Les forces armées font une descente dans les locaux d’un syndicat nigérian en plein mouvement de protestation

L’effraction et l’occupation des bureaux des syndicats ont eu lieu à la suite de manifestations nationales d’une semaine visant à lutter contre l’augmentation du coût de la vie qui, selon les syndicats, entraîne la faim et la pauvreté dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Ces forces en armes occupent les bureaux et refusent de les quitter. Le saccage a eu lieu le même jour qu’une réunion du NLC, au cours de laquelle les manifestations de masse en cours à l’appel des réseaux sociaux sous le mot-clé #EndBadGovernance (Mettre fin à la mauvaise gouvernance) ont été discutées.

Au cours de la réunion, le NLC a souligné que la liberté de réunion, d’association, d’expression et de parole était menacée, indiquant que la police et les forces de sécurité ont tué 13 manifestants par balles et en ont blessé de nombreux autres.

“Le NLC condamne avec la plus grande fermeté les violations des droits de l’homme perpétrées par les forces de sécurité à l’encontre de manifestants pacifiques. Le droit de manifester est un droit démocratique fondamental et sa répression par la violence est inacceptable. La tentative de criminaliser le mouvement de protestation est déplorable, surtout dans une démocratie. Le recours à des gros bras pour casser du manifestant et à une propagande de division pour faire échouer les manifestations sont regrettables”, a déclaré le NLC dans un communiqué.

L’action de masse a commencé après que le gouvernement a supprimé les subventions pétrolières, ce qui a déclenché des protestations immédiates de la part des syndicats en 2023, y compris une mise à l’arrêt du pays en juin de cette année.

En outre, le NLC a déclaré que le gouvernement devait répondre aux doléances des travailleurs et de la population plutôt que de recourir à la violence. Il a souligné que les politiques du gouvernement, soutenues par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, apportaient la misère à la population. Selon le Bureau national des statistiques du gouvernement fédéral, 63 % de la population, soit plus de 133 millions de personnes, sont confrontées à une pauvreté multidimensionnelle, qui se traduit notamment par l’utilisation de bouse séchée, de bois ou de charbon de bois pour cuisiner, au détriment de formes d’énergie plus propres. En outre, l’accès aux soins de santé est insuffisant, la collecte des ordures limitée, l’insécurité alimentaire omniprésente et le logement médiocre. Le salaire minimum de 70.000 nairas (44 dollars) appliqué récemment n’est pas un salaire décent.

Joe Ajaero et Emmanuel Ugboaja, respectivement Président et Secrétaire général du NLC, ont insisté sur ce point :

“Nous devons maintenir notre engagement en faveur de la non-violence et veiller à ce que nos actions soient légales et disciplinées. Le NLC reste déterminé à défendre les droits et le bien-être des travailleurs et travailleuses nigérians et de la population en général. Nous ne relâcherons pas nos efforts pour garantir que la justice, l’équité et la bonne gouvernance prévalent dans notre pays.”

Joe Ajaero est également Secrétaire général du Syndicat national des salariés de l’électricité (NUEE), affilié à IndustriALL.

“Le gouvernement fédéral du Nigeria doit respecter les droits des travailleurs et les droits de l’homme et mettre fin à la violence et à l’intimidation. Le gouvernement doit également engager un dialogue social avec les syndicats afin de trouver des moyens de mettre fin à la crise”,

a déclaré Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

Les affiliés d’IndustriALL qui sont membres du NLC comprennent le Syndicat national des salariés de la chimie, de la chaussure, du caoutchouc, du cuir et des industries non métalliques  (NUCFRLANMPE), le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des travailleurs du textile, de la confection et de la couture du Nigeria (NUTGTWN) et le Syndicat des travailleurs de la sidérurgie et de l’ingénierie du Nigeria (SEWUN).

Les syndicats philippins sont solidaires de la lutte pour la démocratie au Myanmar

Ce forum public, qui s’est tenu à la faculté du travail et des relations sociales de l’Université des Philippines (UP-SOLAIR), a rassemblé des participants arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Libérez la Birmanie sans délai ! “Libérez les prisonniers politiques !” et “Il est temps pour l’ANASE d’agir !”. Ils ont réclamé la fin de la violence ethnique et de la répression au Myanmar.

Deux dirigeants syndicaux importants du Myanmar, Khaing Zar, Présidente de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), et Phyo Sandar Soe, Secrétaire général adjoint de la Fédération des travailleurs du bâtiment et du bois du Myanmar (BWFM), étaient présents. Ce sont également des figures de proue de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM).

Khaing Zar a souligné les conclusions de la Commission d’enquête de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui, dans son rapport du 4 août 2023, a détaillé les graves conséquences du coup d’État militaire sur les libertés fondamentales et les droits des travailleurs au Myanmar. Le rapport souligne que la répression des syndicats par l’armée, notamment par le biais des assassinats, de la torture et des arrestations, a gravement affaibli la capacité des syndicats à défendre leurs membres.

“Les graves violations des droits de l’homme et des droits des travailleurs au Myanmar ont été prouvées par la Commission d’enquête de l’OIT. Les syndicats du Myanmar demandent à l’OIT d’invoquer l’article 33 de sa Constitution pour agir contre la junte militaire, qui n’a pas mis en œuvre les recommandations de la commission telles que l’arrêt immédiat des violences et la libération de tous les syndicalistes détenus par la junte”,

a déclaré Khaing Zar.

Depuis le coup d’État militaire de février 2021, les affiliés philippins d’IndustriALL ont toujours soutenu la campagne pro-démocratique du Myanmar. Le Vice-président exécutif national de l’ALU, Gerard R. Seno, a déclaré :

“l'ALU est aux côtés de ses collègues du Myanmar, dont les droits fondamentaux ont été brutalement bafoués par la junte militaire. Nous demandons instamment au régime de mettre fin à la violence et à la répression qui empêchent les travailleurs d’obtenir un travail décent et de participer à un gouvernement démocratique”.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, s’est fait l’écho de ce soutien en déclarant :

“IndustriALL est indéfectiblement solidaire de ses camarades syndicalistes du pays. Leur lutte pour la démocratie est une lutte pour la justice, la liberté et les droits des travailleurs. Ensemble, nous exigeons la fin de la violence et le rétablissement des droits démocratiques au Myanmar”.

La situation au Myanmar reste désastreuse, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques signalant que, depuis février 2021, 5.480 personnes ont été tuées par la junte militaire, 20.715 sont toujours détenues et 167 ont été condamnées à mort. Le soutien des syndicats philippins souligne l’urgence d’une action au plan mondial pour restaurer la démocratie et protéger les droits de l’homme au Myanmar.

Le Conseil de Global Unions pour les Philippines est une coalition de syndicats philippins qui appartiennent à différentes fédérations syndicales internationales, dont IndustriALL.

Photo : Patuan, CSI-AP

Crise au Bangladesh : IndustriALL appelle à la paix, à la démocratie et à la justice

Les manifestations ont débuté le 1er juillet à la suite d’une décision de la Haute Cour de rétablir un système de quotas qui attribue un tiers des postes de la fonction publique aux parents de ceux qui ont combattu lors de la guerre d’indépendance du Bangladesh en 1971. La Cour suprême a depuis supprimé la majeure partie de ce quota, le ramenant à 5 %, mais la réaction brutale du gouvernement a entraîné la mort de plus de 450 étudiants, militants et travailleurs, ainsi que des milliers de blessés.

De nombreuses travailleuses ont été victimes de harcèlement et d’agressions et l’accès des civils à l’information et à la liberté d’expression a fait l’objet d’une répression sévère, avec notamment la fermeture de l’internet.

Face à l’insécurité qui règne dans le pays, le Parlement a été dissous le 5 août, après que la Première ministre Sheikh Hasina a fui le pays. Le 7 août, le Dr Mohammad Yunus a été nommé Conseiller principal au Bangladesh et va former un gouvernement intérimaire.

Cette situation sans précédent affecte directement les travailleurs et travailleuses, en particulier au sein de l’industrie manufacturière. Les manifestations ont également mis en lumière des problèmes plus généraux de gouvernance et de droits de l’homme au Bangladesh.

Le Conseil d’IndustriALL pour le Bangladesh, composé d’affiliés d’IndustriALL, a interpellé l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) et l’Association des fabricants et exportateurs de tricots du Bangladesh (BKMEA) pour exiger :

Les travailleurs et travailleuses de la confection du Bangladesh endurent depuis longtemps des conditions difficiles, notamment des salaires bas, un environnement de travail dangereux et la répression pesant sur les droits des travailleurs. Lors des manifestations à propos du salaire minimum organisées depuis 2023, de nombreux travailleurs et militants syndicaux ont été arrêtés et ont subi des violences, notamment de la part de la police. Il est temps de construire un avenir durable pour le secteur du prêt-à-porter avec des salaires et des conditions de travail corrects.

A.M. Nazim Uddin, Président du Conseil d’IndustriALL pour le Bangladesh, a déclaré :

“Les travailleurs et leurs familles ont été gravement touchés par les récents troubles, blocages et couvre-feu. Des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses précaires, notamment dans les secteurs de la confection, de la chimie et de la démolition des navires, ont perdu leurs revenus ces derniers jours. Les prix des denrées de base ont également augmenté. Nous appelons le gouvernement dirigé par le Dr Yunus à rétablir et à faire respecter les droits de l’homme et à veiller à l’élaboration de politiques centrées sur l’être humain”.

“La situation au Bangladesh est déchirante. Nous sommes profondément attristés par la perte de vies humaines au cours des troubles. Nos pensées vont aux familles des victimes et à toutes les personnes touchées par cette violence. Il est alarmant de constater que le Bangladesh figure parmi les dix pires pays pour les travailleurs et travailleuses, selon l’Indice mondial des droits de l’homme 2024 de la CSI. Il est temps que le gouvernement intérimaire du Bangladesh rétablisse l’État de droit et fasse respecter la liberté d’expression, qu’il honore ses engagements envers les organismes internationaux de défense des droits de l’homme, y compris l’OIT, et qu’il entame un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes, y compris les syndicats”,

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Les syndicats combattent la nouvelle législation mauricienne qui exploite les travailleurs migrants

Sur l’île Maurice, de nombreux travailleurs migrants sont pris au piège de l’endettement auprès d’agents, remboursant des prêts contractés pour couvrir des frais de recrutement exorbitants. D’autres subissent des conditions de vie épouvantables et sont confrontés à des pratiques de travail déloyales ainsi qu’à des intimidations de la part de leurs employeurs, ce qui les expose au travail forcé.

La plupart des travailleurs migrants de Maurice sont employés dans l’industrie manufacturière, notamment dans les secteurs du textile et de la confection. Ils viennent de pays tels que le Bangladesh, l’Inde, Madagascar, la Chine, le Sri Lanka et le Népal.

La Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), affiliée à IndustriALL, mène une campagne active contre ces amendements. Ces modifications exempteraient les employeurs de contribuer aux fonds de retraite et aux régimes de protection sociale des travailleurs migrants. En guise de protestation, le syndicat prévoit d’organiser un piquet de grève devant les bureaux du ministère du travail le 10 août, à l’occasion de la Journée mondiale des Nations unies contre la traite des êtres humains.

Les lois mauriciennes stipulent que les travailleurs migrants doivent bénéficier des mêmes conditions de service que les travailleurs locaux. Cela inclut une protection en vertu de la loi sur les droits des travailleurs (2019), qui protège contre la discrimination fondée sur le sexe, la race, la nationalité et l’orientation sexuelle.

La loi sur les relations de travail (2008) garantit la liberté d’association, le droit de se syndiquer et la négociation collective. D’autres lois protègent les droits des travailleurs en matière de santé et de sécurité au travail.

Selon la CTSP, ces amendements sapent les conventions collectives existantes et proposent de réduire les revenus des travailleurs migrants d’un montant pouvant représenter jusqu’à 20 % de leur salaire pour un travail de valeur égale.

“Les fournisseurs de main-d’œuvre ne contribueront en rien à la protection sociale et aux pensions, mais ils bénéficieront d’une main-d’œuvre garantie bon marché. Les syndicats sont opposés aux modèles qui reposent sur une main-d’œuvre bon marché au détriment des travailleurs migrants”,

a déclaré Reeaz Chuttoo, Président de la CTSP.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a souligné :

“Un dialogue social est nécessaire entre le gouvernement, les syndicats et les autres parties prenantes sur les implications de ces amendements. Les lois doivent renforcer les dispositions existantes et non les saper. Il est louable que la CTSP ait toujours protégé les droits des travailleurs de Maurice par l’intermédiaire du Centre de ressources pour les migrants, que le syndicat gère dans ses locaux”.

103ème jour de grève des travailleurs de la métallurgie en Turquie

En juillet 2022, le ministre turc du Travail a reconnu le syndicat de l'usine de Gebze de Mersen, un fabricant français de produits électriques sous-traitant de l'industrie, mais la direction de Mersen s'est opposée à cette décision et a déposé un recours en justice pour bloquer le syndicat, empêchant ainsi les travailleurs d'exercer leurs droits. Malgré plusieurs décisions de justice en faveur du syndicat, l'employeur refuse de négocier.

Pendant la médiation, la direction a accru la pression sur les travailleurs en licenciant quatre syndicalistes en février, ce qui a déclenché une grève en avril. Mersen a poursuivi ses actions illégales, la direction forçant des non-grévistes à prendre des postes ne répondant pas à leur description afin de casser la grève, et en harcelant les travailleurs syndiqués.

"Nous subissons la pluie, la boue et passons nos vacances dans cette tente depuis plus de 100 jours. Nous résisterons jusqu'à ce que nous obtenions nos droits,"

a déclaré Halil Yap, un travailleur de Mersen.

Un autre travailleur, Mehtap Bakir, ajoute :

"Que ce soit pour 100 jours ou pour 1.000, nous ne fléchirons pas. Notre résistance est précieuse et porteuse d'espoir."

Özkan Atar, le président général de Birleşik Metal-İş, insiste :

"Nous persisterons. Nous invitons Mersen à respecter ses principes éthiques, à reconnaître notre syndicat et à entamer des négociations en vue d'une négociation collective."

"Tout notre soutien et notre solidarité vont aux grévistes de Mersen maintenant. La victoire sourira à ceux qui résistent ! La lutte continue,"

a déclaré Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d'IndustriALL.

Le 28 mai, Birleşik Metal-İş a donné une conférence de presse devant le consulat de France et remis à son personnel un dossier répertoriant ces violations. 

Protéger les droits des travailleurs en Asie du Sud-Est dans un contexte de transformation

Les Perspectives de l’emploi de l’OCDE pour 2023 indiquent que l’IA pourrait entraîner la disparition de 14 millions d’emplois, alors qu’un quart de l’ensemble des emplois est susceptible d’être modifié. Les travailleurs des secteurs de la fabrication et de la finance sont particulièrement préoccupés par la sécurité d’emploi.

Alors que les entreprises intègrent l’IA pour améliorer leur productivité, environ 69 % des syndicats n’ont pas de dispositions relatives à l’IA dans leurs conventions collectives. L’utilisation de l’IA pour collecter les données des travailleurs pourrait également exacerber la discrimination, menacer la vie privée et interférer avec la liberté syndicale.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsuzaki, a souligné la nécessité pour les syndicats de gérer les nouvelles technologies, en veillant à ce que les travailleurs et travailleuses soient exposés à un risque minimal et bénéficient des transformations. Il a souligné l’importance de la transparence des entreprises en ce qui concerne l’introduction des nouvelles technologies.

“Grâce au dialogue social, les travailleurs et les travailleuses devraient recevoir une formation adéquate sur les nouvelles technologies. Nous devons négocier au préalable afin que les employeurs ne puissent pas simplement introduire une nouvelle technologie et licencier tout qui ne peut pas la rattraper. Le Comité de formation des entreprises de Singapour est un bon exemple de gestion de la transformation de l’industrie”,

a ajouté Kan Matsuzaki.

IndustriALL a mis en place un groupe d’experts sur Industrie 4.0 chargé d’élaborer d’ici novembre 2024 un document d’orientation sur la numérisation, l’IA et Industrie 4.0 dont les grands principes sont les suivants :

Lors de la réunion régionale virtuelle d’IndustriALL sur Industrie 4.0, 40 syndicalistes d’Australie, du Cambodge, d’Indonésie, de Corée, de Malaisie, des Philippines et de Thaïlande ont partagé leurs points de vue sur la transformation de l’industrie dans la région.

Il a été suggéré que les syndicats fassent pression sur les parlementaires pour qu’ils adoptent des lois relatives à Industrie 4.0 et à l’IA. Les gouvernements doivent réglementer l’utilisation généralisée des robots au sein des installations chinoises de véhicules électriques de la région. Les syndicalistes ont demandé que les conventions collectives contiennent des dispositions exhaustives sur la transition juste afin d’empêcher le remplacement des travailleurs et travailleuses par des robots.

“Contrairement aux entreprises automobiles japonaises installées en Thaïlande, qui utilisent 80 % de main-d’œuvre et 20 % de robots, les usines chinoises de véhicules électriques ne font appel qu’à 20 % de main-d’œuvre. Cette pratique ne profite pas aux travailleurs et a de graves conséquences pour les fournisseurs de pièces automobiles en aval. Nous devons protéger la sécurité d’emploi par des politiques industrielles et des conventions collectives”,

a déclaré Winai Tintanod, Vice-président de la Confédération thaïlandaise de l’électroménager, de l’électronique, de l’automobile et de la métallurgie (TEAM).

“Les syndicats doivent s’adapter à ces changements technologiques pour protéger les droits des travailleurs, garantir des conditions de travail décentes et promouvoir une croissance économique durable. Notre avenir collectif dépend de la sauvegarde de la dignité et des moyens de subsistance de chaque travailleur et travailleuse dans cette économie numérisée”,

a déclaré Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est.

IndustriALL demande des protections pour les travailleurs au Pakistan

Les gouvernements provinciaux du Sind et du Pendjab sont en train de fusionner les législations du travail existantes en codes du travail unifiés. Selon les affiliés d’IndustriALL du Pakistan, ces propositions d’amendements porteront atteinte aux droits, durement acquis, des travailleurs et travailleuses. Les nouvelles dispositions favoriseraient des conditions d’emploi précaires et limiteraient le droit des travailleurs à se syndiquer et à s’engager dans des négociations collectives. Ces changements anti-ouvriers mettraient encore plus en péril la situation des travailleurs et travailleuses qui luttent déjà contre une grave crise du coût de la vie dans le contexte des défis économiques et sociaux actuels du pays.

Les affiliés signalent également que les gouvernements du Pendjab et du Sind n’ont pas pris la peine d’instaurer un dialogue social constructif avec les principales parties prenantes, dont les syndicats. En conséquence, les préoccupations des travailleurs et travailleuses ont été totalement ignorées dans ce processus de réforme législative. L’affaiblissement de la structure tripartite pourrait conduire à une exploitation accrue des travailleurs et à une baisse significative de leur qualité de vie.

Atle Hoie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré dans une lettre adressée au gouvernement :

“Nous exhortons le gouvernement fédéral du Pakistan, ainsi que les gouvernements du Pendjab et du Sind, à engager un dialogue social avec les syndicats, notamment les affiliés d’IndustriALL, afin de répondre aux préoccupations des travailleurs et travailleuses concernant les changements législatifs proposés et de s’assurer que la nouvelle législation n’a pas d’impact négatif sur les droits des travailleurs”.

Les affiliés du Pakistan ont appelé leur gouvernement à respecter les normes internationales du travail, notamment la Convention 144 de l’OIT sur les consultations tripartites, et à renforcer le cadre de l’administration du travail et des systèmes d’inspection. Le Pakistan a ratifié la Convention 144, ainsi que huit des dix conventions fondamentales de l’OIT.

IndustriALL souligne l’urgence pour le gouvernement pakistanais de respecter les droits des travailleurs et d’engager un dialogue constructif avec les syndicats afin de s’assurer que toute modification de la législation du travail protège et renforce les droits et le bien-être des travailleurs et travailleuses.

Illustration : Shutterstock

La crise s'aggrave chez Liberty Steel

La situation des sites de production de Liberty Steel n'a cessé de se détériorer depuis l'automne 2023. La semaine dernière elle a pris un tour tragique avec des annonces de restructuration en profondeur, une onde de choc reçue par les ouvriers de la sidérurgie d'Europe.

Le 23 juillet, la direction de Liberty Steel a fait part de son intention de procéder à des licenciements massifs dans son usine d'Ostrava , en Tchéquie, en mettant ses fours à coke à l'arrêt et en cessant la production de fer et d'acier. Jusqu'à 2.600 travailleurs sont menacés de licenciement. Si l'entreprise fait faillite, les travailleurs risquent de ne pas obtenir les salaires de la période de préavis ni les indemnités de licenciement. Le 29 juillet, l'Office du travail de la République tchèque a annoncé un programme de soutien composé d'orientation professionnelle, de recyclage et de subventions salariales pour aider les travailleurs d'Ostrava menacés de perdre leur emploi.

Dans une lettre à OS KOVO, IndustriALL Europe et IndustriALL Global Union ont exprimé leur solidarité avec les travailleurs de Liberty Ostrava dans leur combat pour garder leurs emplois. Ils appuient sans réserve l'appel lancé par OS KOVO aux créanciers de Liberty Steel, au gouvernement tchèque et à la Commission européenne leur demandant de prendre leurs responsabilités.

Les nouvelles venant des autres sites de Liberty Steel sont extrêmement préoccupantes. Le 25 juillet, la Cour de district de Częstochowa a prononcé la faillite de Liberty Steel Pologne et a désigné un curateur pour reprendre la gestion de l'usine. L'entreprise a fait appel de cette décision. En Hongrie, la prime du mois de juillet, décidée en juin de commun accord avec les syndicats locaux de Dunaújváros, n'a pas été versée. En outre, malgré la convention collective de juin qui prévoit une hausse des salaires, plus d'un millier de travailleurs les ont vus diminués de 30 pour cent en raison d'un changement des horaires de pauses qui leur a été imposé.

IndustriALL Europe et IndustriALL Global Union condamnent ces décisions, qui pourraient dégrader de manière irréversible les capacités stratégiques de production d'acier de l'Europe et menacer les moyens d'existence de milliers de travailleurs et de leurs familles. Les syndicats ont fait savoir clairement qu'ils refusent que les travailleurs fassent les frais d'une mauvaise gestion et d'un manque de soutien efficace des pouvoirs publics.

Une action publique s'impose d'urgence pour sauver le patrimoine sidérurgique stratégique de l'Europe d'un effondrement. Les décideurs politiques doivent s'engager dans un véritable Plan d'action pour l'acier.   

Los Mineros célèbrent leur victoire chez ArcelorMittal Mexique

Plus de 3.000 travailleurs d’ArcelorMittal à Cárdenas, Michoacán, affiliés à la section 271 du Syndicat national des mines, de la métallurgie, de l’acier et secteurs assimilés de la République mexicaine (SNTMMSSRM, également appelé “Los Mineros”), ont tenu une assemblée le 18 juillet. Au cours de celle-ci, ils ont voté la fin de la grève entamée le 24 mai.

Les travailleurs avaient entamé cette grève en réponse à un désaccord sur la participation aux bénéfices pour l’exercice 2023 telle que présentée par l’entreprise. Après deux mois de lutte, ils sont parvenus à un accord avec ArcelorMittal. Celui-ci prévoit que le ministère du travail et de la protection sociale (STPS) désignera un cabinet comptable externe pour réaliser un audit sur les exercices 2022 et 2023. Cet examen abordera les différends du syndicat dans les 35 jours ouvrables suivant la signature de l’accord.

Si un solde favorable est calculé, ArcelorMittal s’engage à effectuer le versement dans les 20 jours ouvrables suivants. En outre, le STPS a confirmé que les services de l’administration fiscale répondront aux objections concernant l’exercice fiscal 2021 au plus tard en avril 2025.

D’autres points ont été convenus :

L’entreprise a également accepté de retirer la procédure spéciale visant à mettre fin aux relations individuelles et collectives chez ArcelorMittal et de s’abstenir de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des travailleurs et du syndicat. En outre, elle abandonnera les poursuites en matière de droit du travail et les poursuites pénales.

Los Mineros ont publié une déclaration officielle :

“Nous savons qu’à l’issue des différents examens menés par les autorités fiscales et d’autres organismes, ceux-ci nous donneront raison. Nous espérons que l’entreprise reconsidérera ses actions futures afin d’éviter les problèmes économiques et sociaux engendrés par de tels initiatives. Néanmoins, nous restons déterminés à résoudre nos différends dans le cadre légal, par le dialogue.”

Napoleón Gómez Urrutia, Secrétaire général de Los Mineros, Sénateur de la République et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a célébré l’unité de Los Mineros. Il a félicité les membres de la section 271 pour leur lutte en faveur de la justice et de la dignité et les a assurés que l’on continuerait à se battre pour obtenir davantage de résultats et de meilleures conditions de travail.

Enfin, le Directeur de la section des métaux de base d’IndustriALL, Patrick Correa, a déclaré :

“Nous félicitons Los Mineros pour cette importante victoire. Nous savons que la lutte n’a pas été facile : la grève s’est déroulée dans un contexte d’abus généralisés au sein des activités d’ArcelorMittal de par le monde. Ces violations sont si graves qu’elles ont conduit le Réseau syndical mondial à entreprendre des démarches auprès de l’entreprise pour exiger des changements tangibles et un engagement en faveur de la sécurité, des droits et de la dignité des travailleurs dans le monde entier.

La voix collective du Réseau syndical d’ArcelorMittal, composé d’affiliés de 18 pays, dont le Mexique, continuera à défendre ces principes fondamentaux jusqu’à ce qu’ils soient pleinement mis en œuvre et respectés dans l’ensemble des activités de l’entreprise.”

Les syndicats zambiens rejettent les lois injustes qui étouffent les droits des travailleurs

Les syndicats affirment que les amendements proposés suppriment les droits dont jouissent les travailleurs et les remplacent par des dispositions injustes qui violent les droits des travailleurs. Par exemple, alors que la loi protège le droit des travailleurs de refuser un transfert et d’opter pour une indemnité de départ, les amendements proposés autorisent le licenciement et la réduction des indemnités de départ si un travailleur refuse un transfert.

Actuellement, la loi autorise le paiement d’une gratification pour longs états de service à hauteur de 25 % du salaire gagné pendant la période contractuelle, alors que les amendements proposés visent à réduire cette gratification à moins de 16 %. En outre, les amendements proposent des congés forcés non rémunérés, des licenciements sommaires avec perte d’avantages et le passage d’un salaire mensuel à un salaire hebdomadaire, sans expliquer pourquoi cela serait nécessaire.

Le Congrès zambien des syndicats (ZCTU) a déclaré que les amendements proposés cherchaient à annuler les progrès réalisés par les syndicats dans la défense des droits des travailleurs et qu’ils rendraient ces derniers indigents.

Le ZCTU, affilié à IndustriALL, a déclaré que ces propositions “vont à l’encontre des souhaits du gouvernement de sortir le peuple zambien de la pauvreté. L’éradication de la pauvreté n’est possible que grâce à des emplois stables et bien rémunérés. Outre la création d’emplois, nous devons également améliorer les conditions de travail des femmes et des hommes qui travaillent, mais qui ne gagnent pas assez pour sortir, eux et leurs familles, de la pauvreté”.

Le rejet de la part des syndicats a conduit le gouvernement à retirer ses amendements. Brenda Tambatamba, ministre du travail et de la sécurité sociale, a annoncé le 19 juillet que le gouvernement retirait “les amendements proposés par le ministère de la justice et suspendait les consultations jusqu’à nouvel ordre”.

George Mumba, Secrétaire général du syndicat des mineurs de Zambie, affilié à IndustriALL, a déclaré :

“Il est inacceptable que le gouvernement zambien puisse proposer des amendements qui violent effrontément les droits des travailleurs. En tant que syndicats, nous nous sommes battus avec acharnement pour ces droits et nous rejetons les propositions anti-ouvrières qui constituent une menace pour le droit à la négociation collective”.

Glen Mpufane, Directeur de la section des mines et Responsable santé et sécurité auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Le droit de refuser une tâche dangereuse est menacé par les amendements proposés. Si un travailleur refuse d’être transféré pour effectuer un travail dangereux, il pourrait être licencié. Cela constitue une violation des normes nationales et internationales du travail”.