15 mineurs tués dans un charbonnage au Pakistan

Ce 9 janvier, 12 mineurs ont été ensevelis sous des tonnes de débris après qu’une explosion de méthane a provoqué l’effondrement d’une mine de charbon dans la région de Sanjdi, au Baloutchistan. Les secours ont mis quatre jours à récupérer les corps des travailleurs. Selon des informations recueillies dans la région, le département des mines et des minéraux a entamé une action en justice contre le propriétaire de la mine pour n’avoir pas pris les mesures de sécurité adéquates sur le lieu de travail.

Le 11 janvier, une coulée de boue dans le bassin houiller de Duki a coûté la vie à un mineur.

Le 12 janvier, une mine de charbon s’est effondrée dans le district de Harnai, au Baloutchistan, tuant deux mineurs et en piégeant six autres, qui ont été secourus par la suite.

Chaque année, les mines pakistanaises font des victimes parmi les mineurs en raison de l’insuffisance des dispositifs d’alerte au gaz et aux inondations, d’éclairage inadéquat, du manque de formation aux premiers soins, d’infrastructures de santé et de médecins à proximité des mines, d’un manque de supervision, aggravé par la faible mise en œuvre des législations sur la sécurité par les autorités gouvernementales. En outre, les maladies professionnelles telles que la silicose, la fibrose pulmonaire, le cancer du poumon, l’asbestose et le mésothéliome restent largement ignorées, entraînant souvent des décès ou des incapacités permanentes.

Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’un phénomène récurrent dans les régions riches en charbon du Baloutchistan. Selon les affiliés d’IndustriALL au Pakistan, au moins 190 mineurs ont été tués dans les charbonnages en 2024 lors d’accidents sur le lieu de travail. Les chiffres exacts sont probablement plus élevés en raison d’une sous-déclaration.

Les syndicats des mines, notamment les affiliés d’IndustriALL et la Fédération des travailleurs unis du Pakistan, ont à plusieurs reprises exhorté le gouvernement pakistanais à faire appliquer les protocoles de sécurité et à améliorer l’accès aux soins de santé pour les mineurs.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“IndustriALL condamne fermement la perte tragique des vies de ces mineurs, conséquence directe de l’absence persistante de mesures de sécurité adéquates. Des réformes structurelles, des protocoles de sécurité renforcés et une responsabilisation à tous les niveaux sont nécessaires de toute urgence. Sans action immédiate, des mineurs continueront à mourir dans des accidents évitables, laissant d’innombrables familles dévastées. Nous appelons le gouvernement du Pakistan à ratifier d’urgence la Convention 176 de l’OIT, une étape essentielle pour garantir des conditions de travail saines et sécurisées dans les charbonnages.”

Photo: Shutterstock 

El-Sen lutte pour la démocratie énergétique à Chypre du Nord

El-Sen s'oppose à la privatisation de l'Agence turque de l'électricité de Chypre (KIB-TEK) et voudrait en faire un organe autonome. Pour le syndicat, les politiques énergétiques devraient privilégier le savoir scientifique plutôt que les intérêts politiques et il réclame la promulgation d'urgence du projet de loi sur l'autonomie, en souffrance depuis des années au parlement.

KIB-TEK gère la production, le transport et la distribution de l'électricité à Chypre du Nord conformément à la législation en vigueur. Tous ses salariés sont membres d'El-Sen. D'autre part, l'opérateur privé Aksa Energy fournit environ la moitié de l'énergie utilisée dans la région mais n'a pas de représentation syndicale.

El-Sen a exprimé ses préoccupations devant la commercialisation de l'énergie, notamment l'importation par câble d'électricité de Turquie, évoquant les hausses de coût pour les consommateurs et la mauvaise gestion de KIB-TEK. Le syndicat critique les dirigeants politiques pour l'insuffisance des investissements dans les énergies renouvelables , essentielles pour l'avenir de la région.

À la conférence sur les politiques énergétiques durables et l'autonomie de gestion de l'énergie vues sous l'angle syndical, qui s'est tenue le 25 décembre à Nicosie, IndustriALL a réaffirmé son soutien à El-Sen.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"L'énergie est une nécessité de base et un bien public. Sa production et sa distribution doivent être régies par des politiques publiques soucieuses de l'intérêt public. Notre solidarité avec El-Sen reste forte."

Le président d'El-Sen, Ahmet Tuğcu, a souligné que :

"Le soutien d'IndustriALL renforce notre détermination dans ce combat."

À la suite de la grève générale du 26 décembre qui a paralysé le pays, le gouvernement a retiré les projets de lois contestés; une grande victoire pour les syndicats.   

 

Les métallos turcs résistent encore et toujours

Au début de mois de décembre dernier, Birlesik Metal-Is a appelé à la grève dans les entreprises GE Grid Solutions, Hitachi Electric, Schneider Electric, Arıtaş Kriyojenik (du groupe néerlandais Broadview) et Green Trafo (du groupe français Cahors), du secteur de la transformation et la production.

Un décret présidentiel du 13 décembre a interdit la grève dans les entreprises appartenant à la MESS (Association des employeurs de l’industrie des métaux) au nom de la sécurité nationale. IndustriALL Global Union et IndustriALL European Union ont condamné cette interdiction et appelé les employeurs à ne pas tirer profit de cette mesure antidémocratique.

Malgré les menaces de licenciement sans indemnités pour ceux qui participeraient à cette prétendue grève illégale, les travailleurs poursuivent leur action, affirmant leur droit fondamental de faire grève, et les effets se font déjà sentir.

Le 23 décembre, Birlesik Metal-Is a signé avec Hitachi et la MESS une nouvelle convention collective couvrant quatre sites de production de l’entreprise et qui prévoit une hausse des salaires moyenne de 60 pour cent après 20 jours de grève.

De même, le 6 janvier, le syndicat a encore signé, après 25 jours de grève, une autre convention collective avec Schneider Elektrik pour plusieurs sites, avec des hausses de salaires substantielles approuvées par la base.

Le 10 janvier, après 23 jours de grève, Birlesik Metal-Is a signé une convention collective avec Arıtaş Kriyojenik et la MESS. Cette victoire a mis fin aux grèves en cours dans trois entreprises membres de la MESS après approbation des membres du syndicat et à leur satisfaction. 

À la date du 9 janvier, les grèves en étaient au 28e jour chez GE Grid Solutions, au 16e jour chez Green Transfo et au 22e jour chez Arıtaş. Tandis que les grèves battent toujours leur plein, des négociations se poursuivent.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a passé le réveillon du Nouvel-An en compagnie des grévistes de Green Trafo, leur apportant un message de solidarité et les vœux de millions de membres des fédérations mondiale et européenne.

Entretemps, les membres de notre affilié Özçelik-Is poursuivent depuis plus de 200 jours la grève entamée le 20 juin de l’an dernier chez Yolbulan Metal, à Hatay, pour réclamer des salaires équitables face à une hausse effrénée du coût de la vie. Kemal Özkan était présent auprès du piquet de grève, affirmant avec force un message de solidarité internationale.

D’après les chiffres de l’Institut turc de statistique (TUIK), l’indice des prix à la consommation a progressé de 44,38 pour cent en 2024 et, selon le Groupe de recherche sur l’inflation (ENAG), qui rassemble des chercheurs indépendants, le taux d’inflation était de 83,40 pour cent en 2024.

Avec une telle inflation, les travailleurs turcs et leurs syndicats ne cessent de réclamer, à juste titre, le maintien du pouvoir d'achat par des hausses de salaires applicables par les mécanismes du salaire minimum et de la négociation collective.

"IndustriALL Europe soutient totalement les travailleurs turcs dans leur combat pour des salaires équitables et décents correspondant au taux d'inflation élevé que connaît le pays. L'interdiction de faire grève est une attaque contre les droits des travailleurs et nous ne cesserons de condamner tous les comportements antisyndicaux et antidémocratiques. Une attaque contre un de nous est une attaque contre tous,"

a déclaré Judith Kirton Darling, la secrétaire générale d'IndustriALL Europe.

"Nous resterons aux côtés de tous les grévistes jusqu'à la victoire,'

a dit Kemal Özkan pendant ses visites de solidarité.

"Nos camarades grévistes turcs ont le soutien inconditionnel de millions de travailleurs dans le monde entier dans leur lutte pour leurs droits, leurs intérêts et leur dignité,"

a ajouté Kemal.

Le forum des jeunes d’IndustriALL explore l’avenir du travail avec l’intelligence artificielle

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsusaki, a souligné l’importance de l’implication des jeunes, en déclarant :

“La participation active des jeunes est essentielle à l’élaboration de la politique d’IndustriALL en matière d’IA et à la construction d’une stratégie collective qui soit réactive et tournée vers l’avenir pour relever les défis et saisir les opportunités de l’IA”.

Le forum s’est ouvert sur l’impact de l’IA sur le monde du travail. Les participants ont exploré la manière dont l’IA remodèle les lieux de travail et ont examiné à la fois les risques et les avantages potentiels pour les travailleurs et travailleuses. Les débats ont mis en évidence que les systèmes d’IA pourraient permettre aux syndicats d’amplifier leur pouvoir, de renforcer la sécurité au travail et de stimuler la capacité de négociation grâce à l’analyse des données. Toutefois, les intervenants ont insisté sur deux points essentiels : les systèmes d’IA sont coûteux et leur mise en œuvre doit être motivée par un objectif précis.

“Avant de mettre en œuvre l’IA,”

a fait remarquer un orateur,

“vous devez vous demander : quel est l’objectif ? Sans un objectif clair, il y a un risque élevé de perte de temps et de ressources”.

L’impact de l’IA sur l’emploi est difficile à prévoir et varie en fonction de facteurs tels que l’économie d’un pays, la démographie de la main-d’œuvre et les stratégies de mise en œuvre. Sachant que l’IA excelle dans les tâches cognitives non routinières, rendant les emplois qualifiés de cols blancs particulièrement vulnérables, les femmes travailleuses sont confrontées à des risques supplémentaires. Les projections de l’Organisation internationale du travail (OIT) indiquent que les femmes sont concentrées de manière disproportionnée dans les fonctions administratives et de bureau, qui sont très sensibles à l’automatisation. En outre, la sous-représentation des femmes dans les domaines des STIM exacerbe l’inégalité entre les sexes dans une économie axée sur l’IA.

Le forum a souligné la nécessité urgente de combler le fossé numérique afin de garantir un accès équitable aux possibilités offertes par l’IA. Les participants ont plaidé en faveur de l’expansion de l’infrastructure numérique dans les pays du Sud et de son extension aux communautés rurales et marginalisées. Garantir l’accès aux équipements et mettre en œuvre des programmes d’alphabétisation numérique ont été identifiés comme des étapes cruciales pour donner aux jeunes travailleurs et travailleuses les moyens de s’épanouir dans le paysage numérique.

Il a été conseillé aux syndicalistes de ne pas se concentrer sur la maîtrise des compétences en programmation, mais de s’attacher à comprendre les objectifs des systèmes d’IA mis en œuvre par les employeurs. Cette analyse stratégique permet aux syndicats de négocier et de plaider efficacement en faveur d’une utilisation équitable et éthique de l’IA.

Les participants ont exploré les réglementations existantes en matière d’IA, avec des exemples de l’Union européenne et de l’État de l’Ontario au Canada. Le consensus s’est fait autour de l’intégration des nouvelles règles d’IA dans les cadres existants, en renforçant les protections établies plutôt qu’en créant des systèmes redondants. Cette approche permet d’en rationaliser la mise en œuvre tout en préservant les droits des travailleurs et travailleuses.

Les intervenants ont également encouragé les jeunes syndicalistes à s’engager dans des débats sociétaux plus larges sur l’éthique de l’IA, en notant que la collaboration avec d’autres mouvements sociaux pourrait conduire à des réponses plus exhaustives aux défis et aux problématiques éthiques liés à l’IA.

L’empreinte écologique de l’IA a également été au centre des préoccupations. La nature énergivore des centres de données et de l’infrastructure de l’IA soulève d’importantes préoccupations environnementales. Les participants ont appelé à ce que les syndicats mettent davantage l’accent sur la prise en compte de ces questions dans le cadre du programme plus large de lutte contre le changement climatique. La position unique qu’occupe IndustriALL au cœur des industries de la chaîne de valeur de l’IA offre une opportunité d’influencer des pratiques durables en matière d’IA.

Dorcas Norupiri, membre du groupe d’experts d’IndustriALL sur Industrie 4.0, a exhorté à une action délibérée pour construire une économie numérique inclusive :

“Nous devons prendre des mesures délibérées pour garantir l’égalité d’accès aux infrastructures, aux outils et aux ressources pour tous les jeunes, quelle que soit leur situation géographique”.

Le forum s’est conclu sur un engagement fort de doter les jeunes leaders des compétences et des connaissances nécessaires pour façonner la trajectoire de l’IA. Alors qu’IndustriALL continue à élaborer sa politique en matière d’IA, la participation active des jeunes reste essentielle pour concevoir une stratégie collective qui protège les droits des travailleurs et travailleuses tout en embrassant l’innovation.

Image 1 : Cet article est accompagné d’une image générée par l’IA et conçue pour refléter les thèmes du forum.

Nexperia Philippines licencie quatre responsables syndicaux

Le Syndicat des travailleurs de Nexperia Philippines Inc. est affilié à IndustriALL par l’intermédiaire de l’Alliance des métallurgistes des Philippines (MWAP). Après que le Syndicat des travailleurs de Nexperia Philippines a réussi à négocier le retour au travail des travailleuses licenciées en octobre, il a repris les négociations collectives avec l’employeur.

Mais hier, Nexperia Philippines a licencié quatre dirigeants syndicaux, les accusant d’avoir bloqué les points d’entrée et de sortie le 15 novembre. Cependant, les responsables du syndicat ne faisaient qu’informer les membres de l’état d’avancement des négociations collectives.

Selon le syndicat, cette action démontre la mauvaise foi de l’employeur dans les négociations d’une CCT et vise à affaiblir le syndicat. Le syndicat a fait l’objet de pratiques antisyndicales et de pratiques de travail déloyales tout au long de l’année et plusieurs préavis de grève ont été déposés pour des conflits en cours.

Julius Carandang, Secrétaire du MWAP, a déclaré :

“Les négociations pour une CCT, qui durent depuis près d’un an, ont exercé une pression considérable sur les travailleurs et travailleuses, aboutissant à une impasse qui les a contraints à déposer un préavis de grève. Cette démarche est une réponse claire à l’inaction de la direction face aux revendications raisonnables du syndicat pour de meilleures conditions de travail et des avantages sociaux adéquats.

L’appel de la MWAP à l’unité de tous les travailleurs, en particulier dans le secteur de l’électronique, est crucial pour démontrer une force collective contre toute forme d’exploitation. Le combat des travailleurs et travailleuses de Nexperia est aussi le combat de tous les travailleurs philippins qui s’efforcent d’obtenir un traitement humain, des salaires équitables et la sécurité d’emploi.”

Alexander Ivanou, Directeur pour l’industrie des TIC, de l’électricité et de l’électronique auprès d’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“IndustriALL condamne fermement le licenciement injuste des quatre dirigeants syndicaux, dont la Présidente du syndicat. Il s’agit d’une attaque flagrante contre les droits des travailleurs qui vise à saper le syndicat et ses efforts de négociation collective. Ces mesures de rétorsion confirment la mauvaise foi de l’entreprise et ses pratiques antisyndicales persistantes tout au long de 2024. Nous sommes solidaires du syndicat et appelons Nexperia à réintégrer immédiatement les dirigeants licenciés et à respecter les droits des travailleurs et travailleuses à un traitement équitable et à la négociation.”

Crédit photo : MWAP

Les FSI revendiquent des progrès en ce qui concerne le traité de l’ONU sur la responsabilité des entreprises

Le Groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme a été créé en 2014. Il a pour mandat d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant pour réglementer, dans le cadre de la législation internationale des droits de l’homme, les activités des sociétés transnationales et autres entreprises.

Le traité proposé, en discussion depuis près de dix ans, vise à combler les lacunes flagrantes du droit international en matière de droits de l’homme et à mettre fin à l’impunité des entreprises. Malgré son importance, les progrès sont au point mort. Le dixième cycle de négociations, initialement retardé, offre aujourd’hui une occasion cruciale d’aller de l’avant.

“Les travailleurs et travailleuses ne peuvent plus attendre. Un traité visant à responsabiliser les entreprises est essentiel pour garantir la justice, protéger les droits et rétablir l’équilibre dans l’économie mondiale”,

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Dans un effort commun, les fédérations syndicales internationales et les organisations de la société civile réitèrent la nécessité d’un processus transparent et inclusif qui donne la priorité au point de vue des travailleurs.

Les priorités des syndicats pour le traité sont les suivantes :

“Le dixième cycle de négociations en vue d’un traité contraignant des Nations unies se trouve à un stade critique. Nous avons besoin de règles internationales contraignantes en matière de justice pour les travailleurs et les travailleuses, ainsi qu’en matière d’obligation de rendre compte et de responsabilité pour les entreprises. Il est temps d’agir ensemble pour un traité fort”,

a déclaré Kemal Özkan.

Turquie : grève des métallurgistes à nouveau interdite

L’action syndicale, organisée par Birlesik Metal-Is (Syndicat uni des métallurgistes), a débuté le 4 décembre dans les usines Hitachi de Kartal, Tuzla, Dilovasi et Dudullu. Le 13 décembre, la grève s’est étendue aux usines de GE Grid Solutions, Hitachi Electric, Schneider Electric et Arıtaş. Environ 2.000 travailleurs et travailleuses, tous membres de Birlesik Metal-Is, y ont participé pour revendiquer des augmentations de salaire alignées sur l’inflation galopante qui prévaut en Turquie.

Les négociations avec la fédération des employeurs MESS ont été rompues après que la direction a proposé une augmentation de salaire de 40 %, une proposition jugée insuffisante, car elle laisserait les travailleurs et travailleuses en dessous du seuil de pauvreté. Le syndicat, quant à lui, revendiquait une augmentation de 125 % pour compenser les pertes salariales réelles et garantir un salaire vital à ses membres.

Le 13 décembre, le gouvernement turc a publié un décret reportant les grèves de 60 jours, invoquant des raisons de sécurité nationale. En vertu de la législation turque, lorsqu’une grève est reportée, les travailleurs et travailleuses ne peuvent pas reprendre leur action, car les conflits doivent alors faire l’objet d’un arbitrage obligatoire.

Le syndicat conteste fermement la légitimité de la justification avancée par le gouvernement. Les usines concernées produisent des transformateurs exclusivement destinés à l’exportation et ne présentent aucun risque perceptible pour la sécurité nationale. “Des usines de fabrication de transformateurs ne peuvent pas compromettre la sécurité nationale”, a déclaré un représentant du syndicat.

Selon le syndicat, la direction locale de l’entreprise a envoyé des messages aux travailleurs et travailleuses en grève leur demandant de reprendre le travail. Des forces de police auraient également été invitées sur les lieux afin d’effrayer les grévistes et de les dissuader de mener leurs actions. Les travailleurs et travailleuses en grève seraient également menacés de représailles sous forme de licenciements s’ils ne reprennent pas le travail.

Atle Høie et Judith Kirton-Darling, respectivement Secrétaire général d’IndustriALL Global Union et Secrétaire générale d’industriAll Europe, appellent les employeurs à respecter les droits des travailleurs et à s’abstenir d’appliquer l’interdiction.

“Il est évident que la législation est utilisée à mauvais escient pour saper le droit de grève en Turquie”.

Le courrier souligne les décisions antérieures de la Cour constitutionnelle turque et de l’Organisation internationale du travail (OIT) affirmant que le droit de grève est un droit du travail fondamental.

“C’est totalement inacceptable. Les travailleurs et travailleuses méritent des salaires justes et décents et le droit à la négociation collective doit être maintenu. Nous sommes aux côtés des travailleurs et travailleuses turcs et de leurs syndicats dans cette lutte.”

Photos : Syndicat uni des métallurgistes (Birleşik Metal İşçileri Sendikası)

Les sidérurgistes iraniens subissent des représailles pour avoir revendiqué des conditions de travail décentes

Une grève en décembre 2023 a été déclenchée du fait de l’entreprise qui avait suspendu 21 travailleurs et travailleuses et n’avait pas tenu ses promesses en matière d’égalité salariale et de classification des emplois. Les travailleurs ont revendiqué la réintégration de leurs collègues licenciés, l’alignement des salaires sur ceux des autres entreprises sidérurgiques et la mise en œuvre d’un plan de classification des emplois.

Bien que la direction se soit initialement engagée à répondre à ces revendications, peu de progrès ont été réalisés. Les tensions se sont aggravées en octobre, alors que quatre employés de longue date ont été licenciés pour avoir défendu les droits des travailleurs. Hosein Rezaee, 17 ans de service, Saeed Halvaei, 19 ans de service, Morteza Akbarian, 17 ans de service et Masoud Navaser, qui devait prendre sa retraite.

Les dirigeants syndicaux appellent à la solidarité pour obtenir la réintégration de tous les travailleurs licenciés, soulignant que leurs actions étaient une défense légitime des droits et des avantages des travailleurs et travailleuses.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Ces travailleurs sont visés en réponse à une action syndicale légitime. Le syndicalisme n’est pas un crime. IndustriALL soutient fermement la lutte pour la réintégration des travailleurs licenciés et demande instamment à NISC d’ouvrir sans délai le dialogue avec les travailleurs et de leurs représentants pour répondre à leurs revendications.”

Bangladesh : une augmentation annuelle de neuf pourcents n’est pas suffisante

Le salaire minimum a été révisé pour la dernière fois au Bangladesh en novembre 2023, lorsque le gouvernement a augmenté le salaire de base dans la confection de 8.000 takas (66 dollars) à 12.500 takas (104 dollars), avec une augmentation annuelle de cinq pourcents. Les syndicats, y compris les affiliés d’IndustriALL, avaient demandé un salaire minimum de 23.000 takas (190 dollars), avec une augmentation annuelle de 10 %, mais l’augmentation salariale finale était plus conforme à la proposition faite par les propriétaires des usines de confection. Cette situation a donné lieu à des manifestations massives à Dhaka, qui ont été accueillies par des actions policières brutales conduisant à l’assassinat de travailleurs et travailleuses et à l’ouverture de poursuites pénales à l’encontre de dirigeants syndicaux.

Nazma Akter, membre du Comité exécutif d’IndustriALL et Présidente de la fédération Sommilito Garments Sramik, a déclaré :

“Avec une inflation supérieure à 11 %, l’augmentation annuelle supplémentaire de 4 % est dérisoire. Les travailleuses et travailleurs du prêt-à-porter sont incapables de survivre étant donné l’absence de croissance réelle des salaires et l’augmentation du coût de la vie. Nous exhortons le gouvernement à mettre en place un nouveau Conseil du salaire minimum dès que possible et à réviser le salaire en tenant compte des besoins des travailleuses et travailleurs et à veiller à ce qu’ils reçoivent un salaire vital et non un salaire de misère.”

Avec ses affiliés, IndustriALL fait pression pour des négociations sectorielles juridiquement contraignantes afin d’améliorer les conditions de travail et les salaires dans le secteur. Grâce à la plateforme de dialogue entre les employeurs, les syndicats et les acheteurs dans le cadre de l’initiative Action, Collaboration, Transformation (ACT), IndustriALL développe une approche commune de la négociation collective, soutenue par des pratiques d’achat pertinentes des acheteurs mondiaux.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous pensons qu’il est nécessaire de construire un cadre mondial qui permette des négociations collectives au niveau du secteur afin d’améliorer les conditions de travail et les salaires et de veiller à ce que les pratiques d’achat des enseignes soutiennent directement les négociations collectives. C’est un moment unique pour les travailleurs et les employeurs du Bangladesh en vue de mettre en place une industrie du prêt-à-porter meilleure et plus juste et nous invitons les associations d’employeurs à travailler conjointement avec nous pour atteindre cet objectif.”

Crédit photo : OIT Asie-Pacifique Flickr

Les syndicats font pression pour une Transition juste dans le secteur du textile et de la confection

Brossant le tableau d’ensemble de cette industrie, qui emploie plus de 300 millions de travailleurs dans le monde, Christina Hajagos-Clausen, d’IndustriALL, a souligné les défis posés par le travail informel, une protection sociale inadéquate et les inégalités dans le dialogue social.

La pression croissante exercée sur les enseignes pour qu’elles intègrent les principes de l’économie circulaire aura un impact sur les emplois dans le secteur. Les participants d’Afrique du Sud se sont inquiétés de l’afflux de vêtements de seconde main qui perturbe les industries locales, soulignant la nécessité de stimuler le commerce intra-africain pour favoriser une croissance durable.

“Il n’y a pas de solution unique ; nous avons besoin de solutions sur mesure qui tiennent compte des disparités régionales et sectorielles. En tant que syndicats, nous devons nous assurer que nous jouons un rôle important et que nous avons une position politique forte”,

a déclaré Christina Hajagos-Clausen.

Armelle Seby, Directrice pour l’égalité des sexes d’IndustriALL, et Maike Niggemann, d’industriAll Europe, ont souligné l’absence de la notion d’égalité des sexes dans les plans de Transition juste existants, exhortant les syndicats à adopter une approche transformatrice de l’égalité des sexes, en s’attaquant aux inégalités systémiques telles que la ségrégation professionnelle et la disparité des rémunérations. Ce sujet sera développé plus avant dans un projet conjoint d’industriAll Europe et d’IndustriALL Global Union.

“L’accès aux programmes de requalification et d’amélioration des compétences doit être équitable. Nous avons besoin de quotas pour nous assurer que les femmes ne sont pas laissées pour compte au niveau des nouveaux emplois verts.”

IndustriAll Europe a présenté son travail avec les partenaires sociaux du secteur textile, la Commission européenne et l’OIT en vue d’une transition juste dans le secteur. Au niveau intersectoriel, industriAll Europe a élaboré un Manifeste pour la Transition Juste en consultation avec ses affiliés, appelant à un cadre juridique complet pour la Transition Juste avec des droits renforcés au dialogue social, ainsi qu’à la mise en place d’un Observatoire de la transition juste de l’UE. La possibilité de reprendre certaines de ces revendications pour élaborer un manuel mondial du secteur textile pour une Transition Juste a été évoquée.

Judith Kirton Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“La Transition juste, ça signifie « Rien sur nous, sans nous ». Les travailleurs et travailleuses doivent avoir les droits, les capacités et les ressources nécessaires pour anticiper et gérer le changement. Cela pose des défis majeurs dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du textile qui compte de nombreux travailleurs informels non syndiqués. Les enseignes mondiales doivent assumer leurs engagements à l’échelle mondiale et veiller à ce que la transition soit équitable tout au long de la chaîne d’approvisionnement.’’

Les syndicats belges ont remporté une victoire nationale après de nombreuses négociations : les entreprises de plus de 20 salariés sont désormais tenues de négocier des plans de formation annuels avec les syndicats. Les travailleurs et travailleuses bénéficient ainsi d’une formation adaptée aux besoins de la transition, un modèle qui pourrait être reproduit ailleurs.

S’agissant de la responsabilité des entreprises, les participants ont été unanimes à demander aux enseignes de rendre compte de leur rôle dans les difficultés du secteur. Le syndicat américain Workers United a souligné que les mesures volontaires sont insuffisantes et que des accords juridiquement contraignants sont nécessaires pour garantir que les marques contribuent aux fonds de protection des travailleurs.

La directrice du Centre pour une transition juste de la CSI, Giulia Laganà, est du même avis :

“Les entreprises, les gouvernements et les institutions multilatérales doivent agir pour assainir les chaînes de valeur et garantir une véritable durabilité sociale et environnementale.”

La SEWA, organisation indienne, a souligné la situation critique des travailleurs informels et des travailleuses à domicile, dont beaucoup ne bénéficient pas d’un salaire minimum ou d’une protection sociale, et a appelé les enseignes de stature mondiale à rendre des comptes en appelant à un cadre mondial qui fasse respecter les droits des travailleurs tout au long des chaînes d’approvisionnement.

Les participants bulgares ont souligné les opportunités et les défis potentiels de l’évolution vers une économie plus circulaire soulignant que les entreprises de recyclage prétendent faire partie de l’économie circulaire, mais que les travailleurs et travailleuses n’y sont pas syndiqués et qu’il n’y a pas de négociation collective. Un exemple clair pour la revendication que les nouveaux emplois “verts” soient des emplois décents avec des droits pour les travailleurs, notamment la liberté syndicale, qui doit être respectée. Les participants ont été encouragés à identifier les domaines de croissance comme le recyclage des textiles.

L’atelier s’est conclu par un consensus sur l’élaboration d’un document politique et d’une feuille de route pour les travailleurs et travailleuses du textile du monde entier, afin de les aider à s’orienter vers une production plus durable tout en garantissant une Transition juste pour tous. Le manifeste présentera les priorités syndicales, les solutions spécifiques au secteur et les outils pratiques pour parvenir à une Transition juste.

Illustration : usine de confection, Zimbabwe, septembre 2024