Migros et Coop refusent de signer l’accord sur la sécurité au Bangladesh malgré 1800 morts en 7 ans

Les syndicats mondiaux UNI et IndustriALL, présents en Suisse, ont écrit aux deux chaînes de supermarchés à la fin de l’année dernière pour les exhorter à signer l’Accord, qui a vu le jour après l’effondrement du complexe d’ateliers et de fabriques Rana Plaza en avril causant la mort de plus de 1.100 personnes. Plus de 120 marques mondiales dont les produits sont fabriqués au Bangladesh ont déjà accepté des inspections de sécurité strictes et indépendantes, notamment des grandes chaînes européennes de supermarchés comme Carrefour, Tesco et Sainsbury’s.

Les deux syndicats mondiaux viennent maintenant d’écrire une seconde fois en demandant une réunion avec les directeurs généraux des deux entreprises.

Le secrétaire général de l’UNI, Philip Jennings, a déclaré: “Aucune excuse n’est valable pour refuser de signer l’Accord quand 1.800 mères, pères et enfants son morts uniquement en raison du manque de sécurité dans les ateliers qui fabriquent les produits vendus par des marques occidentales. Migros et Coop ont une responsabilité qu’elles refusent d’admettre.”

De son côté, Jyrki Raina, secrétaire général de IndustriALL dit qu’il est grand temps que des marques suisses se joignent à plus de 120 signataires:  "Nous devons ensemble faire du Bangladesh un label de fierté. COOP et Migros doivent assumer leur responsabilité pour une industrie viable de la confection et signer l’Accord."

Cet accord sans précédent entre des marques et des syndicats mondiaux prévoit des inspections de sécurité strictes et indépendantes dans les ateliers et fabriques, et permet aux travailleuses et travailleurs de refuser de travailler quand un atelier est considéré comme étant dangereux. Dans les lettres envoyées aux deux directeurs de Migros et de Coop, Philip Jennings et Jyrki Raina ont insisté sur la raison pour laquelle les deux entreprises suisses devaient signer l’Accord, et demandé une réunion avec les directeurs généraux.

Pas de marche arrière ! Six ans de lutte du SUTEIVP pour la réintégration des travailleurs de Vidriera del Potosí

"Les licenciements et le démantèlement du Sindicato Único de Trabajadores de la Empresa Industria Vidriera del Potosí (STUEIVP) étaient une mesure radicale de la direction; pourtant, elle a été approuvée par les autorités et appuyée par une démonstration de force, le 9 mai 2008, pour priver les travailleurs de leur représentation. Cela peut avoir freiné la lutte, mais ça n'y a pas mis fin" (extrait d'un article publié dans le Jornada de San Luis le 23 janvier 2014).

En tout, 220 travailleurs ont été licenciés en 2008, dont l'ensemble du comité exécutif du syndicat. La direction a pris cette mesure avant de signer une nouvelle convention collective avec les dirigeants corrompus d'un syndicat de protection, un syndicat "jaune" choisi par elle.

Pendant toutes ces années, le SUTEIVP a refusé d'accepter le licenciement des 220 travailleurs parce que la convention collective en vigueur à l'époque leur garantissait la sécurité d'emploi. À ce jour, 33 travailleurs résistent encore aux pressions de l'entreprise qui veut leur faire abandonner leurs revendications et ils ont bon espoir qu'un recours en justice permettra leur réintégration.

Dans un acte symbolique de résistance devant les bâtiments de l'entreprise, le 26 janvier, le SUTEIVP a montré qu'il a l'intention de continuer la lutte et exigé que les autorités compétentes et la direction de Grupo Modelo trouvent une solution au conflit. Le syndicat a remercié toutes les organisations syndicales nationales et internationales qui ont manifesté leur solidarité inconditionnelle avec son combat.

"Depuis 2008, Industria Vidriera del Potosí a procédé à 600 autres licenciements abusifs. Au cours de ces six années, elle a licencié des collègues qui nous soutenaient et forcé d'autres à s'affilier au syndicat de protection, le CROC, en menaçant de licenciement immédiat ceux qui soutiendraient notre combat. En outre, les travailleurs licenciés, leurs femmes et les membres de leurs familles ont été placés sur une liste noire alors que leur seul crime a été de défendre nos emplois ainsi que les droits de l'homme pourtant inscrits dans la constitution mexicaine", indique le syndicat.

L'entreprise ainsi que les autorités en charge du travail ont fait obstruction aux procédures judiciaires demandant la réintégration des 33 travailleurs licenciés dans le but d'épuiser les travailleurs en faisant traîner les procédures. Lors de la commémoration des six années de lutte, les travailleurs ont adressé une liste de doléances à Grupo Modelo :

IndustriALL Global Union exprime une fois encore son soutien et sa solidarité à son affilié SUTEIVP; il appelle les travailleurs en lutte à maintenir leurs revendications et les autorités en charge du travail à organiser rapidement un arbitrage et trouver une solution favorable aux travailleurs et à leurs familles.

Les syndicats africains s’attaquent au travail précaire

La Conférence régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne sur le travail précaire, qui s’est tenue dans le centre de formation de la CSI à Lomé au Togo les 27 et 28 janvier, a permis aux affiliés d’identifier pour le travail précaire des objectifs, des stratégies et des priorités au plan régional à l’horizon 2016 ainsi que des stratégies et des actions à mener en 2014, le tout dans le cadre des objectifs et stratégies d’IndustriALL au plan mondial.

Les syndicats participants ont brossé un tableau qui n’est que trop familier de l’extension du travail précaire dans toute la région. Dans les industries minières et manufacturières, il est développé en particulier par les multinationales pour réduire les salaires et autres avantages et s’affranchir des syndicats. Des agences d’intérim agissant au plan mondial continuent à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils leur permettent d’étendre leurs activités et remplacer les emplois permanents par du travail intérimaire.

Les travailleurs précaires de la région sont généralement exclus du bénéfice des dispositions en matière de sécurité sociale et de protection de la santé et de la sécurité et sont soumis à des salaires et des conditions d’emploi inférieurs aux travailleurs permanents. Dans l’Ile Maurice, le gouvernement a pour stratégie de remplacer les travailleurs locaux par des travailleurs migrants avec des salaires qui tombent bien en deçà du niveau de pauvreté.

Des affiliés en provenance de RDC, du Burkina Faso, de Mauritanie, du Ghana, du Cameroun, de l’Ile Maurice, du Nigeria, du Niger, du Togo, de Mozambique, de Namibie, du Sénégal et de Guinée ont décrit ce que leurs syndicats avaient mis en œuvre pour s’attaquer au travail précaire. L’hostilité des employeurs et la crainte des travailleurs continuent à être des obstacles à la syndicalisation. Néanmoins, nombre ont été en mesure de pointer des succès en matière de recrutement de travailleurs précaires, de conversion de leur statut de précaire à permanent ainsi que de signer des conventions collectives qui présentent les mêmes avantages pour les travailleurs permanents et contractuels. Par exemple, le SUTIDS au Sénégal a modifié ses statuts pour rendre plus facile le recrutement de travailleurs précaires et y a ainsi gagné 450 nouveaux membres.

Les syndicats ont également cherché à obtenir des avancées législatives pour protéger les travailleurs soumis au travail précaire et réduire son incidence. Dans l’Ile Maurice, le syndicat a obtenu des amendements à la législation du travail qui stipulent que tous les travailleurs sous-traitants avec six mois de service ont droit à des congés, que tous les travailleurs sous-traitants en fonction depuis plus de deux ans doivent devenir permanents et que tous les travailleurs, y compris ceux en sous-traitance, doivent percevoir une prime de fin d’année (13e mois). Au Sénégal, la législation qui régule les agences d’intérim a été adoptée.

Augmenter la conscientisation au niveau des travailleurs et du grand public sur les conséquences du travail précaire continue à être une stratégie importante pour tous les syndicats. Des affiliés du Ghana et du Sénégal ont eu recours avec succès à des campagnes médiatiques à cette fin.

Cette réunion faisait partie du projet d’IndustriALL sur le travail précaire en Afrique sub-saharienne qui est soutenu par des affiliés d’IndustriALL en Finlande et en Belgique. Ce projet entre maintenant dans une nouvelle phase. En 2013, les syndicats ont collecté des données pour établir le nombre, la distribution et la situation des travailleurs précaires, ce qui leur permettra de mesurer les progrès accomplis et de mieux cibler leurs actions. Dans chaque pays, les affiliés travaillent maintenant ensemble pour développer un plan d’action qui sera mis en œuvre par tous les affiliés qui y travailleront ensemble.

La solidarité en action chez les syndicats thaïlandais et indonésiens

Vonny Diananto, le Responsable régional d'IndustriALL à Singapour, a présenté la campagne indonésienne HOSTUM (Hapus Outsourcing dan Tolak Upah Murah, soit Stopper l'externalisation, lutter contre les bas salaires) pendant l'atelier de Bangkok. Les participants des syndicats thaïlandais ont voulu savoir comment il est possible qu'une campagne rencontre un tel succès. Un programme de visite d'étude a été préparé en concertation  avec le bureau régional d'IndustriALL et la Fédération indonésienne des travailleurs de la métallurgie (FSPMI). Le 20 décembre, six représentants syndicaux de Thaïlande – trois femmes et trois hommes – représentant les organisations TEAM, TWFT, PPFT et EGAT LU, ont passé cinq jours dans la zone industrielle de Bekasi, dans la banlieue de Jakarta. Bekasi est une des plus grandes zones d'Indonésie pour ce qui est de l'électronique et de la métallurgie. Cette visite en Indonésie devait permettre une étude en profondeur de la stratégie de syndicalisation et de campagne.

Les représentants du syndicat thaïlandais ont rencontré le Conseil indonésien d'IndustriALL présidé par Sjaiful Patombong. Les représentants indonésiens ont fait part des résultats obtenus récemment à la suite des campagnes nationales lancées par la Confédération indonésienne des syndicats (KSPI) sous la direction de Saïd Iqbal, qui est aussi le Président de la FSPMI.

La campagne contre le travail précaire est une des plus importantes du mouvement syndical indonésien. Après des années de campagne pour une meilleure législation, en 2012, la Cour constitutionnelle d'Indonésie a rendu un arrêt contre l'externalisation, pour cause de discrimination et de violation de la constitution. Le ministre indonésien du Travail a aussi annoncé un nouveau décret limitant l'externalisation à cinq secteurs : le nettoyage, la sécurité, le transport, la restauration et les services miniers. Sous la direction de la KSPI, le mouvement syndical a organisé une campagne nationale de grande ampleur appelant le gouvernement à promulguer un nouveau décret sur le travail et les employeurs à respecter la nouvelle loi et à rectifier leurs pratiques en employant directement les intérimaires dans leurs lignes de production.

Le jour de la visite d'Omah Buruh au bureau local de la FSPMI de Bekasi – où les travailleurs et les militants employés dans la zone industrielle de Jakarta-Est viennent souvent pour discuter et préparer leur négociation collective – les syndicalistes thaïlandais et indonésiens ont échangé des informations sur la stratégie de négociation collective.

Pendant la visite d'étude, la FSPMI avait aussi arrangé pour les représentants des syndicats thaïlandais une visite au syndicat de Suzuki Motor pour en savoir plus sur l'activité syndicale et la négociation collective au niveau de l'entreprise. Le syndicat local a aussi demandé aux délégués thaïlandais de le mettre en contact avec son homologue thaïlandais, qui s'est constitué en décembre 2013 à Rayong. Actuellement, un grave conflit l'oppose à la direction parce que ses fondateurs ont été licenciés après avoir signé leur première convention collective, en décembre 2013.

Cette visite d'étude a été fructueuse, à la fois pour les syndicats thaïlandais et indonésiens. En mai 2014, ce sont des représentants syndicaux indonésiens qui se rendront en Thaïlande pour assister à la Conférence régionale d'IndustriALL et consacrer quelques jours de plus à des visites pour en savoir plus sur l'évolution du mouvement syndical thaïlandais.

Ayant apprécié ces échanges d'expériences ainsi que l'accueil qu'ils ont reçu, les représentants des syndicats thaïlandais ont envoyé une lettre disant :

"Les délégués syndicaux thaïlandais qui ont participé à la visite d'étude en Indonésie tiennent à exprimer leur gratitude pour ce grand moment de solidarité et d'hospitalité. Bien que la visite d'étude n'ait duré que cinq jours, nous avons vécu une formidable expérience qui nous a appris ce que veut dire faire partie d'un mouvement syndical puissant. Nous admirons ardemment l'engagement, le travail acharné des militants indonésiens et leur grande capacité à mobiliser la classe laborieuse pour améliorer la vie des travailleurs et des citoyens. Les campagnes nationales pour le salaire minimum vital, l'assurance-maladie et la protection sociale pour tous, et pour la fin du travail précaire sont des exemples concrets des efforts du mouvement syndical démocratique indonésien. Nous réalisons aussi l'importance d'une éducation de masse des travailleurs, condition du succès des campagnes nationales."

Les travailleurs cambodgiens se battent pour un salaire vital

L’année 2014 a démarré dans la violence au Cambodge avec des manifestations pour exiger une hausse du salaire minimum, lesquelles se sont heurtées à la police et ont résulté avec quatre  morts, trois personnes disparues, 23 emprisonnées et des centaines de travailleuses et travailleurs mis à pied. Des mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de responsables syndicaux qui soutenaient les grèves, notamment des dirigeants de nos propres affiliés. Des employeurs poursuivent en justice les syndicats pour des dégâts.

La situation, totalement inacceptable au Cambodge, est telle que le pays est maintenant devenu une priorité pour IndustriALL Global Union. Nous avons entrepris une action rapide après le déclenchement de la violence dans le pays. Nous avons réalisé, aux côtés de la CSI et de UNI Global Union, une mission syndicale internationale à Phnom Penh au début du mois de janvier. La mission a rencontré les syndicats, le gouvernement et l’organisation des employeurs GMAC, et exigé la remise en liberté des syndicalistes emprisonnés, une enquête sur les meurtres, et la poursuite des pourparlers sur une hausse du salaire minimum.

Nous avons lancé une campagne électronique de solidarité sur LabourStart. Près de 11.000 personnes ont protesté jusqu’à présent auprès du gouvernement et de la GMAC.

Et l’action conjointe se poursuit. Récemment, IndustriALL Global Union, UNI Global Union et la CSI ont envoyé ensemble une lettre avec 30 grandes marques de vêtements pour demander de toute urgence au gouvernement cambodgien d’enquêter sur le recours à des méthodes meurtrières, sur le respect de la liberté syndicale et l’établissement d’un processus de négociation pour un salaire minimum. Maintenant, un groupe de travail a été établi pour s’occuper de la question salariale, tandis que des affiliés de IndustriALL ont entrepris une action en Thaïlande, en Corée, en Australie et dans d’autres pays.

Le salaire minimum de 80 USD par mois est l’un des plus bas dans le monde. C’est la raison pour laquelle huit affiliés de IndustriALL au Cambodge ont décidé dans notre atelier en décembre de demander son augmentation pour le porter à 160 USD. Ce qui serait encore loin d’être un salaire vital, mais constituerait une avancée pour les 400.000 travailleuses et travailleurs de la confection qui procurent des gains à l’exportation de 5 milliards d’USD par an.

Cependant, fin décembre, le gouvernement et les employeurs avaient seulement accepté une hausse jusqu’à 95 USD portée ensuite à 100 USD par mois. Les salariés mécontents se sont mis en grève, engendrant de la violence après que l’ambassade de Corée du Sud et les investisseurs eurent demandé l’intervention de la police.  

Le taux de syndicalisation dans la confection au Cambodge est de 60 pour cent, ce qui est encourageant, mais les salariés sont membres de trop nombreux syndicats. Des combats comme celui de SL Garments l’année dernière ont été gagnés, mais l’unité syndicale est indispensable pour disposer d’un plus grand pouvoir ouvrier.  

IndustriALL poursuivra son action en faveur des droits des travailleuses et travailleurs au Cambodge, pour assurer un salaire vital et le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective sans crainte de violences.

Jyrki Raina

Secrétaire général

Les femmes de l’UMT condamnent la violence au Maroc

Un débat a eu lieu sur les différents impacts légaux, économiques, politiques, sociaux et psychologiques de la violence à l’égard des femmes travailleuses, en particulier s’agissant de la violence exercée au travail dans le but d’exclure les femmes et bafouer leurs droits. Il s’est tenu également une lecture critique du projet de loi qui est destinée à combattre la violence contre les femmes et en faveur d’une stratégie pour lutter contre toute forme de violence à l’égard des femmes. Les participants ont formulé des recommandations pour rendre la législation plus efficace.

Les participants, aussi bien hommes que femmes, ont fait les recommandations suivantes :

Les syndicats mondiaux demandent à l’OIT d’enquêter sur la situation à Fidji

Après un coup d’État en 2006, le dictateur Commodore Bainamarama et son régime ont systématiquement bloqué l’exercice de la liberté syndicale dans la loi et dans la pratique à  Fidji.

En 2012, le régime a expulsé de Fidji une mission d’enquête de haut niveau de l’Organisation internationale du Travail (OIT). La mission était chargée de mener une enquête sur les résultats d’une réforme répressive du travail mise en place l’année précédente.

Durant plusieurs années, les mécanismes de surveillance de l’OIT ont énuméré des infractions extrêmement graves et systématiques à la liberté syndicale. Il s’agit de matraquages, de menaces, d’arrestations sous de fausses accusations et de surveillance constante, de restrictions graves aux droits des travailleurs et travailleuses dans le secteur public, et également dans les industries du secteur privé, sous prétexte de les classer comme ‘services essentiels’.

En juin 2013, une plainte a été présentée à la Conférence internationale du Travail pour l’établissement d’une Commission d’enquête de l’OIT. Depuis lors, la situation s’est encore durcie dans le domaine des droits syndicaux.

Les travailleurs et travailleuses de Fidji ont besoin de notre soutien continu. La CSI a lancé une campagne pour obtenir l’établissement d’une Commission d’enquête de l’OIT chargée de mener des investigations sur des cas d’infractions systématiques aux droits syndicaux. IndustriALL demande à tous ses affiliés de soutenir la campagne de la CSI en contactant leurs gouvernements pour les convaincre d’agir en faveur de l’établissement de la Commission d’enquête à la session de mars 2014 du Conseil d’administration de l’OIT.  Des détails ainsi que des modèles de lettres pour contacter vos gouvernements se trouvent sur le site de la CSI http://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/circular_no_02_-_commission_of_inquiry_ilo_fiji-eng.pdf.

Glencore Xstrata doit renoncer aux pratiques antisyndicales au Pérou

Selon Jyrki Raina, secrétaire général de IndustriALL: “Les conglomérats comme l’entreprise suisse Glencore Xstrata sont de plus en plus éloignés des activités qui leur sont propres et dont ils assurent la direction, et qui ont souvent lieu dans des pays en développement où la faiblesse de la gestion donne aux entreprises bien des chances d’effectuer des accords discutables.”

La Compañia Minera de Antapaccay, située près de Cusco au Pérou, est un bon exemple. L’entreprise a eu recours à des licenciements abusifs, des contraintes et des ingérences dans les affaires syndicales, pour bien faire comprendre son message antisyndical. Le fait que l’entreprise n’a pas cherché à dissimuler sa duplicité n’en a pas rendu ses actions moins dévastatrices.

Quand Xstrata a pris le contrôle de l’entreprise, il a massivement reclassé 450 techniciens comme ‘salariés de confiance’ pour nulle autre raison que de limiter leur droit de se syndiquer et de négocier collectivement, et de faciliter également leur licenciement.  S’il y avait eu un véritable reclassement,  il aurait signifié que tous les 450 techniciens rendraient compte directement au patron des questions de fond concernant les activités-clés de l’entreprise: Inimaginable!

Puis, quand un groupe de salariés a décidé le mois dernier de constituer le Sindicato de Trabajadores Funcionarios de la Compañía Minera de Antapaccay en réponse au traitement injuste de l’entreprise, ils ont tous été mis à pied, sur le simple motif que l’entreprise ‘leur retirait sa confiance’. Le fait que des salariés avec un état de service sans faute et dans certains cas de plus de trente ans de présence dans l’entreprise aient été congédiés deux jours après avoir formé un syndicat ne laisse pas de place au doute sur les véritables motifs de l’entreprise. Mais il convient de dire que la direction a offert de les réintégrer à condition qu’ils quittent le syndicat.

Après avoir réussi à réduire l’effectif du syndicat, l’entreprise a concocté une lettre en leur nom pour demander la radiation du syndicat. IndustriALL a insisté auprès des services de la main-d’œuvre de ne pas être dupes: après tout, quelle est la probabilité pour que des anciens membres du syndicat présentent une telle demande – et sous forme d’une lettre commune de sept pages tapée à la machine, en citant quatre textes législatifs différents, pas moins!

En conclusion, Jyrki Raina a déclaré: “Pour le directeur général Ivan Glasenberg,  Cusco au Pérou peut sembler bien éloigné du siège de l’entreprise à Baar en Suisse. Mais Glencore Xstrata doit maintenant relever les manches et intervenir pour s’assurer que les droits des salariés péruviens reconnus au plan international sont respectés ”.

Plus de solidarité pour les travailleurs cambodgiens

La suppression violente des manifestations au Cambodge, en janvier dernier, a fait 4 morts, 3 disparus, tandis que 23 personnes étaient emprisonnées et des centaines de travailleurs licenciés. Des dirigeants syndicaux ont été avertis que s'ils se mettaient en grève, l'enregistrement de leur syndicat serait suspendu, voire annulé. Les employeurs ont introduit plus d'une centaine de procédures en justice contre des dirigeants syndicaux pour incitation à la violence et déprédations à des propriétés, et six dirigeants sont sous le coup de mandats d'arrêt.

IndustriALL Global Union et la CSI ont très vite envoyé une mission à Phnom Penh afin de rencontrer le gouvernement et les employeurs du secteur de l'habillement. Peu après, 30 marques mondiales de vêtements ont adressé, avec IndustriALL, UNI et la CSI, une lettre rédigée en termes très fermes, appelant le gouvernement à respecter les droits des travailleurs et à reprendre la négociation sur le salaire minimum.

L'industrie de l'habillement est le premier secteur manufacturier du Cambodge et exporte pour 5 milliards $ chaque année. Pourtant ses travailleurs ne gagnent que 80 $ par mois et vivent dans des conditions misérables. Beaucoup doivent contracter des emprunts à intérêt élevé pour boucler leurs fins de mois alors qu'ils partagent une chambre à coucher avec trois ou quatre collègues et n'ont qu'un repas par jour.

La Corée du Sud est un des plus gros investisseurs au Cambodge, principalement dans les secteurs de l'habillement, de l'électronique et du jouet. Pour la Chambre de commerce coréenne au Cambodge, le pays est la nouvelle base manufacturière des investisseurs sud-coréens, qui délaissent la Thaïlande et le Vietnam.

Il est inquiétant de savoir que ce sont en fait l'ambassade de Corée du Sud et des investisseurs coréens qui ont fait appel aux forces de sécurité qui ont ouvert le feu sur la foule. Les syndicats coréens ont exprimé leur solidarité avec les travailleurs cambodgiens en organisant une manifestation devant l'ambassade du Cambodge à Séoul. Ils ont aussi remis au Premier ministre cambodgien une lettre condamnant cette agression contre des manifestants pacifiques et dénonçant les conditions de travail dans le secteur de l'habillement, avec ses bas salaires et ses contrats de courte durée.

IndustriALL Global Union, UNI et la CSI poursuivent leur action pour que la liberté syndicale soit garantie au Cambodge, pour que les travailleurs emprisonnés soient libérés et pour que reprennent les négociations pour un salaire minimum vital et pour un mécanisme de négociation digne de ce nom garantissant des hausses régulières des salaires.

Les marques ont confirmé publiquement leur attachement à la liberté syndicale. Le moment est venu pour elles de signifier à leurs fournisseurs cambodgiens que le respect des droits des travailleurs est la condition de la poursuite de leurs relations commerciales. Nous continuerons notre campagne pour les salaires aussi longtemps qu'il faudra pour assurer un minimum vital aux travailleurs. Les revendications des travailleurs étaient justifiées; alors qu'ils dégagent des profits énormes pour les fabricants et les marques, ils en veulent une part équitable pour vivre décemment,

déclare Jyrki Raina, le Secrétaire général d'IndustriALL.

La négligence et un manque de sécurité à la mine de La Platosa font deux morts

A la suite de ce grave accident, le Syndicat national des Mineurs, affilié à IndustriALL, a publié un communiqué déclarant : « La compagnie canadienne Excellon Resources est responsable de cette tragédie. Elle a systématiquement et obstinément refusé de mener un dialogue civilisé avec ses salariés et, en réaction à leur plainte de ne pouvoir exercer leur droit à la liberté d’association, utilise tous les moyens possibles pour qu’ils ne rejoignent pas le Syndicat national des Mineurs comme ils le souhaiteraient ».

Les travailleurs qui ont perdu la vie sont Jorge Antonio Valentín Carrillo, 25 ans et Evaristo Soto Nava, 35 ans. Les blessés, dans un état grave selon les médecins qui les ont pris en charge à l’hôpital de la ville de Gómez Palacios, dans l'état de Durango, sont Andrés Cháirez, Juan Pablo González Saucedo et Julián (ou Uriel) Calderón.

« Le Syndicat des Mineurs tient la compagnie canadienne pour responsable d’autant qu’elle maintient une attitude arrogante face aux besoins des travailleurs et des paysans de la communauté de La Sierrita, leur refusant toute opportunité d’obtenir un accord honorable en retour de l’usage de leurs terres pour ses activités minières ».

Les Métallos USW, le syndicat canadien qui soutient depuis trois ans les membres de cette communauté et ceux de la Section 203 du Syndicat des Mineurs, a exprimé toute son exaspération lorsque la compagnie s’est montrée totalement insensible et dépourvue de considération pour la mémoire des travailleurs décédés et la douleur ressentie par leurs familles par la diffusion d’un communiqué de presse vantant ses bons chiffres de production et de bénéfices.

IndustriALL Global Union regrette la perte des vies humaines et présente ses plus sincères condoléances aux familles des travailleurs ayant vécus cette perte douloureuse. Elle souligne également que ces accidents auraient pu être évités par une plus grande surveillance et une meilleure sécurité. Elle appelle les autorités à mettre fin à la violation des droits du travail en matière de santé et de sécurité.

IndustriALL et les Métallos USW expriment leur préoccupation après le refus de la part du Point de Contact National pour le Mexique de discuter des observations faites au sujet de la compagnie auprès de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) en 2013. La mort des travailleurs à La Platosa démontre que nombre des entreprises mises en cause pour leurs abus en matière de droits de l'homme sont enclines à donner la priorité à la production au détriment de la sécurité.

Il reste dès lors incertain que la compagnie mène une enquête adéquate au sujet des circonstances et des négligences qui ont causé la mort des deux travailleurs, sachant en particulier que la mine d’Excellon a un contrat de protection avec un syndicat qui fonctionne main dans la main avec les gouvernements fédéral et de l'état ainsi qu’avec la compagnie.