Législation européenne sur le devoir de vigilance : les travailleurs de l'industrie n'accepteront pas un échec

Trois années de débats intenses et de compromis politiques ont passé depuis que le Parlement européen entama le processus d'élaboration de la première législation transnationale sur le devoir de diligence qui imposerait le respect des normes environnementales, des droits de l'homme, des travailleurs et des syndicats tout au long des chaînes d'approvisionnement. Des travailleurs de l'industrie du Sud aux grandes coalitions d'entreprises et d'ONG en Europe, des millions de personnes ont donné de la voix pour dire "assez". Assez de décennies de réglementations molles à travers des codes de conduite, des chartes ou des mécanismes "se conformer ou s'expliquer", qui n'ont pas réussi à ancrer une gestion socialement responsable dans l'ADN des entreprises.

Ces millions de voix avaient cru être entendues lorsque, au matin du 14 décembre 2023, les trois institutions européennes sont arrivées à un compromis politique sur une directive européenne qui n'aurait plus nécessité que quelques formalités, comme une adoption formelle par le Parlement et le Conseil européens. IndustriALL Europe et IndustriALL Global Union s'étaient réjouis de cette nouvelle et avaient réitéré leur engagement à faire appliquer le devoir de diligence dans les entreprises par le biais du dialogue social et d'une participation totale des organisations syndicales.

La nouvelle tombée hier suivant laquelle plusieurs États Membres faisaient volte-face pour finalement bloquer l'adoption de la directive européenne sur le devoir de vigilance a été un choc. À l'approche des élections européennes, il ne reste que deux semaines aux dirigeants politiques d'Allemagne, d'Italie, de France, de Suède, de Finlande et d'autres États Membres perplexes pour reprendre la négociation et tenir leurs promesses.

Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, déclare :

"Rarement une directive européenne pouvait changer autant le monde de l'entreprise. IndustriALL Global Union déplore l'incapacité de l'Union européenne de s'en tenir au compromis tant attendu. Nous demandons aux institutions européennes de tout faire pour remettre la directive sur les rails pour que, en finale, nous ayons une chance sérieuse de remédier à la manière brouillonne dont le monde de l'entreprise traite les droits syndicaux fondamentaux."

Judith Kirton-Darling, la secrétaire générale d'IndustriALL Europe, ajoute :

"L'époque où les entreprises pouvaient engranger des profits en exploitant l’environnement et sur le dos de leurs travailleurs ou de ceux de leurs fournisseurs en niant leurs droits fondamentaux aux quatre coins du monde doit être révolue !"

"IndustriALL Europe a toujours plaidé pour une Union européenne sociale qui propose des emplois de qualité et assure le progrès social par un processus décisionnel démocratique, transparent et inclusif. Nous n'accepterons pas que des accords politiques européens puissent être si facilement détricotés par des remises en cause et des jeux opportunistes qui ont lieu derrière des portes closes. "Nous exhortons les dirigeants politiques européens à s'en tenir à l'accord qu'ils ont conclu et à adopter TOUT DE SUITE la directive sur le devoir de vigilance !"  

Les syndicats nigérians protestent contre l’augmentation du coût de la vie

Les revendications comprennent l’appel des syndicats à inverser les politiques économiques néolibérales actuelles, orientées contre le peuple. Les travailleurs et travailleuses exigent des mesures urgentes pour remédier à l’insécurité alimentaire, arrêter la chute libre de la monnaie locale, le naira, reconsidérer la suppression de la subvention pour l’essence et mettre en œuvre la prime salariale de 35.000 naira (22 dollars), dont la valeur s’est dépréciée de plus de 50 % depuis la signature du protocole d’accord avec le gouvernement en octobre de l’année dernière. Les syndicats réclament également le versement des arriérés, l’accès à des salaires décents, une protection sociale pour toute la population active, la sécurité de l’emploi et la fin de l’insécurité dans le pays.

Les manifestations ont été organisées par le Congrès du travail du Nigeria (NLC) et sont soutenues par les affiliés nigérians d’IndustriALL, qui se sont joints aux actions de revendication.

Joe Ajaero, Président du NLC et Secrétaire général du Syndicat national des salariés de l’électricité (NUEE), affiliée à IndustriALL, a déclaré :

“Nous disons qu’il faut que la population ait accès à la nourriture et qu’elle puisse vivre en sécurité et dans la dignité sans les politiques étouffantes du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.”

Dans l’État de Kaduna, au nord-ouest du Nigeria, John Adaji, Co-président de la région Afrique subsaharienne d’IndustriALL et Président de l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la couture, a mené les manifestations avec le Président du NLC de l’État, Ayuba Suleiman.

John Adaji, a déclaré :

“Nous souhaitons que le gouvernement fédéral du Nigeria fasse un effort délibéré pour relancer notre industrie textile à forte intensité de main-d’œuvre et applique l’ordre exécutif 003 du gouvernement sur la promotion des biens et services produits localement. C’est l’un des moyens sûrs de sauver le naira et de protéger les emplois existants dans le secteur du textile et de la confection.”

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a déclaré :

“Nous continuerons à répercuter et à soutenir les revendications des travailleurs et travailleuses nigérians qui doivent recevoir un salaire décent qui leur permette de subvenir aux besoins de leurs familles. Un filet social est également important pour protéger les travailleurs et travailleuses contre les salaires de misère, en particulier dans les emplois précaires et informels, qui sont les plus vulnérables”.

Les affiliés d’IndustriALL au Nigeria regroupent les travailleurs et travailleuses des secteurs de l’automobile, de l’énergie, de la chimie, du pétrole et du gaz, du textile et de la confection, ainsi que d’autres secteurs. Les affiliés sont :

Automobile, Boatyards, Transport, Equipment and Allied Senior Staff Association (Association des cadres de l’automobile, des chantiers navals, du transport, de l’équipement et des activités connexes),
Chemical and Non-Metallic Products Senior Staff Association (Association des cadres de la chimie et des fabrications non métalliques),

National Union of Chemical, Footwear, Rubber, Leather, and Non Metallic Products Employees (Syndicat national des salariés de la chimie, de la chaussure, du caoutchouc, du cuir et des fabrications non métalliques),

National Union of Electricity Employees (Syndicat national des salariés de l’électricité)

National Union of Petroleum and Natural Gas Workers (Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel),

National Union of Textile, Garment, and Tailoring Workers (Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la couture),

Petroleum and Natural Gas Senior Staff Association (Association des cadres du pétrole et du gaz naturel),

Steel and Engineering Workers of Nigeria (Travailleurs de la sidérurgie et de l’ingénierie du Nigeria).

Une révision du salaire minimum ne suffit pas au Bangladesh

Actuellement, le salaire minimum des travailleurs du textile est de 5.710 takas (51 $) et n'a changé depuis 2018. À la suite de la révision du salaire minimum du secteur du textile de l'an dernier, les travailleurs des filatures ont eux aussi réclamé une hausse des salaires. Le coût de la vie au Bangladesh a augmenté dans des proportions sans précédent l'an dernier et, faute d'une hausse salariale en plus de cinq années, les travailleurs du textile et leurs familles ont beaucoup de mal à satisfaire leurs besoins quotidiens.

Hélas, les demandes des travailleurs pour obtenir un salaire de survie aligné sur celui de la confection restent lettre morte. Le nouveau salaire qui est proposé pour le niveau le plus bas de la hiérarchie du secteur textile, celui de manœuvre, est de 10.000 takas (90 $), comprenant des primes de logement, de santé, d'alimentation et de transport. Cette hausse est trop faible compte tenu de l'inflation que connaît le pays. Le taux annuel de l'inflation est passé à 9,86 pour cent en janvier 2024 contre 9,41 pour cent en décembre 2023. Les prix ont augmenté pour l'habillement, le logement, le transport et les soins de santé.

Kutubuddin Ahmed, le secrétaire général du Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh et président de la Fédération des travailleurs de l'habillement, du textile et du cuir du Bangladesh, a déclaré :

"La situation des travailleurs du textile du Bangladesh est lamentable. Nous dénonçons avec force la hausse de salaire proposée qui ne suffit pas pour faire face aux besoins quotidiens des travailleurs et de leurs familles. Le mépris du conseil des salaires pour les revendications des travailleurs pour des salaires de survie dans la confection et le textile est terrible."

La représentation au comité constitué par le ministère du Travail pour fixer le salaire du secteur du textile n'est pas satisfaisante. Les représentants des employeurs et des travailleurs viennent d'une seule entreprise. Le représentant des travailleurs est issu de la centrale nationale affiliée au parti au pouvoir, et aucune consultation significative n'a eu lieu.

Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL, a ajouté :

"Le Conseil des salaires du Bangladesh doit tenir compte de la hausse du coût de la vie pour fixer le salaire minimum. Il est injuste que les travailleurs doivent travailler pour des salaires de misère. IndustriALL appelle le gouvernement du Bangladesh à entamer des discussions avec nos affiliés et d'autres organisations syndicales et à examiner leurs revendications avec sérieux."

Crédit photographique : Crozet M. / OIT

La Convention de Hong Kong est ratifiée. Et maintenant ?

Le démantèlement des navires est considéré comme le métier le plus dangereux au monde et IndustriALL fait campagne depuis longtemps pour la ratification de la Convention de Hong Kong (CHK) en tant que première étape la plus pratique pour assainir le secteur. Soutenus par nos affiliés, nous avons maintenu la pression sur les gouvernements, les armateurs, les financiers et d’autres acteurs du secteur pour promouvoir la Convention.

En raison du terrible taux de mortalité sur les chantiers de démantèlement de navires, l’accent a été mis en premier lieu sur l’amélioration de la sécurité des travailleurs, tant en ce qui concerne les accidents que les maladies professionnelles, et ensuite sur le travail précaire, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail et de vie. Bien que la convention ne garantisse pas la transformation de cette industrie, nous pensons que sa ratification peut servir de point de départ à l’amélioration de ces aspects.

2023 a été une année d’excellentes nouvelles dans le monde du démantèlement des navires. Dès lors que le Bangladesh et le Liberia ont ratifié la convention l’été dernier, cela signifiait que toutes les conditions d’entrée en vigueur étaient remplies. Les lacunes potentielles ont été comblées par la ratification du Pakistan et des Îles Marshall, ce qui signifie que tous les principaux États concernés par le démantèlement de navires et États du pavillon principalement visés ont désormais ratifié la convention. L’ensemble du secteur s’accorde sur la nécessité d’assainir le secteur du démantèlement des navires et de créer des conditions équitables.

Chantier naval d’Alang, en Inde

Comment la CHK améliorera-t-elle les conditions des travailleurs si ses lignes directrices sont correctement mises en œuvre ?

  1. Les propriétaires de chantiers navals devront enregistrer et mettre à disposition les données relatives à tous les travailleurs, y compris les sous-traitants.

Pour qu’un chantier naval reçoive l’autorisation de démanteler des navires, il devra présenter aux autorités compétentes, le ministère concerné, un plan conforme des installations de recyclage des navires. Ce plan doit être assorti d’un registre de tous les travailleurs employés sur le chantier, y compris les sous-traitants, ainsi qu’un programme de formation en matière de santé et de sécurité. Aucun travailleur ne sera autorisé à travailler sur le chantier sans avoir suivi la formation.

Il s’agit d’un changement important dans un secteur qui dépend de main-d’œuvre occasionnelle. Les propriétaires de chantiers navals s’appuient généralement sur une réserve de travailleurs migrants non enregistrés. Les travailleurs tombaient malades après avoir travaillé sur les chantiers navals, retournaient dans leur village d’origine et ne recevaient ni traitement, ni indemnisation. Ce changement facilite également la syndicalisation. Lorsque les travailleurs des chantiers navals tentent de se syndiquer, les employeurs licencient les adhérents des syndicats. Les travailleurs étant occasionnels, il est difficile de prouver leur statut de salarié pour prouver l’existence d’un syndicat. L’obligation d’enregistrement rendra cette façon de procéder plus difficile. La nécessité d’assurer une formation devrait également conduire à une augmentation des investissements en faveur d’un lieu de travail plus qualifié.

  1. L’ensemble du personnel doit avoir reçu une formation appropriée en matière de sécurité.

La formation en matière de santé et de sécurité doit porter spécifiquement sur les matériaux impliqués par le démantèlement des navires et comprendre des instructions et des plans pour faire face aux risques tels que l’amiante, les polychlorobiphényles (PCB), les substances appauvrissant la couche d’ozone (SACO), les composés et systèmes anti-salissure, le cadmium, le chrome hexavalent, le plomb, le mercure, les polybromobiphényles (PBB), les polybromodiphényléthers (PBDE), les polychloronaphtalènes (PCN), les substances radioactives et certaines paraffines chlorées à chaîne courte. Étant donné qu’il s’agit des dangers responsables des maladies professionnelles dont souffrent les travailleurs, cela fera une différence substantielle.

Le programme de formation doit également couvrir la fourniture d’équipements de protection individuelle ainsi que la formation à leur utilisation, la sécurité incendie, l’intervention d’urgence et l’évacuation, la formation en matière de santé et sécurité, la sensibilisation à l’environnement et les premiers secours.

  1. Les employeurs doivent mettre en place des structures de gestion et de responsabilité et tenir des registres.

Il s’agit notamment de désigner un responsable de la sécurité chargé de l’évaluation des risques, des stratégies de prévention, des critères de sécurité pour l’entrée et des procédures de sécurité pour le travail à chaud.

Le propriétaire du chantier doit également fournir

  1. Des infrastructures en matière de santé et d’hygiène, tels que des sanitaires et des toilettes, un approvisionnement en eau propre, des aires de restauration et de loisirs, des vestiaires et les buanderies pour éviter que les travailleurs n’emportent des résidus toxiques à la maison.
  2. Un suivi médical des maladies professionnelles.
  3. Un plan d’intervention d’urgence.
  4. Une liste des dangers et procédures de traitement.

L’entrée en vigueur de la Convention de Hong Kong dépend de la législation nationale pour sa mise en œuvre. Cela signifie que les pays qui recyclent les navires doivent élaborer des lois nationales qui couvrent le recyclage des navires, la gestion des déchets, etc. L’Organisation maritime internationale travaille actuellement avec le gouvernement du Bangladesh pour élaborer des législations appropriées et des mécanismes d’application dans le cadre d’un projet appelé SENSREC, tandis que l’Inde en a achevé le processus et qu’un travail similaire est prévu au Pakistan.

Chantier naval d’Alang, en Inde

Vers une transition juste

La ratification de la Convention de Hong Kong est une première étape minimale et importante pour améliorer la sécurité des travailleurs. Il sera important d’évaluer son efficacité dans la pratique et de déterminer si certains de ses éléments doivent être améliorés, notamment pour correspondre à la Convention de Bâle sur le traitement des matières dangereuses. Toutefois, pour combler les lacunes et les risques, nous devons aller plus loin et œuvrer en faveur d’une transition juste dans le secteur de la démolition des navires en Asie du Sud.

Cela impliquerait la reconnaissance des syndicats et l’instauration d’un dialogue social tripartite entre les syndicats, les employeurs et les gouvernements, pour négocier la mise en œuvre de la CHK et la transformation du secteur. La coopération entre les agences gouvernementales compétentes, les entreprises de recyclage de navires et les syndicats représentant les travailleurs sur le terrain se concentrerait sur les comités conjoints de santé et sécurité, l’éducation et la formation, l’accès à la sécurité sociale, la surveillance et l’inspection des chantiers et le respect des droits des travailleurs. Les travailleurs et leurs syndicats doivent être reconnus comme des partenaires à part entière au sein de cette industrie.

Il existe de nombreuses possibilités de transformer une industrie sale et dangereuse en une industrie qui apporte un bénéfice net au monde en recyclant les navires en toute sécurité et en fournissant un approvisionnement fiable en acier vert.

Cela peut impliquer la transformation de l’industrie sidérurgique locale de manière à ce que l’acier soit recyclé dans des fours à arc électrique, au lieu d’être recyclé dans des laminoirs, et le développement de l’industrie du recyclage. D’autres acteurs du secteur, en particulier les propriétaires de navires et les États du pavillon, les armateurs, les financiers et les acheteurs au comptant, devraient être associés aux discussions afin de fournir un soutien financier, technique et politique.

Toutefois, aucun de ces potentiels ne peut être atteint sans une transition juste et la participation active des travailleurs et des communautés de vie concernées.

La Convention de Hong Kong : que faut-il faire ?

La Convention de Hong Kong : que faut-il faire ?

La politique de sécurité

Le plan de l’installation de recyclage des navires exige un programme complet de formation à la santé et sécurité pour tous les travailleurs, ainsi que la création d’un poste de responsable de la sécurité et la mise en place d’un suivi médical. Cependant, des années d’expérience amère dans d’autres secteurs ont appris aux syndicats qu’un programme de sécurité contrôlé par l’employeur, même s’il est bien intentionné, n’est pas suffisant. Les chantiers navals sont soumis à des pressions commerciales, ce qui signifie qu’il y a conflit d’intérêts si l’on laisse les employeurs aux commandes. Un comité mixte de santé et sécurité est la meilleure solution.

Les questions à poser sont les suivantes :

1.    Qui prend les décisions en matière de sécurité ?
2.    À qui fait-on confiance en matière de sécurité ?
3.    Qui a le pouvoir ?

Les travailleurs peuvent être confrontés à des instructions contradictoires : procédures de sécurité de la part du responsable de la sécurité et ordres d’exécution rapide d’un travail de la part d’un contremaître. Cette situation est source de confusion et peut entraîner des accidents. Les travailleurs sont également beaucoup plus enclins à faire confiance et à suivre les instructions de sécurité émanant d’un représentant syndical plutôt que d’un employeur.

Trois droits fondamentaux en matière de sécurité doivent être garantis sur le lieu de travail :

L’insuffisance du droit

L’Inde, le Pakistan et le Bangladesh risquent de ne pas appliquer pleinement les nouvelles lois sur le recyclage des navires. Il y a des raisons de s’inquiéter dans ce domaine :

Dix conventions fondamentales de l’OIT couvrent le monde du travail. Trois d’entre elles sont particulièrement importantes pour le démantèlement des navires.

L’Inde n’a ratifié aucune de ces trois conventions. Le Pakistan et le Bangladesh ont ratifié les conventions C87 et C98, mais pas la C155. Toutefois, même lorsque ces pays ont ratifié les conventions et les ont transposées dans le droit du travail national, ils n’ont souvent pas réussi à les faire respecter, soit par manque de capacité d’application, soit par manque de volonté de s’opposer aux employeurs puissants.

L’OIT dispose d’un processus au cours de la Conférence internationale du travail qui examine les cas de non-respect des conventions, appelé Commission de l’application des normes (CAS). IndustriALL, UNI et la CSI ont saisi la CAS contre le Bangladesh en 2017 pour des violations de la liberté syndicale, notamment l’arrestation et la détention arbitraires de dirigeants et de militants syndicaux, des menaces de mort et des violences physiques en détention, de fausses accusations criminelles, la surveillance, l’intimidation et l’ingérence au niveau d’activités syndicales, ainsi que des licenciements massifs de travailleurs par des usines de confection à la suite d’une manifestation pacifique.

Bien que l’affaire porte sur l’industrie de la confection, elle donne un aperçu inquiétant de l’attitude du gouvernement bangladais à l’égard des syndicats. En outre, en 2019, plusieurs organisations de travailleurs ont déposé une plainte au titre de l’article 26 pour non-respect des Conventions 81, 87 et 98.

À la suite de cette plainte, l’OIT a publié en juillet 2021 une feuille de route décrivant en détail les mesures que le gouvernement doit prendre pour améliorer la situation. Trois de ces mesures seront particulièrement importantes pour les travailleurs du secteur du démantèlement des navires :

  1. Simplification de l’enregistrement des syndicats. Par le passé, l’enregistrement d’un syndicat au Bangladesh s’est avéré très compliqué et les travailleurs du secteur du démantèlement de navires n’ont pas été en mesure d’enregistrer des syndicats sectoriels et ont dû créer à la place de nombreux syndicats basés dans les chantiers.
  2. Améliorer l’inspection du travail et son application. Actuellement, si un employeur enfreint la loi, le travailleur n’a que très peu de possibilités de recours.
  3. Lutter contre la discrimination antisyndicale et la violence à l’encontre des travailleurs. Pour ce faire, une formation sera dispensée aux employeurs, à la police et aux agents de sécurité.

Le Pakistan est un autre pays où l’application de la législation pose problème, en raison de la nature fédérale de l’État, où les décisions sont dévolues aux provinces, et de la faiblesse de l’inspection du travail. Après le meurtre de deux travailleurs sur les chantiers navals de Gadani en janvier 2024, notre affilié, le NTUF, a soutenu que les propriétaires des chantiers, le gouvernement et la police s’étaient entendus pour dissimuler les faits.

Le problème de l’amiante

La CHK exige un plan d’élimination approprié pour l’amiante et certains chantiers navals ont commencé à construire des installations de haute qualité pour le traitement de ce matériau dangereux. Toutefois, l’Inde, le Bangladesh et le Pakistan n’ont pas interdit l’amiante et ont contribué à bloquer l’inclusion de l’amiante chrysotile dans la liste des substances interdites de la Convention de Rotterdam. L’amiante a encore une valeur commerciale dans ces pays, où il est utilisé dans les matériaux de construction.

Mécanisation et pertes d’emplois

Les travailleurs s’inquiètent du fait qu’à mesure que les chantiers se modernisent pour répondre aux exigences de la CHK, les propriétaires de chantiers introduisent la mécanisation et fassent diminuer le besoin de main-d’œuvre. Les emplois perdus dans les chantiers de démantèlement de navires pourraient être compensés par des emplois créés ailleurs si les entreprises et les gouvernements nationaux investissent dans le développement de l’énergie en aval, par exemple dans des usines qui créent de l’acier vert et dans des centres de recyclage.

Travailleurs en aval

Une autre préoccupation est que la CHK ne prévoit aucune disposition pour les travailleurs en aval, tels que ceux qui traitent la ferraille à l’extérieur des portes du chantier, ou les femmes qui traitent les déchets des navires.

Le gouvernement du Bangladesh doit appliquer honnêtement la Feuille de route de l'OIT

La feuille de route consiste en un plan d'action assorti de délais élaboré par le Conseil d'administration pour traiter les questions en suspens mentionnées dans la plainte au titre de l'article 26. Cette plainte a été déposée à l'OIT en 2019 par plusieurs organisations de travailleurs pour non-respect des conventions 81, 87 et 98. La feuille de route identifie quatre domaines d'action prioritaires : 1) la réforme de la législation du travail, 2) l'enregistrement des syndicats, 3) l'inspection du travail et le contrôle de l'application de la législation, 4) la lutte contre les actes de discrimination antisyndicale, les pratique déloyales en matière de travail et la violence à l'égard des travailleurs.

Dans le dernier rapport du gouvernement bangladais, daté du 16 février 2024, des précisions sur les mesures prises pour garantir les droits des travailleurs et la sécurité au travail dans le pays font cruellement défaut. Suivant des articles de presse, le président du Bangladesh n'a pas avalisé le projet d'amendement de la législation du travail parce qu'il portait l'amende pour les travailleurs à 20.000 takas (180 $) alors que celle pour les employeurs est maintenue à 5.000 takas (45 $), selon qu'il y a grève ou lock-out. Cette disposition est une discrimination flagrante à l'encontre des travailleurs et des organisations syndicales.

Pendant la consultation tripartite sur la modification de la législation du travail et des réglementations, applicables notamment aux zones franches d'exportation (ZFE), les affiliés d'IndustriALL n'ont pas été consultés et leurs suggestions n'ont pas été prises en compte. En l'absence de ces affiliés, la consultation n'est plus qu'une farce vu qu'ils représentent plus de 80 pour cent des travailleurs de l'industrie du prêt-à-porter, qui rapporte 86 pour cent des recettes d'exportation du pays.

L'an dernier, 27 syndicats en cours de formation, soutenus par des affiliés d'IndustriALL, ont sollicité leur enregistrement, mais seuls 8 ont été acceptés et 19 déboutés. Le motif invoqué par le ministère du Travail est que les adhérents représentaient moins de 20 pour cent du personnel, ce qui est faux.

Le rapport du gouvernement bangladais indique que 81.210 inspections ont été effectuées entre juillet 2021 et décembre 2023, soit une moyenne de 90 inspections par jour. Ce chiffre est gonflé, compte tenu du nombre d'inspecteurs disponibles, 450 suivant le rapport, et de la préparation et du suivi que nécessite une inspection.

Nos affiliés indiquent que la juridiction du travail souffre d'un arriéré énorme et qu'il n'y a pas suffisamment de personnel pour traiter de tels volumes. Selon eux, les tribunaux exigent depuis peu une carte d'identité nationale et des photos au format passeport pour l'ouverture d'une procédure, ce que les travailleurs ont beaucoup de mal à obtenir.

L'utilisation de la violence par les forces de sécurité et la police industrielle pour réprimer les manifestations pour le salaire minimum de la fin de l'année dernière montrent que le gouvernement bangladais ne fait rien pour répondre à la quatrième priorité de la feuille de route. Deux travailleurs au moins ont été tués et beaucoup d'autres blessés lors de l'intervention brutale des forces de police. Le rapport du gouvernement n'y fait nulle part allusion mais cite par ailleurs les séminaires de sensibilisation organisés par la police industrielle.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"IndustriALL appelle le gouvernement du Bangladesh à entamer des discussions de bonne foi avec les affiliés d'IndustriALL et d'autres organisations syndicales, et à mettre en œuvre la feuille de route de manière sérieuse."

Photo: ILO Flickr 

Au-delà de ce qui brille : faire progresser les droits des travailleurs dans le secteur du diamant

La chaîne de valeur de l’industrie du diamant comprend l’exploitation minière, le commerce de diamants bruts, la taille, le polissage ainsi que la fabrication, le sertissage et la vente au détail de bijoux.

Les 20 participants issus du Réseau mondial du diamant, venaient de pays producteurs tels que le Botswana, le Lesotho, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Les autres participants venaient de Belgique, où se trouve Anvers, plaque tournante historique pour les négociants en diamants, les tailleurs et les polisseurs.

Des rapports en provenance des pays miniers ont été faits sur les violations des droits des travailleurs et les déficits en matière de travail décent, notamment les conditions de travail précaires, les bas salaires, l’absence de sécurité de l’emploi, les longs temps de travail, la discrimination fondée sur le sexe, les violations de la protection de la maternité ainsi que le démantèlement et le harcèlement des syndicats. Les participants à la réunion ont rapporté que les sociétés d’extraction de diamants ne fournissaient pas d’équipements de protection individuelle adéquats et ne respectaient pas les normes en matière de santé et de sécurité.

Les participants se sont engagés à renforcer les capacités syndicales en matière de négociation collective par le biais d’initiatives de formation et d’apprentissage ciblées visant à améliorer les compétences de négociation dans les secteurs de l’extraction, du polissage et de la taille. Ils ont fait valoir que cela renforcera et favorisera le transfert de connaissances par le biais d’échanges et d’activités de solidarité entre les syndicats. En outre, la réunion a permis de souligner l’importance de l’égalité des sexes dans l’industrie du diamant, en plaidant pour une meilleure représentation des femmes.

Le réseau a encouragé les syndicats à adhérer à l’Initiative pour une assurance minière responsable (Initiative for Responsible Mining Assurance – IRMA) et à utiliser la norme IRMA pour une exploitation minière responsable, car elle est exhaustive et responsabilise les entreprises minières par le biais d’audits et d’évaluations. En outre, la réunion a abordé la question de la coopération avec les organisations non gouvernementales sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme. Toutefois, le réseau a exhorté les syndicats à rester concentrés sur le respect par l’industrie du diamant des normes de travail nationales et internationales.

Soulignant le potentiel de développement de l’extraction de diamants dans les pays du Sud, le réseau a mis en évidence la nécessité pour les entreprises concernées de s’engager dans des pratiques minières responsables et un approvisionnement éthique afin de contribuer à la création d’emplois, à la croissance économique et au développement durable.

Par le biais du réseau, le syndicat belge CSC Transcom et IndustriALL ont soutenu la construction du bureau de l’IDUL, le Syndicat indépendant et démocratique du Lesotho, dans le village de Kao afin de faciliter l’accès au recrutement et à la syndicalisation des mineurs.

Yves Toutenel, Secrétaire général responsable du syndicat CSC-Transcom Diamant et Coprésident du réseau diamant d’IndustriALL, a déclaré :

“Alors que nous organisons cette réunion de réseau, nichée au cœur de l’Afrique australe, nous ne sommes pas seulement entourés par les paysages à couper le souffle de cette nation, mais aussi par le riche héritage et le potentiel du commerce du diamant qui palpite dans ses veines”.

Le Lesotho occupe une place particulière dans le monde des diamants. Ses mines ont produit certaines des pierres les plus remarquables, captivant les cœurs et les esprits du monde entier. Pourtant, au-delà de l’éclat de ces pierres précieuses se cache un récit plus profond, celui de la résilience, du sens de la communauté et de la prospérité partagée.”

Annelies Deman, Secrétaire fédérale de la Centrale Générale FGTB, a félicité le réseau :

“J’ai rencontré des camarades qui font un excellent travail dans l’industrie du diamant, nous avons partagé nos défis, appris les uns des autres et établi des points d’action prioritaires pour l’avenir du réseau”.

May Rathakane, Secrétaire générale de l’IDUL, a déclaré :

“Nous sommes reconnaissants du soutien et de la solidarité que nous avons reçus dans le cadre de notre campagne de syndicalisation des travailleurs du diamant au Lesotho”.

“En tant que syndicats, nous ne devons pas tolérer les pratiques de travail déloyales dans l’industrie du diamant et devons utiliser la négociation collective, les accords-cadres mondiaux et les normes de l’OIT comme outils pour obtenir des conditions de travail décentes”,

a pour sa part indiqué Mpho Phakedi, Secrétaire général par intérim du Syndicat national des mineurs (NUM).

Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour l’exploitation minière, les diamants, les pierres précieuses et les ornements, a insisté sur ce point :

“Il est important que le réseau développe des stratégies qui renforcent la négociation collective, qui reste l’un des outils les plus efficaces des syndicats”.

La solidarité avec l'Ukraine ne faiblit pas

Les représentants du mouvement syndical international venaient des Fédérations syndicales internationales (FSI), de la Confédération syndicale internationale (CSI), de syndicats nationaux de tous les secteurs, de centrales nationales du monde entier et des représentants du Bureau des activités pour les travailleurs  (ACTRAV) de l'Organisation internationale du travail, venus pour exprimer leur solidarité.

Le rassemblement a débuté par une vidéo poignante juxtaposant des images de l'Ukraine avant et après l'invasion, qui se terminait sur un appel pressant :

"Plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien." 

A suivi une minute de silence pour honorer les sacrifices des militaires, des syndicalistes et de tous les Ukrainiens qui ont perdu la vie, ont été déplacés et ont souffert de la guerre.

Les participants ont entendu des comptes rendus de première main de mineurs qui ont revêtu l'uniforme, de travailleurs de l'énergie qui travaillent infatigablement pour réparer les infrastructures et de fonctionnaires qui font tout pour que le cœur de la nation continue de battre dans la tourmente. Ces récits soulignent les multiples conséquences de cette guerre, depuis les tranchées jusqu'à l'arrière, où chaque jour se livre une bataille pour la survie et la résilience.

Le président de la Fédération des syndicats d'Ukraine (FPU) a dressé le bilan des pertes provoquées par le conflit : près de 5 millions d'emplois perdus, 26% du territoire ukrainien occupés et une diminution importante de la population qui est passée de 42 millions avant la guerre à environ 27 millions actuellement. Cette fédération, une des plus importantes d'Ukraine, a vu ses effectifs diminués de moitié et des milliers de sections locales disparues.

Le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, Luc Triangle, s'est adressé aux participants en ces termes : 

"Nous condamnons l'agression de la Russie, ses actes inhumains et l'occupation qui a dévasté des vies humaines et les infrastructures, imposant des lois injustes aux habitants des territoires occupés.

Nous ne nous battons pas seulement pour l'Ukraine, mais pour la démocratie, pour la liberté et pour les principes d'un syndicalisme libre et démocratique dans le monde. Nous avons apporté un soutien financier et continuerons de mobiliser des ressources pour aider votre cause, sachant le rôle essentiel que jouent les organisations syndicales en apportant une aide humanitaire et en défendant les droits des travailleurs."

Le communiqué publié par la FPU et la Confédération des syndicats libres d'Ukraine (KVPU) à l'occasion de ce deuxième anniversaire met l'accent sur la crise actuelle et le besoin vital de la poursuite du soutien international. Il met en lumière les destructions causées par l'invasion russe, le coût économique énorme et la détermination du peuple ukrainien.

Alors que l'Ukraine poursuit son combat pour la liberté, la démocratie et la souveraineté, cette manifestation de solidarité a rappelé le lourd impact de cette guerre sur les travailleurs et l'importance de l'unité du monde pour affronter de tels défis. L'appel à une aide et un soutien internationaux accrus résonne plus profondément que jamais, soulignant que ce combat n'est pas seulement celui de l'Ukraine mais un témoignage de la résilience de l'esprit humain face à l'agression.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a adressé un message poignant aux participants. Il a souligné le courage et la résilience du peuple ukrainien, des travailleurs et des syndicats dans leur défense de la démocratie, des droits de l'homme et de la souveraineté de leur nation face à l'adversité. Son message est clair :

"Vous défendez votre pays avec courage. Vous êtes courageux dans votre combat pour votre avenir. Vous êtes courageux parce que vous donnez une leçon historique au monde entier en montrant comment défendre la démocratie et les droits fondamentaux de l'homme et du travailleur.

Continuons à faire entendre notre voix ensemble, continuons à nous dresser ensemble, continuons dans notre action unie, et continuons à riposter ensemble et solidairement pour la paix, la démocratie, les droits, la dignité et l'avenir de tous."

Manifestation de masse à Liberty Steel pour demander une aide d’urgence dans un contexte de crise

Roman Ďurčo, Président d’OS KOVO, s’adresse à la foule

“Il est honteux de maintenir des milliers de travailleurs et travailleuses dans l’incertitude semaine après semaine. Cela dure depuis trop longtemps et nous ne voyons aucune évolution positive. Nous avons besoin de soutien pour sortir de cette situation. Elle touche des dizaines de milliers de personnes et les responsables politiques ne devraient pas être indifférents à un problème social aussi grave !”

a déclaré Roman Ďurčo, Président de la Fédération tchèque des métallurgistes (OS KOVO).

La crise de Liberty Steel est symptomatique d’une situation d’urgence plus large, à l’échelle du continent, à laquelle est confronté le secteur de l’acier. Avec l’arrêt de la production depuis des semaines et l’absence d’une voie claire vers la reprise, l’avenir des 6.000 travailleurs de l’usine d’Ostrava est en suspens. Cette incertitude s’étend à l’ensemble de la région, menaçant 30.000 emplois indirects et les moyens de subsistance de 900 PME qui dépendent des activités de Liberty Steel.

La récente insolvabilité de Tameh, le fournisseur d’énergie de Liberty Steel Ostrava, en décembre 2023, a exacerbé la situation, privant 117 sous-traitants de services essentiels tels que le chauffage ou l’eau. Le ministre tchèque de l’industrie et du commerce a demandé à Liberty Steel de mettre en place une stratégie industrielle viable pour assurer la croissance à long terme de l’usine, une demande qui n’a toujours pas été satisfaite.

Les défis auxquels Liberty Steel Ostrava est confrontée sont révélateurs d’une crise plus large au sein de l’industrie sidérurgique européenne, marquée par des coûts énergétiques élevés, des commandes en chute libre et l’arrêt de plusieurs usines sidérurgiques. Cette crise a entraîné une forte baisse de la production d’acier en Europe et fait craindre la perte définitive de près de la moitié de la capacité sidérurgique du continent. En revanche, le marché mondial de l’acier, en particulier dans des pays comme la Chine et l’Inde, est en expansion, ce qui fausse encore davantage l’équilibre.

Au cœur de la manifestation, des appels passionnés au changement ont été lancés. Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a souligné l’importance stratégique de l’industrie sidérurgique pour l’Europe et a insisté sur le besoin urgent de soutien à Liberty Steel.

“Les travailleurs et travailleuses ne peuvent et ne doivent pas payer le prix d’une mauvaise gestion, d’un manque d’investissement et d’un manque de respect. Et ce, dans un secteur stratégique pour l’action climatique et notre sécurité !

Nous insistons sur le fait que l’Europe ne peut pas se permettre de perdre cette industrie stratégique, qui est si importante pour son autonomie dans le contexte de la transition énergétique et des conflits géopolitiques. Les manifestations d’Ostrava ne sont qu’un début et les décideurs politiques doivent écouter et agir. Les sidérurgistes européens attendent des mesures décisives pour soutenir l’acier en Europe.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, s’adresse à la foule lors du rassemblement

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, s’est fait l’écho de ce sentiment, appelant à un secteur industriel qui valorise sa main-d’œuvre, s’engage dans des pratiques durables et opère de manière transparente.

“À la direction de GFG Alliance, nous disons : le temps du changement est venu. Il est temps d’engager avec nous un véritable dialogue, d’ouvrir vos portes à des solutions constructives et de reconnaître le rôle indispensable des travailleurs et travailleuses dans l’avenir de ce secteur.

Notre solidarité internationale est notre force. C’est le lien qui nous unit au-delà des frontières, des langues et des cultures. C’est la force qui nous fera avancer dans notre lutte pour un monde juste et équitable.

Aujourd’hui, alors que nous nous dressons ensemble, rappelons-nous que notre cause transcende les frontières nationales. Il s’agit d’un appel à l’action pour les syndicalistes, les travailleurs et travailleuses du monde entier afin que tous s’unissent dans la solidarité pour les droits, la dignité et l’avenir de l’ensemble du monde du travail.”

Le rassemblement a souligné la force de la solidarité internationale, unissant les travailleurs et travailleuses au-delà des frontières dans une cause commune pour la justice, la dignité et un avenir durable.

Par solidarité, les participants ont défendu non seulement les salariés de Liberty Ostrava, mais aussi toutes les victimes de pratiques injustes de la part des entreprises, renforçant ainsi le message selon lequel, ensemble, nous constituons une force de changement.

Anti-syndicalisme dans une entreprise turque de vitrage automobile

Après avoir réussi à recruter suffisamment de travailleurs et travailleuses pour atteindre la majorité légale requise sur un lieu de travail, Kristal-İş, affilié d’IndustriALL, les a regroupés en son sein. Par la suite, le ministère du travail et de la sécurité sociale a délivré un certificat officiel attestant que Kristal-İş détenait la majorité légale dans l’entreprise, la reconnaissant ainsi comme partie légitime à la négociation collective.

Plutôt que d’entamer un dialogue avec le syndicat, la direction d’Olimpia Glass a adopté une position agressive à l’égard des membres du syndicat, les soumettant à des mesures punitives, notamment des intimidations, des menaces et des licenciements, en raison de leur affiliation à Kristal-İş. Ce comportement est contraire au droit du travail turc, ainsi qu’aux normes internationales fondamentales du travail, en particulier la Convention 87 de l’OIT.

En réaction, Kristal-İş a lancé un appel au ministère de la justice et au ministère du travail et de la sécurité sociale, leur demandant d’intervenir et de mettre fin aux actions illégales et à l’exploitation des travailleurs et travailleuses d’Olimpia Auto Glass. Le syndicat a exprimé cet appel à l’action dans sa déclaration :

“En achevant les procédures d’adhésion en 2024, nous avons atteint la majorité requise par la loi. C’est la preuve que les travailleurs et travailleuses d’Olimpia ont maintenant un syndicat reconnu. Dans la continuité de cette détermination, forts de 60 ans d’expérience, nous pensions que nous allions mener à bien ce processus dans la maturité démocratique. Cependant, ce qui s’est passé dans les usines peu après notre demande a sérieusement ébranlé cette conviction. Au cours de la semaine écoulée, l’employeur et des représentants mandatés par lui ont exercé une pression systématique sur les salariés et ont pris des mesures pour les dissuader de leur affiliation syndicale”.

Kristal-İş poursuit son piquetage devant les usines d’Olimpia Auto Glass en lançant un appel à la solidarité :

“Nous transmettons notre appel à la solidarité aux syndicats frères, aux confédérations, aux syndicats de par le monde et aux fédérations syndicales internationales. Soyons solidaires de Kristal-İş contre l’anarchie créée à Olimpia Auto Cam. Protégeons les travailleurs et travailleuses d’Olympia ainsi que leurs droits et libertés au moyen de la force que représente notre syndicalisation”.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, qualifie la situation d’inacceptable et demande instamment à Olimpia Auto Glass de mettre fin à l’intimidation, de réintégrer les membres du syndicat licenciés et d’entamer un dialogue avec Kristal-İş.

“Nous sommes consternés par ce comportement agressif, qui consiste à punir des travailleurs et travailleuses pour avoir adhéré à un syndicat. Olimpia Auto Glass doit prendre des mesures correctives immédiates pour qu’en conséquence il ne soit pas nécessaire pour IndustriALL de prendre d’autres mesures, en particulier auprès des principaux clients d’Olimpia dans les secteurs de l’automobile, de l’équipement et de la machinerie, afin de faire preuve de diligence raisonnable au niveau des activités de l’entreprise. Nous continuerons à faire campagne jusqu’à ce que justice soit faite”.

Olimpia fabrique des pièces de première monte pour l’industrie automobile, ainsi que des pièces équivalentes pour le marché du remplacement. Elle entretient des relations commerciales avec les plus grandes marques mondiales dans plus de 40 pays, sur les cinq continents.