La Zambie ratifie la convention 190 pour mettre fin à la violence et au harcèlement au travail

Les organisations syndicales de Zambie affiliées à IndustriALL Global Union représentent des dizaines de milliers de travailleurs des secteurs de l'énergie, de l'ingénierie, de la mine, du ciment, de la chimie et des industries manufacturières où sont signalés des cas de violence et de harcèlement au travail.

D'après des rapports des Nations unies, une femme ou jeune-femme sur trois a subi de la violence physique en Zambie, et 17 pour cent de la violence sexuelle. Les rapports imputent cette situation à des inégalités de genre solidement ancrées et à des structures de pouvoir patriarcales que renforcent des normes sociales et culturelles. Ces pratiques nocives, dont la violence domestique, ont aussi cours sur les lieux de travail et font de la lutte contre la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG) un thème crucial pour les syndicats.

Les syndicats ont milité pour la ratification de la C190 en organisant des campagnes nationales en collaboration avec le Congrès des syndicats de Zambie (ZCTU) et en faisant pression sur le gouvernement par le biais du dialogue social.

Astridah Matau Phiri, la directrice en charge de l'éducation et la formation des travailleurs au Syndicat national des travailleurs du commerce et de l'industrie (NUCIW), a souligné le rôle des syndicats dans cette grande avancée :

"Il s'agit d'une grande conquête pour les syndicats zambiens. Nous n'avons cessé de faire campagne pour la ratification de la convention 190. Nous remercions aussi IndustriALL pour les outils de campagne qu'il a mis au point et qui nous ont permis de sensibiliser les travailleurs à l'importance de la convention."

Le NUCIW s'est rendu sur les lieux de travail, a distribué des tracts appelant à stopper la VHBG et a formé des délégués à la lutte contre les inégalités et la discrimination. Il a aussi insisté sur la nécessité d'instaurer une culture du lieu de travail qui respecte les droits des travailleurs, quelle que soit leur identité de genre.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, fait remarquer que la ratification n'est qu'un début : 

"Le bureau régional recommande aux syndicats zambiens de considérer que la ratification est importante mais que c'est un premier pas. En réalité, la difficulté est au niveau de la mise en œuvre. Il est essentiel de mettre en place des politiques du lieu de travail conformes à la recommandation 206 de l'OIT et d'intégrer la C190 dans la législation du travail nationale de sorte que les choses changent réellement dans le monde du travail."

IndustriALL Global Union continuera d'appuyer les syndicats zambiens dans leurs efforts pour que la convention se traduise par des protections tangibles pour les travailleurs.

Les affiliés d'IndustriALL en Zambie sont :

La ratification de la convention 190 par la Zambie est une étape dans la lutte contre la violence et le harcèlement au travail. Maintenant, les syndicats vont concentrer leurs efforts sur sa mise en œuvre et son application.

Renouvellement de l’accord-cadre mondial EDF avec des protections renforcées pour les travailleurs et travailleuses

L’accord, initialement signé en 2005 et renouvelé en 2018, a été mis à jour pour refléter les nouveaux défis et priorités, en particulier dans les domaines de la transformation numérique, de la durabilité environnementale et des droits au travail. Les négociations, qui se sont déroulées tout au long de l’année 2024, ont abouti à des avancées significatives pour le personnel d’EDF dans le monde entier.

Améliorations clés de l’accord 2025-2030 :

Dans le cadre de l’accord renouvelé, le Comité mondial de dialogue sur la responsabilité sociale et environnementale (CMDRSE) d’EDF se réunira en février 2025 pour élaborer une stratégie de mise en œuvre et veiller à ce que les engagements soient effectivement intégrés dans les politiques et les pratiques de l’entreprise dans le monde entier.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, s’est félicité du renouvellement de l’accord en déclarant :

“Cet accord marque une avancée significative pour les travailleurs et travailleuses d’EDF et de l’ensemble du secteur de l’énergie. Il renforce notre engagement collectif en faveur d’une Transition juste, en veillant à ce que les droits des travailleurs et travailleuses soient protégés au milieu de la transition vers une énergie durable. L’inclusion des politiques de transformation numérique et d’IA garantit que les travailleurs et travailleuses ne sont pas laissés pour compte alors que les nouvelles technologies remodèlent l’industrie. Nous continuerons à suivre de près la mise en œuvre de ces engagements dans le cadre de notre dialogue social permanent avec EDF.”

Crédit photo : Fourgon EDF dans un quartier résidentiel – Référence Shutterstock : 2291763809

Lutte contre les législations antisyndicales en Asie du Sud-Est

Les affiliés indonésiens d’IndustriALL ont combattu la loi omnibus depuis son annonce en octobre 2019. Grâce à des recours juridiques, la Cour constitutionnelle l’a jugée conditionnellement inconstitutionnelle, a fait droit à 21 des 71 requêtes des syndicats et a ordonné au gouvernement de promulguer une nouvelle loi dans un délai de deux ans.

Prihanani Boenadi, Coprésident du CE d’IndustriALL Asie-Pacifique et Chef du département international de la FSPMI, a déclaré :

“Les actions de solidarité internationale par le biais d’exposés d’experts devant la cour constitutionnelle ont été très utiles, car les juges ont pris ces positions au sérieux. Nous continuerons à plaider en faveur d’une législation du travail favorable aux syndicats avant que le gouvernement n’introduise la nouvelle loi d’ici deux ans.”

La disposition de la loi Omnibus relative aux travailleurs et travailleuses externalisés, qui autorise des contrats à durée indéterminée, a été annulée, mais la disposition similaire relative aux contrats à durée déterminée est restée inchangée dans le code du travail philippin.

Après que le Président de l’époque, Rodrigo Duterte, a opposé son veto au projet de loi sur la sécurité d’emploi en 2019, quatre nouveaux projets de loi ont été présentés au Congrès philippin pour interdire la contractualisation, permettre aux conseils tripartites de décider de l’externalisation et réglementer les sous-traitants disposant d’un capital d’au moins 10 millions de pesos philippins (178.571 dollars).

Paul Gajes, Responsable législatif du Congrès des syndicats des Philippines (TUCP) et Raymond Democrito C. Mendoza, Vice-président de la Chambre des représentants, ont déclaré qu’ils feraient pression en faveur du projet de loi sur la sécurité de l’emploi en utilisant les rapports de l’OIT et de la CSI sur les violations des droits des travailleurs, en tirant parti des accords commerciaux internationaux et en construisant des coalitions avec des syndicats au plan national et international.

En Thaïlande, la Confédération du travail industriel de Thaïlande (CILT) fait campagne pour la ratification des Conventions 87 et 98 de l’OIT depuis trois décennies. La Confédération a mis en place en 2023 un réseau de soutien aux Conventions 87 et 98 de l’OIT composé de 26 syndicats et autres organisations de travailleurs. Ce réseau a interpellé les représentants commerciaux de l’Union européenne et IndustriALL Europe à plusieurs reprises, revendiquant l’inclusion de la ratification des deux conventions de l’OIT dans les négociations de l’accord de libre-échange entre l’UE et la Thaïlande.

En revanche, la mise en œuvre en Malaisie de la législation amendée sur les syndicats en septembre 2024 signifie qu’il est maintenant possible d’y syndiquer les travailleurs et travailleuses de plusieurs secteurs et qu’il est autorisé d’avoir plusieurs syndicats qui se concurrencent démocratiquement. Le Conseil d’IndustriALL Malaisie et la Coalition pour la réforme du droit du travail se félicitent de cette plus grande liberté syndicale et s’engagent sur le chemin de la réforme, car de nombreuses dispositions du droit du travail sont encore jugées anti-syndicales.

Patuan Samosir, Directeur principal pour la syndicalisation et les projets de la CSI en Asie-Pacifique, a déclaré :

“Bien que des progrès significatifs ont été enregistrés dans certains domaines, les travailleurs et travailleuses continuent à faire face à des défis liés aux protections juridiques, aux conditions de travail et aux droits syndicaux. Le renforcement du droit du travail, la promotion des droits des travailleurs et l’autonomisation des syndicats seront essentiels pour améliorer la vie des travailleurs et travailleuses de la région.”

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Nous vivons une période de lutte des classes. Les attaques au plan mondial contre les Fédérations syndicales et les droits des travailleurs et travailleuses conduit à plus d’exploitation. Nous devons mobiliser les travailleurs et travailleuses pour soutenir les luttes contre les réformes antisyndicales dans les quatre pays concernés, soutenons-nous les uns les autres, en n’oubliant pas nos camarades qui luttent au Cambodge, au Myanmar et en Corée.”

Un affilié du Bangladesh signe un ACM avec Hop Lun

Avec cet accord, entré en vigueur en décembre 2024, le salaire de base augmente de 10 pour cent bien que le syndicat réclamait au départ 20 pour cent pour l'ensemble des salaires. La prime d'assiduité est passée de 800 takas (6,50 $) à 1.050 takas (8,50 $) et ne peut être déduite pour les congés acceptés. Une prime de jours fériés égale à la totalité du salaire de base sera versée aux travailleurs ayant au moins six mois d'ancienneté. 

Le syndicat a aussi obtenu la promotion d'au moins 100 travailleurs chaque année, dont au moins 80 pour cent de femmes qui auront droit aux prestations de maternité prévues par la loi, soit 122 jours de congé de maternité. Les femmes enceintes pourront passer gratuitement des écographies prises en charge par la direction et auront droit à des repas supplémentaires leur assurant 2.400 calories par jour. Jusqu'à l'âge de six ans, les enfants auront droit à des services de soins et de garderie, ainsi qu'à des repas équilibrés et des programmes de jeux.

L'accord comporte des dispositions en matière de droits des handicapés, de diversité de genre et d'égalité. La direction prendra des dispositions pour promouvoir la diversité de genre, avec des formations notamment. Les travailleuses et les femmes dans le besoin recevront gratuitement chaque mois deux paquets de serviettes hygiéniques ou de tampons réutilisables. En plus, le personnel recevra une formation sur la santé reproductive.

Nazma Akter, la présidente de la SGSF, qui siège aussi au comité exécutif d'IndustriALL, déclare :

"Cet accord fera date. Le syndicat a négocié et obtenu plusieurs dispositions progressistes, notamment des droits pour les personnes handicapées, l'égalité et la diversité de genre, ainsi qu'une Transition juste."

L'accord préconise aussi la création d'un comité permanent pour la Transition juste composé de représentants du syndicat et de la direction. Sa mission consistera notamment à formuler un code de bonne conduite et à discuter régulièrement de la question du changement climatique et des mesures nécessaires pour lutter contre son impact.

Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement, a déclaré :

"Nous félicitons le syndicat et les travailleurs de Hop Lun qui ont négocié avec succès un accord favorable aux travailleurs. IndustriALL soutiendra toujours ses affiliés dans leur combat pour les droits des travailleurs." 

Myanmar : la situation du travail forcé s’aggrave

Les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection sont contraints d’effectuer des heures supplémentaires sans compensation ni avantages, des objectifs de production excessifs étant fixés, les arriérés de salaires sont fréquents et des mineurs ont été embauchés illégalement. Les traitements dégradants, tels que les cris et les remarques insultantes, sont la norme en raison de l’absence de syndicats ; l’armée est appelée à réprimer les protestations si les employeurs doivent des salaires.

Selon Myanmar Labour News, les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection de la société Wonderful Apparel Co. recevaient un salaire journalier de 10,000 kyats (équivalent de 4,70 dollars) et devaient travailler toute la nuit. Dès lors qu’elles avaient refusé de faire des heures supplémentaires, 19 travailleuses ont été immédiatement licenciées. Les cotisations de sécurité sociale étaient déduites des salaires, mais les travailleuses ne bénéficiaient d’aucune couverture médicale. Lorsque 500 travailleurs de l’usine Charis Sculpture se sont mis en grève pour réclamer des salaires décents et le paiement des heures supplémentaires, treize d’entre eux ont été licenciés et deux ont été agressés à l’extérieur de l’usine.

La Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) s’est inquiétée des heures supplémentaires forcées, affirmant que les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection se voient assigner des objectifs déraisonnables et sont ensuite contraints de travailler plus longtemps au motif qu’ils ne sont pas en mesure de le faire pendant les heures de travail normales. Souvent, les responsables de l’usine crient sur les travailleurs et refusent d’organiser le transport de retour pour ceux et celles qui refusent de faire des heures supplémentaires. La CTUM affirme que les travailleurs ont perdu leurs droits légaux après le coup d’État ; les salaires seront déduits s’ils prennent des congés et seront licenciés après avoir pris un congé de trois jours.

La situation des travailleurs et travailleuses du secteur de la confection au Myanmar répond aux indicateurs de travail forcé de l’Organisation internationale du travail (OIT) : abus de vulnérabilité, tromperie, violence physique, intimidation et menaces, rétention de salaire et heures supplémentaires excessives. L’OIT a suspendu la participation de la junte militaire aux réunions de son organe directeur et a cessé toute assistance technique. Elle a également inscrit à l’ordre du jour de la 113e session de la Conférence internationale du travail en 2025 un point concernant les mesures à prendre en vertu de l’article 33 de la Constitution de l’OIT pour garantir le respect par le Myanmar des recommandations de sa commission d’enquête.

En novembre dernier, IndustriALL a déposé des plaintes contre trois grandes enseignes de confection, Next, New Yorker et LPP, auprès des Points de contact nationaux (PCN) de l’OCDE. Malgré les preuves accablantes des violations continues des droits des travailleurs et travailleuses sous la junte militaire du Myanmar, ces enseignes continuent de passer des commandes dans le pays, profitant de l’éradication des droits du travail et des droits de l’homme.

“Les enseignes qui restent au Myanmar bénéficient d’un environnement de peur, de travail forcé et d’exploitation. Il existe des rapports exhaustifs et circonstanciés sur les violations généralisées des droits des travailleurs et travailleuses et il n’y a pas de liberté syndicale dans le pays. La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme exige la participation des travailleurs et travailleuses et une vérification indépendante, ce qui est impossible sous le régime militaire,”

a déclaré à l’époque le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

En outre, la junte militaire a renforcé la surveillance des travailleurs et travailleuses migrants et s’enrichit de leur argent durement gagné. Le 5 décembre 2024, le Gouvernement d’unité nationale (GUN) a publié une déclaration pour demander au gouvernement thaïlandais de ne pas soutenir l’oppression des travailleurs et travailleuses du Myanmar en Thaïlande. Le GUN a déclaré que la junte militaire avait demandé au gouvernement thaïlandais de partager les informations personnelles et le paiement des impôts des travailleurs migrants du Myanmar avec la junte, les envois de fonds doivent être transmis aux banques désignées par la junte avec des taux de change fixes, ce qui doublera ou triplera le coût des envois de fonds aux dépens de ces travailleurs migrants.

La junte militaire continue de bombarder les villes et les villages sans discernement, provoquant un grand nombre de morts, d’énormes destructions et des déplacements de population à l’intérieur du pays. Depuis l’adoption de la loi sur la conscription, l’armée recherche et arrête activement des jeunes gens pour qu’ils rejoignent la guerre civile. Une directive a été publiée en novembre 2024 autorisant l’armée à rappeler les travailleurs et travailleuses migrants pour le service militaire par l’intermédiaire d’agences d’emploi.

“Pour le bien de millions de travailleurs et travailleuses du Myanmar, notamment les membres d’IndustriALL, qui vivent sous l’oppression de la junte militaire, nous réitérons notre appel aux enseignes internationales pour qu’elles se désengagent de leurs activités au Myanmar. Leurs entreprises se construisent là-bas sur base du travail forcé et du sang des travailleurs et travailleuses du pays. Les droits des travailleurs et travailleuses doivent être défendus et la démocratie rétablie au Myanmar,”

a martelé Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Les syndicats irakiens rejettent un projet de loi controversé

Une déclaration publiée par la CIFWU et l’ITUC le 15 janvier soulève des inquiétudes quant à l’incapacité de l’Irak à s’aligner sur les obligations internationales et à la remise en cause des droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses.

La CIFWU et l’ITUC ont également souligné des violations spécifiques des conventions 87 et 98 de l’OIT, qui garantissent la liberté syndicale et la négociation collective. Ces préoccupations ont été corroborées par le comité d’experts de l’OIT lors d’un examen en septembre 2024 à Genève, où le projet de loi a été critiqué en présence de représentants clés du parlement et de la société civile.

Les syndicats demandent instamment à la présidence du Conseil des représentants et à la commission juridique de retirer le projet et d’ordonner au ministère du travail d’élaborer une nouvelle proposition inclusive. Cette législation révisée devrait être élaborée dans le cadre d’un dialogue social et se conformer aux normes internationales, en garantissant la protection des droits et des libertés de tous les travailleurs.

L’action collective est essentielle, et la CIFWU et l’ITUC appellent les travailleurs et travailleuses de tous les secteurs à s’unir pour défendre leur droit à former des syndicats indépendants, un appel soutenu par IndustriALL.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“La liberté syndicale et la négociation collective sont des droits fondamentaux des travailleurs. Cela signifie sans équivoque que les travailleurs et travailleuses d’Irak ne devraient pas être soumis à des lois les empêchant d’adhérer au syndicat de leur choix ou de négocier leurs conditions de travail. IndustriALL appelle le gouvernement irakien et le parlement à réviser le projet de loi et à engager avec les syndicats un véritable dialogue pour parvenir à une proposition respectant les droits internationaux des travailleurs et travailleuses.”

Illustration : travailleurs et travailleuses manifestant à Basra en 2023.

Allégations de travail forcé à Kawaguchi, en Malaisie

En septembre 2024, Kawaguchi Manufacturing a fait l'objet, dans la presse et les médias, d'allégations confirmées ultérieurement par le ministère du Travail. Il s'agit notamment de vols de salaires, d'honoraires de recrutement, d'exploitation, de refus de congés, de conditions de vie déplorables, de refus de renouvellement de visa, de tactiques d'intimidation telles que les menaces de détention et de déportation et de la confiscation des passeports de migrants. Plus de 200 travailleurs migrants bangladais et malaisiens seraient victimes de ces violations de la législation du travail nationale, des normes internationales du travail et des droits de l'homme.

De grandes marques telles que Sony, Panasonic et Daikin, qui se fournissent auprès de cette entreprise, ont été priées de remédier à la situation de ces travailleurs. En cessant simplement de s'approvisionner chez Kawaguchi Manufacturing sans que les travailleurs concernés soient indemnisés ne ferait qu'aggraver leur sort en les privant d'un salaire et de perspectives d'avenir.

Pour Gopal Krishnam, le secrétaire du Conseil d'IndustriALL pour la Malaisie,

"Il s'agit de violations graves des droits des travailleurs et des droits de l'homme. Une démarche systémique du gouvernement s'impose d'urgence. Malgré une réforme, le code du travail malaisien comporte encore des failles. Il n'y a pas de sanctions pour les employeurs qui s'ingèrent dans l'organisation des travailleurs, pas d'accès au lieu de travail lorsqu'un employeur s'attaque aux syndicats, et pas de protection pour les travailleurs migrants souvent menacés de représailles s'ils votent pour un syndicat."

Alexander Ivanou, le directeur d'IndustriALL en charge du secteur, déclare :

"IndustriALL appelle Kawaguchi Manufacturing à respecter les normes internationales du travail et à des marques comme Panasonic, Sony et Daikin de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'exploitation dans leurs chaînes d'approvisionnement. Il faut des réparations complètes et immédiates pour les travailleurs affectés, avec le versement de tous les salaires dus et une indemnisation des souffrances morales causées par l'exploitation. Les marques qui se fournissent chez Kawaguchi doivent assumer la responsabilité de ce qui se passe dans leur chaîne d'approvisionnement et contribuer à l'indemnisation des travailleurs si l'employeur fait défaut.

"À la suite de signalements d'abus et de cas de travail forcé, en 2022, dans des usines fabriquant pour Dyson, le gouvernement malaisien a été prié de veiller au respect des normes du travail et de mettre en place des mécanismes de recours gérés par le personnel et qui permettront de signaler les abus et d'y remédier sans crainte de représailles. IndustriALL exhorte le gouvernement à créer un organe de réaction rapide pour venir en aide aux victimes et mettre en œuvre des politiques robustes pour combattre le travail forcé et l'exploitation en Malaisie."

Crédit photographique : andyjhall.org 

Les syndicats marocains protestent contre le projet de loi sur le droit de grève

Les syndicats s’opposent à l’absence de dialogue et aux mesures restrictives. La proposition de loi restreint la définition des grèves aux revendications spécifiques des travailleurs, excluant les protestations relatives au coût de la vie ou aux politiques gouvernementales. Elle pénalise les syndicats en cas de non-respect de ces dispositions, fait intervenir le pouvoir judiciaire dans les conflits du travail et impose le travail forcé en obligeant certaines personnes à travailler pendant les grèves, des mesures que les syndicats rejettent fermement.

En décembre de l’année dernière, la Chambre des représentants du Maroc a approuvé une révision de la loi sur le droit de grève par 124 voix pour et 41 contre. Le gouvernement a présenté ce projet de loi sur le droit de grève à la Chambre des représentants, où elle a été débattue et approuvée fin 2024 avant d’être transmise à la Chambre des conseillers. Les syndicats espèrent maintenant faire pression sur les conseillers et protester pour susciter un autre débat avant la finalisation.

Le 6 janvier, des débats houleux ont éclaté au sein de la commission de la Chambre des conseillers, les syndicats refusant de discuter du projet de loi sur le droit de grève et revendiquant la reprise des négociations, mais les pourparlers se sont terminés dans l’impasse.

La CDT a exhorté les travailleurs et travailleuses à rejoindre les manifestations contre l’attaque du gouvernement à l’égard des droits du travail, en particulier le droit de grève. Les marches à Souss Massa, Laayoune et Dakhla ont été bloquées par les forces de sécurité.

Les syndicats promettent de poursuivre les manifestations

La CDT a protesté contre l’approche clivante du projet de loi sur le droit de grève, accusant le gouvernement de l’avoir soumis au parlement sans consensus. Lors d’une réunion en janvier avec le ministre de l’inclusion économique, le syndicat a rejeté le projet comme étant anticonstitutionnel et contraire aux conventions internationales. Il a revendiqué des amendements complets, des négociations tripartites et la protection du droit de grève. La délégation a également demandé la reprise du cycle de dialogue social de septembre 2024, conformément à l’accord du gouvernement.

“La grève est un dernier recours mais parfois le seul outil dont disposent les travailleurs et travailleuses pour se protéger. IndustriALL n’assistera jamais en silence à une attaque à l’encontre de ce droit fondamental. Nous sommes solidaires des travailleurs et travailleuses marocains. Il est de leur droit de faire grève et de revendiquer de meilleures conditions de vie pour eux-mêmes et leurs familles et cela inclut évidemment le droit de faire grève contre des augmentations dramatiques du coût de la vie ou des politiques gouvernementales qui ont un impact direct sur eux,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Plaidoyer pour la protection sociale

Extrêmement mondialisés, employant des millions de personnes dans le monde, les secteurs du textile et de l'habillement produisent énormément d'emplois précaires dans les pays en développement. Il s'agit principalement de travailleurs sous-payés, en majorité des jeunes femmes et des migrants intérieurs, avec des contrats de courte durée.

Un changement s'impose, avec un besoin urgent d'une protection sociale pour les travailleurs de l'habillement. Le modèle ayant cours, dans lequel le licenciement est la seule forme de protection sociale, a conduit à des vols de salaires pendant la pandémie.

Par protection sociale, il faut entendre des mesures de protection inhérentes aux droits fondamentaux des travailleurs et sans lesquelles un lieu de travail robuste et plus équitable n'est pas possible.

Ces mesures consistent notamment en :

En 2022, le ministère de l'Emploi et du Travail du Bangladesh a lancé, en collaboration avec l'Organisation internationale du travail, le projet pilote d'un Régime d'indemnisation des accidents du travail couvrant les quatre millions de travailleurs de la confection du pays. Ce régime de protection sociale comporte des remboursements des soins médicaux et de la réadaptation, et il indemnise les pertes de rémunération résultant de lésions et maladies professionnelles.

Pour Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement :

"Les syndicats, les gouvernements et les marques ont tous un grand rôle à jouer dans l'offre de protection sociale. Que ce soit pour la garantie de rémunérations équitables et de conditions de travail sûres ou pour l'instauration d'une durabilité longue, l'action collective est la clé du progrès."

Lutter pour les droits des travailleurs migrants dans un contexte d’essor industriel

L’île Maurice a connu une véritable révolution industrielle dans le secteur du textile, un domaine qui “a été le fer de lance de la transformation structurelle de l’économie mauricienne”, selon Shayn Ishwaren, représentant du syndicat CTSP-SINNASSAMY. Ce secteur est un moteur économique majeur, suscitant d’importants investissements directs étrangers, créant de nombreux emplois et positionnant l’île Maurice comme un exportateur clé vers des marchés majeurs tels que les États-Unis, l’Europe et l’Afrique du Sud.

Cependant, sous cette apparence brillante se cache une dure réalité à laquelle sont confrontés les travailleurs et travailleuses migrants, qui souffrent souvent de pratiques discriminatoires et d’inégalités de traitement.

“Nous avons constaté que de plus en plus de travailleurs et travailleuses souffrent de législations discriminatoires,”

explique Ishwaren, en soulignant la situation critique de ces travailleurs et travailleuses, en particulier les femmes, dans le secteur textile.

Les changements démographiques sur l’île Maurice ont exacerbé la situation. La jeunesse locale émigrant à l’étranger à la recherche de meilleures opportunités, la pénurie de main-d’œuvre qui en résulte est comblée par les migrants qui, bien que cruciaux, sont souvent vulnérables face aux politiques nationales.

“Cette situation a créé une pénurie de travailleurs sur le site l’île Maurice et pour combler ce vide, le gouvernement mauricien encourage l’afflux de travailleurs et travailleuses migrants,”

note Ishwaren, en soulignant la crise démographique qui alimente cette dépendance à l’égard de la main-d’œuvre immigrée.

Face à ces défis, la CTSP a réussi à donner de l’espoir face à un problème qui semblait insurmontable. Il a mis en œuvre des stratégies innovantes pour soutenir ces travailleurs, en commençant par l’adhésion gratuite à un syndicat pour tous les travailleurs et travailleuses en sous-traitance, migrants et précaires.

“Ce qui se passe, c’est que nous avons construit une chaîne de solidarité solide qui est mise en œuvre par les travailleurs et travailleuses locaux lorsqu’ils cotisent à notre syndicat,”

indique Ishwaren, en insistant sur l’effort collectif pour élever chaque travailleur et travailleuse.

Les barrières linguistiques et les arcanes juridiques compliquent encore la vie des travailleurs et travailleuses migrants. La CTSP lutte contre ces difficultés en veillant à ce que les migrants aient accès à des informations et à un soutien essentiels. “Lorsque j’accueille un travailleur migrant, je finis toujours par lui dire de retourner dans son dortoir, de retourner à l’usine pour y faire passer le message”, explique Ishwaren, illustrant ainsi l’approche locale adoptée par le syndicat pour éduquer et émanciper les travailleurs.

Ces dernières années, la CTSP a également remporté d’importantes victoires législatives qui protègent les droits des travailleurs et travailleuses migrants.

“Nous avions une simple formulation dans la législation qui a créé de gros obstacles pour les travailleurs et travailleuses migrants. Nous avons fait pression pour que la législation soit modifiée afin d’ajouter la relation employeur-employé. C’est ce qui a fait toute la différence”.

Ishwaren est fier d’évoquer l’impact transformateur de son action de plaidoyer.

En outre, la position proactive du syndicat contre l’expulsion injuste des travailleurs et travailleuses et ses efforts pour établir le Centre de ressources pour les migrants (MRC) avec le soutien d’ASOS, Antislavery international et IndustriALL, soulignent un soutien complet. Le MRC est un lieu sûr où les migrants peuvent trouver de l’aide et des informations, à l’abri des menaces de violence et de discrimination.

Shayn Ishwaren lors d’une manifestation à l’île Maurice pour faire arrêter le génocide en Palestine. Crédit photo : CTSP

Les efforts de la CTSP sur l’île Maurice mettent en lumière un puissant message de résilience et de solidarité face à des défis systémiques. Grâce à un plaidoyer persistant, à des victoires législatives et à une mobilisation de la base, le syndicat ne protège pas seulement les travailleurs et travailleuses migrants qui contribuent à soutenir l’un des principaux secteurs économiques du pays, mais il leur donne également les moyens d’agir. Alors que l’île Maurice continue d’évoluer, le rôle de la CTSP reste crucial pour garantir le respect des droits et de la dignité de chaque travailleur et de chaque travailleuse, ouvrant ainsi la voie à un contexte plus inclusif et plus équitable.