Les leaders mondiaux d’IndustriALL demandent à Volkswagen de tenir ses engagements

La réunion, qui a rassemblé plus de 200 représentants syndicaux venus du monde entier, s’est tenue les 25 et 26 mai à Francfort, au siège d’IG Metall, l’affilié allemand d’IndustriALL Global Union.

Le géant allemand de l’automobile refuse de négocier avec les ouvriers qualifiés de l’usine de Chattanooga qui ont voté en décembre en faveur de l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat international des Travailleurs unis de l’automobile (UAW, United Auto Workers), pour être leur seul représentant dans la négociation collective. Non seulement le refus de Volkswagen de négocier viole le droit américain, mais il porte également atteinte à l’accord-cadre mondial que l’entreprise a avec IndustriALL, ainsi qu’aux normes internationales du travail.

Le président d’IG Metall, Jörg Hofmann, a déclaré :

« Il est inacceptable que les entreprises respectent le droit en Allemagne mais n’en tiennent pas compte dans les autres pays. Les droits des travailleurs doivent être respectés partout dans le monde, notamment par les entreprises ayant leur siège en Allemagne ».

Le secrétaire-trésorier de l’UAW, Gary Casteel, a fait savoir au Comité exécutif :

« Il existe une entente entre capitalistes dans le Sud des Etats-Unis, travaillant en cohésion avec des groupes de droite et des avocats antisyndicaux. Or, les ruses et les tactiques qu’ils emploient ne resteront pas confiner dans cette région mais arriverons bientôt chez vous ».

Le Comité exécutif a adopté à l’unanimité la résolution invitant Volkswagen à démarrer immédiatement les négociations avec les ouvriers qualifiés de Chattanooga.

La résolution énonce également qu’IndustriALL prendra de nouvelles mesures pouvant aboutir, à terme, à l’annulation de l’accord-cadre mondial entre IndustriALL et Volkswagen, si le constructeur automobile ne consent pas formellement à démarrer la négociation collective avec les travailleurs d’ici au 22 juin. 

Les fédérations internationales collaborent contre les pertes d’emploi en Mer du Nord

Les syndicats du secteur maritime et de ceux du gaz et du pétrole affiliés aux fédérations internationales IndustriAll Global Union et Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) se sont rencontrés à Aberdeen ces 19 et 20 mai 2016 pour entreprendre le développement de stratégies industrielles et politiques visant à s’opposer à la substitution de la part des employeurs de la Mer du Nord d’emplois de qualité par de la main-d’œuvre à bon marché. Ce groupement représente les travailleurs du Danemark, de la Norvège et du Royaume-Uni.

Aussi bien au sein du secteur des services pétroliers que dans le segment des sous-traitants des activités sous-marines, il existe encore des entreprises qui ne sont pas couvertes par des conventions collectives de travail, une chose à laquelle a l’intention de s’attaquer le groupement au sein de la chaîne d’approvisionnement et des services connexes pour le gaz et le pétrole en Mer du Nord.

Dans le secteur maritime, le ’’dumping social’’ dans la région s’est étendu par le recrutement de travailleurs non-européens, qui s’est traduit par de la concurrence déloyale et des licenciements pour les travailleurs du cru.

Les entreprises de services pétroliers, sous-marins et maritime situées sur le plateau continental de la Mer du Nord sont considérées comme les cibles principales de la campagne destinée à mettre sous le feu des projecteurs le rôle joué par le secteur dans ce ’’nivellement par le bas’’ qui a vu des pertes d’emplois occupés par des ressortissants britanniques, danois et norvégiens estimées à plus de 50.000.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Jyrki Raina a indiqué : “Ces entreprises affichent un zèle extrême pour mettre fin aux contrats traditionnels. La concurrence dans cette région pour sabrer dans les dépenses et diminuer les conditions de travail est sévère. Le niveau des restrictions imposées a en lui-même un grave impact sur la santé et la sécurité des travailleurs. Nous attendons le résultat de l’enquête sur le décès d’un marin Philippin survenu ce mois-ci à Invergordon sur le navire Deep Energy, propriété de Technip qui en assure également la gestion ; de tels cas sont manifestement préoccupants.

Le Secrétaire général de l’ITF, Steve Cotton a déclaré : “L’organe officiel britannique chargé du pétrole et gaz Oil and Gas Authority parle de son désir de conserver les gens et les compétences dans le secteur ainsi que de conserver et redéployer la main-d’œuvre, mais nous devons voir un réel engagement sur cette voie dans les faits.”

L’assemblée a également pris note du rapport annuel de l’organisme norvégien de sécurité pétrolière Petroleum Safety Authority Norway sur la sécurité sur le plateau continental norvégien.

De prochaines réunions de ce groupe sont prévues afin de faire progresser une campagne industrielle et politique destinée à recueillir le soutien des travailleurs offshore et de groupements politiques en Europe.

Le magazine Global Worker d’IndustriALL disponible dès maintenant

Avec la tenue prochaine du 2e Congrès d’IndustriALL au Brésil, le profil s’intéresse à la façon dont l’unité entre les centrales syndicales CUT et Forca Sindical a permis de remporter d’importantes victoires pour les travailleurs et travailleuses du pays.

Le deuxième congrès d’IndustriALL est l’occasion de réfléchir sur le combat contre le travail précaire, de considérer les progrès accomplis et de se concentrer à nouveau sur les luttes encore à venir. Le dossier spécial de Global Worker jette un regard en profondeur sur cette campagne clé développée au cours des quatre dernières années.

Après l’adoption en décembre 2015 de l’historique accord de Paris sur le climat, le directeur d’IndustriALL pour la durabilité, Brian Kohler livre une opinion dans un article sur la Transition juste et le choix délibéré de politiques publiques qu’elle requiert, en se fondant sur de solides programmes de protection sociale et des politiques industrielles durables.

Les syndicats en Turquie étant sous pression pour défendre les travailleurs et travailleuses dans un climat permanent d’anti-syndicalisme, un autre profil se penche sur la manière dont des campagnes internationales leur fournissent la solidarité et l’espace dont ils ont besoin pour syndiquer.

La mondialisation a encore renforcé le besoin de réguler les normes du travail au plan international. Cet important objectif stratégique de créer un contre-pouvoir au capital international a toujours existé, car la mondialisation tend à monter les travailleurs les uns contre les autres. Nous devons tous travailler dans l’unité,

dit Berthold Huber, dans une interview accordée à IndustriALL.

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Pakistan : des démolisseurs de navires licenciés réintégrés

Quelque 360 démolisseurs de navires ont été licenciés le 16 mai, en représailles aux plaintes, relatives à tous les cas de blessures et de décès survenus sur les chantiers de démolition navale au Pakistan, déposées contre les employeurs auprès de la police.

Les travailleurs, appelés localement les travailleurs du « secteur convenu », étaient employés par des entrepreneurs pour accomplir des tâches spécifiques. L’association des propriétaires des chantiers de démolition navale s’est assise à la table des négociations après les deux jours de grève. Le 24 mai, les négociations ont abouti à la réintégration de tous les travailleurs, dont les salaires ont été intégralement maintenus.

Bien que la victoire soit une réussite, la dangerosité des conditions de travail sur les chantiers de démolition navale met en évidence les difficultés colossales auxquelles sont confrontés les travailleurs.

En mars, Muhammad Asif, un démolisseur de navires de 28 ans est décédé dans l’incendie de son poste de travail. En mai 2016, un autre jeune travailleur de 22 ans, Shahid Khan, est mort sur le coup, écrasé par une plaque métallique. En mars, cinq travailleurs ont été gravement blessés. Lors de deux différents accidents survenus en avril, Imran, 25 ans, a perdu une jambe, et Muhammad Shafiq, 38 ans, s’est abîmé les côtes après une chute importante. Enfin, Hidayatullah, 22 ans, a perdu une jambe suite à l’explosion d’une bouteille de gaz.

A la conférence de presse qui s’est tenue à Karachi en mai, les représentants des démolisseurs de navires ont attiré l’attention sur les conditions de travail dangereuses et déplorables auxquelles sont confrontés plus de 15 000 travailleurs du secteur au Pakistan.

Les travailleurs n’ont pas accès à de l’eau potable propre et à des salles de repos. La quasi-totalité d’entre eux travaillent sans contrat de travail officiel, obtiennent des salaires de misère, sont obligés de faire des heures supplémentaires et ne bénéficient pas de couverture sociale financée par l’Etat. Ils sont recrutés par le biais d’entrepreneurs, connus localement sous le nom de « jamaadars », faisant peu de cas du droit du travail.  

Chacune des étapes de la démolition des navires, à savoir le soudage par rayon X, l’oxycoupage, la manipulation des produits chimiques, l’élimination de l’amiante, le déplacement des tôles en fer et en acier, et le déversement des gaz toxiques, est extrêmement dangereuse. Or, les travailleurs accomplissent ces tâches sans avoir suivi de formation et sans porter d’équipements de protection.

Et bien que ce soit un secteur fortement enclin aux accidents, le chantier de démolition navale de Gadani ne dispose pas d’hôpital pour prodiguer des soins médicaux de base et d’urgence aux travailleurs. L’absence de service ambulancier pour le transport immédiat d’accidentés est un sujet de préoccupation majeur. Les travailleurs et leurs familles vivent par groupe dans des baraquements de fortune ne bénéficiant pas d’installations électriques et de systèmes de distribution d’eau. Il n’y a pas non plus d’écoles pour les enfants.

Kan Matsuzaki, directeur d’IndustriALL pour la construction et la démolition des navires, a déclaré :

IndustriALL est indigné par le nombre d’accidents. Gadani est probablement  le pire chantier de démolition des navires en Asie du Sud sur le plan des conditions de travail et en matière de santé et de sécurité.

Le Gouvernement pakistanais et les employeurs doivent prendre des mesures immédiates pour répondre aux demandes des travailleurs.

Les travailleurs ont lancé un appel au Gouvernement pakistanais pour qu’il annonce immédiatement l’élaboration, en consultation avec les représentants des travailleurs, d’une politique en matière de démolition des navires. Cette politique devrait être conforme à la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires, et la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination.

Figurent parmi les autres demandes :

Les travailleurs de STMicroelectronics appellent l’entreprise à investir dans l’avenir

Tout au long de la semaine, des travailleurs et travailleuses ont tenu des AG alternatives pour revendiquer que STMicroelectronics se serve de ses bénéfices pour soutenir ses salariés, pas ses actionnaires. Ces actions ont eu lieu au milieu d’un tollé concernant les licenciements massifs de l’entreprise à peine quelques jours avant l’AG qui se tient le 25 mai à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Ce 23 mai, le syndicat malaisien EIEUSR a lancé l’appel suivant : “Cette année : zéro dividende”, alors que la délégation syndicale française composée de la CGT et de la CFDT a livré au gouvernement français, un actionnaire clé de STMicroelectronics, une motion ayant le même message et lui demandant de la porter lors de l’AG.

Selon les travailleurs, la direction de STMicroelectronics a favorisé un modèle d’entreprise axé sur l’actionnariat et les bénéfices à court terme. Lors de la dernière décennie, près de 7.000 emplois ont été sacrifiés et la place de l’entreprise au sein des producteurs de micro-électronique s’est effondrée.

Cependant, ses actionnaires et son PDG, Carlo Bozotti, ont systématiquement maintenu le versement de dividendes et de primes. Au cours de cette même période, les actionnaires de l’entreprise ont reçu plus de 2,6 milliards de dollars de dividendes alors que les rémunérations du PDG ont été augmentées de 250% pour atteindre près de 2,5 millions de dollars.

Ce mauvais comportement de l’entreprise se déroule sur fond de conscience accrue de la part du public des émoluments des PDG, de tentatives controversées de les combattre et de manifestations nationales pour protester contre la réforme de la loi travail.

Les travailleurs et travailleuses de STMicroelectronics protestent avec fermeté contre l’austérité. Les travailleurs et leurs syndicats en France, Italie, Maroc et Malaisie ont collaboré activement contre la direction actuelle de l’entreprise en organisant des grèves en Italie, des sit-in au Maroc et d’autres formes de contestation sur des lieux de travail en Chine et en France. Dans une lettre ouverte rendue publique en avril, les travailleurs insistaient sur le fait que l’entreprise doit changer de cap, arrêter de sabrer dans l’emploi et respecter les droits des syndicats au sein de tous les pays au niveau desquels elle opère.

Les femmes d’IndustriALL s’en tiennent à la demande de quota

Les femmes se sont réunies à la veille de la réunion du Comité Exécutif d’IndustriALL, ayant également eu lieu à Frankfurt, au siège du syndicat IG Mettal, l’affilié allemand d’IndustriALL.

Au cours de la dernière réunion qui s’est déroulée avant le Congrès, en octobre, elles ont réaffirmé leur attachement à la résolution élaborée à la Conférence mondiale des femmes, organisée à Vienne, au mois de septembre 2015.

Des propositions d’amendements aux Statuts d’IndustriALL ont été rédigées. S’ils sont approuvés par le Comité Exécutif, ces amendements seront alors soumis pour approbation par le Congrès à Rio de Janeiro. Le Comité des Femmes souhaite que le quota de 40 pour cent en matière de représentation et de participation des femmes à tous les niveaux d’IndustriALL soit inscrit dans les Statuts.

Monika Kemperle, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL et directrice pour les femmes, a indiqué :

« Les syndicats ont besoin d’avoir un visage plus féminin. Nous devons encourager les femmes à se syndiquer et, une fois membres, à participer activement aux activités des syndicats. Nous constatons un recul des droits des travailleurs. Aussi nous devons examiner très attentivement le rôle que peuvent jouer les femmes en matière de syndicalisation. Nous devons parvenir à une représentation effective des travailleuses ».

Trois conférences régionales d’IndustriALL sur les femmes – en Amérique latine, en Asie-Pacifique et en Afrique subsaharienne – ont adopté, comme la résolution, l’objectif de 40 pour cent de représentation de femmes dans IndustriALL.

Jyrki Raina, le Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré : « J’appuie totalement cet objectif. Nous devons modifier profondément le réseau syndical mondial. Les femmes doivent être davantage présentes au sein de nos syndicats, dans nos industries et occuper un plus grand nombre de postes à responsabilité. C’est la bonne chose à faire ».

Christiane Benner, première femme a accédé aux fonctions de vice-présidente au cours des 125 années de l’histoire d’IG Metall, a également pris la parole devant le Comité des Femmes à Frankfurt, où elle a déclaré aux participants « Si vous voulez obtenir ce qu’il y de mieux, vous avez besoin des femmes  ».

Elle a ajouté que l’augmentation du nombre de femmes dans les structures d’IG Metall avait été rendue possible par les changements opérés, en 2000, aux statuts et aux principes directeurs du syndicat, qui contiennent désormais les conditions contraignantes pour cette hausse. Enfin, elle a indiqué qu’IG Metall a mis plus particulièrement l’accent sur les programmes de formation suivis par 50 pour cent de femmes, ainsi que sur l’écoute de leurs besoins et de leurs demandes.

Les membres du Comité des Femmes ont également proposé des amendements au Plan d’action d’IndustriALL.

Christine Olivier, coprésidente du Comité des Femmes, a résumé la réunion en déclarant : « Ce n’est pas une prise de contrôle par les femmes. Nous voulons seulement être représentées au sein d’IndustriALL ».

Les entreprises multinationales sont responsables de leurs chaînes d’approvisionnement

En janvier, la Confédération syndicale internationale (CSI) a publié son rapport intitulé Scandale révélant que 50 des plus grandes entreprises multinationales n’emploient directement que six pour cent de personnes qui travaillent pour elles, les fournisseurs et les sous-traitants employant les 94 pour cent restants, correspondant à une main-d’œuvre cachée de 116 millions de personnes.

En règle générale, les salaires et les conditions de ces travailleurs sont pires, et la majorité des violations aux droits syndicaux surviennent au niveau de la chaîne d’approvisionnement. Cependant, comme les principes directeurs de l’Organisation des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, une entreprise multinationale a un devoir de diligence au niveau de sa chaîne d’approvisionnement.

C’est ce qu’IndustriALL s’efforce de consolider avec ses accords-cadres mondiaux, qui couvrent déjà plus de 10 millions de travailleurs dans 47 sociétés et leurs fournisseurs. C’est l’essence de l’Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments, qui vise à rendre les entreprises plus sûres pour plus de deux millions de travailleurs de la confection.

La responsabilité des chaînes d’approvisionnement est le fondement de notre coopération avec les marques de vêtements, dans le cadre du processus ACT, pour garantir la liberté d’association et des salaires décents grâce à la mise en place de structures de négociation collective au niveau industriel. La fixation de salaires plus élevés dans l’industrie toute entière empêche les entreprises et les marques de négocier des prix inférieurs sur la base de baisses de salaires.

Un autre secteur dans lequel les marques ne fabriquent pas leurs produits elles-mêmes est l’industrie électronique. L’image des marques est vulnérable tout comme le secteur de la confection. C’est pourquoi IndustriALL a pris pour cible Apple dans sa campagne réussie contre l’action antisyndicale de son fournisseur NXP Semiconductors aux Philippines ; et Apple a réagi.

Notre accord-cadre mondial avec le géant suédois du commerce de détail H&M a contribué à la résolution des conflits au Myanmar et au Pakistan. Grâce à l’intervention active d’IndustriALL et de H&M, un fournisseur chinois a finalement reconnu notre syndicat affilié au Myanmar, alors que 88 travailleurs licenciés ont été réintégrés au Pakistan.

L’exploitation des travailleurs et les violations de leurs droits par les fournisseurs et leurs sous-traitants sont un sujet brûlant. Aussi, « le travail décent au niveau des chaînes d’approvisionnement mondiales » sera le principal sujet de discussion à la Conférence internationale du Travail de l’OIT qui aura lieu en juin.  

IndustriALL et d’autres syndicats mondiaux veulent que soit adoptée une Convention sur les chaînes d’approvisionnement mondiales pour clarifier les rôles et les responsabilités des gouvernements dans les pays d’origine et d’accueil, ainsi que ceux des acheteurs et des fournisseurs. La convention devrait instituer une responsabilité juridique et fournir des conseils pour élaborer une politique et une législation veillant au respect des droits des travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement.

Les gouvernements n’ont pas besoin d’attendre l’établissement d’une Convention. Le parlement français débat actuellement d’une proposition de loi qui demande un devoir de diligence pour les entreprises. D’autres pays confèrent des responsabilités aux acheteurs, par exemple, dans le cas du non-paiement des salaires ou des charges patronales.

Les structures d’entreprise ont changé. La législation et les structures de négociation doivent s’adapter à ces changements pour garantir des droits syndicaux et des salaires décents dans toutes les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Jyrki Raina
Secrétaire général

JYRKI RAINA: Bienvenue dans ce numéro de Global Worker

JYRKI RAINA: 

Bienvenue dans ce numéro de Global Worker

En janvier, la CSI a publié son rapport Nouveaux fronts 2016 – Scandale, révélant que 50 des plus grandes multinationales n’emploient directement que six pour
cent des travailleurs qui fabriquent leurs produits. Les 94 pour cent restants, soit une main-d’œuvre cachée de 116 millions de personnes, sont employés par les fournisseurs et les sous-traitants.

En règle générale, les salaires et les conditions de travail de ces employés
y sont pires et la plupart des violations
des droits syndicaux se produisent
dans les chaînes d’approvisionnement. Mais, comme le confirment les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, les EMN ont un devoir de diligence raisonnable dans leurs chaînes d’approvisionnement.

C’est exactement ce qu’IndustriALL s’efforce de consolider dans le cadre
de ses accords-cadres mondiaux et qui
fait l’objet de l’Accord du Bangladesh.
De plus, la responsabilité des chaînes d’approvisionnement constitue le fondement même de notre coopération avec les marques de vêtements partenaires du processus AGIR, en vue de garantir la liberté syndicale et des salaires décents grâce à des structures de négociation collective dans l’ensemble du secteur. Pour plus de détails, voir les pages 12 à 15.

En décembre 2015, l’accord historique de Paris sur le changement climatique a été adopté dans le sillage du processus pluriannuel de la COP. IndustriALL se félicite de l’accord mais reconnait qu’il ne constitue que le point de départ d’un long et difficile processus de transformation énergétique.

Cette importante mutation aura bel et bien lieu et, de fait, elle représente un enjeu syndical. Nous devons veiller aux intérêts de nos travailleurs dans l’esprit de la Transition juste, tout en tenant compte du potentiel de création d’emplois que recèle l’action en faveur du climat. Comme le précise Brian Kohler, Directeur d’IndustriALL pour la durabilité, dans les pages 7 à 9, une Transition juste passe par des choix volontaires en matière de politique publique s’appuyant sur de solides programmes de protection sociale et des politiques industrielles durables. Ces choix contribueront à accentuer la durabilité des emplois actuels et à
créer de nouveaux emplois, plus verts. Nous voulons nous assurer qu’il s’agira d’emplois syndiqués assortis de conditions correctes.

Il y a quelque temps, nous avons dû prendre la douloureuse décision de déplacer en Allemagne les réunions d’IndustriALL prévues en Turquie, en raison d’attaques terroristes répétées. Pour autant, la Turquie demeure un pays prioritaire. Consultez les pages 4 à 6 qui relatent les luttes de nos syndicats turcs dans l’ensemble des secteurs, du textile au secteur minier, en faveur du droit de s’affilier à un syndicat, du droit à la négociation collective et à des lieux de travail sûrs.

Le 2ème Congrès d’IndustriALL se déroulera en octobre 2016 au Brésil, qui abrite
l’un des plus puissants mouvements syndicaux d’Amérique latine. Cette force syndicale est le fruit de notre lutte après des années de dictature militaire. Les pages 16-17 expliquent comment les syndicats brésiliens ont réussi à obtenir des augmentations salariales considérables au cours de la dernière décennie, grâce à l’action unie des différentes centrales syndicales.

Lorsque la famille d’IndustriALL se réunira à Rio de Janeiro pour célébrer ses quatre premières années d’action syndicale couronnées de victoires, elle discutera également des stratégies futures et de la poursuite de la lutte à l’échelle mondiale en faveur de la justice sociale et de meilleures conditions de vie pour les travailleurs et leurs familles, dans l’esprit du slogan du congrès :

La lutte continue – A Luta Continua !

PROFIL: Deux centrales syndicales avec un même objectif : l’unité au Brésil lui vaut de grandes victoires

Profil

Fédérations Syndicales: CUT and força Sindical

Pays: Brazil

Texte: Kimber Meyer

Le 6 décembre 2006, 20.000 travailleurs et travailleuses ont défilé à Brasilia et ont obtenu un accord historique. Les deux plus grandes centrales syndicales du Brésil, la CUT et Força Sindical avaient organisé une troisième marche nationale dans la capitale du pays, Brasilia, dans le cadre d’une campagne de deux ans pour obtenir des augmentations annuelles du salaire minimum.

Cette marche a été suivie d’une augmentation du salaire minimum et a montré comment l’unité syndicale et un esprit combatif pouvaient amener des avancées importantes pour les travailleurs et travailleuses du pays. Le gouvernement était ensuite convenu avec les représentants des syndicats, des organisations patronales et des associations de pensionnés et retraités d’adopter une augmentation annuelle du salaire minimum basée sur l’inflation et la croissance du PIB par habitant. Cette politique est toujours d’application à ce jour.

Un autre jalon dans l’histoire du mouvement syndical brésilien a été posé en 2008. Des représentants des deux centrales syndicales se sont rendus à la Chambre des Représentants pour le vote d’une loi qui, pour la première fois, donnait une reconnaissance légale aux centrales syndicales. 

La CNTM a œuvré aux côtés des centrales syndicales du Brésil pendant sept ou huit ans pour obtenir leur reconnaissance légale, ce qui fût chose faite en 2008. Nous avons alors formulé un programme commun aux centrales syndicales.

La CNTM-força Sindical et la CNM- CUT ont participé ensemble à des manifestations, des séminaires et des congrès dans le cadre d’une politique destinée à unifier le mouvement syndical, 

dit Miguel Torres, président de la CNTM, affiliée à IndustriALL. 

Et la lutte se poursuit de nos jours. Le géant sud- américain traverse actuellement une importante crise économique et politique. Une récession a entraîné des fermetures d’usines et des pertes d’emploi. Les syndicats ont cependant joué un rôle crucial dans la défense des droits des travailleurs et le sauvetage des emplois de milliers de Brésiliens.

Au début de 2016, les syndicats affiliés à la CUT et à Força Sindical ont participé à l’organisation d’une manifestation couronnée de succès et ont remis en mains propres une lettre au Comité organisateur des Jeux olympiques 2016, insistant pour que Nissan se conforme aux principes directeurs à l’intention des parraineurs en respectant les droits humains dans l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement.

Des représentants de la CNM-CUT et de la CNTM- Força Sindical ont également participé à une séance publique de la Commission des Droits de l’Homme du Sénat brésilien pour dénoncer la politique anti- syndicale de l’entreprise au Mississippi (États-Unis). À la suite de cela, le Sénateur Paulo Paim a accepté de contacter le PDG de Nissan, M. Carlos Ghosn, pour lui demander de négocier avec les travailleurs et de permettre la syndicalisation de l’usine. 

Les syndicats ont également organisé différentes manifestations pour arrêter les licenciements de la part des multinationales, par exemple à l’usine de Mercedes Benz de São Bernardo do Campo (SP), où une grève a permis de sauver 1.500 emplois. Rafael Marques, représentant le Syndicat des métallurgistes ABC, affilié à la CNM-CUT et Miguel Torres, représentant la CNTM-Força Sindical, ont tous deux participé aux actions de protestation destinées à sauver les emplois.

Les confédérations des deux centrales syndicales se sont soutenues les unes les autres dans d’autres secteurs, par exemple dans la chimie. Lucineide Varjao, Présidente de la CNQ/CUT, affiliée à IndustriALL, et première femme à occuper ce poste au sein de l’organisation, dit : 

“Nous avons eu le soutien des syndicats du secteur chimique (fEqUIMfAR – força Sindical, affiliée à IndustriALL) ainsi que des métallurgistes d’osasco et Curitiba (força Sindical) à diverses occasions, par exemple dans le combat pour la défense de la démocratie, pour empêcher le coup d’état et pour s’assurer que le gouvernement de Dilma reste en place jusqu’à
la fin de son mandat, ainsi que dans le cadre du combat pour une nouvelle politique économique qui promeuve la croissance économique et l’emploi.” 

La CUT, Central Única dos Trabalhadores, se définit comme étant “un syndicat brésilien pour les masses et la classe ouvrière, indépendant et démocratique, engagé à défendre les intérêts actuels et historiques de la classe ouvrière”. Elle a été fondée le 28 août 1983, à São Bernardo do Campo, São Paulo, deux ans avant la restauration de la démocratie au Brésil au bout de 20 ans de dictature militaire.

C’est pourquoi les premières batailles de la CUT ont été pour des changements politiques, économiques et culturels de grande envergure, capables de garantir les droits universels des travailleurs.

Quelques années après la fondation de la CUT, un autre syndicat a été créé pour les travailleurs brésiliens. Força Sindical a été fondée le 8 mars 1991, pendant la célébration de la Journée internationale de la Femme. Elle s’est présentée comme étant destinée à consolider un mouvement des travailleurs moderne qui soit “indépendant, libre, pluraliste, ouvert au débat interne et public, avec un projet bien défini pour un Brésil meilleur, plus juste, plus solidaire
et capable de promouvoir le bien-être de ses enfants. 

Le second Congres de IndustriALL Global Union se tiendra à Rio de Janeiro en octobre 2016. 

DOSSIER SPECIAL: Quatre années d’action d’IndustriALL pour dire stop au travail précaire

 

Dossier Spéciale:

Texte: Armelle Seby

Les derrières décennies ont vu une augmentation généralisée du travail précaire partout dans le monde. Bien qu’environ 70% de la population active en Europe et aux États-Unis est toujours employée de manière permanente et directe, les formes d’emploi précaire sont à la hausse. Dans les pays à faible revenu, le travail indépendant, en sous-traitance et informel sont les formes dominantes d’emploi.

La croissance rapide du travail précaire est favorisée à la fois par le monde des affaires et les gouvernements. Les entreprises posent la flexibilité comme condition à la création d’emplois. Au nom de la croissance économique, les gouvernements dérégulent le marché du travail et permettent l’expansion de postes de médiocre qualité et sans sécurité d’emploi. Dans une économie mondialisée, avec un niveau élevé de concurrence internationale et des processus de production externalisés, la pression est sur la réduction des coûts. Les entreprises multinationales ont imposé un modèle de chaîne d’approvisionnement qui génère de l’emploi précaire, en particulier dans des secteurs comme le textile ou l’électronique. Les changements technologiques permettent aux employeurs d’imposer toujours plus de flexibilité et d’insécurité. 

Combattre le travail précaire : un objectif stratégique clé pour IndustriALL 

Lors du Congrès de fondation à Copenhague en juin 2012, la campagne STOP au travail précaire a été adoptée à l’unanimité par les affiliés d’IndustriALL. Au nom de cette campagne mondiale, des syndicats se sont engagés à mobiliser leurs membres le 7 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent.

Le nombre d’affiliés qui participent à la journée mondiale d’action grandit chaque année, ce qui est révélateur de la priorité que les affiliés accordent au besoin de dire stop au travail précaire et une démonstration très visible de la détermination d’IndustriALL à éradiquer les contrats d’emplois abusifs. 

L’expansion continue du travail précaire est l’une des plus grandes menaces auxquelles les syndicats sont confrontés, non seulement pour la sécurité d’emploi, les salaires et les conditions de travail, mais aussi par rapport à leur capacité à rassembler les travailleurs et travailleuses dans le but de se battre collectivement en faveur de leurs droits.

Pour IndustriALL, le combat contre le travail précaire est un objectif stratégique clé qui est intégré dans l’ensemble de son travail aux niveaux mondial, sectoriel et régional,

indique Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL. 

Syndiquer pour se battre contre le travail précaire

“L’expansion de l’emploi précaire fait clairement partie d’une offensive des entreprises contre le droit de se syndiquer
et de négocier collectivement. Le travail précaire est caractérisé par la faible présence voire l’absence totale de droits syndicaux, avec de nombreux et substantiels obstacles à l’adhésion syndicale pour les travailleurs précaires,”

dit Jyrki Raina.

La campagne d’IndustriALL STOP au Travail précaire encourage et soutient les affiliés
en vue de la syndicalisation des travailleurs précaires. Des projets syndicaux soutenus financièrement par Union to Union de Suède, le SASK de Finlande, la LO de Norvège, la FNV des Pays-Bas, l’ACV-BIE de Belgique et la FCE-CFDT de France, fournissent aux affiliés un soutien concret pour bâtir leur capacité

à développer et mettre en œuvre des plans d’actions pour la syndicalisation, la négociation collective et la mise en place de campagnes. Le combat contre le travail précaire joue un

rôle important dans la promotion de l’unité d’action parmi les affiliés, dont la création d’équipes pour des campagnes nationales, qui représentent tous les affiliés, en particulier en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud-Est.

Les affiliés qui participent aux activités des projets sur le travail précaire ont rapporté la syndicalisation de milliers de ces travailleurs depuis 2012. Au cours de la seule année dernière, les affiliés ont rapporté avoir syndiqué 34.000 travailleurs et travailleuses précaires.

En Afrique sub-saharienne, les affiliés ont syndiqué environ 17.000 travailleurs précaires dans six pays : le Togo, le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Nigeria, le Burkina Faso et le Sénégal.

En Afrique de l’Ouest, en dépit de la législation qui limite le recours au travail informel et journalier, ce type de contrat est régulièrement utilisé de manière abusive. Dans certaines entreprises chimiques au Sénégal, l’ensemble de la main d’œuvre est composée de travailleurs journaliers ou recrutés par des agences de travail temporaire.

Par le biais d’efforts menés par IndustriALL, un programme de formation pour les recruteurs a été mis sur pied et les affiliés ont lancé des campagnes de syndicalisation dans des entreprises cibles. 

La force d’un syndicat est dépendante de ses effectifs. Nous devons aller au- devant des travailleurs en sous-traitance, les syndiquer, nous battre pour eux et ainsi accroître notre force.

B.K. Das, Secrétaire général de l’INMF, Inde.

À Pune, en Inde, les entreprises recrutent moins de personnel permanent et utilisent davantage de travailleurs sous-traitants non- syndiqués. Les travailleurs et travailleuses permanents sont licenciés et des temporaires sont ré-embauchés pour faire le même travail mais pour une fraction du salaire.

La fédération indienne SEM (Shramik Ekta Mahasangh) contre-attaque et syndique les travailleurs précaires. Les travailleurs précaires étaient intimidés lorsqu’ils rejoignaient un syndicat. Pour dépasser cette situation, la SEM a enregistré un syndicat distinct pour la main d’œuvre de l’état du Maharashtra, le Syndicat des travailleurs sous-traitants du Maharashtra (MCWU), en septembre 2014. Avec le soutien d’IndustriALL, le MCWU a formé des recruteurs et est parvenu à syndiquer 650 travailleurs en sous-traitance en un mois.

IndustriALL encourage ses affiliés à syndiquer et représenter les travailleurs précaires plutôt que de créer des syndicats distincts. Mais lorsque cela s’avère trop difficile et que créer un syndicat distinct pour les travailleurs précaires est la seule solution, la solidarité et le soutien des syndicats des travailleurs permanents est essentielle. Ces syndicats fournissent les informations nécessaires pour syndiquer les travailleurs précaires de leurs usines. 

La négociation collective est capitale

En 2015, par le seul biais de ce projet, les affiliés ont réussi à convertir le travail précaire de 10.000 travailleurs et travailleuses en emploi permanent.

Au cours des dernières années, on a enregistré de nombreux exemples d’affiliés réussissant à négocier de meilleures conditions pour des travailleurs précaires ou à étendre en leur faveur la portée de conventions collectives. Nombre de ces exemples sont cités dans la publication d’IndustriALL Négocier la sécurité. 

Se battre pour et contre les législations

Des dispositions limitant le recours au travail précaire et appliquées correctement sont essentielles.

En Indonésie, des affiliés ont conduit une étude sur plus de 500 travailleurs et travailleuses des secteurs de l’informatique et de l’électronique, de l’automobile, du textile et de la confection, du ciment, de la construction et de la démolition des navires, de la pâte et du papier, des mines, de la chimie et de l’énergie, de sorte à rassembler des preuves du non-respect des législations existantes. La plupart des travailleurs interrogés avaient déjà connu de multiples renouvellements de leur contrat temporaire, en dépit du fait que la loi n’en autorise que deux. Certains d’entre eux étaient employés en continu depuis 14 ans. 

La majorité de ces travailleurs et travailleuses précaires était occupée à des tâches principales des entreprises, alors que la loi limite clairement le type d’activités qui peuvent être dévolues aux travailleurs précaires. Les affiliés vont en utiliser les résultats pour conduire une campagne en vue d’un meilleur respect de la loi. 

Aux Philippines, les affiliés organisent des campagnes conjointes pour favoriser l’adoption d’une loi sur la sécurité d’occupation pour promouvoir l’emploi régulier et permanent et destinée à réduire le travail précaire, particulièrement celui des agences d’intérim, qui se répand dans tous les secteurs industriels.

Au Brésil, les affiliés d’IndustriALL conduisent depuis des années une campagne pour empêcher l’adoption par le Congrès d’une loi libéralisant l’externalisation. La proposition de loi visant à libéraliser le recours sans limite au travail en sous-traitance est en discussion depuis plus d’une décennie. Alors qu’il a été bloqué par les syndicats pendant des années, les employeurs ont réussi à faire adopter le projet de loi par la Chambre des Représentants en avril 2015. Le texte est maintenant présenté au vote au Sénat. L’opposition au projet de loi a été coordonnée par les syndicats et la société civile au sens large, avec le soutien d’IndustriALL. À ce stade, le mouvement est parvenu à retarder le vote au Sénat. 

Dans le cadre des préparatifs en vue des conférences mondiales sectorielles d’IndustriALL, les affiliés transmettent des informations sur le travail précaire dans leurs secteurs. Les réponses aux questionnaires illustrent clairement les extrêmes inégalités entre travailleurs permanents et précaires. Dans l’ensemble des secteurs, la majorité des travailleurs précaires ne reçoit pas le même traitement que les permanents.

Leurs salaires sont inférieurs. La structure des salaires des travailleurs de l’automobile chez India Delhi NCR indique que les travailleurs en sous-traitance et occasionnels perçoivent un salaire 2,5 à 5,5 fois inférieur à celui des permanents.

Chez Rio Tinto Madagascar, les travailleurs externalisés gagnent un quart du salaire des travailleurs permanents.

Les travailleurs précaires ne bénéficient pas de la même protection sociale, si tant est qu’ils en aient une. Il est rare que les travailleurs précaires aient des prestations de l’entreprise comme l’accès aux établissements médicaux prévu pour les travailleurs permanents.

Des affiliés indiquent que les travailleurs précaires n’ont pas toujours accès aux mêmes infrastructures que les travailleurs permanents. Au sein de nombreuses entreprises en Inde, ainsi que chez Rio Tinto Madagascar, les travailleurs précaires sont obligés de manger dehors dans la poussière alors que les travailleurs permanents mangent dans leur réfectoire. Dans la région de Cavite, aux Philippines, les travailleurs précaires des secteurs de l’électronique ou du textile se rendent à pied au travail, par souci d’économie, alors que les travailleurs permanents bénéficient d’un service de transport des entreprises.

Les travailleurs précaires sont exposés à davantage de problèmes de santé et sécurité et ont souvent des tâches plus exigeantes au niveau physique, avec des temps de travail plus long. Ils reçoivent moins de formation et ont moins d’expérience.

Le travail précaire est devenu une problématique cruciale dans le travail de différents réseaux d’entreprises et de secteurs, au plan régional comme mondial. 

En 2016, les affiliés d’IndustriALL du secteur du ciment en Inde, aux Philippines et en Indonésie ont adopté des plans d’action nationaux conjoints, avec une priorité pour la syndicalisation des travailleurs précaires.

Le recours aux travailleurs précaires dans le secteur est répandu, en particulier en Asie. Le réseaux mondial Lafarge-Holcim a organisé une journée mondiale d’action le 7 octobre 2015. Des syndicats d’Europe, d’Asie, d’Afrique ainsi que d’Amérique du Sud et du Nord, ont organisé des rassemblements, des conférences et des réunions pour envoyer à Lafarge-Holcim le signal fort que l’entreprise doit se préoccuper du recours répandu au travail précaire en son sein. Plus de 300 personnes sont décédées au travail chez Lafarge et Holcim au cours des quatre dernières années ; près de 90% d’entre elles étaient employées par des sous- traitants ou des tierces parties.

L’affilié indien PCSS a remporté une importante victoire à l’usine cimentière ACC Jamul de LafargeHolcim à l’issue de plusieurs années de lutte et après une plainte devant l’OCDE soutenue par IndustriALL. L’accord offre la sécurité d’emploi à la moitié du millier de travailleurs en sous-traitance avec un réajustement progressif des salaires pour atteindre le niveau de l’accord salarial national pour le secteur du ciment, ainsi que des indemnités de licenciement et un soutien à la reconversion de ceux qui perdent leur emploi.

Le travail précaire est une des priorités de la campagne mondiale d’IndustriALL contre Rio Tinto. L’attention a été attirée sur les nombreux abus liés au recours intensif au travail précaire chez Rio Tinto. Les affiliés
y syndiquent activement les travailleurs et travailleuses précaires.

En 2013, la FISEMA est parvenue à syndiquer 300 travailleurs externalisés chez QMM (Rio Tinto Madagascar). En Australie, le CFMEU a syndiqué les travailleurs permanents en même temps que ceux des agences de recrutement sur un site de Rio Tinto; une tâche difficile, car les travailleurs des agences de recrutement sont employés à l’heure et les employeurs peuvent facilement s’en débarrasser. 

Action envers l’OIT

IndustriALL se bat pour que l’OIT reconnaisse combien le travail précaire sape le respect des normes internationales du travail. Il existe un manque de conscientisation institutionnelle et les employeurs et les gouvernements n’ont pas été préparés à traiter le sujet. Après des années à plaider cette cause auprès de l’OIT, un pas en avant a été accompli en février 2015 lorsqu’IndustriALL a participé à une Réunion tripartite d’experts sur les formes atypiques d’emploi.

Les conclusions de cette réunion ont le potentiel de renforcer la réponse de l’OIT au travail précaire. Elles comprennent la recommandation que l’OIT améliore la collecte des données et la remontée des informations sur le travail précaire. Chose importante, les recommandations appelaient également à la tenue de future réunions d’experts sur l’emploi temporaire et sur la discrimination sur base du type d’emploi, ouvrant la possibilité que de futures normes du travail soient développées dans ces deux domaines. 

Faire campagne et gagner

Grâce à la manne de connaissance et d’expérience qui a été amassée au cours des quatre années de campagne pour dire SToP au travail précaire, en s’appuyant sur le travail déjà accompli par nos fédérations syndicales internationales fondatrices, les affiliés d’IndustriALL partout dans le monde sont prêts à faire front au travail précaire dans toutes ses formes,

dit Jyrki Raina.

Le combat contre le travail précaire n’est pas terminé, et ce ne sera pas de si tôt. Lors de notre deuxième Congrès à Rio de Janeiro en octobre, il sera demandé aux affiliés de réaffirmer leur engagement par rapport à la campagne mondiale alors qu’elle va s’engager dans une nouvelle phase. Ce sera l’occasion de se retourner sur les très nombreux succès de la campagne et de rassembler nos forces en vue des défis qui nous attendent.

Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que partout où le travail précaire prendra pied, les affiliés d’IndustriALL seront là pour syndiquer, négocier, se battre au plan politique et prêts à unir leurs forces pour protéger les droits des travailleurs.