Un haut dirigeant syndical nigérian menacé d'inculpation pour terrorisme

Son texte l'avertissait ainsi : "Sachez que si vous ne donnez pas suite à cette lettre, ce service n'aura d'autre possibilité que de délivrer un mandat d'arrêt."

Les avocats du NLC ont répondu que la police doit expliquer "les détails et la nature des allégations" et que Joe Ajaero se rendra à la convocation le 29 août. 

Les chefs d'accusation contre Joe Ajaero viennent de sa participation, en tant que syndicaliste, à une action nationale de masse contre la crise du coût de la vie étiquetée sur les réseaux sociaux #EndBadGovernanceInNigeria.

Or, la réponse musclée du gouvernement a entraîné la mort de 13 manifestants et l'incarcération de plusieurs autres. Les travailleurs nigérians étaient descendus dans la rue en raison de leurs difficultés financières croissantes causées par une inflation de plus de 34 pour cent, le sous-emploi, les bas salaires et un taux de pauvreté élevé. Leur situation s'est encore aggravée avec les hausses de prix causées par la suppression des subventions sur le pétrole. Pour soulager le sort des travailleurs, les syndicats réclament notamment des politiques économiques qui favorisent le développement économique, l'industrialisation et la création d'emplois décents.

Les syndicats voient dans la lettre de la police un acte de harcèlement ininterrompu de la direction du NLC et d'autres leaders syndicaux. "Nous y voyons une tentative réfléchie pour affaiblir et déstabiliser le mouvement syndical, qui a toujours été un bastion des valeurs démocratiques et la voix des masses nigérianes," a écrit le NLC dans un communiqué.

"IndustriALL exhorte le gouvernement fédéral du Nigéria et la police à cesser leurs actions de répression et d'intimidation envers les syndicats et les organisations de la société civile. Le gouvernement doit plutôt entamer un authentique dialogue social avec les syndicats et prendre les mesures nécessaires pour stopper cette injustice,"

a déclaré Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL.

Joe Ajaero est aussi secrétaire général du Syndicat national du personnel de l'électricité, affilié à IndustriALL Global Union. Les autres affiliés d'IndustriALL au Nigéria représentent les travailleurs de la chimie, l'énergie, l'ingénierie, le pétrole et le gaz, la construction navale et la démolition de navires, le textile et l'habillement, ainsi que d'autres secteurs.

Le groupe de travail Jeunesse préconise la création d'un Comité mondial des jeunes

Dans cette résolution, le SEA2PAC-Y déclare que le Comité mondial des jeunes devrait respecter la parité de genre et se composer de quatre représentantes et représentants de chaque région d'IndustriALL, une structure qui avait été proposée dans le projet de politique pour la jeunesse qu'avait préparé le groupe de travail mondial ad hoc Jeunesse d'IndustriALL.

Le groupe de travail a réaffirmé la résolution sur la jeunesse, "L'avenir est à nous, l'avenir c'est maintenant !" adoptée au Congrès d'IndustriALL de 2021 et qui appelait IndustriALL et ses affiliés à reconnaître des plateformes exprimant la vision des jeunes et approuver une représentation des jeunes aux échelons régional et international.

Le coprésident du SEA2PAC-Y Jean Faye Daguman a déclaré :

"Le rapport de l'OIT intitulé Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2024 indique que, dans le monde, 20 à 25 pour cent des jeunes travailleurs sont des salariés temporaires. Il conclut que les jeunes travailleurs devraient se prendre en charge en rejoignant des organisations de jeunes et en faisant entendre leurs voix. Il faut que les syndicats créent des plateformes efficaces pour les jeunes travailleurs, sinon ils se tourneront vers d'autres organisations qui luttent pour le travail décent."

Les participants ont souligné que l'insécurité d'emploi est un défi énorme en Asie du Sud-est. Des employeurs exploitent les jeunes en les embauchant à l'essai pour des durées de deux à trois ans. Les syndicats ont du mal à recruter les travailleurs en sous-traitance en raison de leur statut précaire, les jeunes étant licenciés s'ils se syndiquent.

Dans ses conclusions, le coprésident du SEA2PAC-Y Jonathan Cook explique que les syndicats australiens sont déterminés à attirer plus de jeunes dans les syndicats, en tant que moyen de renforcer le mouvement syndical. L'enquête du syndicat indique que 49 pour cent des jeunes travailleurs connaissent les syndicats australiens et que 25 pour cent devraient s'y affilier l'année prochaine.

"Le plan d'action d'IndustriALL préconise un agenda transformatif mettant en évidence l'utilité des syndicats pour tous les travailleurs. Cette proposition de politique innovante pour les jeunes qu'ont proposée nos jeunes leaders répond précisément à ce défi sous l'angle de vue des jeunes. Ils sont déterminés à contribuer à améliorer les droits des jeunes travailleurs partout dans le monde et leur interconnexion aux échelons mondial et régional relève d'une stratégie logique qui devrait profiter à tous,"

a déclaré Sarah Flores, la responsable Jeunesse d'IndustriALL. 

Un syndicaliste biélorusse retrouve la liberté

Il avait été condamné en janvier 2023 à neuf ans de prison par le tribunal municipal de Minsk en compagnie de l'ancien président du REP, Hennadz Fiadynich. Dans le même procès, l'activiste du REP Vatslau Areshka, âgé de 69 ans, avait été condamné à huit ans d'emprisonnement en colonie disciplinaire.

En prison, la santé de Vasil Beresnev s'est fortement dégradée et il souffrait de vives douleurs dans le seul rein qui lui reste. La situation a empiré lorsque les médicaments ont cessé de faire effet  et qu'une transplantation s'est avérée nécessaire.

Beaucoup de prisonniers politiques internés au Bélarus sont en mauvaise santé et détenus dans des conditions sordides. Une pétition réclamant la libération des prisonniers politiques a circulé largement.

Pour le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie :

"Nous nous réjouissons de la libération de Vasil Beresnev et nous espérons qu'il s'agit d'un tournant dans la situation au Bélarus. Le fait de condamner des dirigeants syndicaux parce qu'ils exercent leur droit légitime à la liberté d'association est une grave violation des principes de la liberté d'association."

Le travailleur col-blanc moderne : mythes, réalités et ce que réserve l'avenir

Le mythe disant que les travailleurs cols-blancs ont des emplois faciles, bien payés et guère besoin de protection sociale a le dos dur. Ils sont souvent considérés comme faisant partie de la direction et exemptés des charges harassantes des travailleurs cols-bleus. Armelle Seby rétablit très vite la vérité.

"Les travailleurs cols-blancs subissent des violations de leurs droits, une pression énorme, l'emploi précaire et des risques graves pour la santé, psychologique notamment,"

explique-t-elle.

"Croire que leurs rôles échappent à ces contraintes revient à nier les expériences complexes et souvent difficiles des cols-blancs."

Les pressions sur les travailleurs cols-blancs s'exercent partout, allant des heures supplémentaires à l'exigence permanente d'actualisation des compétences technologiques dans un monde toujours plus numérique. Ces défis sont particulièrement prégnants dans les pays à bas et moyen revenu, comme ceux de la région MENA et d'Afrique subsaharienne, où la stagnation des salaires, l'opacité des rémunérations et le non-paiement des heures supplémentaires sont chose courante.

Armelle Seby souligne que la santé mentale s'est imposée en tant que problème critique, avec un stress croissant et la frontière entre travail et vie privée qui s'estompe engendrant de vastes problèmes.

"Les syndicats commencent à s'attaquer à ces problèmes, mais beaucoup reste à faire pour traiter efficacement la santé mentale sur le lieu de travail,"

déclare-t-elle.

L'avènement de Industrie 4.0 – emmenée par la numérisation, l'IA et les technologies de pointe – change la façon de travailler, en particulier dans les domaines de la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (STIM). Une récente enquête réalisée auprès de travailleurs des STIM lors d'une réunion mondiale en octobre 2023 a révélé que 60 pour cent d'entre eux ressentent déjà l'impact de ces changements. Ils subissent les suppressions d'emplois, le recyclage permanent et la préférence pour les plus diplômés.

"Le rythme accéléré du changement technologique nécessite une formation continue, mais ces efforts font souvent défaut, en particulier dans les pays en développement où les travailleurs doivent se débrouiller eux-mêmes pour suivre le rythme, souvent sans le soutien nécessaire,"  

ajoute Armelle Seby.

Louvoyer entre les défis et modeler l'avenir

Pour relever ces défis, IndustriALL et ses affiliés s'activent par diverses initiatives pour combattre ces problèmes. IndustriALL a constitué des groupes d'experts sur Industrie 4.0, publié des principes directeurs sur la négociation collective du télétravail et se concentre sur la promotion de l'éducation aux STIM, la requalification et la sensibilisation à la santé mentale.

À titre d'exemple, le syndicat finlandais PRO a lancé une série de podcasts sur le burn-out et propose une formation en santé mentale pour aider les travailleurs à gérer le stress. "Ces initiatives sont vitales pour doter les travailleurs des compétences et du soutien dont ils ont besoin pour naviguer dans un environnement professionnel changeant", souligne Armelle Seby.

La syndicalisation des travailleurs cols-blancs est particulièrement difficile. Dans certains pays comme la Thaïlande et la Malaisie, des obstacles juridiques empêchent la syndicalisation de certaines catégories de travailleurs, comme les spécialistes et les cadres. La direction recourt souvent à des stratégies d'intimidation des travailleurs cols-blancs et d'anéantissement des efforts de recrutement. En outre, les syndicats traditionnels, ancrés dans la représentation des travailleurs cols-bleus, ont mis du temps avant de donner la priorité à l'organisation des cols-blancs, confrontés à de la résistance interne et des obstacles structurels. Une grande mobilité professionnelle et la perception des syndicats comme des organismes dépassés ou hostiles a aussi eu pour effet de maintenir beaucoup de jeunes cols-blancs à l'écart.

"Pour surmonter ces obstacles, IndustriALL met au point, avec l'aide de la Fondation Friedrich Ebert (FES), des stratégies et modules de formation taillés sur mesure, centrés sur le recrutement des pairs et qui alignent les objectifs des syndicats sur les intérêts des jeunes travailleurs," explique Armelle Seby.

"Les travailleurs cols-blancs des STIM jouent un rôle essentiel dans la révolution technologique actuelle pour modeler les nouvelles formes de production dans nos industries. Ils peuvent aussi, notamment la jeune génération, jouer un rôle majeur en préparant mieux nos syndicats et en les adaptant à ces nouveaux défis,"

déclare Armelle Seby.

Pour être réellement en phase avec la prochaine génération de spécialistes et cadres, il faut que les syndicats s'adaptent aux valeurs et aux préoccupations des jeunes travailleurs. Des thèmes tels que le changement climatique, l'égalité et la diversité soulèvent un écho puissant chez eux.

"L'engagement consiste à montrer que les syndicats peuvent aborder ces thèmes d'une manière pertinente et moderne,"

déclare Armelle Seby.

Pour l'avenir, les priorités d'IndustriALL seront l'intensification des efforts d'organisation, la promotion des femmes dans les STIM, l'accompagnement de la santé mentale et le perfectionnement en continu des compétences face aux changements technologique et climatique. Il est essentiel aussi de se pencher sur les risques de l'IA et les opportunités qu'elle offre. En se concentrant sur ces domaines, IndustriALL vise à créer un avenir plus inclusif et résilient pour les travailleurs cols-blancs partout dans le monde.

La transformation du travail de col-blanc par la numérisation et les technologies de pointe comporte à la fois des défis et des opportunités. En déconstruisant les mythes, en s'attaquant aux grands problèmes et en adaptant les stratégies syndicales, IndustriALL et ses affiliés sont déterminés à accompagner les travailleurs cols-blancs en ces temps agités.

"Garantir la sécurité d'emploi, promouvoir la santé mentale et préconiser le perfectionnement continu des compétences est essentiel si l'on veut surmonter les complexités du lieu de travail moderne.  La voie à suivre est parsemée d'embuches, mais par un effort concerté, le rôle des travailleurs cols-blancs peut être redéfini et renforcé dans un paysage industriel en mutation,"

conclut Armelle Seby. 

Photo: Shutterstock-rawpixel.com

Justice, enfin, pour les syndicalistes biélorusses

Des manifestations spontanées ont éclaté en 2018 devant le tribunal où venaient d'être prononcées les condamnations des dirigeants du syndicat REP Gennady Fedynich et Ihar Komlik. Les manifestants ont été dispersés par la police au bout de dix minutes. Onze activistes ont été interpellés et placés à l'isolement avant d'être condamnés à de lourdes amendes.

Après avoir épuisé toutes les voies de recours dans le pays, l'avocat des activistes et du syndicat, Leonid Sudalenka, s'est adressé au Comité des droits de l'homme des Nations unies en 2019.

Le 24 juillet à Genève, le Comité a déclaré le gouvernement biélorusse coupable de violation du droit de se réunir pacifiquement de trois des activistes : Tamara Zaitseva, Pavel Mrochko et Alexander Abramovich, du Syndicat biélorusse des travailleurs de l'industrie radio-électronique. Leurs détentions et les lourdes amendes infligées en 2018 sont illégales.

D'après Leonid Sudalenka, le gouvernement biélorusse est maintenant obligé d'indemniser les activistes, en remboursant les amendes et les frais de justice, et de modifier sa législation pour éviter d'autres violations à l'avenir. En outre, la décision des Nations unies doit être largement diffusée dans les langues officielles du pays.

"La procédure de recours individuel auprès des Nations unies est longue; pourtant, avant les événements de 2020, notre syndicat a activement recouru à cet instrument international pour protéger les droits de ses membres. De ce fait, on dénombre plus d'une douzaine de décisions du comité des Nations unies sur des violations des droits de syndicalistes à la liberté d'expression par la voie de réunions pacifiques,"

a déclaré Leonid Sudalenka.

Pour le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan, qui était présent à l'audience en 2018 et avait assisté aux manifestations :

"C'est une grande victoire dans un combat pour la liberté et la justice qui se poursuit depuis bien trop longtemps. Elle témoigne de la résilience du mouvement syndical démocratique et IndustriALL continuera à soutenir nos camarades au Bélarus aussi longtemps qu'il le faudra."

Pendant la Conférence internationale du travail qui s'est tenue à Genève en juin dernier, IndustriALL a informé la communauté internationale sur la situation catastrophique au Bélarus.

Kemal Özkan a ajouté :

"Une quarantaine de leaders et activistes syndicaux sont encore en prison, dans des situations très précaires. En mauvaise santé, sous des pressions psychologiques et toutes sortes de mauvais traitements. Ces leaders et activistes syndicaux, reconnus comme prisonniers politiques, doivent porter des signes distinctifs jaunes sur leurs vêtements pour indiquer que le personnel pénitentiaire peut se livrer à des excès sur eux. Ceux qui ont purgé leur peine et ont été remis en liberté restent des parias dans la société. Ils n'ont pas le droit de reprendre leur emploi."

La stratégie des jeunes travailleurs de Madagascar pour recruter leurs collègues

Ils pensent que les jeunes sont mal informés à propos des syndicats qui ne les attirent donc pas. Or, ils pourraient être sensibilisés par des messages sur les réseaux sociaux et être invités à des réunions syndicales, des groupes de discussion, des manifestations sportives et autres activités associant de la musique.

Les participants à l'atelier ont pris connaissance de l'évolution démographique du mouvement syndical malgache et du fait que certains syndicats comptent maintenant plus de 50 pour cent de membres de moins de 35 ans.

Les Nations unies parlent à ce propos de "dividende démographique" qui profitera aussi aux organisations syndicales. D'après l'organisation, un dividende démographique peut se traduire par plus de croissance économique lorsque des jeunes travailleurs mieux instruits et qualifiés font leur entrée sur le marché du travail. Ils ont notamment des compétences numériques nécessaires à l'économie des plateformes qui s'implante à Madagascar comme l'ont expliqué les participants.

Un autre point à l'ordre du jour était l'importance de la transformation des syndicats qui intègrent les jeunes travailleurs dans les activités syndicales par davantage de participation, de représentation, d'intégration et de développement des capacités grâce à l'éducation. Cette transformation devrait aussi porter sur l'égalité hommes-femmes étant donné que les jeunes femmes sont majoritaires dans certaines industries, comme le textile et l'habillement.

Les débats ont souligné l'importance d'une meilleure compréhension par les syndicats de l'évolution du monde du travail sous l'action des technologies numériques et de la poursuite de la lutte contre les conditions de travail précaires que les jeunes travailleurs subissent de manière disproportionnée.

Les jeunes travailleurs doivent aussi se battre pour les droits fondamentaux au travail et en particulier pour les droits syndicaux et la négociation collective, et aussi faire campagne pour la création d'emplois et contre la toxicomanie, en particulier chez les jeunes chômeurs.

La plantation d'arbres est présentée comme une des activités pour les jeunes travailleurs dans leurs communautés. Ils devraient s'impliquer dans la problématique du changement climatique par le biais des activités de leur syndicat pour une transition juste dans le passage à des économies bas carbone.

Léontine Mbolanomena, la coordinatrice nationale de projets d'IndustriALL à Madagascar, a déclaré :

"Nous continuons à persuader les jeunes, en particulier les jeunes femmes, que le syndicat est leur organisation et qu'ils sont les leaders de demain. Pendant nos réunions, nous veillons à ce que les jeunes travailleurs aient accès à l'information sur la législation et la réglementation du travail et nous les évaluons pour des campagnes internationales pour les droits syndicaux."

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, ajoute :

"Le changement démographique de notre syndicat, dans lequel les jeunes deviennent majoritaires, doit être pris à bras le corps dans le contexte d'un monde du travail en mutation. Les syndicats malgaches et africains doivent faire en sorte que les jeunes soient des catalyseurs de cette transformation."

Les 22 participants à l'atelier venaient d'affiliés d'IndustriALL, la Fédération des Syndicats Autonomes des Travailleurs de l’Industrie (FESATI), la Fédération des Syndicats des Travailleurs des Entreprises Franches et Textiles (SEMPIZOF), et Syndicalisme et Vie des Sociétés (SVS), qui représentent les travailleuses et travailleurs des industries minières, du textile et de l'habillement.

Cet atelier était organisé avec le soutien de notre affilié belge ACV-BIE dans le cadre d'un projet de renforcement syndical.


 

Botswana : Un syndicat combat les menées antisyndicales dans la chaîne d'approvisionnement du diamant

Dans des courriers adressés à plusieurs ministères, dont ceux du Travail et de la Sécurité sociale, le Syndicat des travailleurs du diamant du Botswana (BDWU) exige qu'il soit mis un terme aux violations des droits des travailleurs de la chaîne d'approvisionnement de la taille et du polissage des diamants.

Ce sont par exemple les firmes qui emploient des travailleurs migrants pour des bas salaires, violant ainsi la législation sur le travail et sur l'immigration. Elles ne veulent rien savoir non plus des mécanismes de règlement des litiges. Lorsqu'il s'agit du recrutement et de la reconnaissance des syndicats, les entreprises s'acharnent sur les travailleurs ou en licencient d'autres pour s'être affiliés au syndicat de leur choix. Même lorsqu'un syndicat remplit les critères légaux pour être reconnu par l'employeur, il doit souvent se battre pour obtenir gain de cause.

Le BDWU, qui est affilié à IndustriALL, a demandé à l'inspection du travail d'effectuer des visites d'inspection et de l'aider dans le règlement des litiges. À sa surprise, le rapport des services d'inspection omet certains griefs du syndicat, notamment sur la détérioration des conditions de travail, les longs horaires de travail, le non paiement des heures supplémentaires et la suppression de prestations sans consultation des travailleurs. Chez Dharum Cutting Works, par exemple, l'employeur a supprimé des primes d'assiduité, des indemnités de transport, l'aide médicale et les primes de rendement.

L'industrie diamantaire ne respecte pas non plus les normes de santé et sécurité au travail, n'emploie pas la main-d’œuvre locale et n'assure pas la formation; elle laisse le harcèlement sexuel progresser, de même que les conditions de travail précaires, avec des contrats de courte durée pour dissuader le personnel de se syndiquer, et des diminutions de salaires. De même, les licenciements et renvois abusifs sont courants. Ces griefs ont été mis en lumière à la réunion du réseau mondial du diamant d'IndustriALL, au Lesotho, en février dernier.

Les propositions syndicales de dialogue social avec Diamond Hub, la Botswana Diamond Manufacturers Association, De Beers Botswana et Business Botswana n'ont reçu aucun écho. Pourtant, le BDWU répète que le dialogue social contribuera à l'amélioration des conditions de travail.

Le syndicat cite des exemples de contrevenants, parmi lesquels Venus Jewel Botswana, où l'inspection du travail est intervenue pour faire reconnaître le syndicat.

Chez Yerushalmi Bros Diamond Botswana, qui reconnaît le syndicat, on note une volonté de mettre fin aux violations. Chez Dharum Cutting Works Botswana, des cas de harcèlement sexuel ont été dénoncés par le syndicat après du ministère du Travail. D'après un rapport de l'inspection du travail, chez Dharum, un directeur général harcèle sexuellement les travailleuses par des attouchements, des avances sexuelles spontanées, de la sollicitation sexuelle et des allusions, ainsi que des commentaires graveleux.

"Le sous-secteur de la taille et du polissage des diamants a besoin qu'on s'y intéresse d'urgence, faute de quoi nos diamants seront ternis par cette montée des violations des droits de l'homme et des travailleurs. Le syndicat appelle les ministères du Travail et de l'Intérieur ainsi que les autres ministères concernés à agir rapidement pour assurer le respect des droits des travailleurs,"

a déclaré Dominic Obusite Mapoka, le directeur général du BDWU.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, commente en ces termes :

"Les menées antisyndicales dans le secteur du diamant au Botswana sont atterrantes. Les firmes de taille et polissage des diamants doivent respecter les droits de l'homme et des travailleurs. En outre, elles doivent protéger les travailleuses contre le harcèlement sexuel. Nous félicitons le BDWU pour le combat qu'il mène sans relâche pour les droits des travailleurs."

Au Pérou, les travailleurs de Forte Assa Abloy réclament les droits syndicaux

En 2023, Assa Abloy a racheté le fabricant péruvien de serrures et cylindres Forte. Depuis, le syndicat des travailleurs du Grupo Forte (composante de notre affilié Fetrimap) fait état de difficultés pour amener l'entreprise à respecter les droits à la liberté syndicale et à la négociation collective.

D'après le syndicat, l'entreprise a accepté une première phase de conciliation en juillet, mais elle n'a pas accordé à tous les membres du comité de négociation le minimum de conditions nécessaires pour participer aux réunions. De ce fait, le cycle de négociation pour 2024-2025 n'a pu démarrer.

Le syndicat ajoute que l'employeur a supprimé les hausses de salaires de deux travailleurs après qu'ils se soient syndiqués. En outre, l'entreprise procède à des discriminations salariales entre les salariés : des travailleuses sont moins payées que leurs collègues masculins alors qu'elles occupent des postes identiques et effectuent les mêmes tâches.

Le syndicat réclame :

Le secrétaire général adjoint de FETRIMAP, Julián Alfaro, explique :

"L'entreprise ne veut pas négocier et elle viole le droit à la liberté syndicale. Nous avons déjà déposé deux plaintes à la Surintendance nationale de l'inspection du travail (SUNAFIL) et fait appel au département de la surveillance de l'inspection, spécialisé dans les cas de liberté syndicale."

Le secrétaire régional adjoint d'IndustriALL, Cristian Alejandro Valerio, ajoute :

"Nous exhortons la société Forte du groupe Assa Abloy à mettre fin à son antisyndicalisme et à entamer des négociations avec le syndicat en vue d'un dialogue social authentique, et à répondre aux préoccupations des travailleurs."

Le droit de grève, fondement de l'habilitation des travailleurs

La base de ces protections réside dans le droit d'organisation, un droit qui permet aux salariés de s'unir et de faire campagne sur des thèmes communs.

Or, dans certaines parties du monde, la discrimination syndicale est très répandue. Même lorsqu'elles négocient collectivement, des entreprises résistent aux efforts de syndicalisation dès qu'elles le peuvent, sapant ainsi les droits fondamentaux de leurs travailleurs.

Un exemple frappant est la récente initiative de notre affilié United Autoworkers' Union (UAW) qui a introduit des actions en justice contre l'ancien président américain Donald Trump et le PDG de Tesla, Elon Musk, les accusant de menaces et d'intimidation contre des travailleurs qui revendiquent leurs droits en faisant grève. Ce cas met en lumière le combat qui se déroule à l'échelon mondial pour les droits au travail, même dans des entreprises de réputation internationale.

Tesla, réputée pour son antisyndicalisme, emploie plus de 120.000 personnes dans le monde et refuse de négocier collectivement. Les tentatives de syndicalisation du personnel se sont heurtées à une résistance féroce de Tesla, Elon Musk menaçant en personne de représailles les travailleurs qui voudraient se syndiquer. Cette attitude a suscité de vives tensions aves les syndicats, en Suède principalement.

Le syndicat suédois IF Metall a été le premier à réagir aux pratiques antisyndicales de Tesla en lançant, le 27 octobre 2023, des actions collectives dans 12 garages appartenant à Tesla puis en étendant son action à 20 autres sites.

Malgré de brèves négociations en novembre dernier, Tesla refuse toujours obstinément de signer une convention collective. La direction ne veut pas entendre parler de droits au travail car ils ne correspondraient pas au "concept de l'entreprise". Elon Musk a critiqué publiquement les syndicats, les accusant de semer la division et le négativisme dans les entreprises.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Le modèle d'entreprise d'Elon Musk est de ceux conçus pour se soustraire aux droits humains. Nous devons défendre les travailleurs et les droits pour lesquels ils se battent depuis tant de temps. Nous sommes aux côtés de l'UAW dans son combat."

Ce conflit ne concerne pas que Tesla et ses travailleurs, il est symptomatique de la bataille qui se livre pour les droits au travail en général et est d'une importance capitale pour la liberté de se syndiquer et de faire grève. Sans ces droits, les travailleurs sont exposés à l'exploitation et à l'injustice partout dans le monde. Le droit de grève n'est pas qu'un outil, c'est un moyen de défense vital qui fait que les travailleurs peuvent résister, pour eux et pour tous les autres.

Photo : Flickr 

Le bilan s'alourdit dans les dangereuses mines du Pakistan

Ces incidents ne sont pas des cas isolés. Les mines du Pakistan sont réputées pour la dangerosité de leurs conditions de travail, les mineurs risquant leur vie jour après jour. L'an dernier, 29 mineurs ont été tués dans des charbonnages de la province de Khyber Pakhtunkhwa et 26 autres ont été blessés dans des explosions. Ces chiffres sont révélateurs d'une réalité inquiétante pour ceux qui travaillent dans des environnements aussi dangereux.

Le 11 août, le Commissariat au bien-être au travail dans les mines de la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP) a apporté un peu de réconfort aux proches avec le versement de 1,2 million de roupies (14.292 $) aux familles de mineurs décédés, tandis que les blessés ont reçu des indemnisations allant de 500.000 à 600.000 roupies (5.955 à 7.146 $). En outre, 16 mineurs souffrant d'affections pulmonaires causées par leur travail dans les charbonnages, ont reçu chacun des indemnités de 300.000 roupies (3.573 $).

IndustriALL Global Union mène activement campagne pour que soient correctement appliquées les normes de santé et de sécurité dans le secteur minier au Pakistan, où les conditions dans les mines clandestines sont pires encore. Chaque jour, des centaines de mineurs descendent dans les entrailles périlleuses des mines du Balouchistan, au risque de leur vie à cause de l'absence de mesures de sécurité.

"Ces morts pourraient être évitées si les employeurs et le gouvernement s'attaquaient sérieusement à la sécurité au travail. Nous exhortons le gouvernement pakistanais à ratifier la convention 176 de l'OIT immédiatement car nous sommes persuadés que ce serait un premier pas dans la bonne direction pour garantir la mise en œuvre de mécanismes de sécurité dans les bassins miniers du Pakistan,"

a déclaré le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est, Ashutosh Bhattacharya.

Photo: Shutterstock-Mr Tempter