Les FSI donnent l’alerte : le projet de convention des Nations unies sur les migrations met en danger les travailleurs migrants
Cette déclaration met en garde contre le fait que le projet de texte actuel de l’ONU constitue un dangereux pas en arrière : il s’écarte d’une approche fondée sur les droits et édulcore les références aux conventions fondamentales de l’OIT sur la liberté syndicale et la négociation collective.
Le recul des droits des travailleurs migrants
La déclaration commune tire la sonnette d’alarme quant au projet zéro 2026 de la Déclaration d’étape, qui, selon les FSI, fait évoluer la gouvernance des migrations vers un modèle technocratique de « marché du travail », au risque de traiter les travailleuses et travailleurs migrants comme des facteurs économiques plutôt que comme des titulaires de droits.
Tout en saluant l’adoption de clauses plus fermes relatives aux frais de recrutement et à la servitude pour dettes, les FSI réclament six changements urgents :
garantir le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs migrants
rétablir les normes internationales du travail comme fondement de la politique migratoire
renforcer l’inspection du travail et l’application de la loi
assurer la portabilité de la protection sociale
privilégier la régularisation plutôt que les formules temporaires liées à l’employeur
garantir des réglementations contraignantes en matière de recrutement équitable
La déclaration souligne par ailleurs que la main-d’œuvre migrante doit avoir accès à la justice, en particulier la possibilité de porter plainte pour vol de salaire, violations sur le lieu de travail et harcèlement, même après un retour dans le pays d’origine. Le texte stipule que le vol de salaire constitue le premier indicateur du travail forcé et que les travailleuses et travailleurs migrants sont trois fois plus susceptibles d’en être victimes que les autres.
La réalité sur le terrain
Ces revendications reflètent une tendance bien connue d’IndustriALL. En Malaisie, nous avons récemment déposé une plainte officielle auprès de l’OIT après avoir documenté des pratiques antisyndicales systématiques dans douze entreprises des secteurs de l’électronique, des semi-conducteurs, de l’aérospatiale, de l’automobile et du papier. Les salariés migrants figuraient parmi les plus visés, menacés d’expulsion et de non-renouvellement de leur permis de travail afin de les empêcher de voter pour un syndicat. Chez Lumileds, des ouvrières et ouvriers migrants ont été expulsés après la victoire de leur syndicat lors du scrutin.
Les travailleuses migrantes sont confrontées à des obstacles qui s’accumulent. Lors de la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW70), IndustriALL et d’autres fédérations internationales ont pointé qu’au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales, les femmes sont surreprésentées dans les emplois les plus précaires, souvent sans couverture syndicale et sans accès à des procédures de plaintes.
L’engagement d’IndustriALL
La déclaration reflète le Plan d’action (2025-2029) d’IndustriALL qui s’engage explicitement à défendre les migrants et les réfugiés dans le cadre de sa lutte plus vaste pour l’égalité et les droits des travailleurs. Le Plan d’action reconnaît que le personnel migrant est particulièrement stigmatisé et exposé à de graves violations de ses droits et à l’injustice. Il confirme la volonté d’IndustriALL de renforcer les politiques d’inclusion en impliquant concrètement les migrants et les réfugiés dans les activités syndicales.
« Les travailleuses et travailleurs migrants contribuent largement aux économies et aux secteurs essentiels à travers le monde, mais ils restent structurellement exclus des protections auxquelles tout travailleur a droit. La Déclaration de progrès de 2026 ne doit pas constituer un recul. Elle doit garantir que chaque travailleuse, chaque travailleur, quel que soit son passeport ou le statut de son visa, a le droit de se syndiquer, de négocier collectivement et de vivre et travailler dans la dignité »
a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.
« L’union fait la force » : mobilisation des femmes lors de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW
« Femmes d’acier ne se résume ni à un programme ni à un meeting »
a déclaré Randie Pearson, Directrice de Femmes d’acier, lors de la séance d’ouverture de la conférence.
« C’est un mouvement au sein du syndicat. »
Déléguées de la conférence « Femmes d’Acier » du syndicat des Métallos USW lors du meeting en extérieur à Toronto (Canada), avril 2026.
L’événement, qui s’est tenu à Toronto du 30 mars au 2 avril derniers, a réuni environ 1.000 travailleuses syndiquées venues des quatre coins des États-Unis et du Canada sous le thème « Éducation pour une nouvelle ère » et le slogan « Connaissez votre pouvoir ». Il s’agissait du premier grand forum depuis la désignation de Roxanne Brown en tant que 10e Présidente internationale des Métallos USW, première femme et première personne noire à diriger le syndicat.
Les structures forgent les leaders
La conférence s’est ouverte par une reconnaissance des territoires traditionnels prononcée par une grand-mère autochtone et gardienne du savoir, ancrant ainsi la semaine dans un esprit de réconciliation et de responsabilité. S’en sont suivi quatre jours de séances plénières, d’ateliers et de discussions articulés autour d’une conviction centrale :
le leadership des femmes ne s’impose pas de lui-même. Il se construit, délibérément, au fil du temps, grâce à des structures qui refusent d’attendre qu’on leur en octroie la permission.
Le programme « Femmes d’acier » est antérieur à la représentation féminine au sein du Comité exécutif de l’USW. Depuis sa création, il a permis l’obtention d’aménagements spécifiques pour les femmes enceintes, d’espaces réservés à l’allaitement, d’EPI (équipements de protection individuelle) adaptés à la morphologie des femmes et de clauses contractuelles qui reflètent leurs réalités.
Aujourd’hui, la majorité des chefs de département de l’USW sont des femmes. Trois femmes siègent au Comité exécutif. Une femme occupe la Présidence internationale.
Randie Pearson s’adresse aux déléguées lors de la séance d’ouverture de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW à Toronto (Canada), mars 2026.
Randie Pearson a souligné sans ambigüité toute l’importance du phénomène :
« Chacune d’entre vous dans cette salle possède ce même pouvoir. Peut-être n’en avez-vous pas encore conscience. Peut-être vous a-t-on dit de vous asseoir et de vous taire ou encore d’attendre votre tour. Mais vous n’avez pas à attendre. Votre voix compte ici et maintenant. »
Carol Landry, ancienne Vice-présidente de l’USW et ancienne membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a replacé ce parcours dans son contexte lors de la réception de clôture.
Ce sont les femmes du District 6 qui, au début des années 1990, ont soumis la proposition à Leo Gerard, alors Président international, initiative qui a finalement donné naissance à Femmes d’Acier. Carol Landry a été la première femme élue au Conseil exécutif de l’USW et a également siégé au Comité exécutif d’IndustriALL. Plusieurs décennies plus tard, elle se retrouve dans cette salle de conférence, à Toronto, face à une femme désignée au poste de Présidente internationale.
Carol Landry s’adresse aux déléguées lors de la séance d’ouverture de la conférence « Femmes d’acier » des Métallos USW à Toronto (Canada), mars 2026. Illustration : USW.
La politique : un engagement personnel
La deuxième journée s’est ouverte sur une session consacrée à la politique, aux pratiques en vigueur et à la place réservée aux femmes. Amber Miller, Vice-présidente internationale nouvellement élue, a établi un lien immédiat et profond avec l’assemblée.
Amber Miller, Vice-présidente générale, prend la parole lors de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW à Toronto (Canada), mars 2026.
S’appuyant sur sa propre expérience de femme active dans des environnements de travail industriels, sur les conditions dangereuses qui y règnent, sur le poste qu’elle a effectué deux semaines seulement après avoir accouché parce que sa famille ne pouvait pas se permettre qu’elle reste à l’arrêt plus longtemps, elle a démontré que la politique n’est jamais abstraite.
« La politique détermine qui a du crédit, qui accède à des opportunités, qui est protégé, qui est licencié », a-t-elle déclaré. « Cette sélection n’est pas accidentelle. Elle se produit parce que des gens prennent des décisions et que celles-ci sont façonnées par les pratiques, par la culture et par ceux qui détiennent le pouvoir. »
Connaissez votre pouvoir
Durant cette semaine, des ateliers ont fourni aux participantes des outils pratiques relatifs à la santé et la sécurité, à la négociation, à l’engagement citoyen et au leadership qu’elles pourront mettre au service de leurs sections locales.
La Présidente internationale de l’USW, Roxanne Brown, a exhorté chaque femme présente dans la salle à savoir qui elle est avant que le monde ne tente de la définir à sa place.
« Tôt ou tard, le monde va essayer de vous imposer sa propre vision de qui vous êtes. Il est donc vraiment important que vous ayez conscience de qui vous êtes. Ainsi, lorsque ce moment viendra, vous vous dresserez, fortes de savoir qui vous êtes. »
Roxanne Brown s’exprime lors de la conférence « Femmes d’Acier » de l’USW à Toronto (Canada), mars 2026.
Lors du troisième jour, le meeting « Femmes d’Acier » a emmené les déléguées en cortège dans les rues de Toronto, rejointes par le maire de la ville, dans une démonstration de solidarité qui a donné visibilité et publicité aux thématiques de la semaine.
Lutte internationale : un seul et même combat
Une table ronde sur le leadership des femmes et la solidarité internationale a réuni Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, Carla Castro de l’EMIH (organe de surveillance indépendant au Honduras), et Ruth Lopez du syndicat Los Mineros, affilié d’IndustriALL au Mexique.
La panelliste Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe, participe à un débat sur la solidarité lors de la séance d’ouverture de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW à Toronto (Canada), mars 2026.
Christina Olivier a d’emblée dénoncé le backlash (revanche antifémniste) : en 2024, un pays sur quatre a affiché un recul en matière de droits des femmes. Elle a établi un lien avec les transitions verte et numérique qui remodèlent l’industrie, soulignant que les femmes en supportent les coûts sans être présentes dans les salles où ces décisions se prennent.
« Alors que le capital mondialise l’exploitation des travailleuses et travailleurs, nous devons mondialiser notre solidarité », a-t-elle déclaré.
Carol Castro a décrit la violence, le harcèlement et le tribut physique auxquels sont confrontées les femmes dans le secteur des maquilas au Honduras, la discrimination fondée sur l’âge à partir de 35 ans, les heures supplémentaires obligatoires, la violence obstétricale et le manque de structures d’accueil pour les enfants. Elle a conclu par la devise de son organisation : « Ils nous craignent parce que nous n’avons pas peur. Plus aucune femme ne doit mourir dans notre pays. »
Ruth Lopez a évoqué la visibilité que les femmes ont acquise dans un secteur historiquement dominé par les hommes, à la table des négociations et au sein des commissions de santé et sécurité. Elle a également abordé le travail qui reste à accomplir pour créer des espaces où les femmes ne se contentent pas de prendre pied mais où elles prennent les rênes.
Lors d’un atelier portant sur la solidarité internationale, organisé plus tard dans la semaine, une déléguée de la CNM-CUT, affilié brésilien d’IndustriALL, a fait une intervention percutante. Elle a pointé ce que le panel avait clairement mis en évidence : les luttes auxquelles les femmes sont confrontées dans leurs secteurs dépassent toutes les frontières. Il doit en aller de même pour la solidarité.
Une déléguée de la CNM-CUT s’exprime lors d’un atelier sur la solidarité internationale
« La conférence des femmes de l’USW de 2026 ne se limite pas à un rassemblement. Elle constitue une preuve. La preuve que lorsque les syndicats s’engagent à renforcer le leadership des femmes, comme un projet fondateur et non pas secondaire, les résultats suivent »,
a affirmé Christina Olivier
« Et la preuve que le désir de solidarité transfrontalière parmi les travailleuses est réel, profond et prêt à être rencontré. »
Les syndicats appellent à une action urgente face à l’intensification de la surcapacité sidérurgique et des distorsions commerciales
À la tête d’une importante délégation syndicale présente à la réunion, le TUAC, IndustriALL et industriAll Europe ont fait part de leurs vives inquiétudes face aux pressions croissantes qui pèsent sur le secteur. Ils ont souligné qu’à défaut d’une action urgente et coordonnée, les tendances actuelles pourraient accélérer les pertes d’emplois et la désindustrialisation dans de nombreuses régions du monde.
Les discussions se sont déroulées dans un contexte de détérioration des conditions du marché comme le reflètent les conclusions du Comité de l’acier de l’OCDE. La surcapacité mondiale a atteint 640 millions de tonnes en 2025 et continue d’augmenter. Dans le même temps, l’affaiblissement de la demande, la hausse des exportations et le contournement graduel des règles commerciales exercent une pression considérable tant sur les producteurs que sur les travailleuses et travailleurs. Ces dynamiques font baisser les prix, sapent les investissements et menacent la viabilité à long terme du secteur.
Les syndicats ont souligné qu’il ne s’agit pas là d’évolutions abstraites du marché, mais de tendances porteuses de conséquences directes et graves pour les salariés de l’ensemble de l’industrie sidérurgique.
« Les défis structurels du secteur sidérurgique restent sans réponse, tandis que la détérioration des conditions économiques et le choc énergétique à venir exacerberont les problèmes existants. Pour les travailleuses et travailleurs, cela se traduit par des restructurations, des fermetures d’usines, des délocalisations, une précarité de l’emploi ainsi qu’une pression toujours plus appuyée sur les salaires, les conditions de travail et le dialogue social. Nous avons besoin que les gouvernements de l’OCDE agissent de manière décisive pour garantir l’avenir de la sidérurgie dans nos pays et des emplois de qualité dans ce secteur »,
a déclaré Veronica Nilsson, Secrétaire générale du TUAC.
L’incertitude croissante alimente également le comportement à court terme des entreprises, dont les bénéfices sont trop souvent orientés vers la rémunération des actionnaires plutôt que réinvestis dans l’emploi, les compétences et la production à faible émission de carbone.
« Partout en Europe, le manque d’investissement fait partie des problèmes principaux. Les entreprises ne réinvestissent pas dans la production, dans les travailleurs et dans la transformation de nos sites industriels, ce qui met en péril l’avenir de l’industrie sidérurgique et de régions entières. Une conduite responsable des entreprises exige de la part des dirigeants une approche durable de l’investissement. Alors que l’Europe met en œuvre le plan d’action pour l’acier, comme nous l’avons demandé conjointement, les entreprises devraient débloquer leurs investissements. Ce serait un signal tangible pour les salariés que leurs emplois sont reconnus à leur juste valeur et que les entreprises sidérurgiques sont elles aussi prêtes à mouiller leur chemise »,
a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.
Les syndicats ont mis en évidence plusieurs défis majeurs :
L’insuffisance des investissements à long terme affaiblit l’innovation, la décarbonisation et le développement de la main-d’œuvre
La pénurie de compétences s’aggrave à mesure que les travailleuses et travailleurs expérimentés quittent le secteur et que les jeunes sont moins nombreux à y entrer
La transition vers un acier à faible émission de carbone risque d’être retardée en l’absence de stratégies industrielles et de financements clairs
Les syndicats ont souligné que la transition vers un acier neutre en carbone ne pourra aboutir qu’avec des investissements substantiels, des politiques industrielles à long terme et un dialogue social constructif. Ils ont appelé à des investissements publics renforcés, à une conduite responsable des entreprises et à une implication totale des salariés afin de garantir une transition juste qui protège les emplois et les communautés.
« Une conduite responsable des entreprises n’est pas facultative : elle est essentielle pour l’avenir de l’acier. Les entreprises doivent réinvestir dans la production et la main-d’œuvre, plutôt que de verser des dividendes. Et la diligence raisonnable doit être exercée avec les salariés et non en dépit d’eux, grâce à une véritable participation des syndicats, une voix indépendante des travailleuses et travailleurs et des mécanismes de réclamation crédibles. Si ces conditions ne sont pas remplies, nous risquons d’assister à des audits faibles, à un blanchiment de la part des entreprises et à de nouvelles perturbations dans un secteur déjà fragile »,
a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.
Enfin, les syndicats ont réaffirmé leur volonté de collaborer avec les gouvernements, le secteur et l’OCDE pour proposer des solutions coordonnées. Ils ont appelé à une action décisive pour soutenir une production sidérurgique durable, des emplois de qualité et une concurrence mondiale équitable.
Réunion du Comité de l’acier de l’OCDE à Paris, 23–24 mars 2026
Maigre bilan de Yaoundé : peu de résultats pour l’Afrique lors de la réunion des ministres de l’OMC
La réforme de l’OMC, le commerce électronique, les subventions à la pêche, l’agriculture et le paquet de mesures en faveur des pays les moins développés ont été renvoyés à Genève, en Suisse, pour y être approfondis.
Ce résultat a déçu les syndicats et les organisations de la société civile, qui avaient planifié leurs propres réunions parallèles et espéraient que la conférence permettrait de réelles avancées sur des questions de développement qui les préoccupent de longue date. Au lieu de cela, elle a mis en évidence de vives divergences concernant la marge de manœuvre politique des pays en développement, l’avenir du commerce numérique et l’équilibre entre les intérêts multilatéraux et la souveraineté nationale.
Droits de douanes sur les transmissions électroniques dans l’impasse
L’impasse la plus visible concernait le moratoire établi de longue date sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Ce texte, en vigueur depuis 1998, empêche les membres de taxer les produits numériques transfrontaliers tels que les logiciels, la musique ou les livres électroniques. Traditionnellement renouvelé tous les deux ans, il a expiré après que les ministres, qui constituent l’instance décisionnelle suprême de l’OMC, ne sont pas parvenus à s’entendre sur une prolongation.
Les États-Unis ont d’abord plaidé en faveur d’une interdiction permanente, avant de proposer un renouvellement de cinq ans. Le Brésil a insisté pour s’en tenir à la norme de deux ans, arguant qu’un gel plus long limiterait la capacité des pays en développement à générer des recettes et à façonner leur politique numérique. Le moratoire connexe sur l’engagement de ne pas déposer de plaintes en situation de non–violation ou motivées par une autre situation au titre de l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) a également expiré sans prorogation.
Les syndicats, notamment la CSI, IndustriALL et l’Internationale des services publics, ainsi que des organisations de la société civile africaine, dont l’Africa Trade Network, ont considéré cet échec comme le reflet de déséquilibres plus profonds au sein des structures de l’OMC. La plupart ont fait valoir qu’un moratoire permanent ou prolongé profiterait de manière disproportionnée aux grands exportateurs du numérique tout en limitant les options des économies qui sont encore en train de construire leur infrastructure en la matière.
Une occasion manquée pour l’agriculture
L’agriculture, une priorité pour les membres africains et d’autres pays en développement, n’a une nouvelle fois donné lieu à aucune avancée concrète. Aucune décision n’a été prise concernant le soutien interne, l’accès aux marchés, la sécurité alimentaire publique ou le mécanisme de sauvegarde spéciale. Les revendications formulées de longue date par les pays du « Cotton-4 » (Bénin, Burkina Faso, Tchad et Mali) en matière de subventions sont également restées sans réponse. Les États-Unis avaient bloqué tout progrès sur l’agriculture plus tôt dans la conférence, appelant à une remise à plat de ces négociations.
Un autre point sensible a concerné la proposition d’intégrer l’Accord sur la facilitation des investissements pour le développement dans les règles de l’OMC. Les syndicats et la société civile ont averti que son adoption formelle risquait de compromettre le caractère consensuel de l’organisation.
Les représentants des syndicats et de la société civile ont présenté le Protocole sur l’investissement de la Zone de libre-échange continentale africaine comme un cadre régional plus approprié, arguant qu’il évite un arbitrage international conflictuel et protège mieux les investisseurs nationaux.
Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré que cette réunion constitue une occasion manquée d’élargir l’espace de politique industrielle pour la création d’emplois décents, en particulier pour la population jeune d’Afrique, conformément à l’Accord de Marrakech qui a institué l’OMC.
« Des règles commerciales plus justes et plus équitables, qui créent des emplois et donnent la priorité aux travailleuses et travailleurs ainsi qu’aux communautés africaines, sont nécessaires pour aller de l’avant »,
a-t-elle affirmé.
Roxanne Brown parle de pouvoir, de solidarité et d’une nouvelle ère pour les femmes dans le mouvement syndical
« Ce moment ne concernait pas que moi. Il nous concernait toutes. »
Le 1er mars dernier, Roxanne D. Brown est devenue la 10e Présidente internationale du Syndicat des Métallos USW : première femme, et première femme noire, à diriger l’un des syndicats les plus puissants d’Amérique du Nord.
Elle est parfaitement consciente de ce que cela signifie. Bien plus qu’une étape personnelle, une étape collective. Un moment qui a cristallisé, comme elle l’a dit, « tant d’espoirs, de rêves, de luttes silencieuses et de prières » et qui revient à toutes ces collègues à qui on avait un jour martelé qu’atteindre le sommet n’était pas pour elles.
Un mois plus tard, alors qu’elle s’adressait à IndustriALL durant la Conférence internationale des femmes de l’USW à Toronto, ce moment historique avait gardé tout son poids. Aux yeux des retraitées qui ont déclaré qu’elles n’auraient jamais pensé vivre assez longtemps pour y assister. Aux yeux des jeunes femmes qui se demandent encore s’il y a une place pour elles en haut de l’échelle. Pour Roxanne Brown elle-même, qui, par habitude, se surprend encore parfois à se présenter comme « Vice-présidente ».
« Il n’y a rien que les collègues ne puissent accomplir. Pour elles, où que ce soit de par le monde, il n’existe aucun poste, aucun rôle inatteignable, aucune tâche insurmontable. »
Armée pour ce moment
Roxanne Brown n’est pas arrivée à la présidence par hasard. Née à Kingston, en Jamaïque et élevée à White Plains, dans l’État de New York, elle s’est engagée dans le mouvement syndical portée par son vécu personnel : sa mère et sa tante occupaient des emplois syndiqués qui leur ont permis d’acheter une maison et d’accéder à la classe moyenne. Cette ascension a déterminé l’ensemble de son parcours.
Elle a rejoint l’USW il y a 27 ans. Depuis, elle a consacré près de trois décennies à lutter pour les travailleuses et travailleurs dans les secteurs de la santé, du commerce et de l’industrie manufacturière ainsi qu’en faveur de la sécurité au travail. Pendant tout ce temps, elle n’a cessé d’être portée par une seule conviction : ce sont les travailleuses et travailleurs qui ont le plus de poids autour de n’importe quelle table de négociation.
Sachez qui vous êtes
Devant une salle remplie de consœurs syndicalistes, Roxanne Brown a transmis la leçon qu’elle a partagée avec sa propre fille et qu’elle transmet désormais aux femmes au sein du mouvement.
« Tôt ou tard, le monde va essayer de vous imposer sa propre vision de qui vous êtes. Il est donc vraiment important que vous ayez conscience de qui vous êtes. Ainsi, lorsque ce moment viendra, vous vous dresserez, fortes de savoir qui vous êtes. »
Elle parle d’expérience. Dans les années qui ont précédé son élection, elle les a elle-même entendu les doutes, les limites que les autres tentaient de lui imposer. Elle avait déjà décidé de qui elle était.
Pour Roxanne Brown, se connaître soi-même ne relève pas d’un exercice contemplatif. Cela signifie accéder à ce qui nous rend puissantes et agir délibérément pour protéger cette conscience acquise. Elle tisse des liens avec les gens par la parole, par l’écoute, par les histoires qu’elle recueille et intègre dans son travail.
Elle parle ouvertement du syndrome de l’imposteur, le qualifiant non pas d’échec personnel, mais de phénomène structurel, une chose que les femmes doivent constamment gérer dans des espaces qui ne sont pas conçus pour elles.
« Même quand on sait qui l’on est, cette confiance vacille un peu et le syndrome de l’imposteur refait surface », a-t-elle souligné. « Savoir qui l’on est dès le départ et prendre des mesures pour se le rappeler, aussi modestes soient-elles, c’est vraiment important. »
Désignant sa fille de huit ans présente dans la salle de conférence, elle précise que celle-ci a bien plus de confiance en elle qu’elle-même, Roxanne Brown, n’en a jamais eue à cet âge. Pourquoi ? Parce qu’elle a grandi entourée de femmes fortes, tant au sein de sa propre famille et qu’au sein de sa famille syndicale, qui lui ont toutes montré à quoi ressemble le pouvoir dans la pratique.
« C’est de cela qu’il s’agit », a affirmé Roxanne Brown. « Montrer ce qui est possible. »
Renforcer le leadership des femmes : le modèle « Femmes d’acier »
La présidence de Roxanne Brown n’est pas le fruit du hasard.
Elle a été préparée pendant des décennies grâce au modèle puissant de développement du leadership féminin déployé par le mouvement syndical international.
Femmes d’acier, le programme de l’USW consacré à la syndicalisation et au leadership des femmes, est antérieur à la représentation féminine au sein du Comité exécutif du syndicat. À sa création, la direction de l’USW était exclusivement masculine. Il a fallu attendre 2008 pour que la première femme fasse son entrée au Comité exécutif. Pourtant, l’ancien Président international, Leo Gerard, avait marqué son engagement envers le programme, envers les collègues féminines du syndicat, envers l’idée que les femmes avaient besoin d’une structure où elles pourraient apprendre, participer à des formations et appréhender l’exercice du pouvoir.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Si en 2008, une seule femme siégeait au Comité exécutif, aujourd’hui, elles y sont au nombre de trois. La majorité des chefs de département de l’USW sont des femmes. Et pour la première fois dans l’histoire du syndicat, la présidence internationale est assumée par une femme.
« Si nous n’avions pu nous appuyer sur ce programme, j’ignore par quel biais nous aurions pu parler aux collègues de leur pouvoir », a déclaré Roxanne Brown. « De ce qu’elles apportent au syndicat et de la manière dont ce pouvoir le sert. »
Sous la direction de Randie Pearson, Directrice de Femmes d’acier, l’édition 2026 du programme a été entièrement remaniée. Le contenu de la formation, la formulation, les questions abordées, tout a été mis à jour pour refléter les besoins actuels des femmes. Cette refonte inclut la reconnaissance explicite de la violence domestique comme enjeu syndical, thématique dont les collègues ont autrefois douté qu’il puisse figurer sur la liste des préoccupations du syndicat.
« A l’époque, les collègues étaient confrontées à des problématiques dont elles ignoraient si elles pouvaient devenir des points d’attention pour le syndicat », a déclaré Roxanne Brown.
« Ce changement est désormais intégré dans la mouture dont nous disposons aujourd’hui. »
Aux affiliés du monde entier qui débutent ce parcours, elle adresse un message sans détour : tout commence par le leadership. L’engagement doit venir d’en haut. Et le programme doit être conçu pour durer, non seulement pour les collègues présentes aujourd’hui, mais aussi pour celles qui cherchent encore leur voie.
« Ceci n’est que le début »,
a-t-elle assuré.
« Et l’objectif est de faire en sorte que d’autres collègues ouvrent les yeux sur ce qui est possible. Car d’autres défis sont à venir. »
À un moment où la politique commerciale américaine, les attaques contre les droits des travailleurs et le démantèlement des protections sur le lieu de travail secouent les marchés du travail du monde entier, ce lien n’a jamais été aussi crucial.
« Quand les États-Unis éternuent, le monde attrape un rhume », a-t-elle fait remarquer. « Les travailleuses et travailleurs des États-Unis ne sont pas le gouvernement. Nous aussi, nous ressentons la douleur et la pression et nous comptons sur la solidarité de notre famille syndicale partout dans le monde. »
Elle se montre tout aussi directe au sujet de la menace qui pèse en Amérique du Nord. Le climat politique actuel, le démantèlement des protections en matière de diversité, d’équité et d’inclusion, l’assouplissement des réglementations sur la sécurité au travail, le chaos de la politique tarifaire qui a bouleversé les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale : tout cela n’est pas que simple agitation politique. Il s’agit de véritables dommages infligés aux travailleurs.
« Au cours de l’année écoulée, un grand nombre de protections érigées au profit des travailleuses et travailleurs en matière de sécurité et de santé ont été rabotées », a-t-elle signifié lors de la conférence. « Nous n’en percevons peut-être pas encore les effets immédiats. Mais ce jour viendra. »
Sa réponse à celles et ceux qui tentent de faire oublier aux travailleuses et travailleurs le pouvoir qu’ils détiennent est viscérale et sans ambiguïté. Ce sont eux qui ont bâti ces économies. Personne d’autre ne peut entrer dans les mines, les fonderies, les usines de pâte à papier et de papier et faire ce que le personnel syndiqué fait chaque jour. C’est là que réside réellement le pouvoir a-t-elle pointé.
« Nous les dépassons en nombre. Nous représentons la force. C’est ce que nous devons garder en tête ici et maintenant. »
Elle décrit IndustriALL comme la plateforme dont le mouvement a de toute évidence besoin à l’heure actuelle. Un espace où concentrer cette solidarité, où porter un regard lucide sur les exigences de la situation et où rappeler aux salariés du monde entier qu’ils ne se battent pas seuls.
« L’unique façon de traverser cette période consiste à prendre conscience que nous ne sommes pas seuls dans ce combat », a-t-elle indiqué. « Que les travailleuses et travailleurs du monde entier se tiennent à nos côtés. »
« Qui a parlé d’une ère nouvelle ? »
Roxanne Brown s’adresse aux déléguées lors de la séance plénière en ouverture de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW à Toronto, mars 2026. Illustration : IndustriALL
Avant de quitter la scène, Roxanne Brown a balayé la salle du regard, dont plus de la moitié assistait à une conférence « Femmes d’acier » pour la première fois. Et elle a mis des mots sur ce qu’elle voyait.
« C’est ça, le leadership », a-t-elle déclaré. « Des collègues qui lèvent la main, qui veulent participer, qui ont la volonté de se former et d’enrichir leur propre boîte à outils. C’est le genre de leadership que nous attendons en tant que syndicat. »
Elle a évoqué cette collègue qui lui avait confié la veille avoir été désignée comme candidate à la présidence de sa section locale et qui a acquis la certitude de pouvoir y arriver après l’avoir rencontrée. Elle a évoqué la jeune femme qui s’est déclarée prête à s’impliquer davantage parce qu’elle avait vu non pas une mais trois collègues siéger au Comité exécutif international.
Cet événement du 1er mars 2026 ne concerne pas que moi, a-t-elle confié.
« Il incarne tant d’espoirs. De rêves. De luttes silencieuses. De prières. Et bien davantage. Nous avons accompli tout cela ensemble. Et ensemble nous continuerons à le faire. »
Nouveau régime d’assurance contre les accidents du travail pour les démolisseurs de navires au Bangladesh
La démolition navale est souvent considérée comme l’activité la plus dangereuse au monde. Les démolisseurs sont exposés quotidiennement à des risques liés aux matières toxiques, aux machines lourdes et aux chutes. La plupart du temps, ils n’ont que peu ou pas de recours lorsqu’ils se blessent ou tombent malades au travail.
Ce projet pilote EIS a été développé en partenariat avec l’OIT. Il met en place un fonds destiné à offrir une pension et un soutien financier aux travailleurs devenus incapables de travailler en raison d’un accident lié à leur activité ou d’une maladie professionnelle ainsi qu’à leurs familles.
BIMCO, la plus grande association internationale de transport maritime au monde, appelle ses membres à signer une lettre d’intention afin de contribuer au fonds EIS.
IndustriALL invite les armateurs à verser au fonds cinquante cents par tonne.
Une protection sociale pour le métier le plus dangereux au monde
Walton Pantland, Directeur pour la syndicalisation et les campagnes ainsi que la construction et la démolition navales auprès d’IndustriALL, a déclaré :
« La démolition navale représente un travail difficile et dangereux. Les travailleurs du secteur paient en effet un lourd tribut en termes de décès, de blessures et de maladies professionnelles. Ceux-ci étaient souvent laissés pour compte s’ils étaient blessés ou trop malades pour travailler. De la même manière que la Convention de Hong Kong rend la démolition navale plus sûre, ce programme EIS offre une protection sociale aux salariés. Cela signifie que les travailleurs et leurs familles percevront une pension s’ils sont dans l’incapacité de travailler. C’est la bonne décision pour le secteur, prise au bon moment. Nous exhortons les armateurs à verser cinquante cents par tonne au fonds afin d’améliorer les conditions de vie des démolisseurs de navires et de leurs familles. »
Le programme EIS applicable au secteur de la démolition des navires s’appuie sur le succès d’un régime similaire mis en place dans celui du prêt-à-porter au Bangladesh. Il s’agit du premier programme national d’assurance contre les accidents du travail destiné aux quatre millions de salariés de cette industrie, offrant des prestations à vie aux travailleuses et travailleurs blessés ainsi qu’aux familles de ceux qui ont perdu la vie au travail.
BP met en lock-out près de 1.000 travailleurs de sa raffinerie dans le cadre d’un conflit social illégal
Ce lock-out, qui met en péril les moyens de subsistance de centaines de travailleuses et travailleurs qualifiés et de leurs familles, intervient tandis que des négociations relatives à une convention sont en cours. Alors que le conflit entre dans son sixième jour, aucune nouvelle date de reprise de pourparlers n’a été fixée et le syndicat affirme que BP a choisi l’intimidation et la confrontation plutôt que la négociation de bonne foi.
Un lock-out planifié dès le départ
Mike Smith, Président national de la délégation syndicale de l’USW pour le secteur pétrolier, assure que la situation était prévisible dès la première heure des négociations.
« Dès le début, on a eu l’impression que c’était leur scénario. Ils ont agi à la fois au plan national, en ne proposant pas le modèle établi à ce niveau avec Marathon, et au plan local, en essayant de vider la convention collective de sa substance. »
La Présidente internationale de l’USW, Roxanne Brown, a condamné, sans équivoque, les actions de BP.
« La décision de BP de mettre ces travailleuses et travailleurs qualifiés en lock-out est inacceptable et illégale. Des générations de syndiqués ont assuré le fonctionnement sûr et efficace de cette raffinerie. Ils méritent d’obtenir une convention qui reflète leur valeur, non pas de subir des manœuvres d’intimidation destinées à leur arracher des concessions. »
Le syndicat exige la fin des manœuvres d’intimidation
Mike Millsap, Directeur du district 7 de l’USW, a averti que les conséquences, au-delà des salariés directement concernés, posent un risque pour l’ensemble de la communauté.
« Dans sa volonté de réduire les effectifs et d’imposer des baisses de salaire, BP choisit la confrontation et met en jeu la sécurité de la communauté en recourant à du personnel de remplacement inexpérimenté. Ce lock-out constitue une attaque directe contre les droits des travailleurs et une tentative d’affaiblir le pouvoir de négociation de ceux-là mêmes qui font le succès de ce site. »
La sécurité au travail et la pérennité de l’emploi au cœur des négociations
Mike Smith a souligné que le Comité de négociation du syndicat n’a cessé d’être disposé à dialoguer tout au long du conflit et a appelé BP à reprendre les pourparlers sans plus attendre.
« Notre Comité de négociation a été présent à la table et prêt à dialoguer. BP doit immédiatement mettre fin à ce lock-out et revenir à des négociations sérieuses. Un accord équitable est à portée de main si l’entreprise se montre disposée à négocier de bonne foi. »
Les principales revendications du syndicat portent sur la sécurité au travail, la pérennité de l’emploi et des salaires équitables.
Des actions prévues alors que la pression s’intensifie sur BP
Sans dates de reprise du dialogue à l’horizon, l’USW intensifie sa campagne publique. Des actions sont planifiées, notamment une éventuelle mobilisation à l’approche de l’assemblée générale des actionnaires de BP, prévue le 23 avril prochain près de Londres, moment susceptible d’attirer l’attention internationale sur ce conflit.
L’USW coordonne ses efforts de campagne stratégique et appelle ses affiliés et ses alliés à se tenir aux côtés des travailleuses et travailleurs en lock-out. Toute manifestation de solidarité et de soutien est la bienvenue alors que le syndicat élabore ses prochaines étapes.
Solidarité avec les travailleurs en lock-out
L’USW appelle BP à mettre fin immédiatement à ses pratiques de travail déloyales, à réintégrer toutes les travailleuses et tous les travailleurs en lock-out et à reprendre des négociations constructives qui respectent la dignité et l’engagement de ses salariés.
« IndustriALL est totalement solidaire des quelque 1.000 adhérents de l’USW victimes du lock-out imposé par BP sur le site de sa raffinerie de Whiting. Depuis des générations, ces travailleuses et travailleurs assurent le fonctionnement sûr et efficace de cette implantation ; leur contribution est inestimable et doit être respectée. Ce lock-out ne tient pas de la négociation mais de la coercition. Cela soulève de graves préoccupations au regard des normes du travail internationalement reconnues, notamment les conventions de l’OIT sur la liberté syndicale et la négociation collective. Nous appelons BP à mettre immédiatement fin au lock-out, à réintégrer tous les salariés concernés et à revenir à la table des négociations pour parvenir à un accord équitable garantissant la sécurité de l’emploi, des effectifs suffisants et des salaires équitables »
a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.
IndustriALL dépose une plainte auprès de l’OIT contre la Malaisie pour antisyndicalisme systémique
Cette plainte, déposée le 10 mars dernier en collaboration avec cinq syndicats affiliés malaisiens, accuse le gouvernement de ne pas garantir une protection adéquate contre l’ingérence des employeurs dans le droit des travailleurs à se syndiquer et à négocier collectivement, en violation directe de la Convention n° 98 de l’OIT, ratifiée par la Malaisie.
Un mécanisme de violations généralisé
Les douze dossiers concernent Flextronics Technology (Penang), Molex (Malaisie), Renesas Semiconductor KL, Texas Instrument Malaysia, XSD International Paper, General Aluminium Works, Hicom Automotive Manufacturers, Valeo Malaysia, Boeing Composites Malaysia, Nexperia Malaysia, Lumileds Malaysia et WiwynnTechnology Service Malaysia.
Dans chacune de ces affaires, les travailleuses, les travailleurs et les syndicats ont été confrontés à un ensemble de tactiques d’une constance remarquable, destinées à porter atteinte à leur liberté syndicale.
Les employeurs ont menacé les salariés de leur retirer primes, augmentations de salaire et avantages sociaux s’ils votaient en faveur de la création d’un syndicat. Ils les ont en outre avertis que l’usine fermerait ses portes et que des licenciements collectifs auraient lieu si des syndicats étaient créés. Les travailleuses et travailleurs migrants, parmi les plus vulnérables, ont été spécifiquement visés par des menaces d’expulsion et de non-renouvellement de leur permis de travail. Les bus de l’entreprise ont été délibérément retardés les jours de scrutin. Les bureaux de vote ont été rendus physiquement inaccessibles. Les salariés n’ont pas été autorisés à vérifier si leur nom figurait sur les listes électorales. Des militants syndicaux ont été licenciés, suspendus et soumis à des procédures disciplinaires à la suite de leurs résultats favorables.
Dans certains cas, les entreprises ont instrumentalisé le système judiciaire, déposant un recours après l’autre devant la Haute cour, la Cour d’appel et la Cour fédérale afin de retarder les procédures de reconnaissance de plusieurs années, voire de plus d’une décennie, pour l’un des dossiers en particulier.
Les travailleurs ont riposté et gagné mais la justice est restée évasive
Malgré des ingérences incessantes, les travailleuses et travailleurs de plusieurs entreprises ont fait preuve d’une détermination extraordinaire. Chez Nexperia, le syndicat a obtenu 95,92 % des voix. Chez Boeing Composites Malaysia, 85,2 % des votants se sont prononcés en faveur du NUTEAIW. Chez Lumileds, le syndicat a remporté le scrutin avec près de 70 % des suffrages, malgré les menaces de la direction d’expulser le personnel migrants, le refus d’accorder des pauses toilettes aux partisans du syndicat et les accusations fallacieuses de faute professionnelle à l’encontre des dirigeants syndicaux.
Pourtant, une victoire dans les urnes n’est que rarement synonyme de fin de la lutte. Chez Lumileds, un membre du Comité d’entreprise qui s’était élevé contre les intimidations post-scrutin a été licencié et contraint de dormir dans sa voiture après avoir été mis à la porte de son logement fourni par l’entreprise. Des travailleurs migrants ont été expulsés.
Chez XSD International Paper, vingt militants syndicaux ont été limogés quelques semaines après que le syndicat a été reconnu à 63,71 % des voix. Ils n’ont été réintégrés que plusieurs mois plus tard, à la suite d’une manifestation devant le Parlement malaisien.
Chez Renesas Semiconductor, bien que les tribunaux se soient prononcés à plusieurs reprises en faveur du syndicat et aient confirmé que l’entreprise s’était livrée à des pratiques antisyndicales, six ans après le dépôt d’une plainte officielle personne n’a encore été poursuivi ou sanctionné en vertu de la loi.
Les autorités n’ont pas agi
La plainte fait état d’un manquement constant des autorités malaisiennes à prendre des mesures efficaces. Les dénonciations déposées auprès du Département des relations sociales sont restées sans réponse ou n’ont donné lieu à aucune mesure concrète. Des enquêtes ont été ouvertes mais n’ont jamais abouti à des sanctions dissuasives. Les autorités ont privilégié la conciliation plutôt que l’application de la loi. Dans l’affaire Flextronics, une plainte urgente a été déposée auprès des agents du Département des relations sociales présents sur place pendant le scrutin. Aucune suite n’y a été réservée.
Dans ses observations de 2024, la Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations de l’OIT (CEACR) avait déjà signalé l’inefficacité des recours, la longueur des procédures et l’insuffisance des sanctions dissuasives en Malaisie dans les affaires de discrimination antisyndicale. Elle regrettait alors que le gouvernement n’ait pas fourni les informations demandées et n’ait apporté aucune modification à la disposition particulière de la Loi sur les relations sociales qui empêche les travailleuses et travailleurs de saisir directement les tribunaux.
Revendications d’IndustriALL
IndustriALL et ses affiliés font appel au Comité de la liberté syndicale de l’OIT pour qu’il recommande au gouvernement malaisien de prendre des mesures urgentes, notamment :
de veiller à ce que le scrutin secret et les procédures de reconnaissance se déroulent sans ingérence de l’employeur, avec un suivi actif et une intervention immédiate des autorités ;
de garantir des enquêtes diligentes et impartiales sur la discrimination antisyndicale, assorties de délais clairs et de conclusions motivées ;
d’imposer des sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives, y compris une application effective de l’article 59 de la Loi sur les relations sociales ;
d’offrir des solutions rapides aux salariés concernés, entre autres une réintégration et une indemnisation ;
de prendre des mesures spécifiques pour protéger les travailleuses et travailleurs migrants, particulièrement exposés à la coercition ;
d’empêcher que les retards judiciaires excessifs ne deviennent un moyen de priver les salariés de leur droit de négociation collective.
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :
« Les dossiers évoqués dans cette plainte ne représentent pas des incidents isolés ; ils témoignent d’une défaillance structurelle dans la protection des droits fondamentaux des travailleurs en Malaisie. Les travailleuses et travailleurs remportent les scrutins à une écrasante majorité et continuent pourtant d’être licenciés, intimidés et privés de leur droit de négociation. Le gouvernement malaisien doit agir et l’OIT doit lui demander des comptes. »
La plainte a été déposée conjointement avec les syndicats des secteurs de l’électronique (EIEUNR, EIEUSR et EIEUWR), du papier et de ses dérivés (PPPMEU) et des équipements de transport et industries connexes (NUTEAIW) qui représentent, à eux seuls, des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs dans l’ensemble de la Malaisie péninsulaire.
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Convertir les lois sur la diligence raisonnable en résultats tangibles pour les travailleurs
Le Centre de compétence pour la DRDH a été créé par IndustriALL, UNI, la Confédération allemande des syndicats DGB et la Fondation Friedrich Ebert (FES). Il prend la forme d’une fondation à but non lucratif enregistrée aux Pays-Bas, soutenue à l’origine par un financement du ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement.
Il a pour mission de soutenir une transition fondamentale : passer d’une approche volontaire à un cadre juridique contraignant. Cette transition offre aux travailleuses et travailleurs du monde entier de nouvelles possibilités d’accéder à des voies de poursuite et de réparation. La cérémonie inaugurale, organisée par la FES, a débuté sur une déclaration d’intention limpide. Ce n’est qu’en plaçant les droits humains au cœur de la vie des entreprises que le monde pourra devenir plus équitable.
Kelly Fay Rodríguez, Directrice du Centre de compétences, a ouvert la séance en invitant l’auditoire à visualiser les travailleuses et travailleurs que ces lois visent à protéger : les ouvrières et ouvriers de la confection au Bangladesh, les mineurs de Zambie qui extraient du cobalt destinés aux batteries de véhicules électriques, le personnel d’entrepôt des pays où le fait de se syndiquer peut vous coûter votre emploi, les modérateurs qui examinent du contenu traumatisant pour un salaire ne dépassant pas deux dollars de l’heure.
« Pendant trop longtemps, lorsque ces droits étaient bafoués, les entreprises pouvaient s’en laver les mains. La distance leur servait de bouclier. Cette époque touche à sa fin. »
Au cours de la journée, trois tables rondes ont exploré les moyens de mettre ce principe en pratique. Elles ont abordé le paysage juridique, la reconnaissance syndicale au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales et les réalités spécifiques auxquelles sont confrontés les travailleuses et travailleurs des secteurs des minerais critiques et des technologies. Des intervenants du Zimbabwe, du Kenya, du Brésil, de Côte d’Ivoire et de Roumanie ont livré des témoignages de première main quant à ce que cela demande de pouvoir se syndiquer, négocier et obtenir réparation. Ces trois tables rondes ont parlé d’une seule voix : les lois créent un levier si et seulement si les travailleurs ont leur mot à dire.
« Chez IndustriALL, nous disposons d’outils : les accords-cadres mondiaux, l’Accord, les Principes directeurs de l’OCDE. Toutefois même les meilleurs outils présentent des limites. Les travailleuses et travailleurs ont besoin de moyens de recours et il ne faut pas qu’ils attendent des années pour les obtenir »
a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.
Mettre en œuvre la DRDH
Les débats ont clairement démontré que les lois seules ne suffisent pas. Sans une implication significative des syndicats, la diligence raisonnable risque de se réduire à une simple formalité administrative. Ces lois peuvent devenir de puissants instruments de responsabilisation pour autant que les salariés siègent à la table de négociations. En clôture de la journée, Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, l’a dit sans détour :
« Les initiatives volontaires ne suffisent à changer ni la situation des travailleuses et travailleurs ni leur environnement de travail. Il nous faut une réglementation contraignante. Nous devons responsabiliser les entreprises et faire entendre la voix des salariés. »
Ce centre appuiera les syndicats grâce à un service d’assistance fournissant conseils, accompagnement et orientations vers des ressources spécialisées. Il les aidera à identifier les législations pertinentes, les leviers d’action existants et les moyens d’accéder aux mécanismes de mise en œuvre ainsi qu’aux voies de recours. Un laboratoire d’impact juridique, formé d’experts en matière de DRDH, de personnes de terrain et de spécialistes syndicaux, sera également mis en place. Il aura pour objectif de cartographier ces voies d’action et d’identifier les obstacles à l’application des lois.
IG Metall conteste l’élection du Comité d’entreprise de Tesla en raison d’actes d’intimidation et de menaces
IG Metall dénonce une campagne soutenue d’intimidation à l’encontre des travailleuses, des travailleurs et des candidats qui soutenaient la liste syndicale. Pendant des mois, on a fait croire aux salariés que voter pour IG Metall revenait à voter contre Tesla et aurait des conséquences tant sur l’avenir de l’usine que sur leurs emplois.
Ces intimidations provenaient principalement des superviseurs et des directeurs d’usine qui occupent une position particulière au sein de l’entreprise. Position qu’ils ont utilisée pour influencer les élections de manière abusive. Des publicités lumineuses sur la façade de l’usine ont été autorisées pour la liste pro-direction, celles pour la liste d’IG Metall ont été immédiatement bloquées. Les dirigeants ont distribué des badges portant le slogan « Giga oui, syndicat non » et ont averti les travailleuses et travailleurs que voter pour IG Metall entraînerait une baisse de salaire. Dans certains cas, ont donné des instructions directes telles que : « Je ne peux que vous conseiller de ne pas voter pour la liste rouge. »
La Secrétaire générale d’IG Metall et Présidente d’IndustriALL, Christiane Benner, a déclaré :
« Le sentiment que l’élection chez Tesla a été influencée par des menaces est trop important pour ne pas porter le cas devant la justice. Nos collègues de l’usine, ainsi que les candidats au Comité d’entreprise, méritent des élections équitables sans avoir le sentiment qu’ils pourraient être sanctionnés par la suite à cause de leurs décisions. Au sein d’un État constitutionnel comme l’Allemagne, cela doit non seulement être possible, mais aller de soi. À notre avis, cela n’a manifestement pas été le cas lors des récentes élections du Comité d’entreprise chez Tesla. Les principes démocratiques doivent s’appliquer à ces élections capitales.»
Jan Otto, Directeur régional d’IG Metall pour Berlin-Brandebourg-Saxe, a qualifié la situation d’inédite :
« En tant que syndicaliste, je n’ai jamais connu une atteinte à la cogestion démocratique telle que celle observée chez Tesla. Elon Musk et la direction allemande de Tesla ont utilisé tout leur pouvoir pour orienter cette élection du Comité d’entreprise en leur faveur. Nous nous défendrons contre cela par tous les moyens nécessaires. Mais les batailles juridiques ne sont pas notre priorité ; nous concentrons tous nos efforts sur la collaboration avec nos membres pour garantir de meilleures conditions de travail à Grünheide. »
Si le reours aboutit, le Comité d’entreprise actuel sera dissout et de nouvelles élections organisées.
Cette affaire a des implications plus larges pour le droit du travail allemand. La Confédération allemande des syndicats (DGB) réclame depuis longtemps une obligation stricte de neutralité de l’employeur lors des élections au Comité d’entreprise, arguant que l’affaire Tesla démontre le besoin urgent de protections juridiques plus solides.