Défaut de responsabilité des entreprises : les travailleurs syndiqués remportent une victoire majeure pour les droits du travail

Grâce à cette décision, 54 personnes recevront chacune 864.000 roupies (3.111 dollars), un montant qui comprend une triple indemnisation pour le refus persistant de leur verser les sommes qui leur sont dues légalement. Le non-respect de cette mesure entraînera la saisie de biens et le recouvrement du montant dû au titre d’arriérés de revenus fonciers.

Voici un extrait de l'ordonnance rendue par le commissaire :

« Le comportement des défendeurs, qui ont refusé de verser les sommes dues légalement pendant plusieurs années, malgré des décisions judiciaires claires, justifie l'imposition d'une triple indemnisation afin de satisfaire aux exigences de la justice. »

En 2018, 54 travailleurs de la société IFFCO Pakistan Pvt. Ltd. avaient intenté une action en justice en vertu de l'article 16 de la loi du Sindh de 2015 sur le paiement des salaires, affirmant qu'ils avaient été privés de leur prime légale de 5 % sur les bénéfices pour les années 2011 à 2016. Les travailleurs ont fait valoir que le non-paiement de la prime était discriminatoire et constituait une violation flagrante des droits du travail. L'entreprise a soutenu, à plusieurs reprises, qu'en tant que salariés de sous-traitants, les travailleurs et travailleuses n'avaient pas droit aux avantages demandés.

Les travailleurs et travailleuses en sous-traitance employés par IFFCO Pakistan avaient déjà contesté les pratiques déloyales en matière d'emploi ainsi que le déni de leurs droits syndicaux par l'entreprise. En 2024, la Cour suprême du Pakistan a statué que les salariés de sous-traitants tiers sont assimilés aux salariés de l'employeur principal (IFFCO). La Cour a en outre déclaré que les travailleurs et travailleuses exerçant des fonctions permanentes et essentielles ont droit à tous les avantages sociaux prévus par la loi, quelle que soit la nature de leur emploi.

La persévérance des travailleurs et travailleuses conjuguée aux efforts de l'affilié d'IndustriALL PCEM (Fédération pakistanaise des syndicats des travailleurs de la chimie, de l'énergie, des mines et des industries diverses), a démontré que la lutte syndicale peut venir à bout des longs délais de justice, créant ainsi un précédent juridique capital en matière de recouvrement des salaires, de réclamations de primes sur les bénéfices et de droits des travailleurs en sous-traitance.

Ashutosh Bhattacharya, Secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, a déclaré :

“Cette décision réaffirme un principe fondamental de la justice du travail : les entreprises ne peuvent pas utiliser l'externalisation comme un bouclier pour se soustraire à leurs obligations. Elle renforce, en outre, la protection des travailleurs et travailleuses en sous-traitance et constitue une véritable mise en garde : le refus de verser des sommes dues légalement ne restera pas impuni.”

Les travailleurs et travailleuses étaient représentés par Ghulam MurtazaTanoli, Secrétaire général adjoint de la PCEM et partie requérante dans cette affaire.

Répression syndicale chez Lumileds Malaysia, fournisseur d'Apple

Après que le syndicat a remporté, le 7 novembre 2025, avec près de 70 % des voix, le vote à bulletin secret pour sa reconnaissance auprès de Lumileds, cette entreprise a licencié un dirigeant syndical du site, Sukhairul Bin Khalid, et a engagé une procédure disciplinaire contre le président de la section locale, Syahnorizal Bin Abdul Hamid.

La victoire du syndicat a bénéficié du soutien massif des travailleurs et travailleuses migrants de l'usine. Lumileds a résilié les contrats de plusieurs d’entre eux et les a renvoyés dans leur pays d'origine. Ils sont nombreux désormais à craindre que leur contrat ne soit pas renouvelé.

Le Secrétaire général de l'EIEU-NR, Divid Arulappen, a condamné les actions de Lumileds, les qualifiant de répression syndicale flagrante, et a appelé l'entreprise à prendre immédiatement les mesures suivantes :

Dans une lettre adressée à Steve Barlow, PDG de Lumileds Holding B.V., le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a prévenu que les actions de l'entreprise pourraient enfreindre à la fois la législation malaisienne et les normes internationales du travail.

“De tels actes de répression syndicale soulèvent de sérieuses préoccupations au regard de la législation malaisienne et des normes internationales du travail. IndustriALL attend de Lumileds qu'elle entreprenne immédiatement des démarches correctives, qu'elle confirme les mesures prises pour remédier à ces violations et qu'elle veille à ce que les travailleurs et travailleuses malaisiens puissent exercer leurs droits syndicaux sans crainte de représailles,”

a écrit Atle Høie.

En tant que fournisseur d'Apple, Lumileds a la responsabilité de défendre les droits des travailleurs et travailleuses dans toutes ses activités. Le respect de la liberté syndicale et de la négociation collective doit être non négociable dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.

Signez la campagne LabourStart et soutenez les travailleurs et travailleuses de Lumileds.

Assurance contre les accidents du travail au Bangladesh : le rôle essentiel de la protection sociale

Assurer la protection sociale est un devoir de l'État, mais comme il s'agit d'un droit reconnu au plan international, il relève également de la responsabilité des entreprises de le respecter, conformément aux Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme des Nations unies.

Les entreprises ont également tout intérêt à veiller à ce que les travailleurs et travailleuses qui produisent leurs biens et services bénéficient d'une protection sociale adéquate. En effet, comme le souligne l'OIT, la protection sociale ou la sécurité sociale est « définie comme l'ensemble des politiques et programmes visant à réduire et à prévenir la pauvreté et la vulnérabilité tout au long du cycle de vie ». Autrement dit, elle joue un rôle essentiel tant en termes de droits humains qu'en termes de résilience des sociétés et de stabilité des chaînes d'approvisionnement.

Le projet pilote du Régime d’indemnisation des accidents du travail (EIS, pour l’acronyme de l’anglais Employment Injury Scheme) au Bangladesh constitue le premier programme national d'assurance contre les accidents du travail destiné aux quatre millions de travailleurs et travailleuses de l'industrie du prêt-à-porter du pays. Il prévoit le versement d'indemnités à vie aux travailleurs et travailleuses blessés ainsi qu'aux familles des travailleurs et travailleuses décédés. Le fonds, géré par les autorités, reçoit aussi des contributions volontaires de plus de 90 enseignes et détaillants mondiaux représentant environ 50 % de la valeur totale des exportations de prêt-à-porter du pays. L'EIS est un exemple réussi de participation multipartite à un programme public.

Ce 27 janvier, IndustriALL a co-organisé, en collaboration avec le Comité sur le capital des travailleurs, le Centre interconfessionnel sur la responsabilité des entreprises et le Réseau des investisseurs pour les droits du travail, et avec l'assistance technique de l'OIT, une réunion virtuelle sur l'EIS à l'intention des investisseurs. Cette rencontre s'est inscrite dans le cadre d'une série de webinaires et de réunions organisés par IndustriALL depuis 2022 afin de sensibiliser les investisseurs à l'importance de la protection sociale et à leur rôle dans le renforcement d'initiatives telles que l'EIS.

On retrouvait parmi les participants des représentants de fonds de pension, des investisseurs confessionnels et de grands gestionnaires d'actifs. La liste des intervenants comptait, quant à elle, l'OIT, des enseignes de stature mondiale et un investisseur suisse. Un haut fonctionnaire du ministère du Travail et de l'Emploi du Bangladesh a évoqué, par vidéoconférence, l'engagement du gouvernement à mettre en place un programme national visant à institutionnaliser l'EIS.

Les représentants de H&M, Primark et PVH ont expliqué pourquoi ils avaient adhéré à l'EIS, soulignant que le projet pilote, avec une gouvernance appropriée, un processus fiable de gestion des demandes d'indemnisation et un flux financier prévisible, a prouvé toute sa valeur. Un échange animé avec le public a clôturé la réunion.

“Sans l'EIS, nous reviendrions à la case départ, avec des systèmes individuels pour chaque enseigne amenant à traiter les indemnisations de blessés au cas par cas.” 

H&M

“L'EIS représente un parfait exemple de ce que l'on entend par “bonne” pratique.”

Primark

À une époque où les réglementations destinées à renforcer la diligence raisonnable des entreprises en matière de droits humains dans les chaînes d'approvisionnement sont attaquées ou affaiblies, les investisseurs jouent un rôle de plus en plus décisif en obligeant les entreprises à rendre compte de leur impact sur les droits humains. De nombreux grands investisseurs sont des « propriétaires universels », ce qui signifie qu'ils détiennent des actifs dans l'ensemble de l'économie et sont donc exposés aux risques systémiques.

Une protection sociale insuffisante n'affecte pas seulement les travailleurs et travailleuses pris individuellement, elle crée aussi un risque sociétal qui a des implications sur la productivité et la stabilité de la chaîne d'approvisionnement. Clarifier ces liens pour les investisseurs constitue un moyen de susciter le soutien à des initiatives cruciales telles que l'EIS, qui montre la voie vers un approvisionnement responsable et une protection sociale efficace pour les travailleurs et travailleuses.

Christina Hajagos-Clausen, Directrice pour le textile et la confection chez IndustriALL, a déclaré :

"Le projet pilote EIS illustre avec succès une responsabilité partagée entre le gouvernement, les enseignes, les employeurs, les syndicats et les investisseurs. Il est dans l'intérêt des investisseurs que les travailleurs et travailleuses des chaînes d'approvisionnement de leurs entreprises bénéficient d'une couverture équitable pour les préjudices subis en produisant pour elles."

Illustration : Salariés bangladais quittant une usine de confection à la fin de leur journée de travail. Crédit : Crozet M. / OIT

Les syndicats des pays fournisseurs d'Adidas réunis alors que croît l’inquiétude au sujet de la négociation collective

Une trentaine de représentants syndicaux du Cambodge, d'Indonésie, du Pakistan, d'Inde et du Myanmar, ainsi qu'une délégation du syndicat allemand IGBCE, se sont réunis à Tangerang, en Indonésie. Leur objectif était de renforcer la coordination entre les syndicats des pays produisant pour Adidas et d’acquérir une meilleure compréhension de la façon dont les normes du travail s’appliquent au sein de sa chaîne d'approvisionnement.

La réunion s'est déroulée dans un contexte d'inquiétude croissante quant à l'approche d'Adidas en matière de négociations collectives. En Allemagne, l'entreprise s'est en effet retirée des négociations collectives sectorielles le 1er septembre 2025, une décision que les syndicats qualifient d'inattendue et préjudiciable aux accords de partenariat social établis de longue date.

S'adressant à l'assemblée, Alexander Bercht, membre du Comité exécutif d’IGBCE, a indiqué qu'Adidas était auparavant signataire de conventions collectives relatives à l'industrie de la chaussure et des articles de sport. Il a déclaré aux délégués que les efforts répétés pour persuader l'entreprise de revenir à la négociation collective avaient échoué et que la direction était restée sourde aux revendications d’entamer des pourparlers sur un accord national.

La décision prise en Allemagne a été suivie de près par les représentants syndicaux en Asie. Les délégués ont fait part de leurs préoccupations inhérentes aux conditions de travail dans leur pays d'origine, citant la protection limitée des travailleurs, la pression exercée sur les fournisseurs et les obstacles aux mécanismes de conciliation. Plusieurs d’entre eux ont tiré la sonnette d’alarme quant à la tournure prise par les événements en Allemagne, qui risque d'envoyer un signal négatif à l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

“La problématique des négociations collectives chez Adidas génère des répercussions majeures dans le monde entier,”

a soutenu Alexander Bercht, notant au passage que les décisions prises par la maison mère influencent souvent les relations sociales bien au-delà de l'Europe.

En amont de la réunion, IndustriALL a signifié ses préoccupations à la direction d'Adidas. Dans une lettre destinée au Directeur général Bjørn Gulden, le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a appelé l'entreprise à rétablir ses engagements en matière de négociation collective en Allemagne et à assurer le respect des normes internationales du travail dans l’ensemble de ses opérations. IndustriALL a également exhorté Adidas à rejoindre l'initiative ACT, qui promeut des salaires décents et la négociation collective dans l'industrie de la confection et de la chaussure. Alors que des enseignes telles que C&A, H&M, Inditex et Zalando en sont signataires, Adidas a jusqu'à présent refusé d’y adhérer.

Les délégués ont également fait part de leurs préoccupations concernant le maintien, par Adidas, de ses approvisionnements au départ du Myanmar, où une junte militaire a pris le pouvoir en 2021. Les représentants syndicaux ont cité le cas du fournisseur Pou Chen et ont soutenu que la liberté syndicale n'existe pas dans les conditions actuelles, ce qui augmente les risques encourus par les travailleurs et travailleuses.

Les syndicats sont convenus de créer un réseau international Adidas sous l'égide d'IndustriALL afin de renforcer leur vigilance à long terme quant aux droits du travail, aux salaires et aux normes environnementales. Ce réseau vise à améliorer le partage d'informations, à renforcer la syndicalisation au-delà des frontières et à accroître la pression sur l'entreprise pour l’amener à s'engager dans un dialogue social constructif.

“Cette réunion et la création d'un réseau syndical mondial marquent une étape importante dans le lien qui est établi entre les conflits relatifs à la négociation collective en Allemagne et les réalités auxquelles sont confrontés les travailleurs et travailleuses dans l’ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale d'Adidas,”

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, Directrice pour le secteur du textile et de la confection auprès d’IndustriALL.

“Rassembler ainsi les travailleurs et travailleuses par-delà les frontières témoigne de la force de la solidarité syndicale.”

Victoire pour les métallurgistes turcs

Le processus de négociation collective a été lancé le 13 octobre 2025 entre trois affiliés d'IndustriALL, Türk Metal, BirleşikMetal-İş, Özçelik-İş et l'Association turque des employeurs de l'industrie métallurgique (MESS). Après plusieurs sessions infructueuses, une déclaration de désaccord a été rédigée en décembre et les trois syndicats ont décidé de se mettre en grève ce 20 janvier.

Dans la foulée, les trois syndicats ont reçu une invitation de la MESS. Les entrevues ont débuté le 21 janvier et se sont terminées le 22 par une victoire pour les métallurgistes : les trois syndicats ont en effet signé un accord.

Celui-ci reprend les points suivant :

pour la première période de six mois, les salaires horaires inférieurs à 140 lires turques de l'heure (3 dollars) seront complétés par 10 lires turques  (0,23 dollar), sans dépasser 140 lires turques de l'heure (3 dollars). Par la suite, un taux forfaitaire de 17,61 lires turques de l'heure (0,41 dollar) sera ajouté après une augmentation de 20 % de tous les salaires. Cette augmentation correspond à une moyenne de 28,10 % du salaire de base ;

après le 1er mars (pour la deuxième période de six mois), une augmentation de 13 % entrera en vigueur. Toutefois, si le taux d'inflation semestriel dépasse 13 %, l' augmentation sera équivalente à l'inflation réelle ;

au cours de la troisième période de six mois, l'augmentation correspondra à l'inflation plus 1,5 point de pourcentage. Au cours de la dernière période de six mois, l'augmentation sera basée sur le taux d'inflation ;

au 1er septembre 2025, le taux d'augmentation, en comptant les prestations sociales, était de 31,15 % ;

ce salaire passera à 79.500 lires turques nets (1.850 dollars) au 1er mars 2026. À cette date, l'augmentation cumulée des salaires en eux-mêmes aura été de 44,76 % ;

une augmentation de 75 % a été appliquée pour l'Aïd al-Adha et de 50 % pour les autres prestations sociales au cours de la première année de l'accord. Au cours de la deuxième année, elles augmenteront en fonction du taux d'inflation annuel. En comptant les prestations sociales, une augmentation annuelle cumulée de 47,81 % a été obtenue.

Dans le même temps, toutes les demandes de concessions faites par la MESS ont été retirées.

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d'industriAll Europe, a déclaré :

“À une époque où les travailleurs pâtissent d'un manque de pouvoir d'achat lié aux difficultés économiques, cette victoire prouve combien la lutte syndicale peut produire des résultats significatifs. Félicitations aux trois affiliés métallurgistes turcs !”

 Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, a déclaré :

“Il s’agit d’une grande victoire, remportée grâce à l'unité, à la détermination et à la lutte des métallurgistes et de leurs syndicats. Nos affiliés turcs se sont posés en exemple par leur démarche conjointe, leur soutien réciproque et leur riposte concertée. Bravo !”

Droits humains et droits du travail menacés en Iran

Le black-out des communications sert manifestement à dissimuler de graves violations des droits humains, réduire au silence les travailleurs et travailleuses et empêcher la collecte des témoignages sur les abus commis. Le rétablissement d'un accès complet à Internet et à des moyens de communication indépendants constitue une revendication urgente et légitime des manifestants.

Depuis fin décembre, les manifestations motivées par l'aggravation de la crise économique, la flambée de l'inflation et l'effondrement des moyens de subsistance se sont rapidement propagées dans tout le pays. Les manifestants ont été confrontés à une répression extrême, victimes notamment de l’emploi de munitions de guerre et d’armes lourdes dans les zones urbaines. Malgré le black-out, des informations provenant de l'intérieur de l'Iran font état d'arrestations massives, de nombreux blessés et d'un nombre croissant de morts. Le recours à cette force meurtrière contre des personnes qui exercent leurs droits fondamentaux à manifester et à faire grève est intolérable et doit cesser immédiatement.

La détention et l'emprisonnement de personnes pour avoir participé à des manifestations représentent une autre violation grave. Les appels à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques arrêtés pour avoir pris part à des manifestations sont pleinement justifiés. Personne ne devrait être privé de ses droits et libertés pour avoir dénoncé la pauvreté, l'injustice ou la corruption.

Le black-out lui-même constitue une grave violation du droit à l'information et à la liberté d'expression. La coupure des services Internet et téléphoniques isole non seulement la population, mais met également des vies en danger : elle empêche l'accès aux services d'urgence, aux informations indépendantes et à la vigilance de la communauté internationale. Bien plus qu’une simple mesure de sécurité,  couper Internet s’impose comme un moyen de dissimuler des crimes.

En même temps qu'elle condamne la violence et la répression, IndustriALL réitère ses revendications fondamentales en matière de droits du travail et de droits humains. Les autorités iraniennes doivent appliquer pleinement les dispositions des Conventions 87 et 98 de l'Organisation internationale du travail, qui garantissent la liberté d'association, la négociation collective et les droits syndicaux. La République islamique d'Iran doit reconnaître le droit des travailleurs et travailleuses à faire grève pour défendre des salaires équitables et des conditions de travail humaines.

La crise économique actuelle a plongé des millions de personnes dans la pauvreté. L'Iran doit fixer un salaire minimum à un niveau qui permette aux travailleurs, aux travailleuses et à leurs familles de se nourrir, de se loger et de subvenir à leurs besoins essentiels, en garantissant un niveau de vie digne pour tous. Les politiques qui, à la fois, renforcent les inégalités et protègent les privilèges de l'élite ont alimenté une colère généralisée et doivent être inversées.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Les travailleurs, les travailleuses et les citoyens iraniens exigent légitimement dignité et justice ainsi que la possibilité de s'exprimer pour façonner leur présent et leur avenir. Le recours à la violence à leur encontre est inacceptable et toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits doivent être libérées immédiatement. L'Iran doit respecter les normes internationales du travail, reconnaître le droit de grève et garantir des salaires qui permettent aux travailleurs, aux travailleuses et à leurs familles de vivre dans la dignité. IndustriALL souligne que l'avenir de l'Iran appartient exclusivement à son peuple.”

IndustriALL est solidaire du peuple ainsi que des travailleurs et travailleuses iraniens. Les revendications en faveur de la fin de la violence, de la liberté de communication, de la libération des détenus, des droits fondamentaux du travail et de la justice économique sont légitimes et fondées sur la dignité humaine universelle. La communauté internationale ne doit pas rester silencieuse face à cette répression menée dans l'obscurité, derrière un mur numérique.

Illustration: Wikimedia Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication

IndustriALL appelle à défendre un ordre international fondé sur le respect des règles

IndustriALL soutient la déclaration faite par la Confédération syndicale internationale (CSI) et la Confédération syndicale des travailleurs et travailleuses des Amériques (CSA), condamnant l'attaque militaire américaine contre le Venezuela et l’atteinte à sa souveraineté. Il s'agit d'une violation flagrante du droit international qui ne peut être tolérée. Le changement de régime forcé n'est acceptable nulle part dans le monde. Nous soutenons la demande de libération immédiate du président vénézuélien et de son épouse et appelons à une reprise urgente du dialogue afin que la paix, la souveraineté et l'autodétermination soient respectées dans la région.

IndustriALL, extrêmement préoccupée par ce dévoiement dangereux d’un ordre international fondé sur le respect de règles, réitère l'appel lancé lors de son dernier congrès.

A Sydney, en novembre 2025, IndustriALL a réaffirmé que la paix, le respect du droit international et des droits humains universels constituent des fondements non négociables pour la construction d'un monde juste et durable. Le congrès a également souligné le rôle des institutions internationales, telles que les Nations Unies, dans le maintien de la paix, la médiation et la résolution pacifique des conflits. Les actions militaires unilatérales qui contournent les institutions multilatérales sapent ce cadre et affaiblissent les efforts mondiaux destinés à maintenir la paix.

La résolution du Congrès rappelle que le commerce international doit servir les intérêts des travailleurs et travailleuses, être fondé sur des règles applicables à tous et respecter les droits fondamentaux des travailleurs. L'escalade géopolitique et les mesures unilatérales perturbent les chaînes d'approvisionnement mondiales et régionales, déstabilisent les économies et exposent les travailleurs et travailleuses à un risque accru de perte d'emploi, de répression syndicale et de détérioration des salaires et des conditions de travail.

IndustriALL appelle les gouvernements à :

IndustriALL réaffirme sa solidarité avec les travailleurs et les communautés touchés par les conflits, la répression et l'instabilité économique. Cela vaut en particulier pour les populations et les travailleurs du Venezuela. En tant que syndicats, nous défendons la paix, la démocratie, la justice sociale et les droits des travailleurs à l'échelle mondiale. Sans paix et sans respect de l'État de droit, le travail décent et le commerce équitable sont hors de portée.

Illustration : Shutterstock

Nuit meurtrière en mer : quand la malhonnêteté, les lacunes juridiques et les pratiques dangereuses coûtent la vie à des travailleurs

Les témoignages oculaires de leurs collègues attestent clairement qu'il s'agit d'un accident du travail. Plusieurs travailleurs ont été déployés dans de petites embarcations pour guider et sécuriser les manœuvres d’ancrage du KAshia lors de son échouage. Celui-ci s’est déroulé dans un épais brouillard réduisant sensiblement la visibilité. Le navire a dévié de sa trajectoire et a heurté l’embarcation des travailleurs. Deux hommes ont été projetés à la mer et n’ont pas été récupérés vivants. Leurs corps ont été retrouvés quelques heures plus tard le long du littoral, l'un intact, l'autre démembré par l'hélice du navire.

En dépit de cela, le propriétaire du chantier naval a, dans un premier temps, tenté de se dégager de sa responsabilité, affirmant que les décès résultaient d'une tentative de vol dans le contexte d'une attaque extérieure. Cette version a été contredite par les travailleurs, les représentants syndicaux et, finalement, par le propriétaire lui-même, au vu de ses actes. Une indemnisation a en effet été versée aux familles, ce qui constitue une reconnaissance implicite du fait que ces décès sont survenus dans le cadre professionnel et non lors d'un épisode criminel sans rapport avec les activités du chantier naval.

Grâce à l'intervention rapide des syndicats affiliés à IndustriALL, les familles n'ont pas dû affronter seules cette injustice. Les dirigeants syndicaux ont contesté la version de l'employeur, pris contact avec les autorités et négocié directement avec la direction. En conséquence, les deux familles ont reçu chacune une indemnisation d'environ 1,1 million de BDT (9.000 dollars). Bien que ce dédommagement soit essentiel, aucune somme d'argent ne peut remplacer une vie sacrifiée et l'indemnisation reste insuffisante pour les familles qui ont perdu leur principal soutien.

“Cette tragédie illustre ce qui se passe lorsque la sécurité est considérée comme facultative et que les responsabilités ne sont pas assumées. « Selon les règlementations en vigueur, échouer un navire de nuit est peut-être légal, mais ne devrait pas l'être. Envoyer des travailleurs œuvrer dans l'obscurité, dans le brouillard et dans des conditions de visibilité réduite, c'est courir droit à la catastrophe. Une indemnisation après coup ne dédouane pas, en l’occurrence, l’employeur de son défaut de prévention. La législation doit être renforcée afin que la vie des travailleurs soit protégée à chaque étape du recyclage des navires ,”

a déclaré Walton Pantland, Directeur d'IndustriALL pour la construction navale et la démolition des navires.

Cette affaire met également en évidence une dangereuse lacune juridique. Le travail de nuit dans les chantiers de démolition navale est largement reconnu comme dangereux et est soumis à des restrictions en vertu de la réglementation en vigueur. Cependant, la législation actuelle au Bangladesh régit les opérations de démantèlement, mais pas l'échouage des navires. Par conséquent, cette pratique, effectuée de nuit, reste légale, même dans des conditions de mauvaise visibilité et de risque extrême. Cette tragédie souligne la nécessité urgente d'étendre les protections juridiques à toutes les étapes du recyclage des navires.

La démolition des navires reste l'un des secteurs industriels les plus dangereux au monde. Rien qu'à Sitakunda, des dizaines d'accidents graves se produisent chaque année, dont beaucoup entraînent des amputations, des handicaps permanents voire des décès. Lorsque les employeurs dissimulent la vérité et exploitent les failles réglementaires, ce sont les travailleurs qui, de leur vie, en paient le prix.

Octroyer une indemnisation après un décès n'est pas faire acte de justice. La justice consiste à empêcher que de tels accidents ne se produisent. Pour cela il faut interdire l'échouage nocturne, appliquer des normes de sécurité strictes, mettre les employeurs face à leurs responsabilités et activer des systèmes de protection sociale à long terme. Les familles frappées par une tragédie ne se retrouveraient dès lors pas totalement démunies.

Khalek et Saiful méritaient de bénéficier de conditions de travail sûres et de pouvoir compter sur la probité de leur employeur. Leurs vies sacrifiées doivent servir à renforcer les appels à la réforme, à l'application des règlementations et au respect de la dignité de tous les travailleurs du secteur du recyclage des navires.

Un fournisseur de Lululemon licencie 500 travailleurs philippins durant la période de Noël

Bien que l'entreprise ait versé un mois de salaire à titre de préavis, une indemnité de licenciement et un treizième mois au prorata, qu'elle se soit coordonnée avec d'autres employeurs du port franc et le ministère du Travail et de l'Emploi (DOLE) pour le processus de réembauche, le syndicat TF2 a déclaré que l'indemnité de licenciement est inappropriée. Celle-ci ne représente en effet que 50 % du montant convenu. TF2 a également indiqué que la fermeture pourrait constituer un acte déguisé de répression syndicale.

Laudicia Casana, Représentante de TF2, a déclaré :

“La fermeture a eu de graves répercussions économiques et psychologiques sur les travailleurs et travailleuses ainsi que leurs familles. Le DOLE, Lululemon et le Conseil tripartite de l'industrie textile et de l'habillement (CTITC) ont le devoir de mener une enquête approfondie. Cette fermeture fait fi du rôle privilégié du seul syndicat représentatif, ce qui constitue une pratique déloyale au regard du Code du travail philippin et ne doit pas être toléré.”

Les membres du syndicat TF2-FFW Kilos Damit, affilié à IndustriALL, ont déclaré avoir été choqués par cette annonce. TF2 a exprimé son profond regret face à ce qu'il a qualifié de décision inconsidérée, soulignant que l'employeur n'a pas engagé de dialogue social à propos d’une décision de gestion aussi importante.

En 2021, l'entreprise a invoqué la pandémie de Covid-19 pour justifier la mise en congé sans solde, pour une durée indéterminée, de plus de 100 travailleurs et travailleuses. Elle a également retardé le processus de négociation collective et licencié huit dirigeants du syndicat des employés de Charter Link Inc (CLIEU-FFW). Ceux-ci ont par la suite été réintégrés grâce à l’intervention concertée d'IndustriALL, de Lululemon et du tribunal du travail.

Dans une lettre adressée au ministère du Travail et de l'Emploi, le Secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a exhorté le gouvernement philippin à mener une enquête complète et transparente sur la fermeture de Charter Link Clark, notamment quant aux motifs invoqués par l'entreprise.

“Le gouvernement doit veiller au respect total de la convention collective et de toutes les réglementations du travail applicables. Si l'entreprise reprend ses activités, quelles que soient sa dénomination et sa localisation, nous demandons instamment que les travailleurs et travailleuses concernés soient prioritaires lors du processus de rappel et de réembauche, conformément aux normes du travail et aux principes de relations sociales équitables en vigueur aux Philippines,”

a ajouté Atle Høie.

Illustration: Wikimedia Commons (CC0)

Pakistan : le plaidoyer syndical a fait chuter les décès parmi les mineurs en 2025

Le secteur minier pakistanais a longtemps été l'un des plus dangereux du pays, caractérisé par des conditions de travail précaires, une application insuffisante des normes de sécurité, des bas salaires et une protection sociale limitée. Jusqu'à une époque récente, plus de 300 mineurs mouraient chaque année et plus de 3.000 étaient gravement blessés, nous ont rapporté les affiliés d'IndustriALL au Pakistan. En l'absence de signalements systématiques et généralisés, ces chiffres sont probablement sous-estimés, en particulier dans les régions reculées comme le Baloutchistan.

La situation s'est améliorée en 2025 à la suite de plusieurs évolutions fondamentales. Après une série d'attaques, le gouvernement du Baloutchistan a déployé des effectifs de l'armée dans les zones touchées, mettant fin aux opérations minières illégales qui étaient à l'origine d'une part importante des accidents mortels. En mars, la promulgation au Baloutchistan de la loi de 2025 sur les ressources minières et minérales a introduit un nouveau cadre juridique plus conforme aux normes de sécurité internationales.

Les graves inondations de l'année dernière ont également contraint de nombreux sites miniers à la fermeture, contribuant ainsi à la baisse du nombre d'accidents signalés.

Une nouvelle étape avait été franchie en novembre 2024, lorsque les employeurs du secteur minier et la Fédération centrale ouvrière des mines du Pakistan (PCMLF) ont signé un accord, dans la foulée d'une réunion soutenue par IndustriALL et le Syndicat australien des mines et de l'énergie MEU. Ce document a pour objet la sécurité et la santé au travail, le développement des compétences, l'accès aux soins médicaux, les salaires, les équipements de protection, la sécurité des transports et la protection sociale. Des campagnes régulières sur la sécurité et la santé au travail ainsi que des ateliers de sensibilisation ont également été organisés dans le cadre d'une campagne intitulée « Sauvegarder les mines ».

Health and safety workshop

Une autre organisation affiliée dans le secteur minier au Pakistan, la PMWF, a également mené une campagne active pour améliorer les normes de santé et sécurité, exhortant les autorités fédérales et provinciales à ratifier et à mettre en œuvre la Convention 176 de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines. Ses efforts consistent notamment à sensibiliser plus de 840 mineurs à la sécurité dans les mines, à promouvoir la formation et le soutien médical et à plaider en faveur d'une application plus stricte des réglementations de sécurité afin de prévenir les accidents et les décès.

Tout au long de l'année 2025, les affiliés d'IndustriALL du secteur minier, PMWF et PCMLF, avec le soutien du MEU, ont organisé des ateliers mensuels de sensibilisation à la santé et sécurité au travail dans les principaux pôles miniers du Baloutchistan. Ceux-ci ont mis l'accent sur l'identification des dangers, les droits des travailleurs et la préparation aux situations d'urgence. Dans le même temps, IndustriALL a intensifié sa campagne pour que le Pakistan ratifie la Convention 176 sur la sécurité et la santé dans les mines, en faisant pression sur le gouvernement pour qu'il aligne la législation nationale sur les normes internationales et renforce la redevabilité.

Malgré ces avancées, des mines illégales continuent de fonctionner dans certaines régions avec un soutien institutionnel, tandis que l'accès restreint offert aux médias contribue à la sous-déclaration des accidents. Alors que les chiffres officiels indiquent une baisse de 50 % des accidents en 2025, les syndicats et la Commission nationale des droits de l'homme estiment que cette baisse est plus proche de 20 à 25 %. Les affiliés d'IndustriALL au Pakistan vont poursuivre leur lutte dans tout le pays en faveur de la sécurité des mineurs.

Atle Høie, Secrétaire général d'IndustriALL, a déclaré :

“En mai 2025, le gouvernement a exprimé son intention de ratifier trois conventions fondamentales de l'OIT : la C155 sur la sécurité et la santé au travail, la C187 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail et la C176 sur la sécurité et la santé dans les mines. Ces ratifications devraient être entérinées d'ici début 2026 et constituent une avancée importante. Quoi qu'il en soit, ces engagements doivent désormais se traduire par une mise en œuvre concrète sur le terrain.”