Où en sont les travailleurs, trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Volodymyr, un mineur de Toretsk, a passé des années sous terre à la mine de Toretska, à extraire du charbon pour chauffer les maisons et faire fonctionner les industries de son pays. C’était un travail éreintant et dangereux, mais il était fier de son métier, sachant que ses mains construisaient l’avenir du pays. La mine, comme beaucoup d’autres à Donetsk et Louhansk, était plus qu’un simple lieu de travail, c’était une communauté, une ligne de vie, un héritage transmis de génération en génération.

Puis la guerre est arrivée. Les bombardements ont ravagé la ville, réduisant les maisons en ruines. La mine a été bombardée jusqu’au silence. Volodymyr, comme tant d’autres mineurs, a dû faire un choix impossible : rester et risquer sa vie ou laisser derrière lui tout ce qu’il avait connu. Il s’est enfuit avec sa femme Olena et leurs deux enfants, Max et Kateryna, pour se réfugier à Lviv.

“L’adaptation a été brutale. À Toretsk, j’étais un travailleur respecté. À Lviv, je ne suis qu’un déplacé parmi d’autres à la recherche d’un emploi. Mes mains couvertes de charbon m’assuraient autrefois un revenu stable ; aujourd’hui, je me contente de petits boulots dans le bâtiment ou à la ferme, tout ce qui me permet de nourrir ma famille,”

confie Volodymyr.

Sa femme Olena, à la santé déjà fragile, a dû faire face au stress et à l’incertitude du déplacement. Max et Kateryna, arrachés à leur école et à leurs amis, ont été confrontés à un monde qu’ils ne reconnaissaient plus.

Malgré la dévastation dans l’industrie du charbon, Ukrvugleprofspilka refuse d’abandonner ses mineurs. Elle fournit aux travailleurs et travailleuses déplacés une aide humanitaire, une assistance juridique et un soutien psychologique. Elle se bat pour que les mineurs comme Volodymyr ne soient pas oubliés, en plaidant pour des politiques qui les aideront un jour à rentrer chez eux.

Plus de 3.000 mineurs du syndicat ont rejoint les forces armées ukrainiennes, troquant leurs outils contre des armes dans la lutte pour leur patrie. Tragiquement, plus de 350 d’entre eux ont payé le prix ultime. Des centaines d’autres ont été blessés. Chaque nom rappelle que cette guerre n’est pas qu’une question de territoire, mais qu’elle concerne la vie de ceux qui ont construit l’Ukraine de leurs mains.

Aujourd’hui, seuls 23.420 mineurs font encore partie du syndicat et moins de 8.000 ont les moyens de payer leurs cotisations. Mais être mineur, c’est bien plus qu’une contribution financière, c’est une question de fraternité, c’est refuser d’être brisé.

“Je m’accroche à l’espoir qu’un jour, nous reviendrons à Toretsk. Je rêve du jour où les mines reprendront vie, où mes enfants joueront dans les mêmes rues que moi je l’ai fait, où la communauté que j’aimais renaîtra de ses cendres. En attendant, je travaille, je me bats et je prends sur moi,”

déclare Volodymyr.

“La lutte des mineurs d’Ukraine n’est pas seulement une question d’emploi, c’est une question de justice, de survie et de droit à la reconstruction. Malgré les difficultés, ils restent forts. Malgré les pertes, ils prennent sur eux et, malgré la guerre, ils restent inébranlables dans leur conviction qu’ils reprendront un jour ce qui leur appartient. Nous sommes solidaires avec eux,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Illustration : Shutterstock

Mobilisez-vous pour l'égalité de genre

Alors que nous commémorons la Déclaration de Beijing, partout dans le monde, les droits des femmes subissent des attaques sans précédent, alimentées par la montée de la haine et de la rhétorique machiste, souvent avec l'aval des gouvernements. Cela sur toile de fond d'une progression de l'insécurité et de crises multiples, qui ont entraîné une augmentation effrayante de 50 pour cent du nombre de femmes et de jeunes-filles exposées aux terribles réalités des conflits armés ces dix dernières années.

Pour Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL,

"La défense de l'égalité de genre et des droits des femmes doit être, plus que jamais au cœur de notre mission de la recherche de la justice sociale, de l'égalité et de l'équité, avec un niveau de vie décent pour tous."

La Journée internationale des femmes doit être le cri de ralliement appelant à l'action dans le monde du travail et dans nos syndicats pour :

Impliquez-vous ! Rejoignez le groupe Facebook des femmes d'IndustriALL et racontez ce que vous avez fait pour la Journée internationale des femmes. Taguez IndustriALL lorsque vous postez des messages dans les médias sociaux et utilisez les hashtags #ALLWomen et #NOExcuse.  

Les travailleurs et travailleuses de Holcim sont en grève depuis plus de 70 jours au Pérou

Sitramac, le syndicat des travailleurs de Comacsa, affilié à la FETRIMAP-CGTP, qui est lui-même affilié à IndustriALL au Pérou, a entamé une grève totale le 6 décembre 2024, après que cette action a été approuvée par le ministère du travail. Le syndicat avait appelé le ministère du travail et d’autres autorités à intervenir, Holcim n’ayant pas proposé d’augmentation salariale.

L’entreprise suisse Holcim, leader mondial des solutions de construction, a acquis toutes les actions et activités de l’entreprise péruvienne Comacsa en août 2024. Cependant, l’entreprise a refusé d’améliorer les conditions financières des travailleurs, ces derniers affirmant qu’Holcim n’a encore accepté aucune des conditions financières énoncées dans leur proposition de convention collective.

“Les travailleuses et travailleurs condamnent le fait que, malgré la solide position financière d’Holcim à l’échelle mondiale, Comacsa n’a pas encore répondu à leurs revendications en matière d’augmentation des salaires ou d’amélioration des conditions de travail. Notre lutte ne fait que commencer, chers collègues, et nous la mènerons jusqu’au bout,”

a déclaré Gilmer Ibañez Melendrez, Ssecrétaire général de la FETRIMAP-CGTP.

Selon le dirigeant du syndicat, le conflit n’est pas encore résolu, bien que le syndicat ait demandé au ministère du travail du Pérou d’intervenir.

Alexander Ivanou, Directeur d’IndustriALL pour le verre, le ciment, la céramique et les industries associées, a déclaré :

“IndustriALL est pleinement solidaire des travailleurs et travailleuses de Comacsa dans le cadre de leur courageuse lutte pour des conditions de travail équitables. Il est inacceptable qu’après plus de 70 jours de grève, Holcim refuse toujours de répondre aux revendications légitimes du syndicat.

Holcim doit respecter le droit de ses salariés à une négociation collective équitable et répondre immédiatement à leurs revendications en matière d’augmentation de salaire et d’amélioration des conditions de travail. Nous demandons également au ministère du travail péruvien de prendre des mesures urgentes pour garantir un règlement juste et équitable.

Ces travailleurs et travailleuses ne sont pas seuls, IndustriALL et ses affiliés continueront à soutenir leur lutte jusqu’à ce que justice soit faite. Nous nous tiendrons à leurs côtés et nous nous battrons jusqu’à ce que la victoire soit remportée !”

Trois années de guerre : le moral indestructible de l'Ukraine

IndustriALL Global Union et IndustriALL European Trade Union n'ont cessé de réclamer l'arrêt de cette guerre. Les deux organisations ont appelé les décideurs internationaux, en Ukraine, en Russie, dans l'Union européenne et aux États-Unis, à rechercher des solutions politiques, la paix et la justice. Les syndicats mondiaux et européens ont condamné l'invasion qui constitue une violation flagrante du droit international ainsi qu'une attaque contre la souveraineté et la dignité humaine.

L'an dernier, les Global Unions se sont rendus dans le pays pour réaffirmer le soutien du mouvement syndical mondial aux travailleurs d'Ukraine et à leurs syndicats.

"Mon voyage en Ukraine a été un triste rappel du lourd coût humain de ce conflit, mais il m'a surtout renforcé dans la conviction que la guerre ne compte que des perdants et doit être évitée,"

a déclaré à son retour le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.

Le projet d'adhésion à l'Union européenne, inauguré par la candidature de l'Ukraine en juin 2022, est à la fois une décision politique et une déclaration d'espoir; elle assurera aux travailleurs ukrainiens une voix dans le mouvement syndical européen.

En avril 2023, des représentants de syndicats ukrainiens se sont réunis en Pologne pour élaborer une stratégie de soutien aux travailleurs victimes de l'occupation et de violations systématiques de leurs droits. Malgré l'énormité des défis, ils ont parlé d'espoir, de reconstruction des infrastructures, de vies, de droits et de libertés. Les travailleurs ukrainiens se maintiennent aux avant-postes de la résilience. Avec près de la moitié des infrastructures énergétiques de leur pays détruites, ils risquent leurs vies pour assurer la fourniture d'énergie dans leur pays.

Parmi ces innombrables histoires de vies de courage, citons celle de Lidiya Galkina, une femme mineur de fond et responsable du Syndicat indépendant des mineurs d'Ukraine (NPGU) dans la région de Lougansk actuellement occupée. Lidiya a tout perdu lorsque les forces russes ont détruit sa ville natale de Tochkivka. Forcée de s'enfuir, elle a refusé de céder et a transformé sa rancœur en action en créant, avec d'autres, l'initiative humanitaire Step to Victory, qui confectionne des filets de camouflage et des équipements de protection pour les défenseurs de l'Ukraine. Sa détermination est aussi celle de millions d'autres qui combattent, non seulement pour leur survie mais aussi pour un avenir libre et juste.

"Si, au moins, nous pouvions chasser les occupants de notre pays, alors, ensemble, nous pourrions tout rebâtir, surmonter la douleur et atteindre nos objectifs,"

déclare Lidiya Galkina.

IndustriALL Global et IndustriALL Europe continuent de solliciter l'Organisation internationale du travail (OIT)  pour qu'elle intervienne auprès du gouvernement russe pour qu'il cesse ses destructions des établissements civils, la production d'énergie en particulier, et ses attaques contre les infrastructures civiles et les lieux de travail.

"Nous réitérons, de concert avec d'autres agences et programmes des Nations unies, notre appel à l'OIT pour qu'elle appuie une initiative visant à fournir au gouvernement ukrainien des équipements thermodynamiques tels que des turbines à gaz, des turbogénérateurs, avec leurs systèmes de contrôle et des transformateurs. Le soutien international est vital pour la résilience du complexe énergétique de l'Ukraine, pour assurer la fourniture d'énergie aux citoyens et aux entreprises d'Ukraine, empêcher un effondrement humanitaire et économique et sauver les lieux de travail en Ukraine,"

a déclaré Atle Høie.

Alors que l'Ukraine subit d'incessantes attaques contre ses infrastructures et sa population, le combat pour la survie s'accompagne d'un combat pour les droits des travailleurs, pour s'assurer que la reconstruction repose sur la justice, la dignité et l'équité.

Dans un récent courrier au président ukrainien Volodymyr Zelensky, IndustriALL condamnait le mépris affiché par le ministère de l'Économie pour plus de 90 pour cent des propositions déposées par les syndicats en vue de modifier le projet de code du travail d'août 2024. Une version révisée, augmentée de 15 articles, a été déposée sans que les syndicats aient été consultés.

Ce projet, qui sera discuté prochainement devant la Verkhovna Rada, viole les normes internationales du travail, affaiblit la protection des travailleurs et tente de perpétuer les restrictions de temps de guerre. Il omet aussi des dispositions essentielles en matière de relations entre employeurs et syndicats et de participation des travailleurs.

IndustriALL Global et IndustriALL Europe veulent que l'Union européenne rappelle clairement au gouvernement ukrainien ses critères d'adhésion. Une évolution négative de la législation du travail n'est pas compatible avec l'appartenance à l'Union européenne.

"IndustriALL exhorte le gouvernement ukrainien à entamer un dialogue digne de ce nom pour garantir la conformité des réformes de la législation du travail avec les normes internationales. Les syndicats sont essentiels pour la reconstruction de l'Ukraine; ils sont une garantie de justice, d'équité et de dignité dès le lancement du processus de reconstruction. En cette date anniversaire, nous nous souvenons non seulement des disparus, mais de la force indomptable des travailleurs ukrainiens. Ils ne se battent pas seulement pour leur patrie, mais pour les principes mêmes de paix, de justice et de démocratie qui nous unissent tous. Le mouvement syndical international sera aux côtés de l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire,"

a dit Atle Høie.

Photos : Confédération des syndicats libres 

Condamnation injuste de syndicalistes coréens de Hanwha Ocean

Le Président de la section locale du Syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), le syndicat des sous-traitants des chantiers navals de Geoje, Tongyeong et Goseong, Kim Hyoung-su, a été condamné à trois ans de prison et à une amende d’un million de wons (équivalent de 670 dollars). L’ancien Vice-président du syndicat, Yoo Choi-Ahn, a été condamné à deux ans de prison, tandis que le Secrétaire général de la section locale, Lee-Kim Chun-Taek, a été condamné à un an de prison.

Neuf autres militants syndicaux ont également été condamnés à des peines de prison, tandis que les 17 personnes restantes se sont vu infliger des sanctions financières.

Le juge a accordé un sursis à l’exécution de toutes les peines d’emprisonnement, citant la nature d’intérêt public de la grève.

Au cours de l’été 2022, la section locale des sous-traitants de la construction navale de Geoje, Tongyeong et Goseong a organisé une grève au dock 1 du chantier naval d’Okpo. Les travailleuses et travailleurs revendiquaient des négociations collectives avec Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering (DSME) pour revenir sur une réduction unilatérale de 30 % des salaires, améliorer les conditions de santé et de sécurité, garantir les droits syndicaux et s’attaquer à ce qu’ils considéraient sur le chantier naval comme des accords de sous-traitance à plusieurs niveaux, assimilables à de l’exploitation.

DSME, rachetée par la suite par le groupe Hanwha et rebaptisée Hanwha Ocean en 2023, a justifié les baisses de salaire en invoquant le ralentissement économique causé par la pandémie de Covid-19.

Les travailleuses et travailleuses en grève ont fait l’objet d’intimidations de la part de l’entreprise et des autorités. DSME a refusé la négociation collective et a mobilisé des employés de son département des ressources humaines, des sous-traitants et des cols blancs pour attaquer les travailleurs et travailleuses en grève. L’administration de Yoon Suk Yeol a fait monter la tension en envisageant de lancer un raid sur la grève, en déployant des commandos et des forces spéciales pour mener des exercices de répression à proximité des manifestations contre le corset imposé aux travailleurs, avec des hélicoptères survolant les lieux.

Malgré la fin de la grève, l’entreprise a poursuivi le syndicat et ses dirigeants en justice et leur a réclamé 37 millions de dollars de dommages et intérêts au titre des objectifs de production non atteints.

En octobre 2023, IndustriALL et la CSI, ainsi que des organisations de la société civile, se sont réunies à Genève pour soutenir la société civile coréenne. Ils ont fait part de leurs préoccupations concernant la répression de la liberté syndicale par le gouvernement coréen lors de l’examen par le Comité des droits de l’homme des Nations unies du respect par la Corée de ses obligations au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Le Président du syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), Jang Chang-year, a fustigé la décision du tribunal en déclarant :

“Les tentatives d’emprisonner nos membres et de leur imposer des demandes de dommages et intérêts astronomiques simplement parce qu’ils revendiquent un traitement équitable et la dignité humaine sont la preuve évidente que le système est fondamentalement défaillant. Hanwha Ocean doit retirer sa plainte civile et la justice doit rendre un verdict de non-culpabilité dans le procès en appel.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“IndustriALL s’attendait à un verdict équitable qui respecte pleinement les droits des travailleuses et travailleurs à la liberté syndicale, y compris le droit illimité de grève et de négociation collective. Cette attente découle de l’engagement de la République de Corée à protéger les droits civiques et politiques de ses travailleurs et travailleuses et de ses citoyens ainsi que de sa ratification des Conventions 87 et 98 de l’OIT. Cela n’a pas été le cas, de sorte que la Corée a encore un long chemin à parcourir. En attendant, ces verdicts doivent être annulés”.

Illustrations : 1-3. Grève de 2022 ; 4. Devant le tribunal, le 19 février 2025. Crédit photo : KMWU

Les accords contraignants sont la clé du progrès

Dans un des panels, Etienne Vlok, de notre affilié sud-africain SACTWU, a souligné le potentiel des accords commerciaux pour promouvoir les pratiques commerciales responsables sur les marchés domestiques, en particulier dans les régions où les normes de fonctionnement éthique ne sont pas aussi bien ancrées qu'en Europe. Le respect des normes internationales doit être une obligation, pas une option.

Les discussions se sont centrées sur l'efficacité des accords juridiquement contraignants pour ce qui est de l'observance des règles et de la promotion de meilleures conditions de travail. Des orateurs ont insisté sur le succès d'accords tels que l'Accord du Bangladesh, qui a démontré que des cadres contraignants peuvent amener des améliorations tangibles des conditions de travail et de la sécurité des travailleurs. Toutefois, nombre d'accords échappant à ces cadres sont sans effet, ce qui montre le défi que constitue l'exécution forcée.

Le forum a aussi fait apparaître un intérêt croissant des investisseurs pour des accords contraignants susceptibles d'atténuer le risque financier. Du point de vue des investisseurs, les entreprises qui ne respectent pas la réglementation sur les droits au travail sont très dangereuses, tant du point de vue de la réputation qu'en matière financière. Pendant le forum, IndustriALL et le Labour Rights Investor Network (LRIN) ont distribué un document intitulé Orientations et attentes des investisseurs : Devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement et accords contraignants, qui expose ce que les investisseurs attendent des entreprises s'agissant du respect des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Plus précisément, il explique comment des accords contraignants passés entre des organisations syndicales ou des représentants des travailleurs et des entreprises peuvent promouvoir les droits fondamentaux au travail et atténuer les risques qu'ils comportent pour les entreprises et leurs investisseurs.

La participation des syndicats a été un autre sujet au centre des discussions. Avec un taux de syndicalisation d'à peine 39 pour cent dans le secteur et des conventions collectives couvrant environ 30 pour cent de la main-d’œuvre – plus élevé que la moyenne générale mais encore très insuffisant – le besoin d'une représentation syndicale élargie reste déterminant.

Les affiliés d'IndustriALL du Bangladesh, du Cambodge et de Turquie ont décrit les défis que rencontrent les syndicats, comme la résistance des gouvernements et des employeurs, ainsi qu'une criminalisation pure et simple des défenseurs des travailleurs dans certains pays. En dépit de ces obstacles, la première convention collective appuyée par des marques a été signée au Cambodge et constitue une grande victoire qui prouve que l'engagement des marques est essentiel pour faire bouger les choses.

Athit Kong, le président du syndicat cambodgien CCADWU, a insisté sur la nécessité d'associer directement les marques aux négociations plutôt que de compter uniquement sur des accords avec leurs fournisseurs.

"Nous devons associer les marques, et pas seulement travailler avec les fournisseurs et les travailleurs. Notre syndicat, le CCADWU, a signé le premier ACM dérivant de l'accord du Cambodge. Nous invitons les autres marques se fournissant au Cambodge à leur emboîter le pas dès que possible."

Une question tout aussi complexe qu'essentielle discutée pendant le forum fut celle du désengagement responsable. Si tant est que les marques doivent réagir avec fermeté devant les violations des droits de l'homme, la rupture soudaine avec des entreprises ou le départ précipité de régions peuvent faire plonger des travailleurs dans la précarité.

"Nous voulons que les travailleurs travaillent. Nous voulons dialoguer avec les entreprises et les marques sur ces questions. Le désengagement doit être géré prudemment, avec des stratégies de départ responsables qui pénalisent le moins possible les travailleurs. Une telle démarche nécessite une planification à long terme, la participation des parties prenantes et une responsabilisation des marques qui fasse que des travailleurs vulnérables ne soient pas privés de leur moyen de subsistance,"

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement.

Les jeunes demandent à être inclus dans les organes de décision

Lors de la réunion virtuelle SEA2PAC du 13 février dernier, une enquête sur l’inclusion des jeunes dans les syndicats a été présentée. Les résultats montrent que le pourcentage de jeunes travailleurs et travailleuses (âgés de moins de 35 ans) dans les comités exécutifs des affiliés d’IndustriALL varie de zéro à 50 pour cent. Quatre répondants sur six ont moins de 10 % de jeunes membres au sein de leur comité exécutif.

La plupart des affiliés d’IndustriALL dans la région ont mis en place des comités de jeunes. Cependant, seules quatre personnes sondées sur six ont indiqué que les syndicats allouaient un budget pour les réunions ou les activités des jeunes.

En général, la base de données sur les jeunes dans la région est limitée, car les syndicats ne disposent pas de données séparées par âge, certains syndicats récoltent des informations auprès de leurs sections d’entreprise. La construction d’une base de données régionale sur les jeunes se heurte à un autre problème : les différentes limites d’âge. Par exemple, le Conseil australien des syndicats (ACTU) considère que les jeunes travailleurs et travailleuses sont âgés de 15 à 27 ans.

Jonathan Cook, Coprésident de la région SEA2PAC, a déclaré :

“Alors nous tentons de recueillir davantage de données auprès des jeunes délégués et que nous sommes confrontés au défi de la rareté des données, le résultat préliminaire de l’enquête montre une représentation inadéquate des jeunes dans les comités exécutifs des syndicats. Il est essentiel de mettre en place une politique forte de la jeunesse au plan mondial afin d’incorporer davantage de jeunes dans les organes décisionnels et d’allouer un budget adéquat aux activités destinées aux jeunes.”

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Ramon Certeza, a déclaré :

“Les voix des jeunes travailleurs et travailleuses restent inaudibles et les syndicats doivent être en mesure de définir les intérêts des jeunes travailleurs et travailleuses. Nous devons continuer à responsabiliser les jeunes travailleurs et travailleuses en leur offrant des possibilités de participation active. Les syndicats doivent s’engager dans le programme de transformation d’IndustriALL pour que les syndicats restent pertinents et résilients.”

La réunion virtuelle comprenait également une formation sur l’égalité des sexes, l’orientation sexuelle et les LGBTQIA+. La directrice pour les questions de genre d’IndustriALL, Armelle Seby, a présenté les concepts de sexe et de genre, d’égalité formelle et d’égalité réelle. Anjali, du syndicat de Tata (Inde), a présenté le concept de diversité et d’inclusion, ainsi que les réalisations des membres LGBTQIA+ en Inde, en donnant des exemples de personnes transgenres assumant des fonctions telles que celles d’avocat, de juge, d’officier de police ou de directeur d’école.

“IndustriALL soutient une visibilité accrue des travailleurs et travailleuses LGBTQIA+. Nous préparons une liste de contrôle sur l’inclusivité et inviterons les affiliés à se joindre à une journée d’action mondiale le 17 mai, journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie,”

a indiqué Sarah Flores, Responsable des jeunes au sein d’IndustriALL.

25 jeunes délégués et observateurs venus d’Australie, du Cambodge, d’Indonésie, du Japon, du Myanmar, des Philippines et de Thaïlande ont participé à la réunion virtuelle.

La campagne des travailleurs de Yazaki obtient un accord favorable après la fermeture des usines en Uruguay

Des négociations tripartites s'étaient tenues entre Yazaki, le ministère du Travail et des représentants du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et apparentés (UNTMRA, affilié à IndustriALL), de la fédération syndicale PIT-CNT et d'IndustriALL en vue de dégager un accord pour 1.200 travailleurs qui avaient perdu leur emploi avec la fermeture soudaine des deux usines de l'entreprise dans le pays.

Après d'intenses pourparlers, un accord a été trouvé et approuvé par l'assemblée des travailleurs. Yazaki a promis de respecter le droit de ses anciens salariés à un règlement définitif, une prime de licenciement unique et une assurance-chômage spéciale d'un an, le tout représentant une enveloppe totale de 3,5 millions $ pour les travailleurs.

Le président de la PIT-CNT, Marcelo Abdala, a expliqué, lors d'une conférence de presse du 12 février,  que l'accord comportait aussi des dispositions fondamentales garantissant une réorientation professionnelle aux travailleurs à la fermeture des usines :

"Il offre aux travailleurs une analyse de leur profil professionnel, une formation dispensée par l'Institut national pour l'emploi et la formation professionnelle ainsi qu'un accompagnement et des conseils à divers niveaux, notamment de l'État national, des départements de Canelones et de Colonia et des syndicats, afin de favoriser leur reclassement, ce qui compte beaucoup."

Il explique que la direction de Yazaki a aussi rectifié ses déclarations et reconnu par écrit dans l'accord que la fermeture n'est pas due à de prétendus conflits avec le syndicat, mais bien à des arguments de coût de production et de compétitivité. Le dirigeant syndical se dit persuadé que l'avantage concurrentiel de l'Uruguay doit reposer sur la qualité, une augmentation réelle de la productivité et de la capacité de production de la main-d’œuvre :

"C'est pourquoi la PIT-CNT a proposé au futur gouvernement d'instituer un mécanisme de négociation triangulaire associant les employeurs, les pouvoirs publics et les travailleurs. Le but est d'arrêter une politique industrielle et de diversifier la matrice de production en jetant les fondations d'une stratégie de développement qui empêche une telle situation de se produire."

Les délégués des travailleurs des usines de Las Piedras et Colonia ont aussi remercié le mouvement des travailleurs et les voisins qui les ont soutenus, en soulignant les combats des travailleurs et l'unité du peuple uruguayen.

Le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Amérique latine, Marino Vani, a déclaré :

"Nous tenons à féliciter les travailleurs, notre affilié UNTMRA et la PIT-CNT pour leur campagne, pour s'être élevés contre les abus et les licenciements unilatéraux des travailleurs auxquels Yazaki a procédé en Uruguay sans aucune discussion préalable avec les travailleurs.

Une fois encore, nous avons vu que si les travailleurs ne relèvent pas la tête et ne ripostent pas, il n'y a pas de dialogue, ce qui a rendu cet accord possible. Notre combat continue. Ce n'est qu'en faisant montre d'unité et en ayant des syndicats forts que nous pouvons obtenir le dialogue et le respect des travailleurs. Sinon, nous serons réduits en esclavage."

Photo: PIT-CNT

Les syndicats indonésiens appellent au remplacement de la loi Omnibus

En novembre dernier, la Cour constitutionnelle d’Indonésie a accepté 21 des 71 points de la requête des syndicats et a ordonné au gouvernement d’adopter une nouvelle loi dans un délai de deux ans. Les syndicats planifient à présent les prochaines étapes de la campagne contre la loi Omnibus.

Lors de la réunion du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie qui s’est tenue les 31 janvier et 1er février à Jakarta, il a été décidé de former une équipe chargée de la réforme du droit du travail afin d’étudier les questions en suspens concernant la loi Omnibus.

L’équipe préparera une liste de revendications communes des affiliés d’IndustriALL d’ici décembre et consultera des experts juridiques avant de la partager avec les parties prenantes. Les participants ont déclaré qu’il était impératif d’inclure les revendications des affiliés d’IndustriALL dans le nouveau droit du travail à venir.

Le Président du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie, Iwan Kusmawan, a déclaré :

“La lutte contre la loi Omnibus après la décision de la Cour constitutionnelle consiste à surveiller sa mise en œuvre, en particulier en ce qui concerne la stagnation des salaires constatée avant cette décision. En 2025, le Président Prabowo a augmenté les salaires minima provinciaux ou de district de 6,5 % et a fixé le salaire minimum sectoriel. Nous nous félicitons de l’annonce et de la promulgation du nouvel arrêté ministériel sur le salaire minimum pour 2025”.

Ce 13 février, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a écrit aux autorités indonésiennes et a exhorté le président du pays à prendre des mesures immédiates ainsi qu’à entamer des consultations approfondies avec les syndicats, notamment avec les affiliés d’IndustriALL, afin d’appliquer la décision de la Cour constitutionnelle et de légiférer sur de nouvelles disposition concernant l’emploi. Il a insisté sur le rétablissement d’un salaire minimum couvrant tous les travailleurs et travailleuses et d’un salaire minimum sectoriel.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“IndustriALL estime que la les syndicats devraient jouer un rôle actif dans la lutte contre la loi Omnibus régressive. Nous communiquerons avec la Confédération syndicale internationale (CSI) pour promouvoir la coopération des syndicats en Indonésie.”

En outre, la réunion du Conseil pour l’Indonésie a recommandé la mise en place d’un centre d’alerte SST pour activer les services de santé et sécurité du travail de chaque affilié. Les participants sont convenus d’améliorer les conventions collectives afin de protéger la liberté syndicale et d’y inclure des dispositions de transition juste.

Le Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie s’est également engagé à accroître la participation des femmes et des jeunes au niveau des structures syndicales, des comités de femmes et de jeunes ainsi que des équipes de négociation des conventions collectives.

Les accords contraignants dans les chaînes d'approvisionnement mondiales : renforcer les droits des travailleurs et réduire le risque pour les investisseurs

Les orientations qui sont données se font l'écho des préoccupations des investisseurs devant les carences du modèle d'"audit social" volontaire ayant cours actuellement dans les chaînes d'approvisionnement à but commercial, et de leur intérêt croissant pour d'autres formes d'accords contraignants, comme l'Accord international sur la santé et la sécurité dans le secteur du textile et de l'habillement.

Les accords contraignants sont prometteurs à plus d'un égard, s'agissant de la responsabilité juridique, de la transparence, du contrôle indépendant ou des réparations en cas de manquement. En 2023-2024, IndustriALL a organisé des tables rondes sur la question à l'intention d'investisseurs. À l'issue de celles-ci, plusieurs d'entre eux ont décidé de constituer un groupe de travail chapeauté par le LRIN, un réseau mondial d'investisseurs centré sur le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective. Au cours de l'année écoulée, ce groupe de travail – composé de gestionnaires de fonds, de propriétaires d'actifs et de fournisseurs de services d'investissement, aux côtés d'IndustriALL et du Comité des représentants des travailleurs au LRIN – ont énoncé une série d'attentes et d'orientations concernant le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement. Ce document analyse en profondeur les accords contraignants et pourquoi ils sont prometteurs, non seulement pour remédier aux violations des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, mais aussi pour réduire les risques pour les entreprises et leurs investisseurs.

"Nous avons rejoint le groupe de travail des investisseurs pour des raisons d'alignement et de simplification; il est important que tous les investisseurs posent les mêmes questions aux entreprises, en particulier dans le domaine des droits de l'homme, un domaine vaste et qui peut dissuader certains investisseurs. 

"En tant qu'investisseurs, nous pouvons pratiquer une approche descendante ou une approche ascendante vis-à-vis des entreprises dans lesquelles nous investissons pour ce qui est du respect des droits de l'homme et du paiement d'un salaire minimum vital, sachant que la promotion de la liberté syndicale et de la négociation collective par le biais d'accords contraignants relève de l'approche ascendante. Nous sommes convaincus que nous obtiendrons les meilleurs résultats et le plus rapidement en alignant et simplifiant autant que possible nos démarches, sans négliger nos particularités,"

déclare Petter Forslund du fonds de pension suédois AP2.

Les orientations données sont bien dans la ligne d'un des grands thèmes du forum de cette année : concrétiser un texte ayant force de loi sur le devoir de diligence dans le secteur. Tout au long de la conférence, des représentants du monde du travail, de ceux de l'entreprise, du capital, de la société civile et des pouvoirs publics ont évoqué l'importance d'un devoir de diligence contraignant, qui mette toutes les entreprises sur un pied d'égalité, qui garantisse aux travailleurs la possibilité d'obtenir réparation, et qui favorise la coopération et la cohérence pour faire face aux risques que présentent les chaînes d'approvisionnement pour l’environnement et pour les droits de l'homme.

Pour Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement :

"Les accords contraignants comptent de plus en plus parce qu'ils montrent ce qui change positivement dans les chaînes d'approvisionnement. L'Accord international, par exemple, réunit plus de 250 signataires et a apporté des améliorations vérifiables au niveau de la sécurité, de la santé et la sécurité au travail et des mécanismes de recours pour les travailleurs."

Lors du Forum, des intervenants ont souligné l'importance des accords contraignants entre syndicats et entreprises, en ce que les parties doivent rendre des comptes en matière de droits de l'homme, mettre en place des mécanismes de recours efficaces, imposer la transparence dans le fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement et assurer un engagement concret entre les entreprises et les travailleurs.

"En tant qu'investisseurs à long terme, les fonds de pension interrogent les entreprises sur les processus associés à leur devoir de diligence, et nous voulons utiliser notre influence aussi efficacement que possible. De récentes recherches montrent que les accords contraignants peuvent donner de meilleurs résultats au niveau de la diligence ce qui, par voie de conséquence, peut être profitable pour nos investissements",

a dit Fransje Puts, du gestionnaire de fonds de pension néerlandais MN.

Le document sur le thème des orientations et des attentes est un outil pratique conçu comme un guide à l'intention des investisseurs sur le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement, plus spécifiquement dans le secteur de l'habillement et du textile, où les accords contraignants sont les plus aboutis. Il met en avant des exemples concrets et des arguments expliquant comment ces accords, conçus au départ pour apporter des solutions à des problèmes sectoriels, ont pour les travailleurs, les entreprises et les investisseurs des effets bénéfiques pour lesquels des initiatives volontaires telles que les audits sociaux n'ont pas été conçues. Son annexe pratique propose aux investisseurs des questions essentielles à poser aux entreprises, avec un chapitre intitulé "Anticiper les réponses des entreprises". Les investisseurs vont maintenant mettre le guide à l'épreuve avant de se revoir plus tard dans l'année pour un échange d'expériences.

Crédit photographique : Atelier de confection aux Philippines. ©ILO