Palestine: le groupement Global Unions présente une réclamation auprès de l’OIT pour recouvrer les salaires de plus de 200 000 travailleurs palestiniens en Israël

Ces violations ont entraîné une perte de revenus de plusieurs millions de dollars, engendrant une grave insécurité financière, une détresse économique, la privation de services de base et des difficultés généralisées pour les travailleurs/euses concernés et leurs familles, qui n'ont aucun accès aux voies de recours judiciaires.

Déposée le 27 septembre 2024, en vertu de l’article 24 de la Constitution de l’OIT, la plainte conjointe décrit les conditions relevant de l'exploitation auxquelles sont confrontés plus de 200 000 travailleurs et travailleuses palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, employés dans les secteurs formel ou informel en Israël lors de l'attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023. Ces travailleurs et travailleuses ont été victimes d'un vol de salaire généralisé suite à la suspension de leur permis de travail et à la résiliation unilatérale de leur contrat. 

“Il s’agit d’une violation gravissime d’une importante convention de l’OIT. La rétention des salaires de 200.000 travailleurs et travailleuses ne peut en aucun cas être tolérée. C’est pourquoi nous nous joignons à la CSI et aux autres FSI pour déposer cette plainte”,

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

La réclamation présentée par le groupement Global Unions est fondée sur des preuves montrant que plus de 200 000 travailleurs/euses de Gaza et de Cisjordanie n'ont pas été payés pour le travail qu’ils ont effectué avant le 7 octobre et n'ont reçu aucun salaire depuis lors. Selon les estimations de l'OIT, le salaire journalier moyen des Palestiniens travaillant en Israël, titulaires d’un permis de travail, était de 297,30 shekels (79 dollars des États-Unis). Les plaignants estiment que le salaire hebdomadaire moyen des travailleurs/euses de l'économie informelle se situait entre 2 100 et 2 600 shekels (565-700 USD). Depuis plus d'un an, les travailleurs/euses palestiniens n'ont pas pu percevoir leurs salaires impayés ni régler le problème de paiement des arriérés de salaires.

La réclamation a été signée par les organisations suivantes énumérées dans l’ordre alphabétique: l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), l'Internationale de l'éducation (IE), IndustriALL Global Union, la Fédération internationale des journalistes (FIJ), la Commission Syndicale Consultative auprès de l'OCDE (TUAC), la Confédération syndicale internationale (CSI), la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA), l'Internationale des services publics (ISP) et UNI Global Union.

“Lorsque je me suis rendu en Cisjordanie au début de cette année, j'ai pu constater la misère économique des familles des travailleurs et des travailleuses palestiniens employés en Israël.  Comme toujours, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui subissent les pires conséquences du conflit continu.  Par le biais de cette réclamation, nous voulons veiller au versement des arriérés de salaires cruellement nécessaires aux travailleurs et aux travailleuses qui luttent pour joindre les deux bouts”,

a déclaré Luc Triangle, secrétaire général de la CSI.

“Le droit international est clair: aucune crise, pas même la guerre, ne saurait justifier le déni de justice ou la suspension des droits du travail de la main-d’oeuvre. Les travailleurs palestiniens, dont bon nombre étaient employés dans le secteur de la construction en Israël, ont le droit de percevoir leurs salaires impayés. Nous ne serons pas satisfaits tant que justice n'aura pas été rendue aux centaines de milliers de travailleurs et de travailleuses palestiniens qui ont été privés des salaires qui leur sont dus et tant qu'un cessez-le-feu n'aura pas été instauré”,

a déclaré Ambet Yuson, secrétaire général de l'IBB.

Un nouveau centre pour les travailleuses de la confection en Tunisie

Se félicitant de l’ouverture de ce centre pour femmes, Christina Hajagos-Clausen, Directrice pour l’industrie du textile et de la confection auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Il s’agit de mettre en lumière les défis auxquels les femmes du secteur de la confection sont confrontées quotidiennement, qu’il s’agisse de questions liées à la santé et à la sécurité au travail ou à la violence et au harcèlement fondés sur le genre. Les travailleuses méritent d’avoir accès à des voies de recours et nous agissons conformément aux conventions internationales, notamment la Convention 190 de l’OIT, pour veiller à ce qu’elles y aient accès.”

Habib Hazemi, Secrétaire général de la FGTHCC-UGTT, a souligné la nécessité de sensibiliser et d’éduquer les travailleuses à leurs droits.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL, Ahmed Kamel, a déclaré :

“Il s’agit d’un nouveau pas en avant dans la mise en œuvre de notre plan d’action pour soutenir les travailleuses du secteur industriel et d’une initiative unique d’utilisation de l’ACM dans la région. Nos camarades dirigeantes du réseau des femmes d’IndustriALL pour la région MENA et du réseau des femmes d’IndustriALL pour la Tunisie se battent chaque jour pour obtenir plus d’espace pour les femmes. Nous sommes convaincues que ce nouveau centre contribuera à la promotion des actions en faveur des femmes et des plans de travail des structures féminines concernées”.

Soulignant l’engagement d’ASOS ainsi que l’importance du centre, Ceren Isat, du Département des droits de l’homme d’ASOS, a déclaré :

“Nous sommes fiers de participer à ce projet. Ce sera un lieu où les femmes pourront obtenir le soutien dont elles ont besoin, y compris des conseils juridiques, et se sentir habilitées à défendre leurs droits”.

En 2017, IndustriALL a signé un accord-cadre mondial avec ASOS. Ce centre pour femmes fait partie d’un effort plus large, garantissant que les femmes du secteur de la confection disposent du soutien dont elles ont besoin pour lutter pour de meilleures conditions et un traitement équitable. Le parrainage du centre pour femmes par ASOS se situe dans la lignée de la stratégie Fashion with Integrity (la mode avec intégrité) de l’entreprise, qui vise à traiter les questions relatives aux droits humains tout au long de sa chaîne d’approvisionnement.

S’exprimant sur les objectifs plus larges de l’entreprise, Adil Rehman, Responsable des droits de l’homme chez ASOS, a déclaré

“Pour nous, il ne s’agit pas seulement de cocher une case en matière de responsabilité sociale des entreprises. Nous nous engageons à faire de réels progrès en investissant dans les ressources sur le terrain et en garantissant la durabilité à long terme.”

Les syndicats s’unissent pour les droits des femmes

Le centre a été inauguré pendant la semaine consacrée aux travailleurs et travailleuses du textile de la région MENA, qui comprenait une réunion de femmes et une session sur la promotion de l’engagement et du leadership des femmes dans les syndicats des secteurs du textile, de la confection, de la chaussure et du cuir.

Lors de la réunion, les problèmes auxquels sont confrontées les femmes dans l’industrie de la confection au plan mondial ont été mis en avant. Des déléguées de toute la région et d’Afrique sub-saharienne ont parlé des dures réalités auxquelles les femmes sont confrontées.

Les dirigeantes syndicales de Palestine, du Maroc, de Tunisie et de Jordanie ont insisté sur l’exposition des femmes à la violence sur le lieu de travail et sur la nécessité de créer un espace et un pouvoir pour les femmes au sein des syndicats, ainsi que sur le lieu de travail. La législation protégeant les femmes est insuffisante et, lorsqu’elle existe, son application fait souvent défaut. Les syndicats appellent à la ratification de la Convention 190 de l’OIT.

Une représentante de l’île Maurice a souligné les mauvaises conditions sanitaires dans certaines usines, où des centaines de travailleuses sont contraintes de partager les mêmes toilettes.

Au Lesotho, le harcèlement et l’exploitation sexuels sont monnaie courante dans le secteur. L’année dernière, le pays a ratifié la Convention 190 de l’OIT et une nouvelle loi sur la santé et la sécurité au travail a été introduite. Ces mesures, ainsi que les comités nationaux chargés de veiller au respect de la convention dans les entreprises, donnent aux syndicats les moyens de lutter contre ce fléau.

Lieketseng Leteka, du Syndicat démocratique indépendant du Lesotho, a souligné la nécessité de créer un environnement permettant aux travailleuses de signaler les cas de violence et de harcèlement au travail. Elle a noté qu’il est important de faire en sorte que les femmes se sentent en sécurité en établissant un système qui tienne compte de la langue maternelle des travailleuses, qui mette à disposition des conseillers-éducateurs experts et un mécanisme de dépôt de plainte qui fonctionne.

Iran : l’explosion dans une mine fait 50 morts

Soixante-six mineurs travaillaient à 600 mètres de profondeur dans le charbonnage lorsque l’explosion due à une émanation de gaz s’est produite. Cet accident fait suite à au moins quatre accidents survenus cette année dans des mines de charbon iraniennes, tous dus à l’absence de normes de sécurité adéquates.

Les mineurs travaillent à grande profondeur avec des équipements obsolètes et peu ou pas de mesures de sécurité et gagnent des salaires quatre fois inférieurs au seuil de pauvreté. Selon Maziyar Gilaninejad, porte-parole du Syndicat des travailleurs de la métallurgie et de la mécanique d’Iran (UMMI), l’absence d’inspections de sécurité régulières par le ministère de l’industrie et le ministère du travail, ainsi que des équipements non conformes aux normes, sont à l’origine de l’hécatombe. La mine de Tabas manquait d’equipements adéquats pour la ventilation et l’évacuation du méthane, ainsi que de détecteurs de méthane.

Les accidents miniers entraînant la mort de travailleurs ne sont malheureusement pas rares en Iran. L’année dernière, six travailleurs ont été tués lors d’une explosion dans une mine de charbon à Damghan. Deux ans plus tôt, sur le même site, deux travailleurs avaient trouvé la mort dans un éboulement. En 2017, 43 mineurs ont été tués dans l’explosion d’une mine à Azad Shahr.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, l’affirme :

“IndustriALL condamne avec véhémence ce massacre et exprime ses condoléances et sa solidarité avec les mineurs et leurs familles en Iran. Les accidents mortels qui surviennent régulièrement dans les mines iraniennes montrent clairement qu’il existe un problème systémique et un manque de volonté politique pour y remédier. Nous demandons instamment au régime iranien de prendre la responsabilité de protéger la vie des mineurs et de procéder à des inspections du travail sérieuses. La santé et la sécurité des mineurs ne peuvent être laissées à la discrétion des employeurs.”

Photo : Explosion à la mine de charbon de Tabas en 2024, Creative Commons Attribution 4.0

Solidarité avec les travailleurs de Beko de Wrocław et Łódź, en Pologne

Des accusations de mauvaises performances économiques ont été avancées pour justifier les fermetures prévues. Les travailleurs locaux réfutent cette argumentation, car ils soupçonnent que les coûts générés par d’autres usines ont été manipulés en interne au sein du groupe pour justifier les fermetures.

L’usine de Wroclaw occupe une position stratégique, étant située à proximité d’importantes routes commerciales. Lorsque la guerre prendra fin en Ukraine et sera suivie d’une reconstruction massive, la demande de produits blancs connaîtra un pic et la proximité géographique de tous les fabricants polonais de produits blancs sera un énorme avantage dans un tel scénario.

La branche réfrigération de Wroclaw a remporté plusieurs prix, en reconnaissance des normes élevées de production, des conditions de travail et de la compétitivité de l’usine. Les travailleurs de ces usines, représentés par Metalowców NSZZ Solidarność, ont reçu l’assurance, lors d’une réunion tenue le 5 juillet, que les sites resteraient ouverts et que les travailleurs conserveraient leur emploi. Revenir sur cette décision constitue une violation flagrante du dialogue social et des droits de négociation collective des travailleurs.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Nous sommes pleinement solidaires de notre affilié Metalowców NSZZ Solidarność et des travailleurs. Nous soutenons la manifestation et espérons que le fait de braquer les projecteurs sur cette menace de perte de moyens de subsistance ramènera la direction à la table des négociations.”

“Les gens veulent travailler, produire de la valeur ajoutée et gagner un revenu mensuel sûr. Nos deux fédérations demandent à la direction de l’entreprise de lancer des initiatives susceptibles de pérenniser l’emploi pour l’avenir”,

a déclaré Isabelle Barthes, Secrétaire générale adjointe d’industriAll Europe.

Les travailleurs descendent dans la rue à Bruxelles pour réclamer une transition juste dans le contexte de la crise de l’industrie automobile

Cette manifestation fait suite à l’annonce récente de Volkswagen de suspendre son accord sur l’emploi et les conventions collectives. Organisée par IndustriALL Europe et la Confédération européenne des syndicats (CES), la manifestation a rassemblé des travailleurs et travailleuses, des dirigeants syndicaux et des acteurs de l’industrie pour mettre en lumière les défis croissants auxquels le secteur est confronté, en particulier lorsque les entreprises se tournent vers les véhicules électriques (VE) et font face à des pressions économiques croissantes.

Georg Leutert souligne que l’industrie automobile se trouve à un tournant décisif et que les travailleurs et travailleuses doivent être au cœur de cette mutation.

“La décision de Volkswagen a été un choc majeur, surtout si l’on considère la réputation de l’entreprise, qui est une référence en matière de relations sociales. Elle met en évidence l’énorme pression que subissent les constructeurs automobiles, notamment en raison de la transition des moteurs à combustion interne vers les véhicules électriques. Les contraintes financières, exacerbées par la perte de parts de marché, en particulier en Chine mais aussi en Europe, sont répercutées sur les travailleurs, ce qui est inacceptable”.

Alors que l’industrie s’oriente rapidement vers l’électrification, sous l’impulsion des objectifs climatiques et des nouvelles technologies, les travailleurs sont de plus en plus préoccupés par la sécurité de l’emploi et les conditions de travail. La manifestation de Bruxelles a rappelé avec force que l’avenir de l’industrie automobile ne peut se construire aux dépens des travailleurs.

“La Chine est à la tête de la révolution des véhicules électriques, tant en termes de technologie que de coûts, et les constructeurs automobiles européens ont du mal à suivre. La transition vers les véhicules électriques est inévitable si nous voulons atteindre nos objectifs climatiques, mais nous ne pouvons pas ignorer le fait que ce changement crée une pression énorme sur les constructeurs automobiles traditionnels et, par conséquent, sur leurs travailleurs et travailleuses”,

indique Georg.

Le succès des récentes négociations syndicales aux États-Unis, où le syndicat de l’automobile UAW a obtenu que les nouvelles usines de batteries soient incluses dans les conventions collectives nationales, garantit que les travailleurs et travailleuses qui passent des usines de moteurs thermiques aux usines de batteries conservent leurs salaires et leurs avantages sociaux.

“Il nous faut davantage d’exemples de transition juste”,

affirme Georg.

“Les travailleurs et travailleuses font partie de cette transformation, qu’il s’agisse de déménager dans de nouvelles usines de batteries ou de s’adapter à d’autres changements dans l’industrie, et ils méritent de conserver leurs droits et leurs protections. Cela devrait être la norme dans toute l’Europe et au-delà”.

Au cœur de ce mouvement de protestation se trouve une préoccupation plus large : le risque que les entreprises automobiles traditionnelles, qui ont longtemps soutenu des normes de travail strictes, perdent du terrain face à de nouveaux acteurs de l’industrie offrant des conditions de travail moins favorables. Des entreprises comme Volkswagen ont été des modèles de dialogue social et de codétermination, où les travailleurs étaient assis à la table des négociations par le biais de comités d’entreprise mondiaux et de conventions collectives. Il est à craindre que la montée en puissance de nouveaux acteurs antisyndicaux ne remette en cause ces pratiques ancrées de longue date.

“La structure du dialogue social de Volkswagen est exceptionnelle, les travailleurs du monde entier étant en contact direct avec la direction de l’entreprise”,

explique Georg.

“Nous devons veiller à ce que les syndicats continuent à faire entendre leur voix dans l’ensemble du secteur, tant dans les entreprises établies comme Volkswagen que dans le reste du monde. Dans le cas contraire, les acquis qui protègent les travailleurs et travailleuses en période de changement pourraient être menacés par la montée en puissance des cultures antisyndicales.”

Alors que l’industrie automobile continue d’évoluer, la syndicalisation des effectifs dans les secteurs émergents, s’agissant notamment de la production de véhicules électriques, est cruciale pour préserver les droits des travailleurs. Bon nombre des nouveaux acteurs du marché de la mobilité, en particulier les entreprises technologiques et les startups de véhicules électriques, ne sont pas syndiqués et sont du reste hostiles aux syndicats, ce qui représente un défi de taille pour le mouvement syndical.

“Nous voyons trop d’entreprises dans le secteur automobile qui ne sont pas du tout syndiquées, en particulier dans des domaines plus récents tels que la production de véhicules électriques”,

nous met en garde Georg.

“Tesla, par exemple, est notoirement anti-syndicale et les entreprises technologiques qui entrent sur le marché de la mobilité suivent le même chemin. Nous devons agir maintenant, car la syndicalisation des travailleurs et travailleuses dans ces secteurs est essentielle pour garantir des normes de travail équitables à l’avenir.”

Crédit photo : IndustriALL Europe

Rendre l’industrie du textile et de la confection plus sûre dans la région MENA et en Afrique subsaharienne

Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, a souhaité la bienvenue aux participants et a souligné l’engagement du syndicat à œuvrer en faveur d’une législation qui renforce les droits de l’homme et du travail. Il a été rejoint par Habib Hazami, Secrétaire général de la Fédération générale du textile de Tunisie, qui a rappelé que la santé et la sécurité au travail constituaient un pilier fondamental du travail du syndicat dans le secteur du textile et de la confection du pays.

L’industrie du textile et de la confection représente des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses dans la région MENA. Cette année marque les dix ans de l’engagement d’IndustriALL dans ce secteur au sein de la région.

Voici ce qu’a déclaré Ahmed Kamel, Secrétaire régional d’IndustriALL :

“Lorsque nous avons commencé, les travailleurs et travailleuses étaient confrontés à des problèmes de négociation collective, de droit à la syndicalisation, de santé et de sécurité au travail, d’absence d’accords sectoriels et de travail précaire. Après dix ans de travail intensif avec nos affiliés, nous avons abordé de nombreuses questions et nous constatons une participation croissante des femmes et des jeunes, la mise en œuvre d’accords-cadres mondiaux ainsi qu’un dialogue social avec les marques qui produisent dans la région.

Mais le principal défi est la durabilité du travail que nous avons accompli, comme la participation des femmes aux postes de direction syndicale, les accords sectoriels et l’incorporation d’accords juridiquement contraignants tels que l’Accord international”.

Les syndicats participants à la réunion ont fait état de graves problèmes de santé et de sécurité. La situation dans le secteur éthiopien du textile et de la confection est alarmante : les réductions massives d’effectifs entraînent des souffrances et une augmentation de la pauvreté parmi les travailleurs et travailleuses du secteur.

Le vol de salaire est un problème récurrent au sein du secteur dans l’ensemble de la région, tout comme la violence et le harcèlement fondés sur le genre. Le Lesotho n’est pas en reste, où les ouvrières de la confection se voient souvent demander des faveurs sexuelles en échange d’un emploi.

Malgré ce tableau désastreux, les femmes du Lesotho disposent désormais d’un cadre leur permettant de dénoncer la violence à leur égard, grâce à un partenariat coprésidé par le gouvernement américain et la CSI. Ce partenariat a permis de progresser dans la lutte contre les violences à l’égard des femmes dans les usines. En outre, le pays a adopté un nouveau code du travail et a également ratifié la Convention 190 de l’OIT.

Paule Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL, a donné l’exemple du syndicat sud-africain SACTWU pour indiquer comment s’attaquer au vol de salaire par la négociation collective.

“Les conventions collectives qui ont été négociées pour le secteur permettent de maintenir des salaires décents et de meilleures conditions de travail. Ces accords sont également étendus aux membres non syndiqués”.

En Jordanie et sur l’Île Maurice, les travailleurs migrants représentent une grande partie de la main-d’œuvre du secteur. Sur l’Île Maurice, les travailleurs migrants ne bénéficient pas des mêmes lois que les salariés autochtones ; comme ils ne contribuent pas à la protection sociale, à la fin de leur contrat, ces travailleurs, entre autres, ne bénéficient pas d’une pension. Les conditions de santé et de sécurité sont souvent malmenées, certains travailleurs se blessant au travail, tandis que les conditions sordides dans les dortoirs pour travailleurs sont courantes. Pour lutter contre les exploitations, en 2022, la CTSP, affiliée à IndustriALL, et ASOS ont fait équipe avec Anti-Slavery International pour ouvrir un centre de ressources pour les migrants.

L’absence de normes et une législation du travail obsolète constituent une partie du problème de santé et sécurité au travail au Maroc et en Tunisie. Bien que la Tunisie a ratifié la Convention 187 de l’OIT sur la santé et la sécurité au travail, les syndicats affirment qu’elle n’a pas encore été traduite dans la pratique.

Que faut-il pour que l’industrie du textile et de la confection devienne plus sûre ?

En 2022, l’OIT a adopté une résolution faisant d’un environnement de travail sûr et sain un nouveau principe et droit fondamental au travail. La déclaration étant universelle, cela signifie que les États membres de l’OIT ont l’obligation de respecter, de promouvoir et de mettre en œuvre les principes relatifs aux droits fondamentaux.

Beatriz Cunha, spécialiste sectorielle à l’OIT, a présenté le recueil de directives pratiques de l’OIT pour l’industrie du textile et de la confection, une référence pour guider les pratiques industrielles qui a été traduite en 15 langues. Bien qu’il ne soit pas juridiquement contraignant, les syndicats peuvent notamment l’utiliser pour sensibiliser à l’importance de la santé et de la sécurité, pour identifier les principaux risques dans le secteur ou sur le lieu de travail, ainsi que pour fournir des orientations en vue de l’élaboration et de la négociation de mesures de contrôle pour faire face aux risques.

Le guide de l’OCDE sur le devoir de diligence pour les chaînes d’approvisionnement responsables dans le secteur de l’habillement et de la chaussure recommande aux entreprises d’impliquer les travailleurs et les syndicats dans les droits du travail au travers des six étapes du cadre de diligence raisonnable et de faire respecter les droits à liberté syndicale et à la négociation collective.

Christina Hajagos-Clausen, Directrice pour l’industrie textile et la confection auprès d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

La campagne d’IndustriALL “Les travailleurs de la confection ont besoin d’usines sûres” se poursuit. Nous avons besoin d’accords juridiquement contraignants dans le secteur et nous continuons à plaider en faveur d’une législation sur le devoir de diligence et à travailler pour sensibiliser les investisseurs institutionnels et les encourager à inciter leurs entreprises à devenir signataires."

L’Accord international sur la santé et la sécurité dans l’industrie du textile et de la confection a été établi en 2013 à la suite du tragique effondrement de l’usine Rana Plaza au Bangladesh, qui a coûté la vie à plus de 1.100 travailleurs et travailleuses de la confection qui n’avaient pas le droit de refuser un travail dangereux. En réfléchissant aux progrès réalisés au Bangladesh, Clara Kamphorst, de l’Accord, a déclaré aux participants qu’à ce jour, l’Accord a

En 2022, l’accord a été étendu au Pakistan :

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Le secteur du textile et de la confection a connu certaines des pires tragédies du monde du travail, ce qui y rend le travail sur la santé et la sécurité au travail encore plus crucial. À l’écoute des participants, cette réunion a montré qu’il existe des défis similaires dans tous les pays de la région MENA et de l’Afrique subsaharienne. Cela incite fortement à poursuivre la coopération pour trouver des solutions”.

* NDT : MENA (acronyme l’anglais Middle East and North Africa utilisé par convention pour désigner la région Moyen-Orient et Afrique du Nord)

L'écart salarial hommes-femmes persiste

Pour y remédier, IndustriALL a lancé l'an dernier son Pay Equity Toolkit, une trousse à outils conçue par l'experte mondiale sur l'égalité de rémunération et la violence fondée sur le sexe Jane Pillinger, qui propose aux organisations syndicales des stratégies pour s'attaquer à l'inégalité de rémunération. Principalement, ces mesures consistent à sensibiliser les gens, à promouvoir la transparence des rémunérations, à éliminer les causes structurelles et à apporter un soutien aux travailleuses sous-payées des secteurs formel comme informel.

À partir de cette trousse à outils, IndustriALL élabore des modules de formation pour aider les syndicats à calculer, faire rapport et négocier sur le thème de l'égalité de rémunération. Des formations auront lieu en Ouganda et en Turquie en 2024 avec le soutien de la FES.

Statistiques importantes de l'OIT (2024) :

Selon la directrice d'IndustriALL en charge des questions de genre, Armelle Seby :

"Pour le comité des femmes, la lutte contre la persistance de l'écart de rémunération entre hommes et femmes est une priorité pour IndustriALL. La trousse à outils ainsi que les modules de formation visent à mieux préparer les affiliés à mieux comprendre en quoi consiste l'écart de rémunération entre hommes et femmes et comment procéder à des évaluations de neutralité des postes afin de combattre la sous-évaluation du travail des femmes. Le module de formation consiste pour une bonne part à former les syndicats à négocier sur tous ces éléments. La formation des membres des équipes de négociation est essentielle pour donner aux syndicats les moyens de mettre la valeur des emplois, y compris les emplois féminisés, au centre de la négociation collective et du dialogue social."   

33.000 salariés de Boeing en grève

Une majorité écrasante de 94 % a voté pour le rejet de l’offre et 96 % ont voté en faveur de la grève. Les travailleurs sont frustrés par des années de stagnation des salaires et par les concessions faites sur les retraites et les soins de santé pour maintenir des emplois délocalisés.

Dans une déclaration, l’IAM s’est engagée à :

“Continuer à se battre pour une convention qui réponde aux besoins des salariés, avec une forte solidarité à travers l’Amérique du Nord pour soutenir la grève. Les travailleurs le disent, notre avenir tient dans notre combat”.

Georg Leutert, Directeur de l’aérospatiale pour IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“Nous sommes solidaires des travailleurs de Boeing, qui ont raison de faire grève pour exiger de meilleures conditions de vie pour eux et leurs familles. Nous les soutenons dans cette période difficile et espérons qu’un accord acceptable et bénéfique pourra être conclu.”

Illustration : site de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (IAM)

Au Pérou, les travailleurs de Smurfit Kappa en grève pour un salaire de subsistance

Faute d'un accord avec la direction de l'entreprise, le Syndicat national des travailleurs de Smurfit Kappa Peru, membre de la FETRIMAP, elle-même affiliée à IndustriALL Global Union, a rompu le processus de négociation collective le 16 juillet, qualifiant de ridicule la hausse des salaires proposée par la direction.

Le 24 juillet, le syndicat avait manifesté pacifiquement au siège de Paramonga de Smurfit Kappa Peru, filiale de Smurfit Westrock, leader mondial des emballages durables. Des membres du syndicat ont déclaré aux médias que leur but est d'obtenir les avancées réclamées en mai, dont une hausse des salaires, afin d'obtenir la signature d'une meilleure convention collective pour les travailleurs.

Le 11 août, le syndicat a approuvé une grève générale illimitée, reconnue légale par la Direction générale du travail de la province de Lima le 3 septembre. Le lendemain, cette même direction convoquait les parties à une réunion hors procédure pour tenter d'arriver à un accord sur les revendications du syndicat pour 2024 et 2025.

Or, Smurfit Kappa Peru ne s'est pas présentée à la réunion, ce que le syndicat a interprété comme un désintérêt pour les revendications des travailleurs et la menace de grève. En conséquence, le Syndicat national des travailleurs de Smurfit Kappa Peru est entré en grève le 6 septembre.

Dans un communiqué, le syndicat a déclaré :

"C'est une date historique pour nos collègues qui travaillent chez Smurfit Westrock Peru. Nous devions y arriver pour confronter nos peurs et nous affirmer; il fallait agir. La direction essaie de répandre la peur et les conflits parmi nos collègues en diffusant des mensonges. Aujourd'hui, nous sommes prêts à nous battre et à montrer que nous sommes unis. Nous sommes unis dans notre combat et, ensemble, nous sommes forts. Le poing levé, nous exigeons un changement face à tant d'indifférence."

Le secrétaire général adjoint de la FETRIMAP, Julián Alfaro, a déclaré :

"Notre syndicat conteste la position de l'entreprise, pour laquelle "il ne peut y avoir de négociation tandis qu'il y a des grèves". Cette politique, recommandée par le cabinet d'avocats Vinatea & Toyama, exacerbe les conflits du travail, tant chez Smurfit Kappa Peru que dans d'autres entreprises privées où les syndicats sont présents. Mais nous continuerons à soutenir les syndicalistes et à leur fournir une assistance juridique pour que leurs cahiers de revendications pour 2024 et 2025 soient satisfaits."

Le combat des travailleurs de Smurfit Kappa Peru pour la défense de leurs droits au travail et pour l'obtention d'un salaire de subsistance a aussi reçu le soutien du réseau des travailleurs de Smurfit Kappa d'IndustriALL en Amérique latine. Ce réseau régional a organisé des campagnes de soutien aux travailleurs et il suit les négociations de près. Le but est de montrer qu'il est important de donner des moyens d'action aux syndicats, pas seulement au niveau national, mais aussi régionalement et internationalement.

Pour le secrétaire régional adjoint d'IndustriALL, Christian Alejandro Valerio :

"L'entreprise doit respecter le droit des travailleurs de faire grève et promouvoir le dialogue pour répondre aux revendications des travailleurs de Smurfit Peru et arriver à un accord.

"La montée des pratiques antisyndicales dans les départements des ressources humaines est préoccupante, dans les firmes locales comme dans les multinationales. Cette tendance est encouragée par des cabinets d'avocats et des consultants locaux qui cherchent à empêcher un dialogue qui devrait normalement s'instaurer entre employeurs et travailleurs." 

Un travailleur d'ArcelorMittal victime d'un choc électrique au Brésil

D'autres accidents ont été signalés en septembre dans les usines d'ArcelorMittal du monde entier, avec notamment le décès d'un travailleur électrocuté à Kryvyi Rih, en Ukraine, et un autre écrasé dans un laminoir au Venezuela.

Pour IndustriALL,  ArcelorMittal n'accorde jamais la priorité à la santé et la sécurité, comme le montrent tragiquement les 314 décès survenus sur ses sites entre 2012 et 2023, auxquels il faudrait ajouter tous les incidents non déclarés.

Patrick Correa, le directeur d'IndustriALL en charge des métaux de base, a déclaré :

"Ce dernier accident tragique envoie à nouveau un message clair : la santé et la sécurité des travailleurs d'ArcelorMittal ne peuvent plus être négligées. Il est inacceptable que des vies soient encore mises en danger au nom du profit. Nous exigeons de la direction qu'elle prenne immédiatement des mesures concrètes pour assurer un lieu de travail sûr et respectueux. Le 13 septembre, des syndicats du monde entier se rassembleront pour faire entendre la voix des travailleurs, réclamer le changement et rappeler à tous ceux qui sont concernés qu'aucun travailleur ne devrait risquer sa vie pour un emploi."

Devant l'augmentation du bilan humain sur les sites de l'entreprise, le 13 septembre, IndustriALL a manifesté avec IndustriALL Europe et des affiliés du monde entier pour une journée d'action mondiale pour dire : Ça suffit !