Victoire à Trinité-et-Tobago : réintégration des 68 travailleurs licenciés en 2013

“Justice et victoire pour les travailleurs de National Petroleum !” ont scandé les travailleurs à l’annonce de la nouvelle que la Haute Cour de Trinité à Port of Spain avait tranché en leur faveur.

En octobre 2013, NP a licencié 68 travailleurs pour avoir pris part à une grève. En 2014, la Haute Cour a ordonné à l’entreprise de réintégrer les travailleurs, de leur verser les salaires qui leur étaient dus ainsi que 40.000$ d’indemnité. L’entreprise a cependant refusé d’obtempérer.

Finalement, ce 24 mars, la Juridiction du Travail a acté que les licenciements étaient “sévères,  répressifs et non conformes à un exercice sain des relations sociales”. Le 29 mars, les travailleurs ont repris leurs postes, accompagnés par le Président de l’OWTU, Ancel Roget, ainsi que d’autres leaders syndicalistes.

“Lorsque vous reprenez ainsi le travail, l’entreprise peut vouloir vous provoquer et vous tendre des pièges… Donc, vous devez être très prudents et conscients que le prix de la liberté est une vigilance de tous les instants,” a dit Roget aux travailleurs le jour où ils ont repris le travail, rapporte un article de Newsday,

L’entreprise a déclaré qu’elle est disposée à réintégrer les travailleurs et qu’elle prendra la responsabilité du processus de “réintégration et d’apaisement”, en mettant en place un programme pour leur assurer un retour couronné de succès au sein de l’entreprise.

Commentant cette victoire, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Fernando Lopes, a déclaré :

Les travailleurs et travailleuses partout dans le monde ont besoin de syndicats tel que l’OWTU pour contrer l’arbitraire des entreprises.

Des agents de sécurité ouvrent le feu sur des démolisseurs de navires au Bangladesh

Mohammad Sumon était mort sur le coup après avoir été renversé par un camion transportant de la ferraille du chantier Kabir Steel à Chittagong, dans la matinée du 28 mars 2016.

Ayant appris l’accident, des riverains, des collègues et des membres de la famille de Sumon se sont rassemblés sur les lieux. Selon nos informations, les autorités de Kabir Steel avaient fait emmener le corps à l’intérieur des locaux et ont refusé de le remettre aux membres de la famille. Éplorés et en colère, ils ont commencé à protester, bloquant pendant environ deux heures la grand-route Dacca-Chittagong, qui passe devant l’entreprise, pour exiger que les coupables soient punis.

Des agents de sécurité de l’entreprise, agissant selon nos informations sur ordre de Kabir Steel, ont alors ouvert le feu sur les manifestants, blessant sept personnes identifiées comme étant : Nurun Nabi (20 ans), Delwar (24 ans), Usman (25 ans), Munna (20 ans), Musammat Shahnaz (25 ans), Shabuddin (18 ans) et Samir Ahad (16 ans).

IndustriALL Global Union a écrit au Premier Ministre du Bangladesh pour “condamner en des termes les plus fermes” la fusillade.

“Nous exigeons qu’une enquête soit menée pour déterminer pourquoi une telle brutalité a été déployée contre les manifestants. Les coupables doivent être punis,” écrit le Secrétaire général d’IndustriALL, Jyrki Raina. “Nous ne pouvons nous permettre de laisser aller les choses comme si de rien n’était alors que les travailleurs risquent leur vie quotidiennement sur les chantiers de démolition de navires au Bangladesh.”

“IndustriALL appelle le gouvernement du Bangladesh à s’assurer que les victimes d’accidents reçoivent une indemnisation convenable et que soient punis les employeurs qui exploitent des chantiers de démolition de navires avec une négligence grave.”

La lettre exhorte également le gouvernement à mettre en œuvre immédiatement la Loi sur le Recyclage des Navires de 2015, récemment révisée, et d’accélérer la procédure de ratification de la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.

Les trois premiers mois de 2016 ont vu la mort de quatre travailleurs sur des chantiers de démolition de navires au Bangladesh :

Ce 12 mars 2016, Mohammad Morselin, un démolisseur de navire âgé de 20 ans, a chuté d’un bateau alors qu’il travaillait sur le chantier SL Ship Breaking Yard à Kumira, dans l'upazila de Sitakunda. Il est décédé à l’hôpital le 15 mars. Un autre travailleur, Minhaj (43 ans), du même chantier, est également décédé le même jour. Bien qu’il a été avancé que sa mort serait due à une insolation, ses collègues soupçonnent qu’il soit mort dans un accident.

Le 3 mars, Mohammad Shafiqul Islam Shikder (34 ans) a succombé à des blessures encourues alors qu’il déposait un conditionnement d’air sur un navire, celui-ci étant tombé sur lui. Il travaillait au chantier OWW, propriété de Mahsin Badsha.

Le 20 janvier, le démolisseur de navires Akkas Mian (42 ans) est mort, une plaque métallique ayant chuté sur lui pendant le démantèlement d’un navire sur le chantier Asad de Madam Bibir Hat, dans l'upazila de Sitakunda. 

Corée du Sud : IndustriALL réplique par la solidarité dans le combat contre la répression du gouvernement

La mission, composée de leaders syndicalistes venus du siège d’IndustriALL, d’IG Metall (Allemagne), de l’USW (Amérique du Nord) et d’IF Metall (Suède), s’est déroulée alors que le gouvernement sud-coréen intensifie ses attaques contre les droits humains fondamentaux, qui comprennent la liberté d’expression, la liberté de se rassembler pacifiquement et la liberté syndicale.

La mission a rendu visite au Président de la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), Han Sang-Gyun au centre de détention de Séoul et y a livré un message de solidarité de la part du mouvement syndical international.

Dans la lignée de la dernière résolution du comité exécutif, IndustriALL a répété sa ferme revendication de la libération du Président Han et des autres responsables syndicaux détenus, dont deux leaders locaux du syndicat de GM ainsi que l’abandon de toutes les charges retenues contre eux.

Les leaders syndicaux ont été placés en détention immédiatement après un raid de la police contre les bureaux de la KCTU et de ses affiliés le 21 novembre, à la suite de la participation des syndicats à un rassemblement le 14 novembre destiné à protester contre les soi-disant réformes de la législation du travail.

Le mouvement syndical international reste préoccupé par rapport à l’état général de la démocratie, des institutions démocratiques et des droits humains fondamentaux en Corée du Sud.

De plus, le gouvernement de Park Geun-hye a récemment publié de nouveaux principes directeurs administratifs, en vertu desquels les entreprises peuvent renvoyer des travailleurs “sous-performants” et modifier arbitrairement les conditions d’emploi sans le consentement des salariés.

Le mouvement syndical coréen est uni dans son combat contre ces récentes attaques et deux centrales syndicales, la KCTU et la Fédération des syndicats coréens (FKTU), ont uni leurs forces, ensemble avec leurs organisations affiliées.

La KCTU considère que “C’est un acte criminel d’appliquer ces principes directeurs administratifs", tandis que la FKTU les a déclarés “nuls et non-avenus”.

Les deux organisations mènent des actions devant les tribunaux et organisent des rassemblements contre le gouvernement. Dans une déclaration commune, les deux entités ont indiqué : “Nous déclarons que ces principes directeurs sont anticonstitutionnels et illégaux et de ce fait caducs.”

Les syndicats ont également formulé la revendication commune que “les conglomérats coréens (“les chaebols”) soient tenus de remplir leurs obligations sociales d’une juste croissance et d’une redistribution équitable en faveur des travailleurs des chaînes d’approvisionnement des entreprises principales et de leurs fournisseurs, de régulariser les travailleurs et travailleuses précaires, de créer des emplois pour la jeune génération et d’assurer un salaire vital à la population active vulnérable.”

Les quatre affilés d’IndustriALL, à la fois membres des centrales syndicales KCTU et FKTU, ont constitué une alliance manufacturière. Elle comprend le Syndicat coréen des métallurgistes, la Fédération des métallurgistes coréens, la Fédération des chimistes coréens et la Fédération des travailleurs coréens de la chimie et du textile.

Cette alliance manufacturière, ensemble avec la mission d’IndustriALL, a publié une Déclaration commune en faveur des Droits fondamentaux du travail, de la réforme des Chaebols et d’une politique industrielle durable et organisé une manifestation devant les bâtiments du gouvernement.

“Le gouvernement doit retirer ses réformes du travail régressives et au contraire s’engager à des consultations de bonne foi avec les syndicats sur les réformes de la législation du travail,”

a dit Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, lors d’une allocution devant la foule.

“IndustriALL continue à soutenir votre noble cause. Vous n’êtes pas seuls ici. Notre grande famille syndicale mondiale sera à vos côtés.”

Dans le cadre de toute une série d’activités, la mission d’IndustriALL a rendu visite aux centrales syndicales KCTU et FKTU ainsi qu’à tous les affiliés sud-coréens.

L’industrie sidérurgique britannique sur le fil du rasoir

Unite, le plus important syndicat du Royaume-Uni, appelle le gouvernement à intervenir et à renationaliser les usines en péril, tandis qu’un autre affilié d’IndustriALL, le syndicat Community, a appelé Tata à tenir sa promesse d’être un vendeur responsable.

Le Secrétaire général de Unite, Len McCluskey, a déclaré :

“Le temps est venu pour le gouvernement de dire catégoriquement, sans hésitation, que ce patrimoine va être mis en sécurité par la nation, parce que sans lui notre économie ne pourra pas être florissante. Nous voyons déjà nos emplois s’en aller au sein de la chaîne d’approvisionnement en raison de l’incertitude autour de l’avenir de Tata. Notre crainte est l’effet boule de neige si on permet au vent de l’incertitude de s’engouffrer dans notre secteur sidérurgique.

“La convergence d’opinion, allant du monde des affaires au gouvernement, pour dire qu’une nationalisation temporaire est la voie à suivre ne doit pas être ignorée. C’est ce qui a permis de sauver les usines écossaises. C’est ce qui a assuré la survie de l’usine d’Ilva en Italie et qui doit être mis en œuvre pour le reste des sites de Tata.

Roy Rickhuss, Secrétaire général du syndicat de sidérurgistes Community, est de retour au pays après être allé s’entretenir avec Tata Steel au siège de Bombay en Inde. Il nous dit :

“Le Royaume-Uni est maintenant au bord d’une crise nationale. Le retrait complet de Tata Steel du pays risque de détruire l’ensemble de notre sidérurgie. Ce serait un désastre autant pour les communautés qui dépendent de ces emplois que pour l’ensemble de notre assise industrielle.”

Dans un courrier à Tata Steel, Richkhuss ajoute :

“Il est vital que le temps nécessaire soit consacré à trouver un nouvel investisseur. Tata a une responsabilité morale et sociale vis-à-vis des communautés et des familles qui, à travers tout le Royaume-Uni, vivent de l’acier et l’entreprise doit coopérer avec les syndicats et le gouvernement britannique.”

Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous exhortons le gouvernement britannique à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir l’industrie sidérurgique britannique avant qu’il ne soit trop tard. Nous sommes au point de non-retour. Le temps est venu de soutenir les sidérurgistes et leurs familles qui sont dans le besoin. La façon de procéder que le gouvernement va adopter maintenant déterminera le sort de ceux qui vivent de l’acier ainsi que celui de l’économie britannique à tout jamais.”

Jyrki Raina ajoute :

“Tata Steel a dans le passé assuré qu’il serait un vendeur responsable au moment de se défaire de ses avoirs. Des milliers de travailleurs et travailleuses et leurs familles sont dépendants de la tenue de votre promesse.”

Un militant de la communauté minière assassiné sur la Côte Sauvage en Afrique du Sud

Sikhosiphi “Bazooka” Rhadebe, qui présidait le Comité de Crise Amadiba, a été assassiné devant son domicile le 22 mars 2016 par des hommes qui s’étaient présentés comme des policiers.
 
Rhadebe, surnommé “Bazooka”, était un opposant farouche du projet minier Xolobeni, au sein du joyau naturel qu’est la Côte Sauvage, dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud.
 
Deux hommes prétendant être des policiers se sont présentés au domicile de Rhadebe dans un véhicule équipé d’un gyrophare bleu. Il lui ont signifié son arrestation, mais quand il s’est dirigé vers leur véhicule, il a été abattu de huit coups de feu sous les yeux de sa famille.

Plus tôt dans la même soirée, Rhadebe avait téléphoné à d’autres militants pour les avertir qu’ils étaient en danger, ayant vu leurs noms sur une liste d’opposants au projet minier.

Cette mine de titane est un projet de Transworld, une filiale à 100% de la compagnie australienne Mineral Commodities. Il est développé en partenariat avec une entreprise locale, la Xolobeni Empowerment Company.

Ce projet a rencontré une résistance farouche de la part des communautés locales. Il se situe sur des terres ancestrales dont la communauté riveraine se sert pour sa subsistance. Elle a formé en 2007 le Comité de Crise Amadiba et récemment intenté une action en justice contre l’exploitation minière.

Ce meurtre intervient après dix années d’un conflit larvé avec des militants des communautés riveraines qui refusent à la compagnie l’accès aux terres et des incidents mêlant violence et intimidation à l’égard des membres des communautés. Le Comité de Crise Amadiba accuse Mineral Commodities, ses partenaires locaux et alliés d’avoir recours à la violence pour intimider les communautés et les forcer à accepter la mine.
 
Mineral Commodities nie toute implication et déclare dans un communiqué qu’elle “condamne la violence”. Toutefois, son directeur exécutif, Mark Caruso, avait précédemment menacé de “faire pleuvoir la vengeance” sur des opposants à une autre mine développée par la  compagnie en Afrique du Sud.

Le Directeur des Mines d’IndustriALL Glen Mpufane a déclaré :

“Le meurtre de “Bazooka” Rhadebe sur le site de Mineral Commodities sur la Côte Sauvage ne surprendra pas ceux qui ont suivi le conflit en cours autour de la communauté de Xolobeni.
 
“Il entre dans le schéma d’une industrie mondiale prompte au pillage et au profit à tout prix. Notre expérience indique que des forces paramilitaires opérant dans l’ombre ciblent régulièrement les militants des communautés locales et des syndicats. Nous sommes scandalisés que ceci ait pu se produire à Xolobeni.
 
“IndustriALL est convaincue qu’une exploitation minière durable requiert l’implication des syndicats et des communautés locales. Nous condamnons Mineral Commodities pour avoir failli à respecter le Code de conduite australien à l’usage des multinationales et nous exigeons des comptes.”

ArcelorMittal ferme son usine de Trinidad et Tobago et laisse 600 personnes sans emploi

Ces derniers mois ont ressemblé pour les salariés d’ArcelorMittal de Point Lisas à Trinidad et Tobago à un yoyo émotionnel : de nombreuses séances de négociation, des licenciements, une manifestation bien suivie et une juridiction du travail de Port of Spain qui tranche en leur faveur à propos d’un conflit sur les salaires. En dépit de leur lutte sans répit, 644 travailleurs et travailleuses ont perdu leur emploi avec la fermeture soudaine de l’usine.

“L’entreprise a montré dédain et irrespect envers l’intérêt national en n’engageant pas des discussions avec le gouvernement et les autres parties prenantes avant que l’insolvabilité actuelle ne prenne effet,” a déclaré l’affilié d’IndustriALL Global Union, le Syndicat des sidérurgistes de Trinidad et Tobago (SWUTT) dans un communiqué de presse.

La multinationale a indiqué que la chute des prix de l’acier sur le marché mondial et la possible augmentation des prix du gaz et de l’électricité à Trinidad et Tobago faisaient partie des raisons pour lesquelles elle avait décidé qu’elle ne pouvait plus poursuivre ses activités dans le pays. La fermeture est intervenue un jour seulement après que la juridiction du travail a tranché en défaveur de l’entreprise et ne la condamne à payer une forte amende.

Après un échange de courriers entre Jyrki Raina, le Secrétaire général d’IndustriALL, et le PDG de l’entreprise, Lakshmi Mittal, l’entreprise s’est dite “ouverte à continuer d’explorer toutes les options pendant que la liquidation s’opère afin d’en maximiser les résultats pour toutes les parties prenantes. ArcelorMittal est donc prête à aider le SWUTT et à collaborer avec lui”.

Pour l’instant, le SWUTT s’efforce de trouver une alternative qui permette aux travailleurs de conserver leur emploi. Il recherche des investisseurs disposés à racheter l’entreprise et à en reprendre les dettes. Il a également appelé le gouvernement de Trinidad et Tobago a intervenir au plus tôt pour trouver une solution.

Fernando Lopes, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a indiqué :

J’ai visité l’usine à la fin de l’année dernière et il apparaissait clairement que ses dirigeants se comportaient de manière irresponsable en investissant pas dans la modernisation de l’usine et qu’ils avaient l’intention de fermer pour punir le syndicat. Les travailleurs et travailleuses de Point Lisas sont très qualifiés, ArcelorMittal et le gouvernement devraient donc collaborer avec le SWUTT pour identifier la manière de préserver une industrie sidérurgique à Trinidad et Tobago.

ThyssenKrupp lance un système de signalement en ligne des violations

En vertu de l’accord, l’entreprise s’est engagée à respecter les principes de l’Organisation internationale du Travail et en particulier les conventions n° 29, 87, 98, 100, 105, 111, 138 et 182.

Par le biais de l’ACM, ThyssenKrupp adhère également aux principes de :

Afin de mettre en œuvre les dispositions convenues dans l’ACM et d’en informer les travailleurs et travailleuses, l’entreprise l’a traduit dans dix langues. L’entreprise est consciente de violations potentielles de l’accord et a créé un système en ligne dédié permettant son intervention rapide.

Les violations peuvent être signalées soit au nom d’un plaignant désigné, soit anonymement par le biais d’un système sécurisé de messagerie électronique : https://www.bkms-system.net/frameworkagreement.

Tous les salariés et leurs syndicats présents au sein de l’entreprise peuvent également signaler toute violation de l’accord par courriel à l’adresse : [email protected].

Matthias Hartwich, Directeur chez IndustriALL Global Union a indiqué :

L’accord signé avec ThyssenKrupp offre une base solide pour le suivi de l’attitude de l’entreprise au sein des différents pays où elle opère et pour traiter efficacement des violations si et quand elles se produisent. Nous ne pouvons que nous féliciter de la création d’un système qui rend plus facile le signalement des violations. De plus, toute plainte, une fois qu’elle a été acceptée ne peut être déclarée clôturée sans l’approbation du Comité international au sein duquel IndustriALL est représentée avec ThyssenKrupp.

Thyssenkrupp emploie environ 155.000 salariés dans près de 80 pays.

Atteindre la Transition juste vers une économie durable

L’axe particulier de cette réunion était de considérer comment atteindre une Transition juste pour les travailleurs et travailleuses affectés. Plusieurs affiliés d’IndustriALL des secteurs de l’automobile, de l’énergie et des mines se sont joints à la réunion et ont mis sur la table de précieux éléments spécifiques à leurs industries.

Le Secrétaire d’État américain à l’Énergie, Ernest Moniz, s’est également joint à la discussion ainsi que Samantha Smith du WWF et David Crane, ancien PDG de NRG.

Les travailleurs et travailleuses du secteur de l’énergie, en particulier du charbon, mais également des industries qui dépendent lourdement de l’énergie, seront fortement affectés par les efforts en vue de contrôler les gaz à effet de serre et de limiter le changement climatique, dans la logique de l’Accord de Paris.

Les énergies renouvelables vont se développer rapidement à l’avenir de sorte à constituer une plus grande proportion du mix énergétique global, mais entretemps, le mouvement syndical doit s’assurer que ce ne seront pas les travailleurs et travailleuses qui vont payer le prix pour l’empreinte écologique de leurs industries.

Les syndicats nord-américains ont souligné les perspectives offertes par la technologie, dont des solutions de pointe en matière de captage et de stockage du dioxyde de carbone (CCS pour le sigle anglais couramment utilisé), mais également le besoin de financements nationaux pour la Transition juste afin d’alléger les problèmes auxquels les travailleurs et travailleuses vont être confrontés.

Brian Kohler, Directeur d’IndustriALL pour la durabilité, a indiqué :

Notre priorité première sera toujours de défendre les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui dans leurs emplois existants, en revendiquant une transformation industrielle qui les rende plus durables. Cependant, des changements radicaux se profilent dans certains secteurs, et si ne nous montrons pas disposés à nous battre pour une Transition juste en faveur de ces travailleurs et travailleuses, c’est à coup sûr à sa version injuste que serons confrontés.

Les émissions de gaz à effets de serre doivent cesser d’augmenter au plan mondial (ce mois de février a été le plus chaud jamais enregistré), sinon l’Accord de Paris conclu pour conserver le réchauffement climatique sous les 2°C ne sera pas respecté et les conséquences sociales, économiques et environnementales que chacun subira, partout dans le monde, seront catastrophiques

Sur certains aspects, le mouvement syndical a des intérêts qui recoupent ceux des ONG qui défendent l’environnement. Sur d’autres aspects, nous partageons les mêmes préoccupations que nos employeurs. Cependant, l’expertise en matière de transformation industrielle et la manière de rendre ce changement équitable socialement est du domaine de compétence du mouvement syndical. Nous exigeons une place à la table aux côtés des gouvernements et des autres parties prenantes dès lors que se joue le sort des travailleurs et travailleuses, de leurs familles et de communautés entières qui dépendent de ces industries. Comme le dit Mike Langford de l’UWUA : “Si nous ne sommes pas à la table, vous pouvez parier que nous serons au menu !”

L’importance de la justice environnementale dans ce contexte est claire : en particulier dans le monde en développement, de nombreuses communautés sont dépendantes d’un seul secteur, tel celui des mines. Mais aussi, ces exploitations figurent souvent au nombre des plus grands contrevenants en matière d’environnement, en raison de l’absence ou de la faiblesse des réglementations nationales et de la présence de technologies plus anciennes.

Une Transition juste ne se fera pas d’elle-même et le soi-disant libre marché n’en accouchera pas. Elle demande d’intenses lobbying et échanges autant avec les entreprises qu’avec les gouvernements. À défaut, les travailleurs et travailleuses seront les victimes de l’effervescence de dernière minute pour rencontrer les exigences de l’Accord de Paris, sans prendre en compte les nécessaires considérations socio-économiques. IndustriALL, la CSI et l’AFL-CIO se sont accordés à dire qu’il fallait agir, et qu’il fallait le faire maintenant.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Jyrki Raina, a conclu :

Il va de notre responsabilité de faire preuve de leadership à ce moment crucial de l’histoire. Nous ne pouvons pas négocier contre les lois de la physique, mais nous pouvons, et nous le ferons, prôner des politiques industrielles durables et exiger justice et emplois décents pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses d’aujourd’hui et de demain.

Whirlpool signe un accord-cadre avec les travailleurs en Europe

Lors d’une réunion à Rome le 18 mars 2016, des représentants des travailleurs de Whirlpool et Indesit en Europe ont conclu un accord avec la direction de l’entreprise pour la mise en place d’un Conseil d’entreprise pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. L’accord entre en vigueur le 1er juillet 2016.

La direction a accepté d’incorporer tous les amendements à l’accord soumis par le comité spécial de négociation du Comité européen des salariés de Whirpool (Whirlpool European Employee Committee – WEEC), augurant d’une nouvelle ère de collaboration sociale au sein de l’entreprise.

La société américaine Whirlpool a acquis 100% des actions du géant italien de l’électro-ménager Indesit fin 2014, doublant ainsi sa présence en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. L’entreprise fabrique des appareils tels que des réfrigérateurs et congélateurs, des machines à laver et des plaques de cuisson.

Cette acquisition a conduit à une série de licenciements, en particulier en Italie, et Whirlpool et Indesit ont été soumis à des actions de grève de la part des syndicats. Après qu’un accord sur le plan industriel pour l’Italie a été signé le 24 juillet 2015 par le gouvernement, les syndicats et Whirlpool, les relations avec l’entreprise ont connu une amélioration.

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour les secteurs de l’informatique, électricité et électronique ainsi que de la construction navale et la démolition des navires a déclaré :

“C’est un pas dans la bonne direction qu’a accompli l’entreprise en signant l’accord et en adoptant les amendements proposés par le WEEC. La période qui a suivi l’acquisition d’Indesit a été difficile et a mené à des conflits sur les licenciements. Je suis convaincu que cet accord signifie que l’entreprise reconnaît le rôle des syndicats et que l’on aboutira à une meilleure communication.”

Le coordinateur européen d’IndustriALL au WEEC, Gianni Alioti, a indiqué :

“Nous sommes heureux de la formulation de l’accord, qui est conforme aux Directives européennes concernées. Il comporte un certain nombre d’avantages par rapport à de nombreux autres accords de CEE. Celui-ci prévoit la participation pleine et entière des représentants des travailleurs, y compris ceux de Russie, d’Afrique du Sud et de Turquie. Ceci va promouvoir l’intégration des différentes cultures des salariés de Whirlpool”

La liquidation de la raffinerie de pétrole marocaine est “une catastrophe”

Tragique ironie du sort, profondément ébranlé à l’annonce du verdict ce 21 mars, Zakaria Atouby, un membre de longue date du syndicat CDT chez SAMIR, a été victime d’une crise cardiaque qui l’a emporté.

“C’est une catastrophe,” déclare Latifa Benwakrim du SNIPGN-CDT, l’affilié marocain d’IndustriALL dans le secteur du pétrole et du gaz. “Ceci aura de vastes répercussions tant sur le plan économique que social.”

SAMIR, qui doit au fisc marocain plus de 1,3 milliards de dollars, a dix jours pour interjeter appel de la décision prise par le tribunal de commerce de Casablanca. Le tribunal a autorisé la poursuite des activités pour une période de trois mois. Si un repreneur n’a pas été trouvé d’ici au 20 juin, il est plus que probable qu’il y aura fermeture.

Le gouvernement marocain estime que la dette totale de SAMIR s’élève à environ 4,5 milliards de dollars. La production de l’usine s’est arrêtée en août 2015 et les salaires des travailleurs ont été versés jusqu’à maintenant.

“Nous voulons que la production reprenne à nouveau le plus vite possible et que le gouvernement garantisse les emplois,” a déclaré Benwakrim.

La raffinerie SAMIR est contrôlée par Corral Holdings, qui détient 62,26% des parts de l’entreprise. Corral Holdings appartient au deuxième homme le plus riche d’Arabie Saoudite, le milliardaire Sheikh Mohamed Houssein El Amoudi.

SAMIR n’a pas réussi à obtenir un apport d’argent frais à hauteur de 1,4 milliards de dollars l’an dernier et la cour a rejeté une récente proposition de restructuration de sa dette de la part de l’entreprise, qui l’avait présentée sans apporter de garanties.

“Corral Holdings n’a jamais mis d’argent dans l’affaire. Tout a été financé par des crédits dès le début. El Amoudi a proposé d’apporter un milliard de dollars pour financer le redémarrage de la raffinerie, une promesse jamais tenue. Au contraire, il veut prendre le monde à témoin alors qu’il tient le Maroc en otage,” dit Benwakrim.

L’État marocain est, avec 1,4 milliards de dollars, le plus gros créancier de SAMIR. SAMIR doit également aux banques marocaines environ 800 millions de dollars, le plus gros créancier étant la Banque Populaire.

“Corral Holdings n’a pris absolument aucun risque et a profité de l’entreprise sans jamais y injecter la moindre somme,” ajoute Benwakrim.

Le 12 mars, des représentants d’IndustriALL et de ses affilés marocains ont rejoint plus de 3.000 personnes lors d’un rassemblement mené par le SNIPGN–CDT à Mohammédia où se situe la raffinerie. Elles ont appelé SAMIR à reprendre la production et à sauver les emplois.

S’exprimant après l’annonce faite par la cour, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan, a réagit en ces termes :

“Cette privatisation d’un patrimoine national précieux a abouti à un désastre pour tous ceux qui sont concernés, à l’exception de l’acheteur lui-même. SAMIR doit maintenant des milliards de dollars aux banques et à l’État marocains, pendant que des milliers d’emplois sont sur la corde raide. Nous exhortons le gouvernement à protéger les emplois et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour remettre la raffinerie sur pied le plus rapidement possible.”