Un employeur thaï continue de violer les droits des travailleurs dans le cadre d'un programme suisse

Suivant cet accord, la Suisse soutient des investissements pour la neutralité carbone en Thaïlande et, en retour, elle reçoit des crédits carbone. Les engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris doivent répondre aux critères d'une transition juste, c’est-à-dire offrir des emplois décents et des conditions de travail équitables.

Or, ce n'est pas le cas chez Absolute Assembly à Bangkok, où les travailleurs sont confrontés à des manœuvres antisyndicales. La direction refuse de négocier collectivement avec le syndicat EMUT, elle s'ingère dans ses affaires, notamment en prétendant à tort que deux de ses dirigeants ne peuvent exercer ces fonctions parce qu'ils ont des postes d'encadrement, et elle a licencié deux responsables syndicaux.

L'an dernier déjà, IndustriALL avait signalé ces attaques antisyndicales et des violations des droits des travailleurs au gouvernement suisse et l'avait exhorté à intervenir conformément aux engagements qu'il a pris par l'Accord de Paris, et conformément à la grande importance que la Suisse accorde à "la promotion, le respect et la réalisation des principes fondamentaux au travail et elle attend du secteur privé qu'il respecte les droits de l'homme en Suisse comme à l'étranger."

Tout cela en vain. Absolute Assembly est loin de respecter les droits des travailleurs. Même après que le Comité des relations au travail, une instance tripartite dépendant du ministère du Travail, ait conclu que l'entreprise viole la Loi sur les relations au travail et ordonné la réintégration des responsables syndicaux, la direction ne les a pas autorisés à reprendre le travail. Mais, après une bataille juridique de plus d'un an, les travailleurs, épuisés financièrement, ont accepté un arrangement.

"Absolute Assembly fait tout pour détruire le syndicat. Elle refuse de le reconnaître et ignore les demandes légitimes des travailleurs s'agissant des salaires, des prestations, avantages et primes,"

déclare Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL.

"Il est maintenant plus urgent que jamais que le gouvernement suisse et la Fondation Klik qui gère le projet interviennent sans délai et assument leurs responsabilités devant ces violations graves des droits syndicaux."

L'engagement de la Suisse dans l'Accord de Paris

"En tant que signataire de l'Accord de Paris, la Suisse s'est engagée à réduire, d'ici 2030, ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 50 % par rapport à ses niveaux de 1990. Le pays a l'intention de les réduire de 12,5 % en finançant des activités d'atténuation du changement climatique à l'étranger.

L'article 6 du Traité de Paris prévoit que les parties peuvent coopérer pour relever le niveau d'ambition en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La coopération bilatérale faisant l'objet de cet article exige un accord bilatéral de protection du climat énonçant des mesures contraignantes pour appliquer concrètement l'Accord de Paris."

L'Accord de Paris

Article 6.4 Mécanisme | CCNUCC 

L'article 6 de l'Accord de Paris énonce trois démarches des Parties pour coopérer volontairement à leurs objectifs de réduction des émissions et d'adaptation définis dans leurs plans nationaux d'action climatique aux termes de l'Accord de Paris (Contributions déterminées au niveau national, CDN). Une de ces démarches relève du Mécanisme de l'article 6.4, un mécanisme "pour contribuer à l'atténuation des gaz à effet de serre et promouvoir le développement durable" (Accord de Paris, Article 6, paragraphe 4).

À sa troisième réunion, à Glasgow, La Conférence des Parties, agissant en tant que réunion des parties à l'Accord de Paris (CMA) a adopté la Décision 3/CMA.3 édictant les règles, modalités et procédures du mécanisme institué par l'article 6, paragraphe 4 de l'Accord de Paris ("le Mécanisme"). Par cet accord, une entreprise d'un pays peut réduire les émissions dans ce pays et porter ces réductions à son crédit, de telle sorte qu'elle peut les vendre à une autre entreprise dans un autre pays. Cette deuxième entreprise peut alors s'en servir pour répondre à ses propres obligations de réduction des émissions ou l'aider à atteindre le net zéro."

Fondation KLIK

La Fondation pour la protection du climat et la compensation du CO2 remplit l'obligation légale des importateurs suisses de carburant qui agit dans le cadre de la loi sur le CO2 pour compenser en partie les émissions de carbone produites par le secteur du transport en Suisse. Pour ce faire, la Fondation Klik soutient des activités d'atténuation au titre de l'article 6 du Traité de Paris en Thaïlande et dans d'autres pays ayant signé un accord bilatéral de protection du climat avec la Suisse. Ce soutien financier prend la forme d'un rachat de Résultats d'atténuation transférés au niveau international (ITMO) ainsi obtenus par ces activités. Ils devraient représenter 20 millions de tonnes de CO2  pour la période 2022-2030.

Photo : La circulation à Bangkok, Flickr 

Grève pour les droits chez As Plastik en Turquie

Selon Petrol-İş, depuis que le syndicat a obtenu le droit de représenter les travailleurs d’As Plastik en 2022, l’employeur s’est livré à des pratiques antisyndicales. Ce cas est un nouvel exemple des défis permanents auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses en Turquie, où l’antisyndicalisme et la résistance des employeurs à la négociation collective restent très répandus. Le droit du travail turc et les Conventions 87 et 98 de l’OIT, toutes deux ratifiées par la Turquie, garantissent aux travailleurs le droit de se syndiquer et de négocier collectivement. Toutefois, en l’absence de mise en œuvre de ces instruments, de nombreux travailleurs continuent d’être exploités et de faire l’objet de licenciements abusifs.

Face au refus de l’employeur de prendre en compte les revendications du syndicat, les membres de Petrol-İş’ chez As Plastik se sont mis en grève à la fin du mois de septembre. Les revendications du syndicat sont claires : réintégrer les membres licenciés illégalement, relancer les négociations collectives et rétablir la paix sociale dans l’usine.

Dans un courrier adressé à As Plastik, IndustriALL appuie les revendications de Petrol-İş et avertit As Plastik que si elle ne remédie pas à ces violations, IndustriALL pourrait inviter les principaux clients de l’entreprise à faire preuve de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme et de droits des travailleurs.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Licencier des travailleurs pour avoir exercé leur droit légitime d’adhérer à un syndicat est illégal et inacceptable. As Plastik doit immédiatement revenir sur ces licenciements et collaborer de bonne foi avec le syndicat pour rétablir la paix sociale”.

Le réseau syndical d’IndustriALL pour Klabin et Suzano met en lumière des violations de droits de l’homme

Persécution et harcèlement antisyndical, mobilisations de travailleurs réprimées par la police militaire, travailleurs gravement blessés au travail, recours fréquent à des contrats de travail temporaires externalisés, une culture de mise en question des victimes, graves problèmes de santé et de sécurité, y compris de santé mentale, non-respect du principe “à travail égal, salaire égal”, impossibilité pour les syndicats d’accéder au lieu de travail, et la liste n’est pas exhaustive.

La réunion a relevé la grève des travailleurs et travailleuses d’une entreprise de Bahía qui fournit des services à Suzano et a adopté une résolution de solidarité pour soutenir les revendications concernant leurs salaires et conditions de travail.

Le groupement syndical des travailleurs du papier a invité des dirigeants syndicaux des activités de plantation de ces entreprises et assurera également la coordination avec les travailleurs des autres secteurs d’activité de l’entreprise, y compris la logistique.

Bob De Paula Cruz, Directeur du secteur du papier de la CUT São Paulo, a déclaré :

“Cette rencontre est une étape majeure dans notre effort à long terme pour promouvoir la dignité des travailleurs et travailleuses dans ces deux entreprises importantes. Nous sommes déterminés à y parvenir et nous resterons unis jusqu’à ce que nous atteignions nos objectifs”.

Le réseau sera coordonné par deux dirigeants syndicaux du secteur du papier au Brésil, Marcio Cruz Da Paula (Bob), représentant la CUT, et Jose Roberto Vieira da Silva (Betinho), représentant Força Sindical.

Le réseau a analysé les questions prioritaires, notamment l’autonomisation des femmes et la recherche de moyens d’accroître la participation des femmes à la direction des syndicats dans les entreprises, ainsi que des questions telles que le manque d’équipements de production adaptés aux femmes, la santé et la sécurité ainsi que les défis communs liés au développement des relations sociales sur l’ensemble des sites d’activité.

Le Directeur du secteur du papier d’IndustriALL, Tom Grinter, a déclaré :

“Ceci représente la solidarité internationale en action. Le soutien de notre affilié belge CSC-BIE, ainsi que l’engagement et la stratégie des syndicats brésiliens du papier renforcent notre réseau syndical. Nous cherchons à interpeller les deux entreprises et à créer un espace de reconnaissance du réseau syndical par les employeurs, afin de trouver des solutions aux plaintes prioritaires exprimées par nos membres.”

Lancement du forum africain sur la syndicalisation et la négociation collective au Rwanda

Ce forum a rassemblé plus de 80 syndicalistes de 28 pays africains, plus de 50 pour cent des 55 États membres de l’Union africaine, avec quelques participants venus de Belgique, de Turquie et d’Irlande. Parmi les participants figuraient des affiliés des organisateurs de la conférence, de la CSI-Afrique, de la CSI, des organisations syndicales régionales et des fédérations syndicales internationales, à savoir l’IBB Afrique et Moyen-Orient, UNI Afrique et IndustriALL Afrique subsaharienne. Le forum a été accueilli par la Centrale des Syndicats des Travailleurs du Rwanda (CESTRAR), la centrale syndicale rwandaise.

Le thème du forum, “Syndicalisation et négociation collective : collaborer pour améliorer la défense et la protection des droits des travailleurs et la régénération syndicale”, a trouvé un écho dans les débats. Les questions abordées portaient notamment sur la nécessité impérieuse de renforcer le pouvoir syndical et l’unité des travailleurs africains par le biais de la syndicalisation et de la négociation collective. En outre, il a été estimé que les syndicats pourraient également renforcer leur pouvoir en coopérant avec les organisations de la société civile.

Ce forum est le résultat de l’engagement des fédérations syndicales internationales à travailler en étroite collaboration pour résoudre les problèmes des travailleurs sur le continent.

Le forum a mis en évidence plusieurs obstacles auxquels sont confrontés les syndicats africains et qui affaiblissent leur pouvoir de négociation, ainsi que les moyens de les surmonter. Parmi ces obstacles figurent le faible taux de syndicalisation et la fragmentation dans la plupart des secteurs. Il existe également une concurrence entre les syndicats, car différents syndicats recrutent auprès des mêmes travailleurs. Il a été recommandé aux syndicats de se concentrer sur les travailleurs non syndiqués. Les stratégies visant à impliquer l’économie informelle, où la plupart des travailleurs et travailleuses du continent gagnent leur vie, sont également insuffisantes.

En ce qui concerne le travail précaire, il a été constaté que l’augmentation du travail informel et de plateforme, caractérisé par des contrats à court terme, la précarisation, les bas salaires ainsi que l’absence de protection sociale, a érodé la sécurité de l’emploi.

Le forum s’est inquiété de la sous-représentation des jeunes et des femmes dans les activités syndicales, constituant pourtant une part importante de la main-d’œuvre. Bien qu’il y ait une forte population de jeunes en Afrique, avec plus de 60 à 70 pour cent de moins de 35 ans, il a été relevé que les syndicats ne semblaient pas avoir de stratégies appropriées pour recruter les jeunes travailleurs.

Le recours aux actions judiciaires pour opprimer les travailleurs par le biais du dénigrement des syndicats, qui est courante dans des pays comme Madagascar, le Swaziland et le Zimbabwe, a été identifié comme une menace pour la syndicalisation, car il limite l’action collective, en particulier le droit de grève et les piquets de grève. Il a été indiqué que certains gouvernements africains étaient réticents à ratifier et à mettre en œuvre les conventions internationales du travail.

Akhator Joel Odigie, Secrétaire général de la CSI-Afrique, a déclaré :

“La décolonisation reste un projet inachevé, les systèmes politiques, économiques et environnementaux ne répondant pas aux aspirations des travailleurs africains. Cela signifie qu’une stratégie visant à construire un mouvement syndical fort par le biais de la technologie est nécessaire”.

“Face à des défis sans précédent tels que les guerres insensées, les attaques contre le niveau de vie et l’insécurité de l’emploi, les syndicats doivent s’unir et utiliser les médias sociaux comme outil de recrutement”,

a souligné Keith Jacobs, Secrétaire régional d’UNI Afrique.

Rose Omamo, Vice-présidente de la CSI-Afrique et Vice-présidente d’IndustriALL a ajouté :

“Des stratégies de syndicalisation novatrices qui soulignent la nécessité pour les syndicats d’adopter de nouvelles méthodes, telles que la syndicalisation tout au long des chaînes d’approvisionnement et la négociation pour les travailleurs et travailleuses de l’économie de plateforme, sont essentielles. En outre, les syndicats doivent développer une gouvernance démocratique interne tout en donnant la priorité à l’inclusion, en particulier pour les femmes, les jeunes et les travailleurs migrants”.

Le forum s’est engagé à mettre l’accent sur l’éducation des travailleurs, la formation aux négociations collectives, la promotion de l’unité des travailleurs et l’élaboration de stratégies visant à syndiquer les travailleurs informels et ceux des plates-formes. Des stratégies seront également élaborées pour les jeunes travailleurs et les femmes dans le cadre du plan d’action du forum.

Les travailleurs des matériaux de construction obtiennent des avancées majeures pour le travail décent et la transition juste

IndustriALL Global Union, accompagnée de l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), avec leurs affiliés, et avec le soutien de la Confédération syndicale internationale, d'IndustriALL European Trade Union et de la Fédération européenne des travailleurs et du bois, emmenait la délégation du groupe des travailleurs à la réunion tripartite qui s'est tenue à l'Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, du 23 au 27 septembre, pour adopter des conclusions et des recommandations en vue d'une action future dans le but de remodeler cette importante industrie.

D'après les calculs de l'OIT, le secteur fournit des emplois à plus de 50,35 millions de travailleurs et représente jusqu'à 5,4 pour cent du PIB mondial. Cette réunion était la première d'une série pour le secteur, et elle a mis en lumière l'importance d'agir pour assurer une transition juste et des emplois décents aux travailleurs tout en répondant à la nécessité de la décarbonation pour un avenir environnementalement durable.

Le groupe des travailleurs a pu obtenir des engagements majeurs. Il s'agit notamment d'une reconnaissance du fait qu'un dialogue social fondé sur le respect de la liberté syndicale et du droit de négocier collectivement est indispensable à la mise en place de politiques qui promeuvent le travail décent et soutiennent une transition juste dans l'industrie. Cela suppose une collaboration entre les employeurs et les organisations syndicales dans l'élaboration de plans pour une transition juste, tant au niveau du secteur qu'à celui de l'entreprise.

Les gouvernements sont instamment invités à veiller à ce que les entreprises, dont les multinationales, respectent les droits humains et les droits au travail et que les règles régissant les marchés publics imposent strictement la protection des travailleurs, comme par exemple la santé et la sécurité au travail.

Il faut ajouter à cela l'importance des stratégies pour le perfectionnement des compétences et l'apprentissage tout au long de la vie, avec les stages, pour aider les travailleurs comme les entreprises à s'adapter aux changements dans l'industrie. Les conclusions et les recommandations insistent sur la nécessité d'un accès universel à des systèmes de protection sociale complets, en particulier pour les travailleurs migrants et ceux affectés par le changement climatique et le passage à des économies vertes. Un autre effort dont la nécessité est reconnue est celui de s'attaquer aux risques professionnels, parmi lesquels l'exposition à des substances nocives et les lésions résultant du travail manuel.

Les participants ont chargé l'OIT de plusieurs initiatives, dont l'élaboration de principes directeurs pour promouvoir le travail décent, la réalisation d'évaluations du marché du travail spécifiques à l'industrie et le renforcement du dialogue social. L'OIT contribuera aussi à l'identification et à la gestion des maladies professionnelles liées aux nouveaux matériaux et elle collaborera à des mesures d'élimination des risques. Elle organisera aussi des projets de développement et des réunions régionales pour traiter des questions relatives au travail dans l'industrie des matériaux de construction à la lumière des principes directeurs et des normes internationales du travail.

Pierre Cuppens, secrétaire général du syndicat belge CSC Bâtiment-Industrie & Énergie (CSCBIE), présidait la délégation du groupe des travailleurs, composée de dirigeants syndicaux et d'experts d'affiliés d'IndustriALL et de l'IBB d'Afrique du Sud, d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique, du Brésil, du Canada, des États-Unis, de Géorgie, du Honduras, d'Inde, d'Indonésie, du Liban, de Maurice, du Royaume-Uni et du Zimbabwe.

"Ce fut une semaine de négociations acharnées et de dialogue franc. Nous sommes fiers de ce que nous avons réalisé. Par la collaboration avec les représentants des travailleurs, cet accord prévoit un dialogue social à tous les niveaux, traite des risques pour la santé et la sécurité, soutient des plans pour une transition juste, élabore des stratégies de compétences et préconise des systèmes de protection sociale durables pour tous,"

a déclaré Pierre Cuppens.

La secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christine Olivier a ajouté :

"Cet accord qui fera date est un engagement partagé pour une croissance responsable. Le secteur est maintenant en mesure de bâtir non seulement des infrastructures mais aussi un monde plus juste et durable pour nos membres et leurs familles. Il est de notre devoir, en tant que représentants des travailleurs, de toujours faire en sorte que les travailleurs ne soient pas laissés de côté dans les transitions."

Photo: © Alioune Ndiaye / ILO.

Les syndicats argentins condamnent les réformes du travail de Milei

Au cours des derniers mois, les affiliés argentins d’IndustriALL ont organisé plusieurs marches et autres campagnes pour protester contre la nouvelle loi, avertissant que les réformes affecteront les travailleurs et travailleuses dans tous les secteurs de la société. Ils ont exprimé leurs regrets lorsque la réforme a finalement été adoptée en juin, considérant qu’il s’agissait d’un pas en arrière pour les droits des travailleurs.

Les nouvelles réglementations réforment le droit du travail du pays. Elles introduisent, par exemple, de nouveaux fonds d’indemnités de licenciement qui remplacent le système établi par la législation précédente et négocié dans le cadre des conventions collectives. Les employeurs et les travailleurs ont désormais la possibilité de remplacer les indemnités de licenciement par ce nouveau système.

Le règlement précise que l’objectif du nouveau système est de “remédier à l’incertitude et aux coûts élevés liés aux licenciements et aux indemnités de départ en République argentine”, “d’assurer une plus grande stabilité dans les relations de travail” et “de promouvoir la compétitivité des entreprises et la stabilité de l’emploi”.

Ce fonds sera mis à la disposition des employeurs et des travailleurs en remplacement de l’indemnité de licenciement fondée sur l’ancienneté prévue par le droit des contrats de travail, ainsi que de toute autre indemnité calculée sur la base de cette indemnité.

La fédération syndicale argentine CTA a condamné cette réforme au motif que le nouveau système pouvant remplacer toute indemnité connexe, il pourrait être utilisé dans presque tous les types de licenciements, ce qui, selon elle, pourrait conduire à ce que la réforme soit jugée inconstitutionnelle.

La CTA a dénoncé le fait que, si les parties sont d’accord, le nouveau système peut être appliqué aux relations de travail qui ont débuté avant l’entrée en vigueur du système. Elle n’est pas non plus d’accord pour que l’indemnisation des travailleurs soit gérée par le biais de fonds mutuels de licenciement ouverts et gérés par des institutions financières à des fins lucratives, car cela signifie que les travailleurs n’ont aucune garantie en cas de liquidation des fonds pour des questions financières ou autres raisons externes.

Les syndicats ont critiqué cette réglementation parce qu’elle renforce la catégorie des “travailleurs indépendants”, qui peuvent être occupés avec un maximum de trois autres “collaborateurs” indépendants sans qu’il soit nécessaire d’établir une relation de travail. Les syndicats considèrent qu’il s’agit là d’un moyen de dissimuler des relations de travail afin d’éviter de devoir payer les indemnités correspondantes.

Après une réunion conjointe de leurs comités nationaux, la CTA et la CTA A ont confirmé qu’elles renforceraient leurs liens afin de lutter contre les réformes du gouvernement Milei qui portent atteinte aux droits des travailleurs. Elles ont fermement condamné la loi dite omnibus et les réformes et réglementations du travail qui y sont liées, qui “accordent un pouvoir absolu aux entreprises et aux emplois dépourvus de droits pour les travailleurs”.

Depuis le mois de mai, le Comité exécutif régional d’IndustriALL a travaillé sur un plan d’action syndical en réponse aux attaques permanentes du gouvernement Milei contre les travailleurs et travailleuses d’Argentine. Il a également publié une déclaration condamnant les réformes proposées par le gouvernement Milei pour promouvoir la désindustrialisation du pays, déréglementer l’économie, réduire la taille de l’État et son intervention et revenir sur des centaines de lois qui protègent les droits individuels et collectifs des travailleurs.

Voici ce qu’a déclaré Cristian Alejandro Valerio, Secrétaire régional adjoint d’IndustriALL :

“Tous les travailleurs argentins doivent s’unir contre les assauts du gouvernement Milei et de ses commanditaires locaux et internationaux. Par l’intermédiaire de leurs représentants syndicaux, les travailleurs et travailleuses doivent élaborer des stratégies pour tenter de compenser ou de limiter l’impact de ces mesures et empêcher d’autres attaques, plus profondes, contre le droit du travail argentin.”

Un an de grève pour une convention équitable chez Caterpillar Mexico

Les travailleurs du SNITIS, aussi connus sous l'appellation Mouvement 20/32, sont entrés en grève le 22 septembre de l'an dernier après avoir épuisé toutes les voies de conciliation collective prévues par la législation mexicaine sans obtenir un accord qui réponde à leurs attentes.

Un an plus tard, le SNITIS est toujours en grève parce qu'il n'y a pas eu de véritable négociation avec Caterpillar pour trouver une réponse à l'ensemble des revendications des travailleurs. Les travailleurs se sont mis en grève pour réclamer le respect de leurs droits syndicaux après le licenciement abusif d'un leader syndical, Victor Manuel Vergara, qui a été réintégré depuis sous la pression publique.

Pour le SNITIS, juge que Caterpillar veut le briser et soumet ses adhérents à des discriminations. Le syndicat accuse la direction de recourir à des tactiques telles que l'intimidation, les représailles et l'exclusion des membres du syndicat, autant de violations des normes internationales du travail et du droit du travail mexicain. D'après le syndicat toujours, ces tactiques sont utilisées pour affaiblir la force collective des travailleurs et saper leur droit de s'organiser et de négocier collectivement.

Les travailleurs réclament :

Caterpillar affiche un bénéfice total de plus de 9 milliards de dollars pour 2023, confirmant le sentiment des travailleurs qu'une hausse des salaires est une demande raisonnable et justifiée et dont l'entreprise a les moyens.

Pour le directeur d'IndustriALL en charge de l'ingénierie mécanique, Patrick Correa :

"IndustriALL et le réseau syndical mondial de Caterpillar sont déterminés à soutenir ces travailleurs dans leur combat pour la justice. Nous exhortons Caterpillar à prendre les mesures nécessaires pour trouver rapidement une issue. Nous sommes ouverts à un dialogue constructif, dans le respect des principes d'équité et de respect des droits des travailleurs, afin que ce conflit trouve une solution."

"Nous appelons aussi les organisations syndicales internationales à rester actives et soutenir le combat des travailleurs pour la justice sociale, qui ne se limite pas au cas du Mexique. Ils sont un exemple pour les travailleurs du monde entier qui luttent pour leurs droits."

Les syndicats réclament de meilleures protections des droits de l'homme dans le secteur des métaux de base

Avec de nouveaux cadres légaux tels que la Directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (DDVMD) qui entre en application, les multinationales vont subir des pressions accrues pour qu’elles remédient aux violations des droits humains dans leurs chaînes d'approvisionnement mondiales. Le secteur des métaux de base, qui inclut l’acier, l’aluminium et autres métaux essentiels, est particulièrement exposé à ces violations du fait de la complexité de ses chaînes d'approvisionnement, de la dangerosité des milieux de travail et de pratiques relevant de l’exploitation dans l’extraction des matières premières.

Les participants à l’atelier ont souligné que la DRDH est un outil puissant de nature à imposer aux entreprises de revoir leur approche de ces risques. Le secteur est de plus en plus sous la loupe et de nombreuses parties prenantes réclament de meilleures protections de la santé et la sécurité pour les travailleurs et de meilleurs garde-fous environnementaux pour les salariés comme pour les communautés près desquelles il opère.

Aline Conchon, cheffe du département de politique des entreprises chez IndustriALL Europe, a expliqué que la DRDH ne doit pas se limiter à des déclarations de façade des entreprises.

"Il s'agit de transformer le mode de fonctionnement des entreprises en donnant la priorité aux droits des travailleurs, notamment en faisant que le droit d'organisation et de négociation collective soit protégé tout au long de la chaîne d'approvisionnement."

Avec les lois sur la DRDH qui se multiplient en Europe et ailleurs, les organisations syndicales sont appelées à jouer un rôle fondamental en veillant à ce que ces cadres se traduisent en actes concrets. En participant à tous les stades du processus de la DRDH, depuis l'évaluation des risques jusqu'à la négociation de plans d'action, les syndicats peuvent mettre en avant les droits des travailleurs.

Patrick Correa, le directeur d'IndustriALL Global Union en charge des métaux de base, insiste sur l'importance de la participation syndicale :

"Sans une participation pleine et entière des syndicats, le devoir de vigilance risque de devenir une promesse vide."

À mesure que les lois sur la DRDH entrent en application, les syndicats sont déterminés à demander des comptes aux entreprises, en veillant à ce que le devoir de vigilance en matière de droits de l'homme ne serve pas seulement à mettre les entreprises à l'abri des risques juridiques, mais aussi à protéger les travailleurs contre l'exploitation et les mauvais traitements. C'est un grand pas en avant vers une responsabilité élargie des entreprises et une meilleure protection des travailleurs dans le secteur des métaux de base et ailleurs.

Christina Olivier, secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Global Union, a déclaré :

"Les entreprises ne peuvent plus ignorer leurs obligations en matière de respect des droits de l'homme dans leurs exploitations. Pour les syndicats, c'est une occasion unique de transformer les cadres de diligence raisonnable en améliorations concrètes, tangibles pour les travailleurs, en particulier dans les secteurs à haut risque, comme celui des métaux de base."

Pendant l'atelier, les discussions ont aussi porté sur la nécessité pour les syndicats de vérifier les résultats des entreprises et de veiller à ce que chaque engagement pris par des entreprises en matière de droits de l'homme se concrétise, en particulier dans les secteurs à haut risque pour les travailleurs.

Cet atelier s'inscrit dans une initiative plus large d'IndustriALL Global Union et d'IndustriALL Europe pour renforcer les capacités des syndicats dans des secteurs à haut risque tels que le textile, les industries extractives et les sous-traitants de l'automobile. Au cours des deux prochaines années, des activités similaires fourniront à des leaders syndicaux les outils nécessaires pour faire appliquer la DRDH sur leurs lieux de travail. Cette initiative s'achèvera en 2026 par une grande conférence pendant laquelle des représentants de syndicats partageront leurs stratégies et leurs recommandations avec des responsables politiques.

La secrétaire générale d'IndustriALL Europe, Judith Kirton-Darling, a conclu en ces termes :

"Les syndicats ont toujours pris la tête de la défense des droits des travailleurs, et la DRDH nous fournit un nouvel outil puissant pour arriver à cette fin. C'est à nous de veiller à ce que les cadres de diligence raisonnable soient modelés par les travailleurs qu'ils sont censés protéger."

Les travailleurs du secteur du caoutchouc le disent : “si nous sommes unis, nous pouvons secouer le monde”

Organisée sous les auspices de Lastik-Is, affilié d’IndustriALL, à Izmit, en Turquie, la réunion a rassemblé des participants de 20 pays, dont la France, l’Italie, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Thaïlande.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a ouvert la réunion en soulignant la nécessité d’une plus grande représentation des femmes dans le secteur.

Alaaddin Sari, Président de Lastik-Is, a fait écho à ces propos en soulignant l’importance de l’unité :

“Notre état d’esprit est qu’une attaque contre l’un de nous est une attaque contre nous tous, l’unité est très importante pour nous et nous remercions IndustriALL d’avoir organisé cette réunion avec nous. En tant que travailleurs et travailleuses du pneumatique, nous devons nous unir non seulement pour nous, mais aussi pour l’ensemble du monde du travail.”

Le Directeur d’IndustriALL pour le caoutchouc, Tom Grinter, a présenté une vue d’ensemble du secteur et a souligné les défis auxquels il est confronté, tels que les pertes d’emplois, les bas salaires, le travail précaire et l’impact de la numérisation.

Une attention particulière a été accordée à des pays comme la Turquie, la Thaïlande et le Brésil, où les travailleurs sont confrontés à des conditions difficiles, notamment des chaleurs extrêmes, à des environnements de travail dangereux et à des droits syndicaux limités. La section s’est à nouveau engagée à travailler en priorité en Turquie, en Thaïlande, en Indonésie, au Mexique, au Brésil et au Liberia.

Les débats ont porté sur les principaux défis auxquels sont confrontés les travailleurs dans les grandes entreprises multinationales. Des travailleurs de France, d’Italie, de Thaïlande, d’Indonésie, du Brésil, d’Afrique du Sud, d’Amérique du Nord, du Liberia, d’Allemagne, du Mexique, de Turquie et du Royaume-Uni ont exposé le contexte dans leurs entreprises. Les thèmes communs qui sont apparus sont les pertes d’emploi, le travail précaire, les questions de santé et de sécurité, les bas salaires, la délocalisation de la production vers des pays à faibles coûts, l’absence d’avantages sociaux et la numérisation.

La santé et la sécurité sont apparues comme des préoccupations majeures, les travailleurs de Hongrie, de Pologne et d’Allemagne faisant état d’une exposition au bruit, à la poussière et aux produits chimiques, ainsi que d’une ventilation et d’un éclairage médiocres. Les problèmes de santé mentale sont également fréquents.

L’un des principaux points à l’ordre du jour était la sous-représentation des femmes dans le secteur. Les syndicats se sont engagés à combler les écarts entre les hommes et les femmes en matière de rémunération, de progression de carrière, de santé et de sécurité, tout en promouvant l’enseignement des STIM pour les femmes et en insistant sur la mise en œuvre de la Convention 190 de l’OIT sur la violence fondée sur le genre. Les affiliés on montré l’exemple en élisant la première femme coprésidente pour ce secteur, Elena Petrosino de l’affilié italien FILCTEM-CGIL.

Le secteur a analysé la délocalisation de la production de pneumatiques et la domination croissante de l’Asie, en particulier de la Chine. En effet, le marché chinois des pneumatiques devrait connaître un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 7,22 % entre 2023 et 2030 et près de la moitié des marques de pneumatiques à la croissance la plus rapide dans le monde sont chinoises. Les moteurs de cette croissance sont l’expansion de la production automobile, la présence des principaux équipementiers de pneumatiques, l’augmentation du revenu disponible et du nombre de propriétaires de véhicules, la pénétration croissante des marques chinoises et des ventes de SUV, ainsi que la présence de centres de production automobile.

Les changements dans le secteur automobile, tels que les véhicules électriques et la diligence raisonnable au niveau de la chaîne d’approvisionnement, ont été abordés par le Directeur sectoriel Georg Leutert, qui a mis en garde contre la domination croissante de la Chine et exposé la nécessité pour les syndicats d’exiger des protections plus fortes en matière de droits de l’homme.

Kemal Özkan a clôturé la réunion par un appel à l’action :

“Le monde devient de plus en plus inégal. Avec votre détermination, nous pouvons combler ce fossé et obtenir des succès”.

Organiser dans un contexte économique difficile dans l'industrie du vêtement au Zimbabwe

Il semble que le chômage avoisine les 90 pour cent dans une économie essentiellement informelle et la reprise est lente, l'activité manufacturière industrielle ne redémarrant pas. Pourtant, même dans un environnement économique difficile, avec des licenciements qui ont fait fondre leurs effectifs, les syndicats résistent.

Le Syndicat national de l'industrie du vêtement (NUCI), qui est affilié à IndustriALL Global Union, explique qu'il arrive à conserver ses adhérents grâce à une stratégie d'organisation ancrée dans de meilleures relations professionnelles et négociations collectives. Actuellement, les salaires des travailleurs sont fixés par les syndicats et le Conseil national de l'emploi de l'industrie du vêtement par le biais d'une convention collective sectorielle. Le salaire minimum est de 180 $ et le syndicat fait campagne pour obtenir des salaires de subsistance de plus de 250 $.

Une des usines couvertes par la convention collective est Enbee, qui confectionne les uniformes scolaires et où le NUCI compte plus d'une centaine de membres. Certains ont déclaré à IndustriALL pendant la visite d'un atelier à Harare, le 27 septembre, qu'ils y travaillaient depuis plus de 40 années pendant lesquelles ils ont contribué au succès de la marque d'uniformes. Ils ont aussi exprimé leur attachement à leur syndicat.

Selon le syndicat, le brassage des générations au sein de l'entreprise permet aux jeunes travailleurs de profiter des compétences de leurs aînés dont certains sont devenus contremaîtres, parmi lesquels des femmes employées dans diverses fonctions. Certains jeunes du NUCI ont aussi participé activement aux activités d'organisation syndicale avec le soutien du bureau régional d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne.

À propos de la crise économique que connaît le Zimbabwe, le NUCI estime que la plupart des grandes entreprises textiles et d'habillement ont dû fermer à cause de l'hyperinflation, de la crise monétaire, des coupures d'électricité et de la pénurie d'eau. En outre, une importation de vêtements et de textiles à hauteur de 95 pour cent et les vêtements de seconde main ont eu pour effet que la production locale n'est plus rentable et ses articles sont devenus trop chers. Par exemple, une chemise confectionnée sur place peut coûter jusqu'à 15 $ à sa sortie d'usine, contre à peine 2 $ pour une chemise de seconde main venant de dons en Europe. Par ailleurs, des coûts de production élevés et un exode de la main-d’œuvre qualifiée vers les pays voisins pèsent aussi sur l'industrie du textile et de l'habillement.

La chaîne de valeur locale allant de la culture du coton au vêtement, autrefois prospère, s'est affaiblie aussi. Or, ce qui reste de la production locale de coton est exporté plutôt qu'être utilisé localement. Les données officielles confirment que les petits cultivateurs préfèrent exporter leur coton à des prix plus élevés.

Quoi qu'il en soit, malgré une situation économique dramatique, des lueurs d'espoir subsistent pour l'industrie déclare Joseph Tanyanyiwa, le secrétaire général du Syndicat national de l'industrie du vêtement.

"Le syndicat continue d'assurer ses services aux membres malgré un contexte économique difficile. Au niveau des politiques, nous continuons à faire pression sur les autorités gouvernementales et municipales pour qu'elles relancent l'industrie du textile et de l'habillement par des marchés publics et des politiques d'approvisionnement qui créent des emplois sur place. Nous voulons croire qu'avec des interventions politiques appropriées l'industrie du vêtement peut revivre."

"Nous saluons la résilience des organisations syndicales de l'industrie du textile et de l'habillement du Zimbabwe qui organisent dans des conditions difficiles marquées par une crise économique et du coût de la vie. Cela souligne l'importance de l'engagement syndical au service de ses adhérents,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

Les autres affiliés d'IndustriALL qui représentent les travailleurs du textile, de l'habillement, de la chaussure et du cuir au Zimbabwe sont le Syndicat des travailleurs du textile du Zimbabwe et le Syndicat des travailleurs du cuir, de la chaussure et apparentés du Zimbabwe.