Les syndicats des mines prêts à en découdre

Les fils rouges de ces réunions régionales, sectorielles et à niveau d’entreprise comprenaient le besoin d’une réponse syndicale forte et coordonnée à la crise des matières premières, celui de bâtir une force syndicale par le biais de la syndicalisation et de négociations collectives efficaces et d’assurer que les réseaux syndicaux du secteur soient forts, réactifs et représentatifs.

Les réunions syndicales ont rassemblé des participants venus d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Mexique et d’Uruguay, qui ont été rejoints pour la réunion concernant Anglo American par des délégués d’Australie, du Botswana et d’Afrique du Sud.

Le Directeur des Mines d’IndustriALL Glen Mpufane indique :

Nous devons nous battre pour défendre les emplois décents qui sont menacés dans le contexte de la crise actuelle des matières premières, mais nous devons aussi être prêts lorsque le secteur rebondira. Les syndicats ont été pris à contre-pied quand le secteur des matières premières s’est effondré, maintenant nous devons nous assurer que la même chose ne se produise pas lorsqu’il renaîtra de ses cendres.

Sur base de l’expérience des participants, une stratégie multipolaire destinée à gérer l’impact de la crise des matières premières a commencé à émerger. Elle comprend l’utilisation de la crise comme argument de syndicalisation, une mobilisation pour défendre les emplois, en recherchant et étayant des contre-arguments expliquant que la crise des matières premières n’est pas l’excuse toute faite pour détricoter les droits des travailleurs, en se servant des meilleurs pratiques en vigueur dans d’autres pays ainsi que des dispositions figurant dans les normes internationales, en négociant avec les employeurs et les gouvernements pour trouver des alternatives aux fermetures et aux licenciements et, en dernier recours si les pertes d’emploi deviennent inévitables, en négociant les termes des licenciements de sorte à en minimiser l’impact sur les travailleurs.

Syndiquer et renforcer la négociation collective était un autre sujet phare de la rencontre. Les participants ont identifié des stratégies de syndicalisation afin d’amener les travailleurs précaires dans nos rangs ainsi que des dispositions spécifiques à faire figurer dans les conventions pour prévenir la propagation du travail précaire et s’assurer que les travailleurs précaires bénéficient des mêmes droits que leurs équivalents permanents. Une analyse en profondeur des conventions collectives de travail chez Glencore et Anglo American est en cours avec l’objectif d’identifier des stratégies communes.

De plus, les participants au réseau régional ont tenu une minute de silence en mémoire des nombreux mineurs qui ont péri en 2016 et ont planifié une journée d’action pour le 28 avril afin d’exiger la ratification et la pleine application de la Convention 176 de l’OIT sur la santé et la sécurité dans les mines.

Les délégués ont également débattu du renforcement de leurs réseaux par le biais d’une coordination et d’une représentativité accrue, incluant notamment une plus grande participation des femmes. Le réseau mondial Anglo American a décidé d’incorporer les problématiques liées aux femmes en tant que point de l’ordre du jour récurrent de ses réunions, ainsi que de propager une politique sur le harcèlement sexuel et d’inviter des oratrices à prendre la parole lors de futures réunions.

Le réseau régional a encore tenu une conférence de presse pour exprimer sa solidarité avec Sintracarbón, le syndicat des mineurs de charbon colombien, dont les membres ont voté à une écrasante majorité en faveur d’une action de grève pour le cas où une compagnie minière propriété conjointe d’Anglo American et BHP Billiton continuerait à exiger des concessions au niveau des négociations en vue du renouvellement d’une convention collective. Sintracarbón a depuis conclu cette convention avec succès.

La prochaine réunion se tiendra en Bolivie pour marquer l’engagement d’IndustriALL à soutenir les mineurs de ce pays andin.

IndustriALL est reconnaissant au SASK et à Union-to-Union ainsi qu’à ses affiliés suédois et finlandais pour le soutien du projet régional pour les mines ainsi encore qu’à la FES pour son soutien du réseau Anglo American.

Des travailleurs tués dans une mine de Glencore du Katanga au Congo

Katanga Mining appartient pour 75% au géant minier suisse Glencore.

La mine a connu ce que Glencore appelle une “défaillance géotechnique”, un glissement de terrain, sur la paroi de cette mine à ciel ouvert dans la matinée du 8 mars.

La mort de sept travailleurs qui se trouvaient dans cette zone de l’exploitation au moment de l’accident a été confirmée. L’entreprise a fourni une assistance financière aux familles des victimes pour les frais funéraires et la période de deuil.

Cette mine du Katanga se situe près de la ville de Kolwezi, dans la ceinture du cuivre et du cobalt du sud du pays. C’est une friche où l’activité est en cours de redéploiement. Le Katanga se vante sur son site internet d’avoir “l’un des coûts de production à l’unité les plus bas du monde” au sein de cette exploitation.

Le cobalt est un composant vital des batteries des téléphones portables. Les efforts de multinationales comme Glencore pour faire baisser le coût unitaire au plus bas contribuent à l’existence d’une culture de déplorables conditions de santé et de sécurité, ce qui peut avoir constitué un des facteurs de cet accident.

Glencore est l’une des plus grandes et des plus diversifiées des entreprises du domaine des mines et des matières premières au monde. Elle est hostile aux syndicats et s’efforce sur nombre de ses sites d’activité dans le monde de remplacer des salariés permanents expérimentés par des travailleurs précaires. Alors qu’elle prétend être un leader de son secteur en matière de santé et sécurité, l’entreprise a dans ce domaine un bilan médiocre et fait fonctionner des sites d’activité dangereux avec des briseurs de grève sans formation.

Glencore privilégie l’extraction des ressources et un faible coût à l’unité aux bonnes conditions de travail et de sécurité. L’entreprise est depuis longtemps la cible de campagnes constantes de la part des syndicats et des communautés riveraines de ses activités. IndustriALL entretient un réseau mondial de militants syndicaux qui se battent pour faire prévaloir la justice chez Glencore.

Glen Mpufane, Directeur des Mines chez IndustriALL, a déclaré :

Nous sommes profondément attristés par ces nouvelles pertes de vies humaines au sein d’une mine de Glencore et nous transmettons nos sincères condoléances aux familles des victimes. Glencore se dit un leader de l’industrie minière en matière de santé et sécurité mais cette nouvelle tragédie tourne cette affirmation en ridicule. Aucun montant d’indemnisation de la part de Glencore ne pourra jamais compenser la perte d’un être aimé.

Crise de la sécurité minière pakistanaise: 10 nouvelles personnes tuées

Dix travailleurs ont été tués dans l’accident minier survenu le 12 mars 2016 dans la mine de charbon d’Al-Hussaini, située dans la zone de Doli, dans la région d’Orakzai, au cœur de la province de Khyber Pakhtunkhwa.

Selon les informations obtenues, une explosion due à l’accumulation de gaz méthane s’est produite à l’intérieur de la mine, piégeant en son sein 27 travailleurs, dont le sauvetage a été compliqué par les fortes précipitations.  

Bien qu’il n’existe pas de données exhaustives sur le nombre de décès provoqués par l’exploitation des mines, un examen des informations parues dans la presse montre qu’au moins 228 mineurs ont été tués dans 38 incidents distincts depuis 2010. Cette estimation, sans doute prudente, reflète toutefois l’ampleur du problème. Les pertes constantes en vies humaines sont la preuve que les mines pakistanaises continuent d’être exploitées avec des normes de sécurité insuffisantes et des systèmes d’aération déficients.

Aussi bien dans les mines publiques que privées, les travailleurs sont soumis à des normes de sécurité au travail dangereuses et à des mauvaises conditions de travail. La majorité d’entre eux sont employés par des fournisseurs de main d’œuvre externes, perçoivent des bas salaires et ne disposent pas de contrat écrit. Beaucoup sont payés d’avance, se retrouvant dans un état de servitude jusqu’au remboursement de leurs dettes, prélevées directement sur leurs salaires.

La direction de la mine est bien souvent incapable de faire face aux accidents de manière appropriée. Les opérations de sauvetage professionnelles commencent souvent tardivement. La plupart du temps, l’absence de soutien médical professionnel près des mines oblige de transporter les victimes dans des hôpitaux éloignés, faisant perdre un temps précieux en situation d’urgence où des vies sont en jeu.

Ni les travailleurs accidentés ni les familles des travailleurs tués ne reçoivent des soins médicaux appropriés ou des indemnités suffisantes. Le gouvernement n’a pas pris les mesures correctives nécessaires pour stopper les explosions de gaz méthane qui représentent pourtant une cause majeure des accidents miniers.

Le manque d’inspections du travail est pour beaucoup à l’origine du non-respect des lois sur la sécurité en matière d’exploitation minière. Le nombre total d’inspecteurs du travail au Pakistan a augmenté de 293 à seulement 337 de 2001 à 2012,  le secteur non agricole formel de l’économie bénéficiant d’un seul inspecteur du travail par tranche de 250 000 travailleurs.

Dans une lettre adressée au Conseil d’IndustriALL pour le Pakistan (IPC), Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL, déclare:

Nous appelons à nouveau le gouvernement du Pakistan à ratifier de toute urgence la Convention 176 de l’OIT sur la Santé et la Sécurité dans les Mines, et à mettre en œuvre, toutes affaires cessantes, le Recueil de directives pratiques sur la sécurité et la santé dans les mines de charbon souterraines de l’OIT.

Jyrki Raina en visite au Chili pour soutenir les affiliés

Au cours de sa visite au Chili, les 14 et 15 mars, Jyrki Raina a également rendu visite aux affiliés d’IndustriALL, à une compagnie minière et tenu des réunions avec les ministres du travail et de l’intérieur. L’objectif principal de ce déplacement était d’apporter un soutien aux revendications des travailleuses et travailleurs en faveur de réformes du travail, de débattre de la politique industrielle du pays et d’encourager le gouvernement à signer la Convention n°176 de l’OIT sur la sécurité et la santé dans les mines.

“Je suis ici pour affirmer notre soutien aux affiliés chiliens et à la CUT, qui se battent pour une réforme du travail équitable qui protège les droits des travailleurs. Il y a des aspects positifs dans le travail accompli par le Sénat, mais nous pensons qu’il est aussi important de permettre des négociations nationales inter-entreprises. Ce serait là une manière importante et utile de promouvoir des relations sociales au bénéfice de tous,” a indiqué Jyrki Raina lors de la conférence de presse.

Barbara Figueroa, Présidente de la CUT, également présente à la conférence de presse, a déclaré :

“Le Chili n’a pas connu de réforme des relations sociales depuis 30 ans. Nous devons mener le processus actuel avec le plus grand soin. Il serait irresponsable de la rejeter totalement au motif qu’elle ne répond pas à toutes nos attentes. Nous devons nous rappeler que nous pouvons poursuivre ce processus de réforme dans le futur. Nous avons vécu des temps difficiles et beaucoup dépendra de la faculté des syndicats à tirer parti au mieux de ces dispositions minimales."

Les CONSTRAMET, CONSFETEMA et FTC, tous affiliés d’IndustriALL, ont accordé un soutien critique à la réforme envisagée et s’efforcent toujours de l’améliorer. Ils participeront à la grève du 22 mars avec pour slogan “plus de démocratie, la réforme maintenant, une nouvelle constitution et un meilleur Chili”.

Jyrki Raina, accompagné de Jorge Almeida, Secrétaire régional d’IndustriALL et Marino Vani, Secrétaire régional adjoint, a également tenu des réunions avec la Ministre du Travail, Ximena Rincón, et la Ministre des Mines, Aurora Williams, pour discuter de la position du gouvernement sur d’autres problématiques importantes pour les travailleurs, comme la ratification de la Convention n° 176 sur la sécurité et la santé dans les mines.

La Ministre du Travail leur a indiqué qu’en pratique, les mines chiliennes rencontraient les normes définies par la Convention n° 187 et que, le 28 avril, le gouvernement avait l’intention de lancer une nouvelle politique en matière de santé et sécurité. Quoi qu’il en soit, il est convenu d’examiner la convention avant cette date. La Ministre des Mines a fourni des chiffres qui montrent une amélioration de la situation en matière de santé et sécurité.

Rio Tinto sape le droit de grève

Cette tentative de Rio Tinto pour généraliser le travail précaire et son intransigeance dans des négociations qui s'éternisent ont poussé les travailleurs affectés au chargement sur les navires de l'aluminium destiné à l'exportation à entamer une grève illimitée le 24 février. L'entreprise a remplacé les grévistes par des cadres locaux et d'autres venus de France.

"Rio Tinto a franchi un nouveau cap en réclamant plus de sous-traitants moins payés et en remettant en cause le droit de grève", a déclaré le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, Kemal Özkan. "En appuyant ses revendications en faisant venir des briseurs de grève de l'étranger, Rio Tinto montre jusqu'où elle est prête à aller dans sa volonté impitoyable de précariser la main-d’œuvre."

Cette semaine, elle a encore fait venir deux autres briseurs de grève de France. Tous deux sont bien connus dans la gestion des ressources humaines de Rio Tinto et sont réputés pour être intraitables dans les négociations avec le personnel. Aucun n'a l'expérience du travail de docker et l'un d'eux fêtera ses 60 ans cette année, ce qui soulève de forts doutes quant à leur aptitude à faire le travail en toute sécurité et quant aux prétentions de Rio Tinto de faire passer la sécurité avant tout.

IndustriALL coordonne la réplique que le Réseau syndical mondial de Rio Tinto veut apporter à ses pratiques antisyndicales en Islande. Les syndicats d'une dizaine de pays où Rio Tinto est implantée ont envoyé des messages de solidarité et proposé leur aide.

IndustriALL a collaboré avec son organisation-sœur, la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), afin de suivre les cargaisons d'aluminium de Rio Tinto entre l'Islande et leurs pays de destination. Les syndicats des clients belges, néerlandais, norvégiens et britanniques ont alors manifesté leur soutien en leur demandant de prier Rio Tinto de négocier une sortie équitable de la grève. IndustriALL a aussi dénoncé auprès de grands actionnaires de Rio Tinto ses attaques contre les droits des travailleurs en Islande.

Permettre à Rio Tinto d'importer des briseurs de grève et de refuser le droit de grève à une catégorie de travailleurs pourrait aussi exposer le gouvernement islandais à des critiques à la Conférence internationale du travail qui s'ouvrira fin mai à l'OIT. Cela pourrait aussi donner lieu au dépôt d'une plainte contre l'Islande auprès du Comité de la liberté syndicale de l'OIT.

Rio Tinto a récemment connu deux grèves en France. Le personnel de Carbone Savoie, dont Rio Tinto procède actuellement à la vente et où la santé et la sécurité soulèvent de graves questions, s'est mis en grève devant le refus de la direction de consulter les syndicats à propos de cette vente et de garantir un investissement qui assurerait la viabilité de l'entreprise. Et à Dunkerque, les travailleurs de la fonderie d'aluminium ont fait grève pour réclamer une part décente des profits de l'entreprise.

"Rio Tinto a récemment provoqué des grèves dans plusieurs pays en raison de sa conception des relations du travail", a déclaré Kemal Özkan. "Plutôt que de tenter de déposséder les travailleurs de leurs droits fondamentaux, il est temps que Rio Tinto collabore avec les syndicats en Europe et partout dans le monde pour mettre en place des relations professionnelles saines et constructives."

Chevron licencie des travailleurs bangladais par texto dans une campagne antisyndicale

Le Président du syndicat créé par les travailleurs de Chevron au Bangladesh, Saiful Islam, a été licencié par la direction en mai 2015 pour avoir recruté ses collègues. Il indique que ce sont maintenant 50 travailleurs qui ont été licenciés par texto, dont 8 des 12 représentants élus des travailleurs. Au lieu de lettres de licenciement officielles, ces travailleurs ont reçu des messages leur disant qu'ils étaient renvoyés.

Notre affilié, la Bangladesh Chemical, Energy and Allied Workers’ Federation (BCEF), qui soutient la création d'un syndicat chez Chevron, demande que l'entreprise réintègre ces travailleurs, transforme leur emploi en poste permanent et leur permette de créer un syndicat, conformément au code du travail du Bangladesh.  

Chevron est présent au Bangladesh depuis 10 ans, après avoir repris les activités d'Unocal. Il est le premier producteur de gaz naturel du pays ainsi que le principal investisseur étranger, et sa façon d'agir constitue un précédent de poids.

Les contrats précaires sont la règle chez Chevron, parfois depuis 20 ans. Sur ses 463 salariés directs, seuls 37 ont un contrat permanent.

Maintenir un salarié sous contrat temporaire pendant plus de trois mois est une infraction au droit du travail bangladais. L'an dernier, les travailleurs de Chevron se sont mobilisés et, réunis en assemblée générale, ils ont formé un syndicat.

Le syndicat a demandé son enregistrement et près de la moitié du personnel s'y est affiliée.

Un groupe de travailleurs ont porté leur cas devant la Cour du travail pour réclamer un statut permanent. Le syndicat s'est lui aussi adressé à la cour pour demander sa reconnaissance légale.

La direction a réagi de manière agressive, en licenciant 17 représentants des travailleurs et en faisant appel à la police et aux forces de sécurité qui ont mis les locaux du syndicat sous scellés.

IndustriALL a écrit à Chevron en septembre dernier pour protester contre cette grave violation des droits des travailleurs.

La direction n'a tenu aucun compte de cette lettre et elle poursuit sa campagne de harcèlement et d'intimidation des travailleurs. IndustriALL a écrit une nouvelle fois à Chevron aujourd'hui, 16 mars 2016, pour exprimer sa colère devant les violations constantes des droits des travailleurs et du droit du travail commises par Chevron.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Jyrki Raina, écrit :

"Le comportement de Chevron est scandaleux et traduit un mépris flagrant pour ses travailleurs et pour leur droit à une représentation syndicale. Nous soutenons la BCEF et demandons que Chevron réintègre les travailleurs, rende leurs emplois permanents et leur permette de créer un syndicat, conformément à la législation du travail bangladaise.

Femmes et travail : les disparités entre sexes ne se résorbent pas assez vite

La Journée internationale de la Femme est l’occasion de célébrations, parce que la lutte menée par des générations de femmes pour l’égalité et la reconnaissance de leurs droits a débouché sur de réels progrès. Mais selon le rapport de l’OIT, les avancées en faveur des femmes se sont retrouvées au point mort et en certains endroits ont régressé.

Ce rapport part d’une étude qui fait autorité sur les conditions de travail des femmes de par le monde.

Analysant de manière circonstanciée de grandes masses de données, il prend en compte les différents aspects des disparités entre sexes sur le lieu de travail, y compris le nombre de femmes employées, celles qui ont des emplois qualifiés, la comparaison des rémunérations des femmes avec celles des hommes, le nombre d’heures prestées, les dispositions en matière de pension et les responsabilités familiales.

Le tableau brossé est complexe et diverge en fonction des pays, de l’éducation, du niveau de qualification ainsi que d’un certain nombre d’autres facteurs. Dans l’ensemble cependant, ce tableau a de quoi déranger.

Au cours des vingt dernières années, les disparités entre sexes ne se sont globalement réduites que de 0,6%. À ce rythme, il faudra plus de soixante-dix ans pour les résorber. L’implication des femmes au niveau du marché du travail est un indicateur implacable de ce problème : seules 50% des femmes ont un emploi rémunéré pour 77% des hommes.

En dépit de décennies de réglementations pour l’égalité des salaires ainsi que de campagnes et de recours juridiques de la part des syndicats, les femmes ne gagent toujours que 77% de ce que perçoivent les hommes. L’écart des salaires ne s’est réduit que de 3% en vingt ans. Les femmes ont également un temps de travail plus long et prestent davantage de tâches non-rémunérées en dehors du lieu de travail.

De manière inquiétante, bien que nous ayons connu une croissance formidable au niveau de l’éducation des femmes au cours des dernières années, cela ne s’est pas traduit par de nouveaux emplois qualifiés pour les femmes. De nombreuses femmes restent sous-employées avec des qualifications non reconnues et non valorisées.

C’est néfaste non seulement pour les femmes mais aussi pour la société et pour l’économie, parce qu’elles y perdent la contribution que les femmes pourraient leur apporter.

L’emprise des politiques d’austérité de par le monde a eu un impact disproportionné sur les femmes. Elles ont davantage été acculées à l’emploi précaire et ont eu davantage de responsabilités familiales et de soin à mesure que les gouvernements rognaient sur les dépenses sociales.

S’exprimant lors de la présentation du rapport à Genève lors de la Journée internationale de la Femme, Sharan Burrow, Secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), a déclaré :

“Aujourd’hui, au lieu de sombrer dans la grisaille, j’arbore la couleur rouge du syndicat. Parce qu’aujourd’hui marque le début d’un combat syndical en faveur de l’économie des soins, des emplois décents et pour les libertés que cela engendrera pour les femmes."

Elle a expliqué que l’absence de progrès par rapport à la réduction des disparités entre sexes était “tragique”, mais que le mouvement syndical avait sa solution.

Se référant à un rapport sur l'économie des soins publié lors de la Journée de la Femme par la CSI, elle a indiqué qu’un investissement de 2 % du PIB dans l’économie des soins au niveau de seulement sept pays permettrait de créer plus de 21 millions d’emplois formels, d’aider l’économie à retrouver de la croissance et de réduire les disparités entre sexes.

La Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL Monika Kemperle a déclaré :

“L’absence d’avancées mise en lumière par le rapport de l’OIT est inquiétant. Avec les Objectifs de développement durable et l’Accord de Paris sur le changement climatique, le monde s’emploie à atteindre des objectifs ambitieux de zéro pauvreté et de zéro carbone. On n’y arrivera pas sans les femmes. Il nous faut l’égalité et nous avons aussi besoin que la vision et les valeurs des femmes fassent partie de la solution."

IndustriALL dénonce les attentats en Turquie et en Côte d'Ivoire

En Turquie, 37 personnes ont péri dans un attentat-suicide dans la capitale, Ankara, le 13 mars. Le mois dernier déjà, 28 personnes étaient mortes dans un attentat à la bombe contre des militaires dans la même ville. En octobre de l'an dernier, plus d'une centaine de personnes avaient perdu la vie dans un attentat-suicide contre une marche pour la paix organisée par des syndicats et des organisations de la société civile à Ankara toujours.

Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est sous le choc après que 15 civils et 3 membres des forces de sécurité aient été abattus pas des militants islamistes d'Al-Qaïda sur la plage de Grand-Bassam. Les attaquants s'étaient arrêtés dans un bar pour prendre une bière avant de se lancer dans leur sanglante opération. Les forces de sécurité en ont tués trois d'entre eux.

"IndustriALL Global Union et ses 50 millions de membres condamnent fermement ces attaques lâches et impitoyables contre des gens sans défense dans leur vie quotidienne. Nous adressons nos plus vives condoléances aux familles des victimes et sommes aux côtés de nos affiliés turcs et ivoiriens," a déclaré Kemal Özkan, le Secrétaire général d'IndustriALL. "Ces attaques ne nous détourneront jamais de notre mission historique et de notre combat pour la démocratie et les droits fondamentaux de l'homme, dont les libertés syndicales sont un élément essentiel."

Grande victoire pour Los Mineros chez ArcelorMittal

Les travailleurs et travailleuses de l’usine ArcelorMittal du Michoacán ont mené une grève d’une semaine en réaction aux violations de leur convention collective et à des licenciements abusifs. L’entreprise a finalement accepté de négocier avec le syndicat et un accord a été conclu afin de mettre un terme à la grève, de renouveler les contrats de salariés en sous-traitance et de restructurer l’usine pour assurer le maintien de 125 emplois menacés.

“Félicitations à tous. Une fois encore, l’unité, le courage et la discipline ont permis d’assurer le respect de vos droits,” a dit Napoleón Gómez Urrutia, le président du syndicat, aux travailleurs et travailleuses impliqués dans cette lutte.

Cet accord représente un grand succès pour les 3.500 travailleurs et travailleuses qui avaient défilé dans les rues pour défendre leur droit de grève alors que l’entreprise et le Département du Travail et de la Sécurité sociale avaient qualifié la grève d’illégale.

“Une des situations les plus problématiques est lorsque les autorités du travail refusent de reconnaître le droit de grève, pourtant universellement consacré par la Convention n°87 de l’Organisation internationale du Travail sur la Liberté syndicale, que le gouvernement mexicain a ratifiée il y a plus de 60 ans,” a indiqué Gómez Urrutia.

L’entreprise a également marqué son accord sur un plan social pour 81 salariés comprenant une indemnité forfaitaire hors-taxe de 100,000 pesos (5.600 US$). Elle a également accepté de discuter sous quinzaine des violations de la convention collective et de verser les salaires correspondant à la période d’arrêt de travail à partir du 4 mars.

Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL, qui est actuellement en visite auprès des affiliés au Chili, a déclaré :

“Nous félicitons les adhérents de notre affilié Los Mineros du Mexique, qui ont une nouvelle fois démontré que par le biais de la lutte, du dialogue et de la solidarité il est possible de remporter de grandes victoires qui bénéficient à tous les travailleurs et travailleuses.”

Géorgie : victoire syndicale après une grève d'un mois dans le secteur du verre

L'employeur a accepté d'augmenter les salaires de 7,5 pour cent à dater du 1er janvier 2016, d'entamer la négociation d'une convention collective en avril 2016 devant entrer en vigueur au 1er janvier 2017, et de mettre des locaux à la disposition de la section locale du Syndicat des travailleurs de la métallurgie, la mine et la chimie de Géorgie (TUMMCIWG), affilié à IndustriALL Global Union.

Une campagne de solidarité internationale a également contribué à cette victoire syndicale. Le Président du TUMMCIWG, Tamaz Dolaberidze, a remercié IndustriALL et toutes les organisations syndicales, y compris les affiliés d'IndustriALL de la CEI, qui ont envoyé des lettres de protestation à la direction de l'usine et à la société turque Şişecam Group, propriétaire de l'usine de Ksani (JSC MINA).

"Cette campagne de solidarité internationale fait une fois de plus la preuve de son importance, car chaque lettre d'un syndicat a incité les grévistes à poursuivre leur combat, les a renforcés, et tout cela a conduit à la victoire", a déclaré Tamaz Dolaberidze.

Les travailleurs de l'usine de verre d'emballage de Ksani ont lancé leur grève le 5 février, après que la direction ait une fois de plus rejeté les revendications du TUMMCIWG qui réclamait une convention collective et des hausses de salaires.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré : "Nous félicitons notre affilié géorgien pour cette excellente victoire pour les travailleurs de Ksani. Nous attendons maintenant de l'entreprise qu'elle remplisse ses obligations et respecte les échéances qui ont été fixées."