Condamnation injuste de syndicalistes coréens de Hanwha Ocean

Le Président de la section locale du Syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), le syndicat des sous-traitants des chantiers navals de Geoje, Tongyeong et Goseong, Kim Hyoung-su, a été condamné à trois ans de prison et à une amende d’un million de wons (équivalent de 670 dollars). L’ancien Vice-président du syndicat, Yoo Choi-Ahn, a été condamné à deux ans de prison, tandis que le Secrétaire général de la section locale, Lee-Kim Chun-Taek, a été condamné à un an de prison.

Neuf autres militants syndicaux ont également été condamnés à des peines de prison, tandis que les 17 personnes restantes se sont vu infliger des sanctions financières.

Le juge a accordé un sursis à l’exécution de toutes les peines d’emprisonnement, citant la nature d’intérêt public de la grève.

Au cours de l’été 2022, la section locale des sous-traitants de la construction navale de Geoje, Tongyeong et Goseong a organisé une grève au dock 1 du chantier naval d’Okpo. Les travailleuses et travailleurs revendiquaient des négociations collectives avec Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering (DSME) pour revenir sur une réduction unilatérale de 30 % des salaires, améliorer les conditions de santé et de sécurité, garantir les droits syndicaux et s’attaquer à ce qu’ils considéraient sur le chantier naval comme des accords de sous-traitance à plusieurs niveaux, assimilables à de l’exploitation.

DSME, rachetée par la suite par le groupe Hanwha et rebaptisée Hanwha Ocean en 2023, a justifié les baisses de salaire en invoquant le ralentissement économique causé par la pandémie de Covid-19.

Les travailleuses et travailleuses en grève ont fait l’objet d’intimidations de la part de l’entreprise et des autorités. DSME a refusé la négociation collective et a mobilisé des employés de son département des ressources humaines, des sous-traitants et des cols blancs pour attaquer les travailleurs et travailleuses en grève. L’administration de Yoon Suk Yeol a fait monter la tension en envisageant de lancer un raid sur la grève, en déployant des commandos et des forces spéciales pour mener des exercices de répression à proximité des manifestations contre le corset imposé aux travailleurs, avec des hélicoptères survolant les lieux.

Malgré la fin de la grève, l’entreprise a poursuivi le syndicat et ses dirigeants en justice et leur a réclamé 37 millions de dollars de dommages et intérêts au titre des objectifs de production non atteints.

En octobre 2023, IndustriALL et la CSI, ainsi que des organisations de la société civile, se sont réunies à Genève pour soutenir la société civile coréenne. Ils ont fait part de leurs préoccupations concernant la répression de la liberté syndicale par le gouvernement coréen lors de l’examen par le Comité des droits de l’homme des Nations unies du respect par la Corée de ses obligations au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Le Président du syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), Jang Chang-year, a fustigé la décision du tribunal en déclarant :

“Les tentatives d’emprisonner nos membres et de leur imposer des demandes de dommages et intérêts astronomiques simplement parce qu’ils revendiquent un traitement équitable et la dignité humaine sont la preuve évidente que le système est fondamentalement défaillant. Hanwha Ocean doit retirer sa plainte civile et la justice doit rendre un verdict de non-culpabilité dans le procès en appel.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“IndustriALL s’attendait à un verdict équitable qui respecte pleinement les droits des travailleuses et travailleurs à la liberté syndicale, y compris le droit illimité de grève et de négociation collective. Cette attente découle de l’engagement de la République de Corée à protéger les droits civiques et politiques de ses travailleurs et travailleuses et de ses citoyens ainsi que de sa ratification des Conventions 87 et 98 de l’OIT. Cela n’a pas été le cas, de sorte que la Corée a encore un long chemin à parcourir. En attendant, ces verdicts doivent être annulés”.

Illustrations : 1-3. Grève de 2022 ; 4. Devant le tribunal, le 19 février 2025. Crédit photo : KMWU

Les accords contraignants sont la clé du progrès

Dans un des panels, Etienne Vlok, de notre affilié sud-africain SACTWU, a souligné le potentiel des accords commerciaux pour promouvoir les pratiques commerciales responsables sur les marchés domestiques, en particulier dans les régions où les normes de fonctionnement éthique ne sont pas aussi bien ancrées qu'en Europe. Le respect des normes internationales doit être une obligation, pas une option.

Les discussions se sont centrées sur l'efficacité des accords juridiquement contraignants pour ce qui est de l'observance des règles et de la promotion de meilleures conditions de travail. Des orateurs ont insisté sur le succès d'accords tels que l'Accord du Bangladesh, qui a démontré que des cadres contraignants peuvent amener des améliorations tangibles des conditions de travail et de la sécurité des travailleurs. Toutefois, nombre d'accords échappant à ces cadres sont sans effet, ce qui montre le défi que constitue l'exécution forcée.

Le forum a aussi fait apparaître un intérêt croissant des investisseurs pour des accords contraignants susceptibles d'atténuer le risque financier. Du point de vue des investisseurs, les entreprises qui ne respectent pas la réglementation sur les droits au travail sont très dangereuses, tant du point de vue de la réputation qu'en matière financière. Pendant le forum, IndustriALL et le Labour Rights Investor Network (LRIN) ont distribué un document intitulé Orientations et attentes des investisseurs : Devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement et accords contraignants, qui expose ce que les investisseurs attendent des entreprises s'agissant du respect des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Plus précisément, il explique comment des accords contraignants passés entre des organisations syndicales ou des représentants des travailleurs et des entreprises peuvent promouvoir les droits fondamentaux au travail et atténuer les risques qu'ils comportent pour les entreprises et leurs investisseurs.

La participation des syndicats a été un autre sujet au centre des discussions. Avec un taux de syndicalisation d'à peine 39 pour cent dans le secteur et des conventions collectives couvrant environ 30 pour cent de la main-d’œuvre – plus élevé que la moyenne générale mais encore très insuffisant – le besoin d'une représentation syndicale élargie reste déterminant.

Les affiliés d'IndustriALL du Bangladesh, du Cambodge et de Turquie ont décrit les défis que rencontrent les syndicats, comme la résistance des gouvernements et des employeurs, ainsi qu'une criminalisation pure et simple des défenseurs des travailleurs dans certains pays. En dépit de ces obstacles, la première convention collective appuyée par des marques a été signée au Cambodge et constitue une grande victoire qui prouve que l'engagement des marques est essentiel pour faire bouger les choses.

Athit Kong, le président du syndicat cambodgien CCADWU, a insisté sur la nécessité d'associer directement les marques aux négociations plutôt que de compter uniquement sur des accords avec leurs fournisseurs.

"Nous devons associer les marques, et pas seulement travailler avec les fournisseurs et les travailleurs. Notre syndicat, le CCADWU, a signé le premier ACM dérivant de l'accord du Cambodge. Nous invitons les autres marques se fournissant au Cambodge à leur emboîter le pas dès que possible."

Une question tout aussi complexe qu'essentielle discutée pendant le forum fut celle du désengagement responsable. Si tant est que les marques doivent réagir avec fermeté devant les violations des droits de l'homme, la rupture soudaine avec des entreprises ou le départ précipité de régions peuvent faire plonger des travailleurs dans la précarité.

"Nous voulons que les travailleurs travaillent. Nous voulons dialoguer avec les entreprises et les marques sur ces questions. Le désengagement doit être géré prudemment, avec des stratégies de départ responsables qui pénalisent le moins possible les travailleurs. Une telle démarche nécessite une planification à long terme, la participation des parties prenantes et une responsabilisation des marques qui fasse que des travailleurs vulnérables ne soient pas privés de leur moyen de subsistance,"

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement.

Les jeunes demandent à être inclus dans les organes de décision

Lors de la réunion virtuelle SEA2PAC du 13 février dernier, une enquête sur l’inclusion des jeunes dans les syndicats a été présentée. Les résultats montrent que le pourcentage de jeunes travailleurs et travailleuses (âgés de moins de 35 ans) dans les comités exécutifs des affiliés d’IndustriALL varie de zéro à 50 pour cent. Quatre répondants sur six ont moins de 10 % de jeunes membres au sein de leur comité exécutif.

La plupart des affiliés d’IndustriALL dans la région ont mis en place des comités de jeunes. Cependant, seules quatre personnes sondées sur six ont indiqué que les syndicats allouaient un budget pour les réunions ou les activités des jeunes.

En général, la base de données sur les jeunes dans la région est limitée, car les syndicats ne disposent pas de données séparées par âge, certains syndicats récoltent des informations auprès de leurs sections d’entreprise. La construction d’une base de données régionale sur les jeunes se heurte à un autre problème : les différentes limites d’âge. Par exemple, le Conseil australien des syndicats (ACTU) considère que les jeunes travailleurs et travailleuses sont âgés de 15 à 27 ans.

Jonathan Cook, Coprésident de la région SEA2PAC, a déclaré :

“Alors nous tentons de recueillir davantage de données auprès des jeunes délégués et que nous sommes confrontés au défi de la rareté des données, le résultat préliminaire de l’enquête montre une représentation inadéquate des jeunes dans les comités exécutifs des syndicats. Il est essentiel de mettre en place une politique forte de la jeunesse au plan mondial afin d’incorporer davantage de jeunes dans les organes décisionnels et d’allouer un budget adéquat aux activités destinées aux jeunes.”

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Ramon Certeza, a déclaré :

“Les voix des jeunes travailleurs et travailleuses restent inaudibles et les syndicats doivent être en mesure de définir les intérêts des jeunes travailleurs et travailleuses. Nous devons continuer à responsabiliser les jeunes travailleurs et travailleuses en leur offrant des possibilités de participation active. Les syndicats doivent s’engager dans le programme de transformation d’IndustriALL pour que les syndicats restent pertinents et résilients.”

La réunion virtuelle comprenait également une formation sur l’égalité des sexes, l’orientation sexuelle et les LGBTQIA+. La directrice pour les questions de genre d’IndustriALL, Armelle Seby, a présenté les concepts de sexe et de genre, d’égalité formelle et d’égalité réelle. Anjali, du syndicat de Tata (Inde), a présenté le concept de diversité et d’inclusion, ainsi que les réalisations des membres LGBTQIA+ en Inde, en donnant des exemples de personnes transgenres assumant des fonctions telles que celles d’avocat, de juge, d’officier de police ou de directeur d’école.

“IndustriALL soutient une visibilité accrue des travailleurs et travailleuses LGBTQIA+. Nous préparons une liste de contrôle sur l’inclusivité et inviterons les affiliés à se joindre à une journée d’action mondiale le 17 mai, journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie,”

a indiqué Sarah Flores, Responsable des jeunes au sein d’IndustriALL.

25 jeunes délégués et observateurs venus d’Australie, du Cambodge, d’Indonésie, du Japon, du Myanmar, des Philippines et de Thaïlande ont participé à la réunion virtuelle.

La campagne des travailleurs de Yazaki obtient un accord favorable après la fermeture des usines en Uruguay

Des négociations tripartites s'étaient tenues entre Yazaki, le ministère du Travail et des représentants du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et apparentés (UNTMRA, affilié à IndustriALL), de la fédération syndicale PIT-CNT et d'IndustriALL en vue de dégager un accord pour 1.200 travailleurs qui avaient perdu leur emploi avec la fermeture soudaine des deux usines de l'entreprise dans le pays.

Après d'intenses pourparlers, un accord a été trouvé et approuvé par l'assemblée des travailleurs. Yazaki a promis de respecter le droit de ses anciens salariés à un règlement définitif, une prime de licenciement unique et une assurance-chômage spéciale d'un an, le tout représentant une enveloppe totale de 3,5 millions $ pour les travailleurs.

Le président de la PIT-CNT, Marcelo Abdala, a expliqué, lors d'une conférence de presse du 12 février,  que l'accord comportait aussi des dispositions fondamentales garantissant une réorientation professionnelle aux travailleurs à la fermeture des usines :

"Il offre aux travailleurs une analyse de leur profil professionnel, une formation dispensée par l'Institut national pour l'emploi et la formation professionnelle ainsi qu'un accompagnement et des conseils à divers niveaux, notamment de l'État national, des départements de Canelones et de Colonia et des syndicats, afin de favoriser leur reclassement, ce qui compte beaucoup."

Il explique que la direction de Yazaki a aussi rectifié ses déclarations et reconnu par écrit dans l'accord que la fermeture n'est pas due à de prétendus conflits avec le syndicat, mais bien à des arguments de coût de production et de compétitivité. Le dirigeant syndical se dit persuadé que l'avantage concurrentiel de l'Uruguay doit reposer sur la qualité, une augmentation réelle de la productivité et de la capacité de production de la main-d’œuvre :

"C'est pourquoi la PIT-CNT a proposé au futur gouvernement d'instituer un mécanisme de négociation triangulaire associant les employeurs, les pouvoirs publics et les travailleurs. Le but est d'arrêter une politique industrielle et de diversifier la matrice de production en jetant les fondations d'une stratégie de développement qui empêche une telle situation de se produire."

Les délégués des travailleurs des usines de Las Piedras et Colonia ont aussi remercié le mouvement des travailleurs et les voisins qui les ont soutenus, en soulignant les combats des travailleurs et l'unité du peuple uruguayen.

Le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Amérique latine, Marino Vani, a déclaré :

"Nous tenons à féliciter les travailleurs, notre affilié UNTMRA et la PIT-CNT pour leur campagne, pour s'être élevés contre les abus et les licenciements unilatéraux des travailleurs auxquels Yazaki a procédé en Uruguay sans aucune discussion préalable avec les travailleurs.

Une fois encore, nous avons vu que si les travailleurs ne relèvent pas la tête et ne ripostent pas, il n'y a pas de dialogue, ce qui a rendu cet accord possible. Notre combat continue. Ce n'est qu'en faisant montre d'unité et en ayant des syndicats forts que nous pouvons obtenir le dialogue et le respect des travailleurs. Sinon, nous serons réduits en esclavage."

Photo: PIT-CNT

Les syndicats indonésiens appellent au remplacement de la loi Omnibus

En novembre dernier, la Cour constitutionnelle d’Indonésie a accepté 21 des 71 points de la requête des syndicats et a ordonné au gouvernement d’adopter une nouvelle loi dans un délai de deux ans. Les syndicats planifient à présent les prochaines étapes de la campagne contre la loi Omnibus.

Lors de la réunion du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie qui s’est tenue les 31 janvier et 1er février à Jakarta, il a été décidé de former une équipe chargée de la réforme du droit du travail afin d’étudier les questions en suspens concernant la loi Omnibus.

L’équipe préparera une liste de revendications communes des affiliés d’IndustriALL d’ici décembre et consultera des experts juridiques avant de la partager avec les parties prenantes. Les participants ont déclaré qu’il était impératif d’inclure les revendications des affiliés d’IndustriALL dans le nouveau droit du travail à venir.

Le Président du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie, Iwan Kusmawan, a déclaré :

“La lutte contre la loi Omnibus après la décision de la Cour constitutionnelle consiste à surveiller sa mise en œuvre, en particulier en ce qui concerne la stagnation des salaires constatée avant cette décision. En 2025, le Président Prabowo a augmenté les salaires minima provinciaux ou de district de 6,5 % et a fixé le salaire minimum sectoriel. Nous nous félicitons de l’annonce et de la promulgation du nouvel arrêté ministériel sur le salaire minimum pour 2025”.

Ce 13 février, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a écrit aux autorités indonésiennes et a exhorté le président du pays à prendre des mesures immédiates ainsi qu’à entamer des consultations approfondies avec les syndicats, notamment avec les affiliés d’IndustriALL, afin d’appliquer la décision de la Cour constitutionnelle et de légiférer sur de nouvelles disposition concernant l’emploi. Il a insisté sur le rétablissement d’un salaire minimum couvrant tous les travailleurs et travailleuses et d’un salaire minimum sectoriel.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“IndustriALL estime que la les syndicats devraient jouer un rôle actif dans la lutte contre la loi Omnibus régressive. Nous communiquerons avec la Confédération syndicale internationale (CSI) pour promouvoir la coopération des syndicats en Indonésie.”

En outre, la réunion du Conseil pour l’Indonésie a recommandé la mise en place d’un centre d’alerte SST pour activer les services de santé et sécurité du travail de chaque affilié. Les participants sont convenus d’améliorer les conventions collectives afin de protéger la liberté syndicale et d’y inclure des dispositions de transition juste.

Le Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie s’est également engagé à accroître la participation des femmes et des jeunes au niveau des structures syndicales, des comités de femmes et de jeunes ainsi que des équipes de négociation des conventions collectives.

Les accords contraignants dans les chaînes d'approvisionnement mondiales : renforcer les droits des travailleurs et réduire le risque pour les investisseurs

Les orientations qui sont données se font l'écho des préoccupations des investisseurs devant les carences du modèle d'"audit social" volontaire ayant cours actuellement dans les chaînes d'approvisionnement à but commercial, et de leur intérêt croissant pour d'autres formes d'accords contraignants, comme l'Accord international sur la santé et la sécurité dans le secteur du textile et de l'habillement.

Les accords contraignants sont prometteurs à plus d'un égard, s'agissant de la responsabilité juridique, de la transparence, du contrôle indépendant ou des réparations en cas de manquement. En 2023-2024, IndustriALL a organisé des tables rondes sur la question à l'intention d'investisseurs. À l'issue de celles-ci, plusieurs d'entre eux ont décidé de constituer un groupe de travail chapeauté par le LRIN, un réseau mondial d'investisseurs centré sur le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective. Au cours de l'année écoulée, ce groupe de travail – composé de gestionnaires de fonds, de propriétaires d'actifs et de fournisseurs de services d'investissement, aux côtés d'IndustriALL et du Comité des représentants des travailleurs au LRIN – ont énoncé une série d'attentes et d'orientations concernant le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement. Ce document analyse en profondeur les accords contraignants et pourquoi ils sont prometteurs, non seulement pour remédier aux violations des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, mais aussi pour réduire les risques pour les entreprises et leurs investisseurs.

"Nous avons rejoint le groupe de travail des investisseurs pour des raisons d'alignement et de simplification; il est important que tous les investisseurs posent les mêmes questions aux entreprises, en particulier dans le domaine des droits de l'homme, un domaine vaste et qui peut dissuader certains investisseurs. 

"En tant qu'investisseurs, nous pouvons pratiquer une approche descendante ou une approche ascendante vis-à-vis des entreprises dans lesquelles nous investissons pour ce qui est du respect des droits de l'homme et du paiement d'un salaire minimum vital, sachant que la promotion de la liberté syndicale et de la négociation collective par le biais d'accords contraignants relève de l'approche ascendante. Nous sommes convaincus que nous obtiendrons les meilleurs résultats et le plus rapidement en alignant et simplifiant autant que possible nos démarches, sans négliger nos particularités,"

déclare Petter Forslund du fonds de pension suédois AP2.

Les orientations données sont bien dans la ligne d'un des grands thèmes du forum de cette année : concrétiser un texte ayant force de loi sur le devoir de diligence dans le secteur. Tout au long de la conférence, des représentants du monde du travail, de ceux de l'entreprise, du capital, de la société civile et des pouvoirs publics ont évoqué l'importance d'un devoir de diligence contraignant, qui mette toutes les entreprises sur un pied d'égalité, qui garantisse aux travailleurs la possibilité d'obtenir réparation, et qui favorise la coopération et la cohérence pour faire face aux risques que présentent les chaînes d'approvisionnement pour l’environnement et pour les droits de l'homme.

Pour Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement :

"Les accords contraignants comptent de plus en plus parce qu'ils montrent ce qui change positivement dans les chaînes d'approvisionnement. L'Accord international, par exemple, réunit plus de 250 signataires et a apporté des améliorations vérifiables au niveau de la sécurité, de la santé et la sécurité au travail et des mécanismes de recours pour les travailleurs."

Lors du Forum, des intervenants ont souligné l'importance des accords contraignants entre syndicats et entreprises, en ce que les parties doivent rendre des comptes en matière de droits de l'homme, mettre en place des mécanismes de recours efficaces, imposer la transparence dans le fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement et assurer un engagement concret entre les entreprises et les travailleurs.

"En tant qu'investisseurs à long terme, les fonds de pension interrogent les entreprises sur les processus associés à leur devoir de diligence, et nous voulons utiliser notre influence aussi efficacement que possible. De récentes recherches montrent que les accords contraignants peuvent donner de meilleurs résultats au niveau de la diligence ce qui, par voie de conséquence, peut être profitable pour nos investissements",

a dit Fransje Puts, du gestionnaire de fonds de pension néerlandais MN.

Le document sur le thème des orientations et des attentes est un outil pratique conçu comme un guide à l'intention des investisseurs sur le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement, plus spécifiquement dans le secteur de l'habillement et du textile, où les accords contraignants sont les plus aboutis. Il met en avant des exemples concrets et des arguments expliquant comment ces accords, conçus au départ pour apporter des solutions à des problèmes sectoriels, ont pour les travailleurs, les entreprises et les investisseurs des effets bénéfiques pour lesquels des initiatives volontaires telles que les audits sociaux n'ont pas été conçues. Son annexe pratique propose aux investisseurs des questions essentielles à poser aux entreprises, avec un chapitre intitulé "Anticiper les réponses des entreprises". Les investisseurs vont maintenant mettre le guide à l'épreuve avant de se revoir plus tard dans l'année pour un échange d'expériences.

Crédit photographique : Atelier de confection aux Philippines. ©ILO

Stellantis rejette les alternatives dans sa détermination à fermer l’usine d’utilitaires de Luton pour augmenter ses profits

En février 2022, Stellantis avait annoncé que l’usine de Luton deviendrait la deuxième usine britannique de Stellantis à produire des véhicules électriques. Cependant, en novembre de l’année dernière, le groupe a annoncé son intention de fermer complètement le site, malgré sa productivité élevée.

Dès l’annonce en novembre 2024, le syndicat Unite a publié une réponse soulignant que :

“La proposition qui a été présentée est une véritable gifle pour nos membres de Luton, où des véhicules Vauxhall ont été fabriqués depuis 120 ans”.

Tant le nouveau Comité d’entreprise européen de Stellantis qu’industriALL Europe et IndustriALL Global Union ont appelé à ce que des alternatives soient explorées. Les réponses de la direction dressent un portrait harmonieux, suggérant que les alternatives ont été soigneusement étudiées et que le dialogue avec les travailleuses a été engagé et constructif. Cependant, la réalité est bien différente.

Toutes les contre-propositions faites pour éviter la fermeture de l’usine ont été catégoriquement rejetées par la direction de Stellantis. Des démarches de haut niveau ont été entreprises par le syndicat Unite auprès de la direction de Stellantis pour sauver l’usine, mais elles ont été rejetées sans qu’aucun dialogue en face à face n’ait été accordé. En outre, le gouvernement britannique a tenté de persuader Stellantis de lui accorder plus de temps pour évaluer ce qui pouvait être fait pour sauver l’usine, y compris en offrant un soutien financier. Les deux propositions ont été rejetées par la direction.

Pour les plus de mille travailleurs et travailleuses menacés de licenciement, cette décision a laissé un goût très amer après des années de loyauté et de solides performances économiques du site.

“Il est clair qu’un dialogue ouvert et équitable visant à sauver l’usine a été bloqué, ce qui a amené les représentants à conclure que la décision de fermeture, qui aurait été prise par le groupe de planification stratégique, était en préparation depuis longtemps et que la direction n’a fait que tromper une main-d’œuvre très productive en lui faisant croire qu’elle avait un avenir,”

a déclaré Gary Reay, délégué principal du syndicat Unite.

Les travailleurs et travailleuses des sites Stellantis du monde entier ont suivi la situation de près et manifesté leur solidarité avec la main-d’œuvre de Luton. Cette situation risque de compromettre la confiance des travailleurs dans la direction, à un moment crucial pour l’entreprise, après le départ du PDG Carlos Tavares l’année dernière.

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“Le comportement de Stellantis à l’égard de sa main-d’œuvre loyale de Luton est répréhensible, elle sacrifie un site productif et l’excellence dans la fabrication sur l’autel de la valeur actionnariale et de la maximisation des profits. Les solutions proposées par les travailleurs et le gouvernement ont été rejetées sans examen approfondi, ce qui témoigne de l’attitude cavalière de la direction. Il est temps que la direction de Stellantis prenne au sérieux sa responsabilité envers ses travailleurs et la communauté locale de Luton et d’ailleurs. L’avenir de l’entreprise dépend de l’ingéniosité et de l’implication de ses travailleurs et travailleuses et nous sommes tous témoins de ce comportement consternant.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Les 1.100 travailleurs et travailleuses de Luton qui risquent de perdre leur emploi sont nos collègues au sein d’une communauté, avec des familles et des amis concernés. Cette décision dévastatrice ne doit pas être prise à la légère et la direction de l’entreprise doit s’impliquer aux côtés du syndicat, qui a maintes fois demandé le dialogue, pour trouver une solution acceptable pour l’avenir.”

Crédit photo : Stellantis

Toujours des lacunes de sécurité au chantier de démolition navale SN Corporation

C'est le second incident à SN Corporation en moins de cinq mois. En septembre dernier, une explosion avait coûté la vie à sept travailleurs et blessé grièvement plus d'une dizaine d'autres. À la suite de cela, le ministère des Industries du Bangladesh a imposé une amende de 2,6 millions de takas (21.096 $) à l'entreprise et ordonné la suspension des activités du chantier naval pendant trois mois.

La Fédération des travailleurs de la métallurgie du Bangladesh (BMF) et la Fédération des travailleurs de la métallurgie, la chimie, l'habillement et la confection (BMCGTWF), toutes deux affiliées à IndustriALL, signalent que l'incident du 3 février est survenu sur le même navire. Un découpeur du nom de Sohel Rana et âgé de 32 ans a été emmené d'urgence à la clinique du chantier. Il a été conduit ensuite dans un centre de diagnostic pour d'autres contrôles médicaux parce qu'il ressentait toujours des douleurs aiguës dans l'oreille gauche accompagnées de troubles de l'audition.

Interrogé par le coordinateur d'IndustriALL pour l'Asie du sud et par des responsables syndicaux locaux, il a aussi parlé de la pénibilité des conditions de travail sur le chantier, en particulier depuis janvier. Il a notamment cité une augmentation de la charge de travail, des journées de travail de 12 heures sans plus de rémunération, aucune disposition en matière de restauration et de rafraîchissements et le fait que le personnel n'a toujours pas reçu son salaire de janvier.

SN Corporation dispose d'un certificat de conformité à la Convention de Hong Kong délivré par la ClassNK – Nippon Kaiji Kyokai. Les entreprises habilitées par la Convention de Hong Kong sont tenues de signaler les incidents industriels survenus dans leurs installations, même s'il s'agit d'incidents mineurs. Pourtant, SN Corporation ne s'est pas seulement abstenue de déclarer l'incident, elle a aussi nié publiquement qu'un tel fait soit jamais survenu le 3 février sur son chantier ou à aucune date récente.

Pour Walton Pantland, le directeur d'IndustriALL en charge des chantiers navals et de démolition navale :

"Le fait qu'un nouvel accident se produise si vite après que l'entreprise ait été autorisée à reprendre ses activités et qu'elle ait nié publiquement que cet accident se soit produit fait penser qu'aucun enseignement n'a été tiré de l'homicide industriel précédent. Les entreprises comme SN Corporation ternissent l'image de l'industrie et discréditent la Convention de Hong Kong en tant que mécanisme d'amélioration. Le gouvernement du Bangladesh doit améliorer d'urgence son inspection de la sécurité industrielle pour s'assurer de la conformité des chantiers navals.

Cambodge : les enseignes de stature mondiale invitées à soutenir des salaires équitables dans la confection

Afin de garantir des salaires équitables et une chaîne d’approvisionnement durable, IndustriALL signe des accords individuels avec des marques qui s’approvisionnent au Cambodge. Cet accord, visant à soutenir des salaires négociés collectivement dans l’industrie de la confection, du textile, de la chaussure et des articles de voyage au Cambodge, décrit comment les enseignes et les détaillants pourront favoriser la mise en œuvre de conventions collectives au niveau des usines, ce qui permettra d’améliorer les salaires et les conditions de travail, de renforcer les relations sociales, d’établir un mécanisme efficace de résolution des conflits et d’encourager le développement des compétences.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, souligne l’urgence d’une action collective pour garantir des salaires équitables et une chaîne d’approvisionnement durable :

“Les bas salaires restent un défi systémique dans l’industrie de la confection, exacerbé par les pressions concurrentielles. Aucune enseigne ni aucun acteur ne peut y remédier seul. Une stratégie salariale durable et efficace doit impliquer toutes les parties prenantes, enseignes, employeurs et travailleurs.”

Cet accord s’inscrit dans le cadre du programme ACT au Cambodge, qui permet aux enseignes de s’impliquer de manière significative aux côtés des syndicats, des fabricants et des autres détaillants, établissant ainsi une nouvelle norme industrielle pour des chaînes d’approvisionnement stables, prévisibles et responsables.

En signant l’accord, les enseignes s’engagent à mettre en place un modèle de relations sociales qui concilie les priorités des travailleurs et travailleuses, des fabricants et des détaillants. L’initiative s’aligne également sur les exigences de diligence raisonnable en matière d’implication des parties prenantes, de salaires et de liberté syndicale, garantissant ainsi une approche transparente et responsable des pratiques d’approvisionnement.

L’accord, qui a déjà été signé par des enseignes de premier plan telles que H&M, Primark et PVH, fournit un cadre structuré pour soutenir la mise en œuvre de conventions collectives au niveau des usines.

“Nous exhortons davantage d’enseignes de stature mondiale s’approvisionnant au Cambodge à suivre l’exemple de leurs pairs du secteur et à s’engager à conclure des accords contraignants qui soutiennent la négociation collective et l’amélioration des salaires dans le pays,”

a déclaré Atle Høie.

Nouvelle trousse à outils pour lutter contre la violence basée sur le genre dans la chaîne d'approvisionnement des batteries

Ending Gender-Based Violence and Harassment: The Case of the Battery Supply Chain (ENGLISH)

Dans beaucoup de lieux de travail, les femmes sont toujours disproportionnément vulnérables du fait de l'insécurité de leurs conditions de travail, de l'absence de mesures assurant le respect des droits au travail et de normes culturelles qui font la part belle aux discriminations. La trousse à outils d'IndustriALL ne se limite pas à souligner les risques de la VHBG dans la chaîne d'approvisionnement des batteries, elle propose aux travailleurs et aux syndicats des solutions leur permettant d'agir.

La nouvelle trousse à outils d'IndustriALL, Mettre fin à la violence et au harcèlement basés sur le genre : Le cas de la chaîne d'approvisionnement des batteries (en anglais seulement), fournit aux syndicats, aux travailleurs mais aussi aux entreprises les outils nécessaires pour identifier et prévenir la VHBG dans le monde du travail. La chaîne d'approvisionnement des batteries va de l'extraction et du raffinage à la production et l'assemblage des batteries, là où les femmes subissent souvent l'insécurité, le harcèlement et l'exploitation.

IndustriALL invite les organisations syndicales à assortir le devoir de vigilance en matière de droits humains d'une perspective de genre pour s'attaquer aux causes profondes et structurelles des inégalités de genre et identifier les formes multiples et interpénétrantes de discrimination.

Que contient la trousse à outils ?

"Avec des cadres mondiaux tels que la C190 de l'OIT, qui arrête des principes directeurs clairs pour lutter contre la violence au travail, le moment est venu d'agir. Les entreprises doivent rendre des comptes et les syndicats doivent avoir les moyens de défendre leurs membres,"

a déclaré la secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christina Olivier.

"Nous pouvons créer une chaîne d'approvisionnement des batteries qui donne la priorité aux droits des travailleurs, à la sécurité et à la dignité. Faisons que cette transition vers l'énergie propre soit vraiment juste et inclusive pour tous."

Que puis-je faire ?

Syndicats : Utiliser cette trousse à outils pour réclamer une évaluation du risque et des processus de prévention qui soient plus rigoureux et un DVDH sexospécifique.

Entreprises : Promouvoir l'égalité de genre et des normes qui mettent en œuvre des politiques de tolérance zéro et renforcent l'évaluation du risque de VHBG

Pouvoirs publics : Appuyer la ratification et la mise en application de la C190 pour sécuriser les lieux de travail partout dans le monde.