Alsico, dont E-Toile SA est une filiale, maintient la même attitude en déclarant :

“Il ne nous appartient pas de commenter les décisions des juges, ni de commander ou de faire pression sur la justice, ni de commenter le droit malgache. Nous menons tous le même combat, chacun à notre niveau”.

Atle Høie, Secrétaire général de l’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“Nous continuerons à apporter notre soutien pour obtenir justice pour Sento et l’effacement de son casier judiciaire. Les syndicalistes ne sont pas des criminels, mais des militants de la liberté syndicale, internationalement reconnue, et de la protection des droits fondamentaux au travail”.

Le NUMSA obtient des postes permanents pour 100 travailleurs chez Bell Equipment

Par le régime imposé par les courtiers de main-d’œuvre, qui fournissent des services d'emploi temporaire, les intéressés avaient des conditions de travail précaires, avec 50 pour cent de ce que gagnent les salariés permanents, des contrats mensuels précaires et ne bénéficiaient d'aucune prestation comme la pension, l'assistance médicale, le prêt au logement et le financement de véhicule.

"Cet accord est une grande réalisation pour le syndicat; il signifie que ces travailleurs bénéficieront d'une aide médicale et de meilleures conditions pour le fonds de prévoyance. Cela va bien améliorer leur qualité de vie. Ils ont maintenant la sécurité d'emploi et pourront élever dignement leur famille.

Quand les travailleurs sont unis, ils deviennent une force insurmontable qui peut transformer la société pour le meilleur. Nous remercions les dirigeants et les délégués du NUMSA qui se sont démenés inlassablement pour trouver une issue à cette crise et nous continuerons à suivre la situation pour nous assurer que les travailleurs reçoivent bien ce qu'on leur a promis,"

a déclaré Irvin Jim, le secrétaire général du NUMSA.

Toutefois, les négociations se poursuivent sur les revendications non encore satisfaites qui portent sur une prime de logement de 2.000 rands (107 $), une prime de transport de 1.000 rands (54 $) et une participation aux bénéfices de 2.000 rands (107 $) qui, selon le syndicat, devraient être défiscalisées.

Ensuite, les travailleurs de la métallurgie veulent que d'autres contrats temporaires soient convertis en contrats permanents. La conciliation avec Bell Equipment est toujours en cours devant le Conseil de la négociation pour les métaux et l'ingénierie, et pour le NUMSA, si ces négociations capotent la grève reste encore une option.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a déclaré :

"Nous félicitons le NUMSA pour sa lutte incessante contre le courtage de main-d’œuvre chez Bell Equipment et chez d'autres employeurs. Cette pratique ne favorise pas le travail décent parce que les courtiers offrent des contrats courts, de bas salaires et pas de prestations. Elle est aussi une menace pour la syndicalisation car il arrive que les contrats de syndicalistes actifs ne soient pas renouvelés, suscitant ainsi la crainte chez les travailleurs qui hésitent alors à se syndiquer."

En 2018, le NUMSA a obtenu un arrêt de la Cour constitutionnelle qui fait date et qui stipulait que les courtiers de main-d’œuvre ne peuvent accorder des contrats pendant plus de trois mois, auquel cas ces contrats deviendraient permanents. Par exemple, si des travailleurs sont embauchés  pour trois mois par l'intermédiaire du courtier, celui-ci est son employeur. Mais si le délai de trois mois est dépassé, l'employeur devient l'entreprise dans laquelle il travaille.

Le NUMSA, qui est affilié à IndustriALL Global Union, représente les travailleurs de l'ingénierie, des métaux, de l'exploitation minière et d'autres secteurs manufacturiers.


 

La grève des métallurgistes italiens envoie un message fort au gouvernement

Les syndicats italiens de la métallurgie FIM, FIOM et UILM réclament une stratégie nationale pour un avenir meilleur dans des secteurs clés où des dizaines de milliers d’emplois risquent d’être supprimés par des réductions d’effectifs, des fermetures ou des délocalisations. Telle est la situation tragique dans un contexte de crise du coût de la vie où au moins la moitié des familles de travailleurs et travailleuses sont en difficulté.

Les syndicats italiens de la métallurgie ont déclaré dans un communiqué :

“Cette action de grève a envoyé un signal fort au gouvernement. Il doit maintenant nous donner des réponses et reprendre rapidement le dialogue sur les secteurs métallurgiques et les chaînes d’approvisionnement en difficulté. Le gouvernement doit clarifier quelles politiques industrielles seront mises en place et dans quelle proportion des investissements publics seront attribués pour protéger les emplois, les droits et les salaires.

Nous sommes satisfaits de cette grève nationale. Le travail dans l’industrie métallurgique a toujours été au cœur de l’économie italienne et doit devenir la force motrice de son avenir.”

La mobilisation s’est située dans un contexte d’intensification des efforts déployés par les États-Unis et la Chine pour jouer un rôle encore plus dominant dans l’industrie manufacturière mondiale et le commerce international. Si la politique industrielle de l’Europe reste à la traîne de ses concurrents, l’Italie et le reste de l’Europe perdront des emplois, de la richesse et de l’autonomie stratégique.

Pendant des années, l’Italie a vu sa base manufacturière se réduire considérablement en raison d’un manque de politique industrielle tournée vers l’avenir. Dans la réalité actuelle de transition environnementale, numérique, énergétique et technologique, l’emploi dans l’industrie métallurgique n’est manifestement pas à l’ordre du jour du gouvernement. Cette situation a conduit les trois syndicats de la métallurgie du pays à attirer l’attention sur les besoins urgents d’un secteur qui est un pilier de l’économie italienne depuis des générations. La grève de quatre heures organisée par la FIOM, la FIM et l’UIL M le 7 juillet s’est concentrée sur les points suivants :

  • Emploi
  • Investissement
  • Transition durable
  • Résolution de crises urgentes dans plusieurs grandes entreprises
  • Perte de pouvoir d’achat et dégradation de la situation matérielle pour les travailleurs et travailleuses du secteur manufacturier

Les syndicats soulignent le risque d’une nouvelle détérioration des conditions économiques, industrielles et sociales et insistent sur la nécessité de remettre les secteurs de l’ingénierie au premier plan des politiques italiennes. En outre, la transition écologique et numérique doit être convenue avec les travailleurs et travailleuses dans le cadre d’un dialogue social fructueux.

“IndustriALL soutient pleinement ses affiliés italiens. Il est ici question d’une grave mise en danger du modèle industriel italien et cette grève conjointe dans le nord et le sud de l’Italie a envoyé un message fort et uni au gouvernement italien, qui met en lumière la nécessité urgente d’agir,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Projet MADE in Myanmar : l'UE doit arrêter de soutenir la junte militaire

Nous, IndustriALL Global Union et IndustriALL European Trade Union, qui représentons les travailleurs des industries minières, manufacturières et de l'énergie du monde entier, sommes forcés de vous contacter une fois encore à propos du soutien apporté par l'Union européenne au projet MADE in Myanmar (Alliance multipartite pour l'emploi décent dans l'industrie du vêtement au Myanmar) à la suite des récentes arrestations de travailleurs liées à ce projet.

Nous accusons réception du courrier du 28 juin 2023 envoyé par Mario Ronconi au nom de la Commission européenne. Cependant, nous contestons plusieurs points importants de cette lettre, et nous sommes persuadés qu'il est de la plus haute importance que nous informions les dirigeants des trois institutions européennes des abus dont sont actuellement victimes les travailleurs au Myanmar, en rapport avec l'engagement de l'Union européenne et son financement dans le pays. La présence d'enseignes européennes au Myanmar est source de devises étrangères vitales qui alimentent le régime militaire en lui permettant d'acheter armes, munitions et carburant.

Depuis notre dernier courrier, les militaires ont arrêté huit travailleurs dans deux ateliers de confection et deux membres de l'ONG Action Labour Rights. Cette nouvelle est extrêmement préoccupante parce que Action Labour Rights est une ONG de défense des travailleurs qui coopère avec l'Union européenne, des marques européennes et le projet MADE in Myanmar. Ces arrestations de militants prouvent que la liberté syndicale n'est pas possible au Myanmar et que le projet MADE ne protège par les militants ouvriers contre la junte militaire.

Licenciements, menaces et arrestations chez Hosheng Myanmar Garment Factory

Le 10 juin dernier, sept travailleurs de la Hosheng Myanmar Garment Factory de Yangon ont été renvoyés pour avoir réclamé des négociations avec leur employeur à propos des conditions de travail et d'une hausse de rémunération par le biais de primes de qualification et d'ancienneté, parce que les salaires sont très bas. Hosheng produit pour une des plus grandes marques mondiales, ZARA. Le 12 juin, 600 travailleuses et travailleurs de cette usine se sont mis en grève pour réclamer la réintégration des sept travailleurs. Or, la grève s'est brutalement arrêtée lorsque, le 13 juin, l'employeur a appelé les militaires pour menacer son personnel.

Le 14 juin, les sept à l'origine de la revendication salariale, Ma Aye Thandar Htay, Ma Thandar Htay, Ma May Thu Min, Ko Aung Aung, Ko Ye Naing et Ko Ye Thwe Hlaing, ont été licenciés, tandis qu'une militante du nom de Ma Thu Thu San était arrêtée. Cinq autres personnes ont encore été arrêtées et une forcée d'entrer dans la clandestinité. Les travailleurs ont été inculpés pour incitation, au titre de l'article 505/a du code pénal, et doivent passer devant un tribunal militaire, les zones industrielles étant sous le régime de la loi martiale. On n'a plus de nouvelles de Ma Thu Thu San depuis son arrestation et les craintes pour sa sécurité augmentent.

En outre, le 26 juin, le secrétaire général de la Fédération des syndicats des industries de l'artisanat et des services du Myanmar (MICS-TusF) devait être libéré au terme d'une peine de deux ans de prison. Au lieu de cela, il a été enlevé par des militaires et on est sans nouvelles de lui depuis.

Depuis le coup d'État militaire, plus de 300 syndicalistes et militants ont été arrêtés et plus de 50 ont été tués. La junte militaire du Myanmar a interdit pratiquement tous les syndicats, réduisant à néant le droit fondamental à la liberté syndicale. Un responsable militaire a même déclaré devant les travailleurs de Hosheng : "il n'y a pas de syndicat sous la loi martiale".

On peut lire dans la lettre de la commission européenne du 28 juin :

"Légalement, les syndicats existent toujours dans les usines et au niveau des fédérations. Des organisations de protection des droits des travailleurs fonctionnent toujours dans le pays, mais elles ne peuvent le faire normalement en raison des risques de sécurité et de réputation résultant d'une situation politique complexe et polarisée. MADE vise à soutenir leur résilience et leur capacité à échanger avec les entreprises pour trouver une solution aux différends."

Après le coup d'État militaire, 16 des organisation syndicales et ONG de défense des travailleurs les plus représentatives et démocratiques ont été interdites. Par la suite, avec le soutien de MADE, des organisations telles que Action Labour Rights, ont tenté de combler les vides.

Or, avec sept travailleurs et activistes de ses organisations officiellement reconnues renvoyés, menacés et arrêtés, nous voyons mal comment MADE soutient en aucune façon leur résilience et leur capacité à échanger avec les entreprises pour trouver une solution aux différends.

Au contraire, MADE procure une sensation illusoire de sécurité qui est dangereuse pour ceux qui se trouvent en première ligne des conflits du travail. MADE n'apporte aucune protection aux représentants des travailleurs et, en donnant l'impression que c'est le cas, l'Union européenne fait plutôt partie du problème qu'elle ne fait partie de la solution.

La résolution du Parlement européen du 11 mai 2023 

Nous avons contacté des députés européens avant le débat et le vote sur la résolution sur le Myanmar du 11 mai 2023 et nous avons été heureux de constater un large soutien transpartisan pour le texte final, notamment pour les demandes suivantes : 

8.  invite la Commission à démontrer que le régime «Tout sauf les armes» ne profite pas à la junte et, dans le cas contraire, à procéder à un retrait temporaire du mécanisme;

9.  demande à l’Union de démontrer que toute coopération avec le Myanmar/la Birmanie, y compris par des entreprises privées et des entreprises établies dans l’Union, telles que MADE, est soumise à des procédures de diligence renforcées en matière de droits de l’homme afin de protéger et de garantir les droits des travailleurs;

En conséquence, nous attendons maintenant de la Commission européenne qu'elle apporte des preuves concrètes que le régime "Tout sauf les armes" ne profite pas à la junte militaire (y compris par le biais d'échanges de devises) et que MADE renforce les procédures de diligence en matière de droits de l'homme, notant les récents cas de licenciement, d'agression militaire et d'arrestations de militants ouvriers liés au programme MADE.

L'OIT et la Conférence internationale du travail

Comme vous le savez, la situation terrible des travailleurs au Myanmar trouve de plus en plus d'écho à l'échelon international, avec l'adoption d'une résolution d'urgence à la Conférence internationale du travail et la décision de constituer une commission d'enquête. Nous suivrons l'enquête et y participerons et attendons de l'ensemble de la communauté internationale qu'elle réagisse comme il se doit à ses conclusions.

Alors que la situation empire au Myanmar pour les travailleurs et les activistes ouvriers, notamment ceux engagés dans le projet MADE parrainé par l'Union européenne, nous insistons pour que celle-ci supprime les préférences douanières accordées dans le cadre du Système des préférences généralisées et retire son soutien au projet MADE. Il ne faut pas que les citoyens européens et les fonds publics soient utilisés au profit de la junte militaire, ni qu'ils soient associés à un projet financé par l'Union européenne dans lequel les travailleurs sont menacés, licenciés ou arrêtés sans motif.

Nous demandons des réunions d'urgence avec chacune des institutions européennes au nom des travailleurs et des syndicats du Myanmar.

Grève aux États-Unis pour des emplois verts

Selon un rapport récent, la production de locomotives “vertes” dans l’usine Wabtec d’Érié pourrait créer des milliers de nouveaux emplois de qualité dans le nord-ouest de la Pennsylvanie, une région durement touchée par la désindustrialisation.

Des prototypes pour de telles locomotives sont déjà fabriqués dans l’usine. Lors des négociations avec l’employeur, les sections locales 506 et 618 du Syndicat unifié des Travailleurs de l’électricité, de la radio et de la machinerie (UE) a proposé un texte garantissant que le travail sur ces locomotives serait effectué à Érié. Au lieu de cela, Wabtec a menacé de supprimer au moins 275 emplois dans l’usine.

Les deux sections locales ont rejeté l’offre de l’employeur et se sont mises en grève le 22 juin pour obtenir une convention qui leur permette de poursuivre la production de locomotives vertes.

Bryan Pietrzak, Secrétaire financier de la section locale 506 de l’UE, explique :

“Il s’agit de 1.400 familles touchées par la cupidité des conseils d’administration. Nous luttons contre les tactiques antisyndicales du célèbre cabinet d’avocats Jones Day, nous luttons pour que les nouveaux embauchés reçoivent un salaire qui leur permette de subvenir aux besoins de leur famille, nous luttons pour le maintien de nos assurances maladie et la couverture des soins dentaires et optiques et, enfin, nous luttons pour que l’entreprise puisse nous rende des comptes par le rétablissement de notre droit de grève en cas de différent”.

“C’est une honte que, à cause de la cupidité de cette entreprise, nous soyons obligés de nous battre contre elle, au lieu de collaborer avec elle pour construire les locomotives vertes qui sont essentielles à l’avenir climatique de notre pays. Lors des négociations, nous avons proposé de le faire, parce que la production de locomotives vertes apporterait des milliers d’emplois de qualité à Érié et à la région occidentale de la Pennsylvanie. Cette entreprise a dit NON”.

Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“Le syndicat s’est engagé aux côtés de l’entreprise dans le cadre d’investissements futurs dans la construction de locomotives vertes, mais Wabtec répond de manière très irresponsable par des mesures antisyndicales. Les membres en grève bénéficient du soutien total d’IndustriALL et nous appelons Wabtec à engager de véritables négociations avec ses sections syndicales locales afin de trouver une solution pour une Transition juste.”

Une réunion entre le syndicat et l’employeur est prévue pour le 11 juillet.

Les travailleurs sud-africains en marche contre la crise socioéconomique

Des travailleurs venus de tout le pays ont participé à une grève protégée organisée par le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU). Deux affiliés d'IndustriALL, également affiliés au COSATU, le Syndicat national des mineurs (NUM) et le Syndicat des travailleurs de l'habillement et du textile d'Afrique australe (SACTWU), étaient présents dans les défilés.

Un certificat de grève Section 77 avait été délivré par le Conseil national du développement économique et du travail (NEDLAC). Ce certificat garantit à tous les travailleurs de pouvoir participer à la grève sans risquer d'être licencié.

Dans différentes parties du pays, les rues se sont remplies de travailleurs réclamant la fin de la crise sociale, économique et politique qui aggrave la pauvreté et les inégalités.

Dans la ville du Cap, les travailleurs ont marché sur le parlement pour y déposer un mémorandum réclamant que le gouvernement et le secteur privé cessent leurs attaques contre la négociation collective, luttent contre la corruption et le crime, abaissent des taux d'intérêts élevés, et mettent fin aux pertes d'emplois et aux privatisations.

André Kriel, le secrétaire général du SACTWU, s'est adressé aux travailleurs devant le parlement :

"Nous sommes confrontés à une terrible crise du chômage et nous appelons le gouvernement à formuler des politiques pour y remédier. La violence fondée sur le genre progresse; notre gouvernement a ratifié la convention 190 de l'OIT, mais ratifier ne suffit pas, il faut que le gouvernement prenne des mesures actives pour concrétiser cette ratification et mettre fin à la violence fondée sur le genre sur les lieux de travail."

À Johannesburg, les travailleurs se sont rendus aux sièges du ministère de l'Emploi et du travail, de l'Autorité des gouvernements locaux d'Afrique du Sud, du Conseil des droits de l'homme d'Afrique du Sud et du Premier ministre de la province avec des revendications similaires.

Les travailleurs veulent une amélioration de la prévention contre le crime et des mesures anti-corruption, de meilleurs services des municipalités pour régler la crise de l'eau et une stratégie de l'énergie pour que cessent les coupures de courant. D'après les Services de police sud-africaine (SAPS), la plupart des meurtres sont commis au cours de cambriolages et les délits tels que les vols et agressions sont en augmentation. En outre, la corruption continue de freiner la croissance économique et le développement.

L'emploi décent est menacé après la perte de 21.000 emplois entre janvier et mars 2023, portant le nombre de chômeurs à plus de 10 millions, selon Statistics South Africa. Pour les travailleurs qui participaient aux manifestations, la majorité des emplois se précarisent et la hausse du coût de la vie les pénalise du fait de la perte de valeur de leurs salaires.

Duncan Luvuno, le président national de la santé et la sécurité du NUM, a déclaré :

"Les travailleurs commencent à se rendre compte qu'ils ont le pouvoir de faire bouger les choses en descendant dans la rue et en luttant pour leurs revendications, et qu'ils ne sont pas seulement tributaires des négociations en salle de conseil. Dans la rue, les travailleurs prennent conscience qu'ils sont leurs propres libérateurs puisque certaines de leurs campagnes, comme pour l'assurance nationale de santé par exemple, sont devenues une réalité."

En dépit de nombreuses lois et politiques, dont la Loi d'amendement de la Loi sur les délits sexuels et questions apparentées et la Loi d'amendement sur la violence domestique, et la ratification de la convention 190, la violence et le harcèlement fondés sur le sexe font que le pays reste un des plus dangereux pour les travailleuses. Les statistiques montrent que 10.512 femmes ont été violées entre janvier et mars de cette année. De plus, les femmes subissent le harcèlement sexuel, et certaines ont été tuées au travail. Elles ne sont pas en sécurité chez elles non plus, les violences domestiques étant très répandues.

En remettant la pétition du COSATU au ministère de l'Emploi et du travail, la première vice-présidente du SACTWU et coprésidente de la région de l'Afrique subsaharienne Susan Khumalo a déclaré :

"La violence fondée sur le genre reste une atrocité contre les femmes. En tant que syndicats, nous demandons au gouvernement et à la police de jouer leur rôle en mettant un terme à ce fléau, en poursuivant et emprisonnant les auteurs. Les employeurs devraient aussi sécuriser les lieux de travail pour les travailleuses."  

Le Bangladesh est l’un des pires pays du monde pour les travailleurs

Selon l’Indice, la région Asie-Pacifique a connu une érosion croissante des droits des travailleurs au cours des dix dernières années. Le Bangladesh, l’Inde et le Pakistan ont été identifiés comme des pays où ces droits ne sont pas garantis. Les travailleurs et travailleuses de ces pays sont confrontés à la violence et à la répression de la part de leurs directions et des autorités de l’État, notamment à des arrestations arbitraires pour avoir dénoncé des pratiques de travail déloyales. Cela se reflète clairement dans le récent assassinat d’un dirigeant syndical par des hommes de main engagés contre lui par sa direction pour avoir réclamé le paiement des salaires des travailleurs.

Viraj Steel et SLAM Clothing, en Inde, figurent sur la liste des entreprises qui violent les droits des travailleurs. Environ 70 travailleurs de Viraj Steel, membres du syndicat affilié à IndustriALL par l’intermédiaire de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie, ont été arbitrairement arrêtés, dont le Secrétaire général du syndicat, après que la direction a déposé une plainte auprès de la police dans le but de réprimer l’activité syndicale dans l’usine.

Au sein de l’entreprise SLAM Clothing, la direction a illégalement mis les travailleurs en lock-out et a finalement fermé l’usine après que le syndicat a réclamé le versement de salaires impayés. Bien que le Syndicat des travailleurs de l’habillement et de la mode, affilié à IndustriALL par l’intermédiaire de Unions United, ait remporté la bataille juridique contre SLAM, le tribunal du travail ayant ordonné la réintégration des travailleurs ainsi que le paiement des arriérés de salaire et des avantages liés à l’ancienneté, la mise en œuvre de cette ordonnance se fait toujours attendre.

Le rapport souligne que les employeurs et les gouvernements ne dialoguent pas de bonne foi avec les syndicats pour répondre aux revendications d’augmentation des salaires, en particulier dans le contexte mondial actuel où l’inflation est galopante mais où les salaires stagnent. On observe une tendance à des attaques soutenues contre les droits à la négociation collective.

Au Sri Lanka, le gouvernement a arbitrairement écarté quatre syndicats, dont des affiliés d’IndustriALL, du Conseil consultatif national du travail, qui est un organe tripartite chargé de discuter des questions liées au travail. Cette décision intervient au moment où le gouvernement propose de réformer le droit du travail en vigueur dans le pays.

Le rapport mentionne également que les gouvernements adoptent des législations qui portent gravement atteinte aux droits des travailleurs. En Inde, les gouvernements des États ont adopté des lois et des règles anti-ouvrières qui portent atteinte au droit à la liberté syndicale et à la négociation collective, et qui allongent la durée quotidienne du travail de neuf à douze heures. Au Bangladesh, les prestations en matière de maternité ont été réduites dans le cadre d’une modification de la législation sur le travail.

Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“IndustriALL condamne ces graves attaques contre les droits des travailleurs perpétrées dans le monde entier. En ce moment crucial où les salaires réels ont chuté et où les conditions de travail se sont détériorées en Asie du Sud, il est important que les gouvernements et les directions collaborent avec les syndicats pour garantir un travail décent pour les travailleurs et travailleuses.”

Pour la dixième fois, la CSI a publié cette année son Indice des droits dans le monde à la fin du mois de juin. L’édition de cette année montre que la crise mondiale du coût de la vie s’est accompagnée d’une répression des droits des travailleurs dans toutes les régions du monde.

Les revendications des travailleurs et travailleuses pour que leurs droits soient respectés ont été ignorées et leur désaccord a fait l’objet de réactions de plus en plus brutales de la part des États.

Les dix pays les plus défavorables aux travailleurs en 2023 sont les suivants : le Bangladesh, la Biélorussie, l’Égypte, l’Équateur, l’Eswatini, le Guatemala, le Myanmar, la Tunisie, les Philippines et la Turquie.

Le modèle nordique attaqué en Finlande

Ce projet prévoit des attaques contre la négociation collective, l'action collective, la protection contre le licenciement, etc.

Quelques éléments-clés de la réforme proposée :

Les syndicats surveillent étroitement ce projet et le nouveau gouvernement finlandais rencontrera une forte opposition des syndicats du pays, qui sont parmi les plus puissants d'Europe. La réforme proposée ouvrirait une nouvelle ère dans la politique finlandaise parce que le modèle nordique des relations de travail a toujours été respecté, même par les gouvernements de centre-droit.

La secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Europe, Isabelle Barthès, a exprimé sa surprise et sa déception devant le projet du gouvernement Orpo :

"Avec la crise actuelle du coût de la vie, il est essentiel que les organisations syndicales puissent lutter ensemble pour assurer des conditions de travail et des salaires décents à leurs membres. Le projet finlandais remet totalement en question l'esprit des relations de travail constructives et va à l'encontre des instruments sur les salaires, la négociation collective et le dialogue social qu'a récemment adoptés l'UE.

"Une fois de plus, nous voyons que les partis d'extrême-droite prétendent défendre les intérêts des travailleurs dans leur propos, mais dès qu'ils arrivent au pouvoir, ils changent la loi pour leur rendre la vie plus difficile."

Pour le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie :

"Il est très perturbant de voir un pays ayant une tradition de relations du travail solides s'engager dans la voie du populisme et s'en prendre aux droits des travailleurs et tenter de les diminuer. Nous soutenons avec force les syndicats finlandais pour préserver les piliers d'un dialogue social constructif et le respect des droits fondamentaux des travailleurs."