Botswana : Un syndicat combat les menées antisyndicales dans la chaîne d'approvisionnement du diamant

Dans des courriers adressés à plusieurs ministères, dont ceux du Travail et de la Sécurité sociale, le Syndicat des travailleurs du diamant du Botswana (BDWU) exige qu'il soit mis un terme aux violations des droits des travailleurs de la chaîne d'approvisionnement de la taille et du polissage des diamants.

Ce sont par exemple les firmes qui emploient des travailleurs migrants pour des bas salaires, violant ainsi la législation sur le travail et sur l'immigration. Elles ne veulent rien savoir non plus des mécanismes de règlement des litiges. Lorsqu'il s'agit du recrutement et de la reconnaissance des syndicats, les entreprises s'acharnent sur les travailleurs ou en licencient d'autres pour s'être affiliés au syndicat de leur choix. Même lorsqu'un syndicat remplit les critères légaux pour être reconnu par l'employeur, il doit souvent se battre pour obtenir gain de cause.

Le BDWU, qui est affilié à IndustriALL, a demandé à l'inspection du travail d'effectuer des visites d'inspection et de l'aider dans le règlement des litiges. À sa surprise, le rapport des services d'inspection omet certains griefs du syndicat, notamment sur la détérioration des conditions de travail, les longs horaires de travail, le non paiement des heures supplémentaires et la suppression de prestations sans consultation des travailleurs. Chez Dharum Cutting Works, par exemple, l'employeur a supprimé des primes d'assiduité, des indemnités de transport, l'aide médicale et les primes de rendement.

L'industrie diamantaire ne respecte pas non plus les normes de santé et sécurité au travail, n'emploie pas la main-d’œuvre locale et n'assure pas la formation; elle laisse le harcèlement sexuel progresser, de même que les conditions de travail précaires, avec des contrats de courte durée pour dissuader le personnel de se syndiquer, et des diminutions de salaires. De même, les licenciements et renvois abusifs sont courants. Ces griefs ont été mis en lumière à la réunion du réseau mondial du diamant d'IndustriALL, au Lesotho, en février dernier.

Les propositions syndicales de dialogue social avec Diamond Hub, la Botswana Diamond Manufacturers Association, De Beers Botswana et Business Botswana n'ont reçu aucun écho. Pourtant, le BDWU répète que le dialogue social contribuera à l'amélioration des conditions de travail.

Le syndicat cite des exemples de contrevenants, parmi lesquels Venus Jewel Botswana, où l'inspection du travail est intervenue pour faire reconnaître le syndicat.

Chez Yerushalmi Bros Diamond Botswana, qui reconnaît le syndicat, on note une volonté de mettre fin aux violations. Chez Dharum Cutting Works Botswana, des cas de harcèlement sexuel ont été dénoncés par le syndicat après du ministère du Travail. D'après un rapport de l'inspection du travail, chez Dharum, un directeur général harcèle sexuellement les travailleuses par des attouchements, des avances sexuelles spontanées, de la sollicitation sexuelle et des allusions, ainsi que des commentaires graveleux.

"Le sous-secteur de la taille et du polissage des diamants a besoin qu'on s'y intéresse d'urgence, faute de quoi nos diamants seront ternis par cette montée des violations des droits de l'homme et des travailleurs. Le syndicat appelle les ministères du Travail et de l'Intérieur ainsi que les autres ministères concernés à agir rapidement pour assurer le respect des droits des travailleurs,"

a déclaré Dominic Obusite Mapoka, le directeur général du BDWU.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, commente en ces termes :

"Les menées antisyndicales dans le secteur du diamant au Botswana sont atterrantes. Les firmes de taille et polissage des diamants doivent respecter les droits de l'homme et des travailleurs. En outre, elles doivent protéger les travailleuses contre le harcèlement sexuel. Nous félicitons le BDWU pour le combat qu'il mène sans relâche pour les droits des travailleurs."

Au Pérou, les travailleurs de Forte Assa Abloy réclament les droits syndicaux

En 2023, Assa Abloy a racheté le fabricant péruvien de serrures et cylindres Forte. Depuis, le syndicat des travailleurs du Grupo Forte (composante de notre affilié Fetrimap) fait état de difficultés pour amener l'entreprise à respecter les droits à la liberté syndicale et à la négociation collective.

D'après le syndicat, l'entreprise a accepté une première phase de conciliation en juillet, mais elle n'a pas accordé à tous les membres du comité de négociation le minimum de conditions nécessaires pour participer aux réunions. De ce fait, le cycle de négociation pour 2024-2025 n'a pu démarrer.

Le syndicat ajoute que l'employeur a supprimé les hausses de salaires de deux travailleurs après qu'ils se soient syndiqués. En outre, l'entreprise procède à des discriminations salariales entre les salariés : des travailleuses sont moins payées que leurs collègues masculins alors qu'elles occupent des postes identiques et effectuent les mêmes tâches.

Le syndicat réclame :

Le secrétaire général adjoint de FETRIMAP, Julián Alfaro, explique :

"L'entreprise ne veut pas négocier et elle viole le droit à la liberté syndicale. Nous avons déjà déposé deux plaintes à la Surintendance nationale de l'inspection du travail (SUNAFIL) et fait appel au département de la surveillance de l'inspection, spécialisé dans les cas de liberté syndicale."

Le secrétaire régional adjoint d'IndustriALL, Cristian Alejandro Valerio, ajoute :

"Nous exhortons la société Forte du groupe Assa Abloy à mettre fin à son antisyndicalisme et à entamer des négociations avec le syndicat en vue d'un dialogue social authentique, et à répondre aux préoccupations des travailleurs."

Le droit de grève, fondement de l'habilitation des travailleurs

La base de ces protections réside dans le droit d'organisation, un droit qui permet aux salariés de s'unir et de faire campagne sur des thèmes communs.

Or, dans certaines parties du monde, la discrimination syndicale est très répandue. Même lorsqu'elles négocient collectivement, des entreprises résistent aux efforts de syndicalisation dès qu'elles le peuvent, sapant ainsi les droits fondamentaux de leurs travailleurs.

Un exemple frappant est la récente initiative de notre affilié United Autoworkers' Union (UAW) qui a introduit des actions en justice contre l'ancien président américain Donald Trump et le PDG de Tesla, Elon Musk, les accusant de menaces et d'intimidation contre des travailleurs qui revendiquent leurs droits en faisant grève. Ce cas met en lumière le combat qui se déroule à l'échelon mondial pour les droits au travail, même dans des entreprises de réputation internationale.

Tesla, réputée pour son antisyndicalisme, emploie plus de 120.000 personnes dans le monde et refuse de négocier collectivement. Les tentatives de syndicalisation du personnel se sont heurtées à une résistance féroce de Tesla, Elon Musk menaçant en personne de représailles les travailleurs qui voudraient se syndiquer. Cette attitude a suscité de vives tensions aves les syndicats, en Suède principalement.

Le syndicat suédois IF Metall a été le premier à réagir aux pratiques antisyndicales de Tesla en lançant, le 27 octobre 2023, des actions collectives dans 12 garages appartenant à Tesla puis en étendant son action à 20 autres sites.

Malgré de brèves négociations en novembre dernier, Tesla refuse toujours obstinément de signer une convention collective. La direction ne veut pas entendre parler de droits au travail car ils ne correspondraient pas au "concept de l'entreprise". Elon Musk a critiqué publiquement les syndicats, les accusant de semer la division et le négativisme dans les entreprises.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Le modèle d'entreprise d'Elon Musk est de ceux conçus pour se soustraire aux droits humains. Nous devons défendre les travailleurs et les droits pour lesquels ils se battent depuis tant de temps. Nous sommes aux côtés de l'UAW dans son combat."

Ce conflit ne concerne pas que Tesla et ses travailleurs, il est symptomatique de la bataille qui se livre pour les droits au travail en général et est d'une importance capitale pour la liberté de se syndiquer et de faire grève. Sans ces droits, les travailleurs sont exposés à l'exploitation et à l'injustice partout dans le monde. Le droit de grève n'est pas qu'un outil, c'est un moyen de défense vital qui fait que les travailleurs peuvent résister, pour eux et pour tous les autres.

Photo : Flickr 

Le bilan s'alourdit dans les dangereuses mines du Pakistan

Ces incidents ne sont pas des cas isolés. Les mines du Pakistan sont réputées pour la dangerosité de leurs conditions de travail, les mineurs risquant leur vie jour après jour. L'an dernier, 29 mineurs ont été tués dans des charbonnages de la province de Khyber Pakhtunkhwa et 26 autres ont été blessés dans des explosions. Ces chiffres sont révélateurs d'une réalité inquiétante pour ceux qui travaillent dans des environnements aussi dangereux.

Le 11 août, le Commissariat au bien-être au travail dans les mines de la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP) a apporté un peu de réconfort aux proches avec le versement de 1,2 million de roupies (14.292 $) aux familles de mineurs décédés, tandis que les blessés ont reçu des indemnisations allant de 500.000 à 600.000 roupies (5.955 à 7.146 $). En outre, 16 mineurs souffrant d'affections pulmonaires causées par leur travail dans les charbonnages, ont reçu chacun des indemnités de 300.000 roupies (3.573 $).

IndustriALL Global Union mène activement campagne pour que soient correctement appliquées les normes de santé et de sécurité dans le secteur minier au Pakistan, où les conditions dans les mines clandestines sont pires encore. Chaque jour, des centaines de mineurs descendent dans les entrailles périlleuses des mines du Balouchistan, au risque de leur vie à cause de l'absence de mesures de sécurité.

"Ces morts pourraient être évitées si les employeurs et le gouvernement s'attaquaient sérieusement à la sécurité au travail. Nous exhortons le gouvernement pakistanais à ratifier la convention 176 de l'OIT immédiatement car nous sommes persuadés que ce serait un premier pas dans la bonne direction pour garantir la mise en œuvre de mécanismes de sécurité dans les bassins miniers du Pakistan,"

a déclaré le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est, Ashutosh Bhattacharya.

Photo: Shutterstock-Mr Tempter

Les forces armées font une descente dans les locaux d’un syndicat nigérian en plein mouvement de protestation

L’effraction et l’occupation des bureaux des syndicats ont eu lieu à la suite de manifestations nationales d’une semaine visant à lutter contre l’augmentation du coût de la vie qui, selon les syndicats, entraîne la faim et la pauvreté dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Ces forces en armes occupent les bureaux et refusent de les quitter. Le saccage a eu lieu le même jour qu’une réunion du NLC, au cours de laquelle les manifestations de masse en cours à l’appel des réseaux sociaux sous le mot-clé #EndBadGovernance (Mettre fin à la mauvaise gouvernance) ont été discutées.

Au cours de la réunion, le NLC a souligné que la liberté de réunion, d’association, d’expression et de parole était menacée, indiquant que la police et les forces de sécurité ont tué 13 manifestants par balles et en ont blessé de nombreux autres.

“Le NLC condamne avec la plus grande fermeté les violations des droits de l’homme perpétrées par les forces de sécurité à l’encontre de manifestants pacifiques. Le droit de manifester est un droit démocratique fondamental et sa répression par la violence est inacceptable. La tentative de criminaliser le mouvement de protestation est déplorable, surtout dans une démocratie. Le recours à des gros bras pour casser du manifestant et à une propagande de division pour faire échouer les manifestations sont regrettables”, a déclaré le NLC dans un communiqué.

L’action de masse a commencé après que le gouvernement a supprimé les subventions pétrolières, ce qui a déclenché des protestations immédiates de la part des syndicats en 2023, y compris une mise à l’arrêt du pays en juin de cette année.

En outre, le NLC a déclaré que le gouvernement devait répondre aux doléances des travailleurs et de la population plutôt que de recourir à la violence. Il a souligné que les politiques du gouvernement, soutenues par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, apportaient la misère à la population. Selon le Bureau national des statistiques du gouvernement fédéral, 63 % de la population, soit plus de 133 millions de personnes, sont confrontées à une pauvreté multidimensionnelle, qui se traduit notamment par l’utilisation de bouse séchée, de bois ou de charbon de bois pour cuisiner, au détriment de formes d’énergie plus propres. En outre, l’accès aux soins de santé est insuffisant, la collecte des ordures limitée, l’insécurité alimentaire omniprésente et le logement médiocre. Le salaire minimum de 70.000 nairas (44 dollars) appliqué récemment n’est pas un salaire décent.

Joe Ajaero et Emmanuel Ugboaja, respectivement Président et Secrétaire général du NLC, ont insisté sur ce point :

“Nous devons maintenir notre engagement en faveur de la non-violence et veiller à ce que nos actions soient légales et disciplinées. Le NLC reste déterminé à défendre les droits et le bien-être des travailleurs et travailleuses nigérians et de la population en général. Nous ne relâcherons pas nos efforts pour garantir que la justice, l’équité et la bonne gouvernance prévalent dans notre pays.”

Joe Ajaero est également Secrétaire général du Syndicat national des salariés de l’électricité (NUEE), affilié à IndustriALL.

“Le gouvernement fédéral du Nigeria doit respecter les droits des travailleurs et les droits de l’homme et mettre fin à la violence et à l’intimidation. Le gouvernement doit également engager un dialogue social avec les syndicats afin de trouver des moyens de mettre fin à la crise”,

a déclaré Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

Les affiliés d’IndustriALL qui sont membres du NLC comprennent le Syndicat national des salariés de la chimie, de la chaussure, du caoutchouc, du cuir et des industries non métalliques  (NUCFRLANMPE), le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des travailleurs du textile, de la confection et de la couture du Nigeria (NUTGTWN) et le Syndicat des travailleurs de la sidérurgie et de l’ingénierie du Nigeria (SEWUN).

Les syndicats philippins sont solidaires de la lutte pour la démocratie au Myanmar

Ce forum public, qui s’est tenu à la faculté du travail et des relations sociales de l’Université des Philippines (UP-SOLAIR), a rassemblé des participants arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Libérez la Birmanie sans délai ! “Libérez les prisonniers politiques !” et “Il est temps pour l’ANASE d’agir !”. Ils ont réclamé la fin de la violence ethnique et de la répression au Myanmar.

Deux dirigeants syndicaux importants du Myanmar, Khaing Zar, Présidente de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), et Phyo Sandar Soe, Secrétaire général adjoint de la Fédération des travailleurs du bâtiment et du bois du Myanmar (BWFM), étaient présents. Ce sont également des figures de proue de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM).

Khaing Zar a souligné les conclusions de la Commission d’enquête de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui, dans son rapport du 4 août 2023, a détaillé les graves conséquences du coup d’État militaire sur les libertés fondamentales et les droits des travailleurs au Myanmar. Le rapport souligne que la répression des syndicats par l’armée, notamment par le biais des assassinats, de la torture et des arrestations, a gravement affaibli la capacité des syndicats à défendre leurs membres.

“Les graves violations des droits de l’homme et des droits des travailleurs au Myanmar ont été prouvées par la Commission d’enquête de l’OIT. Les syndicats du Myanmar demandent à l’OIT d’invoquer l’article 33 de sa Constitution pour agir contre la junte militaire, qui n’a pas mis en œuvre les recommandations de la commission telles que l’arrêt immédiat des violences et la libération de tous les syndicalistes détenus par la junte”,

a déclaré Khaing Zar.

Depuis le coup d’État militaire de février 2021, les affiliés philippins d’IndustriALL ont toujours soutenu la campagne pro-démocratique du Myanmar. Le Vice-président exécutif national de l’ALU, Gerard R. Seno, a déclaré :

“l'ALU est aux côtés de ses collègues du Myanmar, dont les droits fondamentaux ont été brutalement bafoués par la junte militaire. Nous demandons instamment au régime de mettre fin à la violence et à la répression qui empêchent les travailleurs d’obtenir un travail décent et de participer à un gouvernement démocratique”.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, s’est fait l’écho de ce soutien en déclarant :

“IndustriALL est indéfectiblement solidaire de ses camarades syndicalistes du pays. Leur lutte pour la démocratie est une lutte pour la justice, la liberté et les droits des travailleurs. Ensemble, nous exigeons la fin de la violence et le rétablissement des droits démocratiques au Myanmar”.

La situation au Myanmar reste désastreuse, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques signalant que, depuis février 2021, 5.480 personnes ont été tuées par la junte militaire, 20.715 sont toujours détenues et 167 ont été condamnées à mort. Le soutien des syndicats philippins souligne l’urgence d’une action au plan mondial pour restaurer la démocratie et protéger les droits de l’homme au Myanmar.

Le Conseil de Global Unions pour les Philippines est une coalition de syndicats philippins qui appartiennent à différentes fédérations syndicales internationales, dont IndustriALL.

Photo : Patuan, CSI-AP

Crise au Bangladesh : IndustriALL appelle à la paix, à la démocratie et à la justice

Les manifestations ont débuté le 1er juillet à la suite d’une décision de la Haute Cour de rétablir un système de quotas qui attribue un tiers des postes de la fonction publique aux parents de ceux qui ont combattu lors de la guerre d’indépendance du Bangladesh en 1971. La Cour suprême a depuis supprimé la majeure partie de ce quota, le ramenant à 5 %, mais la réaction brutale du gouvernement a entraîné la mort de plus de 450 étudiants, militants et travailleurs, ainsi que des milliers de blessés.

De nombreuses travailleuses ont été victimes de harcèlement et d’agressions et l’accès des civils à l’information et à la liberté d’expression a fait l’objet d’une répression sévère, avec notamment la fermeture de l’internet.

Face à l’insécurité qui règne dans le pays, le Parlement a été dissous le 5 août, après que la Première ministre Sheikh Hasina a fui le pays. Le 7 août, le Dr Mohammad Yunus a été nommé Conseiller principal au Bangladesh et va former un gouvernement intérimaire.

Cette situation sans précédent affecte directement les travailleurs et travailleuses, en particulier au sein de l’industrie manufacturière. Les manifestations ont également mis en lumière des problèmes plus généraux de gouvernance et de droits de l’homme au Bangladesh.

Le Conseil d’IndustriALL pour le Bangladesh, composé d’affiliés d’IndustriALL, a interpellé l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) et l’Association des fabricants et exportateurs de tricots du Bangladesh (BKMEA) pour exiger :

Les travailleurs et travailleuses de la confection du Bangladesh endurent depuis longtemps des conditions difficiles, notamment des salaires bas, un environnement de travail dangereux et la répression pesant sur les droits des travailleurs. Lors des manifestations à propos du salaire minimum organisées depuis 2023, de nombreux travailleurs et militants syndicaux ont été arrêtés et ont subi des violences, notamment de la part de la police. Il est temps de construire un avenir durable pour le secteur du prêt-à-porter avec des salaires et des conditions de travail corrects.

A.M. Nazim Uddin, Président du Conseil d’IndustriALL pour le Bangladesh, a déclaré :

“Les travailleurs et leurs familles ont été gravement touchés par les récents troubles, blocages et couvre-feu. Des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses précaires, notamment dans les secteurs de la confection, de la chimie et de la démolition des navires, ont perdu leurs revenus ces derniers jours. Les prix des denrées de base ont également augmenté. Nous appelons le gouvernement dirigé par le Dr Yunus à rétablir et à faire respecter les droits de l’homme et à veiller à l’élaboration de politiques centrées sur l’être humain”.

“La situation au Bangladesh est déchirante. Nous sommes profondément attristés par la perte de vies humaines au cours des troubles. Nos pensées vont aux familles des victimes et à toutes les personnes touchées par cette violence. Il est alarmant de constater que le Bangladesh figure parmi les dix pires pays pour les travailleurs et travailleuses, selon l’Indice mondial des droits de l’homme 2024 de la CSI. Il est temps que le gouvernement intérimaire du Bangladesh rétablisse l’État de droit et fasse respecter la liberté d’expression, qu’il honore ses engagements envers les organismes internationaux de défense des droits de l’homme, y compris l’OIT, et qu’il entame un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes, y compris les syndicats”,

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Les syndicats combattent la nouvelle législation mauricienne qui exploite les travailleurs migrants

Sur l’île Maurice, de nombreux travailleurs migrants sont pris au piège de l’endettement auprès d’agents, remboursant des prêts contractés pour couvrir des frais de recrutement exorbitants. D’autres subissent des conditions de vie épouvantables et sont confrontés à des pratiques de travail déloyales ainsi qu’à des intimidations de la part de leurs employeurs, ce qui les expose au travail forcé.

La plupart des travailleurs migrants de Maurice sont employés dans l’industrie manufacturière, notamment dans les secteurs du textile et de la confection. Ils viennent de pays tels que le Bangladesh, l’Inde, Madagascar, la Chine, le Sri Lanka et le Népal.

La Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), affiliée à IndustriALL, mène une campagne active contre ces amendements. Ces modifications exempteraient les employeurs de contribuer aux fonds de retraite et aux régimes de protection sociale des travailleurs migrants. En guise de protestation, le syndicat prévoit d’organiser un piquet de grève devant les bureaux du ministère du travail le 10 août, à l’occasion de la Journée mondiale des Nations unies contre la traite des êtres humains.

Les lois mauriciennes stipulent que les travailleurs migrants doivent bénéficier des mêmes conditions de service que les travailleurs locaux. Cela inclut une protection en vertu de la loi sur les droits des travailleurs (2019), qui protège contre la discrimination fondée sur le sexe, la race, la nationalité et l’orientation sexuelle.

La loi sur les relations de travail (2008) garantit la liberté d’association, le droit de se syndiquer et la négociation collective. D’autres lois protègent les droits des travailleurs en matière de santé et de sécurité au travail.

Selon la CTSP, ces amendements sapent les conventions collectives existantes et proposent de réduire les revenus des travailleurs migrants d’un montant pouvant représenter jusqu’à 20 % de leur salaire pour un travail de valeur égale.

“Les fournisseurs de main-d’œuvre ne contribueront en rien à la protection sociale et aux pensions, mais ils bénéficieront d’une main-d’œuvre garantie bon marché. Les syndicats sont opposés aux modèles qui reposent sur une main-d’œuvre bon marché au détriment des travailleurs migrants”,

a déclaré Reeaz Chuttoo, Président de la CTSP.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a souligné :

“Un dialogue social est nécessaire entre le gouvernement, les syndicats et les autres parties prenantes sur les implications de ces amendements. Les lois doivent renforcer les dispositions existantes et non les saper. Il est louable que la CTSP ait toujours protégé les droits des travailleurs de Maurice par l’intermédiaire du Centre de ressources pour les migrants, que le syndicat gère dans ses locaux”.

103ème jour de grève des travailleurs de la métallurgie en Turquie

En juillet 2022, le ministre turc du Travail a reconnu le syndicat de l'usine de Gebze de Mersen, un fabricant français de produits électriques sous-traitant de l'industrie, mais la direction de Mersen s'est opposée à cette décision et a déposé un recours en justice pour bloquer le syndicat, empêchant ainsi les travailleurs d'exercer leurs droits. Malgré plusieurs décisions de justice en faveur du syndicat, l'employeur refuse de négocier.

Pendant la médiation, la direction a accru la pression sur les travailleurs en licenciant quatre syndicalistes en février, ce qui a déclenché une grève en avril. Mersen a poursuivi ses actions illégales, la direction forçant des non-grévistes à prendre des postes ne répondant pas à leur description afin de casser la grève, et en harcelant les travailleurs syndiqués.

"Nous subissons la pluie, la boue et passons nos vacances dans cette tente depuis plus de 100 jours. Nous résisterons jusqu'à ce que nous obtenions nos droits,"

a déclaré Halil Yap, un travailleur de Mersen.

Un autre travailleur, Mehtap Bakir, ajoute :

"Que ce soit pour 100 jours ou pour 1.000, nous ne fléchirons pas. Notre résistance est précieuse et porteuse d'espoir."

Özkan Atar, le président général de Birleşik Metal-İş, insiste :

"Nous persisterons. Nous invitons Mersen à respecter ses principes éthiques, à reconnaître notre syndicat et à entamer des négociations en vue d'une négociation collective."

"Tout notre soutien et notre solidarité vont aux grévistes de Mersen maintenant. La victoire sourira à ceux qui résistent ! La lutte continue,"

a déclaré Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d'IndustriALL.

Le 28 mai, Birleşik Metal-İş a donné une conférence de presse devant le consulat de France et remis à son personnel un dossier répertoriant ces violations. 

Protéger les droits des travailleurs en Asie du Sud-Est dans un contexte de transformation

Les Perspectives de l’emploi de l’OCDE pour 2023 indiquent que l’IA pourrait entraîner la disparition de 14 millions d’emplois, alors qu’un quart de l’ensemble des emplois est susceptible d’être modifié. Les travailleurs des secteurs de la fabrication et de la finance sont particulièrement préoccupés par la sécurité d’emploi.

Alors que les entreprises intègrent l’IA pour améliorer leur productivité, environ 69 % des syndicats n’ont pas de dispositions relatives à l’IA dans leurs conventions collectives. L’utilisation de l’IA pour collecter les données des travailleurs pourrait également exacerber la discrimination, menacer la vie privée et interférer avec la liberté syndicale.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsuzaki, a souligné la nécessité pour les syndicats de gérer les nouvelles technologies, en veillant à ce que les travailleurs et travailleuses soient exposés à un risque minimal et bénéficient des transformations. Il a souligné l’importance de la transparence des entreprises en ce qui concerne l’introduction des nouvelles technologies.

“Grâce au dialogue social, les travailleurs et les travailleuses devraient recevoir une formation adéquate sur les nouvelles technologies. Nous devons négocier au préalable afin que les employeurs ne puissent pas simplement introduire une nouvelle technologie et licencier tout qui ne peut pas la rattraper. Le Comité de formation des entreprises de Singapour est un bon exemple de gestion de la transformation de l’industrie”,

a ajouté Kan Matsuzaki.

IndustriALL a mis en place un groupe d’experts sur Industrie 4.0 chargé d’élaborer d’ici novembre 2024 un document d’orientation sur la numérisation, l’IA et Industrie 4.0 dont les grands principes sont les suivants :

Lors de la réunion régionale virtuelle d’IndustriALL sur Industrie 4.0, 40 syndicalistes d’Australie, du Cambodge, d’Indonésie, de Corée, de Malaisie, des Philippines et de Thaïlande ont partagé leurs points de vue sur la transformation de l’industrie dans la région.

Il a été suggéré que les syndicats fassent pression sur les parlementaires pour qu’ils adoptent des lois relatives à Industrie 4.0 et à l’IA. Les gouvernements doivent réglementer l’utilisation généralisée des robots au sein des installations chinoises de véhicules électriques de la région. Les syndicalistes ont demandé que les conventions collectives contiennent des dispositions exhaustives sur la transition juste afin d’empêcher le remplacement des travailleurs et travailleuses par des robots.

“Contrairement aux entreprises automobiles japonaises installées en Thaïlande, qui utilisent 80 % de main-d’œuvre et 20 % de robots, les usines chinoises de véhicules électriques ne font appel qu’à 20 % de main-d’œuvre. Cette pratique ne profite pas aux travailleurs et a de graves conséquences pour les fournisseurs de pièces automobiles en aval. Nous devons protéger la sécurité d’emploi par des politiques industrielles et des conventions collectives”,

a déclaré Winai Tintanod, Vice-président de la Confédération thaïlandaise de l’électroménager, de l’électronique, de l’automobile et de la métallurgie (TEAM).

“Les syndicats doivent s’adapter à ces changements technologiques pour protéger les droits des travailleurs, garantir des conditions de travail décentes et promouvoir une croissance économique durable. Notre avenir collectif dépend de la sauvegarde de la dignité et des moyens de subsistance de chaque travailleur et travailleuse dans cette économie numérisée”,

a déclaré Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est.