Les mineurs d'Ukraine protestent dans tout le pays

Les protestataires demandaient aussi que les autorités repoussent le projet de nouveau Code du travail. Le lendemain, plusieurs syndicats ont installé des piquets de grève devant le parlement de Kiev, avec les mêmes revendications.

Les mineurs ont lancé de brèves grèves d'avertissement et organisé des piquets devant des bâtiments publics, non seulement pour obtenir le paiement de leurs arriérés salariaux, mais aussi pour attirer l'attention sur les problèmes que connaît l'industrie charbonnière et empêcher sa destruction totale qu'entraînerait l'arrêt des aides de l'État. Ils imputent au ministre ukrainien de l'Énergie et de l'Industrie charbonnière, Volodymyr Demchyshyn, le déclin des mines et l'achat de charbon étranger et réclament sa démission.

À Pavlograd, plus d'un millier de mineurs de la région du Donbass occidental accompagnés d'habitants ont mené une action de protestation devant le conseil municipal. Ils exigeaient du Président et du Premier ministre le retrait du projet de nouveau Code du travail, un relèvement du minimum vital au 1er janvier 2016 pour compenser l'inflation, la suppression de l'imposition des pensions, un abaissement du coût des services de première nécessité et une amélioration de la protection sociale.

Dans la région de Volyn, les mineurs ont mené une grève d'avertissement et mis toutes les mines à l'arrêt pendant une heure le 10 décembre. Le lendemain, près de 200 mineurs de Volyn, membres du Syndicat des travailleurs des charbonnages d'Ukraine et du Syndicat indépendant des mineurs de charbon d'Ukraine, tous deux affiliés à IndustriALL, ont bloqué la route de la douane de Yagodinsky pendant quelques heures pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaires. À la mine n° 1 de Novovolynskaya, les mineurs n'ont pas été payés depuis quatre mois. D'après Mikhaïlo Volynets, le Président du Syndicat indépendant des mineurs de charbon d'Ukraine, le total des salaires impayés dans l'industrie charbonnière dépasse les 700 millions de hryvnia, soit l'équivalent de 29,4 millions $.

Une centaine de mineurs se sont rassemblés à Lviv devant les bâtiments de l'administration régionale. Dans la région de Donetsk, les mineurs ont défilé dans la rue principale jusqu'à la grand-place de Dobropolye pour rencontrer les responsables de la ville, qui ne se sont pas présentés.

Des mineurs d'une autre mine de la région de Donetsk, celle de Krasnoarmeyskugol, à Dimitrov, ont cessé les activités pendant une heure pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaires qui atteignent maintenant 120 millions de hryvnia, soit 55 millions $.

Selon Alexander Abramov, le Président du Syndicat indépendant des mineurs de charbon d'Ukraine de Krasnoarmeyskugol, l'arrêt des aides de l'État a fait que seuls 33 pour cent de la production prévue pour 2015 ont pu être atteints et ce charbon est toujours stocké à la mine.

La compagnie doit des millions de hryvnia à la municipalité, au fonds de pension et au fonds d'assurance sociale.

"La baisse de la production a entraîné une diminution des salaires et de l'effectif. Les travailleurs licenciés et leurs familles ne peuvent plus assurer une existence et un avenir décents à leurs enfants," déclare Alexander Abramov. "Les problèmes sociaux et économiques de Krasnoarmeyskugol, qui est le premier employeur de la ville, ont fait augmenter les prix des produits et des services publics, et l'absence de programme de recyclage pour les anciens mineurs va causer un chômage de masse, la pauvreté et une hausse de la criminalité. Nous luttons contre la fermeture des mines et pour des aides à l'industrie charbonnière du pays afin d'assurer l'indépendance énergétique de l'Ukraine.

Les mineurs ont promis d'organiser d'autres actions de protestation à Kiev si leurs revendications ne sont pas entendues.

Le gouvernement thaïlandais rencontre IndustriALL à la suite d’une plainte de l’OIT

La réunion faisait suite à une plainte officielle à l’Organisation internationale du Travail  (OIT) à l’encontre du gouvernement thaïlandais, en octobre, pour son incapacité à protéger les droits des travailleuses et travailleurs et les droits syndicaux dans le pays.

Raina, auquel s’étaient joints des représentant(e)s des affiliés de IndustriALL à la réunion à Bangkok, a dit au secrétaire permanent du ministre du Travail Puntrik Smiti:

“Nous voulons que la Thaïlande offre des emplois de bonne qualité à des millions de travailleuses et travailleurs. Nous aimons la Thaïlande, nous ne voulons donc pas que la Thaïlande brise la vie de ses travailleuses et travailleurs.”

Il a ajouté qu’on assiste à de nombreux conflits dans des entreprises et qu’il est difficile d’adhérer à un syndicat, ce qui a entraîné le plus faible taux de syndicalisation en Asie du Sud-Est, soit 1,5 pour cent des effectifs.

Alors que la réunion avait lieu, les travailleurs de l’entreprise japonaise de technologie, Sanko Gozei, manifestaient devant le ministère. Les manifestants, qui étaient affiliés à IndustriALL par le syndicat thaïlandais TEAM, protestaient pour ne toucher que 75 pour cent de leur salaire en raison de prétendues difficultés financières de l’entreprise.

Cependant, les salaires de la direction et des cadres n’ont pas été réduits. Dans le même temps, Sanko Gozei demande à ses salariés de faire des heures supplémentaires et recrute des intérimaires et des migrants. Raina a dit que IndustriALL soulèvera la question au siège de l’entreprise au Japon.

Raina a également exhorté le gouvernement thaïlandais à ratifier les conventions 87 et 98 de l’OIT, qui traitent de la liberté syndicale et de la négociation collective. Il a ajouté que les défauts importants dans la loi sur les entreprises d’État et la loi sur les relations de travail constituent des obstacles majeurs à une meilleure protection ouvrière en Thaïlande. Le secrétaire permanent a dit que les lois font actuellement l’objet d’une révision par l’agence gouvernementale de la législation, le Bureau du Conseil d’État.

Raina a soulevé la question du statut préférentiel de la Thaïlande avec les États-Unis, qui fera l’objet d’une audience au Congrès américain les 14 et 15 janvier.

Le système de préférences généralisées (SPG) pour le commerce est estimé à 2 milliards d’USD chaque année pour la Thaïlande. La pétition présentée par American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO) allègue que la Thaïlande ne répond pas aux critères d’éligibilité du programme du SPG en ce qui concerne les droits des salariés, le respect de la liberté syndicale, la négociation collective, des conditions de travail acceptables, et le travail forcé, notamment pour les migrants. 

L’Union européenne a mis fin à tous les privilèges du SPG pour la Thaïlande le 1er janvier 2015.

Avant la réunion au ministère du Travail, les sept affiliés thaïlandais de IndustriALL s’étaient réunis pour examiner leurs revendications les plus urgentes. Les dirigeants syndicaux se sont plaints du manque d’assistance du ministère du Travail, “si nous ne pouvons pas nous rendre là, où pouvons-nous donc aller?” a demandé l’un d’eux.

Beaucoup disent que les infractions en matière syndicale augmentent, que la loi sur les rassemblements est employée pour contrôler les réunions syndicales, et que les tribunaux deviennent les instruments des employeurs.

Les syndicats ont convenu de porter leur attention sur la ratification par la Thaïlande des conventions 87 et 98 de l’OIT, de faire pression pour obtenir des textes de loi plus fermes sur le travail, et de syndiquer davantage de travailleuses et travailleurs, notamment dans les zones industrielles de la Thaïlande.

IndustriALL et le Centre de solidarité en Thaïlande se sont assuré les services de sept membres pour syndiquer et former davantage de travailleuses et travailleurs dans le pays.

Robert Pajkovski du Centre de solidarité, également présent à la réunion, a décrit la situation ouvrière en Thaïlande comme étant ‘lamentable’.

“La Thaïlande a un marché du travail destiné à donner naissance à des conflits et à une frustration de la main-d’œuvre jusqu’au bout. Un syndicat est réduit à néant chaque semaine,” a dit Pajkovski.

IndustriALL était venu la dernière fois en Thaïlande en mai 2014 pour la conférence régionale Asie-Pacifique. Quelques jours plus tard, une junte militaire a pris le pouvoir dans le pays et les infractions aux relations de travail et aux droits de la personne ont empiré.

IndustriALL Global Union engage une action en faveur du Cambodge

Les luttes syndicales dans le monde, les salaires décents, la négociation collective et l’expression d’un soutien aux travailleuses et travailleurs au Cambodge, étaient inscrits à l’ordre du jour de la réunion du Comité exécutif de IndustriALL à Phnom Penh en décembre. Et le 10 décembre, pour la Journée internationale des droits de l’homme, IndustriALL était dans la rue pour soutenir la manifestation des affiliés pour un salaire décent.

Se rendre sur la page flickr de IndustriALL pour la version intégrale visuelle.

IndustriALL accueille un nouveau syndicat du pétrole de Somalie

Le Syndicat somalien des Travailleurs du Pétrole et du Gaz (SUPEGW) compte actuellement 1484 membres, parmi lesquels 539 sont des femmes. 97 délégués des régions australe et septentrionale de la Somalie, dont 44 femmes ont participé au congrès de fondation.

Élu premier président national du SUPEGW, Mohamed Mohamud a déclaré : “Maintenant que j’en ai les compétences et que je fais partie d’un syndicat, je me sens en confiance pour négocier de meilleurs salaires et conditions de travail. Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, nous allons monter d’un cran notre campagne pour donner aux travailleurs et travailleuses leur mot à dire.”

Mohamud a également ajouté : “Nous nous sommes rassemblés pour nous syndiquer, pour promouvoir et défendre les intérêts socio-économiques et politiques des travailleurs et travailleuses du pétrole et du gaz en Somalie. Nous allons nous efforcer d’assurer des pratiques de travail équitables entre salariés et direction.”

Le Ministre du pétrole et des ressources minérales de Somalie, qui était présent lors du congrès de fondation en tant qu’observateur, s’est engagé à collaborer étroitement avec le nouveau syndicat.

Le secteur du pétrole et du gaz est d’importance vitale pour la Somalie. Le pays a un énorme potentiel, tant sur le continent qu’en mer, en matière de pétrole et de gaz. Un certain nombre de multinationales sont présentes dans le pays, dont Conoco-Phillips, Shell, British Petroleum, Amoco, ENI, Total et Texaco.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :

Le combat en faveur de salaires et conditions de travail décents, de la sécurité d’emploi et de prestations sociales au niveau de l’industrie du pétrole et du gaz est extrêmement important pour les travailleurs et travailleuses de Somalie. IndustriALL Global Union salue la naissance de cette nouvelle force au sein du mouvement syndical somalien et apportera tout le soutien possible au nouvellement constitué Syndicat somalien des Travailleurs du Pétrole et du Gaz.”

Mise en place d’une alliance syndicale chez Smurfit Kappa

Réunis à Varsovie, en Pologne, des syndicats affiliés à UNI Europe, UNI Global et IndustriALL Global Union de 10 pays différents ont partagé leurs expériences et stratégies ces 13 et 14 décembre. L’entreprise emploie environ 40.000 salariés de par le monde et accroît sa présence de manière agressive.

Les conditions de travail varient de passablement bonnes en Suède et au Danemark à la pratique déviante des « Pactos Colectivos » en Colombie, en vertu desquels l’entreprise offre un meilleur salaire aux salariés qui quittent leur syndicat.

En Pologne, l’affilié d’UNI, ZZP, a réussi à syndiquer les cinq usines Smurfit Kappa du pays. Bien que le syndicat grandit et avance dans un dialogue constructif avec l’entreprise, les salariés se plaignent toujours d’horaires de travail hautement flexibles, d’attribution punitive des heures supplémentaires et de discrimination sexuelle.

Le groupement syndical avait demandé à rencontrer la direction polonaise de Smurfit Kappa à l’occasion de sa présence à Varsovie et à pouvoir effectuer une visite d’usine. Cependant, l’entreprise a refusé d’accéder à cette demande. IndustriALL et UNI ont alors adressé un courrier commun qui déclare :

“Au nom de tous les syndicats présents lors de la réunion de Varsovie, nous vous invitons instamment à engager le dialogue avec l’Alliance syndicale de Smurfit Kappa.”

Simon Dubbins, Président de la Section Graphique d’UNI Europe a déclaré à l’assemblée :

“En tant que syndicats du secteur, nous avons mis sur pied 55 Conseils d’Entreprise européens sur 70 entreprises. Nous utilisons toutes ces plateformes pour nos échanges syndicaux, mais Smurfit Kappa est un élément vital parce que cette entreprise sert d’étalon pour le secteur.”

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union Kemal Özkan a déclaré :

“Les familles syndicales IndustriALL et UNI sont toutes deux convaincues de l’importance des réseaux syndicaux au sein des entreprises clés. Ensemble, nous exigerons au nom de tous ses travailleurs et travailleuses de par le monde d’obtenir un dialogue et le respect de la part de Smurfit Kappa.”

JYRKI RAINA: Bienvenue dans ce numéro de Global Worker

Je pense que la plupart d’entre nous ont eu l’occasion de profiter d’une traversée en bateau. Mais vous êtes-vous jamais demandé ce que devenaient ces rutilants vaisseaux à la fin de leur carrière ?

Dans ce numéro de Global Worker, nous donnons un coup d’éclairage sur la démolition des navires, l’industrie la plus dangereuse du monde.

Pour des salaires de misère, 130.000 travailleurs triment sous des climats accablants afin de démanteler de luxueux paquebots au milieu de substances chimiques dangereuses, de pétrole et d’amiante.

La bonne nouvelle, c’est que les affiliés d’IndustriALL en Inde, au Bangladesh et au Pakistan syndiquent ces travailleurs et se battent pour leur obtenir des salaires vitaux et des conditions de santé et sécurité décentes.

IndustriALL va continuer à faire campagne pour la ratification de la Convention de Hong Kong et pour rendre l’emploi dans la démolition des navires sûr et durable.

Dans le secteur de l’électronique, je suis impatient de voir notre affilié de Malaisie réaliser le potentiel qu’est le recrutement de davantage de membres parmi les 350.000 personnes qui y travaillent, sans être représentés ou alors par le biais d’un syndicat maison docile.

Le changement est un élément omniprésent et dynamique de nos industries. Les méthodes de production évoluent et les industries passent d’un pays à l’autre, à la recherche de nouveaux marchés et de plus grandes marges de bénéfice.

Voyez comment le SACTWU (Syndicat sud-africain des Travailleurs du Textile) a fait face au défi des importations bon marché, a renversé la marée des pertes d’emploi pour connaître de nouvelles embauches, tout en maintenant une forte négociation collective à l’échelle sectorielle.

Pas étonnant que les t-shirts noirs d’IndustriALL, comme celui que je porte sur la photo, soient fabriqués avec fierté par des membres du SACTWU dans des usines qui leur versent un salaire vital.

Mais un autre virage industriel est en cours, la quatrième révolution industrielle baptisée Industrie 4.0. Il est question de production intelligente, de robots exécutant des tâches complexes sans le besoin d’interventions humaines. Il faudra davantage de travailleurs hautement qualifiés, mais les moins qualifiés pourraient y perdre.

C’est clairement une époque de réflexion, de recherche et d’action. Nous voulons être prêts pour une autre forme de transition juste.

Pour cela, il nous faut une nouvelle génération de leaders syndicaux. Voyez le formidable projet d’IndustriALL pour les jeunes en Amérique latine, qui aide à révéler les leaders syndicaux du futur, dont de nombreuses femmes.

Nous avons vu que les jeunes travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui comprennent les défis d’une société mondialisée et qu’ils proposent de nouvelles manières de syndiquer et de mobiliser les travailleurs.

Donc, combinons la force des syndicalistes expérimentés avec l’enthousiasme des jeunes travailleurs pour créer des syndicats plus forts et dynamiques.

Sinon, les jeunes pourraient tout simplement nous virer, nous les anciens, et peut-être bien à juste titre.

Jyrki Raina

Secrétaire géneral

DOSSIER SPECIAL: Assainir la demolition des navires métier le plus dangereux du monde

Dans un environnement où sont souvent présents des substances chimiques toxiques, de l’amiante et du pétrole, les travailleurs utilisent des chalumeaux à gaz et des masses pour démolir des bateaux, un processus qui prend de six à huit mois et jusqu’à un an pour un gros pétrolier. Grues en mouvement, chutes de tôles, explosions de gaz et ressorts qui s’échappent sont des risques permanents sur les chantiers. La journée de 12 heures est la règle et les salaires peuvent descendre à 2 dollars par jour.

Bien que les chiffres officiels sont inconnus, les syndicats de la région estiment que des centaines de ces ouvriers meurent ou sont gravement blessés chaque année au travail au Bangladesh, au Pakistan et en Inde. Au Bangladesh, les chiffres réels pourraient être 20 fois plus élevés que ce qui n’est rapporté, selon les syndicats et les ONG.

Les navires du monde entier sont construits dans les chantiers navals du monde développé. En moyenne au bout de 25-30 ans, la maintenance devient chère et ils sont vendus comme ferraille. Ils le sont soit directement aux entreprises de recyclage des navires ou par un intermédiaire à Singapour ou Dubaï. Plus que 70% des navires effectuent leur dernier voyage vers des plages d’Inde, du Bangladesh ou du Pakistan.

Dans les cimetières marins de ces trois pays, les travailleurs commencent par délester les navires de toutes leurs pièces réutilisables, alimentant un secteur en aval qui revend dans la région des composants tels que moteurs, frigos, échelles ou bouteilles de gaz.

Ensuite le décorticage de ces géants des mers commence. Environ 80% des bénéfices de la démolition des navires est issue de la revente de l’acier, qui est découpé manuellement lors d’un processus de découpe à haute intensité de main d’œuvre.

Environ 1.000 navires d’une jauge brute de 100 tonneaux et plus sont démolis chaque année

Lieu où les navires ont

été démantelés/recyclés

en 2014 :

> Inde 29.8%

> Bangladesh 24.2%

> Chine 21.9%

> Pakistan 18%

Ce travail dangereux est exécuté par des travailleurs migrants, de jeunes hommes des zones rurales du Bangladesh, du Pakistan et d’Inde. La plupart de ceux qui travaillent sur les chantiers de démolition navale n’avaient jamais vu la mer avant et sont engagés par des recruteurs qui les acheminent de leurs villages vers les chantiers. Ils vivent dans des logements très rudimentaires à proximité des chantiers, en général sans eau potable et sans véritables sanitaires. Ces travailleurs, très souvent, ne se rendent jamais dans la ville voisine.

Le dirigeant du Syndicat bangladais des démolisseurs de navires

Nazim Uddin confie :

"Sans leur mot à dire au travail, les abus quotidiens se déroulent dans l’impunité. Les démolisseurs de navires ont des conditions de vie misérables. Ils sont payés à la journée : pas de travail, pas de paie. Ils ne reçoivent pas de congés payés, pas de primes, pas de gratifications ni aucune garantie d’embauche.

Huit travailleurs ont été tués ici au cours des deux derniers mois. Les employeurs ne versent aucune indemnité à la famille des travailleurs tués. La Haute Cour a fixé que chaque famille de travailleur tué devrait recevoir une indemnité de 500.000 Taka (US$ 6.400), mais les employeurs ne respectent pas cette disposition."

La syndicalisation est essentielle

Syndiquer dans ces conditions est compliqué, mais vital. Avec le soutien d’IndustriALL, l’affilié indien SMEFI a syndiqué le plus grand chantier de démolition navale du monde, Alang. Bien que des affiliés d’IndustriALL sont représentés sur des chantiers au Bangladesh et au Pakistan, la densité syndicale y est très faible.

V. V. Rane, Vice-Président de la section et leader du plus grand syndicat de la démolition navale à Bombay et Alang, en Inde, nous dit :

“Le chantier de démolition de Chittagong ressemblait à celui d’Alang avant que nous n’en syndiquions les travailleurs. Nous sommes aux côtés des démolisseurs de navires du Bangladesh.”

La tentative fructueuse de syndicalisation des démolisseurs de navires indiens a d’abord été rendue possible en 2003 lorsque le puissant syndicat des dockers de Bombay a ciblé le chantier de démolition de navires tout proche afin de le syndiquer. Avant de recruter des membres, le syndicat a fourni aux démolisseurs de navires l’eau potable qui ne l’était pas de la part des employeurs, en dépit de journées de travail de 12 heures.

Les démolisseurs de navires de Bombay indiquent maintenant que les plus importants changements apportés par le syndicat sont de leur avoir donné leur mot à dire au travail, la prise de conscience de la santé et sécurité, la sensibilisation aux législations du travail, la satisfaction des besoins essentiels et l’obtention d’équipements de protection de la part de l’employeur.

À partir de 2004, le syndicat a porté son attention sur Alang, avec le but de reproduire le succès de sa syndicalisation à Bombay sur ce site beaucoup plus grand, 680km plus au nord, en remontant la côte occidentale de l’Inde.

Le syndicat a passé un an à cartographier l’endroit et à rencontrer des besoins de base des travailleurs avant de commencer à recruter des membres. De l’eau potable, une ambulance, de la formation élémentaire en santé, sécurité et premiers soins ont été fournis et le syndicat a commencé à tenir des réunions régulières aux grilles des entreprises avec les ouvriers.

Les travailleurs ayant peur de perdre leur emploi, le syndicat a d’abord eu des difficultés à trouver des militants dévoués sur les chantiers de Alang. Maintenant que le syndicat est fort de 15.019 adhérents, il n’y a plus de crainte de licenciement.

Une importante disposition élémentaire du syndicat sur les chantiers est de mener des tests sanguins sur les nouveaux venus afin que leur carnet d’adhérent mentionne leur groupe sanguin. Les travailleurs savent que c’est souvent une information vitale en cas d’accident. Ce carnet syndical est généralement la seule pièce d’identité en possession des travailleurs.

Un autre élément important amené par le syndicat aussi bien à Bombay qu’à Alang est la formation élémentaire en santé et sécurité pour tout nouveau travailleur.

De nombreux employeurs de Bombay étaient également présents à Alang et dans les deux endroits, une majorité du terrain est la propriété des autorités et donné à bail aux opérateurs des chantiers de démolition, ce qui induit davantage de négligence du gouvernement. Au Bangladesh et au Pakistan les chantiers sont des propriétés privées.

Dégâts environnementaux

La démolition des navires en cale sèche permet de recueillir en toute sécurité tous les polluants du bateau pour pouvoir les éliminer. Cependant, construire des cales sèches requiert de lourds investissements. Des navires de plus petite taille sont démantelés dans ces conditions en Turquie.

À Alang, les bateaux sont démantelés à même la plage, après avoir été hissés sur le sable en profitant de la marée. C’est moins dommageable pour l’environnement que ce qui se fait à Chittagong, au Bangladesh, où les navires sont démantelés directement en mer, au large de la plage, de sorte que le pétrole et les produits chimiques toxiques sont emportés vers la Baie du Bengal.

Sous pression de la part des militants écologistes, le Ministère de la Marine indien est en train de songer à fermer ses chantiers de démolition navale de Bombay. Cependant, le puissant syndicat insiste pour qu’aucune fermeture n’ait lieu avant que les ouvriers des chantiers n’aient l’assurance d’un emploi ailleurs dans les mêmes conditions salariales.

À côté des syndicats, les militants écologistes aident à mettre la pression sur les gouvernements et les armateurs, les poussant à soutenir la Convention de Hong Kong. L’application de la convention va spectaculairement améliorer la santé et la sécurité des travailleurs du secteur ainsi que l’environnement.

Les chantiers dangereux du Pakistan

Le chantier de Gadani au Pakistan est le troisième plus grand au monde, employant une moyenne de 10-15.000 travailleurs. Ceux-ci travaillent normalement sept jours par semaine, souvent au moins 12 heures par jour, sans congés payés, sans autre indemnité et pour un salaire de PKR 12.000 (US$ 113) par mois, soit la moitié d’un salaire vital.

Pratiquement aucun équipement de sécurité n’est fourni à Gadani. Il n’y a pas de formation, pas d’eau potable et pas de premiers soins. Les travailleurs qui découpent au chalumeau sur les navires ne reçoivent aucun matériel d’escalade ou harnais de sécurité, ce qui provoque beaucoup d’accidents où les travailleurs tombent sur la plage depuis les ponts des navires. L’amiante et les produits toxiques sont présents partout et ne sont pas éliminés de manière sûre.

L’affilié d’IndustriALL, le NTUF rapporte qu’il y a jusqu’à 19 décès par an sur les chantiers de Gadani, mais on craint que le chiffre véritable ne soit plus élevé. Il n’y a pas d’hôpital en activité dans un rayon de 50km. Le syndicat rapporte que les travailleurs savent qu’ils seront renvoyés s’ils adhèrent au syndicat.

IndustriALL fait campagne pour que la Convention de Hong Kong devienne une réalité

La Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires a été adoptée par l’Organisation maritime internationale (OMI) de l’ONU en 2009. IndustriALL fait campagne pour la ratification de cette convention exhaustive, car sa mise en application rendra le métier dangereux de démolisseur de navire beaucoup plus sûr.

Les dispositions en matière de santé et sécurité de la convention comprennent un contrôle des matériaux dangereux sur les vaisseaux, le contrôle des risques sur les chantiers de démolition navale et l’assurance que soient dispensés aux travailleurs une formation à la sécurité et un équipement de protection.

Les conditions pour que la convention entre en vigueur est qu’au moins 15 pays la ratifient et que ceux qui le font représentent plus de 40% de la flotte marchande. Actuellement, seuls la Norvège, le Congo et la France l’ont ratifiée. Bien que ne l’ayant pas encore ratifiée, ces pays ont également signé la convention : Italie, Saint-Christophe-et-Niévès, Turquie et Pays-Bas.

La première condition est plus facile à atteindre que la seconde. Obtenir la ratification de la part de pays qui représentent 40% de la flotte mondiale en tonnage brut va requérir le soutien d’états importants du point de vue maritime et de la démolition des navires tels que le Japon, la Corée et la Chine, ainsi que le soutien d’au moins un des cinq plus grands pays à immatriculation libre ; Panama, Liberia, Îles Marshall, Singapour et les Bahamas. Les armateurs utilisent des pavillons de complaisance pour immatriculer leurs bâtiments dans l’un de ces cinq pays afin de contourner réglementations et taxes.

Deux des installations de recyclage de navires de Alang ont été déclarées en conformité avec la Convention de Hong Kong en septembre 2015 : Kalthia et Priya Blue.

Une fois que la convention sera en application, tous les pays qui sont membres de l’OMI devront faire recycler leurs navires dans des chantiers en conformité avec la convention.

Des syndicats forts du secteur de la démolition navale sont aux côtés des travailleurs concernés, par solidarité et parce qu’une démolition navale viable est nécessaire à une industrie durable de la construction navale.

Les affiliés d’IndustriALL sont au cœur des efforts de lobbying qui sont entrepris pour la ratification de la Convention de Hong Kong par les gouvernements du Japon, d’Australie, d’Allemagne, du Danemark, de Norvège et d’Inde.

Lors de la conférence mondiale d’IndustriALL sur la construction navale et la démolition des navires en novembre 2014, des syndicats du secteur issus de 19 pays ont adopté une résolution pour faire campagne en faveur de la Convention de Hong Kong.

Cet engagement a été pris à la lumière du fait que :

“Chaque année, des centaines de travailleurs perdent la vie au cours de graves accidents du travail dans les chantiers de démolition navale d’Asie du Sud. L’incidence des maladies professionnelles est largement méconnu mais on estime qu’elle est extrêmement élevée. Ce n’est qu’un rêve pour la plupart de ces ouvriers que de vivre ou survivre jusqu’à l’âge de 60 ans.”

Le lancement complet de cette campagne a eu lieu lors de la réunion du Comité exécutif d’IndustriALL en mai 2015. Et le Groupe d’Action d’IndustriALL sur la construction navale et la démolition des navires réuni à Chittagong en novembre 2015 a réaffirmé son engagement par rapport aux actions mondiales en soutien à la ratification de la Convention de Hong Kong.

Le Directeur d’IndustriALL pour le secteur de la construction navale et la démolition des navires, Kan Matsuzaki, coordonne la campagne en vue d’assainir le secteur :

"Ce secteur dans son ensemble a la responsabilité d’offrir aux travailleurs leur droit à des emplois sûrs, sains, propres et durables. Nous sommes déterminés à construire des syndicats forts au sein des chantiers et de combattre ces conditions de travail inacceptables.

IndustriALL Global Union exige que tous les états membres de l’Organisation maritime internationale (OMI) ratifient la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires MAINTENANT !"

Satoshi Kudoh, Président de la Fédération japonaise des Syndicats de Travailleurs des Industries de Base, également coprésident de la section de la construction navale et la démolition des navires d’IndustriALL a pris la tête des actions de lobbying au Japon. En septembre 2015, le Camarade Kudoh a demandé directement à M. Akihiro Ohta, Ministre du Territoire, de l’Infrastructure, du Transport et du Tourisme d’accélérer la ratification de la Convention de Hong Kong de la part du gouvernement japonais. Positif, le ministre a répondu que le Japon ratifierait.

La Région côtière d’IG Metall a appelé en septembre 2015 le gouvernement allemand à agir. Le secrétaire régional du syndicat, Meinhard Geiken, accompagné de travailleurs des chantiers navals de Hambourg, a remis de façon spectaculaire reprises sur un grand panneau auprès du coordinateur maritime allemand leurs revendications. Le Secrétaire d’État parlementaire Uwe Beckmeyer s’est engagé par écrit à mener à bien la ratification rapide de la Convention de Hong Kong.

L’affilié australien AMWU a fait pression sur son gouvernement et a fait passer au sein du Parti travailliste australien une résolution qui soutient la Convention de Hong Kong.

Au Danemark, CO-Industri s’est joint à l’Association des Armateurs danois en septembre 2015 pour écrire au Ministre danois de l’Environnement et de l’Alimentation pour demander au gouvernement de ratifier dès que possible la Convention de Hong Kong. Le courrier presse également le gouvernement danois, ensemble avec les autres états membres de l’Union Européenne, de prendre l’initiative d’un dialogue avec les pays d’Asie du Sud sur la ratification de la Convention de Hong Kong.

Le Syndicat des démolisseurs de navires de Alang fait aussi pression sur le gouvernement indien pour qu’il ratifie. Cette problématique était une revendication centrale de la campagne publique menée par le syndicat le 7 octobre, Journée mondiale pour le travail décent.

Le gouvernement indien subit également la pression du gouvernement et des entreprises du Japon en vue de la ratification. Un financement japonais a été proposé pour améliorer les installations des chantiers de Alang, y compris des cales sèches avec des installations conformes d’élimination et de traitement des déchets. Une délégation de haut rang de responsables gouvernementaux, de syndicalistes, de représentants de l’industrie maritime et d’experts en provenance du Japon ayant visité Alang début 2015 a déclaré “Le Japon peut lui apporter son aide si l’Inde est disposée à ratifier la convention de Hong Kong”.

Une délégation d’IndustriALL a rencontré le Ministre bangladais de l’Industrie en novembre 2015 pour pousser à la ratification de la convention. V. V. Rane, vice-président de la section a remis les revendications de la campagne en expliquant : “la ratification du Bangladesh serait bénéfique à toutes les parties. Comme les entreprises maritimes sont de plus en plus sous pression pour recycler leurs vaisseaux de manière responsable, le respect de la Convention de Hong Kong apporterait des investissements, de la formation en santé et sécurité ainsi que des commandes aux chantiers navals bangladais.”

Le Secrétaire du Ministère a indiqué à la délégation qu’une Loi sur le Recyclage des Navires serait proposée au parlement fin 2015 pour mener à la ratification de la convention.

Un certain nombre d’autres gouvernements travaillent à la ratification de la convention. La pression mise à l’intérieur de l’UE devrait aboutir à la ratification de la part de la Belgique, suivie d’autres états européens. Les navires européens constituent près de 20% de la flotte mondiale et la plupart seraient démantelés au Bangladesh.

La Chine et la Turquie possèdent déjà des industries de recyclage des navires largement conformes aux dispositions de la convention. Ces deux pays se dirigent vers la ratification.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Jyrki Raina, met une priorité sur cette campagne :

"La construction navale, pour 130.000 travailleurs en Asie du Sud, se pratique principalement dans des conditions moyenâgeuses. Il est honteux, alors que cinq ans se sont écoulés depuis l’adoption de la Convention de Hong Kong, que seuls trois pays l’ont ratifiée. Les économies d’envergure dans le domaine de la construction et de la démolition navales doivent encore la ratifier et nous n’arrêterons pas notre campagne tant que ce ne sera pas chose faite. Bien entendu, notre campagne en vue d’assainir le métier le plus dangereux du monde va au-delà de cette convention et IndustriALL s’engage à renforcer les syndicats dans toute l’industrie, mais la Convention de Hong Kong va changer des vies."

COP21 et l’Accord de Paris: Un point de départ, pas une ligne d’arrivée

Les 50 millions de travailleurs et travailleuses affiliés à IndustriALL Global Union dans les secteurs des mines, de l’énergie et de la fabrication industrielle seront parmi les premiers et les plus touchés par les mesures nécessaires pour contrôler le changement climatique. C’est la raison pour laquelle IndustriALL s’est fortement engagé dans les discussions, en demandant la conclusion d’un accord mondial, accompagné de fortes protections sociales, de politiques de création d’emplois et de travail décent dans des industries durables, et une Transition Juste pour les travailleurs et travailleuses des secteurs touchés
 
Jyrki Raina, secrétaire général de IndustriALL, dit:

L’Accord de Paris doit être vu comme un point de départ, et non comme une ligne d’arrivée. Il créé un cadre institutionnel qui détient tous les ingrédients du succès. Ce qu’il est capable de réaliser, ou non, dépend maintenant de nous. IndustriALL doit être prêt à montrer la voie à suivre.

L’ambition est de contenir “la température moyenne mondiale bien en dessous d’une augmentation de 2 degrés C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 degré C  par rapport aux niveaux préindustriels”. Il y a la reconnaissance d’une transformation de l’économie. Il y a des références, bien que faibles, au besoin d’un soutien financier et technique pour les pays en développement.
 
La Transition Juste, une revendication clé du mouvement ouvrier, est inscrite en termes clairs en demandant aux Parties de tenir compte des “ impératifs d’une transition juste pour la main-d’œuvre et la création d’un travail décent et d’emplois de qualité conformes aux priorités de développement définies au plan national”. Ce texte se trouve dans le préambule de l’Accord plutôt que dans le corps du texte comme nous l’aurions préféré, mais il s’agit néanmoins d’un engagement politique des signataires.
 
Sur le fait de savoir si l’Accord de Paris limitera les dommages causés aux systèmes climatiques de la Terre tout en protégeant les travailleurs et travailleuses, en créant un travail décent et des emplois de qualité, et en respectant les droits de la personne et les droits du travail, Brian Kohler, directeur de la viabilité à IndustriALL, dit:

Comme toujours, il appartiendra au mouvement ouvrier de faire en sorte que cela arrive. Personne d’autre ne peut le faire à notre place. Nous sommes prêts.

Cher Signet, ne laisse pas Rio Tinto nous ôter l’éclat de Noël

Avec des ventes mondiales annuelles de 6 milliards d’USD, Kay, Jared et Zales de Signet se trouvent partout aux États-Unis, les magasins Peoples et Mappins sont dans tout le Canada, et les boutiques H. Samuel et Ernest Jones sont présentes dans les rues commerçantes du Royaume-Uni.

Les syndicats demandent à Signet de respecter  sa propre politique d’approvisionnement responsable. Cette politique convie l’entreprise à “respecter un approvisionnement responsable de nos produits et du respect des droits de la personne, et nous escomptons la même chose de nos fournisseurs partout dans le monde.” 

But Rio Tinto est un contrevenant notoire des droits du travail, des communautés et de l’environnement, comme cela ressort du rapport L’autre vérité sur Rio Tinto et sur la page de campagne IndustriALL Rio Tinto:

Bien que l’organisme ‘Responsible Jewellery Council’ (RJC) ait certifié Rio Tinto, il est malheureusement clair que le RJC est très entaché d’erreurs. Il n’est pas indépendant – il est sous la coupe de l’industrie et exclut la main-d’œuvre, la société civile et les communautés sur lesquelles elle a un impact. Il manque également de transparence – le public est dans l’impossibilité de savoir si une entreprise ayant la certification RJC respecte les propres conditions de certification du RJC, sans parler des droits internationaux relatifs aux personnes et aux normes de l’environnement.

Les syndicats et d’autres se sont inquiétés de nombreuses fois des pratiques d’approvisionnement de Signet. ILWU, Unifor et USW ont organisé des manifestations en mai dernier avant la fête des Mères devant des boutiques Signet aux États-Unis et au Canada. Des manifestations ont suivi devant les boutiques Signet au Royaume-Uni par des syndicats et des organisations de la société civile d’une dizaine de pays.

Le secrétaire général de IndustriALL Global Union, Jyrki Raina, déclare:

Nous engageons instamment Signet à demander à son fournisseur Rio Tinto de changer ses pratiques qui sont mauvaises pour les travailleurs et travailleuses, les communautés et l’environnement. Jusqu’à présent, Signet est resté surtout silencieux alors que Rio Tinto a répondu par des menaces.

Nous continuerons à exprimer notre inquiétude jusqu’à ce que Rio Tinto change ses pratiques et se comporte comme l’entreprise responsable qu’elle prétend être.

Blog COP21 d’IndustriALL

Jour 14 – Samedi 12 décembre

C’est aujourd’hui que la version finale du document Décision et Accord de Paris a été divulguée. Bien que ma première réaction a été la déception de ne pas avoir obtenu tout ce qu’au niveau du mouvement syndical nous avions espéré, à la réflexion, mon opinion s’est quelque peu élevée. Que devrais-je dire d’un accord qui est vague et imparfait dans certains domaines, mais qui est le mieux qui puisse être obtenu politiquement en ce moment et pourrait, malgré tout, marquer un virage pour notre civilisation et la planète sur laquelle nous vivons ?

Observez de la prudence par rapport à ce que vous lisez et ce que vous pouvez croire de ce document complexe. Il y a bien sûr ceux qui vont se lancer dans une rapide analyse de l’Accord de Paris, qu’ils l’aient lu et compris ou non. Il y a ceux qui auront vite fait de le condamner, peu importe ce qu’il contient. Il y a ceux qui auront vite fait de l’encenser, peu importe ce qu’il contient.

Cet accord mérite mieux que cela : c’est potentiellement, et pour le moins, une chance de dernière minute de sauver notre civilisation des impacts du changement climatique. Il mérite une considération et une réflexion soigneuses par rapport à ses forces, ses faiblesses et ses conséquences probables. Je vais le lire et le relire et proposer mon analyse dans cet espace. Soyez à l’affût des prochains commentaires !

Jour 13 – Vendredi 11 décembre

Aujourd’hui était une journée passée à observer et attendre. D’intenses négociations se sont poursuivies par rapport aux obstacles restant pour aboutir à l’Accord de Paris. Des actions ont été organisées pour renforcer le point de vue de la société civile selon lequel les droits de l’homme, les droits syndicaux et la Juste Transition devaient être présents dans le corps du texte et pas simplement au sein du préambule (voir vidéo)

La version “finale” devrait être publiée demain matin. J’en donnerai mon analyse sur ce blog. Restez avec nous !

Jour 12 – Jeudi 12 décembre

Après des heures de négociations ardues, tard dans la soirée de jeudi, une version presque définitive des décisions et de l’accord a été rendue publique, bien que certains aspects en sont toujours débattus. Ma réaction à son égard peut être décrite comme étant déçu mais pas totalement déprimé. Déçu, parce que là où il y avait des options toujours ouvertes dans les vessions précédentes, ce sont les moins ambitieuses qui ont finalement été choisies. Pas totalement déprimé parce qu’il y a certains aspects du projet d’Accord de Paris qui sont bons.

Quel que soit le résultat des pourparlers de Paris, cela marquera un début et non une fin. IndustriALL doit se préparer à montrer la voie à suivre.

Avant de tenter une première analyse pour trier le bon grain de l’ivraie au sein de l’Accord de Paris, je voudrais rappeler au lecteur que celui-ci a une structure fondamentalement différente de celle du Protocole de Kyoto qu’il remplace. Le Protocole de Kyoto était un modèle partant du sommet pour aller à la base et qui imposait des objectifs d’émissions et comportait des systèmes pour les contrôler. Cependant, des pays développés l’ont considéré injuste et nombre d’entre eux ont tout simplement négligé d’atteindre leurs objectifs ou se sont complètement retirés du processus, sans avoir à en subir de réelles conséquences. L’Accord de Paris, en revanche, est en quelque sorte un modèle qui prend appui sur la base et encourage les pays à fixer leurs objectifs et à les incorporer dans leurs propres législations. Même si certains pays n’en font pas des engagements législatifs, cela rend l’approche de Paris davantage atteignable du point de vue politique.

Bien que l’Accord est un document à caractère juridique, sa mise en application pratique sera difficile voire impossible sans la volonté politique des Parties de le rendre effectif. À mon avis, son exécution se fera principalement grâce à une pression politique et, occasionnellement, sous forme d’actions en justice de la part de certaines composantes. La formulation de l’Accord offre certainement aux Parties tout l’espace nécessaire pour bien faire, mais propose bien peu de choses qui ressemblent à des sanctions pour les Parties qui s’en abstiendraient.

Rappelez-vous des trois revendications principales des syndicats à l’entame de ces pourparlers : (1) faire preuve d’ambition et réaliser le potentiel de l’action en faveur du climat en termes de création d’emplois ; (2) s’assurer de la mise à disposition de finances pour le climat ainsi que pour soutenir les plus vulnérables et (3) s’engager à assurer une Juste Transition pour les travailleurs et travailleurs et les communautés dont ils et elles font partie.

Guidés par ces trois objectifs, nous continuons à faire pression pour un meilleur positionnement de la Juste Transition, des droits de l’homme, de davantage d’ambition, d’un mécanisme de financement clair et d’évaluations plus précises, de notifications et de vérifications pour les Contributions décidées à l’échelle nationale (les INDC selon l’acronyme anglais couramment utilisé), mais les ouvertures pour obtenir des changements de dernière minute sont en train de se refermer rapidement.

Ceux et celles qui désirent lire le texte du projet actuel peuvent le trouver ici : http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/eng/da02.pdf

Voici mes observations quant au projet tel qu’il existe (souvenez-vous que des négociations sont toujours en cours au moment d’écrire) :

L’Accord de Paris et le processus qui en découle

• L’Accord de Paris est peut-être le meilleur qui puisse être politiquement obtenu à ce moment précis. La Présidence française a travaillé d’arrache-pied et de manière efficace pour éviter une catastrophe telle que celle de la COP15 à Copenhague. En tant que document politique, il définit un processus : non seulement il crée un cadre institutionnel basé sur des négociations internationales, ce qui a été en danger depuis la mort lente du Protocole de Kyoto, mais il donne le ton pour une marche en avant positive. En effet, le signal qu’il envoie aux gouvernements et aux investisseurs est peut-être son principal acquis. Le cadre a de la souplesse et s’applique de manière universelle, bien que vide de contenu par rapport à bien des spécificités que nous voudrions y voir figurer.

Ambition

• L’ambition déclarée (article 2) est d’atteindre les objectifs en : “a) Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C  par  rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques; b) Renforçant les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et en promouvant la résilience à ces changements et un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire; c) Rendant les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques”. Tout cela est bien, mais les mécanismes pour y arriver sont tellement faibles qu’elle reste essentiellement un vœu pieux. Ce qui est particulièrement préoccupant est l’absence de mécanismes clairement définis pour mesurer, rapporter et contrôler les INDC.

Juste Transition

• La Juste Transition figure dans l’Accord, bien que ce ne soit pas à la meilleure place. La formulation est cependant claire et concise, meilleure par certains aspects que dans des moutures précédentes : (paragraphe 10) “Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national.” D’autres droits de l’homme figurent également dans le préambule. Nous aurions de loin préféré les voir repris dans le corps de l’Accord (par exemple au sein de l’Article 2) plutôt qu’au niveau du préambule. Ceci étant, voir tout simplement figurer ces concepts dans l’Accord représente un acquis considérable. Après la COP de Lima, il n’y avait aucune garantie que ce texte soit tout bonnement repris. Je suis d’avis que d’avoir ce texte au sein du préambule ou dans le corps du texte ne change rien à notre tâche : faire pression et campagne auprès de nos gouvernements respectifs pour qu’ils reconnaissent qu’un engagement politique par rapport à leur population active a été pris à la COP21 et les contraindre à respecter cet engagement.

Finances

• Des options sont toujours sur la table. Un plancher de 100 milliards de dollars a été décidé, ce qui est bien, mais la controverse concernant ceux qui doivent y contribuer et dans quelle mesure se poursuit. C’est peut-être la portion la plus difficile de l’accord à ne pas être résolue à ce stade. C’est en grande partie dans ce domaine que la réalisation du principe de “responsabilités communes mais différenciées”, une condition de la CCNUCC, reste une inconnue.

Révision

• Il y aura un cycle quinquennal de révision, mais un premier tour (décrit comme des “discussions avec facilitateur”) aura lieu en 2019. On ne voit pas clairement comment des discussions avec facilitateur vont pouvoir jeter des ponts entre les INDC telles qu’annoncées et ce qui est nécessaire !

Pertes et préjudices

• Reconnaître qu’il y aura des pertes et préjudices consécutives aux changements climatiques fait débat depuis plusieurs COP et l’objet d’une résistance de la part de pays développés qui semblent croire qu’accepter des pertes et préjudices suggérerait la notion de responsabilité et d’indemnisation. Ce n’est en réalité pas le cas, mais la controverse en vue d’atténuer ces références se poursuit. En fait, il n’existe dans le texte aucun mécanisme pour offrir quoi que ce soit au pays qui pourraient souffrir de pertes et préjudices climatiques.

Jour 11 – Mercredi 9 décembre

Je reste optimiste et crois que la COP21 donnera lieu à un accord crédible, mais alors que les dernières heures approchent, le projet de texte reste faible dans de nombreux domaines. Il y a encore de grandes parties de texte entre crochets, et de texte présenté comme optionnel. Les choix concernant ce qui doit être inclus, ce qui doit exclus, et ce qui doit être modifié, feront la différence entre un Accord de Paris assez fort et un Accord de Paris d’une faiblesse inacceptable.

L’un des domaines importants sur lequel aucun accord n’a été trouvé jusqu’ici dans le projet d’Accord de Paris, est l’inclusion d’une formulation sur les droits de la personne, les droits des femmes, les droits des peuples indigènes. Le 10 décembre est la Journée internationale des droits de l’homme pour commémorer le jour où, en 1948, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme – à Paris. Le symbole ne doit pas être perdu pour les négociateurs des Parties. Il est simplement intenable de produire un accord sur le changement climatique, ce jour-là, dans cette ville, sans parler des droits de l’homme.

L’objectif général, ou le degré d’ambition, fait encore l’objet d’une discussion. Les contributions prévues déterminées au niveau national (INDC), les engagements déjà pris par les Parties, sont insuffisants pour garantir que le réchauffement mondial sera maintenu à moins de 3 degrés Celsius, au-dessus des niveaux préindustriels, et donc le fait de débattre pour savoir si l’objectif devrait être de 2 degrés ou de 1,5 degré peut sembler un peu ésotérique. Il y a de bonnes raisons justifiables scientifiquement pour fixer l’objectif à 1,5 degré si l’on veut limiter les risques, par exemple, pour les peuples vivant dans des États insulaires de faible altitude dans des régions sujettes aux inondations. Néanmoins, j’estime que l’on a déjà la certitude d’aller au-delà de 1,5 degré, mais il y a encore une possibilité technique de limiter le réchauffement mondial à moins de 2,0 degrés. C’est pourquoi le fait de fixer l’objectif à 1,5 degré serait grandement symbolique. Une question apparentée non résolue porte sur la différenciation: le niveau relatif des attentes dans les pays développés et les pays en développement.

Cela mène à ma nouvelle estimation, qui est d’ordre financier. Quel que soit finalement l’objectif, il peut seulement être réalisé que s’il bénéficie d’un financement suffisant, mis à la disposition des nations qui en ont le plus besoin. Le texte doit régler la question d’un financement fiable basé sur un plancher de 100 milliards d’USD par an.

Des révisions périodiques des promesses des pays sont nécessaires pour suivre les progrès en matière de sécurité climatique, et on ne peut pas attendre jusqu’à 2020 pour faire la première révision, même si un cycle de révision de 5 ans est adopté.

Les émissions attribuées au trafic maritime et aérien sont parmi les secteurs qui ne sont pas couverts par l’accord de Paris. Les agences de l’ONU responsables de ces secteurs doivent déclarer leurs intentions, dans un esprit de cohérence au sein de la famille des organisations de l’ONU.

On estime à 22,5 millions le nombre de personnes forcées chaque année de quitter leur foyer  depuis 2008. La vision de ces millions de réfugiés devrait inciter les pays développés à entreprendre une action au cours des deux dernières journées de pourparlers.

La Transition Juste est inscrite dans le préambule de l’Accord. Ce n’est pas la place idéale mais c’est quand même quelque chose – et elle ne se trouverait même pas dans le texte sans les fortes pressions des délégué(e)s du monde du travail. Notre tâche, que cette formulation se trouve dans le préambule ou dans le corps du texte, est la même: nous devrons mobiliser nos efforts pour exiger que les gouvernements honorent l’engagement politique qu’ils ont pris pour une Transition Juste, et l’appliquent aux membres touchés, à leurs familles et aux communautés qui dépendent d’eux.

Jour 10 – Mardi 8 décembre

Les réunions à haut niveau se sont poursuivies aujourd’hui. Il est difficile de pouvoir se tenir au fait de la multitude de sous-groupes et de la soupe à l’alphabet de tous les acronymes. Une innovation introduite par le Président de la COP21, le Français Laurent Fabius, est la création d’un groupe appelé le Comité de Paris, qui lui fait directement rapport de l’avancement des travaux des différents groupes de travail. Il espère que cela apportera de l’ordre et de la cohérence aux débats. En réalité, il semble que cela ait un effet positif en comparaison aux COP précédentes.

Les principales pierres d’achoppement à la conclusion d’un accord semblent être à ce stade :

Les droits de l’homme et la Juste Transition sont maintenant dissociés et déplacés du texte principal vers le préambule. Nous continuons à faire pression de toutes nos forces pour que la Juste Transition retrouve sa place dans l’Article 2. Il est peu probable que ce sera le cas. Pour le dire clairement, il est de loin préférable que notre texte soit présent dans le préambule que pas du tout, et, que le concept de Juste Transition revienne dans l’Article 2 ou reste dans le préambule, notre tâche après la COP21 sera la même : nous assurer que les gouvernements y donnent suite. J’ai demandé que se tienne aujourd’hui une réunion de stratégie pour commencer à débattre de la manière dont le caucus syndical allait réagir au résultat probable, mais la discussion est restée à un stade très préliminaire puisque nous n’avons pas de texte finalisé auquel réagir. La manière dont nous cadrerons notre réaction au probable protocole de Paris affectera notre crédibilité et notre faculté à travailler avec les gouvernements nationaux sur sa mise en œuvre.

Guy Rider, de l’OIT, a rencontré la délégation des syndicats aujourd’hui pour discuter du document directeur de l’OIT sur la Juste Transition, liée entre autres aux questions de commerce, de développement, de droits de l’homme et de travail décent.

On attend une nouvelle version du projet demain après-midi. Le travail se poursuit.

Jour 9 – Lundi 7 décembre

Deuxième semaine; ledit "segment de haut niveau " de la COP21 a commencé aujourd’hui. Les ministres des gouvernements prenant la relève de leur personnel dans les négociations, tout un éventail de possibilités pour des résultats envisageables, allant de très mauvais à très bons, reste possible. Bien que le projet couvre de très nombreux domaines, beaucoup de clauses cruciales restent entre crochets (ce qui indique qu’elles sont facultatives) ou sont manquantes.

Quelques points saillants:

Pour les syndicats et autres groupes de la société civile, une question dominante concerne le sort réservé à l’article 2, lequel traite des droits de la personne, des droits de la femme, des peuples indigènes, et de la Transition Juste. Dans le projet le plus récent, ce paragraphe a été démantelé, certains points se trouvant placés au préambule des paragraphes 11, 12 et 13. Toutefois, il est fait référence dans une annexe au fait que certaines Parties (notamment le Canada et l’Argentine) ont demandé la réinscription de tous ces droits à l’article 2, et aucune des Parties n’est reconnue comme s’opposant à cette mesure. Cela donne à la présidence française la possibilité de rétablir la Transition Juste à l’article 2, toutefois cela ne pourra se produire qu’après une pression intense et de la chance.

Les syndicats et autres groupes de la société civile ont organisé une mini-manifestation à l’intérieur de la COP (un évènement très rare étant donné la sécurité stricte) pour exprimer notre colère à la suppression de nos droits de la partie opérationnelle du projet d’accord (photo jointe).

Le ministre de l’Énergie des États-Unis, Ernest Moniz, s’est adressé au groupe des syndicats sur les questions énergétiques. Les États-Unis adoptent une approche relative à "tous les sujets traités" en matière d’énergie, notamment le nucléaire et les combustibles fossiles, mais également les énergies renouvelables. Il était très évasif sur la question de la capture et du stockage du carbone, en disant qu’il croyait que cela avait un rôle à jouer, mais en refusant de dire que cela serait déployé à grande échelle pour les centrales au charbon.

Jeremy Corbyn et Naomi Klein étaient des conférenciers invités ce soir à un évènement hors site.

Jour 8 – Dimanche 6 décembre

Aucune négociation formelle n’a eu lieu aujourd’hui bien que quelques réunions parallèles et discussions informelles se sont tenues. Le travail véritable reprend demain.

La seconde journée de la rencontre syndicale consacrée spécialement à la Juste Transition s’est tenue au Sommet citoyen pour le climat avec un certain nombre d’orateurs intéressants et de haut niveau.

Essayer de résumer ces exposés et les débats qui ont suivi serait impossible.

Cependant, un des thèmes qui s’est imposé était celui-ci : ceux qui ont du pouvoir et de la richesse ne se laisseront pas facilement persuader de les partager. Si nous voulons une Juste Transition vers un futur soutenable, nous devrons l’exiger, nous mobiliser et nous battre pour l’obtenir. Cela signifie un futur plus radical que ce que nous avons bien voulu envisager jusqu’ici.

Jour 7 – Samedi 5 décembre

Dans la dernière version du projet de protocole, soit celle disponible vers 15h00, la formulation “prenant en considération les impératifs d’une juste transition pour les travailleurs et la création d’emplois décents et de qualité en accord avec les priorités de développement définies au plan national” a été déplacée vers le préambule et n’apparaît plus à l’Article 2, dans la portion opérationnelle du texte.

Il faut cependant noter qu’au moins certaines Parties ont demandé à ce qu’elle y revienne, ce qui signifie que tout n’est pas mort. La Présidence française aura encore quelque latitude pour l’y remettre s’il y a suffisamment de pression pour qu’il en soit ainsi.

Tout ceci constitue évidemment une issue décevante pour notre semaine de lobbying, mais n’est pas une totale surprise. Cela signifie que nous devons faire ce que nous pouvons pour convaincre au niveau des réunions à haut niveau de la semaine prochaine que les travailleurs ne doivent pas être laissés sur le bord de la route ou relégués au niveau des commentaires au sein du préambule.

Le sentiment d’Anabella Rosemberg, de la CSI, sur ce qui s’est passé se trouve ici en français :
 https://www.facebook.com/anabella.rosemberg/videos/10207761923263405/
 
Les syndicats ont tenu, en dehors du site lui-même, une rencontre consacrée spécialement à la Juste Transition où les discussions ont été franches, animées et parfois teintées d’émotion. Je suis impressionné de constater à quel point la notion de Juste Transition est maintenant bien acceptée et comprise par l’ensemble du mouvement syndical, avec des débats profonds et complexes sur ses implications et sa mise en œuvre qui se tiennent un peu partout.

Jour 6 – Vendredi 4 décembre

Les débats se sont poursuivis aujourd’hui sur l’ensemble des points du projet de Protocole. En dépit de l’optimisme qui régnait en début de semaine, le plus gros des discussions a dégénéré en querelles de procédure. Malheureusement, une fois encore, le plus gros des débats ayant le plus d’intérêt pour nous s’est tenu à huis clos. Bien que je me focalise sur les paragraphes qui ont le plus d’importance pour le monde syndical et la société civile au sens large, ceux que je définis comme ayant trait à la “Juste Transition”, il est important pour le lecteur de comprendre que du point de vue des négociateurs des Parties, ils ne représentent qu’une portion relativement limitée de leur travail.

Dans la matinée, le caucus syndical a entendu un rapport d’information de la part de l’Ambassadeur du Brésil, M. José Antonio Marcondes de Carvahlo (le Brésil joue un rôle important dans la rédaction du projet). Il nous a fait savoir que, bien que nous ayons un certain soutien, peu de pays sont disposés à en faire une question de principe. C’est pourquoi ceux qui ont un avis tranché sur le fait de déplacer, affaiblir, diviser ou même supprimer le paragraphe ont gain de cause. La Juste Transition ne semble pas être le principal point d’achoppement ; ce paragraphe contient également des références aux droits de l’homme en général, aux droits des femmes et des populations indigènes en particulier. Les pays qui ont des objections craignent que cela crée des contraintes juridiques et donc des obligations financières si on devait l’adopter tel quel.

Bien sûr, s’ils pensent qu’il pourrait y avoir du remue-ménage dans le cas où des peuples revendiquaient leurs droits si nous entrons en transition vers une économie plus durable, ils devraient aussi s’imaginer quelles seront la colère et le chaos auxquels certains pays devront faire face si des citoyens spoliés et privés d’emplois apprenaient que leurs dirigeants ont signé un accord climatique qui ne leur donne aucun droit. Au bout du compte, un accord sur le climat est une question d’humanité. Il doit avoir un visage humain. Personne ne doit rester sur le carreau.

À la fin de la journée de travail de vendredi, notre texte reste inchangé, bien que toujours menacé.

D’autre part, et comme on pouvait s’y attendre, la question du financement reste un domaine où les désaccords ne sont pas réglés. Pourtant, il se dit que les subsides totaux au plan mondial pour la production de combustibles fossiles sont environ 40 fois plus élevés que les fonds actuellement promis au Fonds pour le Climat ! L’idée d’une taxe sur les transactions financières a été remise sur le tapis par 11 pays européens.

Il y a aussi des progrès sur un certain nombre de problématiques. Toute la question est de savoir si les progrès accomplis sont suffisants pour s’assurer qu’un accord puisse être conclu au bout de la deuxième semaine. L’angoisse de ne pas voir les différents groupes de travail terminer leur mission à temps monte. Une grande partie du texte reste entre crochets, ce qui signifie que la semaine prochaine les Ministres auront un grand nombre de décisions à prendre.

Vendredi a aussi été une journée consacrée aux exposés syndicaux et à des débats passionnés au sein de l’Espace Générations Climat. Il est malheureux que ceux qui sont probablement les meilleurs et les plus expérimentés négociateurs dont disposent les pays, leurs dirigeants syndicaux, ne soient pas appelés à la rescousse pour aider à la conclusion des négociations sur le climat !

Jour 5 – Jeudi 3 décembre

La bataille concernant l’endroit où placer les références à la Juste Transition s’est poursuive, principalement à huis clos malheureusement. Les bribes d’information que nous avons ne sont pas encourageantes.

Quelles sont les véritables intentions ? La raison avancée pour vouloir déplacer ou éliminer cette référence est d’écourter et de simplifier le texte. Cette affirmation, venant des mêmes négociateurs nationaux qui ont livré au monde le texte de 7.000 pages du TPP, est proprement grotesque. Le caucus syndical a décidé de maintenir une ligne dure par rapport à une volonté de conserver le texte tel quel et là où il se trouve.

Pour le reste, l’ambiance générale d’optimisme a cédé la place à de l’anxiété, car les progrès à ce jour sont trop lents pour parvenir à une version finale du texte dans les temps.

Le Forum syndical s’est ouvert aujourd’hui avec la rencontre organisée conjointement par IndustriALL et la CSI, qui a été bien accueillie par une salle comble.

Le reste de cette journée et celle de demain me verront participer à d’autre rencontres syndicales dans le cadre des Espaces Générations Climat.

Vous trouverez la présentation de Brian au Forum syndical ici

Jour 4 – Mercredi 2 décembre

La frustration était palpable lors du caucus syndical de ce matin, alors que nous tentions toujours de comprendre pourquoi les références à la Juste Transition des Articles 2 et 2bis du Protocole subissent soudainement des attaques. Ce passage n’aurait pas dû attirer tellement l’attention à ce stade. Il a été décidé que tous les délégués issus du monde syndical allaient mettre un maximum de pression sur autant de négociateurs que possible pour que le texte soit conservé en l’état, là où il se trouve. Pas de compromis, il s’agit après tout de l’une des trois principales revendications du monde du travail à la COP21.

Des sous-groupes ont continué à travailler toute la journée sur des portions spécifiques du texte, en grande partie par le biais de sessions inaccessibles aux observateurs, et le soir arrivé, il n’y avait toujours pas de solution. Le négociateur brésilien a l’intention de faire la synthèse des pourparlers de ce jour demain matin et les discussions reprendront alors.

Les pays impliqués sont les États-Unis, l’UE, l’Australie, le Canada, la Norvège, la Turquie, la Nouvelle-Zélande et peut-être quelques autres, mais la rumeur veut que l’origine de l’opposition se situe au niveau des États-Unis, dont les juristes mandatés par le gouvernement craignent que cette formulation crée des obligations ou des responsabilités juridiquement contraignantes.

Ils souhaitent éliminer le contexte de la partie opérationnelle du protocole (à savoir les références aux droits de l’homme, aux travailleurs, aux questions de genres, etc.) ainsi que (et ce n’est pas une coïncidence) l’allusion à la Responsabilité commune mais différenciée. Ils pourraient ou non décider de les maintenir dans le préambule.

Un certain nombre d’autres pays auraient fait des déclarations en faveur du maintien de notre formulation telle qu’elle existe, mais il n’est pas garanti qu’ils soient disposés à y investir beaucoup de leur capital politique, sachant qu’il y a des centaines d’autres questions en débat et que la rumeur laisse entendre que la Présidence française commencerait à donner des signes d’impatience par rapport à l’état d’avancement général des négociations de la COP.

Ce combat risque de se prolonger dans les prochains jours. Entretemps, je dois me préparer pour la réunion syndicale conjointe IndustriALL – CSI de demain qui ouvrira toute la série des forums syndicaux.

Jour 3 – Mardi 1er décembre

Nous avons appris aujourd’hui que lors de la réunion à huis clos d’hier soir, une proposition a été faite pour supprimer les paragraphes qui font allusion à la Juste Transition dans la portion opérationnelle (Article 2 et 2bis) du projet de Protocole de Paris. Même si d’autres références à la Juste Transition existent dans le projet de texte, nous parlons de celles qui sont les plus chargées de sens, liant la Juste Transition à l’objectif même du protocole. Pire encore, la proposition semble avoir été faite par la Norvège (!) dans le souci de “simplifier” le texte. Lors des caucus syndicaux, nous sommes convenus de redoubler d’efforts pour dénicher des négociateurs et leur faire savoir clairement que l’abandon de cette référence est une idée extrêmement mauvaise. Il n’est pas clair au moment où j’écris si notre texte est toujours présent au sein des Articles 2 et 2bis ou s’il en est exclu.

Pour ce qui est du reste, il y a relativement peu d’occasions pour qui que ce soit de s’exprimer lors d’une des grandes plénières qui ne soit un délégué d’une nation (une “Partie” dans la nomenclature de la CCNUCC). J’ai donc eu la bonne fortune d’avoir l’occasion de m’exprimer lors de l’ouverture de la plénière de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA pour son acronyme anglais couramment utilisé), l’un des plus importants groupe de travail de la COP.

Voici ce que j’y ai dit :

Déclaration du TUNGO (groupe des observateurs des organisations syndicales)

Merci Monsieur le Président,

Mon nom est Brian Kohler, je travaille pour IndustriALL Global Union, une fédération mondiale de syndicats d’industrie, et je représente ici le mouvement syndical international.

Monsieur le Président, les syndicats accordent beaucoup de valeur au travail qui a été mené par le SBSTA à ce jour par son évaluation des corrélations entre les politiques climatiques et l’emploi dans le cadre du Forum sur les mesures d’intervention. Nous sommes convaincus que montrer que des mesures peuvent être prises pour assurer que l’action sur le climat et le progrès social puissent avancer main dans la main est un élément clé pour favoriser davantage de soutien social à ce processus.

Au cours des dernières années, nous avons en tant que syndicats honoré notre engagement à faire en sorte que d’autres organes de l’ONU fassent des progrès sur cette problématique et servent de guide à la CCNUCC. Nous avons le grand plaisir de pouvoir rapporter qu’il y a tout juste deux semaines, Monsieur le Président, l’Organisation internationale du Travail a adopté à l’unanimité les tous premiers Principes directeurs de l’OIT sur la Juste Transition, qui fournissent pour la première fois une liste concertée et concise de politiques qui devraient être poursuivies si gouvernements et employeurs veulent protéger les travailleurs et travailleuses, ainsi que les communautés auxquelles ils et elles appartiennent, dans le cadre de la transition vers une économie respectueuse du climat.

Il est maintenant temps pour le SBSTA d’institutionnaliser le dialogue dans ce processus et, en tant qu’organe de conseil scientifique et technologique, d’assurer que les informations et les meilleures pratiques soient intégrées au sein des débats de la CCNUCC.

Le travail du SBSTA sera bien entendu déterminé par les résultats du protocole de Paris et nous espérons que ce dernier contiendra des références substantielles au besoin d’une Juste Transition pour les travailleurs et travailleuses. Nous attendons donc de cet organe qu’il assure le suivi de son travail antérieur sur la Juste Transition ainsi que sur un engagement renouvelé des Parties, avec un programme de travail plus explicite sur ce sujet, assorti du soutien d’un partenariat avec l’OIT et une ferme implication du mouvement syndical.

Monsieur le Président, nous devons changer le monde tel que nous le connaissons. Et ceci ne se fera que si les travailleurs sont tenus au fait, soutenus et formés à cet égard. Le mouvement syndical est prêt à partager ses idées, ses suggestions et ses solutions pour rendre cela possible.

Je vous remercie.

Jour 2 – Lundi 30 novembre

Dans une démarche sans précédent, le Président français Hollande et le nouveau Président de la COP Laurent Fabius ont invité les chefs d’état à s’adresser à la COP dès la première journée (typiquement, lors des précédentes COP, les chefs d’état n’entraient pas en lice avant la deuxième semaine). Quelque 150 rois, reines, présidents et premiers ministres ont fait aujourd’hui une courte allocution. L’intention de la Présidence française était de hausser le niveau d’engagement politique dès le début des négociations, plutôt que d’attendre la fin de la conférence alors que le temps serait compté et les enjeux élevés.

De nombreux dirigeants de notre monde ont saisi l’opportunité pour évoquer l’urgent besoin de passer à l’action. M. Ban Ki-Moon a rappelé aux dirigeants réunis que l’avenir était entre leurs mains. Le Président américain Obama a appelé à un accord qui extirpe les peuples de la pauvreté sans condamner les générations futures à une planète devenue irréparable. Le Président chinois Xi Jinping a déclaré que cette COP ne constituait pas une ligne d’arrivée mais un point de départ. Les leaders des pays en développement ont rappelé à la conférence leur besoin d’être aidés pour construire leur capacité de réaction. Par exemple, la Côte d’Ivoire a parlé du financement et du transfert de technologie relatifs aux questions climatiques. Différents dirigeants ont fait référence aux Objectifs de développement durable pour 2030 adoptés par les Nations Unies en septembre. Les petits états insulaires, certains étant déjà sous la menace d’inondations par suite de la montée du niveau des océans, ont parlé avec émotion de l’urgence de la situation. Comme l’ont dit les Tuvalu, si nous sauvons les Tuvalu, nous sauvons le monde. Le nouveau Premier Ministre canadien Justin Trudeau a déclaré que le combat contre le changement climatique n’allait pas sacrifier des emplois mais en créer. M. Trudeau a conclu en affirmant : “le Canada est de retour”.
 
Les négociations se poursuivent ce soir autour de deux paragraphes cruciaux qui contiennent des références à la Juste Transition. Les observateurs syndicaux ont été exclus de cette réunion, ce qui n’est pas bon signe. Dès demain, l’ampleur du défi que sera le maintien de ces références dans le texte final deviendra plus claire.

Jour 1 – Dimanche 29 novembre

Aujourd’hui marquait le début officiel de la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, connue sous l’appellation COP21.

Des marches pour le climat ont eu lieu dans de nombreuses villes sur la planète pour souligner l’importance des pourparlers mais n’ont pas été bien accueillies à Paris. Séquelle du renforcement de la sécurité après les attaques terroristes du 13 novembre à Paris, toute contestation et manifestation a été interdite, nonobstant le fait que le gouvernement français autorise la tenue des matches de football et des marchés de noël comme prévu ! Quelques événements ont quand même eu lieu à la suite desquels un certain nombre de manifestants ont été arrêtés. Étrangement, les procédures de sécurité pour obtenir un badge de délégué et pénétrer sur le site de la COP ne paraissaient pas bien différentes de celles des autres années.

C’est donc la 21e COP, ce qui signifie qu’elle a derrière elle 21 années d’échec. Je me suis engagé dans la lutte contre le changement climatique avant que nombre des plus jeunes délégués ne soient nés ; avec bien peu de résultats à la clé. Maintenant, nous n’avons plus le temps pour de nouvelles tergiversations. Ceci dit, je me sens étonnamment optimiste à propos de la COP21. J’ai pour ça quelques raisons.

Premièrement, les données scientifiques sont plus claires et plus alarmantes que jamais.

Deuxièmement, l’opinion publique mondiale a basculé et une majorité de gens dans chaque pays soutient maintenant la conclusion d’un accord à Paris.

Troisièmement, les objectifs de développement durable pour 2030 déjà adoptés par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, contiennent des références spécifiques à l’action sur le climat et à d’autres objectifs de durabilité, donc un échec à Paris serait quelque part en contradiction avec les engagements que les dirigeants mondiaux ont déjà pris. Il y a d’autres signaux positifs donnés par les leaders politiques ou autres que je ne vais pas énumérer ici.

Mon travail, et celui d’autres syndicalistes présents, est d’essayer d’atteindre les trois objectifs du monde du travail : (1) faire preuve d’ambition et réaliser le potentiel de l’action en faveur du climat en termes de création d’emplois ; (2) s’assurer de la mise à disposition de finances pour le climat ainsi que pour soutenir les plus vulnérables et (3) s’engager à assurer une Juste Transition pour les travailleurs et travailleurs et les communautés dont ils et elles font partie.

Ainsi donc, au moment où la COP21 s’ouvre, je m’en tiens à un sentiment d’optimisme prudent. Dans deux semaines d’ici, je saurai si j’ai eu raison ou bien tort.