Une victime de Rana Plaza : « On m'a forcée à entrer »

L’ouvrière textile de 21 ans était tétanisée en entamant sa journée chez New Wave Style, au sixième étage du complexe d’usine Rana Plaza. Elle a été arrachée inconsciente des décombres après l’effondrement du bâtiment survenu peu de temps après qu’elle a pris son poste le 24 avril 2013. Elle a survécu, mais elle déplore la perte de ses deux meilleures amies qui sont mortes dans cet homicide industriel. Regardez-la raconter son histoire.

(en anglais)

Rana Plaza – Les récits des survivants – Rehana Khartun

L’engagement des marques au Fonds d’indemnisation du Rana Plaza fait cruellement défaut

Plus de 1.100 personnes ont perdu la vie et deux mille autres ont été blessées quand l’immeuble de huit étages Rana Plaza abritant des ateliers et fabriques de la confection dans la capitale Dacca s’est effondré le 24 avril 2013.

Les contributions des marques au Fonds fiduciaire des donateurs du Rana Plaza restent notoirement insuffisantes. Jusqu’à présent, environ 15 millions d’USD ont été versés au Fonds établi pour offrir un soutien financier et médical aux victimes et à leurs familles, en accord avec les lignes directrices de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Le secrétaire général de IndustriALL Global Union, Jyrki Raina, a déclaré: 

Nous demandons instamment à toutes les marques qui ont travaillé au Bangladesh de contribuer au Fonds en versant une somme très importante. Elles ont une responsabilité collective dans ce modèle réellement non viable de production et pour les risques qu’il comporte. C’est ce modèle que nous allons maintenant changer.

Le Fonds fiduciaire des donateurs a été établi par le Dispositif du Rana Plaza, un organe neutre et indépendant composé de partenaires et présidé par l’OIT auquel IndustriALL est signataire.

Le Dispositif a déjà commencé le processus d’enregistrement des requérant(e)s. Le commissaire exécutif du Comité de coordination du Dispositif du Rana Plaza, le Dr Mojtaba Kazazi, a déclaré:

“Si les fonds sont disponibles, tout sera fait dans les six mois, et ce sera fini. Si les fonds ne sont pas disponibles, cela veut dire qu’en fait nous n’avons pas rendu service à ces gens car nous avons suscité des attentes que nous n’avons pas pu réaliser, avec comme résultat une situation qui n’est pas bonne.”

Ineke Zeldenrust de la Campagne vêtements propres (CCC) a déclaré:

"Le manque d’action est choquant. Des marques comme Benetton, Adler Modermarkte, Carrefour et Matalan n’ont pas pu verser jusqu’à présent une contribution au Fonds fiduciaire; elles doivent payer maintenant.  Le niveau actuel des contributions est nettement insuffisant – Mango, KIK, Inditex et C&A sont des marques qui doivent augmenter leurs versements.  Jusqu’à présent, seule Loblaw a accepté de payer 1,54 million d’USD supplémentaires, ce qui porte sa contribution totale à 3,63 millions d’USD. Les victimes ont suffisamment souffert et il n’y a plus d’excuses à l’approche du premier anniversaire."

“La catastrophe du Rana Plaza a porté un rude coup et servi de signal d’alarme aux marques qui s’approvisionnent dans les ateliers et fabriques de la confection au Bangladesh. Durant une année, IndustriALL a lutté comme jamais aux côtés de UNI Global Union et des ONG partenaires, pour améliorer la sécurité dans l'industrie de la confection au Bangladesh, où plus de 1.800 travailleuses et travailleurs ont perdu la vie au cours des sept dernières années,” a ajouté Raina.

Plus de 160 marques ont signé l'Accord sur les mesures de sécurité qui ont trait aux incendies et aux bâtiments au Bangladesh, un accord juridiquement contraignant négocié par IndustriALL et UNI pour améliorer les conditions de sécurité dans 1.600 ateliers et fabriques, et qui s'applique à environ 2 millions de travailleuses et travailleurs.

D'ici la fin de septembre 2014, tous les ateliers et fabriques de vêtements, signataires de l’Accord, feront l'objet d'inspections et de recommandations pour les réparations nécessaires dans les lieux de travail présentant un danger.

Le secrétaire général de UNI Global Union, Philip Jennings, a déclaré: “L'équipe représentant l’Accord sur le terrain prend de lourdes décisions. Quand le travail doit être interrompu pour des réparations, cela peut constituer une rude épreuve pour les travailleuses et travailleurs, mais il n'y a pas d’autre choix quand nous avons un autre Rana Plaza potentiel.”  

“Ce projet ne concerne pas seulement la sécurité, il s'agit également de mettre fin aux salaires de misère au Bangladesh. L'année dernière, après une longue campagne et une mobilisation, le gouvernement du Bangladesh a finalement accepté en novembre d'augmenter le salaire minimum qui est passé de 38 à 67 USD par mois. Mais il s'agit seulement d'une première étape vers un salaire vital auquel a droit chaque personne employée, qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme. Nous devons poursuivre cette tâche avec des révisions annuelles pour que les marques et les distributeurs paient à leur juste valeur les vêtements fournis par les propriétaires d'atelier et de fabriques afin de garantir le versement d'un salaire vital.”

Fin

Contact:

Leonie Guguen, permanente des communications, IndustriALL Global Union. Tel: +41 22 308 50 23 I [email protected] I www.industriALL-union.org Standard: +41 22 308 50 50

Victoire historique pour les métallurgistes de la CUT au Brésil

La CNM (Confédération nationale des métallurgistes), affiliée à la CUT, s’est battue pour l’introduction du partage des bénéfices depuis sa fondation il y a 22 ans. La convention s’appliquera à 49% des salariés de Thyssen et est valable pour deux ans. Les 51% de salariés restants sont membres d’autres centrales syndicales.

Paulo Cayres, président de la CNM/CUT, indique que c’est une occasion de se réjouir : « depuis que la confédération a été fondée, nous nous sommes battus pour des avantages pour tous les travailleurs et contre les disparités régionales. Si les travailleurs effectuent les mêmes tâches, ils devraient avoir les mêmes droits. »

Cette convention fait la démonstration de la marge de manœuvre qui existe pour améliorer les relations entre le monde du travail et le capital aux niveaux des entreprises et des secteurs. Cela démontre également qu’une convention nationale est à la fois possible et avantageuse.

Auparavant, seuls les travailleurs des secteurs bancaire et pétrolier avaient des conventions collectives nationales. Celle-ci montre l’importance de faire des travailleurs la référence principale dans le monde du travail et de garantir une égalité de droits entre tous les salariés d’une même entreprise, sur tous ses sites d’activité. Cette convention renforce le secteur et promeut le travail décent.

Questions-Réponses avec Jyrki Raina un an après la tragédie de Rana Plaza

Questions-Réponses avec Mojtaba Kazazi

Mojtaba Kazazi est le Commissaire Exécutif du Comité de Coordination de l’Accord du Rana Plaza, qui gère les demandes d’indemnisation des 3.600 victimes, survivants et familles frappées par la tragédie du Rana Plaza le 24 avril 2013.

Des manifestations contre Crown Holdings sont prévues dans le monde entier

Les manifestations programmées aux États-Unis, au Canada, en France, en Italie, en Suisse et en Turquie, se dérouleront le 24 avril parallèlement à l'Assemblée annuelle d'actionnaires à Philadelphie, États-Unis. IndustriALL se joint à ses affiliés partout dans le monde pour exiger que Crown Holdings cesse de réaliser des bénéfices en enfreignant les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses sur les sites de l'entreprise au Canada et en Turquie.

L'année dernière en septembre, les salariés de Crown Holdings membres de la section 9176 du syndicat United Steelworkers, affilié à IndustriALL, ont dû faire grève à l'usine de Toronto au Canada à la suite des baisses de salaire draconiennes et autres coupes dans les prestations imposées par la direction, forçant ainsi les salariés nouvellement embauchés à entrer dans un système à deux niveaux. Après sept mois d'action revendicative, Crown a mis à profit la législation locale pour tromper encore plus les grévistes en les forçant à voter en faveur d’une proposition de contrat encore plus dommageable. L’offre misérable de l’entreprise a été rejetée et les salariés sont maintenant déterminés à poursuivre leur combat.

L’attitude de Crown n'est pas meilleure en Turquie. L'affilié de IndustriALL, Birlesik Metal Is, subit en permanence les pratiques antisyndicales de l'entreprise. En ayant recours à toutes les lacunes possibles dans la législation turque, l'entreprise tente obstinément d’éviter la négociation collective, et a même récemment tenté par de fausses accusations de mettre à pied quatre dirigeants syndicaux responsables de la syndicalisation à l'usine Crown Bevkan de Izmit.

En organisant des manifestations, les travailleurs et travailleuses du monde se tiennent au coude à coude pour répondre à Crown Holdings en lui demandant de:

Le secrétaire général adjoint de IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré à l'Assemblée annuelle d'actionnaires à Philadelphie: “Le respect des droits des travailleurs et travailleuses est une condition sine qua non d’une main-d'œuvre loyale pour obtenir la prospérité dans toute entreprise. Crown tente actuellement d'améliorer ses bénéfices sur le dos de son personnel, sans montrer le moindre respect pour ses propres salariés, et nous ne tolérerons pas cela. Que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe, nous lutterons pour que Crown Holdings respecte les droits des travailleurs et travailleuses, et notre action ne cessera pas tant que la justice ne sera pas restaurée.”

Des travailleurs de Teksid au Mexique chargés de la syndicalisation tombent dans une embuscade et sont tabassés

Les travailleurs et travailleuses de Teksid Hierro à Monclova, Ciudad Frontera, Coahuila, Mexique, faisant partie du groupe Fiat Chrysler, se battent pour répondre aux représailles brutales pour la syndicalisation. Trois travailleurs, Marisol Ruiz Moreno, Orlando Mendoza Guardiola et Oscar Arturo Rodríguez Ponce, ont été mis à pied le 18 avril et 11 autres ont été agressés sauvagement et lâchement le 21 avril par 80-100 hommes de main engagés à cette fin, à la sortie d’une réunion avec la direction et les services de la main-d’œuvre. Ces attaques sont une réponse directe à la syndicalisation des travailleurs et travailleuses au syndicat Los Mineros, qui rejette le CTM, et a organisé un bref arrêt de travail le 16 avril pour protester contre des salaires et des prestations honteusement bas.

La direction locale de Teksid a employé de manière arrogante plusieurs tactiques antisyndicales pour bloquer les 600 partisans de Los Mineros et les empêcher d’établir un syndicat démocratique sur le lieu de travail. Le “syndicat” jaune CTM a été rejeté pour n’avoir pas réussi à défendre les intérêts des travailleurs et travailleuses.

La police ou d’autres services publics n’ont pas mené d’enquête sur l’attaque du 21 avril. Entre 80 et 100 assaillants encerclaient les membres du personnel de Teksid en les insultant et les attaquant à coups de pied et coups de poing, avec des bâtons et des tuyaux de fer, en les menaçant constamment pour qu’ils renoncent à leur mouvement de protestation pour un meilleur salaire et à leur revendication pour s’affilier à Los Mineros. Il y avait parmi les attaquants des membres de la branche locale de CTM.

Prenez part à l’action syndicale internationale de protestation contre ces infractions aux droits des travailleurs et travailleuses chez Teksid au Mexique, et pour s’assurer qu’aucune mise à pied n’aura lieu par représailles.

Dans la lettre écrite aujourd’hui au président et au directeur général de Teksid, le secrétaire général de IndustriALL, Jyrki Raina, a déclaré:

Le droit des travailleurs et travailleuses de choisir de manière démocratique leur représentant pour la négociation collective, sans ingérence de l'employeur ou du gouvernement, est un droit fondamental garanti par les conventions 98 et 87 de l'OIT. IndustriALL demande à Teksid de rétablir immédiatement dans leur fonction les trois travailleurs mis à pied. Nous demandons en outre que Teksid adopte une position de stricte neutralité dans ce conflit et déclare publiquement aux travailleurs et travailleuses de Ciudad Frontera qu'ils peuvent choisir leur syndicat sans crainte de représailles de la direction.

Le réseau syndical mondial FIAT-Chrysler, réuni à Turin, a publié aujourd'hui un message de soutien total aux travailleurs et travailleuses de Teksid à Moncloa, Mexique, qui se battent pour organiser une section syndicale démocratique et l'affilier à Los Mineros.

Le héro de l’Everest d’IndustriALL tué dans l’avalanche

En plus de faire partie de l’élite mondiale la plus pointue des guides de montagne, il était un leader syndical des guides sherpas, qui avait participé à leur syndicalisation pour obtenir des salaires décents et des droits au travail. Il était également un défenseur passionné de l’environnent et de la lutte contre le changement climatique.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union Jyrki Raina a rendu hommage à Dorje Khatri, notre ami et collègue décédé :

Notre camarade népalais, qui a emmené IndustriALL sur le toit du monde, était un syndicaliste fort et courageux dont la mémoire restera intacte aussi bien au Népal que dans la famille que nous formons dans le monde entier.

Dorje était un membre du Comité central du syndicat UNITRAV (Travailleurs des sociétés de trekking, rafting et compagnies aériennes), affilié à la Fédération générale des syndicats népalais (GEFONT), elle-même un affilié népalais d’IndustriALL.

Dorje Khatri, qui avait conquis la plus haute montagne du monde et planté un drapeau d’IndustriALL Global Union a son sommet, avait été chaleureusement applaudi trois semaines plus tard lors du Congrès de Fondation d’IndustriALL en juin 2012.

Khatri avait également marqué l’Everest des drapeaux du GEFONT, de l’Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois (IBB) et de la Confédération syndicale internationale (CSI).

L’avalanche, survenue à 5.900m à 6h30 ce 18 avril, a frappé un groupe de plus de 60 guides et membres du personnel d’assistance, pour la plupart des Sherpas, alors qu’il se dirigeait vers les Camps I et II en emmenant l’équipement et la logistique nécessaires à ceux qui partent à l’ascension de l’Everest.

Une journée de lutte pour les vivants et de deuil pour les morts

L’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que quelque 2,3 millions de travailleurs et travailleuses périssent chaque année des suites de leur travail. Parmi ces victimes, environ 80% meurent de maladies professionnelles. Seuls 20% environ des décès sont consécutifs à des accidents inopinés et violents : brûlures, lacérations ou écrasements qui pourtant dominent nos conversations lorsque nous évoquons la santé et la sécurité. Pire encore, ce n’est que lorsque un nombre significatif de victimes est recensé en une fois, lors par exemple d’une explosion dans une mine ou de l’effondrement d’un bâtiment, que la presse généraliste y prête attention.

Plus de deux millions de morts par an est un chiffre choquant. Pourtant, IndustriALL est d’avis que cette statistique est néanmoins une sous-estimation grossière. Les statistiques de mortalité sont basées sur ce qui est publié par les gouvernements, ce qui à son tour provient généralement de ce qui a fait l’objet d’une indemnisation. De nombreux travailleurs ne sont pas couverts par des fonds de compensation et leurs morts ne sont dès lors par recensées. Les morts dues aux maladies professionnelles, en dépit de l’estimation de l’OIT, sont systématiquement sous-diagnostiquées et trop peu reconnues comme telles.

Bien sûr, tous les accidents et toutes les maladies ne sont pas mortels. Nos collègues malades et blessés sont importants à nos yeux et nous travaillons chaque jour pour les aider et pour prévenir les souffrances d’autres. Malheureusement, les statistiques citées pour ces catégories non mortelles sont pratiquement sans objet en raison des manœuvres pour qu’elles ne soient pas comptabilisées.

IndustriALL considère la santé et la sécurité comme une problématique des droits des travailleurs. Ceux-ci doivent avoir le droit de connaître, de manière exhaustive, les dangers liés à leur travail et la manière d’exercer leur métier de manière sûre. Les travailleurs doivent avoir le droit de refuser d’exécuter ou de faire arrêter un travail dangereux. Les travailleurs doivent avoir le droit de participer pleinement au processus de décision relatif à la santé et la sécurité sur le lieu de travail. Les seules personnes qui ont l’autorité morale pour estimer un risque sont celles qui doivent finalement accepter de le courir. De plus, nous exigeons que les gouvernements acceptent la responsabilité qui est la leur de protéger les citoyens qui travaillent avec des ensembles de normes et de législations fortes, applicables et effectivement appliquées.

Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL déclare : « Les travailleurs ont des droits, les employeurs et les gouvernements des responsabilités. C’est aussi simple que ça ».

Puisque les droits des travailleurs ne sont pratiquement jamais acquis sans un syndicat puissant, IndustriALL sait que ce sont les syndicats qui rendent le travail plus sûr. Ceci est vrai dans les pays développés comme cela l’est dans des pays comme le Bangladesh ou le Cambodge.

Le 28 avril est l’occasion de marquer une pause pour se souvenir des camarades qui sont morts ou ont souffert en s’efforçant simplement de gagner leur vie. Faisons de cette journée une opportunité de renouveler notre lutte en faveur de conditions de travail sûres et saines.