Les travailleurs et les syndicats démocratiques du Myanmar face à une pression croissante sous le régime militaire

Le 15 février, les dirigeants d’IndustriALL ont rencontré ceux, en exil, de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM) afin de débattre des défis persistants auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses ainsi que les adhérents syndicaux depuis le coup d’État militaire de 2021. Des responsables et des membres de l’IWFM toujours présents dans le pays ont accédé à la réunion en distanciel, mettant ainsi en relief la poursuite du travail du syndicat en dépit de la répression et des risques pour leur sécurité.

Depuis plus de cinq ans, les autorités militaires du pays ont accentué leur répression contre la société civile, les mouvements démocratiques et les droits des travailleurs. L’IWFM a indiqué que les syndicats indépendants ont été interdits, que leurs dirigeants ont été arrêtés et que la liberté syndicale a été fortement restreinte, ce qui affecte travailleurs, travailleuses et syndicats tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières du pays.

Les chefs de file de l’IWFM en exil ont décrit les conditions qui les ont contraints à fuir après la prise de pouvoir par l’armée. Ils ont partagé des témoignages sur la répression systématique des activités syndicales et l’effondrement des protections fondamentales des travailleurs sous le régime militaire.

KhaingZar Aung, Président de l’IWFM, a déclaré :

« Depuis le coup d’État militaire, de nombreux dirigeants syndicaux de l’IWFM ont été contraints de vivre en exil dans des conditions extrêmement difficiles. Ils sont confrontés à une insécurité permanente, à un statut juridique précaire, à des difficultés financières et à l’éloignement de leurs familles, tout en continuant à assumer leurs responsabilités syndicales. En dépit de ces obstacles, ils restent déterminés à syndicaliser les travailleurs et travailleuses, à documenter les violations des droits du travail, à mener des actions de plaidoyer au niveau international et à coordonner les réseaux de soutien aux travailleurs et travailleuses déplacés et migrants.

« Vivre en exil nécessite une adaptation constante : il faut appréhender de nouveaux systèmes juridiques, s’assurer des moyens de subsistance et préserver la communication avec les collègues qui subissent la répression au pays. Leur résilience et leur solidarité ont permis à l’IWFM de conserver ses structures organisationnelles et de poursuivre la lutte pour les droits des travailleurs, la démocratie et la justice sociale, même dans des conditions de déplacement prolongé. »

Les dirigeants de l’IWFM ont souligné que la période que nous traversons actuellement représente un test crucial pour la communauté internationale, en particulier en ce qui concerne l’application de l’article 33 de la Constitution de l’OIT. Celui-ci permet d’appeler les États membres à prendre des mesures lorsqu’un pays ne se conforme pas aux recommandations relatives à des violations graves et récurrentes des normes du travail.

Bien que sa pleine exécution reste complexe, l’IWFM a relevé que la pression coordonnée des gouvernements, des employeurs et des institutions internationales s’avère essentielle pour garantir que les décisions de l’OIT ne soient pas purement symboliques. La Fédération a réaffirmé sa politique de collaboration avec la CTUM et les forces démocratiques alliées.

L’IWFM et IndustriALL sont convenus d’intensifier leur plaidoyer en faveur d’un suivi approprié au titre de l’article 33, visant à tenir les autorités militaires responsables de leurs actes, à restreindre l’accès aux ressources économiques qui alimentent la répression et à rétablir le respect des droits fondamentaux du travail au Myanmar. Le plan d’action conjoint comprend le renforcement de leur travail à l’intérieur du pays par la syndicalisation et le recours à des mesures correctives en cas de conflit.

 Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Nous admirons profondément le courage et la détermination des dirigeants syndicaux de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar, tant ceux qui sont en exil que ceux qui œuvrent à l’intérieur du pays, exposés à des risques immenses. Leur engagement inébranlable va bien au-delà de la défense des droits des travailleurs au présent. Il contribue à mettre le cap sur le rétablissement de la paix, de la démocratie et d’un futur serein pour le pays.

Vous n’êtes pas seuls dans votre lutte pour la démocratie au Myanmar. IndustriALL se tient à vos côtés et vous pouvez compter sur son soutien indéfectible. »

La réunion s’inscrivait dans le cadre d’une mission conjointe de la CSI-AP et des Fédérations syndicales internationales, en collaboration avec la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), afin de débattre d’une action coordonnée en faveur de la démocratie et du mouvement syndical démocratique autour de la CTUM, en ce compris la campagne sur la résolution de l’OIT relative à l’article 33. La délégation a également engagé un dialogue avec des représentants du Gouvernement d’Unité Nationale, en particulier avec le Ministère du Travail.

« Je n’étais pas un prisonnier, j’étais l’otage du système » : Gennady Fedynich après sa libération d’une prison biélorusse

En décembre dernier, IndustriALL s’est rendue à Vilnius pour rencontrer Gennady Fedynich. Dans cet entretien, il évoque son emprisonnement, son état de santé, la destruction des syndicats indépendants en Biélorussie et les défis auxquels sont confrontés les syndicalistes en exil.

La Biélorussie figure parmi les pires pays au monde pour les travailleurs : les syndicats indépendants y ont été démantelés, les droits du travail criminalisés et la liberté syndicale complètement abolie, ce qui a suscité des appels urgents à une action internationale et à l’intervention de l’OIT. Les syndicats de Biélorussie subissent des attaques depuis août 2020, par le biais de perquisitions dans leurs bureaux et aux domiciles de leurs dirigeants et militants, des sanctions administratives ainsi que des détentions et des emprisonnements pour ceux qui luttent en faveur des droits des travailleurs.

Vous êtes libre, bien qu’expulsé. Comment allez-vous aujourd’hui ?

« La prison vous marque à jamais. Je prends soin de ma santé perdue. J’ai développé un diabète en prison et je devais subir une arthroplastie de remplacement que j’ai refusée. L’un des médecins m’a déconseillé de la faire pratiquer, car je risquais d’y laisser la vie. Dans notre pays, soigner les gens est un problème, mais se débarrasser des corps ne l’est pas.

Vous avez évolué de nombreuses années au sein du mouvement syndical. Avec le recul, qu’est-ce qui vous marque le plus ?

« J’avais 32 ans lorsque j’ai rejoint le mouvement syndical, et j’y ai été actif pendant 35 ans. Je ne le regrette en aucun cas. »

En avril 2022, le Comité pour la sécurité de l’État de Biélorussie (KGB) a qualifié le REP d’organisation extrémiste et interdit ses activités. Le KGB a affirmé que le REP n’avait pas respecté une décision de justice ordonnant le retrait de certains documents qu’il considérait extrémistes. La réponse du syndicat a été simple : cette décision de justice ne lui a jamais été notifiée, il ne pouvait dès lors ni la contester ni s’y conformer.

Lorsque le KGB s’est rendu compte de cela, il a compris que l’affaire aurait dû être classée. Pour ce faire, il aurait fallu en référer à un officier supérieur. Les poursuites ont donc suivi leur cours sur base d’une décision de justice elle-même essentiellement fabriquée de toutes pièces.

Au fil des ans, la pression sur les syndicats en Biélorussie s’est accrue. Je me suis toujours demandé pourquoi les dirigeants du REP avaient été condamnés aux peines de prison les plus longues, soit huit, neuf et dix ans. Le KGB m’a dit qu’il me surveillait depuis 16 ans. C’est très long. »

Qu’est-ce qui a conduit à votre emprisonnement ?

« C’était en 2023, à l’époque nous étions trois membres du REP à passer devant le tribunal dans le cadre d’une audience à huis clos. Une nouvelle accusation avait été introduite, en vertu de l’article 130, et nous avions en outre été déclarés extrémistes, ce qui est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à douze ans de réclusion. Le tribunal n’a cité aucun fait prouvant l’extrémisme et le ministère public n’a même pas demandé l’application de cet article.

Nous avons nié toutes les accusations, mais notre sort avait été décidé d’avance. En Biélorussie, il existe ce que nous appelons la justice téléphonique et les décisions sont prises en fonction d’ordres venus d’en haut plutôt que par les tribunaux. La juge ne nous a pas infligé la peine maximale. Lorsque nous lui avons demandé pourquoi, elle a répondu que c’était parce que nous étions retraités. »

Comment étaient les conditions en prison ?

« Le personnel reçoit ses ordres de Minsk. Et les prisonniers politiques constituent une catégorie spéciale, destinée à être tournée en ridicule. Les autres prisonniers n’étaient pas autorisés à communiquer avec nous.

Les informateurs recevaient du thé, du café ou des cigarettes en échange de renseignements, notamment sur les prisonniers politiques. Et si vous étiez un détenu ordinaire, vous pouviez acheter à la cantine pour 200 roubles. Mais un prisonnier politique ne pouvait se fournir que pour 80 roubles.

Au début, ils nous ont donné des tenues de prisonnier matelassées, mais elles nous ont été retirées par la suite. La nuit, on parvenait à dormir environ 30 minutes, puis on se réveillait parce qu’il faisait trop froid. Je me levais donc généralement pour faire quelques exercices.

Tout le monde passe par l’isolement cellulaire. J’y ai passé dix jours. Il n’y avait que des bancs. Pendant la journée, on n’avait pas le droit de s’allonger, on ne pouvait que s’asseoir. »

Y a-t-il eu des moments particulièrement marquants ?

« Juste avant notre libération, après notre transfert à la prison du KGB, le matin ils ont joué l’hymne national biélorusse et demandé à tout le monde de se lever. Nous étions 13 à refuser de le faire. On nous a alors privé de petit-déjeuner.

Ils ont confisqué les documents relatifs à l’affaire, ma correspondance personnelle, les photos des membres de ma famille, mon rasoir électrique et même 700 roubles de ma pension. En quittant la prison, nous avons dû signer un document attestant que tout nous avait été rendu, ce qui en réalité n’a pas été le cas. »

Serait-il possible de recréer le REP en Biélorussie ?

« Bien sûr, une décision officielle de recréer le syndicat peut être prise, mais elle doit s’accompagner de mesures concrètes, notamment la restitution de nos locaux, sinon cela n’a aucun sens. Il est très dangereux d’être un syndicaliste indépendant en Biélorussie : impossible donc aujourd’hui de décider simplement de recréer notre organisation.

Les syndicats sont importants en termes de politique. Nous savons qu’une vingtaine de syndicalistes sont actuellement toujours en prison en Biélorussie, mais il y en a peut-être d’autres dont nous ne savons rien.

Un jour, les choses changeront, nous devons donc être prêts. »

Comment communiquez-vous avec votre famille qui est toujours en Biélorussie ?

« Nous nous parlons au téléphone. Après ma libération, sans même avoir reçu d’attestation la confirmant, ma femme et mon fils aîné sont venus me rendre visite. Un jour, ma femme a reçu un appel : on lui demandait où se trouvait son mari. Elle a appris à répondre : il est là où vous l’avez emmené.

Mais être séparés est un énorme problème pour nous. Nous aimerions être ensemble, mais où vivrions-nous ? Ma femme va prendre sa retraite pour pouvoir me rejoindre. La loi en Biélorussie a changé et il faut désormais être physiquement présent dans le pays pour effectuer des transactions immobilières. Je ne peux pas y retourner, car je n’ai plus de passeport. Nous sommes donc coincés pour le moment.

C’est une situation précaire qui n’a pas de solution simple. Nous devons dès lors faire attention à ce que nous disons et faisons pour protéger nos proches en Biélorussie. Mais nous continuons à planifier notre avenir en vue d’un retour à Minsk. Le statut précaire qui est le nôtre empêche qu’une issue simple puisse se dessiner. »

Quatre ans de guerre : En Ukraine les travailleurs continuent d’en payer le prix

La guerre d’agression menée par la Russie, qui a débuté par une offensive à grande échelle le 24 février 2022, inflige encore aujourd’hui des dommages désastreux aux travailleurs et travailleuses ukrainiens ainsi qu’à leurs syndicats. Quatre ans plus tard, les mines, les chemins de fer et les infrastructures énergétiques continuent d’être pris pour cibles avec pertes civiles.

Ce 1er février, dans la région de Dnipropetrovsk, les forces russes ont dirigé une attaque au moyen de drones de type Shahed contre une entreprise minière et un bus transportant des mineurs entre deux postes de travail. Douze personnes ont été tuées : dix mineurs et deux civils qui se sont précipités pour leur porter secours. Au moins 16 autres ont été blessées, dont plusieurs gravement. Quatre-vingt-onze mineurs ont été piégés sous terre dans des conditions dangereuses : tous des travailleurs du secteur de l’énergie qui assuraient le fonctionnement du réseau électrique ukrainien par un hiver glacial.

La même semaine, un drone a touché un train de voyageurs, provoquant la mort de civils à bord. Les infrastructures énergétiques, les chemins de fer et les installations industrielles font l’objet d’attaques systématiques. Des villes entières se retrouvent régulièrement privées d’eau, d’électricité et de chauffage. Les travailleurs et travailleuses sur le front ou dans des régions proches poursuivent leurs tâches sous une menace permanente.

À ce jour, les salariés ukrainiens ont déjà payé un lourd tribut à cette guerre. Plus de 1.000 d’entre eux ont été blessés sur leur lieu de travail en 2025 à la suite d’actes hostiles, dont au moins 200 ont semé la mort. Rien qu’au cours des premières semaines de 2026, des dizaines de travailleurs et travailleuses ont été blessés ou tués.

Les salariés du secteur de l’énergie, les mineurs, les cheminots, les postiers et les secouristes continuent d’œuvrer sous les bombardements pour assurer le fonctionnement du pays. En dépit de conditions hivernales rigoureuses, avec des températures chutant jusqu’à moins 27 degrés Celsius, les salariés du secteur de l’énergie s’évertuent à rétablir l’électricité après chaque frappe, pour voir leurs efforts réduits à néant lors d’une nouvelle attaque. Le bureau du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU), bien que privé d’électricité 20 à 22 heures par jour, persiste à défendre ses adhérents et à leur fournir assistance.

Les syndicats ukrainiens lancent un appel urgent à la solidarité

Début février, le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine a lancé un appel à IndustriALL et à industriAll Europe à la suite des dernières attaques meurtrières. L’organisation a souligné qu’il ne s’agissait pas d’incidents isolés mais de frappes systématiques contre les salariés et des infrastructures critiques pour l’énergie, les transports et la vie économique du pays.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Depuis quatre ans, les travailleurs ukrainiens font preuve d’un courage exemplaire pour défendre leurs lieux de travail, leurs communautés et leur pays. Les attaques incessantes de la Russie contre les mineurs, les travailleurs du secteur de l’énergie et les civils sont intolérables et doivent cesser. L’élan solidaire du mouvement syndical international ne faiblira pas. La paix, la démocratie et le respect des droits des travailleurs doivent prévaloir. »

Les syndicats ukrainiens ont également exprimé leur vive préoccupation quant au processus de réforme du droit du travail en cours.

Le 29 janvier dernier, IndustriALL et industriAll Europe ont sollicité par écrit une intervention urgente de l’OIT afin de garantir un processus de réforme conforme aux normes internationales du travail et l’instauration d’un véritable dialogue social.

Le projet de code du travail a été déposé précipitamment sans consultation significative des syndicats. Les affiliés ukrainiens ont exprimé leur profonde inquiétude face à l’érosion de droits fondamentaux et à la mise à l’écart des partenaires sociaux d’un processus destiné à façonner les relations de travail pour les années à venir.

Même en temps de guerre, les réformes doivent respecter les conventions de l’OIT ratifiées par l’Ukraine et défendre les principes du tripartisme et du dialogue démocratique.

Paix, démocratie et reconstruction

Dès les premiers jours de l’invasion, IndustriALL a fait preuve d’une solidarité sans faille envers ses affiliés ukrainiens en fournissant une aide humanitaire, en menant des actions de plaidoyer au niveau international et en soutenant des projets de reconstruction fondés sur les droits syndicaux.

Les syndicats ukrainiens ont été clairs : le fardeau de la guerre, de la reconstruction et des menaces pour la sécurité ne peut reposer sur les épaules des travailleurs et travailleuses. La reconstruction de l’Ukraine doit renforcer la négociation collective, la protection sociale et le travail décent, non les affaiblir.

IndustriALL soutient la campagne « Syndicats pour la paix et la démocratie » de la CSI, qui appelle à la fin de la guerre, au respect total du droit international et au rétablissement d’une paix fondée sur la justice et la démocratie.

Quatre années se sont écoulées et les travailleurs et travailleuses ukrainiens continuent de défendre leurs lieux de travail, leurs communautés et leur pays sous les attaques continues. IndustriALL réitère son soutien indéfectible aux travailleurs ukrainiens et à leurs syndicats et appelle à la fin immédiate de l’agression russe, au respect total du droit international humanitaire et à une reconstruction fondée sur les droits syndicaux, le dialogue social et les principes démocratiques.

La CSI a créé un Fonds de solidarité pour l’Ukraine. IndustriALL exhorte tous ses affiliés à verser, en cet hiver critique, des contributions ciblées, spécialement affectées à cette action, en signe de solidarité avec les travailleurs ukrainiens et leurs syndicats. Détails ci-dessous :

Référence : Fonds de solidarité

Compte CSI : 068-9007804-23

(BIC/Swift: GKCCBEBB – IBAN: BE92 0689 0078 0423)

Banque Belfius S.A.

Place Rogier 11

1000 Bruxelles Belgique

Chaînes d’approvisionnement mondiales : justices climatique et salariale indissociables

À Paris, lors du 12e forum de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, les débats de la deuxième journée ont porté sur l’impact croissant du changement climatique sur les travailleurs et travailleuses. Les syndicats ont délivré un message clair : la résilience climatique et les droits des travailleurs sont indissociables.

Les études présentées lors de cette session ont montré une augmentation des consultations médicales et de l’absentéisme durant les périodes de chaleur extrême. Les travailleurs et travailleuses en font souvent les frais sous forme de perte de revenus, de répercussion sur les cadences de production et de conditions de travail hasardeuses.

Les représentants des usines ont énoncé des mesures d’adaptation telles que l’amélioration de la ventilation, la mise à disposition de systèmes d’hydratation, la modulation des horaires de travail, la planification des urgences et la modernisation des infrastructures. Cependant, beaucoup ont reconnu que les fournisseurs ne peuvent assumer seuls ces investissements. Sans changement dans les pratiques d’achat et sans partage des responsabilités financières, les coûts d’adaptation risquent d’être répercutés une fois de plus sur les travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Les représentants des syndicats et des travailleurs informels ont souligné que l’adaptation aux changements climatiques doit inclure le point de vue des travailleurs, la protection sociale et la sécurité des revenus, en particulier pour les femmes et les travailleurs de l’économie informelle qui essuient des pertes financières importantes lorsque les températures augmentent. Le devoir de diligence doit aller au-delà des politiques et des audits pour inclure un suivi en temps réel, des normes de santé et de sécurité exécutoires et des pratiques d’achat qui permettent une certaine flexibilité quand les conditions deviennent dangereuses.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a réaffirmé que la résilience climatique est indissociable des droits syndicaux, avisant que les solutions adoptées seront vouées à l’échec si les travailleurs sont exclus du débat.

« Soyons honnêtes : à ce jour, nous manquons cruellement de protection. La production de nos vêtements se fait dans des pays où la chaleur devient un grave problème sanitaire et où les syndicats n’ont guère leur place. Si vous faites obstruction à l’existence de syndicats, vous ne trouverez jamais de solutions à ces problèmes, car les personnes qui les vivent au quotidien doivent être présentes à la table des négociations. Les droits syndicaux sont un droit humain fondamental. »

Il a précisé qu’on ne peut pas attendre des travailleurs qu’ils supportent les coûts de l’adaptation. Les enseignes, les propriétaires d’usine et, en définitive, les consommateurs doivent en assumer la responsabilité. Des modèles évolutifs tels que l’Accord international, qui envisagent notamment le stress thermique comme une problématique majeure sur le lieu de travail, sont en cours d’élaboration afin de garantir une répartition des coûts et une protection renforcée en matière de santé et de sécurité.

Les accords contraignants portent leurs fruits : les syndicats sont gage d’amélioration des salaires et de responsabilité assumée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales

Lors du 12e Forum de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, qui s’est tenu à Paris et marquait le 50e anniversaire des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, IndustriALL a livré un message clair : la résilience doit reposer sur des accords contraignants, des pratiques d’achat responsables et des négociations collectives, non pas sur des engagements volontaires.

Lors de la table ronde d’ouverture concernant les secousses au sein des chaînes d’approvisionnements, Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur de l’habillement et du textile chez IndustriALL, a remis en question le déséquilibre structurel de la production mondiale, sur le constat que la « flexibilité » de la chaîne d’approvisionnement fait souvent peser le risque commercial sur les maillons inférieurs.

« Lorsque des crises surviennent, les enseignes ajustent leurs pratiques d’achat du jour au lendemain. Les travailleurs et travailleuses n’ont pas cette latitude. Sans négociations collectives ni accords contraignants, ils sont laissés pour compte et doivent absorber le choc. »

Les données de l’OCDE présentées lors du forum ont montré que si la plupart des entreprises publient désormais des informations sur la durabilité, seule une petite proportion d’entre elles rendent compte de manière significative de leur diligence raisonnable en matière de droits humains. Pour les syndicats, cela reflète un manque persistant de transparence dans sa mise en œuvre qui, faute de caractère exécutoire, ne protège pas les salariés.

Christina Hajagos-Clausen a souligné que la collaboration ne fonctionne que lorsqu’elle inclut des engagements exécutoires en matière de pratiques d’achat, de salaires et de relations sociales. Des modèles contraignants tels que l’Accord du Bangladesh et le cadre ACT au Cambodge démontrent comment des accords négociés peuvent intégrer la représentation des travailleurs dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement et créer une plus grande prévisibilité en temps de crise.

ACT a organisé une session relative aux conventions collectives soutenues par les enseignes au Cambodge, un effort pratique visant à relier les promesses d’achat à des salaires plus élevés.

Athit Kong, Président du syndicat cambodgien CCADWU, a souligné l’importance d’intégrer directement les enseignes dans les structures de négociation :

« C’est là tout l’intérêt d’impliquer l’enseigne. Je ne vois pas d’autre modèle que celui-ci, rassemblant ces trois éléments, qui serait plus avantageux pour les travailleurs et travailleuses. Nous voulons des salaires décents, mais nous voulons aussi que cela soit durable pour le secteur. Il faut dès lors pouvoir se reposer sur des compétences de base. »

Durant son intervention, il a souligné que les augmentations salariales doivent s’appuyer sur des systèmes de relations sociales solides qui garantissent l’équité pour les salariés et la stabilité pour le secteur.

Les intervenants ont reconnu que de nombreuses initiatives d’entreprises n’ont pas abouti à de réelles améliorations. Un consensus clair s’est dégagé : la croissance des salaires ne peut être dissociée des promesses d’achat. Les achats responsables doivent renforcer, et non affaiblir, la négociation collective.

Le secteur de l’habillement au Cambodge, qui emploie principalement des femmes et fait vivre des millions de personnes est devenu un terrain d’essai en la matière. Bien que qualifiés d’« acte de foi », les accords contraignants en termes d’achat commencent à donner des résultats mesurables, fondés sur la confiance entre les enseignes, les syndicats et les employeurs, et alignés sur les priorités industrielles nationales ainsi que sur le développement des compétences.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a souligné l’impact de cette approche :

« Il est essentiel de relier la négociation collective aux pratiques d’achat des enseignes afin de mettre en place un salaire vital. Au Cambodge, cela devient une réalité. Nous comptons désormais à notre actif la signature de huit conventions collectives qui augmentent les salaires de dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Il s’agit d’un accord sans pareil qui montre que des engagements contraignants peuvent produire des résultats concrets pour les travailleurs et travailleuses. »

La conclusion du forum de Paris s’avère sans équivoque : une résilience qui n’inclurait pas les droits des travailleurs est illusoire. Des normes applicables, des négociations sectorielles et une responsabilité partagée sont les fondements de chaînes d’approvisionnement stables et équitables.

Pour IndustriALL, la direction à suivre est limpide : passer d’engagements volontaires à des accords contraignants, aligner les achats sur la fixation des salaires et veiller à ce que les travailleurs et leurs syndicats soient intégrés dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement.

Les accords contraignants portent leurs fruits et lorsque les syndicats sont présents à la table des négociations, les chaînes d’approvisionnement deviennent plus stables, plus prévisibles et plus équitables.

Salaires et sécurité sociale : principales revendications des affiliés indonésiens

Cette décision stipule que les dispositions relatives à l’emploi doivent être supprimées et requiert l’élaboration d’une nouvelle loi sur le travail. Les députés disposaient d’un délai de deux ans, avec une date limite fixée au 31 octobre 2026, pour promulguer un nouveau texte conforme aux exigences de la Cour constitutionnelle. Depuis novembre 2024, le Parlement indonésien a inscrit le débat sur ce sujet à son programme législatif national prioritaire. Il entérine ainsi la reconnaissance politique de la nécessité de réviser le cadre actuel qui découle de la Loi Omnibus et des décisions de la Cour constitutionnelle y afférentes.

Dans le prolongement de leur réunion de 2025 sur la réforme du droit du travail, les affiliés indonésiens appellent à l’élaboration et à l’adoption d’une nouvelle loi sur le travail qui soit en tous points conforme aux normes internationales du travail. Les dispositifs législatifs proposés devraient offrir une protection complète aux travailleurs et travailleuses, notamment par l’amélioration des politiques salariales, l’extension et le renforcement de la couverture sociale, l’élargissement de la protection de la santé et de la sécurité au travail et l’approfondissement des garanties des droits fondamentaux des salariés, en ce compris la liberté syndicale et la négociation collective.

Les affiliés indonésiens exigent l’adoption de salaires décents, plutôt que de simples salaires minimums. Cela implique la mise en place d’un mécanisme de fixation des salaires plus cohérent et plus transparent, par le biais de rôles et fonctions accrus des conseils salariaux aux niveaux national, provincial et sectoriel. Les affiliés réclament également la mise en œuvre intégrale des barèmes et des structures salariales au sein des entreprises afin de garantir une progression salariale équitable, la transparence et l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale.

En matière de sécurité sociale, les affiliés indonésiens demandent une couverture sociale plus large et plus inclusive, basée sur l’emploi. Des mesures d’application plus strictes s’imposent entre autres afin de garantir l’enregistrement, par les employeurs, de tous les travailleurs et travailleuses dans le système national de sécurité sociale. Les affiliés revendiquent également la mise en œuvre de régimes de protection sociale pour les travailleurs et travailleuses touchés par la transition énergétique et le changement climatique, compte tenu des risques croissants de perte d’emploi et de moyens de subsistance. En outre, ils réclament le renforcement de la protection de la maternité grâce à l’amélioration des régimes de prestations concernés, notamment par l’allongement du congé prévu. Les affiliés indonésiens exhortent en outre le gouvernement à ratifier la Convention n° 102 de l’OIT sur la sécurité sociale (normes minimales), élément essentiel à la consolidation du cadre national de protection sociale, conformément aux normes internationales du travail.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a indiqué que le temps était venu pour les affiliés indonésiens de prendre des mesures concrètes quant à la réforme du droit du travail telle que proposée. Les salaires et la sécurité sociale constituent des revendications majeures dans la lutte pour l’égalité et les droits des travailleurs.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré que les affiliés d’Indonésie doivent renforcer leur cohésion et serrer les rangs autour d’une revendication commune relative à une nouvelle proposition de loi sur le travail.

Iwan Kusmawan, Président du Conseil indonésien, s’est montré très optimiste après la création du groupe de travail et a appelé de ses vœux l’élaboration d’une revendication collective par les affiliés d’IndustriALL dans le cadre du nouveau projet de loi sur le travail. Il a déclaré :

«D’ici mars, nous œuvrerons au sein du groupe de travail sur les salaires et la sécurité sociale et collaborerons avec des experts ainsi que d’autres parties prenantes sur notre nouveau projet de loi sur le travail. »

Inde : 300 millions de travailleurs et travailleuses se mobilisent

Cette action massive marque la dernière salve en date d’une lutte menée de longue haleine contre les quatre codes du travail adoptés par le Parlement sans consultation, sans convocation de la Conférence indienne du travail et au mépris flagrant des normes internationales du travail. Depuis l’introduction de ces codes et face à l’obstination répétée du gouvernement à ignorer les revendications des travailleurs et travailleuses, les syndicats ont déjà piloté six grèves générales à échelle nationale En sonneurs d’alerte, ils estiment que ces codes affaiblissent la négociation collective, restreignent le droit de grève, excluent près de 70 % des usines du champ d’application du droit du travail et privent des millions de salariés d’un environnement de travail sécurisé, d’un accès à la sécurité sociale ainsi que de la protection de leur salaire.

La publication du projet de politique en matière de travail et d’emploi Shram Shakti Niti 2025 a fortement exacerbé la frustration suscitée par ces aménagements juridiques. Selon les syndicats, cette proposition vise la centralisation du pouvoir et la refonte de l’État, installant celui-ci dans un rôle de facilitateur pour les employeurs plutôt que de garant des droits des travailleurs.

Les affiliés d’IndustriALL ont joué un rôle déterminant dans la mobilisation en suscitant l’adhésion à l’action nationale des travailleurs et travailleuses des secteurs de la fabrication, des mines, de l’énergie, du textile et connexes. Bien que chaque syndicat ait fait valoir des préoccupations spécifiques à son secteur, les revendications relatives à la sécurité de l’emploi, aux salaires équitables, à la protection sociale et à la défense du droit à la négociation collective ont fait l’objet d’une réelle convergence.

Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie, aussi membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

«La population active s’exprime d’une seule voix, le gouvernement ne peut continuer à faire la sourde oreille. Nous exigeons la dignité, la sécurité de l’emploi et la reconnaissance de la santé, de la sécurité et de la protection sociale comme droits fondamentaux. Tout modèle de développement qui néglige le bien-être des travailleurs et travailleuses n’est ni durable ni juste. Nous continuerons à lutter jusqu’à la satisfaction de nos revendications, en particulier le retrait immédiat des réformes anti-ouvrières et l’établissement d’un dialogue constructif avec les syndicats et les salariés. »

Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

« Le message des travailleurs est clair : cessez de démanteler les mesures de protections du travail. La sécurité de l’emploi, la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale sont des droits des travailleurs et non des concessions accordées à la convenance du gouvernement. Nous poursuivrons notre combat en faveur de l’abrogation des quatre codes du travail, du rétablissement de la NREGA (Loi nationale de garantie de l’emploi rural Mahatma Gandhi), de la relance de l’ancien régime de retraite et de la mise en œuvre intégrale de nos revendications légitimes. »

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« La force de cette grève réside dans l’unité et la détermination de la classe ouvrière indienne. IndustriALL est pleinement solidaire des syndicats et des travailleurs indiens. Leurs revendications reflètent les normes internationales fondamentales du travail, notamment la liberté syndicale, la négociation collective, la protection sociale et la sécurité des conditions de travail, autant de droits qui doivent être respectés et défendus par le gouvernement. »

Renforcer les syndicats africains et faire respecter les droits grâce à la diligence raisonnable en matière de droits humains

En Afrique subsaharienne, la nécessité d’une DRDH se fait particulièrement pressante compte tenu du rôle prépondérant de la région dans l’approvisionnement en minerais essentiels à la transition énergétique, à l’industrie de l’électronique et aux énergies renouvelables. Le continent détient d’importantes réserves de cobalt, de cuivre, de lithium, de manganèse et de nickel, dont la demande a explosé dans le cadre des efforts mondiaux de décarbonisation. Pourtant, l’extraction reste entachée de risques bien établis en matière de droits humains : déplacements forcés de communautés, violations des droits des travailleurs et des droits humains, dégradation de l’environnement, effets néfastes sur la santé des populations locales et, dans certains cas, liens avec le financement de conflits ou le crime organisé.

La DRDH s’appuie sur les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, adoptés en 2011, qui imposent aux entreprises la responsabilité de respecter ces droits par le biais de processus continus d’identification, de prévention, d’atténuation et de compensation des impacts négatifs. Les orientations spécifiques au secteur, notamment les Lignes directrices de l’OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque, se sont avérées influentes pour l’étain, le tantale, le tungstène et l’or dans des zones de conflit telles que l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Le paysage minier en Afrique subsaharienne présente une image contrastée. Les activités à grande échelle, souvent contrôlées par des multinationales chinoises, européennes, canadiennes et autres, font l’objet de critiques persistantes concernant l’inadéquation des concertations avec les communautés, la pollution de l’eau et des sols, les conditions de travail dangereuses, les salaires de misère, la violence et le harcèlement sexistes ainsi que la répression des activités syndicales, notamment les violations de la liberté syndicale et de la négociation collective. L’exploitation minière artisanale et à petite échelle répandue dans des pays tels que la RDC, le Ghana, la Tanzanie et le Zimbabwe, aggrave ces vulnérabilités par le recours au travail des enfants, à l’exposition au mercure et à l’exploitation par des réseaux criminels.

Les données de la plateforme Transition Minerals Tracker (Suivi des Minerais de Transition) du Centre pour les Droits Humains et les Entreprises (BHRC) soulignent l’ampleur du problème. Entre 2010 et 2024, par exemple, elle a enregistré 178 violations des droits humains et de l’environnement liées aux minerais de transition en Afrique, soit plus de 20 % du total mondial s’élevant à 835 cas. La RDC, à elle seule, représentait plus de la moitié des cas rapportés en Afrique, principalement sur les sites d’exploitation de cobalt et de cuivre.

Les syndicats, notamment les affiliés d’IndustriALL en RDC, en Zambie et au Zimbabwe, font pression pour une mise en œuvre rigoureuse de la DRDH. Leur plaidoyer met l’accent sur le contrôle des informations divulguées par les entreprises, la cartographie des risques et l’adoption de plans d’action nationaux relatifs aux entreprises et aux droits humains, qui font encore défaut dans la plupart des pays africains. Ils réclament des règles contraignantes pour garantir des conditions de commerce équitable, une plus grande valorisation locale, des salaires décents et une gestion responsable de l’environnement.

Les récentes évolutions législatives concourent à remodeler la diligence raisonnable en matière de droits humains. La directive européenne sur la diligence raisonnable des entreprises en matière de développement durable, désormais en vigueur, impose la DRDH aux grandes entreprises opérant dans l’UE ou exportant vers celle-ci, y compris en ce qui concerne les impacts sur les droits humains et l’environnement tout au long des chaînes de valeur. Cela oblige les entreprises minières et leurs fournisseurs subsahariens à muscler leurs processus de vigilance, à réaliser des audits et à proposer des mesures correctives, sous peine d’être exclus du marché européen. Les mesures complémentaires de l’UE sur les batteries, la déforestation et les minerais de conflit renforcent le contrôle des minerais provenant d’Afrique.

Cependant, les défis restent considérables : la faiblesse de la gouvernance, la corruption, la force exécutoire limitée et l’opacité des chaînes d’approvisionnement entravent une diligence raisonnable efficace. Dans les environnements à haut risque tels que les zones de conflit ou le secteur informel de l’or au Zimbabwe, la diligence raisonnable en matière de droits humains suffit rarement à éradiquer le préjudice.

Lors de la table ronde, Kelly Fay Rodriguez, du CCHRDD, a annoncé le lancement d’un projet spécifique en RDC, en Zambie et au Zimbabwe afin de soutenir les mineurs dans les chaînes de valeur des minerais critiques. Cette initiative vise à garantir que les nouvelles réglementations internationales en matière de diligence raisonnable et politiques commerciales génèrent des avancées en matière de droits du travail, en mettant particulièrement l’accent sur la liberté syndicale et la négociation collective.

Créé en 2025 par UNI, IndustriALL, la Fondation Friedrich Ebert et la Confédération allemande des syndicats DGB, le CCHRDD a pour objectif d’exploiter les cadres de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme de sorte à renforcer les droits des travailleurs, en particulier la syndicalisation et la négociation dans les chaînes de valeur mondiales.

La réunion s’est terminée sur une note d’optimisme prudent : la DRDH offre aux entreprises minières un outil de réduction des risques tout en fournissant aux syndicats et aux sociétés hôtes un levier pour un développement plus inclusif.

Comme l’a déclaré Glen Mpufane, Directeur du secteur minier chez IndustriALL :

« Une mise en œuvre efficace de la diligence raisonnable en matière de droits humains, soutenue par des cadres nationaux plus solides, une implication syndicale active et une responsabilité assumée au plan international, est essentielle si l’on veut que les richesses minières se traduisent par un véritable progrès économique plutôt que par la perpétuation de modèles d’extraction sans retombées équitables. »

Au-delà des accords miniers

Cette année, les deux événements se sont déroulés en parallèle, du 9 au 12 février, dans des lieux distincts de la ville. L’Indaba traditionnel, centré sur les investisseurs et les entreprises, a attiré, comme à l’accoutumée, une foule de cadres à la recherche de partenariats et de flux de capitaux dans le domaine des minerais critiques. En revanche, l’Indaba minier alternatif, placé sous le thème « Alternative Stories of Mining » (Récits alternatifs de l’exploitation minière), a mis en exergue les perspectives des communautés autochtones marginalisées, des syndicats et des associations de la société civile. Il a prôné des pratiques minières qui réduisent la pauvreté, atténuent les inégalités et favorisent des moyens de subsistance durables plutôt que de se contenter de soutirer de la valeur.

Le contraste persistant entre la richesse générée par les mines et la pauvreté permanente des communautés riveraines a occupé le cœur des débats, tout comme le risque de créer des zones dites « sacrifiées pour l’environnement », où les coûts de la transition énergétique mondiale pèsent de manière excessive sur les populations vulnérables des régions riches en minerais.

Les syndicats, notamment les affiliés d’IndustriALL d’Australie, de Namibie, d’Afrique du Sud et du Zimbabwe, ont participé activement aux deux forums. Ils ont fait pression sur les entreprises minières au sujet des droits des travailleurs, des normes de travail décentes, d’une extraction durable et de la nécessité d’une transition juste. Lors d’une réunion tenue ce 11 février, l’accent a été mis sur l’IRMA (Initiative pour une Certification responsable de l’Exploitation minière) comme étant l’un des mécanismes les plus crédibles pour protéger les droits du travail, les intérêts des communautés et l’environnement. Lors de l’Indaba minier alternatif, les syndicats ont souligné que les travailleurs et travailleuses font partie intégrante des communautés touchées et sont donc également exposés aux échecs environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Les minerais critiques pour la transition, en particulier le cobalt, le lithium, le graphite et d’autres tout aussi essentiels aux batteries et aux énergies renouvelables, ont dominé l’ordre du jour des deux réunions. Les sessions ont exploré diverses thématiques : les moyens d’exploiter ces ressources dans l’intérêt d’un retour économique plus large, la résurgence du nationalisme des ressources, la portée des partenariats équitables dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, le développement du capital humain, la dynamique géopolitique, les cadres réglementaires et le rôle des gouvernements. Les multinationales chinoises ont fait l’objet d’une attention particulière en raison de leurs liens étroits avec les gouvernements des pays hôtes et de leurs violations des droits des travailleurs dans des pays tels que la Zambie et le Zimbabwe.

Lors d’une table ronde sur la responsabilité des entreprises, tenue dans le cadre de l’Indaba minier alternatif, IndustriALL a présenté sa stratégie visant à impliquer les principaux acteurs, notamment Anglo American, Glencore et Rio Tinto, par le biais de réseaux mondiaux d’entreprises, d’un dialogue structuré et de négociations collectives. Les affiliés d’IndustriALL forment également des alliances avec des associations du secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle et des communautés locales en RDC, en Zambie et au Zimbabwe, la coopération initiale étant axée sur l’amélioration de la santé et de la sécurité.

Comme l’a fait remarquer Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour le secteur minier :

« Le dialogue et l’implication tant au sein de l’Indaba minier que de l’Indaba minier alternatif se déploient sur fond « d’espaces contestés » (*). Cependant, les syndicats doivent continuer à exploiter ces plateformes pour faire progresser la transition juste et défendre les intérêts des travailleurs, en particulier à une époque où la demande mondiale en minerais de transition se renforce. »

(*) NdT : de l’anglais «contested spaces ». Ces espaces, souvent caractérisés par des relations de pouvoir asymétriques, servent à la fois de lieu de conflit et, parfois, d’espaces communs pour la construction de nouvelles identités.

Pas de Transition juste sans pouvoir des travailleurs

Lancé lors d’une session parallèle virtuelle du Forum de la confection, ce manifeste explique pourquoi une Transition juste s’avère urgente et pourquoi les syndicats doivent en influencer la forme.

Plus de 400 millions de personnes travaillent dans ce secteur de par le monde, dont la plupart sont des femmes issues des pays du Sud, confrontées à des bas salaires, des conditions de travail dangereuses, au stress thermique, à la précarité de l’emploi et à une protection sociale insuffisante. À mesure que la décarbonisation, l’automatisation et la numérisation s’accélèrent, les travailleurs et travailleuses risquent d’être davantage marginalisés.

Une transition sans garanties aggrave les inégalités

Les salariés du secteur de la confection subissent déjà les effets du changement climatique. La chaleur extrême, les inondations, les fermetures d’usines et les pertes de salaire traduisent une réalité quotidienne, en particulier pour les femmes, les travailleurs informels et les travailleurs migrants. Pourtant, l’avis des personnes les plus touchées est rarement sollicité.

Les syndicats ont attiré l’attention sur le fait que des règles climatiques non assorties de mesures de protection des travailleurs aggravent les injustices. Les politiques écologiques et les nouveaux modèles de production transforment les chaînes d’approvisionnement, mais sans réglementation ni planification, elles entraînent des pertes d’emplois, intensifient les tâches et creusent les inégalités.

Des décisions prises sans les travailleurs

L’orientation des stratégies climatiques et de développement durable relève largement des gouvernements et des enseignes, alors que les travailleurs et travailleuses subissent les conséquences de la restructuration et de l’automatisation.

Le manifeste exige que les décisions soient prises par les travailleurs au travers des syndicats et du dialogue social, que les gouvernements doivent promouvoir activement. Les employeurs et les enseignes sont tenus de s’impliquer de manière responsable. Il appartient aux syndicats d’évaluer les risques climatiques et de négocier des solutions adaptées aux travailleurs et travailleuses.

Les intervenants ont également souligné le déséquilibre des pouvoirs dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les enseignes fixent les prix et les délais tout en transférant les coûts et les risques aux fournisseurs et aux salariés. Les engagements volontaires ne suffisent pas.

Des règles contraignantes, pas de promesses sur base volontaire

Le manifeste appelle à des obligations contraignantes, à des achats responsables et à une véritable responsabilité assumée des entreprises. Les droits des travailleurs, les salaires décents, la santé et la sécurité ainsi que l’égalité des sexes doivent figurer au centre des préoccupations.

Le secteur fait face à de sérieux défis environnementaux, de l’utilisation de l’eau à la pollution chimique, qui pèsent souvent sur les pays du Sud. Les énergies renouvelables et les nouveaux modèles de production offrent des opportunités, mais seulement s’ils sont régis dans l’intérêt des travailleurs et garantis par la négociation collective.

Plus qu’une simple déclaration, le manifeste constitue un outil de négociation et de syndicalisation. Il appelle, de manière contraignante, à une prise de responsabilité de la part des enseignes et des gouvernements ainsi qu’à un changement systémique qui place les travailleurs et travailleuses au centre des politiques climatiques et numériques.

Les syndicats ont lancé un message sans équivoque : une Transition juste n’est pas facultative mais, au contraire, urgente.

« Des emplois sont supprimés, les tâches deviennent plus intenses, la surveillance s’étend, les déficits de compétences s’aggravent et le travail informel se répand. Faute d’action, nous assisterons à une augmentation des pertes d’emplois, à un approfondissement de la pauvreté et à une escalade de la violence sexiste.

Une Transition juste doit garantir que les solutions climatiques créent des emplois décents et non de nouvelles formes d’exploitation. C’est pourquoi le manifeste établit clairement la voie à suivre en vue d’un changement mené par les travailleurs et travailleuses, d’une responsabilité contraignante pour les enseignes et les gouvernements, de protections qui garantissent les droits, la dignité et la négociation collective pour les personnes qui fabriquent nos vêtements »

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur textile et confection auprès d’IndustriALL.