Les syndicats de la région Asie-Pacifique s’attaquent aux bas salaires dans le secteur de l’habillement

En dépit d’augmentations des salaires réels dans de nombreuses économies, les conditions de travail sont restées médiocres et caractérisées par une informalité et une vulnérabilité généralisées. Des représentants syndicaux de toute la région se sont réunis cette semaine à Penang, en Malaisie, pour un atelier de deux jours sur les mécanismes de fixation des salaires, organisé par IndustriALL et son affilié japonais UA Zensen. Cet atelier a rassemblé des affiliés venus partager des stratégies et renforcer leurs capacités collectives pour lutter contre les bas salaires dans le secteur.

Des participants venus du Bangladesh, du Cambodge, d’Inde, d’Indonésie, du Japon, de Malaisie, du Népal, du Pakistan, des Philippines, du Sri Lanka, de Thaïlande et du Vietnam ont partagé leurs expériences et leurs stratégies en matière de mécanismes de fixation des salaires, de négociation collective et de syndicalisation. S’appuyant sur des exemples provenant de toute la région, l’atelier visait à renforcer leur capacité collective à obtenir de meilleurs salaires pour les travailleuses et travailleurs du secteur de l’habillement.

Mise en contexte : la perspective de l’OIT

La politique salariale est le cadre au sein duquel les gouvernements, les employeurs et les salariés façonnent collectivement ce que seront les salaires. Lorsqu’elle fonctionne de manière cohérente, elle peut faire une énorme différence. Dans toute l’Asie, cette cohérence fait souvent défaut. La région compte plus de 5.000 niveaux de salaire minimum ; l’Inde à elle seule en compte plus de 2.000. Pourtant, dans des pays comme le Pakistan, une personne sur quatre ne perçoit même pas le salaire minimum auquel elle a légalement droit. Les travailleuses et travailleurs du secteur informel de la région gagnent environ la moitié de ce que gagnent celles et ceux du secteur formel.

Xavier Estupinan, Expert confirmé en matière de salaires auprès de l’OIT, a souligné que la fixation d’un salaire minimum n’était qu’une première étape. La véritable question est de savoir s’il est adéquat, régulièrement révisé, effectivement appliqué et soutenu par un dialogue social solide.

Le programme de l’OIT sur le salaire vital s’appuie sur ces fondements en réunissant les gouvernements, les employeurs et les salariés afin de faire progresser des politiques et des pratiques efficaces en matière de salaire vital. Il repose sur deux piliers complémentaires : premièrement, l’estimation des salaires vitaux et l’élaboration d’une plateforme mondiale de données salariales ; deuxièmement, la mise en œuvre concrète des salaires vitaux, notamment par le biais d’une assistance technique aux pays et aux secteurs prêts à agir.

Armelle Seby, Directrice pour les questions de genre auprès d’IndustriALL, a mis en garde contre des systèmes de fixation des salaires qui peuvent ancrer les inégalités en institutionnalisant la sous-évaluation du travail des femmes. La transparence salariale et l’évaluation des emplois non sexiste sont des outils essentiels pour garantir des systèmes salariaux transformateurs en termes de genre. Une approche transformatrice en la matière n’est pas une simple pièce rapportée. Elle doit être intégrée dès le départ dans la conception des politiques salariales, sur base d’une analyse de genre. Sans cela, les cadres qui déterminent le salaire minimum risquent de reproduire, voire d’aggraver, l’écart entre les sexes déjà prévalent dans le secteur.

L’accord ACT et la négociation collective dans la pratique

L’initiative ACT et son travail sur les relations sociales dans la chaîne d’approvisionnement a été présentée et débattue. Les affiliés cambodgiens ont partagé leurs expériences concernant la renégociation du modèle de convention collective qui sera valable pour les trois prochaines années. Ils ont également présenté leur travail visant à augmenter le nombre d’usines signataires de cette convention.

La fixation des salaires au Japon : les enseignements d’UA Zensen

L’atelier a également entendu l’UA Zensen s’exprimer sur la fixation des salaires au Japon. Le taux de syndicalisation est en baisse, presque tous les syndicats se situent au niveau de l’entreprise et les femmes représentent moins de 30 % des effectifs syndicaux. Depuis 2022, l’offensive salariale de printemps (shuntō) a permis d’obtenir des augmentations salariales générales d’environ 5 %. Cependant, des défis structurels subsistent.

UA Zensen s’est attaché à renforcer le pouvoir de négociation par le biais de formations au leadership et de cadres d’action conjointe, en ciblant des réformes législatives et des normes de travail équitables spécifiques au secteur.

« Les salaires dans le secteur de l’habillement ont été maintenus artificiellement bas pendant trop longtemps. Cet atelier vise à renforcer le pouvoir et les connaissances syndicales pour changer cela. Car sans syndicats forts à la table des négociations, ce sont les travailleuses et travailleurs qui continueront à en payer le prix »,

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur du textile et de l’habillement auprès d’IndustriALL.

La réunion régionale du réseau THCC d’IndustriALL avait marqué le début de la semaine, avant que les délégués ne se consacrent à l’atelier sur la fixation des salaires. Des affiliés de toute la région Asie-Pacifique se sont ainsi réunis pour faire le point et coordonner leurs priorités pour le secteur.

Durs comme l’acier : les travailleurs inébranlables lors de l’assemblée générale d’ArcelorMittal

Des travailleuses et travailleurs sont venus de toute l’Europe, du Brésil et du Mexique pour faire entendre leur voix. En plaçant la sécurité des salariés d’ArcelorMittal et le dialogue social au cœur de leurs revendications, ils ont souligné la nécessité d’un réel engagement et d’action concrètes. Ils ont exigé des investissements en faveur de l’humain et de la planète ainsi que le respect des droits des travailleurs. Pour eux, la sécurité de la main d’œuvre d’ArcelorMittal et la concertation sociale impliquent des financements en matière de ressources humaines et de protection de l’environnement ainsi que le respect des droits. Ils ont également appelé à un véritable dialogue social. Leurs vies, leur dignité et leur avenir, ont-ils déclaré, doivent l’emporter sur le profit.

Cette manifestation s’inscrit dans un contexte de crise qui s’aggrave. Au cours des dix dernières années, plus de trois cents ouvriers sont décédés chez ArcelorMittal. Des milliers d’emplois y sont supprimés sans consultation, les engagements climatiques négligés et les syndicats systématiquement réduits au silence. Dans le même temps, l’entreprise a reversé des milliards à ses actionnaires alors que les investissements en termes de sécurité, d’emploi et de transition juste font cruellement défaut.

Ce coût humain ne relève pas d’une simple abstraction. Il est perceptible dans chaque usine, à chaque quart de travail, par chaque métallo devant la pointeuse. Malheureusement, chacun ignore s’il rentrera chez lui sain et sauf.

Une série d’échec, non pas des incidents isolés

Flavio Cordeiro De Paiva, représentant de la Confédération nationale des métallurgistes CNM-CUT, affiliée d’IndustriALL au Brésil, a décrit la réalité quotidienne au sein des usines d’ArcelorMittal :

« Nous sommes confrontés à une fatigue croissante due aux horaires imposés, à la stagnation des salaires, à l’utilisation d’équipements non sécuritaires et à une pression grandissante. L’absence d’une concertation sociale soutenue en matière de sécurité des travailleuses et travailleurs chez ArcelorMittal continue de mettre leur vie en danger. Dans mon usine de João Monlevade, au cours de la seule année écoulée, nous avons enregistré vingt accidents et de nombreux incidents évités de justesse impliquant des grues, de l’acier en fusion et des charges lourdes. Le dialogue social, actuellement fragilisé, doit être rétabli. Nous appelons à la négociation, au respect et à la dignité. Notre message est sans détour : la vie des métallos doit primer sur les objectifs financiers. »

Au Mexique, les conséquences du report des investissements se sont déjà avérées fatales. En juin 2025, une explosion de chaudière au sein de la centrale électrique d’ArcelorMittal située à Lázaro Cárdenas au Mexique, a tué un superviseur et gravement blessé un ouvrier. Ce drame évitable résulte d’années de maintenance reportée. L’entreprise avait à plusieurs reprises colmaté les fuites de la chaudière au lieu de remédier aux défaillances sous-jacentes du matériel. La production a été interrompue pendant plus de six mois.

Francisco Galiana Mejia, membre du Syndicat mexicain des mines et de la métallurgie (Los Mineros), organisation affiliée à IndustriALL, s’est adressé aux personnes réunies devant le siège de la multinationale lors de son assemblée générale annuelle :

« En 2025, un contremaître a perdu la vie lors de l’explosion d’une chaudière. Cela est dû au fait que l’entreprise n’a pas investi dans l’usine. La production a ensuite été interrompue pendant sept mois, ce qui a causé d’énormes difficultés à nos familles, car nos revenus ont été réduits de moitié. Mais grâce au leadership et à la solidarité internationale, nous avons réussi à surmonter cette épreuve. Si nous restons unis, nous finirons par remporter la victoire. »

Ce schéma s’étend bien au-delà des Amériques. Au Libéria, lorsque des salariés employés par SEGAL, sous-traitant d’ArcelorMittal en matière de sécurité, ont organisé une manifestation pacifique en octobre 2025, seize d’entre eux ont été battus et arrêtés sur ordre de leur employeur. Les salariés qui se syndicalisent, qui se font entendre, qui réclament ce qui leur revient de droit se heurtent à la répression.

En Europe, l’entreprise a maintes fois écarté son Comité d’entreprise européen (CEE), omettant de le consulter sur des décisions de restructuration majeures, en violation tant du droit européen que de son propre accord CEE. La situation est devenue à ce point intenable qu’en mars 2026, le CEE a été contraint de requérir une médiation. Les syndicats européens qualifient l’approche de l’entreprise de manipulation mentale, celle-ci prétendant informer le CEE alors qu’elle ne le fait pas du tout en réalité.

Des actionnaires récompensés et des travailleurs sacrifiés

Une étude réalisée en 2025 par SteelWatch a révélé que, bien qu’elle ait reçu plus de 3 milliards d’euros (3,24 milliards de dollars) de subventions publiques pour la décarbonisation en Europe et au-delà de ses frontières, ArcelorMittal « n’a pris aucune décision finale d’investissement sur aucun des cinq projets annoncés en matière de fer préréduit (DRI) sur le continent et au Canada. » SteelWatch a accusé la multinationale de revenir sur ses engagements climatiques et de renoncer à son rôle de leader du secteur. Entre 2021 et 2024, elle n’a consacré que 800 millions de dollars à la décarbonisation, tout en reversant 12 milliards de dollars à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

L’acier ne peut pas être produit au plan mondial à coups de promesses. Il est fabriqué par des travailleuses et des travailleurs, par des métallurgistes qui méritent des conditions de travail sécurisées, des salaires équitables et une voix à la table des négociations.

« L’action d’hier a prouvé que la solidarité ne connaît pas de limites ! ArcelorMittal n’investit pas dans la décarbonisation et les nouvelles technologies. L’entreprise fait passer les profits avant l’humain et la planète. Au lieu de créer de nouveaux emplois en Europe grâce à la décarbonisation, elle prévoit de délocaliser un tiers de sa main-d’œuvre européenne. »

Il est inacceptable que le groupe sidérurgique reçoive 3,5 milliards de dollars de subventions publiques à l’échelle planétaire alors que son personnel souffre et perd la vie dans des usines mal entretenues.

Avec le plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux en place, un cadre politique favorable, des résultats financiers solides et un soutien massif de l’opinion publique rien ne justifie le fait qu’ArcelorMittal reste les bras croisés en termes d’investissement dans la décarbonisation. Investir dans la décarbonisation, c’est investir dans des emplois syndiqués décents, dans les compétences et dans l’avenir à long terme de l’acier en Europe. Et l’entreprise doit désormais y mettre du sien.

« Les travailleurs et l’environnement paient le prix des décisions d’ArcelorMittal, cela suffit maintenant! » a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

« Les travailleurs et l’environnement paient le prix des décisions d’ArcelorMittal, cela suffit maintenant! » a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

« ArcelorMittal a signé un accord mondial sur la santé et la sécurité en 2008. Dix-huit ans plus tard, des travailleuses et des travailleurs succombent à des accidents mortels évitables et sont battus pour avoir manifesté pacifiquement tandis que 450 de nos collègues de l’Ohio ont été contraints de faire grève pendant plus de deux mois pour obtenir une convention équitable. IndustriALL demande à l’entreprise de rendre compte quant à la mise en œuvre de cet accord dans toutes ses usines à travers le monde. Nous l’appelons également à s’asseoir à la table des négociations avec nous et à consolider l’accord existant par l’ajout d’objectifs contraignants, d’un système transparent de signalement des accidents mortels et des sanctions réelles en cas de non-respect. Le cadre existe déjà, ce qui manque c’est la volonté de le mettre en œuvre »

a déclaré Alex Ivanou, Directeur du secteur des métaux de base chez IndustriALL.

Les jeunes travailleurs d’Amérique latine renforcent leur voix au niveau régional

De jeunes travailleuses et travailleurs des affiliés d’IndustriALL venus d’Argentine, du Brésil, du Salvador, du Guatemala, du Honduras, du Mexique, du Nicaragua, du Pérou et d’Uruguay se sont réunis au bureau régional de Montevideo les 28 et 29 avril derniers. Ils ont examiné les changements approuvés lors du 4e Congrès d’IndustriALL et discuté des moyens de renforcer la coordination et la représentation de la jeunesse syndicale dans toute la région.

Le Congrès de novembre 2025 a approuvé la création d’un Comité mondial de la jeunesse et la possibilité de comités régionaux. Cela permettra d’élargir la participation des jeunes travailleuses et travailleurs aux instances décisionnelles d’IndustriALL.

Lors de l’accueil des participants, Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré :

«La création d’organisations de jeunesse n’est pas un geste symbolique, mais une nécessité. Dans un monde marqué par la précarité de l’emploi, les mutations industrielles et la crise climatique, les organisations de jeunesse syndicales garantissent aux jeunes travailleurs une voix collective, un pouvoir d’influence et l’espace dont ils ont besoin pour développer leurs compétences en matière de leadership dès aujourd’hui.»

Les participants ont défini le mandat du comité et fixé les priorités pour 2026. Des discussions ont également eu lieu sur la manière de mieux faire connaître la structure dans toute la région. Isaac Vásquez Bejarano, de Fesitex Nicaragua, a été nommé Coprésident et représentera la région au sein du Comité mondial de la jeunesse :

« Ce furent deux jours de travail intense mais nous avons couvert l’ensemble des points prévus. Nous avons formé un groupe de travail pour définir comment atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés en tant que jeunes d’Amérique latine et des Caraïbes. Nous espérons voir une plus grande participation des jeunes aux niveaux régional et mondial, en particulier des femmes et des personnes issues d’horizons divers. »

Tiara Amigorena, de la CNTI Argentine, a été élue deuxième Coprésidente :

« Nous sommes très fiers, car nous pensons que cette initiative élargit les droits des jeunes syndicalistes. Nous sommes prêts à travailler d’arrache-pied pour garantir davantage de droits. »

Sarah Flores, Responsable de la jeunesse et des projets chez IndustriALL, a souligné que le comité constitue un moyen et non une fin :

« La création de ce comité est une étape majeure vers plus de diversité et de représentativité. Cependant, il s’agit simplement d’un outil et non d’une fin en soi. Le défi consiste désormais à donner vie aux propositions et stratégies élaborées par ses membres, en collaboration avec les affiliés de la région. »

ArcelorMittal : trop c’est trop !

Une nouvelle note d’information destinée aux investisseurs qui s’appuie sur les témoignages de travailleuses et travailleurs de plusieurs pays et qui relate les défaillances de l’entreprise au Kazakhstan, au Mexique, au Brésil, au Libéria, aux États-Unis et dans toute l’Europe, met en évidence le fossé flagrant et systématique entre ce qu’affirme ArcelorMittal et ce que vivent les salariés. Le tableau esquissé n’est pas celui d’échecs isolés mais d’une pratique généralisée au sein de l’entreprise consistant à faire passer les gains financiers à court terme avant la sécurité, les droits et l’avenir de son personnel.

Une décennie de décès évitables

Le bilan catastrophique d’ArcelorMittal en matière de sécurité se trouve au cœur de cette journée d’action. Entre 2013 et 2023, plus de trois cents travailleuses et travailleurs sont morts sur les sites du groupe au plan mondial. La note d’information aux investisseurs montre clairement que ces décès ne constituent pas une issue inévitable inhérente à un travail exercé au sein d’une industrie dangereuse, mais reflètent le schéma de fonctionnement d’une entreprise qui omet invariablement d’investir dans ses infrastructures, ne s’implique pas de manière significative avec les syndicats sur la question de la sécurité au travail et ne tire pas les leçons des tragédies vécues.

En octobre 2023, un incendie survenu au charbonnage d’ArcelorMittal à Kostenko, au Kazakhstan, a coûté la vie à quarante-six mineurs, ce qui en fait le pire accident industriel du pays depuis son indépendance. SteelWatch a rapporté par la suite que l’entreprise avait quitté le Kazakhstan en laissant derrière elle des milliards de dollars de dommages-intérêts non réglés en matière de santé, après avoir été confrontée à des demandes d’indemnisation des victimes et de leurs familles pour des décès et dommages corporels déclarés sur une période de près de trente ans. Un rapport d’investisseurs de l’époque qualifiait cet incendie de « malheureusement peu surprenant, compte tenu des antécédents de l’entreprise ».

En juin 2025, une explosion de chaudière au sein de la centrale électrique d’ArcelorMittal située à Lázaro Cárdenas au Mexique, a tué un superviseur et gravement blessé un ouvrier. Ce drame évitable résulte d’années de maintenance reportée. L’entreprise avait à plusieurs reprises colmaté les fuites de la chaudière au lieu de remédier aux défaillances sous-jacentes du matériel. La production a été interrompue pendant plus de six mois.

Au Brésil, la Confédération nationale des métallurgistes CNM-CUT, affiliée d’IndustriALL, fait état de vingt-deux rapports d’accidents du travail enregistrés auprès de ses sections locales au cours de la seule année écoulée ainsi que de nombreux incidents évités de justesse, notamment des défaillances de grues, des déversements d’acier en fusion, des ruptures de conduites sous pression et des chutes de charges lourdes. Les travailleuses et travailleurs font mention d’une culture de la peur, de salaires stagnants et d’une détérioration des équipements au sein de plusieurs usines.

Cette crise ne date pas d’hier. En 2024, IndustriALL et industriAll Europe ont organisé une journée mondiale d’action pour exhorter ArcelorMittal à mettre fin aux décès sur le lieu de travail.

La situation ne s’est pas améliorée pour autant.

Réduire la voix des travailleurs au silence

Le dossier destiné aux investisseurs documente une tendance constante à contourner les syndicats et à ignorer le dialogue social dans l’ensemble des installations mondiales d’ArcelorMittal.

En Europe, l’entreprise a maintes fois écarté son Comité d’entreprise européen (CEE), omettant de le consulter sur des décisions de restructuration majeures, en violation tant du droit européen que de son propre accord CEE. La situation est devenue à ce point intenable qu’en mars 2026, le CEE a été contraint de requérir une médiation. Les syndicats européens qualifient l’approche de l’entreprise de manipulation mentale, celle-ci prétendant informer le CEE alors qu’elle ne le fait pas du tout en réalité.

Au Libéria, ArcelorMittal n’a pas veillé à ce que SEGAL, son sous-traitant en matière de sécurité, respecte les normes fondamentales du travail, bien que les salariés aient adhéré, en avril 2025, au Syndicat uni des travailleurs du Libéria (UWUL), membre d’IndustriALL. Lorsque les métallurgistes ont organisé une manifestation pacifique en octobre 2025, seize personnes ont été battues et arrêtées sur ordre de SEGAL. Douze agents de sécurité licenciés quelques semaines après avoir adhéré au syndicat n’ont pas été réintégrés malgré une ordonnance du ministère du Travail en ce sens.

« Si vous laissez quelqu’un enfreindre la loi dans votre maison et que vous ne réagissez pas, vous vous rendez complice de ses actes », UWUL.

Aux États-Unis, sur le site d’ArcelorMittal de Shelby, dans l’Ohio, les membres du Syndicat des Métallos USW ont été contraints de mener une grève de soixante-neuf jours, la plus longue de l’histoire de la section locale 3057, avant d’obtenir un accord équitable sur les salaires, les prestations de retraite et la couverture des soins de santé. Comme l’a souligné le syndicat, cette grève ne portait pas sur les salaires mais sur la qualité de vie.

Suppression d’emplois dans des domaines d’activité rentables

Bien que ses domaines d’activité basés en Europe contribuent de manière significative aux bénéfices du groupe, avec des performances commerciales stables entre 2022 et 2025 et un faible ratio d’endettement, ArcelorMittal a procédé à des suppressions d’emplois massives à travers le continent.

Lors d’une première vague de restructuration en 2025, entre 1.145 et 1.400 postes équivalents temps plein ont été délocalisés vers AM/NS, entreprise issue d’une joint-venture de la société en Inde. En janvier 2026, ArcelorMittal a annoncé une deuxième vague de délocalisation concernant 5.000 à 6.000 emplois supplémentaires dans les services. IndustriALL estime que les suppressions d’emplois de production au niveau national à travers l’Europe s’ajoutent à ces chiffres, pour un total de 3.000 postes supplémentaires. Cela signifie que près d’un tiers de l’ensemble des effectifs européens d’ArcelorMittal sont menacés.

Ces changements sont mis en œuvre sans véritable consultation des syndicats ni du CEE. Et la destination de la délocalisation, la joint-venture AM/NS d’ArcelorMittal en Inde, se caractérise elle-même par une politique d’évitement syndical, un recours massif à la sous-traitance et une obstruction persistante à la liberté syndicale et à la négociation collective.

Abandon des engagements climatiques

L’empreinte carbone d’ArcelorMittal est comparable à celle d’un petit pays comme la Belgique. La note destinée aux investisseurs fait valoir que l’entreprise a un rôle crucial à jouer dans la transition vers un acier propre et qu’elle choisit de n’en rien faire.

Bien qu’elle ait reçu plus de 3 milliards d’euros (3,24 milliards de dollars) de subventions publiques pour la décarbonisation en Europe et au-delà de ses frontières, selon SteelWatch, ArcelorMittal n’a pris aucune décision finale d’investissement sur aucun des cinq projets annoncés en matière de fer préréduit (DRI) sur le continent et au Canada. En 2025, l’entreprise s’est retirée d’un projet de décarbonisation en Allemagne qui bénéficiait de 1,3 milliard d’euros (1,4 milliard de dollars) de subventions publiques.

Dans le même temps, elle n’a consacré que 800 millions de dollars à la décarbonisation entre 2021 et 2024, tout en reversant 12 milliards de dollars à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions. SteelWatch a accusé la multinationale de revenir sur ses engagements climatiques et de renoncer à son rôle de leader du secteur.

« ArcelorMittal pourrait montrer la voie au lieu de mettre son retard sur le compte de l’incertitude économique. Ce n’est pas du leadership climatique, c’est un recul stratégique » SteelWatch

Message aux investisseurs

Le document s’adresse non seulement au grand public, mais aussi aux actionnaires d’ArcelorMittal qui, selon le syndicat, ont à la fois le droit et la responsabilité de demander des comptes à l’entreprise.

Il identifie sept domaines d’implication pour les investisseurs, notamment le dialogue social, le CEE, la santé et la sécurité au travail, les suppressions d’emplois en Europe, la décarbonisation, la transparence et le reporting ainsi que l’égalité de traitement des sous-traitants. Il soutient que les manquements de l’entreprise dans chacun de ces domaines l’exposent à des risques juridiques, opérationnels, financiers et de réputation entachée considérables.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie a déclaré :

« ArcelorMittal est une entreprise rentable qui fait des choix délibérés : supprimer des emplois, ignorer la sécurité et renoncer à ses engagements climatiques. Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui en paient le prix. Ça suffit ! »

« Avec la mise en place du plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux, un cadre politique favorable, des résultats financiers solides et un soutien massif de l’opinion publique rien ne justifie le fait qu’ArcelorMittal reste les bras croisés en termes d’investissement dans la décarbonisation. Investir dans la décarbonisation, c’est investir dans des emplois syndiqués décents, dans les compétences et dans l’avenir à long terme de l’acier en Europe. Et l’entreprise doit désormais y mettre du sien » a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

Porter le combat jusqu’à l’assemblée générale annuelle

IndustriALL et industriAll Europe participeront à l’assemblée générale annuelle d’ArcelorMittal à Luxembourg ce 5 mai, pour exiger des mesures concrètes à l’occasion de cette journée mondiale d’action. Des syndicalistes et des représentants des travailleuses et travailleurs issus de l’ensemble des sites mondiaux de la multinationale seront présents pour faire clairement comprendre que ces manquements ne peuvent plus être ignorés ni par l’entreprise ni par ses investisseurs.

Cette action s’appuie sur une note d’information détaillée destinée aux investisseurs qui présente sept domaines clés pour l’implication des actionnaires.

Journée mondiale d’action : 5 mai 2026, 10 h 00 CET | 24–26 Boulevard d’Avranches, Luxembourg

L’OIT prend des mesures face aux risques climatiques pour la sécurité des travailleurs

Dans le cadre de la participation des Fédérations syndicales internationales (FSI), IndustriALL a participé à cette réunion en tant que conseillère du Groupe des travailleurs ainsi qu’en contribuant activement aux débats et à la négociation du texte final. La délégation des travailleurs était dirigée par la Confédération syndicale internationale (CSI). En outre, les discussions ont mis en évidence les risques climatiques pour la santé et la sécurité au travail (SST) ainsi que leur pertinence par rapport à la protection des travailleuses et travailleurs.

IndustriALL à la table des négociations

Au cours de la réunion, le Groupe des travailleurs a défendu une approche globale : il ne s’agit pas seulement de réagir à des phénomènes météorologiques extrêmes spécifiques, mais aussi d’intégrer que l’évolution des conditions climatiques crée des risques cumulatifs pour la santé et la sécurité au travail. Cette approche se reflète dans les conclusions qui ont été adoptées et aborde directement les risques actuels en la matière.

Consolidation du texte : avancées majeures pour les travailleurs

Les amendements proposés par le Groupe des travailleurs ont contribué à consolider le projet initial dans plusieurs domaines clés. Le texte final accorde une plus grande importance à la liberté syndicale, au dialogue social et à la négociation collective, confirme que la protection en matière de SST doit s’appliquer à toutes et tous, y compris les travailleuses et travailleurs vulnérables, quel que soit leur statut professionnel. Il améliore également la formulation concernant les seuils d’exposition, l’inspection du travail, la protection des revenus en cas d’interruption de travail, la surveillance de la santé et le retour au travail en toute sécurité après des phénomènes météorologiques extrêmes. Il aborde en outre des questions telles que la perspective de genre, la protection sociale et la nécessité d’infrastructures publiques résilientes. Grâce à ces améliorations, les risques en matière de santé et sécurité au travail liés au climat sont mieux pris en compte pour chaque travailleuse et chaque travailleur.

Au niveau du lieu de travail, les conclusions sont plus claires quant à l’importance des évaluations de risque, de l’accès à l’eau potable et à des installations adéquates, de la mise à disposition gratuite d’équipements de protection individuelle et de mesures spécifiques pour les travailleuses et travailleurs exposés à des risques plus élevés.

Elles marquent également des progrès sur deux questions particulièrement importantes pour IndustriALL. La première est la nécessité de définir des responsabilités claires lorsque plusieurs entreprises opèrent sur un même lieu de travail. Cela signifie que le texte adopté couvre également les travailleuses et travailleurs externalisés et en sous-traitance, ainsi que des chaînes de valeur, ce qui est particulièrement pertinent dans les secteurs industriels où la sous-traitance est très répandue. De plus, il est crucial de traiter les risques climatiques pour la santé et la sécurité au travail dans ces environnements complexes.

Risques climatiques à l’intérieur des usines, des mines et des installations industrielles

Le deuxième point important pour nous est que le texte reflète mieux la réalité des secteurs industriels. Dans les secteurs de l’énergie, des mines et de l’industrie manufacturière, les risques liés au climat n’affectent pas uniquement les personnes travaillant à l’extérieur. Ils touchent également celles à l’intérieur des usines et des installations industrielles, par le biais de la chaleur accumulée, de la fumée, de la mauvaise qualité de l’air, des perturbations opérationnelles, des interventions d’urgence et du risque accru d’accidents industriels majeurs lorsqu’un événement extrême affecte des infrastructures critiques ou des processus dangereux. Le fait que les conclusions mettent l’accent sur la prévention, la préparation, la réaction et le relèvement dans ces contextes constitue un résultat important. Il est clair que la santé et la sécurité au travail doivent tenir compte des risques climatiques dans ces secteurs.

Diana Junquera, Directrice pour la politique industrielle, a déclaré :

« Pour IndustriALL, il était essentiel que ce débat reflète la réalité de nos secteurs et des travailleuses et travailleurs que nous représentons. Le climat n’affecte pas seulement le travail en extérieur : il modifie également les conditions à l’intérieur des usines, des mines et des installations industrielles. L’adoption de conclusions qui renforcent la prévention, les droits, le dialogue social et la protection de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs constitue une avancée très importante. »

Prochaines étapes

Les conclusions adoptées constituent une base utile pour progresser davantage vers des politiques nationales plus fortes et des mesures concrètes sur les lieux de travail. IndustriALL continuera à œuvrer pour que ces principes se traduisent par une protection réelle pour les travailleuses et travailleurs de tous nos secteurs, en accordant une attention particulière aux risques climatiques liés à la santé et à la sécurité au travail dans le cadre des actions de plaidoyer que nous déployons en permanence.

Promouvoir l’égalité des genres dans le secteur de l’habillement

« Les femmes sont au cœur de l’industrie de la confection. Cette politique garantit qu’elles sont également au cœur de notre mouvement. Elle offre à nos affiliés un cadre concret pour faire progresser l’égalité des genres, des ateliers aux directions syndicales »

indique Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur du textile et de l’habillement chez IndustriALL.

Une vision de l’égalité des droits et du travail décent

Cette politique définit une vision d’un secteur où toutes les travailleuses et tous les travailleurs jouissent de l’égalité des droits, perçoivent un salaire égal pour un travail de valeur égale et sont à l’abri de la violence et du harcèlement.

La politique articule ses engagements autour de quatre domaines prioritaires.

De la politique à la pratique

La politique sera mise en œuvre à la fois par l’intégration de la dimension de genre dans toutes les activités sectorielles et par des actions ciblées visant à lutter directement contre les inégalités. Cela inclura des campagnes les 8 mars, 25 novembre et 10 décembre, des formations pour les hommes sur l’égalité des sexes et des séminaires sur les questions liées au genre dans le secteur.

Le Comité d’experts sur le genre de la section THCC, créé en 2021, conseillera son Comité de pilotage sur les plans d’action annuels et examinera les progrès réalisés dans leur mise en œuvre. Le Secrétariat sera chargé de mettre en œuvre les priorités adoptées.

Les progrès seront suivis chaque année, chaque objectif étant associé à des délais à court, moyen ou long terme et à des indicateurs clairs.

Cette politique a été élaborée avec le soutien de Mondiaal FNV.

*(NdT) : le terme “care”, qui signifie “soin”, est conservé en anglais dans les milieux académiques pour éviter de le réduire au simple domaine médical. Il s’agit de la notion du “prendre soin” qui désigne l’attention aux autres, la sollicitude et le maintien de la vie au quotidien (nourrir, rassurer, écouter). Dans le contexte féministe le “care” fait référence à un travail invisible et dévalorisé. Le care féministe critique la construction sociale qui assigne, gratuitement, ces tâches de “soin” aux femmes.

Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail : quand le travail brise l’esprit autant que le corps

Selon la Confédération syndicale internationale (CSI), les longs temps de travail sont à eux seuls responsables d’environ 745.000 décès par an. Au moins 70.000 salariés se suicident chaque année en raison de facteurs liés au travail. La dépression et l’anxiété coûtent annuellement 12 milliards de journées de travail . Le burn-out touche environ un travailleur sur cinq dans le monde et plus de 10 % de l’ensemble des cas de maladies cardiaques, de dépression et de suicide sont en lien avec les risques psychosociaux.

« Les risques psychosociaux ne représentent pas un phénomène nouveau dans nos secteurs par contre ils y sont en augmentation. La main d’œuvre fait face à des objectifs impossibles à atteindre, à la précarité de l’emploi et à une pression incessante, et ceci au détriment de vies humaines. Les preuves sont évidentes : une forte présence syndicale et la négociation collective constituent les outils les plus efficaces dont nous disposons. IndustriALL appelle les employeurs et les gouvernements à agir par le biais d’une législation contraignante, du dialogue social et de la reconnaissance du fait que la santé mentale relève de la santé au travail »

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

En quoi consistent les risques psychosociaux dans la pratique ?

Dans le secteur minier ghanéen, les risques psychosociaux sont particulièrement prononcés. Les mineurs d’Obuasi, de Tarkwa et de Prestea travaillent sous une pression physique et psychologique intense, confrontés à des dangers souterrains ainsi qu’à une tension mentale prolongée. Une mauvaise ventilation, une chaleur extrême, la poussière et l’humidité rendent les conditions sous terre épuisantes, tandis que les ouvrières et ouvriers de surface ainsi que les opérateurs de machines endurent de longues heures sous le soleil direct et manœuvrent des équipements lourds à des températures maximales. Au fil du temps, la fatigue, la déshydratation et la baisse de concentration exacerbent les risques d’accident et pèsent lourdement sur la santé mentale.

Le stress thermique affecte non seulement le physique mais aussi le bien-être psychologique. Les travailleuses et travailleurs exposés à une chaleur excessive persistante et à de fortes exigences de production ressentent fréquemment un stress accru, de l’irritabilité et de l’anxiété. Une exposition prolongée à ces conditions peut nuire au travail d’équipe, accroître les conflits et réduire le moral. L’OIT reconnaît que la chaleur excessive peut contribuer à des maladies cardiovasculaires, des troubles rénaux et une détresse mentale.

Pour de nombreux mineurs ghanéens, le risque psychosocial s’étend au-delà du lieu de travail. Les horaires de rotation les éloignent de leur famille pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’affilée, ce qui entraîne solitude, tensions familiales et stress émotionnel. Les travailleuses et travailleurs en sous-traitance sont confrontés à une incertitude constante pendant les périodes de forte volatilité des cours de l’or ou de restructuration opérationnelle. Pour celles et ceux qui subviennent aux besoins de leur famille proche ou élargie, l’insécurité des revenus devient un lourd fardeau psychologique. Dans tous les cas, le personnel du secteur informel, souvent dépourvu d’accès à des systèmes de sécurité adéquats, à l’eau potable ou à une représentation syndicale, se retrouve encore plus exposé,

La réponse syndicale

Une présence syndicale solide et démocratique sur le lieu de travail offre la meilleure des protections contre les risques psychosociaux. Le Syndicat des mineurs du Ghana a mené des négociations en vue de conventions collectives relatives à ces questions. Il a obtenu des garanties telles que la protection contre le stress thermique, l’accès à des examens médicaux, un soutien psychosocial et une répartition équitable de la charge de travail.

Un aspect fondamental du devoir de diligence des sociétés minières réside dans la mise en œuvre de mesures élémentaires destinées à atténuer les risques psychosociaux. Un accès régulier à de l’eau potable, des zones de repos ombragées, des cycles travail-repos pendant les heures de forte chaleur, la surveillance de la température ainsi qu’un accompagnement psychologique confidentiel sont autant de mesures réalisables grâce à un engagement approprié. Les contremaîtres ont, quant à eux, besoin d’une formation qui leur permette d’identifier les premiers signes de burn-out, de maladies inhérentes à la chaleur et de détresse émotionnelle. Puisque ces défis dépassent le cadre de l’exploitation minière et touchent d’autres secteurs industriels, IndustriALL considère cette question comme faisant partie intégrante de son mandat plus étendu en matière de promotion d’une conduite responsable des entreprises et de la diligence raisonnable en matière de droits humains.

Ce que nous demandons

À l’occasion de la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail, IndustriALL se joint à la CSI pour réclamer

L’OIT adopte des conclusions sur l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière : une étape importante pour placer le travail décent au cœur de la transformation technologique

Cette réunion résulte d’une initiative d’IndustriALL avec un objectif clair : ouvrir un espace tripartite international sur une question qui transforme déjà la production, l’emploi et les conditions de travail.

À cette fin, le groupe des travailleurs a réuni des affiliés et des experts syndicaux d’Argentine, de France, d’Allemagne, d’Inde, d’Indonésie, de Singapour, de Suède et des États-Unis, représentant différents secteurs de l’industrie manufacturière, avec la participation d’industriALL Europe dans le rôle de conseiller, apportant une expérience concrète de la manière dont l’IA fait déjà son entrée sur les lieux de travail.

Tout au long de la semaine, le groupe des travailleurs a défendu une idée centrale : l’IA ne peut être abordée uniquement comme une question d’innovation ou de compétitivité. C’est également une question de droits, de santé et de sécurité, d’organisation du travail, de protection sociale, d’égalité, de vie privée, de négociation collective et de répartition des bénéfices du progrès technologique. Cette perspective se reflète dans les conclusions qui ont finalement été adoptées. Le texte reconnaît que l’IA transforme déjà l’industrie manufacturière à des rythmes différents et de manière inégale selon les pays, les secteurs, les entreprises et les salariés et que ses effets sur l’emploi, l’organisation du travail, les salaires, l’intensité du travail, la vie privée et la protection des données doivent être abordés par le biais de mesures politiques et du dialogue social.

L’un des résultats les plus importants en est que ses conclusions inscrivent le débat dans l’approche, centrée sur l’humain, de l’OIT. Le texte stipule que l’IA doit contribuer au travail décent, à la productivité ainsi qu’à une transition juste et ne doit pas se développer en dehors de ces objectifs. Il réaffirme également que les principes et droits fondamentaux au travail restent pleinement applicables à l’ère de l’intelligence artificielle, notamment la liberté syndicale, la négociation collective, la non-discrimination ainsi que la santé et la sécurité au travail.

Les conclusions réaffirment également le rôle central du dialogue social. Elles valorisent la liberté syndicale et la négociation collective comme essentielles pour façonner les politiques en matière d’IA, de numérisation et d’emploi qui définiront l’avenir de l’industrie manufacturière. Elles établissent également que les travailleuses et travailleurs doivent être informés, impliqués et consultés en temps utile lorsque des systèmes d’IA susceptibles de les affecter sont mis en place.

Dans le domaine de la formation et de la reconversion professionnelle, le texte adopté renforce l’idée que le développement des compétences est une responsabilité partagée et permanente des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. Il fait référence à l’enseignement et à la formation techniques et professionnels, à l’apprentissage tout au long de la vie, à la culture numérique et au lien entre l’éducation et l’accès à des emplois de qualité. Cela constitue une base utile pour continuer à défendre la formation en tant que droit plutôt que comme une charge individuelle.

Une autre avancée pertinente concerne la protection sociale. Les conclusions font référence à des systèmes de protection sociale fondés sur les droits et à l’accès universel à une protection adéquate, complète et durable pour les travailleuses et travailleurs, quel que soit leur type d’emploi. Elles identifient également la nécessité de renforcer l’administration et l’inspection du travail, ce qui est fondamental pour garantir la mise en œuvre concrète des normes.

Le texte final comprend également des références importantes à la vie privée et à la protection des données, aux nouveaux risques en matière de santé et de sécurité au travail et à la nécessité de partager largement les bénéfices du progrès technologique. En d’autres termes, la productivité n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme liée aux salaires, aux conditions de travail et à l’emploi.

Les conclusions réaffirment également le cadre normatif international existant, notamment la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, sa Déclaration du centenaire, sa Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales, les Principes directeurs pour une transition juste et le Recueil de directives pratiques sur la protection des données personnelles des travailleurs. Cette référence explicite à l’ensemble des normes existantes est importante, car elle inscrit le débat sur l’IA dans une architecture plus large de droits et de responsabilité des entreprises, y compris tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Cette réunion offre désormais une base concrète pour développer davantage ce programme dans les années à venir. Les conclusions adoptées chargent le Bureau de l’OIT de renforcer la collecte de données, la recherche orientée vers l’action et la diffusion de bonnes pratiques et d’études de cas, y compris les conventions collectives, sur l’impact de l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière. Elles prévoient également un échange d’expériences accru entre les pays et les secteurs, ainsi qu’un approfondissement du renforcement des capacités et de l’assistance technique pour les mandants.

Pour IndustriALL, il s’agit d’une étape importante. Nous avons réussi à obtenir un texte de l’OIT qui reconnaît que l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière doit être abordée sous l’angle du travail décent, des droits du travail, du dialogue social, de la formation, de la protection sociale et d’un large partage des bénéfices du progrès technologique. À l’heure où la transformation s’opère à un rythme très rapide, ces conclusions ouvrent un programme de travail futur qui permettra aux syndicats de continuer à faire progresser une gouvernance de l’IA qui place les travailleurs au centre des préoccupations.

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Ces conclusions constituent une étape très importante, car elles nous permettent d’avancer vers des cadres de gouvernance de l’intelligence artificielle là où, dans de nombreux pays, la réglementation reste insuffisante ou inexistante. La transformation technologique ne doit pas devancer la réglementation, la protection des travailleurs ou le dialogue social ; elle doit être régie de manière à garantir un travail décent et à assurer une transition juste. »

Les conclusions et recommandations adoptées seront soumises à la 358e session du Conseil d’administration de l’OIT en novembre 2026, où elles seront officiellement examinées.

Treize ans plus tard : l’Accord qui a transformé un secteur

Ce n’était pas un accident, mais le résultat du parti pris d’un secteur qui, pendant des décennies, avait considéré la sécurité des travailleurs comme le problème de quelqu’un d’autre. En définitive, ce drame marquait aussi un tournant.

Elaboré sur des décombres

Trois semaines après cet effondrement, IndustriALL et UNI se sont attablés avec des enseignes internationales de prêt-à-porter. Ce qu’ils ont négocié s’est avéré sans précédent dans le secteur : un accord juridiquement contraignant rendant les marques directement responsables de la sécurité dans leurs chaînes d’approvisionnement. L’Accord du Bangladesh sur les mesures de sécurité ayant trait aux incendies et aux bâtiments est entré en vigueur en mai 2013, signé par 43 enseignes de 13 pays. Sa logique était à la fois simple et radicale : les marques qui tirent profit d’une main-d’œuvre bon marché dans des usines lointaines ne pouvaient plus se décharger de la responsabilité de ce qui s’y passait.

Ce qui en a découlé a constitué un changement mesurable et documenté. Plus de 48.000 inspections d’usines ont été menées à ce jour afin de vérifier le respect des normes de sécurité en matière d’incendie, d’électricité, de chaudières et de structure. Le taux de mise en conformité s’élève à 81 %. Plus de 2,5 millions de travailleuses et travailleurs ont été formés à la sécurité au travail, y compris à la prévention de la violence sexiste. Plus de 1.831 plaintes ont été résolues avec succès grâce à des mécanismes exécutoires de règlement des conflits. Environ 12.632 travailleuses et travailleurs siègent désormais au sein de comités de sécurité dans ces usines au Bangladesh.

Le chemin a parfois été semé d’embûches. Des contestations judiciaires de la part de propriétaires d’usines ont menacé/hypothéqué la capacité de fonctionnement  de l’Accord. Les négociations pour le reconduire ont été longues et parfois précaires. Certaines enseignes ont traîné les pieds, d’autres se sont retirées. Mais le cadre a tenu bon et s’est étendu.

Du Bangladesh au monde entier

En novembre 2023, les enseignes et les syndicats ont renouvelé leurs engagements dans le cadre d’un nouvel Accord international. Ce modèle a été étendu au Pakistan où, jusqu’à mars 2026, 351 usines ont été inspectées. Au total, l’Accord international compte désormais 297 enseignes signataires, couvrant environ 2,5 millions de travailleuses et travailleurs rien qu’au Bangladesh.

L’Accord a également démontré, au-delà de ses propres frontières, que des protocoles contraignants, transparents et gérés de manière indépendante, donnent des résultats là où les codes volontaires et l’autorégulation échouent. Cette leçon a donné le ton de la campagne mondiale en faveur d’une législation obligatoire sur la diligence raisonnable en matière de droits humains, qui a abouti en 2024 à la Directive de l’Union européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité.

L’Accord international actuel court jusqu’à la fin de 2026. Des renégociations sont à venir, et IndustriALL  est claire sur le fait que la prochaine version doit s’appuyer sur ce qui a été accompli, et non s’en éloigner. IndustriALL et ses affiliés bangladais travaillent actuellement sur leurs propositions afin de garantir que le champ d’application et le mécanisme de plainte soient élargis. Les syndicats veulent également s’assurer que la structure de gouvernance fonctionne efficacement.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« Il y a treize ans, 1.134 travailleurs ont trouvé la mort dans un bâtiment qui n’aurait jamais dû être occupé. Ce qui a été mis en place en réponse, grâce à des années de campagne, de négociation et au pouvoir des travailleuses et travailleurs au travers de leurs syndicats, a sauvé des vies et changé ce que le secteur considérait comme possible. La question est désormais de savoir si les enseignes honoreront cet engagement en s’impliquant dans le renforcement de l’Accord, ou si elles considéreront la renégociation comme une occasion de l’édulcorer.

« Pour IndustriALL , la réponse ne fait aucun doute. Les travailleuses et travailleurs qui fabriquent les vêtements du monde entier ne méritent rien de moins que ce que l’Accord, au plus fort de sa substance , a toujours promis : la sécurité, la responsabilité et l’ écoute. »

L’OIT confrontée à une crise financière sans précédent : les droits des travailleurs sont en jeu

Une crise dont l’OIT n’est pas responsable

Gilbert Houngbo, le Directeur général de l’OIT, a qualifié la situation de « grave » et « sans aucun précédent au cours des dernières décennies », avertissant qu’elle « affecte déjà notre capacité à répondre aux attentes de nos mandants »

La cause est évidente: les États membres ne paient pas ce qu’ils doivent. Les arriérés de plusieurs États membres s’élèvent désormais à plus de 260 millions de francs suisses (295 millions de dollars), soit environ un tiers du budget biennal de l’organisation, ce qui la plonge dans une grave crise de liquidités. Selon nos informations, les États-Unis, premiers contributeurs de l’OIT avec 22 % de son financement régulier, doivent plus de 173 millions de francs. La Chine, l’Allemagne et d’autres pays accusent également un retard dans leurs paiements.

Réforme mais pas recul

L’OIT a réagi par une réforme structurelle articulée autour de trois piliers : la réorganisation du siège et la redéfinition des priorités de son programme de travail 2026-2027 ; le renforcement des capacités sur le terrain par la révision des structures régionales et la décentralisation de la coopération au développement ; la consolidation des services de soutien ainsi que la création d’un nouveau centre mondial de services.

Mais cette réforme nécessite des ressources. Selon des documents internes rapportés par Reuters, en l’absence d’un financement suffisant, l’OIT pourrait être contrainte de supprimer jusqu’à 295 postes, soit environ 8 % de son effectif mondial. Gilbert Houngbo a confirmé que l’organisation avait dû mettre fin à une cinquantaine de projets aux États-Unis et licencier quelque 200 personnes en conséquence directe du déficit enregistré.

L’OIT a également publié un registre des risques et un suivi en temps réel indiquant quels États membres ont versé leurs contributions et quels montants restent dus, un outil public de responsabilité qui rend le problème impossible à ignorer.

Pourquoi cela est-il important pour les affiliés d’IndustriALL

L’OIT est la seule instance internationale tripartite où les syndicats siègent aux côtés des gouvernements et des employeurs pour établir des normes internationales du travail contraignantes. Ces normes, relatives à la liberté syndicale, à la négociation collective, au travail forcé, au travail des enfants, à la santé et à la sécurité au travail, sous-tendent les cadres juridiques sur lesquels s’appuient quotidiennement les affiliés d’IndustriALL.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est exprimé sans équivoque :

« L’OIT constitue la pierre angulaire du système international qui protège les droits des travailleurs. Une crise de financement de cette ampleur ne pose pas seulement un problème bureaucratique, elle met en péril les normes, la supervision et le soutien technique dont dépendent les travailleuses et travailleurs de tous les secteurs et de tous les pays. Nous appelons tous les gouvernements à honorer leurs engagements et à payer leurs cotisations sans délai. »

Une OIT affaiblie signifie une élaboration de normes moins rigoureuse, un soutien moindre à la ratification et à la mise en œuvre des conventions ainsi qu’une capacité réduite à demander des comptes aux gouvernements et aux employeurs. À l’heure où les cadres de diligence raisonnable en matière de droits humains font l’objet d’attaques politiques et où le multilatéralisme s’érode, une OIT financièrement exsangue est la dernière chose dont les travailleuses et travailleurs ont besoin.

Ce que les syndicats doivent faire

La solution est simple même si la situation politique ne l’est pas : les gouvernements doivent payer leur dû.

IndustriALL appelle tous les syndicats affiliés à soulever cette question de toute urgence auprès de leurs gouvernements. Exigez que votre gouvernement verse, intégralement et dans les délais, ses contributions à l’OIT. Sa capacité à fonctionner, c’est-à-dire à protéger les travailleurs, à établir des normes, à fournir une assistance technique, en découle.