IndustriALL demande des protections pour les travailleurs au Pakistan

Les gouvernements provinciaux du Sind et du Pendjab sont en train de fusionner les législations du travail existantes en codes du travail unifiés. Selon les affiliés d’IndustriALL du Pakistan, ces propositions d’amendements porteront atteinte aux droits, durement acquis, des travailleurs et travailleuses. Les nouvelles dispositions favoriseraient des conditions d’emploi précaires et limiteraient le droit des travailleurs à se syndiquer et à s’engager dans des négociations collectives. Ces changements anti-ouvriers mettraient encore plus en péril la situation des travailleurs et travailleuses qui luttent déjà contre une grave crise du coût de la vie dans le contexte des défis économiques et sociaux actuels du pays.

Les affiliés signalent également que les gouvernements du Pendjab et du Sind n’ont pas pris la peine d’instaurer un dialogue social constructif avec les principales parties prenantes, dont les syndicats. En conséquence, les préoccupations des travailleurs et travailleuses ont été totalement ignorées dans ce processus de réforme législative. L’affaiblissement de la structure tripartite pourrait conduire à une exploitation accrue des travailleurs et à une baisse significative de leur qualité de vie.

Atle Hoie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré dans une lettre adressée au gouvernement :

“Nous exhortons le gouvernement fédéral du Pakistan, ainsi que les gouvernements du Pendjab et du Sind, à engager un dialogue social avec les syndicats, notamment les affiliés d’IndustriALL, afin de répondre aux préoccupations des travailleurs et travailleuses concernant les changements législatifs proposés et de s’assurer que la nouvelle législation n’a pas d’impact négatif sur les droits des travailleurs”.

Les affiliés du Pakistan ont appelé leur gouvernement à respecter les normes internationales du travail, notamment la Convention 144 de l’OIT sur les consultations tripartites, et à renforcer le cadre de l’administration du travail et des systèmes d’inspection. Le Pakistan a ratifié la Convention 144, ainsi que huit des dix conventions fondamentales de l’OIT.

IndustriALL souligne l’urgence pour le gouvernement pakistanais de respecter les droits des travailleurs et d’engager un dialogue constructif avec les syndicats afin de s’assurer que toute modification de la législation du travail protège et renforce les droits et le bien-être des travailleurs et travailleuses.

Illustration : Shutterstock

La crise s'aggrave chez Liberty Steel

La situation des sites de production de Liberty Steel n'a cessé de se détériorer depuis l'automne 2023. La semaine dernière elle a pris un tour tragique avec des annonces de restructuration en profondeur, une onde de choc reçue par les ouvriers de la sidérurgie d'Europe.

Le 23 juillet, la direction de Liberty Steel a fait part de son intention de procéder à des licenciements massifs dans son usine d'Ostrava , en Tchéquie, en mettant ses fours à coke à l'arrêt et en cessant la production de fer et d'acier. Jusqu'à 2.600 travailleurs sont menacés de licenciement. Si l'entreprise fait faillite, les travailleurs risquent de ne pas obtenir les salaires de la période de préavis ni les indemnités de licenciement. Le 29 juillet, l'Office du travail de la République tchèque a annoncé un programme de soutien composé d'orientation professionnelle, de recyclage et de subventions salariales pour aider les travailleurs d'Ostrava menacés de perdre leur emploi.

Dans une lettre à OS KOVO, IndustriALL Europe et IndustriALL Global Union ont exprimé leur solidarité avec les travailleurs de Liberty Ostrava dans leur combat pour garder leurs emplois. Ils appuient sans réserve l'appel lancé par OS KOVO aux créanciers de Liberty Steel, au gouvernement tchèque et à la Commission européenne leur demandant de prendre leurs responsabilités.

Les nouvelles venant des autres sites de Liberty Steel sont extrêmement préoccupantes. Le 25 juillet, la Cour de district de Częstochowa a prononcé la faillite de Liberty Steel Pologne et a désigné un curateur pour reprendre la gestion de l'usine. L'entreprise a fait appel de cette décision. En Hongrie, la prime du mois de juillet, décidée en juin de commun accord avec les syndicats locaux de Dunaújváros, n'a pas été versée. En outre, malgré la convention collective de juin qui prévoit une hausse des salaires, plus d'un millier de travailleurs les ont vus diminués de 30 pour cent en raison d'un changement des horaires de pauses qui leur a été imposé.

IndustriALL Europe et IndustriALL Global Union condamnent ces décisions, qui pourraient dégrader de manière irréversible les capacités stratégiques de production d'acier de l'Europe et menacer les moyens d'existence de milliers de travailleurs et de leurs familles. Les syndicats ont fait savoir clairement qu'ils refusent que les travailleurs fassent les frais d'une mauvaise gestion et d'un manque de soutien efficace des pouvoirs publics.

Une action publique s'impose d'urgence pour sauver le patrimoine sidérurgique stratégique de l'Europe d'un effondrement. Les décideurs politiques doivent s'engager dans un véritable Plan d'action pour l'acier.   

Los Mineros célèbrent leur victoire chez ArcelorMittal Mexique

Plus de 3.000 travailleurs d’ArcelorMittal à Cárdenas, Michoacán, affiliés à la section 271 du Syndicat national des mines, de la métallurgie, de l’acier et secteurs assimilés de la République mexicaine (SNTMMSSRM, également appelé “Los Mineros”), ont tenu une assemblée le 18 juillet. Au cours de celle-ci, ils ont voté la fin de la grève entamée le 24 mai.

Les travailleurs avaient entamé cette grève en réponse à un désaccord sur la participation aux bénéfices pour l’exercice 2023 telle que présentée par l’entreprise. Après deux mois de lutte, ils sont parvenus à un accord avec ArcelorMittal. Celui-ci prévoit que le ministère du travail et de la protection sociale (STPS) désignera un cabinet comptable externe pour réaliser un audit sur les exercices 2022 et 2023. Cet examen abordera les différends du syndicat dans les 35 jours ouvrables suivant la signature de l’accord.

Si un solde favorable est calculé, ArcelorMittal s’engage à effectuer le versement dans les 20 jours ouvrables suivants. En outre, le STPS a confirmé que les services de l’administration fiscale répondront aux objections concernant l’exercice fiscal 2021 au plus tard en avril 2025.

D’autres points ont été convenus :

L’entreprise a également accepté de retirer la procédure spéciale visant à mettre fin aux relations individuelles et collectives chez ArcelorMittal et de s’abstenir de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des travailleurs et du syndicat. En outre, elle abandonnera les poursuites en matière de droit du travail et les poursuites pénales.

Los Mineros ont publié une déclaration officielle :

“Nous savons qu’à l’issue des différents examens menés par les autorités fiscales et d’autres organismes, ceux-ci nous donneront raison. Nous espérons que l’entreprise reconsidérera ses actions futures afin d’éviter les problèmes économiques et sociaux engendrés par de tels initiatives. Néanmoins, nous restons déterminés à résoudre nos différends dans le cadre légal, par le dialogue.”

Napoleón Gómez Urrutia, Secrétaire général de Los Mineros, Sénateur de la République et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a célébré l’unité de Los Mineros. Il a félicité les membres de la section 271 pour leur lutte en faveur de la justice et de la dignité et les a assurés que l’on continuerait à se battre pour obtenir davantage de résultats et de meilleures conditions de travail.

Enfin, le Directeur de la section des métaux de base d’IndustriALL, Patrick Correa, a déclaré :

“Nous félicitons Los Mineros pour cette importante victoire. Nous savons que la lutte n’a pas été facile : la grève s’est déroulée dans un contexte d’abus généralisés au sein des activités d’ArcelorMittal de par le monde. Ces violations sont si graves qu’elles ont conduit le Réseau syndical mondial à entreprendre des démarches auprès de l’entreprise pour exiger des changements tangibles et un engagement en faveur de la sécurité, des droits et de la dignité des travailleurs dans le monde entier.

La voix collective du Réseau syndical d’ArcelorMittal, composé d’affiliés de 18 pays, dont le Mexique, continuera à défendre ces principes fondamentaux jusqu’à ce qu’ils soient pleinement mis en œuvre et respectés dans l’ensemble des activités de l’entreprise.”

Les syndicats zambiens rejettent les lois injustes qui étouffent les droits des travailleurs

Les syndicats affirment que les amendements proposés suppriment les droits dont jouissent les travailleurs et les remplacent par des dispositions injustes qui violent les droits des travailleurs. Par exemple, alors que la loi protège le droit des travailleurs de refuser un transfert et d’opter pour une indemnité de départ, les amendements proposés autorisent le licenciement et la réduction des indemnités de départ si un travailleur refuse un transfert.

Actuellement, la loi autorise le paiement d’une gratification pour longs états de service à hauteur de 25 % du salaire gagné pendant la période contractuelle, alors que les amendements proposés visent à réduire cette gratification à moins de 16 %. En outre, les amendements proposent des congés forcés non rémunérés, des licenciements sommaires avec perte d’avantages et le passage d’un salaire mensuel à un salaire hebdomadaire, sans expliquer pourquoi cela serait nécessaire.

Le Congrès zambien des syndicats (ZCTU) a déclaré que les amendements proposés cherchaient à annuler les progrès réalisés par les syndicats dans la défense des droits des travailleurs et qu’ils rendraient ces derniers indigents.

Le ZCTU, affilié à IndustriALL, a déclaré que ces propositions “vont à l’encontre des souhaits du gouvernement de sortir le peuple zambien de la pauvreté. L’éradication de la pauvreté n’est possible que grâce à des emplois stables et bien rémunérés. Outre la création d’emplois, nous devons également améliorer les conditions de travail des femmes et des hommes qui travaillent, mais qui ne gagnent pas assez pour sortir, eux et leurs familles, de la pauvreté”.

Le rejet de la part des syndicats a conduit le gouvernement à retirer ses amendements. Brenda Tambatamba, ministre du travail et de la sécurité sociale, a annoncé le 19 juillet que le gouvernement retirait “les amendements proposés par le ministère de la justice et suspendait les consultations jusqu’à nouvel ordre”.

George Mumba, Secrétaire général du syndicat des mineurs de Zambie, affilié à IndustriALL, a déclaré :

“Il est inacceptable que le gouvernement zambien puisse proposer des amendements qui violent effrontément les droits des travailleurs. En tant que syndicats, nous nous sommes battus avec acharnement pour ces droits et nous rejetons les propositions anti-ouvrières qui constituent une menace pour le droit à la négociation collective”.

Glen Mpufane, Directeur de la section des mines et Responsable santé et sécurité auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Le droit de refuser une tâche dangereuse est menacé par les amendements proposés. Si un travailleur refuse d’être transféré pour effectuer un travail dangereux, il pourrait être licencié. Cela constitue une violation des normes nationales et internationales du travail”.

Les syndicats nigérians et le gouvernement fédéral d'accord sur le nouveau salaire minimum

Les syndicats réclamaient un minimum de 250.000 nairas (156 $), qui se serait rapproché du minimum vital. Le salaire minimum précédent, de 30.000 nairas (19 $), un salaire de misère complètement dépassé, ne représentait plus grand-chose compte tenu de l'inflation. Sa dernière révision datait de 2018.

Pour appuyer ses revendications pour un nouveau salaire minimum, les syndicats avaient appelé à des grèves nationales en 2023 et à un blocage total de l'économie en juin. Une des recommandations du mémorandum d'accord liant le gouvernement aux syndicats était de constituer un comité sur le salaire minimum. Pour les syndicats, le salaire minimum, déjà bas, était dévalorisé et ne suffisait plus face à la hausse du coût de la vie. Les prix des denrées alimentaires et des transports avaient bondi après la suppression des subventions au pétrole. Les syndicats réclamaient aussi des politiques économiques favorables aux démunis ainsi que la sécurité alimentaire dans une des plus grandes économies d'Afrique, comptant plus de 230 millions d'habitants.

Les syndicats invoquent l'article 16 de la Constitution de la République fédérale du Nigéria dans les campagnes et les piquets qu'ils organisent pour réclamer de meilleurs salaires. Cet article préconise

"un abri adéquat, une alimentation convenable et adéquate, un salaire vital national raisonnable, des pensions et prise en charge des personnes âgées, des indemnités de chômage et de maladie et une protection sociale pour les personnes handicapées et tous les citoyens."

Le président du NLC, Joe Ajaero, a annoncé que le comité exécutif national d'urgence de la fédération a accepté le salaire minimum proposé.

"Cette décision, bien que difficile et très éloignée de notre revendication initiale, a été prise dans un esprit de solidarité et de sacrifice pour les masses nigérianes pour éviter la menace d'une nouvelle hausse des prix du pétrole qui aurait frappé encore plus durement des masses déjà durement éprouvées."

Joe Ajaero est aussi le secrétaire général de notre affilié, le Syndicat national des salariés de l'électricité (NUEE).

"Nous accueillons ce salaire minimum avec prudence et soutenons les efforts du syndicat en vue d'un contrat social qui améliore les salaires au Nigeria,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

Le NUMSA obtient gain de cause après une grève chez Ford en Afrique du Sud

Malgré ce revers juridique, le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud (NUMSA), dont les membres ont mené la grève, a réussi à négocier la reprise du travail et à éviter les pertes d’emploi.

Le syndicat a conclu un accord avec la direction de Ford prévoyant le versement d’une indemnité unique de 20.000 rands (1.089 dollars) à chaque travailleur et s’engageant à ne pas prendre de mesures disciplinaires à l’encontre des grévistes. Les travailleurs ont ensuite repris le travail le 12 juillet.

Le NUMSA, affilié à IndustriALL, compte 3.000 adhérents sur un effectif de 5.500 travailleurs et travailleuses à l’usine de Silverton. Selon Ford, l’usine compte pour plus de 60.000 emplois indirects dans la chaîne de valeur et exporte plus de 500.000 Ford Ranger assemblés localement.

Les travailleurs et travailleuses se sont mis en grève pour réclamer une participation aux bénéfices en plus des primes, après que Ford a déclaré au plan mondial des bénéfices de plus de 25 milliards de dollars au cours du dernier exercice financier, selon les rapports concernant le secteur. Le NUMSA a fait valoir que seuls les actionnaires et la direction bénéficiaient de retombées et non les travailleurs. Le syndicat a souligné que Ford pouvait se permettre de partager les bénéfices.

Cependant, le syndicat n’est pas parvenu à un accord avec la direction de Ford sur la participation aux bénéfices, même après que l’affaire a été portée le 11 juin devant la Commission de conciliation, de médiation et d’arbitrage (CCMA). La grève, qui a débuté le 4 juillet, a ensuite été interdite par le tribunal du travail, qui a statué que l’action collective n’était pas protégée d’un point de vue légal.

Le NUMSA s’est félicité de l’accord conclu avec la direction.

“C’est une victoire pour les travailleurs et travailleuses. En tant que syndicat, nous pensons que la classe ouvrière doit bénéficier des bénéfices générés parce que c’est elle qui crée de la richesse. Ce résultat n’aurait pas été possible si nos membres n’avaient pas été unis dans leurs revendications”,

a déclaré Irvin Jim, Secrétaire général du NUMSA.

“La participation aux bénéfices permet d’amortir la hausse du coût de la vie pour les travailleurs et travailleuses sud-africains de l’automobile. Le NUMSA doit être félicité pour avoir persisté à revendiquer pour les salariés des avantages qui leur permettent de continuer à s’occuper dignement de leurs familles”,

a déclaré Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

La souffrance continue pour les travailleurs de l'habillement au Bangladesh

Avec une inflation plafonnant à plus de neuf pour cent, le pouvoir d'achat ne cesse de diminuer. En novembre dernier, le gouvernement a augmenté le salaire minimum d'un travailleur de l'habillement débutant de 8.000 takas (67 $) à 12.000 takas (105 $), la moitié de ce que les syndicats réclamaient.

En réaction à cette hausse qui correspondait davantage aux propositions des employeurs, les travailleurs et leurs syndicats ont organisé des manifestations de masse à Dacca. Les protestations des travailleurs se sont heurtées à une réaction brutale de la police qui a fait au moins quatre morts et plusieurs blessés graves. Les autorités ont aussi ouvert des poursuites pénales contre des manifestants et des leaders syndicaux.

Les affiliés d'IndustriALL signalent que 43 procédures pénales au moins ont été entamées contre 20.000 personnes et que plus d'une centaine de travailleurs ont été incarcérés à la suite des manifestations contre le salaire minimum. Beaucoup ont perdu leur emploi et les employeurs les ont inscrits sur des listes noires; ils auront ainsi du mal à retrouver un autre emploi.

Les syndicats, dont nos affiliés, demandent que le harcèlement des travailleurs cesse immédiatement, que toutes inculpations pénales soient abandonnées et que les travailleurs soient convenablement indemnisés, ainsi que les familles que ceux qui ont été tués par la police.

Ils demandent aussi comment les travailleurs pourraient maintenir un niveau de vie décent avec les salaires de misère qui leur sont payés et les prix élevés des denrées de base. Le mois dernier, les affiliés d'IndustriALL ont organisé une conférence de presse pour demander que le gouvernement alloue des ressources à un plan alimentaire pour les travailleurs de l'habillement qui leur permettrait d'acquérir des produits de première nécessité à prix réduits. Cette conférence s'est tenue après la session budgétaire du parlement qui a refusé cette mesure malgré les promesses faites l'an dernier par le premier ministre.

Pour Shahidul Badal, le secrétaire général du Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh :

"Le salaire minimum annoncé pour le secteur RMG devrait être appliqué dans toute l'industrie sans aucun retard et toutes les procédures pénales intentées contre des travailleurs de l'habillement abandonnées immédiatement."

Les affiliés d'IndustriALL demandent aussi que le salaire minimum révisé soit appliqué sans réserve dans tous les ateliers de confection du pays.

Crédit photographique : Crozet M. / ILO 

Un siège vide à la table met en lumière le sort des femmes dans la transition énergétique en Amérique latine

Mais une participante a brillé par son absence : Greyci Solano Pérez, militante syndicale et communautaire colombienne, a dû se retirer à la dernière minute à la suite d’actes d’intimidation et de menaces de mort crédibles. Elle fait actuellement pression sur le procureur, avec le soutien total de SINTRACARBÓN et d’IndustriALL, pour obtenir une protection.

Greyci travaille au Cerrejón, la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d’Amérique latine, propriété du géant minier Glencore. Elle est une dirigeante de base de SINTRACARBÓN, affilié d’IndustriALL. Elle est également Présidente du comité d’action de sa communauté locale, qui a été durement touchée par la mine. Elle est à la tête d’un groupe municipal qui s’est fait entendre pour exiger que les redevances minières contribuent à sortir les communautés locales de la pauvreté et pour réclamer la participation de la population au processus budgétaire municipal. Le groupe a également été le fer de lance des revendications visant à ce que le Cerrejón offre des possibilités d’emploi aux jeunes de la région.

Cela n’a pas été du goût des autorités municipales répressives ni des groupes armés qui recourent régulièrement à la violence pour réduire au silence tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

S’exprimant par liaison vidéo au cours de la réunion, Solano Pérez a déclaré : “Si nous permettons que les redevances de la mine soient utilisées à mauvais escient alors qu’elle est encore en activité, la situation sera encore pire lorsqu’elle sera fermée. C’est une catastrophe sociale qui se prépare”.

Greyci a raison de s’inquiéter. Le bilan de Glencore dans le nord de la Colombie est épouvantable. Lorsque les prix du charbon ont chuté en 2020, Glencore a mis sa mine Prodeco, située à proximité, à l’arrêt pour entretien et maintenance, puis l’a fermée sans mettre en place de plan social approprié. La fermeture de la mine a laissé des milliers de travailleurs et travailleuses sans emploi, a empêché d’obtenir des réparations pour les dommages causés à l’environnement et a transformé les bourgades locales en villes fantômes.

Les participantes à la réunion de Bogota ont exprimé leur entière solidarité avec Greyci Solano Pérez et ont réitéré leur demande au procureur d’enquêter et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger sa vie et son intégrité.

Les syndicats africains vont adopter des stratégies pour les minéraux essentiels pour la transition

Les syndicats préconisent le respect du devoir de vigilance en matière de droits de l'homme ainsi que les pratiques d'entreprise responsables dans l'extraction des minerais essentiels pour la transition. Leur but est d'atténuer les effets négatifs de la transition sur les droits humains et de protéger les droits des travailleurs et des communautés. Tels étaient les thèmes qui ont été débattus lors du Forum sur la transition juste et le devoir de vigilance en matière de droits humains, qui s'est tenu à Lusaka, en Zambie, les 15 et 16 juillet.

Ce forum était organisé par le bureau régional d'ASS en partenariat avec la Fédération unie du Danemark (3F). Des dirigeants syndicaux d'affiliés d'IndustriALL Global Union du Gabon, du Ghana, du Kenya, du Malawi, du Sénégal  d'Afrique du Sud, d'Ouganda, de Zambie, et du Zimbabwe ont convenu d'utiliser des stratégies éprouvées par l'expérience dans leur plans pour une transition juste. Des organismes de recherche sur le travail étaient également présents.

Pour aider les organisations syndicales à formuler leurs stratégies, le bureau régional pour l'ASS d'IndustriALL a commandé une étude sur un recensement des emplois verts, le perfectionnement des compétences et une transition énergétique juste qui examinera le potentiel de créations d'emplois dans les chaînes de valeur des énergies renouvelables et les minéraux essentiels à la transition à partir d'exemples pris en Afrique du Sud. L'étude a été confiée à l'Institut de recherche Dam Tambani (SATRI), émanation de notre affilié, le Syndicat national des mineurs (NUM).

Une autre recherche, confiée à l'Institut de recherche du Zimbabwe sur le travail et le développement économique (LEDRIZ), recensera l'impact des flux d'investissement sur les droits au travail et les droits syndicaux dans les secteurs des minéraux de la transition et des énergies renouvelables au Zimbabwe. Une troisième sera consacrée à la Vision de l'industrie minière africaine (AMV) afin d'analyser les liens entre cette AMV, les minéraux essentiels à la transition et la transition juste.

Les syndicats du secteur de l'énergie ont convenu de coopérer sur la manière d'entamer la privatisation des infrastructures énergétiques publiques étant donné les similitudes des processus d'un pays à l'autre, qui impliquent un dégroupage des entités entre la production, le transport et la distribution.

Rhoda Boateng, coordinatrice de programme pour le changement climatique à la CSI Afrique, a expliqué que les principales recommandations adressées aux syndicats par la Conférence des parties de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP) étaient de :

"Se mobiliser activement aux échelons sectoriel et national en vue d'une action renforcée pour le climat, et dialoguer avec les décideurs politiques sur l'intégration de plans pour une transition juste."

Bjorn Haar, le coordinateur régional et représentant de 3F, a déclaré :

"Le but est de faire en sorte que, pendant  la transition, les travailleurs et les communautés ne pâtissent pas à cause des pertes d'emplois ou du recul de l'activité économique dans leurs communautés, et que les inégalités et les conséquences négatives soient prises en compte. En tant que syndicats, nous devons veiller à ce qu'un véritable dialogue social s'instaure, de même qu'un marché du travail bien organisé, qui englobe le secteur informel."

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'ASS, Paule France Ndessomin, a déclaré :

"Ce forum s'inscrit dans le dialogue continu pour les syndicats sur la transition juste, les entreprises et les droits de l'homme dans les industries de l'énergie, de la mine et manufacturières qui seront affectées par la transition vers des sources d'énergie renouvelables à bas carbone."

"Ce forum est vital parce que les entreprises doivent respecter les droits fondamentaux au travail de l'Organisation internationale du travail et faire montre de diligence raisonnable dans toutes les chaînes d'approvisionnement des minéraux essentiels. En outre, les syndicats doivent utiliser la négociation collective comme stratégie fondamentale de l'agenda de la transformation,"

a ajouté Glen Mpufane, le directeur d'IndustriALL en charge des mines.

Les minéraux essentiels pour la transition qu'on trouve en ASS sont le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt, la bauxite, le graphite, les terres rares, le manganèse, le chrome, le molybdène, le zinc et la silice.  

Nouveau rapport de l’AIE sur les transitions énergétiques propres, équitables et inclusives

Le 10 juillet 2024, l’AIE a organisé un séminaire en ligne pour lancer officiellement son nouveau rapport et la création de la Commission mondiale sur les transitions énergétiques propres axées sur les populations. L’événement a rassemblé des experts mondiaux qui ont abordé la question cruciale des transitions énergétiques propres, à la fois équitables et rentables.

Le webinaire a mis en lumière les principales préoccupations des décideurs politiques : comment s’assurer que les investissements dans l’énergie propre soient abordables et augmentent l’accès aux services énergétiques pour tous, en particulier pour les communautés marginalisées. La discussion a porté sur la nécessité de rendre les politiques plus équitables et de veiller à ce que les coûts et les avantages de la transition vers les énergies propres soient équitablement répartis entre les différents segments de la population.

Javier Pamplona, Conseiller en énergie du vice-premier ministre pour la transition écologique et le défi démographique en Espagne, a partagé les expériences de sa stratégie de transition juste, en particulier l’initiative d’élimination progressive du charbon. L’Espagne a atteint un taux d’emploi de 90 % et a restauré avec succès des territoires touchés par la transition vers les énergies renouvelables. Pamplona a souligné l’importance d’impliquer les parties prenantes, en particulier dans les zones rurales, et a mis en évidence la croissance économique grâce à l’énergie éolienne, au stockage de l’hydrogène et aux activités industrielles.

André Dias, Directeur du département des politiques sociales et de l’universalisation de l’accès à l’électricité auprès du ministère brésilien des mines et de l’énergie, a parlé de son programme, qui a permis de raccorder plus de 10 millions de foyers à l’électricité, en donnant la priorité aux communautés vulnérables. Il a évoqué la complexité de la planification et de la coordination des transitions énergétiques et a souligné les efforts déployés par le Brésil pour installer des systèmes renouvelables hors réseau dans les zones reculées de l’Amazonie. M. Dias a insisté sur la nécessité d’une consultation publique et d’un dialogue social pour une mise en œuvre efficace des politiques, en s’inspirant de l’approche espagnole.

Diana Junquera, Directrice pour l’énergie et la transition juste auprès d’IndustriALL et Codirectrice du Centre pour une transition juste (CTC) de la Confédération syndicale internationale (CSI), a souligné l’importance d’une transition juste dans le secteur de l’énergie afin de réduire les inégalités et de garantir des emplois stables et de qualité. Elle a souligné l’importance d’évaluer l’impact social et d’investir dans les infrastructures lors de la transition vers de nouvelles industries.

“Il est essentiel que les transitions énergétiques ne laissent personne de côté. Nous devons veiller à ce que les nouveaux emplois créés dans le secteur des énergies renouvelables soient des emplois stables et de qualité qui réduisent les inégalités existantes. Nous avons besoin de cadres énergétiques mondiaux et de processus décisionnels inclusifs impliquant toutes les parties prenantes,”

a déclaré Mme Junquera.

Kate Slevin, Vice-présidente exécutive de la Regional Plan Association aux États-Unis, a parlé des investissements de la ville de New York dans les énergies propres et de l’importance d’un transport abordable et fiable pour les communautés à faible revenu. Elle a souligné les défis posés par l’opposition politique aux péages urbains destinés à contrer la congestion automobile et a insisté sur la nécessité d’établir des partenariats et d’orienter les recettes de cette tarification vers les zones marginalisées afin de répondre aux préoccupations en matière de justice environnementale.

Le webinaire a mis en évidence le besoin urgent de transitions énergétiques inclusives et équitables. Les experts ont souligné l’importance d’une approche globale, d’un soutien gouvernemental fort et de partenariats à long terme pour attirer de nouvelles industries et faire en sorte que les transitions profitent à tous les segments de la société. Parmi les approches clés discutées, on peut citer le fait de rendre les technologies énergétiques propres plus abordables, d’engager des consultations publiques et de mettre en œuvre des stratégies de transition juste qui atténuent les impacts socio-économiques sur les communautés vulnérables.

Pour plus de détails sur le rapport de l’AIE et la nouvelle commission mondiale, consultez les sites suivants : Stratégies pour des transitions énergétiques propres abordables et équitables de l’AIE et Commission mondiale de l’AIE sur les transitions énergétiques propres axées sur les personnes : concevoir pour l’équité.