Les syndicats se battent pour les mineurs d’Ekapa face à la menace de liquidation de la mine touchée par une coulée de boue
Le 17 mars dernier, la Haute Cour du Cap-Nord, en Afrique du Sud, a prolongé la liquidation provisoire d’Ekapa Minerals au lieu de rendre une ordonnance définitive, remettant ainsi l’affaire au 30 octobre. Ce report fait suite à une contestation du NUMSA qui a fait valoir qu’un plan de sauvetage de l’entreprise permettrait de préserver plus de 1.000 postes. La liquidation aura pour seul effet de coûter des emplois et nuire aux travailleuses et travailleurs.
Le NUMSA, affilié à IndustriALL, a déclaré qu’Ekapa avait mal géré ses finances et violé les droits des travailleurs. Environ 400 salariés n’ont pas été payés depuis novembre 2025 et ne peuvent accéder au Fond d’assurance chômage. Les tentatives pour obtenir le soutien du TERS (programme temporaire d’aide aux employeurs et aux salariés) se sont heurtées à un manque de coopération de la part de l’employeur, a déclaré le syndicat. En février, 196 mineurs ont été licenciés. Ceux-ci ont depuis obtenu l’accès à 50 % de leur épargne-retraite, une mesure à court terme au mieux.
Le syndicat accuse également Ekapa d’avoir enfreint la législation du travail, notamment la Loi sur les relations de travail et la Loi sur les conditions de base de l’emploi. L’entreprise a rejeté les propositions visant à recycler et à améliorer les compétences de la main d’œuvre.
La coulée de boue reflète des schémas de négligence plus graves
La coulée de boue qui a coûté la vie à cinq mineurs a jeté une ombre sur la liquidation d’Ekapa et soulevé de sérieuses questions quant au respect des protocoles de sécurité par l’entreprise. Selon le NUMSA, ces décès révèlent une négligence structurelle bien plus profonde de la part d’une société qui ne peut ou ne veut investir dans la gestion de conditions géologiques de plus en plus instables.
Le Ministère des ressources minérales et pétrolières (DMRE) a adopté une approche lente et mesurée. À la suite de ce drame, les inspecteurs ont émis des directives suspendant les opérations dans les sections touchées et ont exigé des évaluations géotechniques et des rapports de conformité. Une enquête a été ouverte pour déterminer si Ekapa avait respecté les codes de pratique obligatoires en matière d’ingénierie des roches et de stabilité souterraine.
Mais les syndicats soutiennent que les interventions du DMRE sont réactives plutôt que préventives. La surveillance n’a été renforcée qu’après les décès et l’effondrement des installations, laissant les travailleuses et travailleurs exposés aux risques.
La Commission parlementaire en charge des ressources minérales et de l’énergie a effectué une visite de contrôle à Kimberley, rencontrant des mineurs, des syndicats et les autorités locales. Les députés ont exprimé leur inquiétude quant aux salaires impayés, à la procédure de liquidation et à l’adéquation des systèmes de sécurité préalable à la coulée de boue. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application de la réglementation et précise si un redressement d’entreprise pourrait offrir au personnel une solution plus sûre et plus avantageuse que la liquidation.
Gérer les changements géotechniques
L’exploitation diamantifère dans les mines vieillissantes de Kimberley est de plus en plus vulnérable à l’instabilité géotechnique. À mesure que les mines souterraines s’approfondissent et croisent d’anciennes galeries, le risque de coulées de boue, de chutes de pierres et de mouvements soudains du sol augmente. Les experts miniers mettent en avant plusieurs mesures susceptibles d’atténuer ces risques. Ils souhaitent que le DMRE renforce l’application des normes et précise si une restructuration de l’entreprise pourrait représenter une alternative plus favorable aux membres du personnel que la liquidation. Les coulées de boue trouvent souvent leur origine dans des inondations qui peuvent être contrôlées par un système de drainage amélioré afin de réduire les afflux soudains d’eau. Par ailleurs, le remblayage stabilise la masse rocheuse et réduit le risque d’effondrement.
Andile Zitho, Secrétaire régional du NUMSA pour le Cap-Nord et l’État libre, a indiqué :
« Ce report montre que le tribunal voit clair dans les manœuvres de l’employeur, ce qui ouvre la voie à un avenir plus juste et plus durable pour Kimberley, Ekapa et ses travailleuses et travailleurs du secteur diamantaire. »
Emmanuel Adjei-Danso, Directeur pour les secteurs minier et énergétique chez IndustriALL, a déclaré :
« Nous saluons le NUMSA pour avoir défendu les moyens de subsistance à Ekapa. La liquidation ne doit pas servir de prétexte pour paupériser les travailleuses et travailleurs. »
Mise à jour sur les mines d’Ekapa
« Pour certaines personnes, nous représentons le dernier espoir » : Christiane Benner s’exprime sur les syndicats, l’extrême droite et le mandat d’IndustriALL
Christiane Benner est arrivée au siège d’IndustriALL à Genève le 25 mars au beau milieu d’une lutte. Les élections des Comités d’entreprise battaient leur plein partout en l’Allemagne et IG Metall, le syndicat qu’elle dirige en tant que toute première femme à sa présidence, était confronté à une concurrence directe de l’extrême droite sur le terrain.
IndustriALL president Christiane Benner addresses staff during a visit to the Geneva headquarters, 25 March 2026.
Ce jour-là, dans son discours au personnel, elle a soulevé l’importance du moment de façon directe. Les travailleuses et travailleurs, a-t-elle déclaré, se tournent vers les syndicats précisément parce qu’ils n’ont nulle part ailleurs où aller.
« Pour certaines personnes, nous représentons le dernier espoir. »
Cette formulation et la responsabilité qu’elle implique ont façonné tout ce qui a suivi.
Nous avons interrogé Christiane Benner après sa visite pour savoir ce que cette responsabilité pose comme exigences à d’IndustriALL et aux dirigeants syndicaux à travers le monde.
À propos de la vision et du leadership
Vous avez décrit les syndicats comme « le dernier espoir » pour bon nombre de travailleuses et de travailleurs. C’est une lourde responsabilité. Comment l’assumez-vous et qu’est-ce que cela exige des dirigeants syndicaux à l’échelle mondiale en ce moment ?
Lorsque les syndicats incarnent le dernier espoir pour de nombreux salariés, nous devenons de facto les défenseurs d’un traitement équitable, de la dignité au travail ainsi que de la sécurité économique et sociale de base. Nous nous retrouvons à assumer des rôles plus importants, à plaider en faveur d’une politique industrielle durable, à défendre les droits des travailleurs dans tous les secteurs. Cela signifie rester proches des travailleuses et des travailleurs tout en jouant simultanément un rôle politique dans la société.
Cette situation génère, par ailleurs, de réelles opportunités. Nous pouvons rétablir la confiance du public, augmenter nos effectifs dans des domaines d’activité prometteurs et au sein de groupes cibles tels que les cols blancs, les femmes et les jeunes salariés. Nous devons nous montrer plus stratégiques, non pas juste réactifs et nos prises de décision doivent être centrées sur l’ensemble des travailleurs.
Même si le chômage élevé et les changements démographiques entraînent une baisse des effectifs dans de nombreux pays, y compris en Allemagne, nous gagnons parallèlement de nombreux nouveaux membres. C’est pourquoi nous réussirons à long terme. J’en suis fermement convaincue.
Dans quatre ans, quelle forme aura pris le succès pour IndustriALL et pour les travailleuses et travailleurs que nous représentons?
Nous aurons réussi lorsque nous aurons insufflé une nouvelle vie à la solidarité et que nous formerons, en tant que syndicats, un front uni et indivisible. Nous ne nous concentrons pas sur ce qui nous divise, mais sur ce qui nous unit : la lutte pour les droits des travailleurs, des emplois sûrs et de qualité, la sécurité sociale et la démocratie sur le lieu de travail.
Cela se traduira par des améliorations concrètes dans la vie quotidienne des travailleuses et travailleurs aux quatre coins du monde :
des perspectives grâce à un emploi sûr et à l’accès à la sécurité sociale
des salaires plus élevés et un pouvoir d’achat accru dans les principaux secteurs industriels
des lieux de travail plus sécurisés, avec une réduction mesurable des accidents et de l’exposition aux matières dangereuses
une participation significative des travailleuses et travailleurs à la mise en œuvre des nouvelles technologies telles que l’IA, l’automatisation et la robotique
Les salariés ont besoin de ressentir une différence par le biais d’améliorations concrètes et pas seulement de victoires politiques sur le papier.
Vous avez évoqué la nécessité de dirigeants authentiques, capables de montrer comment les syndicats font la différence. À quoi ressemble ce type de leadership dans la pratique ?
Les dirigeants visionnaires modèlent activement la transformation, de la numérisation et de l’automatisation au changement écologique. Ils entretiennent des liens étroits avec les salariés, sont présents sur le terrain comme dans les bureaux et restent en contact avec ceux qui travaillent à domicile. Ils abordent les problèmes dès leur apparition et élaborent des réponses ensemble, telles que la formation aux nouvelles technologies ou la transition vers une production respectueuse du climat.
Ils communiquent clairement, explicitent les questions complexes de manière compréhensible et se présentent avec assurance en public, dans les sphères politiques et dans les médias. Les jeunes travailleurs et les femmes sont fortement impliqués. De cette manière, ils instaurent la confiance, favorisent le renouveau et veillent à ce que leur syndicat reste, ou devienne, une voix forte pour un travail décent.
En bref : les dirigeants syndicaux visionnaires sont des acteurs du changement courageux, empathiques, stratégiques et attachés à des principes qui mobilisent les gens, façonnent ardemment le changement et préparent les syndicats pour l’avenir.
À propos de l’extrême droite
Vous avez expliqué avoir vu un diagramme qui illustre les liens entre les mouvements d’extrême droite au plan mondial. Qu’est-ce qui vous a frappé, et que met en œuvre le syndicalisme international pour y faire face qui ne soit à la portée d’un syndicat national?
Ce qui m’a le plus frappée, c’est de voir à quel point le réseau d’Orbán, en tant que représentant de l’extrême droite, est vaste et bien ramifié. Heureusement, il a désormais été évincé du pouvoir. Mais je crains que les réseaux d’extrême droite ne subsistent.
Tous les syndicats doivent prendre position contre l’extrême droite dans leurs pays respectifs, non pour le principe même de s’y opposer mais parce qu’elle entrave violemment les droits des travailleurs dans tous les aspects de ses politiques. Nous serons toutefois plus forts si nous luttons ensemble, poursuivons une stratégie commune et construisons des réseaux solides par-delà les frontières. Une fédération internationale comme IndustriALL peut fournir une plateforme à cet effet, aider à coordonner nos activités et affiner nos stratégies. Nous pouvons apprendre les uns des autres et dénoncer le bilan anti-travailleurs de ce mouvement.
Les syndicats renforcent également la démocratie en veillant à ce qu’elle ne s’arrête pas aux grilles de l’usine. En Allemagne, les élections des Comités d’entreprise constituent le deuxième scrutin démocratique du pays. Cette année, les listes d’extrême droite n’ont pratiquement pas réussi à percer, car nous sommes restés proches des gens. Faire de la démocratie participative une réalité tangible représente l’un des moyens les plus efficaces dont nous disposons pour contrer les forces d’extrême droite.
À propos de la syndicalisation
Le plan d’action du Congrès de Sydney place la syndicalisation au centre. À quoi ressemble une syndicalisation bien menée ?
Lorsqu’elle est bien comprise, la syndicalisation place les travailleuses et travailleurs au centre de son action: nous écoutons ce qui leur tient à cœur, les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien, ce qui les motive et ce qu’ils craignent. Il doit être clair que ce sont les salariés qui constituent le syndicat. Lorsqu’elle est bien menée, ce sont les travailleuses et travailleurs eux-mêmes qui prennent les décisions et le personnel syndical les accompagne sans les contrôler. Un comité composé de personnes de confiance dirige l’effort de syndicalisation, dialogue avec les collègues et assume la responsabilité de faire avancer la campagne.
C’est ainsi que nous construisons une base syndicale solide sur le lieu de travail avec de nombreux membres actifs et engagés. Les salariés ressentent la différence et comprennent qu’ils peuvent accomplir davantage ensemble s’ils se syndiquent et parlent d’une seule voix. Cela rend la solidarité et la démocratie sur le lieu de travail tangibles et incontournables, en même temps que s’instaure une culture du « soutien mutuel ».
À propos des femmes et du backlash
Vous êtes la première femme Présidente d’IG Metall. Vous avez évoqué le backlash à l’égard des femmes dans le cadre du programme plus large de la droite. Que signifie ce moment pour vous personnellement et que doit faire IndustriALL pour protéger les acquis en matière d’égalité des sexes ?
Plus de deux décennies passées à construire des structures féministes au sein d’IG Metall m’ont appris une chose avant tout : cela n’a jamais été facile ni acquis d’avance. Les syndicats féministes ne naissent pas tous seuls. Ils ont besoin de structures qui autonomisent réellement les femmes : des systèmes de rémunération transparents, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, une participation authentique et des espaces où les femmes peuvent s’exprimer. Et ils ont besoin du courage de changer activement les schémas patriarcaux. Le féminisme dans les syndicats relève d’un changement concret et quotidien du rapport de force.
Cela s’avère particulièrement essentiel aujourd’hui. Partout dans le monde, les acquis des travailleuses sont menacés. Le backlash nous vise parce que notre mouvement s’est renforcé. Nous ne devons pas nous laisser intimider. Nous devons continuer à nous syndiquer, à créer des réseaux internationaux et à faire entendre notre voix. Notre mouvement syndical international soutient chaque femme qui lutte pour la dignité, la sécurité et l’égalité. C’est plus important que jamais.
La question qu’elle a laissée ouverte
Christiane Benner a quitté Genève le jour même de son arrivée pour rentrer en Allemagne et rejoindre le front des élections des Comités d’entreprise. Mais la question qu’elle a posée au personnel « que signifie représenter le dernier espoir ? » résonne bien au-delà d’IG Metall. Elle se situe au cœur de la raison d’être d’IndustriALL : relier les luttes des travailleuses et travailleurs du monde entier pour en faire quelque chose de plus grand que ce qu’un syndicat peut accomplir seul. Sa visite nous a rappelé pourquoi cette mission est fondamentale et à quel point il est crucial de la mener à bien.
Le personnel et des invités se sont réunis au siège d’IndustriALL à Genève lors de la visite de sa Présidente, Christiane Benner, le 25 mars 2026.
Vote des travailleurs malaisiens en faveur de la syndicalisation : Boeing riposte
Le 10 décembre de l’année passée, le Syndicat national des travailleurs des équipements de transport et des industries connexes (NUTEAIW), affilié à IndustriALL, a remporté un scrutin à bulletin secret sur ce site avec 85 % des voix. Au lieu de reconnaître ce résultat, la direction de BCM, en collaboration avec les membres du Comité consultatif mixte (CCM) de l’entreprise, a fait pression sur les salariés pour qu’ils signent une pétition contre le syndicat. Ceux-ci affirment avoir cédé sous la contrainte, dans un climat de peur.
BCM a ensuite utilisé ces signatures pour introduire un recours en annulation devant la Haute Cour de justice, le 10 février dernier dans le but de faire invalider le vote démocratique.
Le Secrétaire général de la NUTEAIW, Gopal Kishnam Nadesan, a indiqué :
« La pétition post-électorale fabriquée de toutes pièces par l’employeur n’a aucune valeur juridique au regard de la Loi sur les relations sociales et ne sert qu’à saper le processus démocratique. La loi interdit clairement à un employeur d’entraver l’exercice du droit des travailleuses et travailleurs d’adhérer à un syndicat. Il s’agit là d’un mépris total des mécanismes participatifs et de la liberté syndicale des salariés. »
La Malaisie a ratifié la Convention n° 98 de l’OIT sur le droit à l’organisation et à la négociation collective. Cette convention protège les syndicats des travailleuses et travailleurs contre toute ingérence des employeurs dans leur mise en place ou leur fonctionnement.
Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :
« Les agissements antisyndicaux de BCM constituent une violation flagrante du droit du travail national et international. IndustriALL exprime sa solidarité avec les membres de la NUTEAIW et exhorte le gouvernement malaisien à intervenir immédiatement dans ce conflit en exigeant de l’entreprise qu’elle renonce à son recours judiciaire et accorde volontairement sa reconnaissance. »
BCM est détenue à 100 % par la société Boeing et fabrique des produits composites et structurels pour ses avions commerciaux. La multinationale a racheté et rebaptisé l’usine Aerospace Composites Malaysia en 2023.
SST en Inde : l’explosion de Singhitarai met en lumière des défaillances systémiques
Les enquêtes préliminaires révèlent une pression excessive causée par une accumulation de combustible à l’intérieur de la chaudière, confirmant que l’incident aurait pu être évité.
La centrale ne dispose d’aucune représentation syndicale et d’après nos informations, les syndicats n’ont pas pu accéder au site. Cela soulève de graves inquiétudes quant à la supervision de la sécurité et à la responsabilité de l’entreprise.
Défaillance systémique
Les données officielles montrent qu’en 2022, l’Inde comptait 268.747 usines en activité mais seulement 6.244 agents de sécurité, soit un pour quarante usines, rendant toute inspection efficace impossible. Sur les 4.036 accidents du travail enregistrés cette année-là, 1.053 ont provoqué la mort. Plus d’un incident signalé sur quatre s’est soldé par un décès, ce qui reflète à la fois la gravité des accidents et une probable sous-déclaration de la part des entreprises.
Lors d’un webinaire régional sur la santé et la sécurité au travail (SST) en Asie du Sud, organisé par IndustriALL le 15 avril dernier, les syndicats ont réitéré leurs préoccupations à ce sujet. Ils ont pointé que la légèreté des systèmes d’inspection, l’application laxiste de la réglementation et l’absence des travailleuses et travailleurs dans les débats constituent les principaux facteurs à l’origine des accidents du travail récurrents.
Au Pakistan, les syndicats ont signalé des accidents mortels à répétition dans les secteurs de l’énergie et du textile, dus à une application insuffisante des normes et à la précarité des conditions de travail. Au Bangladesh, les améliorations en matière de SST restent inégales en dehors du secteur de l’habillement, les salariés d’autres domaines d’activité restant exposés aux risques.
Ces exemples montrent que l’accident de Singhitarai est symptomatique de défaillances régionales plus larges en matière d’application de la loi et de responsabilité des entreprises.
Responsabilité assumée des entreprises, une indemnisation ne suffit pas
La responsabilité des entreprises ne peut se limiter à des annonces d’indemnisation. Sans responsabilité assumée de leur part, il sera impossible de sortir de l’engrenage.
Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :
« Il ne s’agissait pas d’un accident imprévisible. Exploiter des installations obsolètes et déclassées sous une charge excessive constitue un cas flagrant de négligence. La véritable question consiste à savoir comment une telle centrale a pu être autorisée à fonctionner dès le départ. »
Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a indiqué :
« D’après les informations disponibles, cet accident aurait pu être évité et ces vies épargnées grâce à des systèmes de sécurité adéquats. La hausse des accidents du travail en Inde reflète l’érosion des contrôles de sécurité, la faiblesse des inspections et le recours à l’auto-certification. L’assouplissement des lois en matière de sécurité au profit de l’industrie met les salariés en danger. Les syndicats continueront de se battre pour des environnements de travail sécurisés. »
Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :
« La sécurité des travailleuses et travailleurs est une obligation fondamentale en vertu des conventions n° 155 et n° 187 de l’OIT. Cette tragédie met en évidence de graves défaillances en matière d’application de la loi et de responsabilité. Elle fait ressortir le rôle essentiel de la représentation des travailleuses et travailleurs dans l’identification des risques et la prévention des accidents. L’entreprise doit assumer sa pleine responsabilité, assurer une transparence totale quant aux causes de l’explosion et garantir que son personnel puisse se syndiquer et être représenté afin d’empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent. »
Un rapport d’ACT met en évidence les progrès et les lacunes dans les pratiques d’achat des enseignes
Le rapport ACT 2025 sur la responsabilité et le suivi, publié ce 15 avril, s’appuie sur les réponses de 1.049 salariés de 18 enseignes signataires et de 1.055 fournisseurs dans plus de 70 pays de production. L’ampleur et la méthodologie du rapport sont significatives : plutôt que de se fier uniquement aux déclarations des enseignes, les conclusions sont recoupées avec les retours des fournisseurs, offrant ainsi une image plus fidèle des domaines où des changements ont lieu et de ceux où ils ne se produisent pas.
Où des progrès sont réalisés
Le rapport identifie les avancées les plus marquantes en matière de stratégie d’approvisionnement et de pratiques de sortie responsables. On observe également des signes d’amélioration dans les systèmes de calcul des coûts de main-d’œuvre et de planification. Mais des défis subsistent pour ce qui est de la précision des prévisions et d’une protection adéquate de la rémunération de la main-d’œuvre face à la pression sur les prix.
Les fournisseurs ont identifié cinq pratiques d’achat comme étant les plus cruciales pour permettre des salaires plus élevés : la négociation des prix, les prévisions et la planification des capacités, la stratégie d’approvisionnement, les relations acheteur-fournisseur et les conditions de paiement.
Où des lacunes subsistent
Le rapport met également en évidence les domaines où l’expérience des fournisseurs ne correspond pas aux rapports des entreprises, en particulier en matière de calcul des coûts de main-d’œuvre et de certaines pratiques liées au paiement. Il ne s’agit pas d’une constatation mineure. Elle touche au cœur même de la raison d’être du cadre de responsabilité d’ACT : aller au-delà des déclarations de principe et vérifier si les engagements sont respectés dans la pratique.
Pourquoi cela importe pour IndustriALL
IndustriALL est membre fondateur et co-concepteur d’ACT. Ce cadre repose sur la conviction que la négociation collective, soutenue par des pratiques d’achat responsables et un respect sincère de la liberté syndicale, constitue la voie la plus efficace et la plus durable vers l’amélioration des salaires et des conditions de travail. Cela va dans le sens des conclusions de l’OIT sur les politiques salariales, en particulier en ce qui concerne les salaires décents.
Ce rapport démontre que le modèle ACT fonctionne précisément parce qu’il ne permet pas aux enseignes d’être seules juges de leurs propres progrès. C’est la méthodologie à 360 degrés, qui recoupe les données provenant des enseignes ainsi que de leurs salariés et fournisseurs, qui confère de la crédibilité aux résultats. Dès lors que ce processus met en évidence des lacunes gênantes, cela signifie que le cadre fonctionne comme prévu.
La Directrice exécutive d’ACT, Mira Neumaier, l’a décrit comme
« un processus collectif fondé sur l’apprentissage »
plutôt qu’un simple exercice statique de conformité, dont l’objectif principal serait de permettre des discussions factuelles sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les 18 enseignes actuellement signataires d’ACT comprennent notamment Asos, C&A, H&M Group, Inditex, Lidl, Next, Primark, PVH, Tesco et Zalando.
L’AIE appelle les travailleurs du secteur de l’énergie, les syndicats et l’industrie à contribuer à l’élaboration du rapport mondial sur l’emploi
Les résultats alimenteront le rapport « World Energy Employment 2026 », une étude annuelle qui suit l’évolution de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’énergie et formule des recommandations consultées par les gouvernements et les employeurs du monde entier.
Pourquoi votre réponse est importante
Le rapport « World Energy Employment 2025 » s’est appuyé sur les réponses de plus de 700 entreprises, syndicats et formateurs dans le cadre de cette même enquête annuelle de l’AIE. Les conclusions ont brossé un tableau révélateur d’un domaine d’activité sous pression.
Le secteur de l’énergie connaît une croissance rapide. En 2024, il employait 76 millions de personnes dans le monde, soit une augmentation de plus de 5 millions depuis 2019, et créait des emplois à un rythme près de deux fois supérieur à celui de l’économie dans son ensemble.
Mais cet essor se heurte à un obstacle majeur : une pénurie grandissante de travailleuses et travailleurs qualifiés. Dans une enquête distincte de l’AIE menée en 2025 auprès de plus de 400 entreprises, environ 60 % ont signalé des difficultés de recrutement dues à des déficits de compétences et à une main-d’œuvre insuffisante. Les postes techniques de terrain, tels que ceux d’électriciens, de monteurs de lignes électriques, d’installateurs de panneaux photovoltaïques, de soudeurs et de tuyauteurs sont les plus difficiles à pourvoir ; ils représentent plus de la moitié de l’effectif total du secteur de l’énergie, mais sont soumis aux carences les plus importantes.
L’enquête sur l’emploi de l’AIE a interrogé sans détour les salariés et leurs représentants sur ce qui rend un emploi intéressant. Les réponses fournies étaient sans équivoque : une rémunération équitable (90 % des personnes interrogées), la sécurité de l’emploi (73 %) et un environnement de travail sûr (71 %). Pourtant, seuls 35 % du personnel sondé ont classé les emplois dans le secteur des énergies propres comme des emplois de qualité offrant à la fois de bonnes conditions de travail et une rémunération décente, un écart auquel les syndicats et les employeurs doivent remédier de toute urgence.
Par ailleurs, l’âge moyen de la main-d’œuvre augmente. Dans les économies avancées, on compte 2,4 travailleurs à moins de dix ans de la retraite pour chaque travailleur de moins de 25 ans. Dans les fonctions du nucléaire et des réseaux électriques en particulier, ce ratio s’élève respectivement à 1,7 et 1,4. D’ici 2035, deux nouvelles recrues sur trois seront nécessaires à la seule fin de remplacer les travailleuses et travailleurs partant à la retraite.
Combler le déficit de compétences exigera une action urgente et coordonnée. L’AIE estime que le nombre de nouveaux diplômés à rejoindre le secteur de l’énergie devrait augmenter d’environ 40 % à l’échelle mondiale d’ici 2030. Ce qui représente un coût d’environ 2,6 milliards de dollars par an, soit moins de 0,1 % des dépenses publiques mondiales consacrées à l’éducation.
Ce sont ces questions que les enquêtes de 2026 visent à aborder. Plus l’AIE engrangera de réponses, plus la base de données factuelles sera solide et plus les arguments en faveur de politiques plaçant les travailleuses et travailleurs au cœur de la transition énergétique s’avèreront convaincants.
« La transition énergétique est en train de remodeler des millions d’emplois à travers le monde. Pour que cette transition soit juste, les travailleuses, les travailleurs et leurs syndicats doivent siéger à la table des négociations, non seulement lors de la prise de décisions mais aussi lors de la collecte des données. J’encourage toutes les personnes du secteur de l’énergie à prendre quelques minutes pour répondre à cette enquête et faire entendre leur voix »
a déclaré Diana Junquera Curiel, Directrice de la politique industrielle chez IndustriALL
Quelle enquête me concerne ?
L’IEA a lancé quatre enquêtes, chacune ciblant un public différent. Trouvez celle qui vous concerne ci-dessous et partagez largement les liens au sein de vos réseaux.
À l’intention des institutions publiques impliquées dans les politiques de l’énergie, du travail, des compétences ou de l’éducation, y compris les ministères, les opérateurs nationaux de compétences et autres organismes gouvernementaux.
Pour les universités, les prestataires d’EFTP (enseignement formation techniques et professionnels), les formateurs internes des entreprises du secteur de l’énergie, les ONG et les syndicats qui dispensent des formations ou un enseignement professionnel.
Pour les entreprises du secteur de l’énergie, les entreprises de la chaîne d’approvisionnement et les responsables du recrutement et de la planification des effectifs.
Partagez vos bonnes pratiques
En plus de mener des enquêtes, l’AIE recueille des exemples de politiques, d’initiatives et d’études de cas via son nouvel outil de suivi « Employment and Skills Policy and Case Study Tracker ». Si votre organisation a développé un programme qui mérite d’être partagé, soumettez-le ici ; il pourrait figurer dans le rapport « World Energy Employment 2026 ».
Outil de suivi des politiques et études de cas : Soumettez-le ici
Toutes les enquêtes se clôturent le 15 mai 2026. Merci de diffuser largement ces liens auprès de vos réseaux syndicaux, de vos collègues et de vos contacts dans le secteur. Chaque réponse renforce les arguments en faveur d’une transition énergétique juste et centrée sur les personnes.
Le secteur de l’énergie employait 76 millions de personnes dans le monde en 2024 et pourtant la pénurie de main-d’œuvre qualifiée s’aggrave. Source : Shutterstock / STK_08
La feuille de route du Bangladesh marque le pas
Ces conclusions sont tirées du rapport de l’OIT, publié en mars 2026, sur la feuille de route relative aux 18 revendications. Il concerne la période allant de mars 2025 à mars 2026 et s’applique à l’ensemble des secteurs. Ce rapport rend compte des progrès réalisés par rapport aux engagements pris par le gouvernement bangladais avec les partenaires sociaux et met en évidence les lacunes constatées dans leur mise en œuvre. Il convient notamment de noter que l’accord sur le salaire minimum, une revendication clé du cadre en 18 points, doit être conclu cette année. Les négociations à cet égard doivent encore débuter.
En 2025, le Bangladesh a pris des mesures notables par la ratification de trois conventions de l’OIT : la C155 sur la santé et la sécurité au travail, la C187 sur le cadre de promotion de la santé et de la sécurité au travail et la C190 sur la violence et le harcèlement. Il est ainsi devenu le premier pays d’Asie du Sud à le faire. Pour les salariés qui se battent depuis des années afin d’être reconnus ce sont des acquis durement gagnés.
Mais la ratification n’est pas synonyme de protection. Et pour les millions de travailleuses et travailleurs des usines de confection et des zones franches d’exportation, entre autres, le fossé entre ce que la loi préconise et ce qui se passe réellement dans les usines reste immense.
Le délai légal pour l’enregistrement d’un syndicat est de 55 jours. De nombreuses demandes prennent bien plus de temps, jusqu’à deux ans dans certains cas. Source de préoccupation soulevée par les affiliés d’IndustriALL à plusieurs reprises au cours de multiples cycles de rapport du Conseil d’administration de l’OIT, le système d’enregistrement « Nothijat » laisse les demandes en suspens dans le flou bureaucratique, sans solution en vue. Les ouvrières et ouvriers qui tentent de se syndiquer ne font pas seulement face à des retards ; ils sont confrontés à des licenciements, au harcèlement et à des mesures d’intimidation.
Les autorités n’ont donné suite qu’à onze des quarante-deux cas de discrimination antisyndicale et de pratiques de travail déloyales signalés. Les employeurs, quant à eux, encourageraient activement la création de syndicats jaunes, instances favorables à l’entreprise, conçus pour évincer la véritable représentation des travailleuses et travailleurs.
Le secteur de la confection constitue la plus grande industrie d’exportation du Bangladesh, employant des millions de personnes. Et pourtant, pas une seule convention collective n’était en vigueur ou n’a été conclue au cours de la période considérée. L’accord tripartite en 18 points du gouvernement, signé en septembre 2024 et salué comme une avancée majeure, suscitait déjà des inquiétudes parmi les affiliés quant à sa mise en œuvre inégale selon les secteurs industriels. Les chiffres suggèrent que ces inquiétudes étaient bel et bien fondées.
Ratification sans protection
Les données relatives à la sécurité au travail brossent un tableau similaire. IndustriALL avait déjà émis de sérieux doutes quant à la crédibilité des statistiques d’inspection du gouvernement, se demandant si 441 inspecteurs pouvaient réellement mener à bien les 85 inspections quotidiennes revendiquées par le gouvernement. Les chiffres le confirment aujourd’hui : 1.190 travailleurs ont perdu la vie dans des accidents du travail en 2025, contre 905 l’année précédente. Malgré les réformes, les mesures de sécurité restent dangereusement déficientes.
Les salariés des zones franches d’exportation se voient toujours refuser le droit de former des syndicats indépendants et restent limités aux associations de bien-être des travailleurs qui ne répondent pas aux normes internationales. La réforme du cadre des zones franches d’exportation s’est avérée lente et lacunaire.
Les affiliés d’IndustriALL ont sans relâche demandé que leurs recommandations soient prises au sérieux tout au long de ce processus.
La loi de 2026 portant modification de la législation du travail marque une avancée, en particulier pour les travailleuses et travailleurs des secteurs à haut risque, notamment la confection et la démolition navale. L’introduction de régimes d’indemnisation des accidents du travail visant à renforcer les indemnisations et la protection sociale, ainsi que l’instauration du droit légal de refuser une tâche dangereuse ou présentant des risques, constituent un acquis important pour les travailleuses et travailleurs de ces secteurs à haut risque. Ces mesures concrètes, associées à des améliorations en matière d’inspection du travail et de dialogue social, témoignent des progrès accomplis en vue de lieux de travail plus sûrs et plus responsables. La poursuite des efforts visant à garantir leur mise en œuvre efficace et à renforcer le dialogue social viendra, dans la pratique, soutenir davantage ces évolutions positives. IndustriALL et ses affiliés s’engagent à collaborer avec le gouvernement pour soutenir ces efforts.
Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :
« Le nouveau gouvernement bangladais vient d’adopter un code du travail solide et nous espérons que cela marque un changement de valeurs au bénéfice des travailleuses et travailleurs. Mais la réforme législative seule ne suffit pas. Ce dont les salariés ont besoin aujourd’hui, c’est d’une mise en œuvre complète et effective dans la pratique, soutenue par une application plus stricte, une plus grande prise de responsabilité et une protection réelle contre les représailles antisyndicales. Sans ces mesures concrètes, les objectifs de la feuille de route resteront lettre morte. »
Les fédérations syndicales internationales appellent à un cessez-le-feu permanent et durable au Moyen-Orient
Les fédérations syndicales internationales signataires appellent à un cessez-le-feu permanent et durable dans tout le Moyen-Orient et à la fin immédiate du cycle incessant de la guerre et du militarisme qui continue de faire payer un lourd tribut aux populations civiles, aux travailleur·euse·s et aux communautés dans leur ensemble.
Nous déplorons que les récentes négociations à Islamabad pendant le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis d’Amérique, Israël et l’Iran se soient terminées sans accord de paix viable. Ce cessez-le-feu doit être rendu permanent, doit conduire à une désescalade complète et doit inclure explicitement le Liban, où les attaques militaires israéliennes en cours contre le Hezbollah soutenu par l’Iran ont déjà produit une crise humanitaire catastrophique attentant également à la vie et aux moyens de subsistance des citoyen·ne·s libanais·es ordinaires. Le Liban continue de payer un lourd tribut humain et social au conflit. Les populations civiles sont confrontées à des attaques continues, à des déplacements et à la destruction d’infrastructures critiques, notamment des écoles et des hôpitaux. Le Liban ne doit pas être traité comme un théâtre secondaire de guerre ; toute feuille de route sérieuse vers la paix doit inclure la fin des attaques qui ont un impact dévastateur sur le pays et ses citoyen·ne·s.
La fermeture du détroit d’Ormuz a engendré de graves chocs humanitaires et économiques dans toute la région, perturbant les exportations et les chaînes d’approvisionnement en pétrole, en gaz et en engrais, et menaçant davantage une sécurité alimentaire déjà tendue, alors que le conflit se propage dans les pays voisins et plonge des économies déjà fragiles dans une nouvelle crise budgétaire avec de graves conséquences sur les moyens de subsistance et l’accès aux besoins fondamentaux de la population. Cela met en péril des milliers d’emplois, exposant les travailleur·euse·s à une perte soudaine de revenus qui les laissent sans protection.
Malheureusement, l’une des caractéristiques déterminantes de cette guerre est le ciblage des installations énergétiques, pétrolières, gazières et pétrochimiques dans une région qui dépend fortement de ces industries pour son économie. Des travailleur·euse·s de ces secteurs ont perdu la vie ou ont été blessé·e·s dans l’exercice de leurs fonctions sur leur lieu de travail, tandis que les produits eux-mêmes sont utilisés comme levier par les deux parties au conflit.
Alors que l’attention mondiale se concentre sur la hausse des prix du pétrole, des marins civils ont été tués et blessés, et les navires restent sous la menace d’être pris pour cible. Plus de 20 000 marins sont toujours pris au piège dans le détroit d’Ormuz, vivant dans la peur et l’incertitude constantes – des travailleur·euse·s civil·e·s innocent·e·s qui sont effectivement en première ligne, leur vie en jeu chaque jour.
Parmi les plus de 30 millions de travailleur·euse·s migrant·e·s dans la région, beaucoup figurent parmi les plus durement touchés, alors qu’iels soutiennent des secteurs clés tout en étant soumis·es à des risques accrus pour leur sécurité, à la perte d’emploi, aux salaires impayés et aux obstacles en vue d’une évacuation. Leur sécurité, leurs droits et leur accès aux salaires doivent être garantis sans délai.
Les travailleur·euse·s, les populations civils et les institutions publiques ne doivent jamais être la cible d’opérations militaires. Le meurtre et les blessures de travailleur·euse·s de tous les secteurs, notamment dans l’éducation, la santé, le journalisme et les médias, les transports et les autres services essentiels, ainsi que la destruction des espaces protégés tels que les écoles et les hôpitaux, constituent de graves violations du droit international et une atteinte à la dignité humaine. De tels actes sont intolérables et doivent être condamnés sans équivoque.
Le mouvement syndical mondial rejette la logique de la guerre et de la militarisation. La force militaire n’apporte pas la sécurité – elle enracine la violence, alimente l’instabilité, aggrave l’injustice et sape les fondements de la paix, de la démocratie, des droits humains et de la coopération multilatérale. La diplomatie, pas les bombes ; le dialogue, et non la destruction, restent la seule voie légitime vers une paix durable.
En tant que syndicats représentant plus de 200 millions de travailleur·euse·s dans tous les secteurs et sur tous les continents, nous appelons la communauté internationale à :
Rejeter la guerre, respecter le droit international et condamner le recours à la force militaire par toutes les parties ;
Transformer le cessez-le-feu actuel en une fin permanente et durable des hostilités, y compris une désescalade complète ;
Protéger les populations civiles et préserver les services et infrastructures essentiels, en garantissant l’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux transports, aux lieux de travail, à l’eau et à la nourriture, dans le plein respect du droit international ;
Assurer la protection des travailleur·euse·s migrant·e·s, des marins, des réfugié·e·s et de tou·te·s les travailleur·euse·s en situation précaire, y compris une évacuation en toute sécurité si nécessaire, ainsi que l’accès aux salaires, aux soins de santé, aux abris et aux communications ;
Défendre les droits humains et syndicaux, garantir l’obligation de rendre des comptes pour les violations du droit international humanitaire et des droits humains, et protéger la liberté syndicale, l’activité syndicale et l’espace civique démocratique en période de conflit et de crise.
Nous réaffirmons notre engagement inébranlable en faveur d’un monde dans lequel les conflits sont résolus par la diplomatie plutôt que par la violence, où le multilatéralisme est renforcé et où tous les individus ont le droit de vivre et de travailler dans la sécurité, la dignité, la démocratie et la paix. La guerre est un choix politique. Mais la paix est la seule réponse.
Corée : plus de 20.000 travailleurs sous-traitants réclament le droit de négocier à Hyundai et POSCO
Cette victoire, durement acquise, est le fruit de plus de vingt ans de luttes syndicales.
Dès l’entrée en vigueur des amendements, le 10 mars dernier, plus de 20.000 salariés précaires et sous-traitants issus de 58 sections du Syndicat coréen des métallurgistes (KMWU) ont soumis leurs revendications officielles à 18 employeurs principaux, parmi lesquels Hyundai Motor, HD Hyundai Heavy Industries et Hyundai Steel.
À ce jour, seules deux de ces entreprises en ont accusé réception. Même Hyundai Steel, dont le statut d’employeur principal a déjà été reconnu par les tribunaux, a refusé d’acter la requête du syndicat, obligeant ce dernier à la lui notifier par fax et courrier postal.
En introduisant le mécanisme de représentation exclusive en matière de négociation, le ministère de l’Emploi et du Travail sud-coréen définit toutes les travailleuses et tous les travailleurs précaires et sous-traitants comme une seule unité de négociation. En vertu de la législation sud-coréenne, ce processus exige que tous les syndicats présents sur un lieu de travail désignent un représentant unique préalablement à toute négociation, ce qui risque de marginaliser les petits syndicats des sous-traitants au profit des grands syndicats des entités principales. Cette mesure constitue une porte ouverte pour les employeurs principaux qui pourraient, dès lors, refuser à certains syndicats de sous-traitants le droit de négocier collectivement avec eux. Ce qui va à l’encontre de l’objectif des amendements destinés à protéger les droits des travailleurs précaires et sous-traitants.
Le 3 mars dernier, lors de sa 61e Assemblée générale ordinaire des délégués, le KMWU a identifié la campagne pour l’abrogation du mécanisme de représentation exclusive en matière de négociation comme l’une de ses quatre priorités. Les trois autres portent sur l’organisation d’actions de négociation conjointes à travers les chaînes de sous-traitance, l’obtention de victoires de négociation faisant jurisprudence et la revendication d’un cadre de dialogue social qui promeut des négociations multi-employeurs.
« Garantir la dignité sur le lieu de travail aux travailleuses et travailleurs précaires et sous-traitants, externalisés et employés sur site par des filiales, depuis longtemps victimes de discrimination, représente une étape cruciale dans la lutte contre la polarisation du marché du travail. En 2026, le KMWU consacrera tous ses efforts à obtenir et à étendre le droit à la négociation collective avec les employeurs principaux. Nous exhortons le gouvernement à respecter le droit des travailleurs sous-traitants à la négociation collective et à abolir le mécanisme de représentation exclusive en matière de négociation. »
Les travailleurs de POSCO soumettent une proposition de convention collective
Par ailleurs, le 10 mars dernier, 3.500 travailleuses et travailleurs précaires et sous-traitants ont soumis une proposition de convention collective à POSCO (Compagnie Sidérurgique de Pohan) par l’intermédiaire de la Fédération des syndicats coréens des métallurgistes (FKMTU). POSCO a accusé réception de cette proposition émanant à la fois de la FKMTU et du KMWU.
Le Président de la FKMTU, Kim Jun Young, a indiqué :
« L’amendement de la loi offre l’opportunité de poser les jalons de la négociation collective en faveur des travailleuses et travailleurs de la République de Corée qui n’ont pas bénéficié de droits de négociation significatifs. Nous nous sommes concentrés sur les questions de santé et de sécurité et ceci constitue un point de départ. Nous espérons que le champ d’application des négociations s’élargira progressivement. »
Les syndicats sud-africains se battent pour sauver 2.400 emplois dans le secteur du ferrochrome
Dans le secteur du ferrochrome, où les fonderies sud-africaines autrefois en pleine effervescence sont désormais à l’arrêt, les syndicats se battent pour sauver des emplois. Ce secteur, longtemps pilier des programmes de valorisation des minerais du pays, est en état de léthargie en raison des coûts élevés de l’électricité et de la sous-utilisation des capacités. À l’heure actuelle, seuls 11 des 66 fours à ferrochrome du pays sont opérationnels.
Les syndicats obtiennent un accord tarifaire
Après un lobbying intensif, une avancée modeste a été enregistrée le 27 février 2025 lorsque Glencore-Merafe Chrome et Samancor Chrome ont conclu un accord avec Eskom, la compagnie d’électricité publique, pour payer 0,62 rand (0,033 dollar) par kilowattheure au lieu des 0,877 rand (0,047 dollar) approuvés en janvier. Selon le NUM, le tarif s’élevait auparavant à 1,36 rand (0,073 dollar) par kilowattheure. Eskom a accordé cette réduction à condition que les fonderies qui avaient été fermées soient remises en production, sous réserve d’un contrat de cinq ans, de révisions tarifaires annuelles, de mécanismes de recouvrement des recettes et d’autres garanties destinées à protéger les finances précaires de la compagnie d’électricité.
Les entreprises maintiennent les licenciements malgré l’accord tarifaire
Ce compromis apparent a rapidement tourné au vinaigre. Les entreprises sont mécontentes des conditions imposées par Eskom, contestant les engagements à long terme et les clauses d’ajustement. Plutôt que de remettre en service leurs fours à l’arrêt, elles ont fait part de leur intention de procéder à des licenciements. Les syndicats accusent les employeurs de négocier de mauvaise foi : après avoir obtenu la baisse des tarifs, Glencore-Merafe Chrome et Samancor Chrome reviennent désormais sur leurs engagements en matière de préservation des emplois et de rétablissement des capacités.
Le NUM s’est dit choqué et déçu, en particulier par la décision de Samancor. « Cette décision représente un coup dévastateur pour les salariés », a déclaré le syndicat, « surtout après la lutte sans relâche du NUM pour négocier une baisse des tarifs d’électricité afin d’assurer la pérennité des activités de l’entreprise. »
Le Secrétaire général du NUMSA, Irvin Jim, exige le retrait immédiat de toutes les notifications au titre de l’article 189, la réouverture des fonderies mises en sommeil et la reprise de véritables négociations avec Eskom sur les conditions litigieuses.
Des emplois sur la sellette dans un pays où le taux de chômage atteint 43 %
Les enjeux dépassent largement le cadre de ces deux entreprises. Le taux de chômage, pris au sens large, s’élève en Afrique du Sud à plus de 43 %. La destruction de milliers d’emplois du secteur formel a des répercussions considérables sur les revenus des ménages, les économies locales et la stabilité sociale.
Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :
« L’Afrique du Sud ne peut pas se permettre de perdre ces postes. Avec un taux de chômage déjà supérieur à 43 %, chaque emploi du secteur formel qui disparaît entraîne la perte des revenus d’une famille. Ces entreprises ont une responsabilité envers leurs travailleuses et travailleurs ainsi que les communautés qui en dépendent. Se soustraire à cette responsabilité n’est pas une décision de gestion, mais une décision à portée sociale. IndustriALL soutient pleinement ses affiliés, le NUM et le NUMSA, dans leur lutte pour sauver ces emplois. »