Cours en ligne sur les droits des travailleurs dans une économie mondiale

L’Université ouvrière mondiale offre un cours (Massive Open Online Course – MOOC) intitulé Droits des travailleurs dans une économie mondiale. Le cours vise à relier les membres et les militant(e)s des syndicats du monde entier sur une plate-forme interactive. Les étudiant(e)s seront en mesure d’échanger des idées sur les défis rencontrés et sur les stratégies de mise en œuvre des droits des travailleurs à l’échelle mondiale.
 
Le cours commence le 3 mars et dure huit semaines. Il est enseigné par des universitaires, des experts de l’OIT et des syndicats, et comporte des conférences vidéo, des documents à consulter, des jeux-questionnaires interactifs et des discussions.
 
Tous les renseignements nécessaires se trouvent ici.   

Menaces contre 3.700 mineurs en Géorgie

Le 11 janvier, l’entreprise minière Georgian Manganese LLC a informé la main-d’œuvre employée à la mine Chiatura Manganese, qu’elle arrêtera l’extraction du minerai du 20 janvier au 20 mai 2016 en raison d’une diminution du prix du manganèse sur le marché.

La direction a promis de verser aux mineurs 60 pour cent de leur salaire, une assurance médicale pendant les quatre mois d’indisponibilité, et de payer les intérêts des emprunts contractés par les mineurs.

Cependant, l’entreprise oblige en contrepartie les mineurs à signer immédiatement, sans avoir la possibilité de consulter leurs conseillers juridiques, un accord complémentaire qui modifie les conditions fondamentales de leur contrat de travail, et prive la majorité des mineurs de leur droit à des congés payés en 2016.

Des syndicalistes locaux et la direction du syndicat ont contesté la décision patronale de fermer les activités minières pendant quatre mois. Le syndicat des travailleurs de la métallurgie, des mines et de l’industrie chimique de Géorgie (TUMMCIWG) affilié à IndustriALL, exige une intervention du gouvernement et des garanties sur la reprise des activités normales en mai, sans la perte d’aucun emploi – même si cela nécessitait une nationalisation de le mine Chiatura Manganese

Le TUMMCIWG a également proposé que le gouvernement prévoit l’exemption des mineurs de Chiatura de l’obligation de verser l’impôt sur le revenu durant cette période, et le versement par le gouvernement d’une indemnisation à hauteur de 40 pour cent  du salaire des mineurs pour compenser la perte salariale. Le salaire moyen à la mine Chiatura Manganese est faible et se monte seulement à 600 GEL (250 USD) par mois. Les quatre mois de fermeture appauvriront encore davantage les mineurs.

Du fait que la sécurité au travail est l’un des principaux problèmes à la mine Chiatura Manganese, et que toutes les mesures de sécurité actuellement en vigueur pourraient être supprimées durant la fermeture temporaire de la mine, le TUMMCIWG exige la mise en place d’un plan d’action sur la sécurité au travail, et que toutes les questions de santé et de sécurité soient totalement résolues d’ici mai 2016.

Les membres du TUMMCIWG dans d’autres entreprises géorgiennes, ainsi que la confédération géorgienne des syndicats, ont exprimé leur solidarité avec les revendications des mineurs de Chiatura. Une campagne a été lancée dans les médias sociaux avec les photos de personnes qui tiennent des pancartes portant des messages de revendication et de solidarité

Georgian Manganese LLC est une filiale de Georgian American Alloys, Inc., dont le siège est à Miami, Floride, et est affilié à Privat Group, un groupe mondial d’affaires basé en Ukraine. 

Un rapport de la CSI dévoile une main-d’œuvre cachée dans les chaînes d'approvisionnement

Cette nouvelle enquête de la CSI révèle que 50 entreprises multinationales, dont Samsung, McDonalds et Nestlé, n'emploient directement que six pour cent de ceux qui travaillent pour elles, les 94 % restants étant dissimulés dans leurs chaînes d'approvisionnement.

Ce rapport, intitulé Scandal: Inside the global supply chains of 50 top companies (Scandale – Immersion dans les chaînes mondiales d’approvisionnement de 50 des plus grandes entreprises), publié la veille du Forum économique mondial de Davos, dévoile un modèle économique insoutenable, présent dans pratiquement tous les pays de la planète, et dresse le profil de 25 sociétés basées en Asie, en Europe et aux États-Unis.

Le rapport de la CSI montre que :

"Le modèle en place fait que les entreprises ne peuvent pas connaître ou ne veulent pas déclarer leurs chaînes d'approvisionnement et leur main-d’œuvre occulte. Elles brassent des bénéfices gagnés sur les bas salaires, font pression contre les salaires minima ou des législations qui devraient assurer un travail sûr et garanti et ferment les yeux sur le recours au travail informel, voire à l'esclavage chez ceux qui travaillent pour elles", déclare la Secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow, dans le rapport.

Ce rapport démonte aussi les mécanismes mis en place par les entreprises pour se soustraire à l'impôt. Le dernier rapport annuel d'Apple révèle qu'aux États-Unis, cette firme a ainsi évité de payer près de 57 milliards $ en impôt fédéral sur ses réserves offshore.

Pour le Secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Jyrki Raina :

Les entreprises multinationales engrangent des profits énormes alors que des millions de travailleurs sous-payés souffrent dans leurs chaînes d'approvisionnement. À cela s'ajoutent les procédés complexes utilisés par ces entreprises pour éviter de payer des impôts, ce qui creuse encore les inégalités et sape la société. Il faut que les multinationales fassent montre de transparence s'agissant de leurs fournisseurs et garantissent des salaires de survie, les droits syndicaux et des lieux de travail sûrs tout au long de leurs chaînes mondiales d'approvisionnement."

Crown Holdings poussé à respecter les principes directeurs de l’OCDE

L’USNCP a également regretté la réticence de la multinationale américaine de l’emballage, Crown, à participer à la médiation, compte tenu de la conduite présumée des filiales de Crown au Canada et en Turquie.

La déclaration publiée le 24 décembre 2015 est venue plus d’un an après l’examen des allégations avancées par les affiliés de IndustriALL Global Union, United Steelworkers et Birlesik Metal-Is, représentant les travailleurs et travailleuses de Crown au Canada et en Turquie.

Dans la déclaration, l’USNCP recommande que Crown Holdings mette en œuvre les principes directeurs de l’OCDE “pour s’assurer du respect des  droits – les droits de ses travailleurs et travailleuses, notamment le droit de constituer ou d’adhérer aux syndicats de son choix, ainsi que les droits d’autres personnes touchées par ses activités commerciales.”

La déclaration indique que dans ses réponses, l’entreprise affirme que toutes les questions sont traitées par les systèmes judiciaires et administratifs légaux des pays respectifs. L’USNCP a fait remarquer que dans de nombreux cas, les principes directeurs vont au-delà d’un simple appel pour le respect de la législation locale. C’est pourquoi, la simple conformité à la législation nationale ne place pas nécessairement une entreprise en conformité avec les principes directeurs.

L’USW a également présenté une plainte contre Crown à la Commission des relations de travail de l’Ontario au Canada. Les parties ont réussi à parvenir à un accord le 8 juillet 2015, et le 10 août, elles ont rendu compte d’un retour aux postes de travail, mettant ainsi fin à une  grève de 22 mois au Canada, dévastatrice pour les salariés et leurs familles.

Les problèmes avec la filiale turque de Crown, BevCan, qui avaient commencé en février 2012, avec le licenciement du premier travailleur impliqué dans la syndicalisation, ne sont toujours pas résolus.  L’USW et Birlesik Metal-Is ont rendu compte des tentatives d’intimidation des travailleurs et travailleuses de Crown pour les empêcher de se syndiquer dans deux installations industrielles en Osmaniye et à Izmit. Un directeur d'usine chez Crown BevCan a été accusé d'avoir recours à la violence et à des menaces pour forcer des travailleurs et travailleuses à ne pas se syndiquer en 2012. Des actions pénales ont été engagées contre lui devant les tribunaux en Osmaniye et à Izmit.

Crown BevCan a également tiré profit d’obstacles juridiques pour retarder la reconnaissance du syndicat Birlesik-Is comme représentant légitime de la main-d’œuvre.

Plus tard, Crown BevCan a participé à la négociation collective, mais sans montrer d’intérêt pour un accord équitable avec le syndicat. Quand le syndicat a organisé une grève légitime, l’entreprise a fait pression sur la main-d’œuvre et contrecarré la grève par le retrait forcé des signatures de 33 travailleurs qui soutenaient la grève, ce qui lui permettait d’affirmer l’illégalité de la grève.

Birlesik-Is a signalé que l’entreprise avait licencié 26 travailleurs sur la base de leur engagement dans des activités de syndicalisation. L’entreprise dément que les licenciements soient le résultat d’une discrimination antisyndicale.

Kemal Özkan, secrétaire général adjoint de IndustriALL a dit,

Avant et durant l’ensemble du processus d’examen de l’affaire par le point de contact national américain, Crown Holdings n’a montré aucune volonté pour négocier avec les syndicats. L’entreprise a tenté, au contraire, de saper chaque tentative de nos affiliés d’engager un dialogue constructif. Elle a refusé d’entrer en médiation, ne montrant aucun respect des principes directeurs de l’OCDE qui visent à réglementer le comportement des multinationales. Ce n’est pas là, la conduite d’une entreprise responsable. Nous ne cesserons pas le combat mené contre Crown tant que l’entreprise ne respectera pas les droits de tous ses travailleurs et travailleuses.”

Les principes directeurs font partie de la déclaration de l’OCDE sur l’investissement international et les entreprises multinationales, laquelle s’adresse aux entreprises menant des activités dans les territoires des pays de l’OCDE et à partir de ces territoires.

La version intégrale de la Déclaration finale est disponible sur le lien suivant

http://www.state.gov/e/eb/oecd/usncp/specificinstance/finalstatements/250856.htm

Cambodge : des travailleurs de la confection tués sur le chemin du travail

Un nouvel accident mortel a affecté des travailleurs cambodgiens de la confection sur le chemin du travail, faisant cinq morts et soixante-huit blessés dont treize dans un état critique.

La sécurité routière est une préoccupation majeure dans le pays. Selon le Fonds de Sécurité national du Cambodge, plus de 7.000 travailleurs et travailleuses de la confection ont été blessés et 130 tués en 2015 alors qu’ils et elles se rendaient à leur travail ou en revenaient.

La Directrice d’IndustriALL pour le Textile et la Confection, Christina Hajagos-Clausen, déclare qu’assurer la sécurité du transport des travailleurs et travailleuses est absolument indispensable :

Il est inacceptable de courir systématiquement le danger de mourir ou d’être gravement blessé en se rendant au travail. Il existe un lien direct entre des salaires revalorisés qui puissent permettre aux travailleurs de vivre décemment et la sécurité de leur transport. Les affiliés d’IndustriALL au Cambodge font campagne pour une amélioration du salaire minimum actuel qui est de 140 dollars par mois.

En décembre dernier, IndustriALL a tenu son Comité exécutif à Phnom Penh dans un geste de soutien au combat syndical pour l’obtention d’un salaire vital.

ENQUÊTE: Industrie 4.0 la révolution industrielle qui a lieu maintenant

Industrie 4.0 est un terme créé en Allemagne en 2011 pour décrire l’informatisation du secteur manufacturier considérée comme la quatrième révolution industrielle.

La première révolution industrielle, dès la fin du 18e siècle, a vu la naissance des manufactures où étaient utilisées des machines hydrauliques et à vapeur. La deuxième s’est produite au début du 20e siècle, lorsque les lignes de production ont été alimentées par l’électricité. La troisième est venue du passage d’une production analogique et mécanique vers des technologies électroniques et digitales à partir des années 1970.

La quatrième révolution industrielle, Industrie 4.0, a recours à de la technologie intelligente et à des données en temps réel pour accroître la productivité et réduire les coûts.

Dans les usines intelligentes, machineries, des systèmes de stockage et de production sont capables d’exécuter des tâches complexes, d’échanger des informations et de se transmettre des instructions, sans avoir besoin d’une intervention humaine.

S’exprimant au Forum économique mondial de Davos en janvier 2015, la Chancelière allemande Angela Merkel a décrit Industrie 4.0 comme la façon dont nous “établissons une convergence rapide entre l’univers numérique et le monde de la production industrielle.”

Industrie 4.0 dépend fortement de l’Internet des Objets, ceux-ci étant pourvus de technologie pouvant communiquer avec les systèmes IT et être détectés par des capteurs.

L’informatique en nuage (le ”cloud”) est également essentielle pour gérer les milliards de capteurs, d’appareils, de données ou d’information ainsi créés.

Les avancées en analyse de données font que de puissants logiciels ont la capacité d’interpréter toute cette information (les ”Big Data” ou mégadonnées) en provenance des systèmes de production en temps réel. Ceci offre des avantages immenses aux multinationales en leur donnant accès à la seconde même aux informations sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Cela permet également aux entreprises d’être plus réactives par rapport aux tendances du marché et d’avoir une meilleure planification grâce à des prévisions plus précises.

De plus, les évolutions en matière d’impression 3D ont le potentiel de réduire de manière draconienne les coûts de recherche et développement et même de se passer complètement de sites de production.

Mais qu’en est-il des travailleurs ?

La numérisation va sans nul doute créer de nouveaux emplois mais dans des secteurs différents. À mesure que les robots deviendront de plus en plus sophistiqués et que les machines se contrôleront les unes les autres, le besoin de main d’œuvre ne va-t-il pas diminuer ?

“Nous ne savons pas encore quel sera l’impact réel,” confie Christain Brunkhorst de notre affilié allemand IG Metall, qui s’exprimait sur le sujet lors de la récente réunion du Groupe de travail pour l’industrie automobile à Toronto. “Bien qu’il puisse y avoir quelques améliorations ergonomiques pour les travailleurs, puisque les tâches répétitives ou compliquées sont prises en charge par les robots, les travailleurs devront rapidement acquérir de nouvelles qualifications pour s’adapter aux usines intelligentes.”

Ce ne sont pas seulement les méthodes de production qui deviennent intelligentes dans le secteur automobile, les voitures connectées et autonomes pourraient encore transformer le secteur et la conduite en elle-même.

“Il pourrait y avoir de nombreux nouveaux postes hautement qualifiés dans les domaines de la planification, de la configuration et de la maintenance des nouvelles technologies, mais les ouvriers peu qualifiés pourraient y perdre,” indique Brunkhorst

La technologie et les systèmes intelligents pourraient aussi conduire à un contrôle et une surveillance du comportement et des performances des travailleurs. Les usines intelligentes impliquent de grandes attentes en matière de flexibilité individuelle et on s’attend à ce que le travail précaire s’accroisse.

IG Metall est en train de conscientiser les conseils d’entreprise à propos des changements qui se profilent et a mis en place des études pour en évaluer les conséquences sur le monde du travail. “A ce stade, en tant que syndicat nous essayons d’avoir une influence sur la transition au moment où ces nouvelles technologies prennent pied dans l’industrie automobile,” dit Brunkhorst.

Entretemps, le fabricant de l’iPhone, Foxconn, qui emploie 1,2 millions de travailleurs, a annoncé que des robots remplaceraient 30% de la main d’œuvre sur ses lignes de production d’ici à cinq ans.

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour les TIC, l’électricité et l’électronique déclare :

Industrie 4.0 va s’introduire dans différents secteurs plus vite que nous n’aurions pu l’imaginer. Les syndicats doivent être préparés à un impact massif sur l’emploi, les conditions de travail ainsi que les droits des travailleurs et concentrer leurs actions sur une transition juste.

INTERVIEW: Hashmeya Alsaadawe

En 2003, elle est devenue la première femme d’Irak à être élue à la tête d’un syndicat national et on estime qu’elle est ainsi la première femme à diriger un syndicat au sein du monde arabophone.

Comment était-ce de pouvoir rejoindre un syndicat à la fin de l’époque de Saddam Hussein ?

Au début de son régime en 1987, Saddam Hussein a fait adopter la Résolution 150 qui empêchait le travail syndical dans le secteur public et concernait tous les salariés de la distribution d’électricité relevant de l’État. Tout de suite après la chute du régime en 2003, j’ai entrevu l’espoir de défendre les droits des travailleurs. Je me suis donc dépêchée de former un syndicat pour les travailleurs de l’électricité à Bassora, avec l’aide d’un certain nombre de jeunes.

À quels défis avez-vous été confrontée pour être élue à la présidence en tant que femme ?

Au début, je n’ai pas rencontré de difficultés, sauf de la part d’un petit nombre de syndicalistes qui n’étaient pas faits à l’idée qu’une femme dirige un syndicat. Trois personnes se présentaient à la présidence : deux hommes et moi-même. Après ma victoire, les autres candidats ont commencé à me créer des difficultés pendant mon mandat. Le syndicat a accompli de grands progrès pour les travailleurs et les adhérents et donc, j’ai remporté à nouveau les élections pour un second mandat et gardé mon poste de présidente.

Comment votre syndicat a-t-il recruté et défendu les travailleurs et travailleuses depuis votre élection ?

Après nous être organisés, nous avons formé des comités syndicaux dans toutes les centrales (pour la production, le transport et la distribution d’énergie). Nous nous sommes attelés à rencontrer les revendications des travailleurs et à aboutir à une production d’énergie durable. Notre approche se fait principalement par le biais de la négociation, mais en cas de problème, nous avons organisé des sit-ins sur les lieux de travail et manifesté devant les bâtiments du gouvernement local les jours fériés. Nous avons également recouru aux médias pour exprimer les revendications des travailleurs et de nos affiliés. Nous avons obtenu pas mal de succès grâce à tous ces mécanismes et notamment environ 2.500 postes permanents pour des sous-traitants ou des temporaires du secteur de l’électricité.

Qu’avez-vous rencontré comme défis en tant que leader syndicale en Irak ?

Les vraies difficultés que j’ai rencontrées sont venues de mon engagement à combattre la corruption au sein des centrales. J’ai été menacée par des milices qui avaient le soutien de responsables corrompus du secteur.

Cependant, je n’étais pas la seule à recevoir des menaces de mort. De nombreux patriotes, hommes et femmes, ont payé de leur vie le fait de faire leur travail. Après avoir été retenue comme candidate au Conseil des Représentants (parlement), j’ai reçu de nouvelles menaces de mort de la part de milices proches de partis religieux d’Irak.

Comment ces menaces de mort vous ont-elles affectés vous et votre famille ?

Ces menaces ont certainement pesé lourdement sur ma famille et en particulier sur mon fils. Nous avons été obligés de le retirer de l’école et de lui faire arrêter ces études pendant deux mois après que sa vie a été menacée.

De quelle manière la violence en Irak affecte-t-elle votre secteur, votre syndicat et les travailleurs ?

Les terroristes ont visé de nombreuses centrales et lignes électriques aériennes. Des attaques à la bombe ont conduit à la mort de travailleurs. Il nous a été également signalé des travailleurs occupés sur les lignes de transmission ayant été tués ou kidnappés.

Vous êtes arrivés à vos fins au bout d’une campagne de dix ans pour obtenir une nouvelle législation du travail, qu’est ce que ça va changer pour les travailleurs en Irak ?

En août 2015, le parlement irakien a adopté une nouvelle loi qui concerne les travailleurs des secteurs privés, mixtes et coopératifs, mais exclut ceux qui relèvent de la loi sur les services civiques. En plus d’interdire le travail des enfants, la discrimination et le harcèlement sexuel, la nouvelle législation comprend des améliorations en termes de santé et sécurité ainsi que de congés payés. Les femmes travailleuses bénéficieront également d’avancées en matière de maternité et de congés maternité.

La solidarité d’IndustriALL et des fédérations syndicales internationales a été cruciale pour l’adoption d’une législation du travail moderne conforme aux conventions de l’OIT.

Cependant, l’interdiction des syndicats dans le secteur public va rester en vigueur jusqu’à ce que la nouvelle loi sur les syndicats soit promulguée. Nous appelons instamment le gouvernement irakien à ratifier la Convention 87 de l’OIT, qui est actuellement soumise à l’approbation du parlement. Ceci permettrait à son tour d’ouvrir la voie pour l’adoption de la législation syndicale.

Quelles difficultés les syndicats ont-ils rencontrées en Irak ?

Pour tenter de se libérer de la pression des syndicats, des responsables gouvernementaux ont commencé en 2009 à appliquer la Résolution 150 de Saddam Hussein en disant que les travailleurs du secteur public n’avait pas le droit de se syndiquer.

Le gouvernement a même édicté des instructions écrites officielles pour la police et les forces de sécurité indiquant que toute action syndicale dans le secteur public était punissable en vertu de l’Article 4 de la loi sur le terrorisme.

On a commencé à attaquer les syndicats en fermant des bureaux syndicaux dans les industries du pétrole et de l’électricité, dans des secteurs comme les ports, les chemins de fer, les municipalités, etc.

Il nous faut donc d’urgence une législation qui reprenne les droits et libertés syndicales du secteur public. Une fois que ce sera fait, nous serons libres de former des syndicats démocratiques pour la défense des droits des travailleurs.

Cela fait longtemps que vous faites campagne en faveur de l’électricité pour tous, où en est-on ?

Notre syndicat a travaillé dur en faveur de la sécurité d’approvisionnement du grand public et a coopéré à cet égard avec les responsables nationaux du secteur. Nous avons tenu un certain nombre de réunions avec des responsables du Ministère de l’Électricité pour tenter de garantir une fourniture constante d’électricité de la part des multinationales qui font tourner les centrales en Irak. Malheureusement c’est la corruption généralisée qui a prévalu. Des statistiques indiquent que les quarante ou quelques milliards de dollars prévus pour le développement de l’électricité en Irak dépensés depuis 2003 l’ont été en vain !

Quels sont vos espoirs pour l’avenir ?

J’espère qu’une loi sur les droits et libertés des syndicats sera adoptée. J’espère aussi continuer à bâtir et renforcer le SGOTE avant mon départ. J’espère que la sécurité reviendra en Irak et que le cauchemar du terrorisme et de l’EIIL se terminera, car c’est source de craintes réelles pour moi et les miens.

Comment les autres syndicats peuvent-ils montrer leur soutien et solidarité aux travailleurs d’Irak ?

Toutes ces années, nous avons eu le soutien et la solidarité de syndicats et d’organisations internationales, qui ont adressé des messages aux responsables irakiens en se rendant dans les ambassades irakiennes de nombreux pays et en organisant des sit-ins. Ils ont soutenu les syndicalistes qui avaient été transférés sur des lieux de travail éloignés et ont été solidaires de ceux qui ont été attaqués en justice. Je dois ici souligner le rôle crucial de la délégation d’IndustriALL qui s’est rendue en Irak en 2013, dans des circonstances difficiles, pour rencontrer le Ministre du Travail, le Président de l’Assemblée et des parlementaires. Nous espérons que ce soutien va se poursuivre afin de pouvoir préparer le terrain à une législation qui entérine les droits et libertés des syndicats ainsi qu’une loi sur la sécurité sociale pour les travailleurs.

Alcoa : membres d’équipage débarqués en Australie et fermetures d’usines aux États-Unis

L’équipage du Portland est syndiqué par le Syndicat de la Marine d’Australie (MUA), affilié lui-même à la Fédération internationale du Transport (ITF), une organisation sœur d’IndustriALL. Le MUA est en conflit avec l’armateur qui veut licencier l’équipage après que le cargo se sera rendu à Singapour pour y être ferraillé.

Le Portland a été utilisé pour le transport de minerais entre l’Australie-Occidentale et la fonderie d’Alcoa à Portland. En vertu de la législation australienne, les navires affectés au cabotage comme le Portland doivent battre pavillon australien et son équipage doit être composé de nationaux.

Parce que le navire devait être réparé et entretenu, Alcoa a reçu une dérogation temporaire de la part du gouvernement australien. Cependant, aucun frais pour des réparations n’apparaissent et les travailleurs australiens ont été remplacés par un équipage étranger moins payé et aux conditions de travail inférieures.

Remplacés par un équipage étranger et le navire se retrouvant exempté de taxes, les syndiqués ont décidé d’empêcher la dernière traversée du Portland vers Singapour.

Avant même ce conflit, Alcoa avait commencé à recourir à un navire de remplacement. Le MUA est d’avis qu’Alcoa essaye d’utiliser ce navire de remplacement pour saper les droits et les conditions de travail des travailleurs australiens.

Dans un mouvement de soutien aux marins australiens en lutte pour leurs droits, une résolution spéciale sur Alcoa a été adoptée par le Comité exécutif d’IndustriALL lors de sa réunion à Phnom Penh en décembre 2015.

Alcoa est coutumier de ces pratiques controversées et destinées à augmenter les bénéfices, notamment par la fermeture d’usines syndiquées.

Début janvier, Alcoa a annoncé la fermeture de deux de ses usines aux États-Unis : la fonderie du comté de Warrick et la raffinerie de Point Comfort.

Ce sont des membres des Métallos USW, affilié d’IndustriALL, qui opèrent sur ces deux sites. Ces fermetures vont avoir un impact dramatique sur les travailleurs et travailleuses ainsi que leurs familles et les communautés dont ils et elles font partie.

L’entreprise prétend que ces sites ne sont plus concurrentiels. Or, dans le même temps, Alcoa a refusé de soutenir les efforts visant à sévir contre les importations illégales d’acier chinois aux États-Unis et a construit des fonderies en Arabie saoudite, dont l’USW estime qu’elles peuvent servir à délocaliser de la production américaine et que, tout en étant composée d’une main d’œuvre non-syndiquée, elles auront toujours accès au marché américain.

“La surcapacité mondiale en aluminium, ainsi qu’au sein d’autres industries fournissant des produits de base, a créé des marchés et des tarifications intrinsèquement faibles. Comment les salariés américains sont-ils supposés faire concurrence aux produits mis sur le marché de manière inéquitable et illégale dans le cadre d’une capacité mondiale surdimensionnée et inutile ? Les législations commerciales de notre pays ont besoin d’un ré-examen réel et en toute honnêteté et d’une révision à la lumière de cette surcapacité," indique Tom Conway, Vice-président international de l’USW. 

IndustriALL exprime sa solidarité après la tentative d’assassinat d’un dirigeant syndical somalien

IndustriALL Global Union se joint à la CSI pour dénoncer la tentative d’assassinat et pour appeler à une action du gouvernement somalien pour mettre fin aux tentatives d’intimidation, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir de nouvelles attaques contre des syndicalistes dans le pays.

Omar Faruk Osman est le secrétaire général de la Fédération somalienne des syndicats (FESTU) affiliée à la CSI. FESTU est la première centrale syndicale indépendante et démocratique dans le pays.

Le Secrétaire général de la FESTU entrait dans le bureau du syndicat lorsque trois hommes armés ont arrosé sa voiture de balles dans la rue Taleex. Omar Faruk a échappé à la mort par chance, mais l'un de ses gardes du corps et deux piétons ont été grièvement blessés.

C’est un fait bien connu que des menaces contre Omar Faruk ont été proférées à plusieurs reprises par des groupes radicaux et certains membres du gouvernement somalien en raison de son engagement pour l’édification d’un syndicat puissant et indépendant dans son pays. Cette tentative d'assassinat peut également être liée à la position adoptée récemment par Omar Faruk pour dénoncer une loi controversée sur la presse, adoptée par le Parlement somalien, qui est décrite comme présentant une menace pour la liberté des organes de presse dans le pays.

Dans une déclaration publique, le président de la FESTU, Ahmed Osman, a dit:

"La FESTU est là pour rester et aucune attaque ou tentative sur la vie de nos dirigeants ne nous empêchera d’accomplir notre mission historique, qui est de libérer les travailleurs et travailleuses de l'exploitation, de l'oppression et de la soumission."

IndustriALL a signalé dans le passé des tentatives d'intimidation, des menaces et des attentats à l’explosif contre la FESTU, et ses efforts pour syndiquer les travailleurs et travailleuses.

L’accord avec H&M s’avère d’une grande influence dans la résolution des conflits

L’ACM, qui a été signé en novembre 2015, sert à protéger les droits des quelque 1,6 million de travailleurs de la chaîne d’approvisionnement mondiale de H&M.

Au Myanmar, l’ACM a été crucial pour permettre le retour à leurs postes de syndicalistes, ainsi que pour obtenir la reconnaissance du syndicat au sein de l’usine Jiale Fashion de Rangoun.

Huit dirigeants syndicaux ont été licenciés de cette usine de confection en octobre 2015, ce qui a déclenché une grève d’un mois. La Confédération des Syndicats du Myanmar (CTUM) a fait état de ce conflit au bureau régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-est, qui a invoqué l’ACM auprès du Département pour la Durabilité de H&M à Rangoun et en Suède, sachant que cette affaire soulève la problématique de la liberté syndicale.

Le Département pour la Durabilité de H&M a alors fait pression pour le dialogue, à la fois par le biais de son bureau sur place à Rangoun et auprès des propriétaires de Jiale Fashion à Hong Kong. Le Département pour la Durabilité de H&M, IndustriALL et la CTUM ont été impliqués tout au long du processus jusqu’à ce qu’un accord soit conclu entre les travailleurs et l’employeur.

En plus de réintégrer les travailleurs licenciés, l’entreprise a accepté de reconnaître le syndicat, l’Organisation syndicale de Jiale Basic, affiliée à la CTUM et IndustriALL par le biais de la Fédération des Travailleurs de l’Industrie du Myanmar (IWFM).

Khaing Zar, Secrétaire général adjoint de l’IWFM a indiqué :

“Établir la confiance entre les travailleurs et la direction est un élément clé de la paix sociale. La formation d’une Commission de coordination des Travailleurs au sein de l’usine va améliorer la coopération sur le lieu de travail et, bien entendu, le plus grand acquis est la reconnaissance du syndicat de Jiale Fashion.”

La Directrice d’IndustriALL pour le Textile, Christina Hajagos-Clausen, a déclaré :

“L’ACM se fonde sur une conviction partagée que des relations sociales bien structurées sont essentielles pour un modèle de production stable et soutenable. Ce type de collaboration est crucial pour une consolidation des avancées en faveur des travailleurs et travailleuses de la confection au sein de la chaîne d’approvisionnement de H&M.”

En novembre 2015, 88 travailleurs de l’usine Denim Clothing Company (DCC) au Pakistan avaient été mis dehors pour avoir revendiqué leurs droits. Le conflit a débuté lorsque cinq représentants des travailleurs ont été licencié sur le champ pour avoir demandé à discuter de certaines problématiques comme l’absence de sécurité sociale et d’assurances ou celle de rémunérations en dessous du salaire minimum souvent versées avec retard. 83 collègues qui s’étaient montrés solidaires avaient également perdu leur emploi.

Dans le cadre de cet ACM nouvellement conclu avec H&M, les parties ont travaillé ensemble pour que les 88 travailleurs retrouvent leur poste, par le biais de négociations avec l’affilié pakistanais d’IndustriALL, la NTUF et la direction locale de Denim Clothing. L’ensemble des travailleurs a été réintégré avec l’intégralité de leur salaire depuis le 26 novembre, date à laquelle ils avaient été mis à pied.

Nasir Mansoor, Secrétaire général adjoint de la NTUF, a indiqué que grâce à l’ACM et aux efforts du bureau régional d’IndustriALL les problèmes avaient été résolus rapidement :

“Avec une marque proactive, un ACM est un outil efficace pour résoudre les conflits et un instrument de grande valeur pour protéger les droits des travailleurs.”

Abdul Jabbar, l’un des travailleurs concerné conclut :

“Ceci nous montre la puissance de travailleurs unis et la force de la solidarité internationale pour résoudre des crises. Non seulement cela nous a donné beaucoup de courage, mais aussi aux autres travailleurs de l’usine ainsi qu’à ceux d’autres sites des alentours.”