Les jeunes leaders appellent à des syndicats inclusifs

L’atelier avec les affiliés sri-lankais s’est tenu à Colombo les 17 et 18 septembre. Plus de 20 jeunes leaders y ont participé et l’objectif était de fournir une compréhension approfondie du rôle des syndicats et des conventions collectives, ainsi que de la transition juste.

Les jeunes participants ont partagé sur les dangers de la crise économique actuelle dans le pays, qui a entraîné des pertes d’emploi. Ils ont insisté sur la nécessité de s’organiser syndicalement de manière vigoureuse dans les circonstances actuelles, ce pour quoi la participation des jeunes syndicalistes est indispensable. Les jeunes dirigeants ont tracé les grandes lignes de l’action future, qui comprend la révision des structures syndicales dans une perspective d’inclusion et de coordination avec les dirigeants syndicaux afin de renforcer les réseaux syndicaux.

Dilakson Suresh, un jeune dirigeant de l’affilié d’IndustriALL FTZ&GSEU (Syndicat des salariés des zones de libre-échange et des services généraux), a déclaré :

“Il est essentiel que les jeunes comprennent le rôle des syndicats et, pour cela, nous devons tous nous engager activement dans le travail syndical et instaurer la confiance parmi les jeunes travailleurs et travailleuses. Nous nous efforcerons non seulement d’accroître la force des syndicats, mais aussi de veiller à ce que les structures syndicales soient inclusives.”

Sarah Flores, Responsable de la jeunesse auprès d’IndustriALL, qui était présente à l’atelier pour les jeunes du Sri-Lanka, a insisté sur ce point :

“IndustriALL s’engage à soutenir ses affiliés pour faire progresser la représentation des jeunes syndicalistes, notamment les femmes et les membres LGBTQI+, au sein des structures syndicales et à développer des outils de syndicalisation pour recruter davantage de jeunes adhérents”.

Au Pakistan, l’atelier national des jeunes s’est déroulé à Multan les 30 septembre et 1er octobre. Une vingtaine de jeunes syndicalistes, dont des femmes, ont participé à la réunion.

L’atelier des jeunes pakistanais s’est concentré sur la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG), qui ont été identifiés comme des domaines prioritaires par les jeunes leaders d’Asie du Sud.

Les jeunes participants ont indiqué que les travailleuses sont souvent confrontées à diverses formes de discrimination et de harcèlement sur leur lieu de travail de manière disproportionnée, tandis que les prestations de sécurité sociale, telles que les prestations de maternité, ne sont pas fournies de manière adéquate aux travailleuses.

Les jeunes leaders ont discuté de diverses stratégies qui pourraient être utilisées pour atténuer les risques associés à la violence liée au sexe, l’une d’entre elles étant la ratification de la convention C190 de l’OIT.

Les participants à l’atelier se sont engagés à dresser la carte des secteurs industriels et des syndicats dans lesquels se retrouvent les travailleuses et à organiser des discussions sur la boîte à outils sur la VHBG avec les membres de leurs syndicats.

Tooba Hanif, une jeune dirigeante de la Fédération pakistanaise des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (PTGLWF), affiliée à IndustriALL, a déclaré :

“Nous nous efforcerons de mettre en place des structures équitables et inclusives sur le plan du genre dans nos espaces syndicaux. Nous devons élaborer une politique syndicale globale axée sur l’engagement d’un plus grand nombre de jeunes membres dans le travail syndical, notamment en défendant la liberté syndicale.”

Les syndicats indonésiens condamnent la décision de la Cour constitutionnelle sur la Loi multiple

La Cour constitutionnelle a statué, le 2 octobre, que l'adoption de ce règlement par le président indonésien Joko Widodo est conforme à la constitution. Elle doit encore se prononcer sur le fond de cette réglementation controversée.

Le président de la Confédération indonésienne des syndicats (KSPI), Saïd Iqbal, s'interroge sur cette volte-face de la Cour constitutionnelle qui avait déclaré la Loi multiple, aussi appelée Loi Omnibus, inconstitutionnelle en 2021 et enjoint au gouvernement de revoir son texte dans les deux ans et déclare maintenant le nouveau règlement du gouvernement constitutionnel.

"Les juges ne sont pas cohérents. Le pays n'appartient pas aux juges. Nous allons organiser une grève nationale pour protester contre cette décision. S'il n'y a pas de justice à la Cour constitutionnelle, nous irons chercher la justice dans la rue,"

a déclaré Saïd Iqbal.

La présidente de la Confédération syndicale panindonésienne (KSBSI), Elly Rosita Silaban, a ajouté :

"La décision de la Cour constitutionnelle constitue une attaque impitoyable contre les droits des travailleurs. La formulation de la Loi Omnibus est bancale parce que les organisations syndicales ont été insuffisamment consultées. Nous n'arrêterons pas le combat tant que la justice ne régnera pas et nous allons introduire bientôt un recours sur le fond de la Loi Omnibus."

Le président du Syndicat des travailleurs de la chimie, de l'énergie et des mines (CEMWU SPSI), R. Abdullah, a déclaré :

"Malgré le rejet par la Cour constitutionnelle du recours introduit par 121 de ses adhérents, le CEMWU et le GEKANAS, avec lequel il a formé une coalition, vont introduire un nouveau recours sur le fonds de la Loi multiple sur la création d'emplois. Le combat contre cette loi continue.

La promulgation par le président indonésien de cette Loi Omnibus qui attire les investissements directs étrangers suscite depuis 2020 une levée de boucliers de la part du mouvement syndical et des organisations de la société civile en Indonésie.

Les affiliés indonésiens d'IndustriALL et les quatre confédérations KPSI, KSPSI, KSBSI et KPBI, ont organisé beaucoup de manifestations et de grèves nationales pour protester contre cette décision. Ils avaient déposé leur demande en réexamen auprès de la Cour constitutionnelle après que le parlement eut adopté la Loi Omnibus, en octobre 2020.

Les travailleurs de Bekaert İzmit Steel Kord défient la répression

La direction de l’usine Bekaert İzmit Steel Kord en Turquie s’est montrée très dure à l’égard des travailleurs et travailleuses ainsi que de leur syndicat à la suite de l’organisation d’une manifestation après l’échec des négociations en vue d’obtenir une augmentation de salaire pour compenser l’inflation.

Cette semaine, l’entreprise a licencié le délégué syndical principal (membre du comité exécutif de la section régionale de Kocaeli de Birleşik Metal İş), ce qui a incité les travailleurs et travailleuses à refuser de quitter l’usine à l’issue du poste de jour. L’équipe de nuit a ensuite été empêchée d’entrer dans les locaux, ce qui a perturbé la production de Bekaert. Les membres du syndicat qui se trouvent encore dans l’usine se voient refuser l’accès à la nourriture.

Confrontés à une inflation galopante et à une érosion des salaires, les travailleurs et travailleuses réclamaient à juste titre des augmentations de salaire complémentaires pour lutter contre leur appauvrissement croissant et l’augmentation du coût de la vie. Malgré leurs tentatives pacifiques d’exprimer leurs préoccupations, leur représentant syndical a été licencié pour avoir crié des slogans, ce que les travailleurs et travailleuses ont jugé inacceptable.

Dans une lettre commune, IndustriALL Global Union et industriAll Europe condamnent avec la plus grande fermeté le licenciement abusif de ce représentant syndical et appellent à sa réintégration immédiate. Ils demandent également à la direction de laisser les travailleurs et travailleuses entrer dans l’usine pour relancer la production.

"Le comportement de l’entreprise constitue une violation flagrante de la législation nationale du travail et des normes internationales fondamentales du travail, notamment la convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et la convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective.

Il est impératif que Bekaert agisse en plein accord avec le droit national et les normes internationales du travail et engage ainsi des négociations de bonne foi avec Birleşik Metal İş et réintègre immédiatement le représentant principal du syndicat.”

Une lutte pour les droits

L’usine Bekaert İzmit Steel Kord représente un champ de bataille pour les droits des travailleurs depuis un certain temps, le syndicat étant confronté à une répression constante de la part de la direction.

L’hiver dernier, l’entreprise s’est assurée le soutien du gouvernement turc, avec un décret du président Erdogan interdisant, de fait, les grèves. La communauté syndicale internationale s’est solidarisée avec les travailleurs et travailleuses, condamnant l’interdiction et réclamant justice.

Malgré ces difficultés, le syndicat a remporté une victoire remarquable en obtenant une augmentation de salaire de 84 % pour ses membres.

Défier la répression

Les travailleurs et travailleuses de Bekaert İzmit Steel Kord restent inébranlables. Leur lutte se poursuit avec l’exigence de la réintégration immédiate de leur représentant licencié et le respect de leurs droits fondamentaux.

Les travailleurs et travailleuses soulignent l’absurdité de la situation : en 2023, une entreprise européenne à capitaux belges recourt à des méthodes qui rappellent le 18e siècle et tente d’intimider sa main d’œuvre par la faim et la répression. Pour les travailleurs et travailleuses il est clair que de telles tactiques archaïques ne briseront pas leur moral et ne les détourneront pas de leur cause.

L'organisation est essentielle dans une industrie des batteries en plein essor

La chaîne d'approvisionnement des batteries connaît une croissance rapide, emmenée par la lutte contre le changement climatique, une demande de véhicules électriques en hausse, et qui s'accompagne d'une transition massive des emplois et des qualifications. Pour la seule Europe, 800.000 emplois nouveaux devraient se créer dans le secteur dans les prochaines années.

À l'échelle mondiale, 10 millions d'emplois nouveaux sont attendus d'ici 2030 dans la chaîne d'approvisionnement des batteries, dont plus de la moitié dans les pays émergents. La plupart des travailleurs du secteur sont de nouveaux entrants à former, dont des travailleurs migrants, les autres étant en reconversion et en requalification à la suite de la disparition d'emplois existants.

Chaque région, chaque secteur constitue un maillon de la chaîne d'approvisionnement des batteries, de l'extraction minière et du raffinage à la production et au montage. La lutte pour les matières premières (cobalt, lithium, cuivre et nickel) entraîne des violations des droits de l'homme et des conséquences inacceptables pour l’environnement : travail des enfants, destruction du milieu de vie de populations autochtones, destruction écologique, pénurie d'eau, etc.

L'industrie de l'automobile a un taux relativement élevé de syndicalisation de ses travailleurs, mais celui-ci diminue au fil de la chaîne d'approvisionnement, là où les violations des droits des travailleurs se multiplient. Beaucoup ne sont pas organisés et voient leurs emplois décents se muer en emplois précaires.

IndustriALL Global Union et IndustriALL European Trade Union représentent les travailleurs dans toute la chaîne d'approvisionnement des batteries. Cela permet d'envisager une stratégie globale, transsectorielle et durable afin d'améliorer l'efficacité des processus de diligence raisonnable, le respect des droits de l'homme et du travailleur et la promotion de conditions de travail décentes.

Dans les prochaines années, IndustriALL et IndustriALL Europe vont se concentrer sur les éléments suivants :

"Cette industrie se développe rapidement et nous devons élaborer des stratégies sur les moyens pour les syndicats de suivre la cadence et d'organiser les travailleurs. Nous devons trouver des solutions pratiques pour organiser nos travailleurs et renforcer notre solidarité. Nous avons aussi besoin d'outils politiques et de nous assurer que les travailleurs sont protégés,"

a déclaré Kan Matsuzaki, secrétaire général adjoint d'IndustriALL.

"Nous devons organiser, et faire en sorte d'avoir une puissance industrielle. Il nous faut un siège à la table, nous devons participer à la discussion. Il est impossible que les syndicats n'arrivent qu'à la fin, lorsque les hommes politiques et les multinationales ont déjà pris les décisions. Nous devons participer au processus dès le départ,"

a déclaré Judith Kirton-Darling, secrétaire général faisant fonction d'IndustriALL Europe.  

La main-d’œuvre de GM India lutte pour la sauvegarde de son emploi

General Motors (GM) India a une histoire mouvementée en ce qui concerne les relations de travail à l’usine de Talegaon. En décembre 2020, GM India a cessé de produire dans l’usine, bien que le gouvernement ait rejeté une demande de fermeture. En juillet 2021, plus de 1.000 travailleurs et travailleuses de GM ont été illégalement licenciés après avoir refusé un plan de départ volontaire et une maigre indemnisation pour solde de tout compte, tel que proposé unilatéralement par la direction.

Plusieurs actions en justice ont été intentées à cet égard, tant par la direction que par le syndicat. En septembre dernier, la Haute Cour de Bombay a tranché en faveur du syndicat, rejetant la requête de GM India qui contestait une décision de justice antérieure selon laquelle le licenciement des travailleurs et travailleuses constituait une pratique déloyale de travail, et a ordonné à la société de verser 50 % de leur salaire à 1.086 personnes licenciées illégalement.

Toutefois, le cours des événements a changé lorsque le gouvernement de l’État du Maharashtra a approuvé la vente des actifs de l’usine GM de Talegaon au constructeur automobile sud-coréen Hyundai. Les deux entreprises ont signé un accord de reprise d’actifs, mais la finalisation de l’acquisition est soumise à la réalisation de certaines conditions, telles que des autorisations réglementaires de divers départements gouvernementaux, notamment une certification de non-opposition des salariés indiquant qu’ils ont bien été indemnisés.

Jusqu’à présent, Hyundai India n’a donné aucune indication quant à l’absorption de la main-d’œuvre actuelle.

Le syndicat des salariés de General Motors a déposé une nouvelle requête auprès de la Haute Cour de Bombay pour contester le transfert de l’usine General Motor de Talegaon Pune à Hyundai. Le tribunal a admis cette requête et le jugement est en cours.
 

 

Face à un avenir incertain, le syndicat a lancé ce 2 octobre une grève de la faim relais illimitée. Chaque jour, 20 travailleurs et travailleuses s’assoient à tour de rôle à l’entrée de la zone de développement industriel où se trouve l’usine GM.

Kishor Somwanshi, Président de Shramik Ekta Mahasangh, a déclaré :

“L’accord signé précédemment avec la direction de GM, qui garantit la protection de l’emploi, doit être respecté. Nous n’avons pas d’autre choix que de protester puisque le gouvernement de l’État a ignoré à plusieurs reprises nos demandes en vue de parvenir à un accord avec toutes les parties concernées.”

Les syndicats nigérians suspendent la grève nationale après un accord avec le gouvernement

Le gouvernement a supprimé cette subvention en janvier dans le cadre des réformes économiques qu'il met en œuvre afin de réaliser des économies. Mais les syndicats contestent cette décision, affirmant que les économies ne doivent pas se faire sur le dos des travailleurs.

La suppression de la subvention sur l'essence et le supercarburant a entraîné des hausses des prix et une crise du coût de la vie pour les travailleurs qui doivent payer plus pour se rendre au travail. Les prix d'autres biens et services ont également augmenté parce que les transporteurs ont augmenté leurs tarifs pour compenser la hausse des carburants.

Suivant le mémorandum d'accord signé par le gouvernement, le Nigeria Labour Congress et le Trade Union Congress, la grève qui devait démarrer le 3 octobre est suspendue pendant 30 jours pour laisser place au dialogue social. En outre, le gouvernement fédéral a accepté d'accorder aux agents de l'État une hausse des salaires de 35.000 naira (46 $), de constituer une commission du salaire minimum dans le mois et de supprimer la taxe sur la valeur ajoutée sur le diesel pendant six mois.

Le gouvernement s'est aussi engagé à améliorer les transports publics en affectant 100 milliards de naira (132 millions $) à des bus à grande capacité roulant au gaz naturel comprimé (GNC) et dont le coût de fonctionnement est inférieur de ceux utilisant de l'essence ou du diesel. Le gouvernement a aussi accepté de verser 25.000 naira (20 $) à 15 millions de ménages et de retraités, et d'offrir des incitants fiscaux aux secteurs public et privé.

John Adaji, le coprésident de la région de l'Afrique subsaharienne d'IndustriALL et président du National Union of Textile Garment and Tailoring Workers of Nigeria, a déclaré :

"Les syndicats se félicitent de ces mesures qui répondent aux revendications des travailleurs sur le minimum salarial pour les protéger contre la suppression de la subvention. Nous, syndicats, continuerons à faire campagne pour des réformes de la politique économique qui soient favorables aux travailleurs et améliorent le niveau de vie de leurs familles."

"Il ne faut pas que les mesures d'austérité sacrifient les salaires des travailleurs sans tenir compte des réalités et du fait qu'ils doivent recevoir des salaires de survie pour faire face à leurs besoins élémentaires,"

a dit la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin

Photo : Station-service flottante dans le delta du fleuve Niger, Stakeholder Democracy

Les syndicats algériens confrontés à la répression sur fond de réformes controversées du droit du travail

“Les accusations injustes et sans fondement de terrorisme contre nos dirigeants, Hamza Khroubi et Nasreddine Hamitouche, reflètent une tendance inquiétante à vouloir étouffer la parole syndicale en Algérie. La COSYFOP condamne l’utilisation abusive de l’article 87BIS du code pénal algérien et souligne des cas précédents, tels que celui de Ramzi Dardar, comme preuve d’une tendance inquiétante. Nous nions toute association avec des mouvements terroristes,”

a indiqué la COSYFOP dans un communiqué du 20 septembre 2023.

Les préoccupations de la COSYFOP font écho aux conclusions du Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, Clément Nyaletsossi Voule, qui a conclu une visite officielle en Algérie le 26 septembre.

Reconnaissant les mesures positives prises par le gouvernement algérien pour protéger la liberté de réunion et d’association, telle qu’elle est inscrite dans la Constitution de 2020, M. Voule a souligné les restrictions sévères imposées au cours des quatre dernières années. La société civile indépendante a été démantelée, le pluralisme politique réduit et des défenseurs des droits de l’homme, des militants et des journalistes ont été emprisonnés.

Nous vous invitons à consulter le rapport de Clement Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, appelant l’Algérie à gracier les manifestants condamnés.

Ces préoccupations ont pour toile de fond les réformes controversées du droit du travail adoptées par le parlement algérien en avril, qui ont suscité l’indignation des syndicats. Cette législation, qui prétendait renforcer les activités syndicales et protéger les droits des travailleurs, s’est heurtée à une forte opposition. Les syndicats, dont la COSYFOP, ont fait valoir que la loi restreignait gravement les droits des travailleurs et revenait sur les progrès accomplis depuis les années 1990. Depuis 2019, année marquée par de nombreuses manifestations, les syndicats ont participé activement aux discussions politiques et aux mobilisations. Cependant, la récente loi a déclenché des controverses et des protestations en raison de son atteinte aux libertés.

La COSYFOP avait déjà fait part de ses préoccupations à la Commission d’experts, en soulignant les problèmes liés au droit à la syndicalisation et aux violations commises par le gouvernement. En outre, elle a demandé une intervention pour la libération de son membre, Bennouna Abdeldjabbar, condamné à 18 mois de prison pour avoir prétendument publié des contenus sur les médias sociaux qui portaient atteinte à la sécurité nationale. La Commission a confirmé avoir reçu la communication et l’avoir transmise au gouvernement algérien pour qu’il y réponde. L’organisation attend que la Commission examine les observations et la réponse du gouvernement lors de sa session de novembre.

Des organisations comme Human Rights Watch continuent d’appeler le gouvernement algérien à entreprendre des réformes, en sauvegardant les droits des Algériens à la liberté d’expression et à l’organisation pacifique.

“Ces tendances, y compris l’utilisation abusive des lois antiterroristes pour cibler les syndicalistes, soulignent l’importance de sauvegarder les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses et le rôle crucial que jouent les syndicats dans la défense de ces droits. Nous demandons instamment au gouvernement algérien de faire respecter les normes internationales du travail, de respecter le droit de réunion et d’association pacifiques et de garantir un traitement équitable à tous les travailleurs et travailleuses,”

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

La Suède doit respecter le droit international

À la 54e session du Conseil des droits de l'homme, qui se tient actuellement, le haut-commissaire adjoint aux droits de l'homme des Nations unies a présenté un rapport cinglant sur la situation préoccupante des droits de l'homme au Bélarus, qui s'aggrave d'ailleurs avec des arrestations arbitraires, des accusations fabriquées de toutes pièces et le ciblage de ceux qui critiquent le gouvernement et des syndicalistes.

L'espace des libertés civiles ne cesse de se réduire et il en va de même pour le respect des libertés fondamentales. Ceux qui s'opposent au gouvernement ou sont perçus comme tels font l'objet d'une campagne de violences et de répression. À ce jour, cette répression a fait condamner plus de 3.750 personnes au pénal au mépris de la procédure régulière.

Le haut-commissaire a aussi exprimé ses préoccupations devant les conditions de détention, les détenus étant soumis à de la torture et des mauvais traitements; ils sont par exemple passés à tabac et n'ont pas droit à des soins médicaux.

Dans ces conditions, la déportation par la Suède d'une dirigeante syndicale qui a fui le Bélarus en raison de ses activités syndicales constituerait clairement une violation inacceptable du principe du non-refoulement.

Le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Atle Høie, a déclaré :

"Nous avons toutes raisons de craindre qu'un retour forcé d'Ala Tsvirko au Bélarus compromette sa santé et sa sécurité; elle subirait des violations de ses droits humains fondamentaux et de ses droits au travail.

"Il est impérieux que le Migrationsverket continue d'agir en parfait accord avec la législation internationale sur les droits de l'homme et, en conséquence, continue à accorder à Ala Tsvirko le droit de résider en Suède en qualité de réfugiée, protégeant ainsi son intégrité physique en respectant ses droits humains fondamentaux."

Crédit photographique : Fredrik Rubensson, Flickr

Les syndicats s’attaquent aux principaux défis des industries chimiques et pharmaceutiques

Des sujets clés ont été abordés : la promotion des femmes, de la diversité et de l’inclusion, la gestion des mécanismes de diligence raisonnable et les réponses des syndicats, l’examen des opportunités dans la chaîne d’approvisionnement des batteries, les efforts pour garantir la santé, la sécurité et la durabilité. Ces discussions ont fait écho à un engagement collectif en faveur de l’autonomisation des travailleurs et travailleuses et du renforcement de leurs droits.

L’hôte de cette conférence était l’affilié d’IndustriALL, Petrol-Is. Dans son discours d’ouverture, le Président Süleyman Akyüz a déclaré :

“Nous devons relever les défis des industries chimiques et pharmaceutiques. Je suis préoccupé par l’érosion des droits des travailleurs dans le monde entier et par l’investissement croissant dans la main-d’?uvre à bas coût. Je nous invite tous, en tant que syndicats, à nous mobiliser à l’échelle mondiale pour protéger ces droits fondamentaux”.

Un accent particulier a été mis sur l’égalité des sexes dans les secteurs chimique et pharmaceutique. Lucineide Varjão, de la CNQ-CUT, Brésil, a souligné l’importance d’intégrer l’égalité des sexes dans ces secteurs. Elle a rappelé les défis auxquels les femmes sont confrontées, notamment l’inégalité des salaires, la sous-représentation dans les rôles décisionnels et le poids du travail ménager non rémunéré. Les participants ont appelé à une action collective pour remédier à ces disparités et soutenir les groupes marginalisés, notamment les transgenres, les jeunes, les LGBTQI+ et les personnes racialisées.

Les débats sur le devoir de diligence ont mis en évidence l’importance de la législation régissant les violations des droits de l’homme et de l’environnement dans les chaînes d’approvisionnement. La Coprésidente du secteur, Sandra Bränzel, d’IGBCE (Allemagne), a parlé de l’attention qu’elle porte à ces évolutions. IGBCE a élaboré une norme pour les entreprises concernées par cette législation, en mettant l’accent sur les PME qui ne sont pas encore touchées par la nouvelle législation allemande. Son objectif est de fournir des conseils à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, en sachant que les violations des droits de l’homme peuvent se produire partout.

Alexander Bercht, IGBCE, a présenté quelques-uns des principaux défis de l’industrie chimique, notamment la réduction de la demande, la flambée des prix de l’énergie et la nécessité d’une transition vers les énergies propres. Il a souligné le rôle à jouer dans la syndicalisation active du secteur.

“Dans ce contexte mondial, nous veillerons à ce que nos membres ne subissent pas les conséquences négatives de la restructuration de la chaîne d’approvisionnement. La solidarité et la collaboration sont essentielles pour remodeler notre secteur. Utilisons tous les outils disponibles et restons unis !”

a déclaré M. Bercht.

Le secteur a introduit un nouvel élément à l’ordre du jour. IndustriALL a identifié la chaîne d’approvisionnement des batteries comme un élément clé, sur lequel le secteur pourrait avoir une influence. Pour l’instant, de nombreuses violations sont encore commises au sein de cette chaîne. L’objectif du débat était d’identifier les domaines dans lesquels les syndicats peuvent prendre position et s’attaquer de front aux problèmes.

“Il est essentiel de ne négliger aucune possibilité d’approfondir nos efforts. La chaîne d’approvisionnement des batteries offre une occasion unique d’échanger des informations et des points de vue précieux. Saisissons-la !”

a déclaré Tom Grinter, Directeur d’IndustriALL pour la section.

Tamás Székely, de la VDSZ (Hongrie), a parlé des efforts déployés par la Hongrie pour devenir une plaque tournante pour les véhicules électriques. La session a exploré les possibilités de remédier aux infractions dans la chaîne d’approvisionnement des batteries pour véhicules électriques.

Lors de la session sur la santé, la sécurité et la durabilité, les participants ont souligné l’importance de donner la priorité à la santé et à la sécurité sur le lieu de travail. La santé mentale et la décarbonisation ont également été des sujets de discussion importants. La session a également mis en évidence la nécessité d’adopter des mesures de santé et de sécurité tenant compte des spécificités des hommes et des femmes.

“Un sujet intéressant qui a émergé est la santé mentale des représentants syndicaux. La mise en place d’outils pour y remédier est devenue une entreprise de grande envergure pour les syndicats, entraînant des coûts, mais il est impératif de donner la priorité au bien-être de nos membres également,”

a déclaré Cliff Bowen, du syndicat Unite, du Royaume-Uni.

Les panélistes ont reconnu la nécessité de la décarbonisation, mais ont fait remarquer qu’il s’agit d’un débat difficile parce qu’il n’y a souvent pas de plan clair pour les travailleurs et travailleuses au niveau des initiatives de décarbonisation.

Des panélistes d’Indonésie, de France et du Maroc ont discuté des défis et des transformations du secteur pharmaceutique. Ils ont identifié le fait que l’industrie se concentre sur les produits, la délocalisation de la production et l’émergence de startups, ce qui pose des défis aux syndicats.

Au cours des trois journées de conférence en Turquie, des réunions de réseau ont été organisées sur BASF, Sanofi et Takeda, rassemblant des représentants des travailleurs et travailleuses de ces entreprises dans le monde entier. Cela a permis aux syndicats d’aborder en profondeur les questions spécifiques à chaque entreprise, favorisant ainsi une présence syndicale plus forte et plus importante au sein de chacune de ces multinationales géantes.

Les réunions se sont conclues par un engagement à relever les défis, notamment en matière de santé et de sécurité au travail, de santé mentale, de durabilité et de droits des femmes et des groupes marginalisés. Les syndicats se sont engagés à travailler en bonne intelligence, à partager des informations et à défendre les droits des travailleurs et travailleuses aux niveaux national et international.

Sandra Bränzel d’IGBCE et Edson Dias Bicalho de Fequimfar ont été élus Coprésidents sectoriels, concluant ainsi une ambitieuse série de trois journées de réunion. Ils ont exprimé leur optimisme quant à l’avenir et à l’engagement commun d’améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière.

En conclusion de ces trois journées de réunions intensives, Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Les défis d’aujourd’hui sont les opportunités de demain. Ensemble, en tant qu’IndustriALL Global Union, nous sommes unis pour ouvrir la voie à un avenir où les droits des travailleurs et travailleuses, l’inclusion et la durabilité prévalent. Que notre détermination soit le catalyseur d’un changement transformateur dans les industries chimiques et pharmaceutiques et au-delà !”.

Suède : l’accord prévoit la requalification et la reconversion des cols blancs

L’an dernier, les partenaires sociaux suédois ont conclu deux accords nationaux sur le développement des compétences. Ces accords sont liés à une nouvelle législation adoptée par le Parlement suédois en juin 2022, qui prévoit le financement nécessaire à la formation, à la requalification et à l’amélioration des compétences par le biais de subventions ou de prêts.

Les syndicats suédois de cols blancs Sverges Ingenjörer et Unionen étaient deux des syndicats en première ligne pour cet accord.

Il s’agit d’accords historiques pour les syndicats et qui ont une portée que l’on a plus vue sur le marché du travail suédois depuis très longtemps.

Le développement de la numérisation et de l’intelligence artificielle a un impact significatif sur les compétences requises. Dans ce contexte, ces accords sont essentiels pour permettre aux travailleurs hautement qualifiés, qui sont exposés aux nouvelles évolutions, de conserver les compétences requises par ces nouvelles technologies, de maintenir leur employabilité et d’évoluer vers de nouveaux postes.

Les ingénieurs doivent se tenir au courant des nouvelles technologies et cet accord leur donne la possibilité de rester plus longtemps sur le marché du travail, car il leur permet de faire quelque chose de nouveau ou de changer d’orientation.

“Si nous prenons l’exemple de l’industrie automobile, de nombreux ingénieurs ont été formés aux moteurs à combustion et ont besoin de se recycler dans l’électrification. Il peut également arriver qu’un ingénieur approche de la retraite et souhaite transférer ses connaissances et enseigner les mathématiques ou les sciences. C’est également une bonne chose qu’il bénéficie d’un soutien tripartite porté par les autorités, même si ce sont les partenaires sociaux qui ont négocié pour parvenir aux signatures finales,”

a déclaré Ulrika Linstrand, Présidente de Sverges Ingenjörer.

L’accord, dénommé “Soutien à la formation pour la transition”, établit le droit à la formation des membres des syndicats. La nouvelle aide à la formation pour la transition s’applique aux personnes qui ont travaillé au moins huit ans sur les quatorze dernières années. Les accords s’appliqueront parallèlement au système d’aide à l’éducation existant. La subvention remplacera 80 % du revenu net, jusqu’à un plafond, et un prêt supplémentaire pourra s’y ajouter.

Cette nouvelle bourse est plus généreuse que le système d’aide à l’éducation existant et les travailleurs et travailleuses peuvent en bénéficier pendant une période plus courte, jusqu’à 44 semaines pour des études à temps plein. Les transitions professionnelles, l’amélioration des compétences et de la sécurité de l’emploi pour les travailleurs et travailleuses ainsi que la promotion de l’apprentissage en continu sont des éléments saillants de ce nouvel accord, qui permet aux entreprises de disposer d’une main-d’œuvre plus productive et plus qualifiée.

Toutefois, le lancement de nouvelles réformes n’est pas sans poser de problèmes. Pour Unionen, l’autorité chargée de l’octroi des subventions n’a pas été en mesure de gérer toutes les demandes à temps en raison d’un manque de ressources, ce qui pourrait être résolu grâce au nouveau budget. Un autre défi est le manque de places dans l’enseignement, tant à l’université qu’à l’université du travail, ciblant les membres qui ont besoin de formations qualifiées plus courtes.

“Nous nous félicitons de cet accord et Unionen a été l’une des forces motrices de sa réalisation. Nous avons travaillé sur la requalification, l’amélioration des compétences et la formation continue depuis les années 1970, mais en nous concentrant principalement sur les cas où nos membres perdent leur emploi ou sont au chômage. Il s’agit de reconnaître que nous avons également besoin de formation continue lorsque nous avons un emploi, en raison d’un marché du travail en constante évolution, dû à la numérisation,”

a déclaré le Secrétaire international d’Annakarin Wall Unionen.

Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré :

“Ces accords sur la requalification et la reconversion sont essentiels pour permettre une transition juste. Il est important que ces accords couvrent tous les travailleurs et toutes les travailleuses, y compris les cols blancs qui sont soumis à une forte pression pour rester au fait des nouvelles technologies et être formés de manière adéquate à celles-ci.”