Les travailleurs des matériaux de construction obtiennent des avancées majeures pour le travail décent et la transition juste

IndustriALL Global Union, accompagnée de l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), avec leurs affiliés, et avec le soutien de la Confédération syndicale internationale, d'IndustriALL European Trade Union et de la Fédération européenne des travailleurs et du bois, emmenait la délégation du groupe des travailleurs à la réunion tripartite qui s'est tenue à l'Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, du 23 au 27 septembre, pour adopter des conclusions et des recommandations en vue d'une action future dans le but de remodeler cette importante industrie.

D'après les calculs de l'OIT, le secteur fournit des emplois à plus de 50,35 millions de travailleurs et représente jusqu'à 5,4 pour cent du PIB mondial. Cette réunion était la première d'une série pour le secteur, et elle a mis en lumière l'importance d'agir pour assurer une transition juste et des emplois décents aux travailleurs tout en répondant à la nécessité de la décarbonation pour un avenir environnementalement durable.

Le groupe des travailleurs a pu obtenir des engagements majeurs. Il s'agit notamment d'une reconnaissance du fait qu'un dialogue social fondé sur le respect de la liberté syndicale et du droit de négocier collectivement est indispensable à la mise en place de politiques qui promeuvent le travail décent et soutiennent une transition juste dans l'industrie. Cela suppose une collaboration entre les employeurs et les organisations syndicales dans l'élaboration de plans pour une transition juste, tant au niveau du secteur qu'à celui de l'entreprise.

Les gouvernements sont instamment invités à veiller à ce que les entreprises, dont les multinationales, respectent les droits humains et les droits au travail et que les règles régissant les marchés publics imposent strictement la protection des travailleurs, comme par exemple la santé et la sécurité au travail.

Il faut ajouter à cela l'importance des stratégies pour le perfectionnement des compétences et l'apprentissage tout au long de la vie, avec les stages, pour aider les travailleurs comme les entreprises à s'adapter aux changements dans l'industrie. Les conclusions et les recommandations insistent sur la nécessité d'un accès universel à des systèmes de protection sociale complets, en particulier pour les travailleurs migrants et ceux affectés par le changement climatique et le passage à des économies vertes. Un autre effort dont la nécessité est reconnue est celui de s'attaquer aux risques professionnels, parmi lesquels l'exposition à des substances nocives et les lésions résultant du travail manuel.

Les participants ont chargé l'OIT de plusieurs initiatives, dont l'élaboration de principes directeurs pour promouvoir le travail décent, la réalisation d'évaluations du marché du travail spécifiques à l'industrie et le renforcement du dialogue social. L'OIT contribuera aussi à l'identification et à la gestion des maladies professionnelles liées aux nouveaux matériaux et elle collaborera à des mesures d'élimination des risques. Elle organisera aussi des projets de développement et des réunions régionales pour traiter des questions relatives au travail dans l'industrie des matériaux de construction à la lumière des principes directeurs et des normes internationales du travail.

Pierre Cuppens, secrétaire général du syndicat belge CSC Bâtiment-Industrie & Énergie (CSCBIE), présidait la délégation du groupe des travailleurs, composée de dirigeants syndicaux et d'experts d'affiliés d'IndustriALL et de l'IBB d'Afrique du Sud, d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique, du Brésil, du Canada, des États-Unis, de Géorgie, du Honduras, d'Inde, d'Indonésie, du Liban, de Maurice, du Royaume-Uni et du Zimbabwe.

"Ce fut une semaine de négociations acharnées et de dialogue franc. Nous sommes fiers de ce que nous avons réalisé. Par la collaboration avec les représentants des travailleurs, cet accord prévoit un dialogue social à tous les niveaux, traite des risques pour la santé et la sécurité, soutient des plans pour une transition juste, élabore des stratégies de compétences et préconise des systèmes de protection sociale durables pour tous,"

a déclaré Pierre Cuppens.

La secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christine Olivier a ajouté :

"Cet accord qui fera date est un engagement partagé pour une croissance responsable. Le secteur est maintenant en mesure de bâtir non seulement des infrastructures mais aussi un monde plus juste et durable pour nos membres et leurs familles. Il est de notre devoir, en tant que représentants des travailleurs, de toujours faire en sorte que les travailleurs ne soient pas laissés de côté dans les transitions."

Photo: © Alioune Ndiaye / ILO.

Les syndicats argentins condamnent les réformes du travail de Milei

Au cours des derniers mois, les affiliés argentins d’IndustriALL ont organisé plusieurs marches et autres campagnes pour protester contre la nouvelle loi, avertissant que les réformes affecteront les travailleurs et travailleuses dans tous les secteurs de la société. Ils ont exprimé leurs regrets lorsque la réforme a finalement été adoptée en juin, considérant qu’il s’agissait d’un pas en arrière pour les droits des travailleurs.

Les nouvelles réglementations réforment le droit du travail du pays. Elles introduisent, par exemple, de nouveaux fonds d’indemnités de licenciement qui remplacent le système établi par la législation précédente et négocié dans le cadre des conventions collectives. Les employeurs et les travailleurs ont désormais la possibilité de remplacer les indemnités de licenciement par ce nouveau système.

Le règlement précise que l’objectif du nouveau système est de “remédier à l’incertitude et aux coûts élevés liés aux licenciements et aux indemnités de départ en République argentine”, “d’assurer une plus grande stabilité dans les relations de travail” et “de promouvoir la compétitivité des entreprises et la stabilité de l’emploi”.

Ce fonds sera mis à la disposition des employeurs et des travailleurs en remplacement de l’indemnité de licenciement fondée sur l’ancienneté prévue par le droit des contrats de travail, ainsi que de toute autre indemnité calculée sur la base de cette indemnité.

La fédération syndicale argentine CTA a condamné cette réforme au motif que le nouveau système pouvant remplacer toute indemnité connexe, il pourrait être utilisé dans presque tous les types de licenciements, ce qui, selon elle, pourrait conduire à ce que la réforme soit jugée inconstitutionnelle.

La CTA a dénoncé le fait que, si les parties sont d’accord, le nouveau système peut être appliqué aux relations de travail qui ont débuté avant l’entrée en vigueur du système. Elle n’est pas non plus d’accord pour que l’indemnisation des travailleurs soit gérée par le biais de fonds mutuels de licenciement ouverts et gérés par des institutions financières à des fins lucratives, car cela signifie que les travailleurs n’ont aucune garantie en cas de liquidation des fonds pour des questions financières ou autres raisons externes.

Les syndicats ont critiqué cette réglementation parce qu’elle renforce la catégorie des “travailleurs indépendants”, qui peuvent être occupés avec un maximum de trois autres “collaborateurs” indépendants sans qu’il soit nécessaire d’établir une relation de travail. Les syndicats considèrent qu’il s’agit là d’un moyen de dissimuler des relations de travail afin d’éviter de devoir payer les indemnités correspondantes.

Après une réunion conjointe de leurs comités nationaux, la CTA et la CTA A ont confirmé qu’elles renforceraient leurs liens afin de lutter contre les réformes du gouvernement Milei qui portent atteinte aux droits des travailleurs. Elles ont fermement condamné la loi dite omnibus et les réformes et réglementations du travail qui y sont liées, qui “accordent un pouvoir absolu aux entreprises et aux emplois dépourvus de droits pour les travailleurs”.

Depuis le mois de mai, le Comité exécutif régional d’IndustriALL a travaillé sur un plan d’action syndical en réponse aux attaques permanentes du gouvernement Milei contre les travailleurs et travailleuses d’Argentine. Il a également publié une déclaration condamnant les réformes proposées par le gouvernement Milei pour promouvoir la désindustrialisation du pays, déréglementer l’économie, réduire la taille de l’État et son intervention et revenir sur des centaines de lois qui protègent les droits individuels et collectifs des travailleurs.

Voici ce qu’a déclaré Cristian Alejandro Valerio, Secrétaire régional adjoint d’IndustriALL :

“Tous les travailleurs argentins doivent s’unir contre les assauts du gouvernement Milei et de ses commanditaires locaux et internationaux. Par l’intermédiaire de leurs représentants syndicaux, les travailleurs et travailleuses doivent élaborer des stratégies pour tenter de compenser ou de limiter l’impact de ces mesures et empêcher d’autres attaques, plus profondes, contre le droit du travail argentin.”

Un an de grève pour une convention équitable chez Caterpillar Mexico

Les travailleurs du SNITIS, aussi connus sous l'appellation Mouvement 20/32, sont entrés en grève le 22 septembre de l'an dernier après avoir épuisé toutes les voies de conciliation collective prévues par la législation mexicaine sans obtenir un accord qui réponde à leurs attentes.

Un an plus tard, le SNITIS est toujours en grève parce qu'il n'y a pas eu de véritable négociation avec Caterpillar pour trouver une réponse à l'ensemble des revendications des travailleurs. Les travailleurs se sont mis en grève pour réclamer le respect de leurs droits syndicaux après le licenciement abusif d'un leader syndical, Victor Manuel Vergara, qui a été réintégré depuis sous la pression publique.

Pour le SNITIS, juge que Caterpillar veut le briser et soumet ses adhérents à des discriminations. Le syndicat accuse la direction de recourir à des tactiques telles que l'intimidation, les représailles et l'exclusion des membres du syndicat, autant de violations des normes internationales du travail et du droit du travail mexicain. D'après le syndicat toujours, ces tactiques sont utilisées pour affaiblir la force collective des travailleurs et saper leur droit de s'organiser et de négocier collectivement.

Les travailleurs réclament :

Caterpillar affiche un bénéfice total de plus de 9 milliards de dollars pour 2023, confirmant le sentiment des travailleurs qu'une hausse des salaires est une demande raisonnable et justifiée et dont l'entreprise a les moyens.

Pour le directeur d'IndustriALL en charge de l'ingénierie mécanique, Patrick Correa :

"IndustriALL et le réseau syndical mondial de Caterpillar sont déterminés à soutenir ces travailleurs dans leur combat pour la justice. Nous exhortons Caterpillar à prendre les mesures nécessaires pour trouver rapidement une issue. Nous sommes ouverts à un dialogue constructif, dans le respect des principes d'équité et de respect des droits des travailleurs, afin que ce conflit trouve une solution."

"Nous appelons aussi les organisations syndicales internationales à rester actives et soutenir le combat des travailleurs pour la justice sociale, qui ne se limite pas au cas du Mexique. Ils sont un exemple pour les travailleurs du monde entier qui luttent pour leurs droits."

Les syndicats réclament de meilleures protections des droits de l'homme dans le secteur des métaux de base

Avec de nouveaux cadres légaux tels que la Directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (DDVMD) qui entre en application, les multinationales vont subir des pressions accrues pour qu’elles remédient aux violations des droits humains dans leurs chaînes d'approvisionnement mondiales. Le secteur des métaux de base, qui inclut l’acier, l’aluminium et autres métaux essentiels, est particulièrement exposé à ces violations du fait de la complexité de ses chaînes d'approvisionnement, de la dangerosité des milieux de travail et de pratiques relevant de l’exploitation dans l’extraction des matières premières.

Les participants à l’atelier ont souligné que la DRDH est un outil puissant de nature à imposer aux entreprises de revoir leur approche de ces risques. Le secteur est de plus en plus sous la loupe et de nombreuses parties prenantes réclament de meilleures protections de la santé et la sécurité pour les travailleurs et de meilleurs garde-fous environnementaux pour les salariés comme pour les communautés près desquelles il opère.

Aline Conchon, cheffe du département de politique des entreprises chez IndustriALL Europe, a expliqué que la DRDH ne doit pas se limiter à des déclarations de façade des entreprises.

"Il s'agit de transformer le mode de fonctionnement des entreprises en donnant la priorité aux droits des travailleurs, notamment en faisant que le droit d'organisation et de négociation collective soit protégé tout au long de la chaîne d'approvisionnement."

Avec les lois sur la DRDH qui se multiplient en Europe et ailleurs, les organisations syndicales sont appelées à jouer un rôle fondamental en veillant à ce que ces cadres se traduisent en actes concrets. En participant à tous les stades du processus de la DRDH, depuis l'évaluation des risques jusqu'à la négociation de plans d'action, les syndicats peuvent mettre en avant les droits des travailleurs.

Patrick Correa, le directeur d'IndustriALL Global Union en charge des métaux de base, insiste sur l'importance de la participation syndicale :

"Sans une participation pleine et entière des syndicats, le devoir de vigilance risque de devenir une promesse vide."

À mesure que les lois sur la DRDH entrent en application, les syndicats sont déterminés à demander des comptes aux entreprises, en veillant à ce que le devoir de vigilance en matière de droits de l'homme ne serve pas seulement à mettre les entreprises à l'abri des risques juridiques, mais aussi à protéger les travailleurs contre l'exploitation et les mauvais traitements. C'est un grand pas en avant vers une responsabilité élargie des entreprises et une meilleure protection des travailleurs dans le secteur des métaux de base et ailleurs.

Christina Olivier, secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Global Union, a déclaré :

"Les entreprises ne peuvent plus ignorer leurs obligations en matière de respect des droits de l'homme dans leurs exploitations. Pour les syndicats, c'est une occasion unique de transformer les cadres de diligence raisonnable en améliorations concrètes, tangibles pour les travailleurs, en particulier dans les secteurs à haut risque, comme celui des métaux de base."

Pendant l'atelier, les discussions ont aussi porté sur la nécessité pour les syndicats de vérifier les résultats des entreprises et de veiller à ce que chaque engagement pris par des entreprises en matière de droits de l'homme se concrétise, en particulier dans les secteurs à haut risque pour les travailleurs.

Cet atelier s'inscrit dans une initiative plus large d'IndustriALL Global Union et d'IndustriALL Europe pour renforcer les capacités des syndicats dans des secteurs à haut risque tels que le textile, les industries extractives et les sous-traitants de l'automobile. Au cours des deux prochaines années, des activités similaires fourniront à des leaders syndicaux les outils nécessaires pour faire appliquer la DRDH sur leurs lieux de travail. Cette initiative s'achèvera en 2026 par une grande conférence pendant laquelle des représentants de syndicats partageront leurs stratégies et leurs recommandations avec des responsables politiques.

La secrétaire générale d'IndustriALL Europe, Judith Kirton-Darling, a conclu en ces termes :

"Les syndicats ont toujours pris la tête de la défense des droits des travailleurs, et la DRDH nous fournit un nouvel outil puissant pour arriver à cette fin. C'est à nous de veiller à ce que les cadres de diligence raisonnable soient modelés par les travailleurs qu'ils sont censés protéger."

Les travailleurs du secteur du caoutchouc le disent : “si nous sommes unis, nous pouvons secouer le monde”

Organisée sous les auspices de Lastik-Is, affilié d’IndustriALL, à Izmit, en Turquie, la réunion a rassemblé des participants de 20 pays, dont la France, l’Italie, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Thaïlande.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a ouvert la réunion en soulignant la nécessité d’une plus grande représentation des femmes dans le secteur.

Alaaddin Sari, Président de Lastik-Is, a fait écho à ces propos en soulignant l’importance de l’unité :

“Notre état d’esprit est qu’une attaque contre l’un de nous est une attaque contre nous tous, l’unité est très importante pour nous et nous remercions IndustriALL d’avoir organisé cette réunion avec nous. En tant que travailleurs et travailleuses du pneumatique, nous devons nous unir non seulement pour nous, mais aussi pour l’ensemble du monde du travail.”

Le Directeur d’IndustriALL pour le caoutchouc, Tom Grinter, a présenté une vue d’ensemble du secteur et a souligné les défis auxquels il est confronté, tels que les pertes d’emplois, les bas salaires, le travail précaire et l’impact de la numérisation.

Une attention particulière a été accordée à des pays comme la Turquie, la Thaïlande et le Brésil, où les travailleurs sont confrontés à des conditions difficiles, notamment des chaleurs extrêmes, à des environnements de travail dangereux et à des droits syndicaux limités. La section s’est à nouveau engagée à travailler en priorité en Turquie, en Thaïlande, en Indonésie, au Mexique, au Brésil et au Liberia.

Les débats ont porté sur les principaux défis auxquels sont confrontés les travailleurs dans les grandes entreprises multinationales. Des travailleurs de France, d’Italie, de Thaïlande, d’Indonésie, du Brésil, d’Afrique du Sud, d’Amérique du Nord, du Liberia, d’Allemagne, du Mexique, de Turquie et du Royaume-Uni ont exposé le contexte dans leurs entreprises. Les thèmes communs qui sont apparus sont les pertes d’emploi, le travail précaire, les questions de santé et de sécurité, les bas salaires, la délocalisation de la production vers des pays à faibles coûts, l’absence d’avantages sociaux et la numérisation.

La santé et la sécurité sont apparues comme des préoccupations majeures, les travailleurs de Hongrie, de Pologne et d’Allemagne faisant état d’une exposition au bruit, à la poussière et aux produits chimiques, ainsi que d’une ventilation et d’un éclairage médiocres. Les problèmes de santé mentale sont également fréquents.

L’un des principaux points à l’ordre du jour était la sous-représentation des femmes dans le secteur. Les syndicats se sont engagés à combler les écarts entre les hommes et les femmes en matière de rémunération, de progression de carrière, de santé et de sécurité, tout en promouvant l’enseignement des STIM pour les femmes et en insistant sur la mise en œuvre de la Convention 190 de l’OIT sur la violence fondée sur le genre. Les affiliés on montré l’exemple en élisant la première femme coprésidente pour ce secteur, Elena Petrosino de l’affilié italien FILCTEM-CGIL.

Le secteur a analysé la délocalisation de la production de pneumatiques et la domination croissante de l’Asie, en particulier de la Chine. En effet, le marché chinois des pneumatiques devrait connaître un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 7,22 % entre 2023 et 2030 et près de la moitié des marques de pneumatiques à la croissance la plus rapide dans le monde sont chinoises. Les moteurs de cette croissance sont l’expansion de la production automobile, la présence des principaux équipementiers de pneumatiques, l’augmentation du revenu disponible et du nombre de propriétaires de véhicules, la pénétration croissante des marques chinoises et des ventes de SUV, ainsi que la présence de centres de production automobile.

Les changements dans le secteur automobile, tels que les véhicules électriques et la diligence raisonnable au niveau de la chaîne d’approvisionnement, ont été abordés par le Directeur sectoriel Georg Leutert, qui a mis en garde contre la domination croissante de la Chine et exposé la nécessité pour les syndicats d’exiger des protections plus fortes en matière de droits de l’homme.

Kemal Özkan a clôturé la réunion par un appel à l’action :

“Le monde devient de plus en plus inégal. Avec votre détermination, nous pouvons combler ce fossé et obtenir des succès”.

Organiser dans un contexte économique difficile dans l'industrie du vêtement au Zimbabwe

Il semble que le chômage avoisine les 90 pour cent dans une économie essentiellement informelle et la reprise est lente, l'activité manufacturière industrielle ne redémarrant pas. Pourtant, même dans un environnement économique difficile, avec des licenciements qui ont fait fondre leurs effectifs, les syndicats résistent.

Le Syndicat national de l'industrie du vêtement (NUCI), qui est affilié à IndustriALL Global Union, explique qu'il arrive à conserver ses adhérents grâce à une stratégie d'organisation ancrée dans de meilleures relations professionnelles et négociations collectives. Actuellement, les salaires des travailleurs sont fixés par les syndicats et le Conseil national de l'emploi de l'industrie du vêtement par le biais d'une convention collective sectorielle. Le salaire minimum est de 180 $ et le syndicat fait campagne pour obtenir des salaires de subsistance de plus de 250 $.

Une des usines couvertes par la convention collective est Enbee, qui confectionne les uniformes scolaires et où le NUCI compte plus d'une centaine de membres. Certains ont déclaré à IndustriALL pendant la visite d'un atelier à Harare, le 27 septembre, qu'ils y travaillaient depuis plus de 40 années pendant lesquelles ils ont contribué au succès de la marque d'uniformes. Ils ont aussi exprimé leur attachement à leur syndicat.

Selon le syndicat, le brassage des générations au sein de l'entreprise permet aux jeunes travailleurs de profiter des compétences de leurs aînés dont certains sont devenus contremaîtres, parmi lesquels des femmes employées dans diverses fonctions. Certains jeunes du NUCI ont aussi participé activement aux activités d'organisation syndicale avec le soutien du bureau régional d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne.

À propos de la crise économique que connaît le Zimbabwe, le NUCI estime que la plupart des grandes entreprises textiles et d'habillement ont dû fermer à cause de l'hyperinflation, de la crise monétaire, des coupures d'électricité et de la pénurie d'eau. En outre, une importation de vêtements et de textiles à hauteur de 95 pour cent et les vêtements de seconde main ont eu pour effet que la production locale n'est plus rentable et ses articles sont devenus trop chers. Par exemple, une chemise confectionnée sur place peut coûter jusqu'à 15 $ à sa sortie d'usine, contre à peine 2 $ pour une chemise de seconde main venant de dons en Europe. Par ailleurs, des coûts de production élevés et un exode de la main-d’œuvre qualifiée vers les pays voisins pèsent aussi sur l'industrie du textile et de l'habillement.

La chaîne de valeur locale allant de la culture du coton au vêtement, autrefois prospère, s'est affaiblie aussi. Or, ce qui reste de la production locale de coton est exporté plutôt qu'être utilisé localement. Les données officielles confirment que les petits cultivateurs préfèrent exporter leur coton à des prix plus élevés.

Quoi qu'il en soit, malgré une situation économique dramatique, des lueurs d'espoir subsistent pour l'industrie déclare Joseph Tanyanyiwa, le secrétaire général du Syndicat national de l'industrie du vêtement.

"Le syndicat continue d'assurer ses services aux membres malgré un contexte économique difficile. Au niveau des politiques, nous continuons à faire pression sur les autorités gouvernementales et municipales pour qu'elles relancent l'industrie du textile et de l'habillement par des marchés publics et des politiques d'approvisionnement qui créent des emplois sur place. Nous voulons croire qu'avec des interventions politiques appropriées l'industrie du vêtement peut revivre."

"Nous saluons la résilience des organisations syndicales de l'industrie du textile et de l'habillement du Zimbabwe qui organisent dans des conditions difficiles marquées par une crise économique et du coût de la vie. Cela souligne l'importance de l'engagement syndical au service de ses adhérents,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

Les autres affiliés d'IndustriALL qui représentent les travailleurs du textile, de l'habillement, de la chaussure et du cuir au Zimbabwe sont le Syndicat des travailleurs du textile du Zimbabwe et le Syndicat des travailleurs du cuir, de la chaussure et apparentés du Zimbabwe.

Un responsable de Yura agresse physiquement des travailleuses au sein de l’usine de l’entreprise en Serbie

Le Syndicat autonome des métallurgistes de Yura Leskovac a condamné l’agression, tenant Yura pour responsable de la promotion d’une culture de la violence et du manque de respect envers les travailleurs. Selon le syndicat, les travailleuses concernées ont été menacés de licenciement après l’agression, ce qui n’a fait qu’aggraver les choses. Une enquête de police est en cours.

Le syndicat a soulevé d’autres préoccupations, mettant en doute l’affirmation de la direction selon laquelle les caméras de surveillance n’étaient pas opérationnelles le jour de l’aggression. Il est courant que ces caméras surveillent les travailleurs au quotidien, ce qui rend cette défaillance particulièrement suspecte. Le syndicat a demandé à Yura soit d’expliquer cette anomalie et de fournir les images de la première équipe le jour de l’incident, soit de retirer la vidéosurveillance de toutes les usines Yura. Selon le syndicat, il est inacceptable que des caméras soient utilisées pour surveiller les fautes éventuelles des travailleurs, mais qu’elles ne fonctionnent pas dès lors qu’il s’agit de déterminer la responsabilité pénale de dirigeants ou d’autres parties responsables.

Ce dernier incident a intensifié les revendications visant l’amélioration de la protection du lieu de travail et des mesures immédiates contre le responsable concerné. Le syndicat exprime depuis longtemps ses préoccupations quant aux pratiques abusives de Yura, qui se sont intensifiées dans le cadre d’une campagne antisyndicale plus large. Les travailleurs ont subi des pressions pour démanteler leur syndicat et les cas de violence verbale et physique sont de plus en plus fréquents.

En réponse aux informations diffusées par les médias selon lesquelles le responsable avait été suspendu, le syndicat demande à Yura de confirmer officiellement cette suspension et de rendre publiques les mesures disciplinaires prises au sein de l’usine. Il a également lancé une pétition demandant que le permis de travail de M. Kang soit révoqué et que les inspections soient renforcées chez Yura. Le syndicat est prêt à prendre d’autres mesures si ces revendications continuent d’être ignorées.

Cet incident survient dans le contexte d’une lutte permanente des travailleurs et travailleuses du site de Yura à Leskovac pour obtenir des salaires équitables et des conditions de travail décentes. Soutenus par industriAll Europe et IndustriALL Global Union, les salariés ont protesté contre les tactiques antisyndicales et les politiques salariales punitives de l’entreprise. Le syndicat a déjà entamé des grèves et déposé une plainte officielle auprès des autorités allemandes concernant le respect par Yura de la loi allemande sur la diligence raisonnable en matière de chaîne d’approvisionnement.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Il est absolument inacceptable que des travailleurs ou travailleuses soient victimes de violences sur leur lieu de travail. La direction doit réagir immédiatement pour assurer la sécurité de ses salariés et doit engager un dialogue avec le syndicat pour rectifier les mauvaises pratiques ainsi que veiller à ce que cette culture toxique prenne fin. IndustriALL Global Union et industriAll Europe continueront à mobiliser la solidarité en faveur des camarades serbes jusqu’à ce que justice soit faite.”

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a exprimé son soutien aux travailleurs et travailleuses de Yura ainsi qu’à leur syndicat :

“Je tiens à exprimer l’entière solidarité de tous les travailleurs et travailleuses européens à nos courageux collègues de Yura Leskovac. Nous vous soutenons fermement dans votre lutte pour la dignité, un traitement équitable et la sécurité au travail. Nos pensées vont aux travailleuses blessées ; nous leur souhaitons un prompt et complet rétablissement. La direction de Yura doit immédiatement indemniser les victimes de cet effroyable incident et prendre la responsabilité de garantir la santé et la sécurité de tous ses salariés. Le syndicat est la voix légitime des travailleurs et doit être respecté. Nous appelons Yura à engager un dialogue constructif avec le syndicat, à mettre fin à la violence et à l’intimidation et à protéger les droits de ses salariés.”

Pour plus d’informations et pour soutenir la campagne, veuillez signer la lettre de protestation demandant à Yura de cesser ses activités antisyndicales.

Le gouvernement ghanéen révoque la licence d’exploitation de la mine de Bogosa-Prestea par suite d’une pétition syndicale

L’une des raisons de cette révocation est le non-paiement des salaires et des prestations sociales dans les délais impartis. Les travailleurs n’ont reçu dernièrement que leurs salaires pour décembre 2023 et janvier 2024 et n’ont plus été payés depuis. Les versements pour leurs pensions et autres prestations sont également en souffrance.

La société minière britannique Future Global Resources (FGR) a acquis la mine en 2020 à condition qu’elle y investisse. Cependant, FGR, qui détient 90 % des parts de la mine, n’a pas investi ni développé la mine et s’est au contraire endettée auprès de ses fournisseurs. Le gouvernement ghanéen détient les 10 % restants.

Depuis de nombreuses années, la communauté de Prestea s’inquiète de la pollution des sources d’eau par les sociétés d’extraction d’or, dont FGR. Les craintes de la communauté ont été aggravées par l’inondation du Puits central. Le Puits Bondaye n’a quant à lui qu’une seule pompe en état de marche, tandis que certains puits à ciel ouvert sont exploités à faible échelle et de façon artisanale par des creuseurs.

En outre, certaines zones de l’installation de stockage des résidus ont été négligées et l’usine de traitement est dans un état de délabrement avancé, selon l’avis de résiliation du gouvernement. Selon le syndicat, cela montre que FGR n’a pas assumé ses responsabilités environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).

“FGR n’a pas la capacité financière d’injecter les capitaux nécessaires dans la mine de Bogoso-Prestea et a démontré dans les faits son incapacité à justifier auprès de la commission des minéraux, au cours de la période de préavis de 120 jours, pourquoi le bail minier ne devrait pas être résilié”,

a écrit le syndicat dans une pétition adressée au Parlement ghanéen.

Tenant compte des pétitions et des manifestations du syndicat et d’autres parties prenantes, le ministère des ressources foncières et naturelles a mis fin à la licence d’exploitation minière le 18 septembre.

“La décision de mettre fin à la licence d’exploitation minière a été entérinée après avoir pris connaissance de divers rapports d’une commission des ressources minières ainsi que d’un comité ministériel constitué pour examiner les activités de la société ainsi qu’à l’issue de consultations approfondies avec toutes les parties prenantes impliquées dans cette affaire”,

a écrit le ministère dans un communiqué. Le ministère a déclaré qu’il recherchait d’autres investisseurs pour reprendre la mine et a depuis nommé une équipe intérimaire pour superviser les activités.

Le GMWU, affilié à IndustriALL, est favorable à la reprise de la production dans la mine, ce qui profitera aux travailleurs.

“Une assemblée syndicale avait décidé d’entreprendre une série de manifestations, de piquets de grève et de marches de protestation si le ministre refusait de résilier le bail minier pour permettre à d’autres investisseurs potentiels de reprendre le site et de le gérer pour le plus grand bien de toutes les parties prenantes”,

a déclaré Abdul-Moomin Gbana, Secrétaire général du GMWU.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a déclaré :

“FGR doit payer les salaires et les prestations sociales dues et l’équipe intérimaire doit veiller à ce que les emplois soient protégés. En outre, le gouvernement doit faire respecter les lois environnementales afin de garantir la protection des sources d’eau des communautés riveraines contre la pollution”.

Le réseau syndical mondial de Caterpillar s’engage à soutenir les travailleurs et à exiger des changements

La réunion a rassemblé des représentants syndicaux du monde entier en vue de relever les défis et de tracer la voie d’une action collective. Le sentiment d’urgence était palpable, les délégués partageant des histoires de luttes ouvrières aux États-Unis, en Irlande du Nord et au Mexique.

La dépendance croissante de Caterpillar à l’égard de l’externalisation et sa réticence à s’engager dans un véritable dialogue social ont été des thèmes communs tout au long des discussions.

Malgré le ralentissement mondial du secteur de la construction, les performances financières de Caterpillar restent solides. Toutefois, les représentants syndicaux ont souligné que ce succès avait un coût pour la main-d’œuvre.

Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a déclaré :

“Caterpillar prospère, mais ses travailleurs et travailleuses sont réduits à la portion congrue. Les profits de l’entreprise ne doivent pas se faire au détriment de salaires équitables et du respect des droits des travailleurs”.

L’une des principales préoccupations soulevées lors de la réunion a été la poursuite de la stratégie de nivellement par le bas de l’entreprise, qui consiste à délocaliser la production dans des pays à bas salaires, en n’offrant aux travailleurs de ces régions qu’une protection limitée. Le cas du Mexique, en particulier, a été mis en exergue.

Au Mexique, à Nuevo Laredo, les travailleurs et travailleuses de l’usine Caterpillar Tecnología Modificada sont en grève depuis plus d’un an, réclamant des salaires équitables et la reconnaissance de leur syndicat, le SNITIS (Syndicat national indépendant des travailleurs de l’industrie et des services). La grève fait suite à des mois de négociations infructueuses, les travailleurs accusant Caterpillar de tactiques antisyndicales et de pratiques discriminatoires.

Victor Manuel Vergara, un dirigeant syndical initialement licencié pour avoir recruté syndicalement, a été réintégré dans ses fonctions, ce qui constitue une victoire syndicale. Cependant, le SNITIS et ses membres continuent à faire pression pour obtenir une convention collective garantissant de meilleurs salaires et des conditions de travail plus sûres.

“Le combat du SNITIS est celui de tous les travailleurs de Caterpillar dans le monde. Nous sommes pleinement solidaires de nos camarades mexicains et continuerons à les soutenir jusqu’à ce que leurs droits soient pleinement respectés”,

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

Le réseau a décidé d’envoyer une lettre officielle au PDG de Caterpillar, Jim Umpleby, pour lui demander d’intervenir et de veiller à ce que les négociations avec le SNITIS soient prises au sérieux.

Pour les représentants syndicaux, le succès jamais démenti de Caterpillar sur le marché mondial doit s’accompagner d’un engagement en faveur de pratiques de travail équitables. Comme l’a dit un délégué :

“Caterpillar ne peut pas continuer à exploiter les travailleurs tout en déclarant des bénéfices records. Le monde nous regarde”.

La réunion a également abordé la nécessité de revitaliser le réseau lui-même. Depuis la pandémie de Covid, la communication entre les syndicats s’est ralentie, ce qui a affaibli l’efficacité de l’action collective. Les délégués ont réaffirmé leur engagement à construire une solidarité transfrontalière et à s’opposer aux pratiques de travail de Caterpillar. À l’issue des discussions, le message était clair : les travailleurs de Caterpillar du monde entier sont confrontés à des défis similaires et ce n’est que par l’action collective qu’ils pourront obtenir des changements significatifs.

Comme l’a déclaré Christina Olivier,

“Il ne s’agit pas seulement d’une usine ou d’un pays. Il s’agit d’établir une norme sur la manière dont les multinationales traitent leurs travailleurs. Nous sommes plus forts ensemble et Caterpillar doit comprendre que nous ne reculerons pas”.

Malaisie : pratiques antisyndicales chez l’équipementier automobile Valeo

Le NUTEAIW, affilié à IndustriALL, a syndiqué l’entreprise durant la pandémie de Covid-19.

Quand l’autorité chargée des relations sociales a organisé un vote à bulletin secret le 14 décembre 2021 pour se positionner sur la demande de reconnaissance du syndicat, le NUTEAIW a obtenu 56,82 % de soutien auprès des 579 salariés de Valeo Malaysia Sdn. Bhd
pour lesquels le syndicat était compétent.

Bien que le résultat du scrutin est conforme aux exigences de la réglementation sur les relations sociales, Valeo a déposé un recours devant la Haute Cour, la Cour d’appel et la Cour fédérale, affirmant que le Directeur général du Département des relations sociales n’avait pas enquêté sur la plainte de l’entreprise selon laquelle NUTEAIW avait fait subir un “lavage de cerveau” aux travailleurs.

La Haute cour a jugé que le Directeur général avait accordé la reconnaissance au NUTEAIW à juste titre et sans irrégularité de procédure. La Cour d’appel a déclaré que la société n’avait pas fourni d’informations précises sur les éventuels actes répréhensibles du Directeur général dans le délai de deux mois imparti. La Cour fédérale a rejeté la demande de recours de Valeo, l’entreprise n’ayant pas réussi à prouver l’existence de nouveaux points de droit à examiner dans le cadre de sa contestation.

Le Secrétaire général du NUTEAIW, Gopal Kishnam Nadesan, a déclaré :

“Nous nous félicitons de la décision de la Cour fédérale et demandons à Valeo d’entamer des négociations collectives avec le NUTEAIW. Le fait que Valeo tente de briser les syndicats par des voies juridiques montre les faiblesses de notre droit du travail, qui permet aux employeurs de briser les syndicats en les traînant régulièrement devant les tribunaux. La loi doit être réformée pour mettre fin à ce harcèlement juridique”.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“L’entreprise doit respecter le droit du NUTEAIW de recruter syndicalement les travailleurs et travailleuses de l’automobile ainsi que le résultat du vote à bulletin secret. La Convention 98 de l’Organisation internationale du travail, ratifiée par le gouvernement malaisien, stipule clairement que les organisations de travailleurs et d’employeurs doivent bénéficier d’une protection adéquate contre tout acte d’ingérence de l’une ou l’autre partie dans leur mise en place ou leur fonctionnement”.

Valeo est une multinationale de l’automobile dont le siège est à Paris. L’entreprise possède 175 sites de production dans le monde, elle produit des systèmes d’aide à la conduite, des éclairages et des équipements électriques pour véhicules électriques.