Un fournisseur de Lululemon licencie 500 travailleurs philippins durant la période de Noël

Bien que l'entreprise ait versé un mois de salaire à titre de préavis, une indemnité de licenciement et un treizième mois au prorata, qu'elle se soit coordonnée avec d'autres employeurs du port franc et le ministère du Travail et de l'Emploi (DOLE) pour le processus de réembauche, le syndicat TF2 a déclaré que l'indemnité de licenciement est inappropriée. Celle-ci ne représente en effet que 50 % du montant convenu. TF2 a également indiqué que la fermeture pourrait constituer un acte déguisé de répression syndicale.

Laudicia Casana, Représentante de TF2, a déclaré :

“La fermeture a eu de graves répercussions économiques et psychologiques sur les travailleurs et travailleuses ainsi que leurs familles. Le DOLE, Lululemon et le Conseil tripartite de l'industrie textile et de l'habillement (CTITC) ont le devoir de mener une enquête approfondie. Cette fermeture fait fi du rôle privilégié du seul syndicat représentatif, ce qui constitue une pratique déloyale au regard du Code du travail philippin et ne doit pas être toléré.”

Les membres du syndicat TF2-FFW Kilos Damit, affilié à IndustriALL, ont déclaré avoir été choqués par cette annonce. TF2 a exprimé son profond regret face à ce qu'il a qualifié de décision inconsidérée, soulignant que l'employeur n'a pas engagé de dialogue social à propos d’une décision de gestion aussi importante.

En 2021, l'entreprise a invoqué la pandémie de Covid-19 pour justifier la mise en congé sans solde, pour une durée indéterminée, de plus de 100 travailleurs et travailleuses. Elle a également retardé le processus de négociation collective et licencié huit dirigeants du syndicat des employés de Charter Link Inc (CLIEU-FFW). Ceux-ci ont par la suite été réintégrés grâce à l’intervention concertée d'IndustriALL, de Lululemon et du tribunal du travail.

Dans une lettre adressée au ministère du Travail et de l'Emploi, le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a exhorté le gouvernement philippin à mener une enquête complète et transparente sur la fermeture de Charter Link Clark, notamment quant aux motifs invoqués par l'entreprise.

“Le gouvernement doit veiller au respect total de la convention collective et de toutes les réglementations du travail applicables. Si l'entreprise reprend ses activités, quelles que soient sa dénomination et sa localisation, nous demandons instamment que les travailleurs et travailleuses concernés soient prioritaires lors du processus de rappel et de réembauche, conformément aux normes du travail et aux principes de relations sociales équitables en vigueur aux Philippines,”

a ajouté Atle Høie.

Illustration: Wikimedia Commons (CC0)

Pakistan : le plaidoyer syndical a fait chuter les décès parmi les mineurs en 2025

Le secteur minier pakistanais a longtemps été l'un des plus dangereux du pays, caractérisé par des conditions de travail précaires, une application insuffisante des normes de sécurité, des bas salaires et une protection sociale limitée. Jusqu'à une époque récente, plus de 300 mineurs mouraient chaque année et plus de 3.000 étaient gravement blessés, nous ont rapporté les affiliés d'IndustriALL au Pakistan. En l'absence de signalements systématiques et généralisés, ces chiffres sont probablement sous-estimés, en particulier dans les régions reculées comme le Baloutchistan.

La situation s'est améliorée en 2025 à la suite de plusieurs évolutions fondamentales. Après une série d'attaques, le gouvernement du Baloutchistan a déployé des effectifs de l'armée dans les zones touchées, mettant fin aux opérations minières illégales qui étaient à l'origine d'une part importante des accidents mortels. En mars, la promulgation au Baloutchistan de la loi de 2025 sur les ressources minières et minérales a introduit un nouveau cadre juridique plus conforme aux normes de sécurité internationales.

Les graves inondations de l'année dernière ont également contraint de nombreux sites miniers à la fermeture, contribuant ainsi à la baisse du nombre d'accidents signalés.

Une nouvelle étape avait été franchie en novembre 2024, lorsque les employeurs du secteur minier et la Fédération centrale ouvrière des mines du Pakistan (PCMLF) ont signé un accord, dans la foulée d'une réunion soutenue par IndustriALL et le Syndicat australien des mines et de l'énergie MEU. Ce document a pour objet la sécurité et la santé au travail, le développement des compétences, l'accès aux soins médicaux, les salaires, les équipements de protection, la sécurité des transports et la protection sociale. Des campagnes régulières sur la sécurité et la santé au travail ainsi que des ateliers de sensibilisation ont également été organisés dans le cadre d'une campagne intitulée « Sauvegarder les mines ».

Health and safety workshop

Une autre organisation affiliée dans le secteur minier au Pakistan, la PMWF, a également mené une campagne active pour améliorer les normes de santé et sécurité, exhortant les autorités fédérales et provinciales à ratifier et à mettre en œuvre la Convention 176 de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines. Ses efforts consistent notamment à sensibiliser plus de 840 mineurs à la sécurité dans les mines, à promouvoir la formation et le soutien médical et à plaider en faveur d'une application plus stricte des réglementations de sécurité afin de prévenir les accidents et les décès.

Tout au long de l'année 2025, les affiliés d'IndustriALL du secteur minier, PMWF et PCMLF, avec le soutien du MEU, ont organisé des ateliers mensuels de sensibilisation à la santé et sécurité au travail dans les principaux pôles miniers du Baloutchistan. Ceux-ci ont mis l'accent sur l'identification des dangers, les droits des travailleurs et la préparation aux situations d'urgence. Dans le même temps, IndustriALL a intensifié sa campagne pour que le Pakistan ratifie la Convention 176 sur la sécurité et la santé dans les mines, en faisant pression sur le gouvernement pour qu'il aligne la législation nationale sur les normes internationales et renforce la redevabilité.

Malgré ces avancées, des mines illégales continuent de fonctionner dans certaines régions avec un soutien institutionnel, tandis que l'accès restreint offert aux médias contribue à la sous-déclaration des accidents. Alors que les chiffres officiels indiquent une baisse de 50 % des accidents en 2025, les syndicats et la Commission nationale des droits de l'homme estiment que cette baisse est plus proche de 20 à 25 %. Les affiliés d'IndustriALL au Pakistan vont poursuivre leur lutte dans tout le pays en faveur de la sécurité des mineurs.

Atle Høie, Secrétaire général d'IndustriALL, a déclaré :

“En mai 2025, le gouvernement a exprimé son intention de ratifier trois conventions fondamentales de l'OIT : la C155 sur la sécurité et la santé au travail, la C187 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail et la C176 sur la sécurité et la santé dans les mines. Ces ratifications devraient être entérinées d'ici début 2026 et constituent une avancée importante. Quoi qu'il en soit, ces engagements doivent désormais se traduire par une mise en œuvre concrète sur le terrain.”

IndustriALL et ENI renforcent leurs engagements mondiaux

Le processus de négociation a duré deux ans et a vu la participation active des syndicats de plusieurs pays et secteurs dans lesquels ENI opère. Il démontre clairement que la négociation mondiale et la coopération transnationale restent des outils efficaces pour protéger les travailleurs et les travailleuses dans un monde en mutation rapide.

Lors de la cérémonie de signature qui s'est tenue à Milan ce 13 janvier, les représentants de la direction mondiale d'ENI, les syndicats italiens et une délégation internationale d'IndustriALL ont souligné l'importance de cet accord, véritable instrument dynamique pour le dialogue social et la protection des droits du travail tout au long de la chaîne de valeur mondiale de l'entreprise.

Les membres du comité mondial, à l’unanimité, ont cité des exemples concrets où le recours à l’ACM leur a permis d’engranger des victoires importantes pour leurs adhérents.

L'accord renouvelé comprend plusieurs améliorations déterminantes par rapport à la version précédente :

Les syndicats ont mis en exergue la volonté commune de préserver le caractère concret et évolutif de l’accord, ce qui permettra de répondre aux grands défis d’aujourd’hui et de demain : la décarbonisation, la numérisation et la complexité croissante des chaînes d'approvisionnement. Dans un contexte mondial marqué par l'incertitude géopolitique et la pression croissante sur les droits du travail, ce type d'accord démontre qu'une coopération ambitieuse et responsable reste possible.

Le renouvellement de cet ACM consolide les outils de suivi et les mécanismes de dialogue institutionnalisés entre l'entreprise et le mouvement syndical mondial. Il maintient et conforte le processus de révision annuelle, créant un espace d'évaluation conjointe, de transparence et de responsabilité.

“Au-delà de sa portée symbolique, le renouvellement de cet accord recouvre un véritable engagement en faveur des droits fondamentaux du travail, de la responsabilité des entreprises et d'une transition juste. Le fait qu'une entreprise comme ENI renforce ses pratiques de diligence raisonnable dans le contexte mondial actuel et intègre la Convention 190 de l'OIT envoie un signal fort de leadership. Mais au-delà du texte, ce qui compte vraiment, c'est sa mise en œuvre : le temps est venu de travailler ensemble pour que ces engagements deviennent réalité partout où ENI déploie ses activités,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d'IndustriALL.

Le Sri Lanka ratifie la Convention 190 de l’OIT : un important jalon pour les droits des travailleurs

Cette ratification fait suite à une décision clé du Conseil des ministres, qui a approuvé, en décembre 2025, les dispositions légales requises pour la ratification et l’application de cette Convention. Cette décision ouvre la voie à l’élaboration et à la mise en œuvre par le gouvernement des législations et réglementations nationales nécessaires.

La Convention 190, adoptée par la Conférence internationale du travail en 2019, constitue la première norme internationale du travail visant spécifiquement à prévenir et à combattre la violence et le harcèlement dans le monde du travail, en particulier le harcèlement fondé sur le genre. Elle promeut des conditions de travail sûres et dignes pour tous les travailleurs et travailleuses.

IndustriALL et ses affiliés au Sri Lanka ont joué un rôle prépondérant dans la réalisation de cette avancée majeure. Les syndicats, en collaboration avec des organisations de la société civile, ont organisé des séminaires, débats et campagnes de sensibilisation au niveau national, afin de souligner l’importance de la Convention 190 et de pousser le gouvernement à agir.

Les dirigeants de nos affiliés ont salué cette ratification tout en soulignant le travail qui reste à accomplir :

“Nous sommes heureux que le Sri Lanka soit devenu le deuxième pays d’Asie du Sud à ratifier la Convention 190,”

a déclaré le Collègue Palitha, Président du NUMMS et Secrétaire général du Conseil d’IndustriALL pour le Sri Lanka.

“Nos syndicats ont mené campagne dès le jour où la convention est entrée en vigueur, mobilisant les travailleurs et travailleuses et organisant des concertations dans tous les secteurs, afin de garantir la bonne compréhension des mesures de protection qu’elle apporte et de plaider en faveur de sa ratification,”

a-t-il ajouté.

“En tant que syndicats, nous considérons que cette ratification vient couronner la campagne menée depuis des années par les travailleurs et travailleuses, syndiqués et non syndiqués, en faveur d’une convention qui les protège contre le harcèlement et les abus sur le lieu de travail. Cependant, notre combat n’est qu’à moitié gagné. La ratification de la Convention 190 n’a aucun sens si le législateur local n’adopte pas de dispositions correspondantes contre le harcèlement sur le lieu de travail. Sans des telles mesures, nos travailleurs et travailleuses ne peuvent pas bénéficier pleinement des protections garanties par cette convention. C’est pourquoi nous continuerons à faire campagne jusqu’à ce que le Parlement adopte une loi contre le harcèlement sur le lieu de travail qui soit pleinement conforme aux principes et aux dispositions de la Convention 190,”

a déclaré la Collègue Swasthika, Présidente du CIWU.
 
La ratification de la Convention 190 de l’OIT permet non seulement au Sri Lanka de s’aligner sur les normes internationales du travail, mais souligne également le rôle essentiel des syndicats et des partenaires sociaux dans l’élaboration de politiques qui protègent les droits des travailleurs et travailleuses, promeuvent l’égalité des sexes et favorisent la sécurité sur les lieux de travail, tant dans le secteur formel que dans le secteur informel.

“La ratification de la Convention 190 de l’OIT par le Sri Lanka est un grand pas en avant pour les droits et la dignité des travailleurs et travailleuses. La violence et le harcèlement n’ont pas leur place dans le monde du travail et cette convention fournit un cadre solide pour y remédier. L’accent doit désormais porter sur sa mise en œuvre, en veillant à ce qu’une législation nationale forte soit adoptée et que les travailleurs, en particulier les femmes et les personnes occupant un emploi précaire, soient pleinement protégés dans la pratique,”

a déclaré Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL.

UA Zensen : le plus grand syndicat industriel du Japon à un tournant

En tant que Présidente d’UA Zensen, quelles sont vos principales priorités stratégiques pour les trois à cinq prochaines années ?

“Notre priorité absolue est la syndicalisation, qui est importante pour IndustriALL dans son ensemble et bien sûr pour nous aussi.

“Le taux de syndicalisation au Japon continue de baisser, mais UA Zensen s’engage à augmenter le nombre de ses adhérents et à dépasser ses objectifs annuels en matière de syndicalisation. Les syndicats japonais étant basés sur les entreprises, nous devons accéder à celles qui ne sont pas encore syndiquées. Nous avons déjà fait des progrès dans la syndicalisation des travailleurs et travailleuses à temps partiel, qui n’étaient traditionnellement pas pris en considération et nous voulons continuer à élargir le champ d’application de nos effectifs syndicaux. Notre objectif à long terme est de créer des syndicats dans chaque entreprise et d’y renforcer le pouvoir de négociation, en particulier dans les petites et moyennes entreprises.

“UA Zensen s’attache depuis longtemps à identifier et à former des leaders syndicalistes, ce dont je suis fière. Depuis les années 1960, nous avons contribué à former des dirigeants tant au niveau national qu’international, renforçant ainsi le mouvement syndical actuel. Nous nous efforçons également de former la prochaine génération de dirigeants et de promouvoir un leadership plus équilibré, notamment en soutenant les femmes.”

Vous avez vous-même vingt-cinq ans d’expérience dans le mouvement. Comment votre expérience a-t-elle façonné votre leadership actuel ?

“J’ai commencé dans le commerce de détail et je suis devenue responsable syndicale à temps plein en 2000. L’entreprise pour laquelle je travaillais a fait faillite et nous avons dû nous battre pour mettre en place un plan de restructuration, tout en soutenant nos membres. Après une fusion, je suis devenue Secrétaire générale du Syndicat des travailleurs du commerce de détail AEON. À partir de là, j’ai continué à gravir les échelons au sein d’UA Zensen, devenant Présidente du secteur du commerce, Vice-présidente, puis, l’année dernière, Présidente d’UA Zensen. Je suis également Vice-présidente de RENGO et membre du Comité directeur du secteur du textile et de la confection d’IndustriALL.

"Les tâches sont plus difficiles aujourd’hui. Il y a vingt-cinq ans, je pouvais me concentrer sur un ensemble de questions plus restreint. Aujourd’hui, les défis sont plus vastes et plus diversifiés et les responsabilités ont augmenté.”

Comment voyez-vous le rôle de l’UA Zensen au sein du mouvement syndical japonais dans son ensemble, compte tenu de la baisse des taux de syndicalisation ?

“Comme je l’ai indiqué, nous devons syndiquer les entreprises non syndiquées et accélérer nos efforts de syndicalisation si nous voulons contrer la baisse de la densité syndicale. De nombreux syndicats sont confrontés au même défi. Nous devons travailler plus étroitement avec RENGO, la confédération syndicale japonaise, pour aider à enrayer cette tendance. RENGO tente de syndiquer les travailleurs et travailleuses à titre individuel et il sera peut-être nécessaire pour nous d’envisager d’autres formes de recrutement syndical.”

Comment décririez-vous l’attitude générale à l’égard des syndicats au Japon ?

“Le Japon connaît depuis longtemps des relations sociales harmonieuses et une histoire liée aux trois principes directeurs de la productivité. Avec cette approche, les entreprises et les syndicats coopèrent dans le domaine de la production et une fois que les entreprises ont réalisé des bénéfices, nous négocions la répartition de ceux-ci. En général, cela crée de bonnes relations. Cependant, certaines multinationales considèrent les syndicats comme des ennemis et dans ces cas-là, la situation est plus difficile.”

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’importance accordée par UA Zensen à la diligence raisonnable en matière de droits humains ?

“UA Zensen s’efforce de promouvoir la diligence raisonnable en matière de droits humains au sein des chaînes d’approvisionnement et les accords-cadres mondiaux constituent à cet égard un outil important, mis en œuvre par le biais du dialogue social. Au Japon, seuls trois accords-cadres mondiaux ont été signés : un entre IndustriALL et Mizuno ainsi que deux entre UNI d’une part et AEON et Takashimaya d’autre part. Les marques japonaises peuvent en être fières, mais il reste encore beaucoup à faire et les accords-cadres mondiaux devraient être étendus à d’autres entreprises. Il est important de sensibiliser la société à la diligence raisonnable en matière de droits humains et les accords-cadres mondiaux constituent un moyen efficace d’y parvenir.”

Que signifie concrètement la solidarité internationale pour UA Zensen ?

“La solidarité internationale est importante et bénéfique pour deux raisons. Premièrement, le fait d’être connectés à l’échelle mondiale nous permet d’obtenir des informations précieuses pour les syndicats et les entreprises, car nous pouvons détecter les problèmes à un stade précoce et tenter de les résoudre.

"Deuxièmement, nous pouvons apprendre des autres pays. Les travailleurs et travailleuses que ce soit au Japon ou ailleurs sont confrontés à des défis similaires et certains pays ont des solutions ou des initiatives dont nous pouvons nous inspirer. Lorsque des entreprises japonaises opèrent à l’étranger, il peut y avoir des conflits du travail ou des mesures antisyndicales. Les syndicats locaux nous contactent parfois et comme nous pouvons obtenir des informations et apporter notre soutien, cela devient bénéfique pour les travailleurs et travailleuses ainsi que pour les entreprises concernées.”

ENCADRÉ

UA Zensen est le plus grand syndicat industriel du Japon, représentant plus de 1,9 million d’adhérents dans un large éventail de secteurs qui façonnent la vie quotidienne. Son champ d’action couvre tous les domaines, du textile, de la chimie, de la pharmacie et de l’énergie aux matériaux de construction, au commerce et à la restauration, y compris le travail intérimaire et le travail en sous-traitance. Le syndicat est affilié à la Confédération syndicale japonaise RENGO.

 

Cover photo: Tomoko Nagashima at IndustriALL Congress in Sydney, Australia, November 2025.

Manifestations nationales contre la privatisation de l’électricité au Pakistan

Ces manifestations, organisées par le syndicat pakistanais de l’hydroélectricité APWHEWU, ont eu lieu dans les grandes villes, notamment à Lahore, Peshawar, Rawalpindi, Faisalabad, Gujranwala, Multan, Sukkur, Hyderabad et Quetta. Des milliers de travailleurs et travailleuses se sont rassemblés sous la bannière du syndicat, scandant des slogans contre les projets de privatisation du gouvernement et son incapacité à freiner la flambée des prix de l’électricité.

À Lahore, les travailleurs et travailleuses menés par l’APWHEWU ont manifesté devant le Club de la presse, appelant le Premier ministre et le Ministre fédéral de l’Énergie à dialoguer avec eux et à répondre à leurs préoccupations, exprimées de longue date. Le syndicat a critiqué l’allégeance du gouvernement aux réformes imposées par le Fonds monétaire international (FMI), soulignant les tentatives de privatisation infructueuses à Rawalpindi et Multan comme preuve que ces politiques ne servent pas l’intérêt public.

Le syndicat a fait valoir que les coûteux achats d’électricité auprès de producteurs indépendants ont rendu l’électricité inabordable pour les consommateurs ordinaires, plongeant des millions de personnes dans la précarité par rapport à leurs besoins en énergie.

Quatre revendications clés ont été formulées, notamment la levée de l’interdiction de recrutement dans le secteur de l’électricité, en vigueur depuis neuf ans, afin d’alléger la charge de travail excessive et de réduire le risque d’accidents du travail. Des appels ont également été lancés en faveur de l’amélioration des mesures de sécurité, notamment la fourniture d’équipements de protection adéquats pour le personnel de terrain et l’application stricte des protocoles de sécurité. En outre, il a été demandé, dans l’intérêt national et public, l’arrêt immédiat de la privatisation des entreprises de distribution d’électricité, ainsi que la négociation avec les producteurs indépendants afin de revoir les contrats et de faire baisser les tarifs de l’électricité.

Le Secrétaire général de l’APWHEWU, Khurshid Ahmed, a déclaré :

“Nous, en tant que travailleurs et syndicat, avons réaffirmé notre engagement à résister à la privatisation et à faire campagne pour une électricité abordable. Le gouvernement fédéral du Pakistan doit donner la priorité au bien-être national et à la sécurité des travailleurs et travailleuses plutôt qu’aux conditions imposées par le FMI. Il ne s’agit pas seulement de nos emplois, mais aussi de l’avenir des services publics et du droit des citoyens ordinaires à une électricité abordable. ” 

Le syndicat a averti que si ses revendications étaient ignorées, les manifestations s’intensifieraient dans les semaines à venir.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL, Ashutosh Bhattachoraya, a déclaré :

“Nous sommes pleinement solidaires de cette manifestation nationale organisée par les travailleurs et travailleuses du secteur de l’énergie et le syndicat pakistanais de l’hydroélectricité APWHEWU. Leur action collective envoie un message clair : la privatisation n’est pas la solution à la crise énergétique au Pakistan. Les travailleurs, les travailleuses et leurs syndicats réclament des emplois sûrs, des prix équitables et la prise de responsabilité de la part de l’autorité publique. Le gouvernement doit cesser de promouvoir les politiques dictées par le FMI qui pèsent sur les citoyens ordinaires et plutôt investir dans les services publics, la sécurité des travailleurs et travailleuses ainsi qu’une électricité abordable pour tous. ” 

Le dialogue social au Kirghizistan permet d’obtenir des indemnités plus élevées et des primes pour le travail posté

Ces augmentations ont été confirmées le 4 Décembre 2025 à la suite de décisions prises dans le cadre de mécanismes formels de dialogue social. Ce résultat est le fruit d’années d’implication des syndicats, notamment du Syndicat des mines et de la métallurgie du Kirghizistan, affilié à IndustriALL, qui n’a cessé de dénoncer l’insuffisance des indemnités existantes dans les forums de dialogue nationaux et sectoriels.

En vertu des nouvelles dispositions, les indemnités journalières pour les déplacements professionnels dans les différentes régions du pays sont passées de 500 à 1.000 soms kirghizes (environ 6 à 11 dollars). Pour les déplacements professionnels vers la capitale, Bichkek, les indemnités sont passées de 600 à 1.200 soms kirghizes (environ 7 à 14 dollars).

Comme les primes pour le travail posté (en rotation) sont calculées sur la base des indemnités journalières, cette décision entraîne également une augmentation significative des rémunérations des travailleurs et travailleuses effectuant un travail posté. La prime pour le travail posté s’élève désormais à 1.000 soms kirghizes (environ 11 dollars) par jour. Pour une période de travail posté type de 15 jours, cela représente 15.000 soms kirghizes (environ 170 dollars).

Les syndicats avaient longtemps fait valoir dans les forums de dialogue social que les niveaux d’indemnités précédents, inchangés depuis 2016, ne reflétaient plus les coûts réels supportés par les travailleurs et travailleuses. La hausse des prix et l’inflation faisaient que les indemnités ne couvraient souvent pas les dépenses de base telles que la nourriture, les transports et autres nécessités, affaiblissant ainsi la protection sociale et économique des travailleurs et travailleuses.

Grâce à leur participation soutenue au dialogue social aux niveaux national et sectoriel, les syndicats sont parvenus à établir un consensus sur la nécessité d’actualiser les indemnités et de les aligner sur les conditions de vie et de travail actuelles. L’accord qui en a résulté démontre la valeur pratique du dialogue social institutionnalisé pour apporter des améliorations concrètes en faveur des travailleurs et travailleuses.

Saluant ce résultat, Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“C’est un exemple clair de la manière dont une action syndicale persistante et unie permet d’améliorer concrètement la vie des travailleurs et travailleuses. Le doublement des indemnités journalières et des primes pour travail posté au Kirghizistan est une étape importante vers le rétablissement de l’équité et de la dignité au travail et montre ce qui peut être réalisé grâce à un dialogue social fort et à une défense collective des intérêts.”

Cette décision reflète le potentiel du dialogue social pour apporter des améliorations concrètes aux travailleurs et travailleuses, tout en soulignant la nécessité de renforcer et d’approfondir davantage les mécanismes de dialogue inclusifs afin de garantir que les politiques du travail répondent de manière cohérente aux besoins réels des travailleurs et travailleuses dans le pays.
 

Manifestations contre la nouvelle réglementation sur le salaire minimum en Indonésie

D’autres manifestations ont eu lieu au cours de la première semaine de janvier à Jakarta, à Bekasi et Karawang, ainsi que dans les provinces de Java occidental, Aceh et Riau. Le Président de la Confédération syndicale indonésienne (KSPI) et du Parti travailliste, Said Iqbal, a annoncé que les travailleurs et travailleuses organiseraient une autre grande manifestation devant le palais présidentiel et le siège du Parlement le 8 janvier prochain.
Les syndicats ont rejeté cette réglementation, affirmant qu’elle avait été adoptée sans consultation appropriée et avertissant que l’indice d’ajustement, fixé entre 0,5 et 0,9, pourrait faire baisser les salaires minimums, en particulier au niveau provincial.
Les manifestations ont fait suite à l’approbation de la réglementation par le Président indonésien Prabowo Subianto le 17 décembre dernier. Le Président a déclaré que ces changements visaient à maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses et leur assurer une vie décente, à stabiliser l’économie nationale et à tenir compte de la décision rendue en 2024 par la Cour constitutionnelle. Cette décision stipulait que le gouvernement devait réviser sa politique en matière de salaire minimum, en tenant compte de la nécessité d’assurer une vie décente, la justice et l’humanité, et rétablissait le salaire minimum sectoriel.
En réponse, le KSPI a présenté quatre revendications : une augmentation d’au moins 6,5 % du salaire minimum ; une augmentation de 6 à 7 % pour protéger le pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses ; une augmentation de 6,5 à 6,8 % comme compromis réaliste ; et un indice d’ajustement de 0,7 à 0,9 au lieu de 0,5 à 0,9.
Riden Hatam Aziz, Président de la FSPMI, affiliée à IndustriALL, a déclaré :

« Des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses de Jakarta, de Java occidental et de Banten sont descendus dans la rue pour protester contre la question du salaire minimum. Le gouvernement doit abolir la nouvelle réglementation, qui constitue une menace sérieuse pour le salaire minimum vital, car elle pourrait entraîner une absence d’augmentation salariale dans certaines régions malgré la hausse du coût de la vie. Cette réglementation est également contraire à la décision de la Cour constitutionnelle. »

Le 19 décembre dernier, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a écrit au Président indonésien pour exhorter le gouvernement à revoir la réglementation. Atle Høie a déclaré que les exigences constitutionnelles, les normes internationales du travail et les principes du dialogue social devaient être respectés et a alerté sur le fait que la réglementation avait été adoptée « sans participation significative de la société civile et sans consultation adéquate des syndicats, malgré leur rôle constitutionnellement et internationalement reconnu en tant que partenaires sociaux dans la détermination des salaires ».

« Les conclusions de la réunion d’experts de l’OIT sur les politiques salariales, y compris les salaires décents, réaffirment que les cadres de fixation des salaires doivent être fondés sur des méthodologies reposant sur des données probantes, visant à garantir des niveaux de vie décents et élaborés dans le cadre d’une véritable consultation tripartite »,

a rappelé Atle Høie.

Un mandat pour agir, une obligation de résultat

Message de Atle Høie, secrétaire général d'IndustriALL

L'année écoulée n'a pas été facile. La guerre continue et conditionne l'existence de millions de personnes. La démocratie est en recul dans beaucoup trop de pays. Le pouvoir des entreprises se concentre de plus en plus entre les mains de quelques-uns tandis que les travailleurs sont contraints d'accepter l'insécurité, la précarité et la baisse du niveau d'existence comme inévitables. La dégradation du climat s'accélère et le changement technologique, avec en particulier l'intelligence artificielle (IA), est mis en place non pas en tant qu'outil de progrès partagé, mais trop souvent comme un mécanisme de contrôle, de surveillance et de destruction de l'emploi.

Et pourtant, s'il est un enseignement à retirer de 2025, c'est que les travailleurs n'acceptent pas l'injustice sans réagir.

Les syndicats ne battent pas en retraite quand le terrain devient difficile. Nous organisons. Nous négocions. Nous nous battons, et nous gagnons.

Au cours de l'année, nos affiliés ont fait montre d'une résilience et une force incroyables. Au Kenya, une décision de justice a réaffirmé les droits syndicaux face à l'intimidation et aux violations, rappelant que la règle de droit prévaut toujours lorsque les travailleurs sont unis.

En Italie, les travailleurs de la métallurgie ont obtenu une convention historique après une longue mobilisation, montrant ainsi que la négociation collective reste un des outils les plus forts pour les travailleurs qui doivent défendre la dignité et l'équité salariale. En Turquie, les métallos ont aussi obtenu des gains importants dans un contexte d'inflation record, confirmant ainsi que la puissance syndicale compte partout en Europe et au-delà.

Aux États-Unis, les travailleurs ont remporté de grandes victoires dans un environnement traditionnellement difficile pour la syndicalisation. Après 15 semaines de grève, les adhérents du syndicat IAM ont ratifié une nouvelle conventions chez Boeing, les travailleurs de l'automobile ont remporté une victoire syndicale historique à l'usine Volkswagen de Chattanooga et les travailleurs ont obtenu une victoire qui fera date avec l'UWUA dans le secteur de l'énergie éolienne. Toute cela rappelle que l'action collective peut vaincre une résistance solidement ancrée, même dans des contextes très financialisés et hostiles.

De l'Afrique du Sud, où le NUMSA a obtenu un accord salarial tout en réclamant une politique industrielle qui protège le secteur automobile, à l'Inde, où la justice a ordonné la régularisation des travailleurs contractuels et des travailleurs de l'habillement se sont opposés à des fermetures illégales, le message est le même : le travail précaire n'est pas une fatalité. C'est un choix, et un choix qui peut être contesté.

Au Québec, les travailleurs d'ArcelorMittal ont obtenu une convention collective robuste, montrant ainsi que même les géants mondiaux peuvent être appelés à rendre des comptes lorsque les syndicats sont organisés et tenaces. Tandis qu'au Mexique, chez ArcelorMittal toujours, plus de 3.000 travailleurs ont obtenu de haute lutte un accord au terme d'une longue grève portant sur le partage des bénéfices et les conditions de travail, avec notamment des gains salariaux et l'abandon de poursuites contre des travailleurs et leurs syndicats.

Au Bangladesh, au Pakistan, en Corée et au Maroc, des travailleurs ont obtenu des conventions collectives, leur régularisation et une reconnaissance grâce à des actions de grève et des négociations collectives, souvent dans des contextes où les risques sont élevés et la marge de manœuvre des syndicats limitée.

Nous avons aussi assisté à une défense opiniâtre des droits fondamentaux en Indonésie, où les syndicats ont contesté avec succès une Loi multiple régressive, démontrant une fois encore qu'une action collective déterminée peut repousser des attaques législatives visant à saper les protections au travail et le droit de négocier.

En Corée, les syndicats se sont félicités de la décision de maintenir la procédure de mise en accusation du président Yoon, rappelant haut et fort que les syndicats ne sont pas seulement des acteurs économiques mais aussi des défenseurs de la démocratie.

Et dans des secteurs qui conditionnent l'avenir de l'économie mondiale, le démantèlement des navires, les semi-conducteurs, l'énergie et l'automobile, les victoires remportées par les syndicats cette année ont montré que la transformation ne doit pas se faire au prix des droits des travailleurs. L'entrée en vigueur de la Convention de Hong Kong sur le recyclage des navires est un jalon, le fruit de décennies d'élaboration, d'améliorations de la sécurité et de changement du rapport de forces dans une des industries les plus dangereuses du monde.

Au Cambodge, des progrès ont aussi été enregistrés sur les salaires dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, des enseignes internationales ayant signé un accord avec IndustriALL en faveur de négociations collectives sur les salaires dans l'habillement, le textile, la chaussure et les articles de voyage. Ces engagements avec force légale imposent aux marques de pratiquer la négociation collective au niveau des ateliers et des pratiques d'achat responsables, ce qui constitue une grande avancée en direction de l'amélioration des salaires et des conditions de travail pour les travailleurs d'un secteur essentiel pour l'économie du pays.

Il ne s'agit pas de victoires isolées. Elles s'inscrivent dans un schéma plus large. Elles montrent que, même à une époque marquée par la guerre, l'inflation, la crise du climat et la cupidité des entreprises, en s'organisant les travailleurs peuvent encore obtenir des résultats.

Cela compte parce que les défis qui nous attendent sont immenses.

En dehors des litiges nationaux, 2025 a aussi vu des progrès importants à l'échelon mondial. IndustriALL a reconduit et renouvelé des accords mondiaux avec des entreprises multinationales comme ASOS et H&M Group,qui renforcent les engagements vis-à-vis de la liberté syndicale, la négociation collective et les droits des travailleurs dans des chaînes d'approvisionnement mondiales complexes. Ces accords comptent beaucoup parce qu'ils font remonter la responsabilité dans la chaîne, ce qui veut dire que les marques ne peuvent pas, en même temps, externaliser les risques et se réserver les profits.

L'intelligence artificielle progresse plus vite que la réglementation et trop souvent sans que les travailleurs soient invités à la table. Les chaînes de valeur mondiales sont réorganisées pour répondre aux tensions géopolitiques, et ce sont les travailleurs qui en paient le prix par les pertes d'emplois, l'externalisation et l'affaiblissement de leurs protections. Le pouvoir oligarchique, économique et politique, resserre son emprise en de nombreux endroits du monde, sapant la démocratie comme les droits au travail. Et la crise du climat n'est plus une menace future, elle est devenue une réalité qui remodèle déjà nos industries, nos régions et nos modes d'existence.

Ces problématiques ne sont pas cloisonnées, elles sont étroitement liées entre elles. Et toutes soulèvent la même question fondamentale : qui décide ?

Pendant le Congrès, nos affiliés ont répondu sans ambiguïté à cette question. Ce sont les travailleurs qui doivent décider. Les syndicats doivent être des acteurs centraux lorsqu'il s'agit de façonner l'avenir du travail, de l'industrie, de la société. C'est pourquoi le Plan d'action 2025–2029 adopté à Sydney est d'une telle importance.

Le Plan d'action est un engagement politique. Il définit la manière de renforcer la puissance syndicale, de développer la négociation collective, de défendre l'espace démocratique, de promouvoir la Transition juste et de s'opposer à la puissance des entreprises dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale. Il est le reflet de la réalité quotidienne de nos affiliés et fournit des orientations à notre action collective pour les quatre prochaines années.

Mais aucun plan d'action ne se réalise de lui-même.

Ce qui donne corps à ce mandat est le travail quotidien de nos affiliés : les délégués d'atelier qui négocient sous la pression, les recruteurs soumis aux intimidations, les travailleurs qui font grève conscients des risques mais agissant malgré tout, les femmes et les jeunes travailleurs qui veulent se faire entendre et prendre la tête. C'est aussi le travail de notre staff et de nos partenaires, qui soutiennent les combats par-delà les frontières, renforcent les capacités et entretiennent la solidarité internationale lorsqu'on en a le plus besoin.

Derrière ces réalisations, il y a des gens, des travailleurs confrontés à des crises à répétition, des recruteurs en butte aux pressions et aux intimidations, et des syndicats qui continuent à aller de l'avant même lorsque les progrès sont lents et incertains.

C'est pourquoi la solidarité est l'essence de notre mouvement. Aucun affilié n'est seul et aucune lutte n'est isolée. La victoire obtenue en un endroit renforce les travailleurs partout et les attaques contre les droits sont l'affaire de tous.

À l'aube de 2026, nous entrons dans cette nouvelle année fiers de ce qui a été réalisé et avec un sentiment d'urgence pour ce qui nous attend. Le monde du travail reste un terrain contesté. Le capital continuera à pousser ses intérêts avec agressivité. Trop souvent, les gouvernements ne s'acquitteront toujours pas de leur responsabilité de défendre les travailleurs et leurs communautés.

IndustriALL et ses affiliés continueront à riposter en recrutant, en négociant, en nouant des alliances et en répétant que la dignité, la démocratie et la justice ne sont pas négociables.

Le Congrès nous a donné un mandat clair. L'année qui s'achève a montré ce qui est possible. Nous entrons dans cet avenir ensemble, conscients d'une force collective ancrée dans la solidarité, et déterminés à défendre les droits et la dignité des travailleurs partout dans le monde.

Les syndicats s’unissent pour défendre les droits dans toute l’Europe de l’Est, l’Asie centrale et le Caucase

En ouvrant la réunion, Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a réaffirmé l’engagement d’IndustriALL envers ses affiliés dans la région, soulignant l’importance d’écouter directement les syndicats et de comprendre leurs secteurs et leurs membres. Il a déclaré que cette réunion était essentielle pour déterminer comment IndustriALL pouvait contribuer à renforcer les capacités syndicales, en mettant en évidence les défis auxquels la région est confrontée, en particulier la guerre en cours en Ukraine :

“Cette région est confrontée à des défis exceptionnels, qui nécessitent une solidarité syndicale internationale continue.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a souligné que la défense des droits syndicaux fondamentaux, notamment la liberté d’association et le droit à la négociation collective en vertu des conventions 87 et 98 de l’OIT, reste au cœur du travail d’IndustriALL. Il a insisté sur la nécessité de l’unité et d’une syndicalisation plus forte pour contrer les tendances autoritaires, l’affaiblissement de la gouvernance mondiale et les attaques des employeurs contre les conventions collectives.

“Si nous ne nous syndiquons pas et ne défendons pas ces droits, il devient plus facile pour les employeurs et les gouvernements d’imposer leur volonté.”

Les rapports nationaux ont mis en évidence la baisse du nombre d’adhérents syndicaux dans certains secteurs, la réticence des employeurs à signer des conventions collectives, les capacités limitées en matière d’inspection du travail et les risques croissants pour la santé et la sécurité au travail. Dans le même temps, les syndicats ont partagé des exemples de ce qui est repris dans des négociations collectives, d’efforts de syndicalisation dans de nouveaux secteurs, de travail sur la jeunesse et l’égalité des sexes et de mise en œuvre des normes de l’OIT.

Biélorussie : criminalisation des syndicats indépendants

Le mouvement syndical biélorusse en exil a indiqué que le président Loukachenko a qualifié l’activité syndicale indépendante d’acte terroriste, exposant les militants syndicaux à des poursuites pénales et empêchant les syndicats de représenter leurs membres. Bien que 109 prisonniers politiques aient été récemment libérés, ils ont été immédiatement expulsés vers l’Ukraine sans documents d’identité nationaux. Et le nombre de prisonniers politiques continue d’augmenter à mesure que de plus en plus d’organisations sont qualifiées d’extrémistes. Une pression internationale soutenue est nécessaire, en particulier pour la mise en œuvre intégrale de l’article 33 de l’OIT, condition préalable à tout espace juridique pour une activité syndicale indépendante.

Les syndicats ukrainiens ont décrit l’impact dévastateur de l’agression militaire permanente de la Russie, notamment l’intensification des attaques hivernales qui ont détruit des infrastructures et des capacités de production. Une grande partie du réseau énergétique a été détruite, laissant les ménages sans électricité pendant 16 à 18 heures par jour, tandis que les syndicats des secteurs nucléaire et énergétique ont du mal à fonctionner en raison des dommages causés aux sous-stations et aux lignes électriques.

Les dirigeants syndicaux ont averti que la législation du travail était en cours de modification sous prétexte d’intégration européenne, mais qu’elle affaiblissait les droits syndicaux, notamment le droit à la négociation collective, et sapait le dialogue social à un moment critique.

Les salaires, les emplois et le dialogue social dans toute la région

Les délégués du Kirghizstan ont décrit une généralisation du caractère informel, l’ingérence des directions d’entreprises et des cas de répression à l’encontre des dirigeants syndicaux, tout en notant également des progrès en matière de normes, notamment la ratification rapide de la Convention 190 de l’OIT et son inclusion dans la législation du travail.

Concernant l’Arménie, on a mis en avant les jeunes et les questions de santé et sécurité au travail comme étant prioritaires, ainsi que la nécessité d’institutionnaliser le dialogue social par le biais de la législation plutôt que des relations personnelles, parallèlement aux préoccupations concernant les tentatives des multinationales de mettre les syndicats sous l’éteignoir et la compréhension limitée du rôle des syndicats par le gouvernement.

Les syndicats kazakhs ont souligné l’importance des augmentations salariales obtenues grâce aux négociations collectives, car le niveau de revenu actuel n’est pas suffisant pour survivre. L’Azerbaïdjan a montré comment le dialogue social au niveau de l’entreprise peut apporter des avantages, en prenant l’exemple de la compagnie pétrolière nationale SOCAR. Le Tadjikistan a souligné les difficultés à soutenir l’économie nationale et à préserver les emplois dans le secteur manufacturier. L’Ouzbékistan a insisté sur la nécessité d’une coopération plus étroite pour répondre à l’augmentation des investissements internationaux des multinationales et des marques de stature mondiale, alors que l’économie du pays continue de se développer.

Alexander Ivanou, Directeur sectoriel auprès d’IndustriALL, a pris la parole lors de la réunion pour évoquer la solidarité et le soutien d’IndustriALL dans tous les secteurs, en mettant l’accent sur le renforcement de la coopération entre Genève et les affiliés. Il a expliqué comment le travail sectoriel d’IndustriALL fournit un cadre de coordination et de soutien, aidant les affiliés à établir des liens au-delà des frontières et à renforcer leur force collective.

Sergeyus Glovackas, Responsable du bureau ACTRAV de l’OIT pour l’Europe et l’Asie centrale, a expliqué le fonctionnement du système de l’OIT, notamment la ratification des conventions et l’utilisation de mécanismes de contrôle pour lutter contre les violations de droits dans la région.

Priorités régionales et action collective

Un panel composé de membres du Comité exécutif d'IndustriALL originaires de Géorgie, de Moldavie, du Kirghizistan, d’Ukraine et du Kazakhstan a débattu des priorités et des pressions régionales communes.

Le Kazakhstan a mis l’accent sur la protection de l’emploi dans le cadre de “l’optimisation” des entreprises, la santé et la sécurité au travail et la nécessité de mettre en place des salaires décents à la suite de la ratification de la convention 131 de l’OIT. Les représentants ukrainiens ont souligné que l’impact de la guerre s’étend au-delà de l’Ukraine et ont appelé à des sanctions plus sévères contre la Russie, avertissant que les modifications du droit du travail risquent de porter atteinte aux droits des travailleurs sans une coopération plus étroite avec l’OIT.

Le Kirghizstan a fait part de ses préoccupations concernant la précarité de l’emploi, qui touche près de la moitié de tous les emplois, limitant la capacité des travailleurs et travailleuses à se syndiquer, parallèlement aux modifications du droit du travail, à la santé et à la sécurité au travail et aux risques environnementaux. La Moldavie a souligné la nécessité de renforcer le dialogue social tripartite, d’augmenter les salaires conformément aux normes de l’UE et d’investir dans la formation des jeunes militants, en mettant l’accent sur l’égalité des sexes, la santé et la sécurité au travail et la syndicalisation. La Géorgie a fait état de la réticence des employeurs à signer des conventions collectives, d’un salaire minimum extrêmement bas et du fait que des travailleurs occupent plusieurs emplois pour survivre, ce qui leur laisse peu de temps pour les activités syndicales. Le Kazakhstan a mentionné le travail conjoint mené dans la sous-région pour renforcer le pouvoir de négociation en vue d’obtenir de meilleurs salaires.

Les discussions ont clairement montré que des droits formels ne suffisent pas. Alors que les syndicats de la région sont confrontés à la guerre, à la répression et à la réduction de l’espace de dialogue social, les participants ont souligné la nécessité d’une coordination plus forte, d’une solidarité concrète et d’une pression internationale soutenue. En s’appuyant sur l’expérience et l’expertise communes au sein d’IndustriALL, les syndicats visent à renforcer leur pouvoir collectif et à mieux défendre les droits des travailleurs et travailleuses dans des conditions de plus en plus difficiles.