JYRKI RAINA: Bienvenue dans ce numéro de Global Worker

JYRKI RAINA

Bâtir notre force par les réseaux et les ACM

Les réseaux syndicaux dans le secteur automobile et l’accord-cadre mondial avec le géant du vêtement Inditex nous aident à défendre les droits syndicaux de millions de travailleurs.

Le Plan d’Action d’IndustriALL Global Union porte notre engagement à bâtir une authentique force et capacité d’action syndicale en unissant les travailleurs dans des réseaux pour agir conjointement et solidairement, y compris par des campagnes d’entreprise à niveau mondial. Le Plan appelle à davantage d’accords-cadres mondiaux (ACM) avec les entreprises multinationales et de Comités d’Entreprise Mondiaux reconnus par les employeurs.

Les syndicats de l’industrie automobile ont été aux avant-postes de cette stratégie. Dans ce numéro de Global Worker, nous braquons le projecteur sur l’évolution du secteur automobile où les premiers réseaux syndicaux ont vu le jour dès la fin des années 1960.

A ce jour, des réseaux syndicaux mondiaux fonctionnent chez un certain nombre de constructeurs automobiles allemands, français, américains et japonais de premier plan. Chez Volkswagen, GM, Ford, Peugeot-Citroën, Renault, Daimler, BMW, Volvo et Bosch, la direction a reconnu le réseau ou le Comité d’Entreprise Mondial et couvre les frais liés à leurs réunions habituelles.

Comme le fait remarquer Bob King, Président de l’UAW et co-président de la section automobile d’IndustriALL, les syndicats construisent la solidarité de façon nouvelle et innovante. Les affiliés d’IndustriALL au Japon, au Brésil et en Afrique du Sud ainsi que dans de nombreux autres pays ont soutenu la campagne de syndicalisation de l’UAW chez Nissan au Mississippi.

Le Président d’IndustriALL, Berthold Huber, souligne le rôle des accords-cadres mondiaux qui est d’assurer les droits des travailleurs tout au long des chaînes d’approvisionnement. Les violations des droits syndicaux sont fréquents, surtout au niveau des fournisseurs et des soustraitants.

C’est pourquoi notre ACM avec Inditex est si novateur. Le géant espagnol du vêtement ne produit quasiment rien lui-même, mais ses fournisseurs emploient un million de travailleurs et travailleuses en Chine, au Bangladesh, au Brésil et dans de nombreux autres pays. Ils sont tous couverts par cet accord.

Dans ce numéro, nous expliquons comment cet ACM, de simple bout de papier est devenu une réalité tangible. Nous sommes parvenus à faire réintégrer des centaines de travailleurs licenciés en Turquie et au Cambodge. Ensemble, Inditex et IndustriALL ont formé des délégués syndicaux et des cadres dans un projet pilote en Turquie. Nous allons maintenant étendre la formation au Bangladesh, au Cambodge, à l’Inde et à la Chine, avec le soutien de coordinateurs engagés spécifiquement à cette fin.

Avec ces réseaux et ACM, IndustriALL veut créer les conditions pour recruter et croître, pour une capacité syndicale à agir qui permette d’améliorer les salaires et les conditions de travail des travailleurs. Dès lors, assurer la liberté d’association est fondamental.

Comme nous le voyons dans ce numéro de Global Worker, partout où les syndicats peuvent fonctionner, ils font la différence au profit des gens, aussi bien en termes de revenus décents que de protection sociale. Les affiliés d’IndustriALL sont mobilisés pour assurer une hausse continue du salaire minimum et pour des soins de santé universels ainsi qu’un accès à la retraite en Indonésie, des salaires vitaux au Cambodge et pour des droits fondamentaux dans les pays de l’ex-Union soviétique.

Trop d’entreprises et de gouvernements s’opposent activement aux revendications des travailleurs pour l’équité et la justice sociale. C’est pourquoi il faudra toujours lutter.

Jyrki Raina

Secrétaire général

PROFIL: Les syndicats colombiens des mines et de l’énergie évoluent vers l’unité

Profil

Texto: Valeska Solis

Le syndicat des électriciens SINTRAELECOL, le syndicat du pétrole USO et le syndicat de l’industrie du charbon SINTRACARBÓN ont décidé de fusionner pour accroître leur capacité à contrer la force brandie contre eux par les multinationales et pour répondre aux abus de pouvoir des autorités.

Alors que la Colombie traverse une crise économique, politique et sociale, nous avons décidé de prendre l’initiative de promouvoir l’unité

déclaraient les comités exécutifs de SINTRAELECOL, de l’USO et de SINTRACARBÓN dans un communiqué conjoint l’an dernier. Un organe de coordination, le CUSME, a depuis été constitué pour promouvoir l’unité dans les secteurs des mines et de l’énergie.

Le climat anti-syndical en Colombie a conduit les syndicats à se concentrer sur leur renforcement. Au cours des années passées, les syndicats ont été soumis à rude épreuve par toute une série de conflits : celui de SINTRACARBÓN, contre Carbones del Cerrejón Limited et Prodeco à la mine de Calenturitas, a vu le syndicat défendre les droits des salariés de l’entreprise et des membres des communautés locales affectés par l’exploitation minière ; SINTRAELECOL a bataillé contre les persécutions et les menaces à l’encontre des travailleurs du secteur ; l’USO quant à elle s’est battue contre la persécution politique et la violation des droits du travail par Pacific Rubiales. Des dirigeants de l’USO ont souffert de détentions arbitraires, quatre salariés de Pacific Rubiales ayant été détenus pendant 75 jours avant d’être finalement libérés en janvier 2014.

Les leaders syndicaux estiment que l’unité pourrait agir comme un catalyseur au niveau de la lutte des travailleurs et travailleuses pour obtenir des améliorations de leurs conditions de vie et de travail.

L’unité dans les secteurs des mines et de l’énergie est la seule façon de pouvoir répondre au modèle de prédation qui prévaut en Colombie. Longue vie à l’unité ! 

clame Pablo Santo, président du syndicat SINTRAELECOL.

Vers l’unité

En mars de cette année, le CUSME s’est réuni pour préparer un plan stratégique en vue d’arriver à l’unification des trois syndicats. Ce processus implique la création de commissions pour préparer des documents à débattre et approuver, des séminaires régionaux et une plénière nationale pour approuver et réaffirmer le processus d’unification.

Jorge Almeida, le Secrétaire régional d’IndustriALL pour la région Amérique latine et Caraïbes, souligne l’importance de la décision prise par les trois affiliés colombiens de fusionner :

Unifier différents syndicats n’est pas chose facile,  mais on peut y arriver si ceux qui y sont impliqués ont la volonté politique et la motivation pour y arriver. La fusion des trois Fédérations internationales qui ont joint leur forces pour former IndustriALL en est un bon exemple. 

Avec le soutien d’IndustriALL et de ses affiliés suédois, le CUSME va continuer à informer ses membres du besoin pour les secteurs des mines et de l’énergie d’avoir un syndicat puissant qui apporte sa solidarité aux travailleurs impliqués dans des conflits et réplique avec fermeté face à l’agression et le mépris affichés par les entreprises nationales et multinationales qui exploitent des ressources minières et énergétiques de la Colombie.

Edwin Castaño, Président de l’USO, déclare :

Maintenant, plus que jamais, les travailleurs et travailleuses des secteurs des mines et de l’énergie veulent l’unité.

Jairo Quiroz, leader de SINTRACARBÓN conclut :

Aller dans le sens de l’unité et de la création d’un syndicat unique des mines et de l’énergie, CUSME, est une nécessité pour les travailleurs du secteur. Nous allons graduellement de l’avant et tout ceci sera positif pour le mouvement syndical colombien.

RAPPORT REGIONAL: Nouveaux défis et combats pour les syndicats des pays de l’ex-Union Soviétique

Rapport Régional

Text: Alexander Ivanou

Azerbaïdjan

En Azerbaïdjan, la CSI note qu’en dépit de meilleures garanties offertes par le Code du Travail en 1999, les multinationales violent fréquemment les droits des travailleurs en concluant des contrats à durée déterminée d’un à trois mois, en privant les travailleurs de congés annuels, en imposant des heures supplémentaires sans rémunération et en ne versant pas les prestations sociales dues. De plus, les employeurs empêchent souvent leurs salariés de créer des syndicats en les menaçant de licenciement.

Biélorussie

En Biélorussie, les travailleurs sont à la merci de l’emploi précaire. En 1999, Alexander Lukashenko, Président de la République de Biélorussie a édicté le tristement célèbre décret n°29 qui autorise les employeurs à recourir aux contrats à durée déterminée pour toutes les catégories de travailleurs.

Ce décret, qui est appliqué comme une loi nationale, a rendu possible pour les employeurs le confinement progressif de pratiquement tous les travailleurs de Biélorussie dans l’infâme système de l’emploi précaire. Les 35% de travailleurs les plus chanceux signent des contrats de cinq ans, 30% pour trois ans et le dernier tiers restant renouvelle son contrat tous les ans.

Il y a également des indices de l’existence de contrats plus courts pour certaines catégories de travailleurs. Le système permet à l’employeur de se débarrasser, sans frais, d’un travailleur qui désapprouverait les politiques de l’entreprise ou essaierait de mettre sur pied un syndicat indépendant.

Pour un syndicat, il est extrêmement difficile de faire réintégrer un travailleur qui a été licencié puisque l’employeur déclarera simplement que son contrat a expiré, même s’il a déjà été renouvelé auparavant de nombreuses fois.

Une autre caractéristique de l’oppression des syndicats en Biélorussie est que les employeurs peuvent se débarrasser d’un syndicat local en omettant de confirmer son adresse pendant son enregistrement, ce qui est légalement obligatoire pour toute organisation. En conséquence, toute personne travaillant pour un syndicat nonreconnu est passible d’emprisonnement. En voyant les dangers du travail précaire et les menaces pour les travailleurs, les syndicat indépendants ont déposé une plainte auprès de l’Organisation internationale du Travail (OIT) en 2000 pour violation des droits des travailleurs et des syndicats. L’OIT a depuis lors fait différentes recommandations au gouvernement de Biélorussie et envoyé une série de missions dans le pays, dont la plus récente en janvier 2014. Malheureusement, la dernière mission n’a pu rapporter « aucun changement ou progrès significatif visant à mettre en oeuvre les recommandations de la Commission d’Enquête en vue d’amender la légalisation en vigueur ». La mission note de plus : « Si certains problèmes relevés antérieurement sont devenus moins pressants, de nouveaux sont apparus ».

Géorgie

En dépit d’amendements positifs introduits en juillet 2013 dans le Code du Travail géorgien, largement critiqué, la liberté d’association reste une préoccupation grave. Bien que la loi interdise la discrimination sur base de l’appartenance syndicale, elle ne met pas en place de mécanismes clairs pour protéger les travailleurs contre la discrimination antisyndicale. Qui plus est, le droit de grève pour certains groupes de travailleurs est toujours sous le coup d’une interdiction ou gravement entravé en raison d’une procédure extrêmement compliquée et d’un processus obligatoire de conciliation.

Moldavie

En mars 2013, des propositions d’amendements au Code du Travail et à la législation syndicale ont été soumises conjointement au Parlement moldave par la Chambre américaine de Commerce, la Conférence nationale des Employeurs moldaves et l’European Business Association, partant du principe que cela améliorerait le climat des investissements dans le pays.

S’ils étaient adoptés, ces amendements enlèveraient les garanties légales octroyées aux syndiqués et aux représentants syndicaux élus, rendant plus aisé pour les employeurs le licenciement des militants syndicaux.

Kazakhstan

En 2011, les salariés de la compagnie pétrolière kazakhe KazMunaiGas (anciennement Kazakhoil) sont partis en grève. En raison de l’apathie des autorités, flirtant de la complicité avec l’entreprise pétrolière, le conflit de travail a connu l’escalade jusqu’aux émeutes sanglantes de Zhanaozen, qui ont fait 17 morts et de très nombreux blessés.

Le procès qui s’ensuivit, orchestré par les autorités kazakhes en mars 2012 a condamné 37 personnes à l’emprisonnement et d’autres peines. Sous la pression de la communauté internationale, deux des sept travailleurs emprisonnés ont été relâchés. Trois personnes, parmi lesquelles Roza Tuletaeva, la seule femme concernée, ont vu leurs conditions de détention allégées et ont été transférées dans un camp de détention. Deux personnes, Shabdal Utkilov et Kanat Zhusipbaev, restent à ce jour sous les verrous.

En 2013, un nouveau syndicat national des secteurs du pétrole et du gaz a été créé au Kazakhstan. IndustriALL Global Union est préoccupée par le fait que Sultan Kaliev, ancien directeur adjoint de la compagnie KazMunaiGas devienne président de cette nouvelle organisation. Au cours des événements de Zhanaosen, Kaliev faisait plutôt partie des problèmes qui ont poussé les travailleurs à la grève. Il existe aussi un risque élevé que l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat du Gaz et du Pétrole de la République du Kazakhstan soit forcé à rejoindre la nouvelle structure.

En septembre 2013, un nouveau projet de loi sur les syndicats a été soumis au parlement kazakh pour réflexion. Ce projet, qui introduirait une procédure obligatoire d’enregistrement pour les syndicats et imposerait un seuil d’adhérents, est clairement destiné à étrangler les syndicats qui ne sont pas membres de la FPRK.

Kirghizstan

Les grévistes au Kirghizstan seront passibles de 15 ans de prison si une série d’amendements au Code Pénal est adoptée par le parlement.

Ces propositions impliqueraient que les directeurs ou le personnel d’entreprises d’importance stratégique seraient exposés à des peines allant jusqu’à 15 ans d’emprisonnement pour être à l’origine d’un défaut ou d’un arrêt de production.

IndustriALL est d’avis que s’ils étaient adoptés, ces amendements constitueraient une violation flagrante des normes internationales et constitutionnelles en vertu desquelles les travailleurs peuvent exercer leur droit de grève. Le projet de loi sur le Code Pénal doit arriver devant le parlement en avril 2014.

Russie

Le nouveau code du travail adopté par la Douma (parlement russe) en 2001 s’est retrouvé sous le feu de l’OIT et de la CSI, car il interdit la négociation collective par un syndicat à moins que celui-ci ne représente plus de 50% de la main d’oeuvre, excluant ainsi tout syndicat minoritaire. Le code du travail sape également le droit de grève par le biais d’une procédure compliquée qui rend illégales les grèves de solidarité avec d’autres travailleurs ainsi que les grève nationales en soutien de revendications directes au gouvernement.

En 2009, la Cour Constitutionnelle, sous prétexte d’appliquer le principe d’égalité des droits entre les citoyens russes, a adopté de nouveaux amendements à la législation du travail qui permettent aux employeurs de démettre ou de punir des dirigeants syndicaux en les transférant de manière obligatoire à un autre poste sans le consentement préalable du syndicat.

Ukraine

Au moment où nous mettons sous presse, la situation en Ukraine reste tout à fait imprévisible. Avant les affrontements de la Place Maidan fin 2013, les syndicats luttaient contre le Fond Monétaire International, qui promouvait une réforme qui allait diminuer la capacité des syndicats à protéger leurs membres et exclure les syndicats minoritaires du dialogue tripartite. IndustriALL va continuer à suivre la situation et à prêter assistance à ses affiliés dans la mise en place de mesures de contre-attaque.

Les réformes libérales, parmi lesquelles l’emploi précaire est la plus grave, sont encouragées par les gouvernements des pays qui constituaient en partie l’ex-Union Soviétique.

Le but est d’attirer les capitaux étrangers et domestiques, ainsi que la sauvegarde de leur pouvoir. Pour atteindre ce but, de nombreux gouvernements ont fait le choix de vouloir écraser les syndicats qui pourraient résister à ces transformations libérales. Dès lors, l’avenir du mouvement dans la région dépend entièrement de sa capacité à développer une résistance adéquate.

DOSSIER: IndustriALL mobilise un soutien international en faveur des travailleurs du vêtement au Cambodge

Dossiér

Text: Léonie Guguen

Depuis lors, les manifestations publiques sont interdites, la liberté d’association mise entre parenthèses et les usines de confection ont lancé des poursuites judiciaires pour plusieurs millions de dollars à l’encontre des leaders syndicaux. Les Fédérations syndicales internationales et les enseignes du secteur se sont jointes pour condamner la violence à l’encontre des manifestants et ont à de nombreuses reprises appelé les autorités cambodgiennes à s’engager sur la voie d’un salaire minimum et à libérer les personnes détenues.

IndustriALL a pris la direction de la campagne mondiale de solidarité qui vise à soutenir les travailleurs du vêtement qui luttent pour l’augmentation du salaire minimum ainsi que pour la libération des 21 personnes qui, sur les 23 du départ, restent en prison.

Comme c’est l’avenir des travailleurs et travailleuses du vêtement du Cambodge qui est dans la balance, IndustriALL, en collaboration avec UNI Global Union et la Confédération syndicale internationale (CSI), a négocié en permanence pour garder ouverts les canaux de communication entre les travailleurs du vêtement, les propriétaires d’usine et le gouvernement. En collaboration avec UNI, la CSI et l’Organisation internationale du Travail (OIT), IndustriALL a obtenu le soutien de 30 marques de vêtement de stature internationale dans une série de réunions et de communications avec le gouvernement cambodgien.

Réponse violente à la revendication d’un salaire minimum revalorisé

Le salaire minimum de 80 $ par mois était un des plus bas du monde. L’industrie de la confection a connu un boum au Cambodge au cours des dernières années pour représenter aujourd’hui 80% des exportations du pays. Bien qu’on estime que le secteur pèse 5 milliards de dollars par an, les travailleurs ont été laissés pour compte, ne recevant que de misérables salaires qui leur permettent tout juste de s’en tirer.

IndustriALL compte huit affiliés au Cambodge qui représentent les travailleurs de la confection. En décembre 2013, IndustriALL et ses affiliés ont tenu trois rencontres cruciales pour s’accorder sur un chiffre commun pour les négociations sur le salaire minimum au cours desquelles il a été décidé de retenir 160 $ par mois. Ceci ne constituerait toujours pas un salaire vital, mais bien un pas en avant pour les 400.000 salariés du secteur, qui génèrent un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars par an à l’exportation.

Le gouvernement et les employeurs n’ont accepté qu’une hausse à 95 $, chiffre passé ensuite à 100 $ par mois. Des manifestations de masse et des grèves pour soutenir la nouvelle revendication salariale ont eu lieu les 2 et 3 janvier de cette année et se sont révélées meurtrières à la suite de la brutale répression menée par les autorités gouvernementales. La police a ouvert le feu sur les manifestants, en tuant 4 et en blessant gravement 39 autres.

Ce n’était pas la première fois qu’un usage meurtrier de la force s’exerçait contre les travailleurs et travailleuses de la confection.

En novembre de l’année dernière, une travailleuse avait été tuée à la suite de l’usage d’auto-pompes et du passage à tabac des manifestants par la police.

L’atroce violence de janvier a provoqué l’indignation dans le monde, des syndicats manifestant en Thaïlande et en Corée devant les ambassades cambodgiennes en solidarité avec les travailleurs de la confection. Dans un courrier adressé au Premier Ministre Hun Sen, les syndicats et les marques ont condamné la violence des autorités cambodgiennes et réclament la justice ainsi que l’assurance que de tels faits ne se reproduiraient plus.

Le Cambodge est dirigé par Hun Sen, un transfuge du régime Khmer Rouge, depuis 28 ans. Il a indiqué vouloir continuer à diriger le pays jusqu’à l’âge de 74 ans. Les élections législatives de juillet 2013 l’ont vu se maintenir au pouvoir, mais celles-ci ont été condamnées par l’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), qui a déclaré avoir perdu les élections à la suite de fraudes électorales massives. Le parti au pouvoir, le Parti populaire Cambodgien (KPK) a remporté 68 sièges au parlement contre 55 pour le PSNC.

Depuis les grèves de janvier, les manifestations publiques sont interdites et les 21 manifestants sont maintenus en prison, virtuellement au secret, et hors procédure judiciaire.

Des travailleurs du monde entier montrent leur soutien

IndustriALL a été le fer de lance d’une journée mondiale d’action menée par des affiliés et des ONG partout dans le monde en solidarité avec les détenus et pour exiger leur remise en liberté avant une audience fixée au 11 février.

Les affiliés d’IndustriALL ont organisé des manifestations et ont remis en mains propres des lettres aux ambassades cambodgiennes à Bruxelles, Canberra, Dacca, au Honduras, à Hong Kong, Jakarta, Manille, Séoul, au Sri Lanka, à Tokyo et Washington D.C. Des affiliés dans de nombreux autres pays de par le monde ont également envoyé des lettres ou des pétitions aux ambassades cambodgiennes.

Le message aux autorités cambodgiennes est clair,

précise le Secrétaire général d’IndustriALL Jyrki Raina.

Nous n’arrêterons pas tant que tous les travailleurs ne seront pas libérés. 

Une semaine après que les détenus se soient vus refuser leur mise en liberté conditionnelle, IndustriALL et la CSI ont été rejoints par H&M, Index, Gap, C&A et Puma lors d’une réunion à haut niveau dans la capitale Phnom Penh à l’invitation du Vice-premier Ministre Keat Chhon et en présence de plusieurs ministres dont ceux du Travail et du Commerce ainsi que d’autres hauts fonctionnaires. Lors de discussions franches, les enseignes ont exprimé leur désir de stabilité, d’un mécanisme fonctionnel de fixation des salaires et de relations sociales saines.

Depuis cette réunion, cependant, le gouvernement a, de manière alarmante, suspendu la liberté d’association pour les travailleurs du Cambodge, refusant d’enregistrer de nouveaux syndicats jusqu’à la parution d’une nouvelle législation sur le sujet, qui pourrait ne pas voir le jour avant la fin de l’année.

La suspension de la liberté d’association de la part du gouvernement est en contravention directe avec la Convention 87 de l’OIT, ratifiée par le Cambodge, qui garanti que les travailleurs et les employeurs, sans distinction aucune, auront le droit de créer et de se joindre à des organisations de leur choix sans autorisation préalable.

Nouvelle mesure discriminatoire à l’égard des syndicats, le Ministère du Travail exige maintenant que les dirigeants syndicaux prouvent qu’ils n’ont pas de casier judiciaire avant d’enregistrer de nouvelles sections de leurs organisations.

L’Association cambodgienne des Producteurs de Vêtements (GMAC), qui s’est abstenue de condamner le recours mortel à la force contre les manifestants a en outre riposté en entamant des poursuites judiciaires réclamant un total de 72 millions de dollars à six dirigeants syndicaux pour dommages causés aux usines durant le mouvement de protestation.

Les enseignes se joignent aux FSI en s’engageant pour les salaires et les droits

En réponse à la détérioration des relations entre les travailleurs du secteur, le gouvernement et les propriétaires des ateliers, IndustriALL, UNI et la CSI, ensemble avec 30 enseignes de premier plan dont H&M, Inditex, Gap, Adidas et Nike, ont signé une lettre commune adressée au Vice-premier Ministre du Cambodge le 14 mars demandant qu’un mécanisme participatif soit rapidement mis en place pour la fixation du salaire minimum, la liberté d’association pour les syndicats et le respect des droits des 21 détenus.

Tout en reconnaissant le droit des propriétaires d’usine de chercher à obtenir réparation de toute personne dont il a été prouvé qu’elle a causé des dégâts punissables par la loi à leur propriété, les enseignes et les syndicats craignent que les recours en justice induisent une escalade dans la situation et rendent plus difficile encore l’obtention de solutions constructives.

Les Fédérations syndicales internationales et les enseignes sont unies dans leur effort pour soutenir ce processus et mettre fin au blocage sur le salaire minimum, 

dit Jyrki Raina, tout en faisant remarquer que les enseignes doivent s’engager à payer davantage leurs fournisseurs pour couvrir les coûts de l’augmentation des salaires.

L’impact de la hausse des salaires sur le prix de vente sera négligeable pour les enseignes mais changera la vie des travailleurs. Les enseignes doivent assurer les propriétaires d’usines qu’elles sont prêtes à prendre en compte un salaire minimum à 160 $ et absorber le surcoût. 

IndustriALL va poursuivre son action pour les droits des travailleurs au Cambodge, pour assurer un salaire vital et le droit à la liberté d’association et à la négociation collective sans crainte de violence.

PROFIL: La lutte continue

Profil

Texte: Petra Brännmark

Jakarta, février 2014. Les membres de la KSPI sont venus en force pour protester contre les promesses non tenues du gouvernement. Bien que le Ministre du Travail ait fait adopter un décret en 2013 qui augmente le salaire minimum, une hausse significative ne s’est encore jamais manifestée.

La hausse octroyée est irrationnelle et irréaliste, car elle ne couvre pas les dépenses vitales,

indique Said Iqbal, le président de l’affilié d’IndustriALL Global Union, la FSPMI, ainsi que de la Confédération des Syndicats indonésiens (KSPI).

Le salaire minimum doit devenir un salaire vital et tous les travailleurs doivent bénéficier d’une sécurité sociale.

IndustriALL compte 12 affiliés en Indonésie, pour un total d’environ 1,3 millions de membres. La FSPMI (Fédération indonésienne des Métallurgistes) compte environ 220.000 adhérents.

Actions syndicales en Indonésie

Il existe six centrales syndicales en Indonésie, la KSPI étant l’une d’elles. Ensemble, elles comptent environ 4 millions d’adhérents.

L’Indonésie compte 250 millions d’habitants répartis sur plus de 18.000 îles. Cette jeune démocratie n’a pas de tradition syndicale forte, pourtant, les membres de la KSPI ont un engagement fort sur les problématiques clés pour lesquelles ils se battent.

Said Iqbal explique qu’en tant que syndicalistes, ils luttent principalement pour trois choses : la fin du système de bas salaires, la protection sociale, à savoir une sécurité sociale pour tous les travailleurs et contre la sous-traitance.

Nous luttons pour une réforme du système de sécurité sociale, avec une couverture universelle de l’assurance santé et un fond de pension obligatoire pour tous les travailleurs du secteur formel. Nous nous battons contre la politique des bas salaires et nous voulons un salaire décent ainsi que des barèmes sectoriels. Et il y a bien sûr le combat sans fin contre l’emploi précaire. Nous voulons un changement dans le statut de salarié et, chose importante, modifier la réglementation sur la sous-traitance.

Il y a une stratégie et une méthode claires dans ce travail, depuis le concept jusqu’à l’action en passant par le lobbying. Après s’être mis d’accord sur un concept, les syndicalistes discutent avec les parties prenantes qui vont de la sphère gouvernementale aux organisations non-gouvernementales (ONG). Nous utilisons à la fois les médias traditionnels et les réseaux sociaux, en ayant une forte présence sur Facebook et différentes listes d’adressage. Ensuite viennent les actions. 

D’énormes manifestations avec un nombre de participants dont les syndicalistes ne peuvent que rêver dans d’autres parties du monde ne sont pas si rares en Indonésie. Le rassemblement du 1er mai en 2013 a vu pas moins de 500.000 travailleurs défiler au coude-à-coude.

Ces marches et ces campagnes sont importantes pour avoir le soutien des gens 

Salaire minimum

Lorsque l’on compare les salaires minimum en Asie, l’Indonésie est à la traîne avec un salaire minimum de $ 5,38. C’est presque la moitié du minimum aux Philippines qui est de $ 10,6. La Chine, la Thaïlande et Taïwan se classent également mieux.

Said Iqbal dit que même si le salaire minimum a augmenté ces dernières années, il n’est tout simplement pas suffisant.

Le principal problème est que le salaire minimum en Indonésie est bien loin de couvrir les besoins vitaux de base. Un travailleur ou une travailleuse au salaire minimum ne percevra que de quoi couvrir 82,29 % de ses besoins.

Nous devons introduire un barème obligatoire de salaires pour des salariés qui ont plus d’un an d’ancienneté. Les salaires au-delà du minimum doivent être négociés. Il faut une réglementation officielle sur le salaire minimum. Les entreprises qui paient moins que le salaire minimum doivent être sous surveillance.

Pourquoi la sécurité sociale indonésienne doit-elle être réformée ?

Plus de 150 millions d’Indonésiens n’ont pas de couverture sociale. Le parlement a voté une loi sur l’assurance santé universelle qui devait s’appliquer à tous les citoyens en janvier 2014. Mais le gouvernement tarde beaucoup à la mettre en oeuvre et, pour des millions de travailleurs, une véritable assurance santé doit encore se concrétiser.

La couverture existante est discriminatoire, limitée et à vocation lucrative. L’organe tripartite a été tenu à l’écart de la conception des politiques et décisions concernant la mise en oeuvre de la sécurité sociale,

affirme Said Iqbal.

Actuellement, il y a de plus en plus d’inquiétude par rapport à l’obtention de la réforme des pensions dont l’application a été convenue pour le 1er juillet 2015.

Une meilleure sécurité sociale aidera les gens à passer du secteur informel au secteur formel. Les tentatives des employeurs de revenir sur les réformes adoptées sont une menace pour la paix sociale et la voie de la prospérité pour tous les citoyens d’Indonésie.

Sous-traitance

Les conditions faites aux travailleurs en sous-traitance sont dures. Il n’y a pas de sécurité sociale, les travailleurs ne sont pas couverts par des conventions collectives et les pratiques anti-syndicales sont courantes. La législation du travail indonésienne précise que les travailleurs concernés par la soustraitance ne doivent pas relever des métiers de base de l’entreprise, or c’est souvent le cas.

Nous menons une campagne intensive et à grande échelle sur la sous-traitance, avec à la fois des rassemblements de masse et un lobbying soutenu, 

indique Said Iqbal.

Cette campagne a permis d’obtenir une nouvelle législation sur la sous-traitance adoptée le 21 novembre 2013.

Le résultat de cette campagne intensive est un nouvel ensemble de règles édictées par le Ministère du Travail sur les pratiques de soustraitance. Dans les entreprises étatiques, 16 millions de salariés ont ainsi bénéficié d’un changement de statut de travailleur externalisé à salarié permanent et sous contrat direct.

Les nouvelles réglementations appellent également à des salaires identiques entre travailleurs permanents, en sous-traitance ou externalisés.

Que réserve le futur ?

Bien que les syndicats en Indonésie ont montré qu’ils peuvent faire la différence dans la vie des travailleurs et travailleuses, de nombreuses luttes nous attendent encore. Le salaire minimum doit être augmenté pour en faire un salaire vital et tous les travailleurs doivent bénéficier de la sécurité sociale. Said Iqbal précise que pour 2015, les syndicats vont réclamer une hausse de 30% du salaire minimum.

Il nous faut un bon salaire minimum si nous voulons construire un étatprovidence. Et nous refusons d’attendre. Nous devons trouver cette solution ensemble avec les autres syndicats indonésiens.

IndustriALL soutient la campagne des syndicats indonésiens en faveur d’augmentations continues du salaire minimum pour garantir un revenu vital, pour la réforme de la sécurité sociale et pour limiter la sous-traitance en faveur des emplois décents.

Il n’y a rien à craindre d’une augmentation du salaire minimum,

indique le Secrétaire général d’IndustriALL Jyrki Raina.

L’an dernier a vu une augmentation des salaires dans de nombreux pays asiatiques. Les syndicats sont parvenus à obtenir au Bangladesh une augmentation de 77% en 2013 et le salaire minimum en Chine est déjà supérieur à celui de l’Indonésie. Il est grand temps que les travailleurs et travailleuses indonésiens et leurs familles obtiennent une part des profits qu’ils permettent en réalité de générer.

CAMPAGNES: Modifier l’équilibre – des campagnes pour défendre les travailleurs contre les abus de pouvoir des entreprises

Campagnes

Texte: Adam Lee

Décembre 2013 est pour IndustriALL Global Union une date marquante pour le dialogue social. Des Accords-Cadres Mondiaux (ACM) ont été signés avec trois entreprises : SCA en Suède, Norske Skog en Norvège et Solvay en Belgique. Un jalon a été posé : il existe maintenant plus de 100 accords mondiaux entre les entreprises et les FSI.

Les ACM sont des accords écrits qui sont négociés à niveau mondial entre les Fédérations Syndicales Internationales (FSI), comme IndustriALL, et les entreprises multinationales. Lorsqu’ils sont rédigés et appliqués correctement, ces accords peuvent servir à protéger les droits des travailleurs sur tout site d’activité d’une entreprise sur la planète.

Cependant, ce jalon appelle aussi une question : que cela signifie-t-il pour les dizaines de millions de travailleurs et travailleuses employés par les milliers de multinationales qui n’ont pas signé d’accord mondial ? Par comparaison, décembre n’a pas été un bon mois pour les membres de l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat des salariés des zones de libre échange et des services d’intérêt général (FTZGSEU), employés par Ansell dans la zone de libre échange de Biyagama au Sri Lanka. En décembre, ils en étaient à deux mois de grève et de nombreuses familles commençaient à désespérer.

La grève avait été précipitée par les abus de la direction d’Ansell contre les droits des travailleurs et de leurs syndicats. On peut citer le refus de négocier en toute bonne foi, la victimisation des dirigeants syndicaux, le versement de salaires de misère et même le fait de forcer les travailleurs à uriner sans quitter leur poste de travail pour maintenir un haut débit de production.

Contre-attaque

Bien que par certains aspects il s’agisse d’un cas extrême, des entreprises comme Ansell ne sont que trop répandues. Si les syndicats devaient oublier tous les Ansell de ce monde et concentrer leur attention sur les entreprises qui choisissent le droit chemin, le gagne-pain de la plupart des travailleurs et travailleuses serait en danger.

Historiquement, les syndicats ne sont pas apparus grâce à un dialogue harmonieux avec les employeurs. Ils ont vu le jour lorsque des travailleurs se sont associés pour exiger réparation pour les injustices de leurs employeurs. Que des travailleurs et leurs syndicats s’organisent et bâtissent unité et solidarité reste une composante vitale de toute contre-attaque face à l’injustice d’un employeur.

Cependant, confrontée à des entreprises multinationales géantes et des associations patronales puissantes, la syndicalisation d’un lieu de travail n’est bien souvent pas suffisante en elle-même. Les syndicats sur un site d’activité individuel tiennent souvent le mauvais bout dans l’équilibre des forces.

IndustriALL prend un rôle de plus en plus important dans des campagnes. Celles-ci peuvent être dirigées contre un seul employeur abusif, comme c’est le cas pour les campagnes récentes et encore en cours contre Ansell, Crown et Rio Tinto. Mais elles peuvent aussi viser plusieurs entreprises ou des associations patronales, comme au Bangladesh et au Cambodge.

La campagne Ansell

Ansell est un producteur d’origine australienne de gants médicaux et de préservatifs. Bien avant que le FTZGSEU n’appelle à la grève chez Ansell, IndustriALL avait répliqué aux atroces conditions de santé et sécurité de cette entreprise en fournissant une critique avisée de ces pratiques. Ceci a permis au FTZGSEU de mettre la pression sur les autorités réglementaires pour qu’elles se penchent davantage sur les pratiques en matière de santé et sécurité au sein de cette usine.

En octobre de l’année dernière, 294 travailleurs et travailleuses d’Ansell ont été licenciés alors qu’ils participaient à une grève, lancée au départ pour protester contre la mise à l’écart du président de leur section syndicale locale, mais qui a été avivée par le licenciement par Ansell de 11 militants et représentants syndicaux. Des tribunaux de premier instance ont statué en faveur de la réintégration des travailleurs licenciés et la Cour Suprême a ensuite ordonné à Ansell de négocier un règlement avec le FTZGSEU. Lorsque la direction a refusé de s’y plier, IndustriALL a accéléré sa campagne en envoyant une délégation de haut rang s’adresser à un meeting de grévistes dans le but d’amener un soutien au syndicat dans tous le pays.

Construire un soutien international est l’une des principales priorités de la campagne. A cette fin, nous avons une campagne LabourStart, qui a généré près de dix mille lettres de protestation à la direction d’Ansell. Le Comité exécutif d’IndustriALL a réagi avec une résolution ferme et un engagement de soutien fort de toutes les régions du globe.

IndustriALL a déposé une plainte auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) concernant les violations de ses principes directeurs. Ceux-ci prévoient des normes internationales pour les entreprises multinationales dans les domaines, notamment, de l’emploi, des droits de l’homme, de la santé et sécurité et de la corruption, assorties d’un mécanisme de dépôt de plainte.

Dès lors qu’Ansell a refusé les offres de dialogue d’IndustriALL à propos du conflit au Sri Lanka, le mécanisme de plainte auprès de l’OCDE permet à IndustriALL de mettre la pression sur Ansell afin, soit qu’elle reconsidère l’offre, soit qu’elle ait à faire face à un étalage public, potentiellement dommageable, de ses pratiques inhumaines.

En février, IndustriALL a encore accéléré sa campagne. Le Secrétaire général d’IndustriALL Jyrki Raina s’est rendu au Sri Lanka et a participé à un meeting de soutien aux grévistes. Il a également rencontré le Président du Sri Lanka pour faire part des préoccupations quant au conflit. Attirant une importante couverture médiatique, la visite de Jyrki Raina a permis de donner un coup de projecteur sur les pratiques inhumaines d’Ansell.

Le chemin de la victoire

La grève et la campagne ont eu un énorme impact. A peu près en même temps que la visite de Jyrki Raina, il a été révélé que de nombreux gants produits par Ansell étaient renvoyés comme défectueux. Il a également été annoncé que le Conseil pour l’Investissement du Sri Lanka avait rejeté la demande d’abattement fiscal d’Ansell Lanka en raison du conflit.

La direction d’Ansell n’a pas encore fait d’offre honorable pour résoudre le conflit. Lorsque la Cour Suprême du Sri Lanka s’est à nouveau penchée sur l’affaire le 3 mars, il était clair qu’Ansell n’avait aucune intention d’essayer de trouver une solution viable. La Cour Suprême a proposé la réintégration des 294 salariés, mais Ansell prétend avoir déjà pourvu aux postes vacants. Le Procureur Général a ordonné que le Tribunal du Travail du Sri Lanka connaisse de l’affaire, excepté pour 35 travailleurs qui ont reçu des indemnités de licenciement. S’il n’y a toujours pas de solution, la Cour Suprême rouvrira le dossier.

Comme la fin du conflit n’est pas en vue, IndustriALL va poursuivre la campagne et faire monter la pression sur Ansell de manière créative et stratégique et faire ce qu’il faut.

Pour les syndicats, le terrain est plus miné que jamais. Les directions des grandes entreprises repoussent les limites dans leur quête impitoyable de profits. Les entreprises européennes qui pratiquent le dialogue social au pays se déchaînent en attaques anti-syndicales en Amérique du Nord et ailleurs.

Le chemin de la victoire face à des employeurs abusifs ne sera pas une promenade de santé. IndustriALL va poursuivre ce chemin en renforçant sa capacité à mener des campagnes efficaces. Nous travaillons avec nos affiliés et avec d’autres Fédérations Syndicales Internationales pour tirer avantage de nos ressources et expériences communes.

ENQUETE: Construire une force syndicale mondiale dans l’industrie automobile

Enquête

Texte: Tom Grinter

Le tableau ci-dessous donne une indication des structures syndicales internationales développées au sein des principales entreprises du marché automobile. IndustriALL Global Union fait office de plaque tournante pour l’ensemble des réseaux syndicaux d’entreprise dans cette industrie. La solidarité internationale et la force syndicale sont déployées en vue de l’établissement de Comités d’entreprise mondiaux reconnus par les entreprises, qui fournissent des mécanismes du plus haut niveau permettant aux travailleurs d’avoir une influence sur la stratégie des entreprises, comme prévu dans le Programme d’action adopté par le Congrès fondateur, à Copenhague, en 2012. Dans chacune de ces instances, IndustriALL joue un rôle déterminant, reconnu par le patronat. IndustriALL dispose d’une place dans l’ensemble des réunions des Comités d’entreprise mondiaux, y compris aux assemblées où la direction rend compte de sa stratégie d’entreprise.

Affiliés d’IndustriALL qui organisent dans les principales entreprises du secteur automobile à l’échelle internationale :
IndustriALL affiliates organizing internationally in the major auto companies:

Bob King, président de l’UAW et du secteur automobile d’IndustriALL :

Il y a chez IndustriALL Global Union une vision de justice économique et sociale sans frontières. En travaillant ensemble selon des approches nouvelles et innovantes, les affiliés du secteur automobile contribuent à faire de cette vision une réalité. Qu’il s’agisse des mesures urgentes prises par les travailleurs brésiliens contre les représailles patronales contre un ouvrier de Nissan à Canton ou l’action collective des syndicats de l’automobile pour condamner la répression violente chez Ssangyong Motor, en Corée, l’UAW estime que cette coopération est à la fois édifiante et efficace.  

Erich Klemm, président du Comité d’entreprise mondial de Daimler :

À mesure que les firmes s’étendent et mettent en oeuvre leurs activités internationales, les représentants des travailleurs doivent développer des structures transnationales, pour empêcher que les travailleurs ne soient livrés à la merci de commandes de production globalisées et de processus décisionnels transfrontaliers. L’objectif ultime des instances internationales mises sur pied chez Daimler est de créer un espace de confiance mutuelle et une représentation des travailleurs unis en solidarité par-delà les frontières. Les réunions assurent l’égalité dans l’accès à l’information pour tous et des discussions sur un pied d’égalité avec les échelons supérieurs de la direction.

Ceci est possible grâce au soutien des syndicats internationaux – y compris les représentants des travailleurs sur les nouveaux sites. Les usines et les effectifs doivent pouvoir s’identifier mutuellement en tant qu’interlocuteurs. 

L’exemple du Comité d’entreprise mondial de Volkswagen illustre le potentiel d’une telle instance. L’ensemble des directeurs des ressources humaines locaux sont invités aux réunions où les représentants des travailleurs disposent d’une plateforme pour présenter leurs plaintes locales devant la direction générale internationale au grand complet, le PDG et les syndicats. Le fait qu’aucun directeur des ressources humaines local ne souhaite engager de discussions ouvertes dans ce forum concernant des plaintes de travailleurs de son usine augmente sensiblement la possibilité qu’ont les syndicats d’entreprise de décrocher un accord en amont de ces réunions annuelles.

Les entreprises françaises du secteur automobile sont, elles aussi, bien organisées par les affiliés d’IndustriALL au niveau international. Les ACM avec Renault et PSA Peugeot-Citroën sont des accords modèles qui renferment des clauses déterminantes sur les salaires décents, les droits syndicaux, la santé et la sécurité, la couverture de la chaîne d’approvisionnement et l’établissement d’un Comité d’entreprise mondial subséquemment à la mise en oeuvre.

Helmut Lense, directeur pour les secteurs Automobile et Caoutchouc d’IndustriALL, a déclaré à propos des Comités d’entreprise mondiaux :

Les entreprises doivent prendre en charge les frais de déplacement et de participation aux réunions, pas à cause de la loi mais en raison du pouvoir des syndicats. Il n’est pas question que cette prise en charge nuise à l’indépendance du syndicat. En fonction du pays où est basé le siège social de l’entreprise, ces réunions sont généralement organisées sous l’égide des Comités d’entreprise respectifs et non de la direction. Le Comité d’entreprise invite la direction à la réunion et prie le PDG d’y assister en personne et de présenter un rapport au syndicat.

Ce que les syndicats disent à la direction c’est que les travailleurs ont besoin d’une structure mondiale, que ce n’est ni à la direction ni aux syndicats de payer leurs billets d’avion pour assister aux réunions internationales. Vous faites votre boulot en tant que dirigeants d’entreprise et nous faisons le nôtre en tant que syndicat à l’échelon mondial. Chacune des parties fait son boulot et c’est payé par l’entreprise. 

Quand une entreprise est dotée d’une structure mondiale approuvée, reconnue et financée par elle, le syndicat a le pouvoir d’obliger cette entreprise à accepter, reconnaître et payer. Il peut arriver que de telles structures n’existent pas dans d’autres entreprises car les syndicats qui représentent les travailleurs dans l’entreprise ne disposent pas encore de suffisamment de force pour les faire accepter. 

Il existe dans cette industrie un grand nombre de systèmes de normalisation et d’accords afférents aux relations du travail qui contraignent par la pression les autres entreprises du secteur automobile à emboîter le pas à celles qui l’ont déjà fait.

L’Accord-cadre mondial avec Ford est le seul ACM souscrit par IndustriALL avec une entreprise étasunienne. Et le modèle d’influence se répercute en aval de la chaîne d’approvisionnement, là où survient la majeure partie des violations.

La chaîne d’approvisionnement acquiert une importance d’autant plus notable dans le secteur automobile que dans les autres industries dès lors qu’entre 70 et 80 de la valeur moyenne d’une voiture provient de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, le secteur automobile ne fait pas exception à la tendance générale qui veut que la majorité des atteintes aux droits des travailleurs surviennent au niveau de la chaîne d’approvisionnement. Veiller à l’inclusion de la chaîne d’approvisionnement dans les accordscadres internationaux est une priorité pour notre secteur. Le graphique circulaire ci-dessus permet d’apprécier le grand nombre d’ACM souscrits par IndustriALL avec des entreprises de la chaîne d’approvisionnement, dont la majorité sont des firmes allemandes, comme Bosch, Mann & Hummel et ZF, notamment.

Les accords mondiaux sur les relations du travail souscrits avec BMW, Renault, PSA et VW ont été déterminants pour la résolution de conflits avec les fournisseurs de pièces automobiles. IndustriALL est régulièrement amenée à coordonner des interventions internationales en réponse à des violations de droits survenant chez des fabricants de la chaîne d’approvisionnement automobile en Turquie. Ces interventions d’IndustriALL sont considérablement renforcées par l’effet de levier que procure le réseau de l’ACM avec les principales marques automobiles qui achètent le produit, qu’il s’agisse de joints d’étanchéité pour moteurs, de roulements à bille ou de jantes.

« Exporter » la force syndicale

Le syndicat allemand IG Metall est le plus grand affilié d’IndustriALL Global Union. La densité syndicale élevée et des effectifs en progression constante ont valu à IG Metall d’occuper une position dominante dans le processus de Comité d’entreprise en Allemagne, lequel avait, à son origine, été pensé comme un moyen d’affaiblir les syndicats allemands. IG Metall fait valoir son pouvoir influence dans les conseils d’administration de l’ensemble des grandes entreprises allemandes du secteur.

Partout dans le monde, les gens continuent de travailler dans des conditions atroces et sont persécutés et opprimés parce qu’ils organisent un syndicat »,

affirme Berthold Huber, président d’IndustriALL Global Union.

Notre tâche fondamentale est de faire respecter des normes sociales minimums pour rendre la mondialisation plus humaine. Nous négocions avec des entreprises sur des accords-cadres internationaux, de manière à établir des conditions minimums dans tous les sites propres de l’entreprise, de même que dans sa chaîne d’approvisionnement. »

Également important et influent, le syndicat IG BCE exerce une pression considérable sur les secteurs de l’approvisionnement comme les industries du pneu, du verre et du cuir, tandis que le CNM-CUT du Brésil est activement engagé dans les activités internationales du secteur automobile, où il a une représentation forte.

De même, le Syndicat nippon des travailleurs de l’automobile (Japanese Auto Workers Union, JAW) tire parti de sa forte densité syndicale et de son influence auprès du patronat des entreprises multinationales pour mener des campagnes de pression en soutien aux travailleurs de l’automobile d’autres pays.

Les exemples concrets incluent le soutien aux campagnes de syndicalisation de l’UAW dans les chaînes de montage Nissan à Canton, Mississipi, le syndicat STUHM dans l’usine Honda de Jalisco et les efforts d’organisation d’UNIFOR chez Toyota Canada.

Le JAW mène également diverses activités en vue du développement de réseaux syndicaux en Asie. C’est aussi à l’initiative du JAW que fut lancé, en août 2013, le Réseau asiatique des travailleurs de l’automobile. Le nouveau réseau se base sur la notion commune que :

 … il est extrêmement important pour les syndicats asiatiques des travailleurs de l’automobile de s’unir en solidarité et d’échanger des idées et des points de vue. Nous espérons que cela… contribuera à approfondir les relations entre les syndicats des travailleurs de l’automobile et conduira à terme à l’établissement de réseaux syndicaux au sein des entreprises multinationales tel qu’envisagés par IndustriALL. 

La solidarité internationale à l’oeuvre

Les affiliés d’IndustriALL du secteur automobile de tous les continents luttent les uns pour les autres car ils savent que la seule façon de construire une industrie durable est d’instaurer des conditions de travail décentes partout.

Les affiliés se battent contre des constructeurs automobiles vindicatifs et des gouvernements complices en Inde, en Corée, au Mexique, en Russie et en Turquie, pour ne citer que quelques exemples.

De même, les travailleurs de l’automobile en Inde sont livrés à une lutte incessante pour leurs droits syndicaux élémentaires et ont tout à gagner d’une solidarité internationale accrue émanant du réseau syndical mondial.

Comme le cas très médiatisé du conflit en cours en Inde dans l’usine de motos de la firme nippone Maruti Suzuki, à Manesar. Du 15 au 31 janvier 2014, plus de 2000 manifestants ont pris part à une marche sur Delhi depuis l’État voisin d’Haryana pour réclamer la libération de 147 employés incarcérés et la réintégration de 2300 travailleurs mis à pied.

En décembre 2012, la direction locale du fabricant multinational finlandais de pièces automobiles PKC a sommairement congédié 100 employés qui avaient participé à une campagne de syndicalisation à Los Mineros. L’action visait, entre autres tactiques jugées inacceptables par le patronat, à maintenir le contrat de protection dans l’usine de Ciudad Acuña, au Mexique.

IndustriALL apporte son soutien à un syndicat des travailleurs de Volkswagen, SITIA, pour aider celui-ci à acquérir une structure de fédération, et ce principalement pour pouvoir organiser de nouvelles usines de pièces automobiles au Mexique. La portée du syndicat engloberait, dès lors, les fournisseurs de pièces détachées.

Gabriela Pignanelli, co-présidente du secteur de l’industrie, est elle-même issue des rangs du syndicat SMATA (syndicat argentin des travailleurs de l’automobile) qui est en train de renouer avec les activités internationales et devient de plus en plus actif.

« Quand nous nous battons, nous gagnons »

L’affilié sud-africain NUMSA se mobilise régulièrement pour obtenir des améliorations pour ses membres dans le secteur de l’automobile et est responsable de l’établissement de la négociation collective sectorielle. À titre d’exemple, en octobre 2013, les travailleurs des pièces détachées automobiles représentés par NUMSA ont pris part à une grève de quatre semaines à l’issue de laquelle ils ont décroché une nouvelle convention collective d’une durée de trois ans et des augmentations salariales annuelles de 10,8 et 8%.

On peut compter sur l’engagement régulier du syndicat NUMSA dans des actions de solidarité avec les travailleurs de l’automobile d’autres pays. L’action en soutien à la campagne de syndicalisation de l’UAW chez Nissan a été de grande envergure. Au milieu de 2013, le syndicat NUMSA a accueilli une délégation de l’UAW dans le cadre d’une semaine d’activités à fort impact médiatique qui a culminé avec une mobilisation devant l’ambassade du Japon réclamant l’intervention du gouvernement contre les activités antisyndicales dans l’usine Nissan au Mississippi.

L’ITUWA a réussi à arracher plusieurs conventions collectives favorables en Russie grâce à la mobilisation de ses effectifs chez Ford, Volkswagen et Benteler Automotive. Depuis son établissement à l’issue d’une grève couronnée de succès chez Ford à Saint Petersburg en 2007, l’ITUWA organise les travailleurs chez 17 constructeurs et fournisseurs du secteur automobile.

Pas de liberté syndicale pour les travailleurs de Volkswagen aux États-Unis

L’UAW (United Auto Workers) a joué un rôle historique au niveau du secteur et continue de le faire à l’heure actuelle. Les différentes campagnes d’organisation de l’UAW dans des usines de multinationales non américaines se poursuivent et se trouvent à des étapes différentes. Elles bénéficient toutes d’un soutien syndical international important. Les élections sociales qui ont eu lieu chez Volkswagen, à Chattanooga, Tennessee, du 12 au 14 février, ont confirmé aux yeux du monde entier que les droits fondamentaux des travailleurs n’existent pas aux États-Unis.

Si ce vote important a déraillé, c’est de toute évidence le résultat d’une ingérence politique extérieure.

L’UAW a porté plainte auprès du National Labour Relations Board (NLRB), aux États- Unis, contre la conduite en sous-main et déviante de responsables élus politiquement lors des élections sociales chez Volkswagen, à Chattanooga. L’UAW a perdu le vote sur la représentation par 626 voix contre 712, mais malgré la neutralité de Volkswagen et l’octroi à l’UAW du droit d’accès à l’usine, une exception dans le contexte d’une telle procédure aux États-Unis, des politiciens du Tennessee se sont inexplicablement ingérés dans le processus et, ce faisant, ont peut-être compromis l’expansion future de Volkswagen à Chattanooga.

Plusieurs responsables élus du parti républicain au Tennessee, dont le gouverneur du Tennessee, Bill Haslam, le sénateur Bob Corker et le très influent sénateur Bo Watson se sont empressés de se rallier aux lobbys ultraconservateurs qui sont descendus sur Chattanooga pour écraser l’UAW et balayer l’accord de neutralité de 22 pages négocié entre l’UAW et Volkswagen, en collaboration avec la centrale syndicale allemande IG Metall.

Il y a avait une différence de quarantetrois votes,

a affirmé le secrétaire aux finances de l’UAW, Dennis Williams lors d’une conférence de presse tenue après le vote.

… C’est très troublant quand ça arrive aux États-Unis d’Amérique, quand une entreprise et un syndicat s’assoient autour d’une même table pour organiser un processus électoral juste et équitable.

Organisation des travailleurs de Nissan aux États-Unis

À partir du moment où les travailleurs de Nissan dans la ville de Canton, dans le Mississippi, ont commencé à se mobiliser pour former un syndicat et ont sollicité l’assistance de l’UAW, la direction a réagi avec force en organisant des réunions groupées et individuelles intensives et en diffusant des vidéos antisyndicales pour communiquer sa ferme opposition au syndicat. Ces activités ont créé un climat de peur et d’intimidation qui constitue manifestement une atteinte au droit de libre choix des travailleurs en matière de syndicalisation.

Dans une lettre adressée au PDG du groupe, Carlos Ghosn, en mars 2014, IndustriALL a exprimé de sérieuses inquiétudes concernant la réponse de Renault-Nissan aux efforts de syndicalisation aux États-Unis.

Dans sa lettre, le secrétaire général Jyrki Raina a écrit :

Bien que je salue le fait que Renault ait souscrit l’Accord-cadre mondial (ACM) et l’engagement public de l’Alliance à respecter les normes du travail internationales, y compris celles inscrites dans les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et le Pacte mondial des Nations Unies, il est important de reconnaître que la conduite de Nissan dans ses usines de montage aux États-Unis n’est pas conforme à ces normes du travail internationalement reconnues. Renault- Nissan ne peut prétendre qu’elle respecte les droits humains alors qu’elle se contente de se conformer à la législation du travail faible des États-Unis. 

Dans le cadre de son soutien à la campagne d’organisation de l’UAW chez Nissan, IndustriALL travaille en collaboration avec ses affiliés du secteur automobile au Japon, en France, au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs dans le monde.

Établissement d’un plan d’action commun

En sa qualité de directeur d’IndustriALL chargé des secteurs automobile et caoutchouc, Helmut Lense facilite les réunions annuelles du Groupe de travail IndustriALL pour l’industrie automobile, qui rassemble les syndicats du secteur automobile de pas moins de 18 pays et l’ensemble des entreprises du secteur.

Le groupe de travail mène des discussions et établit des stratégies communes et des plans d’action concrets au niveau du secteur pour stabiliser les relations entre syndicats, entreprises et gouvernements, soutenir la syndicalisation partout et contribuer au renforcement des syndicats existants et nouveaux dans le secteur, conformément au Programme d’action d’IndustriALL.

Le choix du lieu de tenue des réunions du groupe de travail répond d’une décision stratégique ; la première réunion s’est tenue à Détroit, en 2010, et a donné lieu à une discussion sur les stratégies d’organisation de l’UAW. Les réunions de 2011 et 2012 se sont tenues en Inde et en Russie respectivement et visaient à forger des liens entre les syndicats locaux qui éprouvaient des difficultés à entreprendre des campagnes d’organisation et des représentants des syndicats des travailleurs des mêmes entreprises dans les pays des sièges sociaux. En 2013, la réunion s’est tenue au Japon, dans le but de nouer des liens avec les syndicats nippons. Enfin en 2014, le groupe de travail se réunira en Thaïlande, pour renforcer le mouvement syndical asiatique au niveau de ce secteur et montrer aux syndicats asiatiques qu’IndustriALL accorde une importance stratégique à la région et soutient leurs efforts.

Parmi les autres domaines d’action importants au niveau du secteur, il conviendra de cibler plus particulièrement les pays suivants : Mexique, Inde, Russie et Chine.

L’Inde a commencé à faire l’objet d’un focus spécifique en 2014 aux fins de construire l’unité entre les syndicats indiens du secteur automobile et de développer les liens et la solidarité entre les syndicats locaux et ceux des pays des sièges sociaux des différents constructeurs automobiles comme Ford et Daimler, pour ne citer qu’eux. L’année prochaine commencera un nouveau focus sur la Russie cependant que le focus sur le Mexique, amorcé en 2013, se poursuivra.

Ces activités spécifiques aux pays sont menées en collaboration avec un groupe réduit de dirigeants syndicaux qui jouissent d’une réelle influence au sein de leurs entreprises respectives. Chaque atelier de travail est organisé selon une structure similaire et autour de deux priorités, à savoir une sensibilisation accrue aux conditions locales et la construction de liens entre le syndicat local et les syndicats des pays où sont basés les sièges sociaux.

Extrait du Plan d’action IndustriALL Global Union :

Dans le cadre de sa mission, IndustriALL entreprendra des actions pour atteindre les objectifs suivants:

Jyrki Raina, secrétaire général, IndustriALL Global Union

Nous sommes fiers des progrès accomplis envers la construction de la force syndicale à travers les réseaux dans le secteur automobile. Des réseaux solides combinés à des taux élevés de syndicalisation dans le secteur contribuent au renforcement du pouvoir des travailleurs à travers la chaîne d’approvisionnement et font des ACM un outil puissant. Dans le contexte de l’économie globalisée, les ACM restent l’un des meilleurs moyens de sauvegarder les droits des travailleurs et d’améliorer les conditions dans les entreprises multinationales. Nous continuerons à soutenir les ACM pour négocier, surveiller l’application et améliorer les conditions. Le capital mondial représente une force colossale dont le pouvoir doit être tempéré par le pouvoir des citoyens unis dans l’action.  

IndustriALL à l'offensive pour la sécurité dans les mines de Turquie

Dans une lettre envoyée ce 20 mai au Directeur général du BIT, Guy Ryder, IndustriALL réclame un rôle plus interventionniste pour l'OIT.

"Le récent carnage de Soma, qui s'ajoute au sinistre bilan de la Turquie en matière de sécurité, devrait mobiliser à l'action dans le monde entier pour s'attaquer globalement au taux inacceptable de victimes de l'industrie minière. Les mineurs comptent sur l'OIT pour honorer sa mission historique. Les syndicats doivent tenir leurs promesses et demander des comptes aux gouvernements et aux entreprises. Le débat doit être porté à l'échelon mondial.

"Les défis sont multiples; cela va, par exemple, de l'absence de volonté politique d'appliquer la législation, à l'incohérence et au manque de coordination des politiques, au taux de chômage élevé de la Turquie qui crée des cohortes de travailleurs intérimaires et contractuels vulnérables, aux liens parasitaires entre le gouvernement et le monde de l'entreprise qui favorise le non-respect de la réglementation et à une course débridée au profit à n'importe quel prix."  

À la mine de Soma, le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Global Union Kemal Özkan a déclaré aux survivants et aux victimes des disparus :

IndustriALL est à vos côtés en cette période de deuil et elle va mettre toute son énergie et toutes ses ressources dans une campagne pour mettre fin aux meurtres de mineurs. Une mine sûre, où les employeurs veulent réellement assurer la surveillance et remédier aux dangers, ne piégera et ne tuera jamais ceux qui y travaillent. Le gouvernement et l'employeur sont responsables de la vie du mineur. Des mesures doivent être prises et des investissements réalisés pour faire que cela ne se reproduise jamais et nous allons faire campagne pour que ces mesures soient prises.

Les médias internationaux ont largement rendu compte des actions de protestation à la mine et dans les villes de Turquie qui ont été violemment réprimées par les autorités, alors que la foule en colère réclamait la démission du gouvernement pour des années d'inaction pour la sécurité des mines et de mépris envers ceux qui le mettaient en garde. Actuellement, des forces de sécurité équipées de grenades lacrymogènes et de canons à eau quadrillent le site de la catastrophe et empêchent les habitants de manifester.

Une enquête approfondie sur les causes de l'accident est en cours, mais les premières constatations laissent apparaître que l'explosion d'un transformateur n'est pas à l'origine, comme on l'avait cru au départ. Du charbon qui se consumait lentement et aurait causé une énorme explosion et un dégagement de monoxyde de carbone semble maintenant être la cause. Une bonne surveillance et une bonne ventilation sont nécessaires dans les charbonnages pour évacuer les gaz toxiques et inflammables, dont le monoxyde de carbone, dégagés par les travaux miniers.

La question des conditions dangereuses dans la mine de Soma avait été posée au parlement national par un parti d'opposition deux semaines avant la catastrophe mais elle avait été rejetée par la majorité en place. Depuis, le procureur de la République a fait arrêter quatre dirigeants et ingénieurs de la sécurité de la mine qui risquent de 3 à 15 ans de prison s'ils sont reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés. L'instruction se poursuit, mais elle est accusée de ne pas aller assez loin et de ne pas porter sur les délits les plus graves.

Le lendemain de l'homicide industriel de Soma, IndustriALL a appelé le gouvernement turc à prendre rapidement des mesures afin d'aligner l'industrie minière de son pays sur les normes internationales : 

"Le gouvernement doit agir tout de suite et ratifier la convention 176 de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines ainsi que la recommandation 183 qui l'accompagne. Ce serait un premier pas vers la mise en place d'un cadre législatif et réglementaire crédible et efficace qui favorise la sécurité et la santé dans les mines. Ce faisant, vous rendriez l'hommage qui leur revient à ces travailleurs qui ont perdu la vie en essayant seulement de la gagner."

Le 22 mai, IndustriALL Global Union et son organisation jumelle, IndustriALL Europe, manifesteront devant l'ambassade de Turquie et rencontreront son ambassadeur auprès de l'Union européenne. Toutes deux réclameront la ratification d'urgence de la convention 176 de l'OIT ainsi qu'un changement de culture et d'attitude envers les syndicats en Turquie.

Les 19 et 20 juin, IndustriALL Global Union emmènera une mission de solidarité à Soma en compagnie d'IndustriALL Europe et de grands affiliés du secteur minier du monde entier, pour partager le deuil des familles et de la communauté et continuer à faire pression pour la ratification de la convention 176. IndustriALL Global Union compte 19 affiliés en Turquie.

Cambodge est classé comme un des pires pays selon le nouvel indice de CSI sur des droits dans le monde.

La Confédération syndicale internationale recueille depuis 30 ans des données sur les violations des droits syndicaux dans le monde. Aujourd’hui, pour la première fois, l’indice CSI des droits dans le monde adopte un format qui facilite la lecture des informations soigneusement vérifiées recueillies dans les 12 derniers mois, afin que chaque gouvernement et chaque entreprise puisse voir où se situent ses législations ou ses chaînes d’approvisionnement.

« Des pays tels que le Danemark et l’Uruguay sont en tête du classement grâce à leurs fortes législations du travail, mais il peut sembler surprenant que des pays tels que la Grèce, les États-Unis et Hong Kong soient loin derrière », a dit Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI. « L’on a constaté que le niveau de développement d’un pays est un piètre indicateur du respect par celui-ci du doit de négociation collective, du droit de faire grève pour obtenir des conditions de travail décentes, ou tout simplement du droit d’adhérer à un syndicat. »

Au Cambodge, la législation du travail exclut plusieurs catégories de fonctionnaires, des restrictions injustifiées portent atteinte au droit d’élire des représentants syndicaux, et en 2013 le gouvernement a réprimé avec une force meurtrière les manifestations réclamant un salaire et des conditions de travail décents. Ceci s’est traduit par le classement du Cambodge dans la catégorie 5 de l’indice des droits, le pire des classements à l’exception des pays dans lesquels l’État de droit s’est effondré.

Jyrki Raina, secrétaire général d'IndustriALL Global Union, promet de soutenir des changements.

Au Cambodge, les travailleurs font face à une montagne d’hostilité comme le montrent clairement les actions violentes du gouvernement en janvier et les persécutions qui s’en sont suivies. Mais IndustriALL est déterminée à modifier les règles du jeu et à faire en sorte qu’au Cambodge les travailleurs et travailleuses puissent bénéficier du droit fondamental qu’est la liberté d’association.

L’indice CSI des droits dans le monde note les pays à partir de 97 indicateurs, et en fonction de leur résultat ils sont classés dans une des cinq catégories suivantes.

1 – Violations des droits sporadiques : 18 pays dont le Danemark et l’Uruguay
2 – Violations réitérées des droits : 26 pays dont le Japon et la Suisse
3 – Violations régulières des droits : 33 pays dont le Chili et le Ghana
4 – Violations systématiques des droits : 30 pays dont le Kenya et les États-Unis
5 – Les droits ne sont pas garantis : 24 pays dont le Bélarus, le Bangladesh et le Qatar
5+ – Les droits ne sont pas garantis du fait de l’absence de l’État de droit : 8 pays dont le République centrafricaine et la Somalie.

Vous pouvez lire le rapport Indice CSI des droits dans le monde : les pires lieux au monde pour les travailleurs – http://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/survey_ra_2014_fr_v2.pdf

Tally Weijl signe l’Accord du Bangladesh à sa date anniversaire

L’entreprise a signé l’accord, rédigé par les Fédérations syndicales internationales basées en Suisse IndustriALL Global Union et UNI Global Union, à une date qui coïncide avec le premier anniversaire de l’Accord et a, ce faisant, rejoint 172 marques déjà engagées depuis le 15 mai de l’année dernière.

Les grandes surfaces Migros et Coop se fournissent toutes deux en textile au départ du Bangladesh mais ont refusé jusqu’ici de signer l’accord qui engage à des inspections indépendantes sur la sécurité des usines auxquelles les signataires de l’Accord ont recours. Presque la moitié des usines du Bangladesh qui travaillent pour l’exportation et plus de deux millions de travailleurs et travailleuses sont maintenant couverts par l’Accord et parmi les signataires, ont retrouve une myriade de grandes surfaces européennes parmi lesquelles Carrefour, Tesco, Lidl, Aldi et autres.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Jyrki Raina salue l’arrivée du groupe suisse Tally Weijl au sein de l’Accord du Bangladesh.

Alors que tant d’enseignes et détaillants internationaux ont signé l’Accord, il est honteux que Migros et Coop, deux des plus importantes chaînes de grandes surfaces suisses ne fassent pas encore partie des signataires. Migros et Coop devraient suivre l’exemple de Tally Weijl et démontrer leur engagement en faveur d’une industrie de la confection sûre et durable au Bangladesh.

Le Secrétaire général d’UNI Philip Jennings ajoute : 

« Nous félicitons Tally Weijl d’avoir rejoint les 172 autres enseignes qui prouvent par là leur engagement en faveur de la sécurité des travailleurs et travailleuses du Bangladesh. Migros et Coop font fausse route s’ils pensent que se complaire dans leurs routines est suffisant pour empêcher la prochaine catastrophe façon Rana Plaza. L’Accord a été conçu en Suisse et les entreprises suisses devraient être de celles qui mènent la charge pour sauver des vies. »

Un an après les premières signatures, l’Accord du Bangladesh a avancé à pas de géant.

Le programme d’inspection des usines bat son plein. A ce stade, plus de 500 usines ont été inspectées. Chacune d’entre elles est examinée du point de vue de la stabilité structurelle et de la sûreté électrique. D’ici à octobre de cette année, l’Accord entend avoir inspecté l’ensemble des 1500 usines concernées. Il emploie une équipe de plus de 100 experts techniques et ingénieurs qui conduisent pour l’instant 45 inspections par semaine.