Le gouvernement finlandais restreint le droit de grève

Malgré plusieurs grèves de protestation au début de l’année, le gouvernement finlandais de coalition, au pouvoir depuis l’année dernière, a persévéré dans son programme qui comprend la limitation du rôle des représentants syndicaux sur le lieu de travail et des coupes dans la sécurité sociale.

En vertu de ces nouvelles lois, les syndicats devront désormais payer des amendes considérables s’ils organisent une grève que le tribunal juge ensuite illégale. Les travailleurs considérés individuellement seront soumis à des amendes de l’équivalent de plus de 200 dollars s’ils poursuivent une grève après que le tribunal l’a jugée illégale. L’amende doit être payée directement à l’employeur.

Ces lois nouvellement promulguées sont en violation des normes internationales du travail, notamment des Conventions 87 et 98 de l’OIT, ratifiées par la Finlande. Le gouvernement a rejeté les recommandations faites par l’OIT au ministre du travail, l’invitant à renégocier les réformes statutaires en consultation avec les partenaires sociaux, ce que le gouvernement finlandais n’a donc pas fait.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Ces lois portent clairement atteinte aux droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses et sont non seulement en violation des normes fondamentales du travail, mais aussi en contradiction flagrante avec le modèle nordique qui favorise des politiques et des pratiques sociales et économiques équitables. Nous soutenons nos syndicats qui demandent l’abrogation de ces lois, car elles restreignent la liberté d’expression des travailleurs, en fixant des limites strictes aux grèves politiques, aux arrêts de travail et aux grèves sectorielles, ainsi qu’en imposant des amendes aux travailleurs et travailleuses qui participent à une grève qualifiée d’illégale, même si leur syndicat y a appelé”.

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“Ces attaques frontales contre les droits des travailleurs en Finlande ont suscité l’indignation des syndicats. À juste titre. Cette loi limite le droit de grève, encourage la décentralisation des négociations, permet aux travailleurs non syndiqués de négocier des conventions collectives et affaiblit la protection contre les licenciements. Il s’agit d’une violation flagrante des droits fondamentaux des travailleurs et de la négociation collective ! IndustriAll Europe soutient fermement les travailleurs et travailleuses finlandais et leurs syndicats dans cette lutte ! Une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre nous tous !”

Le droit de grève est remis en cause dans de nombreux pays du monde. Au cours des dix dernières années, il a également été attaqué par les employeurs au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui fixe les normes mondiales en matière de droits du travail. À la fin de l’année dernière, le Conseil d’administration de l’OIT a saisi la Cour internationale de justice de cette question.

La Conférence internationale du travail, réunion annuelle des États membres de l’OIT, commence début juin. Ensemble, rappelons aux délégués leur devoir de soutenir le droit de grève et la démocratie au travail.

Signez et partagez la pétition de la CSI, qui sera remise aux délégués à Genève en juin.

En Géorgie, une nouvelle loi fait reculer les valeurs démocratiques

Malgré l'opposition de la présidente au projet de loi, après son adoption par le parlement géorgien au début du mois, et les pressions croissantes des États-Unis et de l'Union européenne pour son retrait, le parti au pouvoir a annoncé son intention de poursuivre.

Le 28 mai, le parlement géorgien a adopté une motion pour passer outre au véto de la présidente contre la loi qui oblige toute organisation recevant plus de 20 pour cent de son financement de sources extérieures à la Géorgie à s'enregistrer comme "porteuse des intérêts d'une puissance étrangère" et l'a adoptée. Cette loi, qualifiée de "loi sur les agents étrangers" ou "loi Russie" par ses détracteurs, vise à contrôler, voire stigmatiser et réduire l'espace démocratique pour les organisations syndicales, la société civile et les médias. Son texte rappelle une loi controversée en Russie.

Elle aura un impact considérable sur les droits des travailleurs, étant donné que le droit géorgien considère les syndicats comme des ONG. Elle vise surtout à attaquer les droits fondamentaux des travailleurs et à réduire au silence les syndicats et les organisations de la société civile quant aux violations des droits et des intérêts des travailleurs.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"C'est un revers pour les valeurs démocratiques en Géorgie, qui aura un impact massif pour les syndicats. Cette loi sape gravement les droits de l'homme et des syndicats et élève des obstacles au fonctionnement normal des organisations de la société civile financées de l'étranger pour exercer leurs activités légitimes pour la défense de la démocratie.

"Il s'agit clairement d'une barrière aux activités des syndicats parce que la solidarité dont ils bénéficient d'organisations internationales et européennes contribue aux activités de formation, de renforcement des capacités, d'assistance juridique et d'organisation de conférences et de manifestations et de présence à celles-ci."

a déclaré la secrétaire général d'IndustriALL Europe, Jude Kirton-Darling :

"L'adoption de cette loi controversée sur les "agents étrangers" en Géorgie est très préoccupante; elle va à l'encontre des principes fondamentaux de l'état de droit de l'Union européenne, comme la protection des droits humains notamment par la mise en place d'une stratégie des droits humains ambitieuse et la liberté de réunion et d'expression. Son adoption signifierait un sérieux recul des droits démocratiques. Elle torpillera les chances de la Géorgie d'adhérer à l'Union européenne, six mois à peine après avoir obtenu le statut de candidat."

Le système d’indemnisation au Bangladesh inclut désormais les accidents sur le chemin du travail

À la suite d’une décision unanime du Conseil de gouvernance du projet pilote du Régime d’indemnisation des accidents du travail (EIS, pour l’acronyme de l’anglais Employment Injury Scheme), les accidents qui peuvent survenir pendant le trajet entre le domicile et le lieu de travail seront considérés comme des accidents du travail à partir du 1er juillet.

Lors de la réunion du 13 mai avec le Conseil de gouvernance, composé d’organisations patronales, de fonctionnaires et de représentants des travailleurs, il a également été convenu que les quelque 75 travailleurs qui ont déposé des demandes d’indemnisation pour des accidents sur le chemin du travail à partir du 21 juin 2022, date à laquelle le programme pilote a été officiellement lancé, seront également indemnisés.

Towhidur Rahman, représentant du Conseil d’IndustriALL Bangladesh au Conseil de gouvernance de l'EIS, a déclaré :

“Il était important d’inclure les accidents intervenant sur le chemin du travail dans le régime d’indemnisation. Nous devons veiller à ce que les travailleurs et travailleuses de la confection soient en sécurité dans leur monde du travail, qui comprend non seulement les usines mais aussi leurs trajets quotidiens, et si un incident survient, il doit être indemnisé. J’espère que lorsque ce programme pilote deviendra une loi, nous aurons amélioré la sécurité sociale des travailleurs et travailleuses de la confection.”

En 2022, le ministère du travail et de l’emploi du Bangladesh, en collaboration avec l’Organisation internationale du travail, a lancé un projet pilote de régime d’indemnisation des accidents du travail qui prévoit une indemnisation pour les traitements médicaux et les services de revalidation, ainsi que pour la perte de revenus causée par les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Le projet pilote se déroulera sur une période de trois ans et concernera les usines de vêtements orientées vers l’exportation qui sont membres de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) et de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements en tricot du Bangladesh (BKMEA).

Le projet pilote EIS comporte deux volets :

Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur textile d’IndustriALL, a déclaré :

“Il s’agit d’une avancée majeure qui permettra d’étendre le filet de sécurité sociale à un plus grand nombre de travailleurs et travailleuses vulnérables. Nous demandons instamment aux marques et détaillants de continuer à contribuer financièrement au système dans le cadre de leur responsabilité à l’égard des salariés de leurs chaînes d’approvisionnement”.

Les marques qui font des affaires au Bangladesh doivent participer au projet pilote de l’EIS

La semaine dernière, IndustriALL a organisé, en collaboration avec le Local Authority Pension Fund Forum (LAPFF), un webinaire intitulé “Protection sociale pour les travailleurs et travailleuses de la confection : Le Régime d’indemnisation des accidents du travail (EIS)”. Le webinaire visait à informer les investisseurs et autres participants sur les résultats obtenus par le projet pilote au cours de ses deux premières années d’existence.

Plus de 50 marques sont devenues signataires ; elles effectuent des versements volontaires pour compléter le fonds et l’amener au niveau des normes internationales. La contribution d’une marque ne représente que 0,019 % de la valeur totale de ses exportations en provenance du Bangladesh, ce qui est très peu, mais comme l’a fait remarquer l’un des intervenants du webinaire, le programme offre aux travailleurs et travailleuses la sécurité de savoir que leur famille ne sera pas démunie en cas d’accident ou de décès sur leur lieu de travail.

Pour les marques, les avantages de l’adhésion comprennent la contribution à un programme qui améliore le sort des travailleurs et travailleuses de leur chaîne d’approvisionnement, ainsi que celles de l’ensemble du secteur du prêt-à-porter, et la réduction des risques de réputation, juridiques et opérationnels qui découlent de la législation émergente exigeant des marques qu’elles fassent preuve d’une diligence raisonnable au sein de leurs chaînes d’approvisionnement.

Le projet pilote EIS est un exemple concret de programme multipartite qui repose sur la responsabilité collective du gouvernement, des employeurs, des travailleurs et des marques qui s’approvisionnent, et même des investisseurs, qui ont un rôle important à jouer en incitant leurs entreprises à devenir signataires.

“Il est essentiel que d’autres marques faisant des affaires au Bangladesh se joignent au projet pilote de l’EIS. Bien que la protection sociale soit une prérogative gouvernementale, la responsabilité partagée des autres parties prenantes a été, et sera, cruciale pour le succès de cette initiative”,

a déclaré Christina Hajagos-Clausen.

Illustration : Salariés quittant une usine de vêtements au Bangladesh à la fin de leur journée de travail. Crédit : Crozet M. / OIT

IndustriALL et des grandes marques signent des accords juridiquement contraignants promouvant la négociation collective et l'amélioration des salaires

Ces conventions juridiquement contraignantes qu'IndustriALL a conclues individuellement avec des marques mondiales font que celles-ci vont inciter leurs fournisseurs à faire de même. Dans un secteur où règnent les bas salaires et les conditions de travail précaires, ces accords innovent en matière de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement, des marques, des employeurs et des syndicats agissant ensemble sur la question des salaires et des conditions de travail. Le processus des ACM entre syndicats et employeurs se déroule en parallèle et l'engagement des marques se concrétisera dès qu'un tel ACM sera signé.

Pour le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie :

"Ces accords individuels qui nous lient maintenant à des marques pour favoriser la négociation collective dans le secteur textile du Cambodge sont innovateurs et inédits. Ces marques se sont formellement engagées à maintenir leurs volumes de production au Cambodge, quelles que soient les suites de la nouvelle convention collective, et elles se sont engagées à ne pas toucher aux coûts de main-d’œuvre.

"Cela veut dire que ce sont les marques qui supporteront le coût des conventions collectives et que la signature d'une convention ne fait courir aucun risque à nos affiliés ou aux sites de production. Nous y travaillons depuis des années et nous voyons enfin le résultat. Cela montre que le temps passé à bâtir la confiance et la compréhension permet de réaliser de grandes choses."

Ces accords juridiquement contraignants sont le fruit d'un processus collaboratif entre les marques, les employeurs et les syndicats au Cambodge. En fixant une nouvelle norme dans les relations industrielles dans les chaînes d'approvisionnement, ils promeuvent une transformation structurelle pérenne ainsi que de bonnes relations de travail. Cette démarche concilie les attentes des investisseurs et le devoir de vigilance en matière de droits de l'homme à l'échelon du pays et répond aux obligations des marques en matière d'engagement tangible des parties prenantes.

Les dirigeants syndicaux cambodgiens se félicitent de ces accords et des engagements pris par les marques.

Pour le président du CCAWDU, Athit Kong :

"C'est une grande avancée qui a le soutien des syndicats cambodgiens et qui apportera un développement durable à toutes et tous dans l'industrie. Cet accord place tout le monde devant ses responsabilités et promeut le dialogue social, ce qui se traduira par une plus grande compétitivité, de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail."

Le président du FTUWKC, Sokny Say, ajoute :

"L'ACT est une bonne initiative mais surtout, ces accords sont susceptibles d'une application forcée. Nous saluons les marques pour leur soutien. Les travailleurs cambodgiens souffrent de la faim et de l'endettement; ces accords donnent la priorité aux actions qui améliorent le bien-être des travailleurs et à la protection de leurs droits."

Le président du CUMW, Pav Sina, conclut :

"Le soutien des marques est crucial pour les travailleurs et les employeurs au Cambodge. Ces accords peuvent aussi profiter aux employeurs qui conservent les commandes qui leur sont passées. Cela montre que toutes les parties prenantes concernées ont intérêt à renforcer les relations du travail par la mise en place d'un dialogue social."

IndustriALL appelle toutes les marques mondiales et les distributeurs qui se fournissent au Cambodge à signer ces accords individuels pour favoriser la négociation collective et l'amélioration des salaires et des conditions de travail au Cambodge.

Veuillez contacter la directrice d'IndustriALL en charge du secteur du textile et du vêtement, Christina Hajagos-Clausen, pour plus d'informations.

Crédit photographique : Ateliers Sang Min au Cambodge @ILO

La réunion du Comité des femmes d’IndustriALL appelle à l’inclusion

Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a souligné l’importance de la mise en œuvre, de la compréhension et de la formation par rapport à la politique d’IndustriALL sur la VHBG, la misogynie et le sexisme.

“Les femmes jouent un rôle important dans notre lutte pour la démocratie et le développement de la société. Les débats que vous avez tenus ici aujourd’hui doivent influencer les orientations de notre organisation. Il est non seulement important de nous assurer que nous atténuons les impacts négatifs de toute transformation au plan mondial, mais aussi de nous assurer qu’elle ait une influence positive sur notre mouvement. Mon rôle aujourd’hui est de vous écouter et de transmettre vos recommandations à la réunion du Comité exécutif”,

a déclaré Atle Høie.

Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a mis en lumière les réalisations des femmes, telles que la première femme Présidente d’IndustriALL, la ratification par différents pays de la Convention 190 de l’OIT, l’allongement du congé parental et des nouvelles législations sur l’équité salariale.

“Malgré ces progrès considérables, l’égalité entre les hommes et les femmes reste un défi, les travailleuses continuent d’être confrontées à la discrimination ainsi qu’à des relations de pouvoir inégales et il reste encore beaucoup à faire pour combler les écarts persistants entre les hommes et les femmes”,

a déclaré Christina Olivier.

Alors que tout le monde s’accorde à dire que le chemin à parcourir est long, des femmes dirigeantes d’Australie et du Brésil ont fait part de leurs succès dans le cadre de campagnes syndicales visant à réduire l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.

La nouvelle législation australienne sur l’extension du congé payé parental pour les familles signifie que celui-ci passera de 20 à 26 semaines.

Au Brésil, la nouvelle législation garantissant l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes prévoit des mesures visant à promouvoir et à mettre en œuvre des programmes de diversité et d’inclusion sur le lieu de travail. Elle oblige également les entreprises de plus de 100 salariés à fournir des rapports semestriels transparents sur les salaires et les critères de rémunération.

Les discussions sur l’IA ont révélé qu’au niveau mondial moins de femmes que d’hommes travaillaient dans ce domaine et que, souvent, les femmes étaient absentes de la main-d’œuvre chargée de développer ces systèmes. Le Comité des femmes a conclu à la nécessité d’une approche transformatrice en matière de genre. En collaboration avec le comité de réflexion sur l’égalité entre les femmes et les hommes, le Comité des femmes élaborera des politiques et des lignes directrices garantissant l’inclusion des femmes.

“Toutes les politiques doivent être transformatrices en matière de genre. En ce qui concerne l’IA, IndustriALL et ses affiliés doivent prendre part aux débats et travailler sur des réglementations et des politiques interdisant les abus qui désavantageront les femmes. Les syndicats doivent influencer le développement de l’IA et veiller à ce que ces technologies soient utilisées pour réduire les écarts en matière d’égalité des sexes et d’autres formes de discrimination”,

a déclaré Armelle Seby, Directrice pour l’égalité hommes-femmes auprès d’IndustriALL.

La négociation collective est un moyen de s’attaquer à l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. Maike Niggermann, d’industriAll Europe, a fourni des détails sur un projet intitulé “Négocier pour l’égalité”. Elle a présenté des exemples de la manière dont les syndicats incluent des clauses de genre dans les conventions collectives afin de combler les écarts entre les sexes, en veillant à ce que chaque convention contienne au moins un objectif d’égalité, en imposant des amendes élevées aux employeurs qui n’agissent pas en matière de harcèlement sexuel et en accordant des congés payés aux victimes de la violence à l’égard des femmes.

La ménopause a un impact significatif sur le monde du travail, car les femmes risquent d’être exclues de la main-d’œuvre en raison des symptômes qu’elles subissent. Alison Spencer a expliqué comment le syndicat Unite s’est concentré sur l’éducation des travailleurs et travailleuses par rapport à la ménopause et comment de petits ajustements peuvent garantir l’inclusion des femmes, comme l’ouverture des fenêtres, la flexibilité des équipes, l’octroi de plus de pauses aux femmes, et comment la législation existante en matière de santé et de sécurité peut contribuer à ces ajustements, comme des EPI respirants.

Pour que les syndicats restent pertinents et se développent, il est essentiel que les jeunes travailleuses soient incluses dans ce type de plateformes. Les jeunes représentantes Maria Bange du Syndicat tanzanien de l’industrie et du commerce TUICO, Laya Borjal Ferrer du syndicat philippin ALU-TUCP et Agnes Ama Agamasu du syndicat des mines du Ghana ont partagé leurs expériences dans leurs syndicats en tant que jeunes travailleuses et dirigeantes, indiquant que c’est un défi mais qu’avec le soutien de femmes fortes d’IndustriALL qui leur ont servi de mentor, elles ont pu évoluer au sein de leurs syndicats, être présentes dans les structures et voir s’accomplir des changements.

“Cette réunion du Comité des femmes a été productive. Il est important pour nous de débattre et d’élaborer des stratégies sur les questions qui nous concernent en tant que femmes. Nous avons besoin de ces plateformes pour aborder des sujets tels que la ménopause, l’IA et les négociations collectives. Si nous ne travaillons pas sur des stratégies, nous serons laissées pour compte. La lutte pour l’égalité des sexes et les droits des femmes ne s’arrêtera jamais. La lutte doit continuer”,

a indiqué Ilvana Smajlovic, Coprésidente du Comité des femmes d’IndustriALL.

Signez pour le droit de grève

Depuis 2015, le groupe des employeurs à l'OIT et certains gouvernements contestent la convention 87 de l'OIT sur la liberté syndicale, qu'ont ratifiée 153 pays et qui fonde le droit de grève. Le droit de grève est un fondement de la liberté syndicale; museler les syndicats est se donner un atout capital dans la négociation.

IndustriALL, avec la CSI et d'autres syndicats mondiaux, a combattu avec énergie les arguments avancés par le groupe des employeurs à propos du droit de grève. Fin de l'année dernière, le Conseil d'administration de l'OIT a saisi la Cour internationale de justice sur la question.

La Conférence internationale du travail, qui réunit chaque année les États membres de l'OIT, s'ouvrira au début du mois de juin. Ensemble, rappelons aux délégués qu'il est de leur devoir de soutenir le droit de grève et la démocratie au travail.

Signez et faites circuler la pétition de la CSI qui sera distribuée aux délégués en juin, à Genève.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"La grève s'utilise en dernier ressort, mais c'est parfois la seule arme qu'ont les travailleurs pour se protéger. IndustriALL ne restera jamais sans réagir quand ce droit fondamental est attaqué. Nous affiliés représentent 50 millions de travailleurs dans le monde – faisons entendre notre voix et résistons."

Photo : Ringo Chiu – Des participants à une manifestation exhibent des messages de protestation sur le campus de l'Université de Californie (UCLA), mardi 15 novembre 2022 à Los Angeles.

Espagne : les travailleurs de Saint-Gobain luttent contre la fermeture de leur usine

Malgré la productivité avérée de l’usine et l’expertise de sa main-d’œuvre, Saint-Gobain invoque le ralentissement économique pendant la pandémie, une crise d’approvisionnement en composants et des conditions de marché futures incertaines pour justifier cette décision. Lorsque l’entreprise a annoncé un plan de restructuration pour la fabrication de pare-brise de remplacement en 2022, elle a engagé des procédures légales de licenciement au lieu d’entamer un dialogue avec le syndicat. Dès lors que les travailleurs ont réagi par une grève, les licenciements ont été annulés et des négociations ont eu lieu avec le syndicat.

Pour transformer l’entreprise, Saint-Gobain a proposé un investissement de 10 millions d’euros dans l’usine d’Avilés. Toutefois, cet investissement était assorti de conditions : réduction des effectifs, restrictions salariales dans la convention collective et baisse des salaires pour les nouveaux embauchés. Alors que les effectifs ont été progressivement réduits et qu’un accord salarial a été conclu, la troisième condition, qui consistait à payer des salaires inférieurs aux nouvelles recrues, était inacceptable pour la CC.OO UGT, affiliée à IndustriALL, ainsi que pour le CSI (Corriente sindical de izquierdas).

Au cours des deux dernières années, la production s’est progressivement déplacée vers l’usine de Saint-Gobain au Maroc, à Kenitra, où les coûts de main-d’œuvre sont moins élevés. L’usine d’Avilés s’est donc retrouvée dans une situation précaire, avec des commandes insuffisantes pour répondre aux exigences de rentabilité. L’entreprise souhaite à présent mettre fin à ses activités sans proposer d’autres solutions.

Dans son courrier adressé à Saint-Gobain SEKURIT, Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, déclare :

“IndustriALL est solidaire des travailleurs et travailleuses d’Avilés. Nous soutenons leurs efforts pour préserver leurs emplois et demandons instamment à Saint-Gobain de reconsidérer sa décision dans l’intérêt de la communauté et de sa main-d’œuvre dévouée.”

Les syndicats ont proposé diverses activités pour préserver l’emploi local, mais l’entreprise a toujours rejeté ces propositions. Les travailleurs participent actuellement à des grèves partielles, à des manifestations et à des réunions avec des responsables politiques afin d’atténuer l’impact social de la fermeture. Les syndicats demandent à Saint-Gobain de respecter ses engagements en matière de responsabilité sociale et de développement durable, en soulignant les répercussions environnementales d’une telle décision.

La ministre espagnole du travail, Yolanda Díaz, a critiqué les justifications de l’entreprise, les jugeant inadéquates, et a qualifié la fermeture de mauvaise pratique. Elle a souligné qu’il était inacceptable de délocaliser l’industrie dans le seul but d’accroître la rentabilité au détriment des coûts de main-d’œuvre. La ministre Díaz a également annoncé que les subventions publiques reçues par Saint-Gobain seraient examinées et éventuellement récupérées si elles sont liées à la délocalisation des emplois.

Illustration : Shutterstock ID 2130304655 – Février 2022, La Défense, France : vue sur l’enseigne Saint Gobain

Un syndicat ivoirien mène campagne pour l'égalité de genre dans les mines

Ces matières constituent l'ordre du jour d'ateliers en cours depuis le mois d'avril et qui se termineront en juillet. Ils s'inscrivent dans le programme d'activités sur les femmes dans l'industrie minière de la région de l'Afrique subsaharienne d'IndustriALL.

Cette série d'ateliers a démarré avec un premier sur les perspectives de l'exploitation minière en Côte d'Ivoire, qui s'est tenu les 25 et 26 avril à la mine d'or d'Agbaou, et auquel participaient aussi des travailleurs de la mine de Bonikro. Ces deux mines appartiennent à l'Allied Gold Corporation, une multinationale canadienne de l'exploitation aurifère cotée à la bourse de Toronto, présente également en Éthiopie et au Mali. Le sous-sol ivoirien renferme aussi des minéraux essentiels à la transition des combustibles fossiles aux énergies renouvelables que sont la bauxite, le lithium et le manganèse.

Les mines d'Allied Gold, où travaillent des femmes à des postes dans l'administration, comme mécaniciennes, conductrices de camions et responsables de santé et d'hygiène, emploient au total plus de 700 personnes, dont 11 et 15 pour cent de femmes aux mines d'Agbaou et de Bonikro respectivement.

Plus d'une centaine de femmes de la Fédération ivoirienne des syndicats des mines, métaux, carrières et connexes (FISMECA), affiliée à IndustriALL Global Union, participaient à cet atelier. Parmi les thèmes abordés, le salaire égal pour un travail de valeur égale, les conventions collectives avec les mines, la manière dont le syndicat aborde la question de l'écart salarial avec les mines et l'ouverture d'un dialogue social avec le ministère des Mines sur les conditions de travail décentes. Les représentants du ministère présents aux ateliers ont déclaré que le gouvernement se félicite d'un échange avec les organisations syndicales d'un secteur minier en plein essor dans le pays.

Les participants ont salué la convention collective en vigueur qui accorde aux femmes un congé de maternité d'un an. Toutefois, certaines participantes s'inquiètent que les compagnies minières puissent se servir de ce long congé de maternité pour creuser davantage l'écart entre hommes et femmes et marginaliser les femmes par la perte de prestations et de perspectives de carrière.

Zogba Karidja Traore, la présidente du comité des femmes de la FISMECA, a expliqué que le syndicat fait campagne pour l'égalité entre hommes et femmes.

"Souvent, les femmes sont exclues de la formation et de la promotion, en particulier lorsqu'elles reprennent le travail après leur congé de maternité. Cela impacte leurs salaires qui restent inférieurs à ceux de leurs collègues."

Elle a ajouté que la FISMECA appuie des candidates féminines dans les prochaines élections syndicales, pour favoriser leur représentation dans les instances dirigeantes.

"Il faut combler l'écart salarial entre hommes et femmes alors que les femmes sont aussi qualifiées que leurs collègues masculins. Une façon de mettre fin à cette discrimination est d'avoir des politiques d'entreprise tenant compte des considérations de genre, au sens de la convention 190 de l'Organisation internationale du travail, pour éradiquer la violence et le harcèlement dans le monde du travail,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, qui participait aux ateliers avec l'équipe de projet.  

Les travailleurs de GM en Colombie et en Équateur condamnent la fermeture des usines

Le 26 avril dernier, GM a annoncé qu’elle fermait unilatéralement ses usines de fabrication et d’assemblage afin de réorienter ses activités en Colombie et en Équateur vers la vente et les services après-vente. Les opérations de fabrication se sont arrêtées immédiatement à l’usine de Colmotores en Colombie et s’arrêteront à la fin du mois d’août à l’usine d’OBB en Équateur.

Selon Juan Romero, travailleur de GM Colombia et membre du syndicat, 20 travailleurs ont été convoqués à une “réunion de travail obligatoire” au cours de laquelle ils ont été informés de la nouvelle par vidéo et se sont vus proposer un accord de démission individuel et non négociable. Ils ont eu le choix entre signer l’accord ou faire partie des licenciements collectifs.

Le syndicat les a exhortés à ne pas signer et a rencontré le ministère du travail, qui a envoyé une équipe d’inspection chez GM pour vérifier si les activités avaient cessé et a demandé que les syndicats soient autorisés à entrer dans l’usine. GM a toutefois refusé.

Le ministère a publié une déclaration indiquant que le traitement réservé par l’entreprise à ses travailleurs était hostile et que la fermeture était unilatérale et brutale. Il a également adopté des mesures de précaution empêchant GM d’entamer une procédure administrative de liquidation de ses entreprises et lui ordonnant de maintenir des relations de travail avec les salariés, même ceux qui avaient déjà signé des accords de démission. Cependant, la société n’a pas respecté l’ordonnance et a envoyé des télégrammes aux travailleurs qui avaient signé des accords de démission, les informant qu’elle ne verserait pas les salaires de la quinzaine de travail.

L’entreprise déclare par écrit qu’elle soutiendra les travailleurs des deux pays pendant la transition et qu’elle a élaboré un plan de cessation d’emploi ainsi qu’un programme solide et complet de relocalisation de la main-d’œuvre. Toutefois, M. Romero affirme que les travailleurs n’ont pas été associés à l’élaboration de ce plan et n’ont reçu aucune proposition de relocalisation de leurs emplois.

“GM n’a pas élaboré de plan de licenciement et ne nous a pas prévenus. La fermeture a été abrupte, hostile, grossière et impitoyable. Les travailleurs qui ont signé l’accord de démission se sont simplement vu proposer des conseils pour les entretiens d’embauche et ont été inclus dans un pool d’emplois. Ils n’ont pas été transférés vers d’autres postes.

Nous voulons une transition juste ; nous avons des compétences et nous sommes prêts. Nous avons dit au gouvernement que nous étions prêts à nous recycler et à travailler dans le cadre du nouveau modèle commercial de GM ou dans une autre entreprise. Malheureusement, nous pensons que GM a simplement l’intention de fermer l’usine, de licencier les travailleurs et de mettre fin à la convention collective ; puis, dans deux ou trois ans, elle rouvrira l’usine et embauchera de nouveaux travailleurs au salaire minimum, sans syndicat et sans convention collective”.

Edwin Vedolla, Vice-président national du syndicat équatorien CEDOCUT et ancien Secrétaire général du comité d’entreprise de GM et du syndicat des travailleurs d’OBB, a déclaré :

“La fermeture de l’usine en Équateur affecte directement 300 salariés de GM et plus de 5.000 autres travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne de production. Plusieurs investisseurs chinois se sont montrés intéressés par le rachat de l’usine, ce qui aurait permis de conserver la main-d’œuvre.

Nous avons soumis cette option au ministère du travail et de l’industrie, mais il a préféré ne pas intervenir, disant qu’il ne pouvait rien faire, puisque GM avait déjà décidé de fermer l’usine plutôt que de la vendre. Tout ce qu’ils ont dit, c’est qu’ils veilleraient à ce que les travailleurs reçoivent les indemnisations auxquelles ils ont droit. GM veut écarter la concurrence, il n’a jamais eu l’intention de vendre l’usine ou de laisser l’infrastructure en place”.

Le Secrétaire régional adjoint d’IndustriALL, Cristian Alejandro Valerio, indique :

“Nous soutenons nos collègues colombiens et équatoriens en ces temps difficiles. Nous demandons instamment à GM de revoir sa décision ; au-delà de leurs activités commerciales et des profits qu’elles génèrent, les entreprises ont un rôle social à jouer dans nos pays. C’est pourquoi elles bénéficient régulièrement d’exonérations fiscales et de subventions de la part de l’État.”

L'essor de l'industrie électronique laisse peu de place aux droits des travailleurs en Malaisie

Selon les rumeurs, Intel va construire une nouvelle usine d'assemblage de puces électroniques de 7 milliards $ et a une usine d'empaquetage de puces 3D en projet. Infineon va construire la plus grande usine de composants de puissance en carbure de silicium en tranches de 200 mm de Malaisie. Texas Instruments développe ses activités par l'ajout de deux nouveaux sites d'assemblage et de tests. Jabil, Bosch, Micron, Western Digital, Alton, Indium, AT&S et ATX vont soit développer leurs activités, soit construire de nouvelles usines en Malaisie.

Mais l'essor que connaît cette industrie laisse peu de place aux droits des travailleurs. Les syndicats de l'électronique ont été interdits dans les années 1970 mais, grâce à la pression internationale, le gouvernement a approuvé des syndicats d'entreprise à la fin des années 1980.

En 2009, le gouvernement a autorisé la création de syndicats régionaux de l'électronique et, dans les années qui ont suivi, des Syndicats de salariés de l'industrie électronique (EIEU) ont vu le jour dans les quatre régions du pays. Ces quatre syndicats sont affiliés à IndustriALL en tant que Coalition EIEU.

La Coalition EIEU représente quelque 13.000 travailleuses et travailleurs de l'électronique dans vingt entreprises, soit 2,8 pour cent de l'ensemble des personnels de l'électronique. Le nombre total des personnes employées dans le secteur de l'électronique en Malaisie est estimé à 471.800.

Depuis sa création, la Coalition EIEU est confrontée à la discrimination syndicale. En 2011, le président de la région Ouest, Wan Noorulazhar bin Mohd Hanafiah, a été licencié après la création du syndicat. Le gouvernement a mis à l'enquête une plainte de la région Ouest de l'EIEU pour violation des droits des travailleurs.

Il y a deux ans, les travailleurs de Molex ont subi des intimidations lors d'un scrutin syndical à bulletin secret. Le ministère des Relations du travail a ouvert une enquête et ordonné la suspension du scrutin. La région Nord de l'EIEU a produit un enregistrement dans lequel la direction de l'entreprise profère des menaces, mais elle a décliné la demande de comparutions du ministère par crainte d'exposer les syndicalistes à de nouvelles intimidations. L'affaire est toujours en cours devant la justice.

Lors d'un récent scrutin à bulletin secret, la direction de Texas Instruments Malaysia a changé les horaires des équipes, a organisé des "repas de remerciement" pour les travailleurs le jour du vote, tandis que le personnel de direction et des vigiles étaient déployés bien en vue pour intimider les travailleurs.

Pour Bruno Periera, pionnier de l'organisation du secteur de l'électronique et secrétaire général de la région Ouest de l'EIEU, depuis 50 ans le gouvernement malaisien attire les investissements étrangers dans l'électronique en assurant une présence syndicale affaiblie.

"Le refus de la création d'un syndicat national de l'électronique, des modalités de scrutin iniques qui comptent les abstentionnistes comme opposés aux syndicats, les carences de l'application de la Loi sur les relations du travail qui interdit les procédés antisyndicaux de la part des autorités, des intimidations généralisées des travailleurs malaisiens et migrants pendant le recrutement sont autant de facteurs qui contribuent à la faiblesse du taux de syndicalisation et de la négociation collective dans le secteur de l'électronique en Malaisie,"

commente Bruno Periera.  

Un point positif pour le mouvement syndical malaisien est que l'amendement à la Loi sur les syndicats, qui autorise la syndicalisation intersectorielle et la concurrence démocratique entre organisations syndicales, va créer un environnement propice au recrutement dans le secteur de l'électronique.

La Coalition pour la réforme de la loi sur le travail (LLRC), regroupant 58 organisations syndicales et ONG sous l'égide des affiliés malaisiens d'IndustriALL, réclame incessamment des lois et réglementations protégeant mieux les travailleurs afin de faciliter la syndicalisation.

Le secrétaire général de la coalition, Gopal Kishnam Nadesan, qui est aussi membre du comité exécutif d'IndustriALL, invite le gouvernement à appliquer au scrutin syndical la même formule que pour les élections législatives, entraînant la reconnaissance des syndicats qui obtiennent le plus de voix.

Les affiliés malaisiens d'IndustriALL adressent régulièrement des plaintes pour menées antisyndicales au ministère des Relations du travail en réclamant que des mesures soient prises contre les employeurs. Les dirigeants syndicaux malaisiens se réunissent régulièrement pour partager leurs stratégies en matière d'organisation et de campagnes. Les syndicats coopèrent de plus en plus avec des ONG de travailleurs migrants pour tendre la main à ces travailleurs et se faire le porte-parole de leurs revendications.

Pour Alexander Ivanou, le directeur d'IndustriALL en charge du secteur de l'électricité et de l'électronique, 

"Il faut se féliciter que la florissante industrie de l'électronique malaisienne crée des emplois. Toutefois, IndustriALL exhorte les multinationales à respecter les droits des travailleurs, en particulier la liberté syndicale, lorsqu'elles développent leurs capacités de production ou en créent de nouvelles. Il ne faut pas que leurs efforts pour atténuer les risques financiers, opérationnels, juridiques, géopolitiques et autres sacrifient les droits fondamentaux des travailleurs ni ne les privent d'un niveau de vie décent."