La Fédération unique des travailleurs du pétrole (FUP) du Brésil agit pour défendre Petrobras

La manifestation contre la privatisation de la plus importante compagnie pétrolière en Amérique latine a eu lieu, le 14 juin, devant le Congrès national et le palais d’Itamaraty, à Brasilia. Les manifestants se sont élevés contre le Ministre des affaires étrangères par intérim, José Serra, promoteur du projet de loi du Congrès PL 4567/16, qui propose de supprimer les droits exclusifs de Petrobras sur l’exploitation des gisements pétroliers pré-salifères. La Fédération unique des travailleurs du pétrole (FUP), affiliée à CNQ-CUT (la Centrale unitaire des travailleurs) et IndustriALL Global Union, a contribué à la mise en place de l’initiative, et divers mouvements sociaux ont soutenu l’action.

Face à l’empêtrement de Petrobras dans des scandales de corruption et dans une crise, et sa situation à la croisée des chemins, le gouvernement tente de vendre à un prix bradé ses parts de la compagnie. Le nouveau président-directeur général de Petrobras, Pedro Parente, a récemment assuré au Wall Street Journal que son but est de redonner à la compagnie sa « grandeur » et que sa stratégie consiste « à vendre des actifs non stratégiques et à réduire les coûts pour diminuer la plus importante dette de l’industrie pétrolière ». Il a également évoqué d’éventuels changements au sein de la compagnie et n’a pas écarté la possibilité d’une nouvelle série de licenciements.

La FUP/CUT est opposée à cette stratégie qui suppose des réductions d’emplois et une perte de la souveraineté nationale au niveau du secteur énergétique. Durant la manifestation et le rassemblement qui ont eu lieu le jour de l’action, José María, Coordinateur à la FUP, a indiqué qu’il est de la responsabilité de l’ensemble de la population brésilienne de se poser en défenseur de Petrobras et des gisements pétroliers pré-salifères :

« Notre résistance doit grandir de jour en jour. Les travailleurs de l’industrie pétrolière ont le devoir d’être le fer de lance et de faire la différence, mais nous devons être au clair avec le fait que nous ne gagnerons pas la bataille si nous agissons seuls », a-t-il indiqué.

IndustriALL a adressé plusieurs déclarations demandant à Petrobras de demeurer la propriété de l’Etat afin de garantir la souveraineté énergétique, le développement économique et le progrès.

Fernando Lopes, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré:

« IndustriALL a signé un accord-cadre mondial avec Petrobras. Nous croyons que garder Petrobras au sein du secteur public est essentiel non seulement au développement du Brésil mais également au maintien de l’équilibre des forces avec les principales multinationales privées du secteur. IndustriALL Global Union soutiendra toujours la lutte contre la privatisation des entreprises publiques stratégiques ».

Colombie : IndustriALL exige des garanties pour la dirigeante syndicale de l’USO agressée

Ce 27 mai, Quintana, Secrétaire pour les affaires rurales et féminines de la division des oléoducs SUO s’est rendue à la raffinerie de Barrancabermeja mais n’a pas pu y entrer parce que sa carte d’accès avait été bloquée. Alors qu’elle essayait d’entrer dans la raffinerie pour y mener ses tâches syndicales, elle a été agressée verbalement et physiquement par le responsable de la sécurité et par des agents de la police nationale.

Elle a été hospitalisée et a dû prendre treize jours de congés de maladie. L’USO a décrit la situation comme étant “inacceptable” et “une brutale agression”. L’USO a organisé un rassemblement à l’entrée principale d’Ecopetrol pour dénoncer l’agression et a appelé les syndicats au plan national et international à faire preuve de solidarité en exigeant qu’Ecopetrol témoigne de respect envers les femmes, en particulier les dirigeantes syndicales, offre des réparations et empêche que ce type d’incident se reproduise.

Nous exigeons que le gouvernement national, le conseil d’administration et la direction d’Ecopetrol se conforment à notre convention collective et aux législations nationales et internationales qui précisent que les entreprises ne doivent émettre aucune restriction aux libertés syndicales,

a déclaré le syndicat dans un communiqué de presse.

Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union a écrit au Président colombien, M. Juan Manuel Santos Calderón, pour exiger des réparations et des garanties pour Quintana :

Nous demandons votre intervention immédiate pour que les mesures nécessaires soient prises pour garantir que les instances judiciaires du pays agissent contre les individus ou entreprises responsables des violences chez Ecopetrol et offrent des réparations pour le dommage subi par Dibeth Quintana Duarte (…).

La question de savoir si votre gouvernement et les principales entreprises étatiques colombiennes respectent le libre exercice des activités syndicales et les femmes travailleuses de Colombie reste ouverte. Nous demandons dès lors que vous agissiez pour offrir des réparations et fassiez en sorte de prévenir la répétition de tels agissements.

Enfin, Edwin Castaño, Secrétaire de presse de l’USO, a dit que le syndicat avait écrit au ministère du travail pour dénoncer “la violation des droits syndicaux et de leurs dirigeants et militants, auxquels il est interdit d’accéder aux installations des nouvelles raffineries”. Castaño a indiqué que le syndicat avait décidé d’introduire une procédure contre les responsables qui avaient interféré avec le droit de mener des activités syndicales.

Les jeunes travailleurs débattent des politiques syndicales d’Industrial Chile

“Nous avons débattu de politiques pertinentes pour les jeunes travailleurs au sein du mouvement syndical. Nous espérons qu’ils se serviront de ce qu’ils ont appris pour rendre leurs syndicats plus forts. Le plus important est qu’ils aient l’opportunité sur leurs lieux de travail de soulever toutes les idées dont nous avons débattu ici. La lutte continue, la formation aussi,” a déclaré le Président national d’Industrial Chile-CONSTRAMET, Horacio Fuentes.

Les participants ont été informés sur le marché du travail chilien et sur des problèmes comme l’externalisation. Ils ont également échangé des idées sur les droits et obligations des travailleurs, la négociation collective et les grèves.

IndustriALL Global Union était représentée par le Secrétaire régional adjoint et coordinateur des projets pour les jeunes, Marino Vani, qui a présenté un exposé sur la stratégie mondiale d’IndustriALL pour les jeunes.

Il a souligné que les résolutions adoptées par les affiliés d’IndustriALL en Amérique latine et aux Caraïbes suggéraient le besoin de donner la priorité à l’éducation et la formation des jeunes travailleurs. Il est donc indispensable de développer les politiques en cours qui lient les projets d’éducation, d’organisation et de syndicalisation et de consacrer des ressources à la poursuite de ces politiques.

Vani a ajouté que les syndicats devaient donner aux jeunes des occasions de s’impliquer, comme par la formation de groupements et de départements des jeunes. Il a insisté pour dire que les syndicats devaient impliquer les jeunes dans la formulation et le développement de politiques et actions syndicales de sorte à promouvoir l’égalité des chances pour les jeunes travailleurs et les femmes sur le marché du travail.

“Cette réunion a atteint son but, qui est d’impliquer les jeunes travailleurs au niveau des questions sociales, politiques et économiques. Ils ont, et auront, un rôle pour influencer le changement social et agir en tant que conscience de la société. Les jeunes travailleurs peuvent obtenir le changement politique en descendant dans les rues et en s’y exprimant au nom de tous ceux qui ne peuvent le faire,” a dit Blanca Carreño Elgueta d’Industrial Chile lors de la réunion.

Le séminaire, qui pouvait compter sur le soutien et le financement des syndicats suédois dans le cadre du Projet de Renforcement syndical, a vu également des exposés des leaders syndicaux Horacio Fuentes, Miguel Soto, Jorge Murúa, Luis Salfate et Nicole Flores. Ils ont fait appel à leur expérience au sein du mouvement syndical pour donner des conseils pratiques aux jeunes travailleurs qui participaient au séminaire.

Enfin, le Secrétaire national des jeunes d’Industrial Chile, Victor Salfate, a souligné les besoins des jeunes travailleurs d’Industrial Chile et le travail qu’il reste à accomplir. Les participants au séminaire ont formulé un plan de travail, d’actions et d’activités destiné à renforcer le rôle de la jeunesse syndicale au sein d’Industrial Chile-CONSTRAMET.

Marino Vani a déclaré, “Je félicite Industrial Chile-CONSTRAMET et les jeunes travailleurs qui y sont affiliés d’appliquer cette politique importante et stratégique qui consiste à renforcer la jeunesse, dans la lignée de ce qu’a adopté la conférence régionale d’IndustriALL Global Union en 2014 à Bogotá”.

Le réseau Caterpillar rencontre le Président de l'UAW, Dennis Williams, à Detroit

Caterpillar est une multinationale américaine, leader mondial du marché des machines et engins de chantier pour la construction et la mine et pour l'agriculture, et d'autres composants pour les matériels de génie civil. Vu sa position d'acteur majeur de ce secteur, la coordination de l'activité syndicale dans cette multinationale est de la plus haute importance. Les délégués ont évalué l'action menée à ce jour et se sont mis d'accord sur un programme pour l'avenir.

Les membres du réseau syndical Caterpillar ont pu entendre le Président de l'UAW, Dennis Williams, et son Vice-président, Norwood Jewell, qui préside aussi le réseau. Dennis Williams a tenu des propos francs et directs. Il a souligné la détermination de l'UAW, tout en précisant qu'il attend du réseau de générer de la valeur ajoutée pour tous les travailleurs du monde entier de cette société très hostile aux syndicats.

À la suite du plan de restructuration annoncé en septembre 2015, des licenciements massifs ont eu lieu dans plusieurs pays. La situation est particulièrement alarmante au Japon où, en appliquant ce plan, la direction a mis fin au partenariat social qui l'unissait de longue date à l'affilié d'IndustriALL. En Europe, d'autres vagues de licenciements collectifs ont entraîné la disparition de milliers d'emplois, à cause en partie de la restructuration.

Les délégués ont convenu d'améliorer la coopération entre le comité d'entreprise européen et le réseau mondial, principalement par un exercice de projection qui jettera les bases des futures activités d'organisation.

La délégation japonaise a proposé son aide et son expertise pour améliorer l'efficacité et la flexibilité du réseau en l'assortissant d'un mécanisme d'alerte qui permettra de réagir plus rapidement en cas d'annonces par la direction de mesures affectant différents pays et régions. Tim Bressler, au nom du Président du réseau Norwood Jewell, et Matthias Hartwich, Directeur d'IndustriALL en charge des industries des matériaux et de l'ingénierie mécanique, ont été priés de mettre en place une structure correspondante.

La situation politique dans plusieurs des pays représentés est une source de frustration majeure et a été au centre de débats : la crainte du Brexit, c’est-à-dire la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, et aussi la crise économique et politique au Brésil, qui toutes deux l'économie et l'activité de Caterpillar, et par voie de conséquence les travailleurs de Caterpillar dans ces pays mais aussi au-delà.

La réunion a été assombrie par la nouvelle de l'assassinat de la députée travailliste britannique Jo Cox, le 16 juin. Une minute de silence a été observée et un message de condoléances a été envoyé au nom du réseau à la demande de Tony Murphy, de notre affilié britannique Unite. Le réseau a ensuite poursuivi ses travaux de manière très ciblée et avec beaucoup de gravité.

Le Directeur d'IndustriALL Matthias Hartwich a déclaré :

"Que la direction de Caterpillar le veuille ou non, nous avons entamé un échange mondial et nous agirons ensemble à l'avenir lorsque cela s'avérera nécessaire. Nous tendons la main pour demander un dialogue équitable, mais nous ne craignons pas le conflit si nécessaire."

Les syndicats de John Deere réunis pour renforcer leur coopération

Ils ont adopté des mesures concrètes pour améliorer leur collaboration et consolider le réseau du constructeur américain de matériels agricoles, forestiers et pour la construction, présent dans le monde entier.

Les participants originaires d'Inde n'ont pu être présents pour des problèmes de visas. Les Finlandais n'ont pas pu venir non plus, mais leur syndicat de la métallurgie a exprimé son attachement au réseau.

Les participants ont échangé des informations sur le climat économique difficile et sur l'état de la négociation collective chez John Deere dans leurs pays respectifs. Le représentant de l'United Autoworkers' Union (UAW), Tim Bressler, qui préside aussi le réseau, a donné un aperçu du marché américain et mondial des produits de John Deere.

Comme il avait été décidé à la réunion de l'an dernier, les discussions ont porté sur des thèmes spécifiques, en particulier des systèmes de relations professionnelles pratiqués dans les pays représentés à la réunion. Cette année, les participants se sont penchés de plus près sur les régimes syndicaux de l'Espagne et l'Allemagne. Leur attention s'est aussi portée sur le Brésil où la crise politique et économique est le défi le plus grave pour les affiliés d'IndustriALL du secteur.

Les participants ont reconfirmé leur plateforme d'action commune – les Principes directeurs du réseau John Deere d'IndustriALL – adoptée l'an dernier, qui définit les objectifs du réseau. Par la mise en œuvre de cette plateforme, le réseau va s'efforcer d'élargir encore son emprise régionale et d'aider les syndicats à organiser leurs pays respectifs.

Le Vice-président de l'UAW, Norwood Jewell, a rencontré les membres du réseau et a confirmé l'engagement de son syndicat à soutenir et renforcer le réseau. Tim Bressler (UAW), Torsten Jann (IG Metall) et Matthias Hartwich, Directeur d'IndustriALL en charge des industries des matériaux et de l'ingénierie mécanique, chapeauteront le développement et les activités futures du réseau, lequel a décidé de convoquer une nouvelle réunion l'an prochain.

Le Directeur d'IndustriALL Matthias Hartwich a confirmé :

"IndustriALL Global Union est déterminé à promouvoir le réseau John Deere. Il s'agit d'un des réseaux syndicaux les plus importants du secteur de l'ingénierie mécanique d'IndustriALL. Nous devons absolument nous serrer les coudes et manifester la solidarité syndicale dans ce secteur, de même que pour tous les réseaux d'entreprise, en particulier avec nos camarades brésiliens en lutte, mais aussi avec nos camarades indiens, même s'ils n'ont pu être présents à cette réunion.

"Mais aussi, nous devons faire davantage pour encourager les femmes à prendre un rôle actif dans le réseau John Deere."

Les violations des droits des travailleurs sous les projecteurs de l’OIT

En juin, la Commission de l’OIT de l’application des normes (ci-après dénommée « la Commission des normes ») a traité un certain nombre de plaintes pour violation des droits des travailleurs, en portant une attention particulière sur les pays tels que le Bangladesh, le Cambodge, l’Indonésie et le Mexique.

Les représentants des syndicats bangladais ont indiqué à la Commission que l’exercice de la liberté syndicale demeurait un problème bien que des progrès en matière d’amélioration de la sécurité aient été accomplis dans l’importante industrie du vêtement.

Au lendemain de la catastrophe de 2013 du Rana Plaza, un grand nombre de nouveaux syndicats ont été enregistrés dans l’industrie bangladaise de la confection. Néanmoins, au cours de ces deux dernières années, l’inscription des syndicats est devenue de plus en plus difficile, avec un taux de rejet des nouvelles inscriptions d’environ 70 pour cent, notamment celles provenant des syndicats indépendants.

La Secrétaire régionale d’IndustriALL, Apoorva Kaiwar, a expliqué à la Commission des normes que l’antisyndicalisme musclé opéré par la direction a conduit à une diminution du nombre des syndicats actifs, laissant les travailleurs avec peu ou pas de protection contre les employeurs. En outre, les syndicats sont totalement interdits dans les zones franches d’exportation du Bangladesh.

En raison du climat antisyndical croissant dans le pays et des faibles efforts déployés par le gouvernement pour garantir les droits des travailleurs découlant de la Convention (n° 87) de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, la Commission des normes de l’OIT a inscrit le pays sur sa « liste noire », également connu sous le nom de « paragraphe spécial ».

Les représentants des travailleurs d’Indonésie ont témoigné des violentes attaques perpétrées contre les travailleurs par la police et des voyous armés.

Prihanani Boenadi, membre de l’affilié d’IndustriALL FSPMI, a adressé au gouvernement un appel pour arrêter les violations à l’encontre des travailleurs et ne pas utiliser l’argument de la sécurité de l’Etat pour supprimer le droit à la liberté syndicale, comme cela s’est produit en novembre 2015 lorsque 25 manifestants ont été arrêtés à Jakarta pour avoir manifesté contre leur exclusion du processus de fixation des salaires.

La Commission des normes « a exprimé sa vive préoccupation à l’égard des nombreuses allégations » et a enjoint le gouvernement indonésien de veiller à la libre syndicalisation des travailleurs et à la poursuite des personnes responsables des actes de violence.

Ath Thorn, membre de l’affilié cambodgien d’IndustriALL CCAWDU, a fait part de la violence perpétrée contre les leaders syndicaux, des licenciements illégaux des leaders syndicaux, de l’ingérence de l’Etat, des contrats à courte durée et de la discrimination contre les travailleuses enceintes.

La Commission a décidé d’envoyer une mission de contacts directs de l’OIT au Cambodge, en Indonésie, aux  Philippines, au Swaziland, au Kazakhstan et à Maurice, pour évaluer les progrès liés aux conclusions de la Commission des normes.

Napoleón Gómez, président du syndicat des mines et des métallurgistes du Mexique Los Mineros et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, s’est adressé à la Commission des normes sur l’utilisation répandue des contrats de protection passés entre les syndicats jaunes (ou fantoches) et les entreprises sans le consentement des travailleurs, ainsi que sur l’intimidation et les menaces proférées à l’encontre des syndicats. Gómez a plaidé en faveur de l’achèvement de la réforme du droit du travail, sur la base des propositions formulées en avril 2016.

Le gouvernement mexicain est venu à la Conférence Internationale du Travail entouré d’une délégation de 70 représentants du gouvernement, des entreprises et des syndicats. Cependant, un seul représentant syndical de cette délégation était membre d’un syndicat démocratique.

La Commission des normes a invité fermement le gouvernement à s’acquitter de ses obligations juridiques et à veiller à ce que les « syndicats puissent exercer leur droit à la liberté syndicale dans la pratique ».

RENCONTRE: Berthold Huber

INTERVIEW

Syndicat: IG Metall

Pays: Germany

Texte: Léonie Guguen

Photos: IG Metall

Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans des activités syndicales ? 

Le climat politique quand j’ai rejoint IG Metall en 1971 était très propice aux syndicats et aux problématiques de démocratie au travail. Le Chancelier allemand Willy Brandt voulait élargir la démocratie et c’était l’époque où les syndicats ont connu leur plus grand taux d’approbation en Allemagne. 

qu’avez-vous appris au long de votre carrière syndicale ? 

J’ai appris à écouter mes collègues. J’ai appris à cerner et définir des objectifs communs. J’ai également appris à ne pas me considérer comme important : c’est l’unité qui fait que nous sommes forts.

En Allemagne, après la seconde guerre mondiale, nous avons eu l’avantage d’être en mesure de reconstruire un mouvement syndical basé sur le principe d’un syndicat par secteur, sans référence à la race, à la religion ou aux convictions politiques. Un syndicat qui défend vos intérêts au sein du secteur où vous travaillez.

Donc, si vous prenez mon syndicat, IG Metall, c’est une organisation stable qui a pu, après les difficultés liées à la réunification, rester forte. 

Peu de temps après la chute du mur de Berlin en 1989, vous vous êtes installé dans l’ancienne République démocratique allemande en tant que responsable pour IG Metall. quel rôle les syndicats ont-ils joué dans l’unification du pays ? 

Deux mondes complètement différents se sont rencontrés : une industrie extrêmement productive à l’ouest a fusionné avec une économie qui était à la traîne. Mais on peut dire qu’IG Metall a réussi à faire un million d’adhérents au sein des anciens länder de l’est. Malheureusement, nous en avons perdu beaucoup par la suite, en grande partie à cause des pertes d’emploi massives et de la désindustrialisation de l’ancienne Allemagne de l’Est. Notre tâche principale au début a été de préserver le plus possible d’emplois. 

Pourquoi les fédérations syndicales internationales comme IndustriALL sont-elles importantes ? 

Historiquement, les syndicats des pays industrialisés ont eu une perspective internationale et vous pouvez la retrouver dans tous les textes importants du mouvement syndical.

C’est également la raison pour laquelle IndustriALL a son siège à Genève, qui accueille également l’Organisation internationale du Travail, qui a pour mandat de réguler les normes internationales du travail à l’échelle mondiale.

La mondialisation a encore renforcé le besoin de réguler les normes du travail au plan international. Cet important objectif stratégique de créer un contre-pouvoir au capital international a toujours existé, car la mondialisation tend à monter les travailleurs les uns contre les autres. Nous devons tous travailler dans l’unité. 

Qu’a accompli IndustriALL au cours de ses quatre premières années ? 

La plus grande réussite est d’être parvenus à nous rassembler par-delà les frontières de nos secteurs, depuis les industries extractives, comme les mines, jusqu’au secteur manufacturier en passant par toute la chaîne de valeur ajoutée, pour former une fédération syndicale unie.

Nous avons obtenu des succès importants s’agissant d’accords tels que celui sur le Bangladesh, bien que celui-ci soit né sur les cendres d’une cruelle tragédie survenue il y a trois ans. Aucun syndicat national n’aurait été en mesure de l’obtenir et sans IndustriALL et UNI, il n’aurait jamais été possible.

IndustriALL a aussi contribué à mettre à l’agenda mondial les salaires vitaux et les normes minimales du travail. Le 7 octobre, journée mise à profit par nos affiliés pour protester contre le travail précaire, est une grande réussite. En Allemagne, c’est devenu une journée importante où, quoi qu’il se passe d’autre, nous luttons contre le travail précaire en Allemagne et partout dans le monde.

Les cinq objectifs stratégiques auxquels tout le monde souscrit et que chacun soutient sont un grand acquis et je ne connais pas d’autre grande organisation qui a réussi cela. 

quels sont les défis auxquels les syndicats sont confrontés ? 

La mondialisation a contribué à une situation dans laquelle les droits des travailleurs sont bafoués chaque jour pratiquement partout dans le monde.

Le droit de grève, la liberté syndicale et le droit de négocier collectivement doivent s’appliquer à tous les travailleurs et travailleuses partout et pas seulement dans des pays pris individuellement.

Le travail précaire est sans conteste l’un des plus gros défis du 21e siècle, que ce soit dans une économie industrialisée ou émergente. Il prévaut partout bien que sous différentes formes. Le conflit entre précarité et pérennité de l’emploi qui oppose le capital et le mouvement syndical n’est qu’un début. Le chômage des jeunes et le travail informel sont également des défis de taille.

Nous voyons la pression monter sur les syndicats, par exemple en Amérique du Nord. Les endroits du monde où l’on constate un progrès du renforcement syndical, comme en Asie du Sud-Est, sont également caractérisés par l’existence de nombreux syndicats d’entreprise. Il faut une seule voix à niveau national pour que les syndicats travaillent ensemble.

Après les deux sanglantes guerres mondiales du siècle dernier, la paix mondiale est la question la plus importante. Elle ne peut être maintenue qu’en continuant à promouvoir les droits humains, la liberté, la démocratie, la justice et une prospérité croissante pour chacun et chacune partout dans le monde. 

Vous avez été Président ad interim de volkswagen et vous êtes actuellement le vice-Président du Conseil de Surveillance d’Audi. À la lumière de votre expérience dans l’industrie automobile, quelle menace représente Industrie 4.0 ? 

Lorsque l’on parle d’Industrie 4.0, il est question de numérisation, mais un autre défi majeur est la substitution des carburants fossiles, qui renforce la pression sur la production et les emplois. Les moteurs électriques nécessitent moins de pièces et cela va affecter les pays producteurs d’automobiles en Amérique latine, Asie, Europe et Amérique du Nord.

Une chose est claire : l’élaboration et la production de véhicules vont changer profondément mais chaque pays en sera affecté différemment. Certains pays sont impliqués fortement dans la recherche et le développement ainsi que dans les biens d’investissement et la production de robots. L’Allemagne est exposée au niveau de l’industrie automobile, mais aussi de celles des biens d’investissement, dans les industries mécaniques et chez les équipementiers.

Si vous voulez peser sur ce changement structurel de manière positive pour les travailleurs, il vous faut des syndicats forts. Au bout du compte, c’est l’emploi qui est en jeu.

C’est d’abord aux syndicats nationaux d’appréhender cette tâche. C’est en premier lieu une problématique nationale avant d’être celle d’IndustriALL, qui doit se battre sur les enjeux généraux que sont les salaires équitables, la pérennité de l’emploi et la sécurité au travail. 

Quel est votre point de vue sur un quota de 40% de femmes chez IndustriALL ? 

Je suis de manière inconditionnelle en faveur d’un quota pour la représentation des femmes et je me suis battu pour ça chez IG Metall. La grande question est comment y parvenir et quelles seraient les sanctions si des affiliés contrevenaient au quota ? Je suis en faveur d’une modification de statuts, c’est une prise de position et un engagement politique, mais il est plus important que cela se matérialise dans la réalité et pas seulement dans nos documents.  Nous devons discuter de la façon dont nous allons, dans les faits, obtenir une meilleure participation des femmes. 

Qu’espérez-vous qu’IndustriALL puisse accomplir dans les quatre prochaines années? 

La simple création d’IndustriALL est un succès. Sa préparation a nécessité des années, si pas des décennies. Nous sommes parvenus à prendre en compte les problématiques par-delà les secteurs et j’ai rarement participé à une réunion où l’origine sectorielle jouait un grand rôle pour les participants. Mais nous devons toujours continuer à développer davantage notre culture commune. 

Il ne suffit pas de se contenter de décrire les ravages du capitalisme mondial. Il faut être actif. Il faut rivaliser avec les entreprises et c’est là où le besoin de campagnes visibles et efficaces entre en jeu ainsi que celui d’accroître la visibilité d’IndustriALL.

Au-delà de nos cinq objectifs, nous devons de nouveau traduire tout ceci en actions concrètes et dans les activités que nous menons dans les régions, par exemple au niveau du travail précaire. Par le biais d’un accent plus important sur le développement par la syndicalisation, nous devons constituer des syndicats forts, unis, démocratiques, indépendants, représentatifs et auto- suffisants partout dans le monde.

Pour ceci, le rôle des régions et de leur travail doit clairement être renforcé. Nous ne pouvons mener ceci et nos autres tâches uniquement au départ de Genève.

Le Président est la voix des affiliés. Il doit avoir un discours et des opinions fermes, mais sa mission principale est d’écouter et de susciter une position commune et l’unité. 

Des progrès en vue d’une norme de l’OIT en matière de chaînes d’approvisionnement mondiales

L’expansion des chaînes d’approvisionnement mondiales a été favorisée par un modèle économique expressément conçu pour tirer avantage de bas salaires et de réglementations et mesures exécutoires inadaptées.

Les études montrent qu’alors que plus d’un cinquième de la population active mondiale occupe un emploi au sein d’une chaîne d’approvisionnement mondiale, le respect pour les droits des travailleurs en leur sein est en déclin. Au niveau de l’industrie de la confection, on a connu une chute de 73% de l’évaluation des droits des travailleurs au sein des 20 plus importants exportateurs de vêtements vers les États-Unis entre 1989 et 2010. Dans le même temps, on a vu une réduction de 42% des prix payés pour les vêtements qu’ils produisaient.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union Jyrki Raina précise que les initiatives volontaires de responsabilité sociale des entreprises ont échoué.

Elles n’ont pas été en mesure d’améliorer de manière significative les salaires ou de réduire les temps de travail, non plus d’assurer le respect du droit des travailleurs et travailleuses à rejoindre un syndicat, ni leur droit à évoluer sur un lieu de travail sûr.

Nous avons besoin de règles contraignantes pour les chaînes d’approvisionnement qui mettent un terme au nivellement par le bas des salaires et conditions de travail.

Situation particulièrement infamante, les organismes d’audit social et de certification SAI et BSCI ont décerné des bulletins de santé vierges respectivement à l’usine de vêtements d’Ali Enterprises au Pakistan avant qu’un incendie ne la ravage de fond en comble, tuant 254 travailleurs et travailleuses et au Rana Plaza avant qu’il ne s’effondre, causant la mort de 1.134 travailleurs et travailleuses au Bangladesh.

Dans ce contexte, les représentants des travailleurs, dont IndustriALL, ont abordé le débat à la CIT avec l’objectif d’obtenir une décision d’œuvrer à une Convention sur les chaînes d’approvisionnement mondiales afin de s’attaquer à ces manquements. Une Convention établirait une plus grande transparence pour les salaires et les conditions de travail et clarifierait les rôles et responsabilités à la fois des fournisseurs et des acheteurs, s’agissant de garantir les droits syndicaux.

Après de nombreux débats enflammés et quelques séances de négociation se terminant tard dans la nuit, un texte final a été conclu qui donne mandat pour poursuivre dans cette direction. Les conclusions finales appellent l’OIT à évaluer si ses normes actuelles sont susceptibles de permettre d’arriver au travail décent au sein des chaînes d’approvisionnement et de convoquer une nouvelle rencontre des parties pour décider quels sont les orientations, les programmes, les mesures, les initiatives ou les normes nécessaires. Le recours à la dénomination “normes” est cruciale, car cela ouvre la possibilité de carrément retrouver une future Convention à l’ordre du jour.

Surtout, les conclusions donnent le feu vert à l’OIT pour soutenir et faciliter des négociations en vue d’accords-cadres mondiaux et pour donner son assistance à leur suivi, y compris aux évaluations, à la médiation et au règlement des différends.

Au cours du débat, l’Accord sur les mesures de sécurité qui ont trait aux incendies et aux bâtiments au Bangladesh, signé entre IndustriALL, UNI Global Union et plus de 200 multinationales de la confection, a été à plusieurs reprises cité en tant qu’initiative innovante dans le domaine de la responsabilisation des chaînes d’approvisionnement et est mis en évidence dans les conclusions en tant qu’accord juridiquement contraignant.

En l’absence de dispositions réglementant les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, IndustriALL a pris des mesures pour mettre les multinationales relevant de ses secteurs face à leurs responsabilités. IndustriALL a signé 47 accords-cadres mondiaux avec des multinationales, qui couvrent plus de dix millions de travailleurs et travailleuses, ainsi que l’Accord du Bangladesh. Elle fait également campagne contre les employeurs sans scrupules en mettant les chaînes d’approvisionnement de certaines entreprises au pilori par le biais d’une exposition médiatique de leurs enseignes concernées. De même, dans le secteur de la confection, l’initiative ACT entre IndustriALL et des multinationales de la confection de statut mondial a pour but d’obtenir des salaires vitaux pour les travailleurs et travailleuses du secteur en y liant la négociation collective sectorielle à des réformes des pratiques d’achat des enseignes.

OPINION: au-delà de la COP21?

Opiniòn

Texto: Brian Kohler

Des documents de politique, des résolutions prises lors de congrès et des dizaines de conférences sectorielles et réunions régionales, depuis les années 80 jusqu’à nos jours, ont débattu et affiné les postions syndicales sur la durabilité et le changement climatique. Il n’y a pas d’emploi sur une planète morte et la durabilité n’est plus une préférence mais une question de survie, 

dit le Directeur d’IndustriALL pour la durabilité, Brian Kohler. 

À Paris, le samedi 12 décembre 2015, lors du sommet climatique appelé COP21, un accord historique pour contrôler les gaz à effet de serre et limiter le changement climatique a été conclu. Cet accord va avoir des effets significatifs sur la plupart des secteurs relevant d’IndustriALL. 

Les trois principales revendications des syndicats lors des pourparlers sur le climat à Paris étaient : 

Les ingrédients nécessaires à un accord réussi sur le climat se retrouvent dans le texte de Paris. Il existe une ambition de maintenir “l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels”. Il y a des dispositions pour des révisions périodiques. Il y a une reconnaissance qu’une transformation de l’économie est implicite. Il y a des références, quoique légères, aux besoins de financement.

La Transition juste est incorporée au préambule de manière claire :

“Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national.”

Les Parties signataires doivent maintenant reconnaître qu’elles ont pris un engagement politique pour la Transition juste, renforcé par les récents Principes directeurs de l’OIT sur la Transition juste.

Plus important peut-être encore que les engagements des gouvernements sera le signal qu’il envoie à l’économie mondiale. Il va devenir de plus en plus difficile pour les investisseurs ou les assureurs de pouvoir justifier le risque qui consiste à mettre leur argent dans des carburants fossiles. Cela ne va pas changer le monde de la finance du jour au lendemain, mais cela va le changer.

L’Accord de Paris doit être considéré comme un point de départ, pas comme un aboutissement. Il crée un cadre institutionnel qui comporte tous les ingrédients nécessaires à son succès.

Une Transition juste pour les travailleurs et l’environnement

Le concept d’une Transition juste est que les travailleurs, leurs familles, les communautés et les syndicats dont ils font partie soient respectés et protégés, tout en créant de nouveaux emplois décents dans des industries durables. Les travailleurs n’ont pas choisi des emplois qui portent préjudice à l’environnement, ils avaient besoin d’un travail pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles.

Il serait profondément injuste que l’ensemble des coûts du changement vers la durabilité soit porté par la population active. 

De solides filets sociaux sont un prérequis à tout programme de Transition juste, mais y avoir recours n’est jamais le premier choix des syndicats. Le premier choix, et la Transition la plus juste possible, sera toujours de créer, faire évoluer ou maintenir des emplois durables. Un emploi durable ou plus vert n’est pas toujours ce qui vient à l’esprit d’un écologiste. Même la fabrication de panneaux solaires et d’éoliennes requiert du carburant, de l’énergie, de l’acier et des plastiques qui doivent bien provenir de quelque part et ces emplois doivent être considérés comme durables.

La seule manière d’assurer une Transition juste est de créer des programmes structurés pour la faciliter et pour en traiter les conséquences. Si l’on fait aux travailleurs un chantage à l’emploi, c’est l’environnement qui y perdra. Ce n’est donc pas aux travailleurs qu’il faut demander de faire ce choix. Les syndicats doivent éviter de devenir les “derniers défenseurs de l’indéfendable”. 

Un programme de Transition juste doit avoir une vision globale, avec une approche souple visant à aider les travailleurs, leurs familles et les communautés dont ils sont issus. Il doit impliquer les travailleurs dès sa conception et doit s’adapter à chaque situation. Un programme de Transition juste devrait même pouvoir aider à la reconversion créative des friches industrielles. Et il doit conserver l’intégrité des travailleurs et de leurs syndicats. 

Obtenir une transition juste vers une économie durable

Les énergies renouvelables vont croître rapidement dans le futur pour constituer une part plus importante du mix énergétique global, mais en attendant, le mouvement syndical doit s’assurer que les travailleurs et travailleuses n’aient pas à payer le prix de l’empreinte écologique de leurs industries.

Il faut que les émissions des gaz à effets serre atteignent leur pic maintenant (février 2016 a déjà été le mois le plus chaud jamais enregistré), sinon l’Accord de Paris visant à conserver le réchauffement climatique sous les 2C° ne pourra pas se matérialiser et les conséquences sociales, économiques et environnementales seront partout dans le monde et pour tous, catastrophiques. 

À certains égards, il y a un recoupement d’intérêts entre le mouvement syndical et des organisations non-gouvernementales (NGO) écologistes, alors que pour d’autres aspects, nous partageons les préoccupations de nos employeurs. L’expertise en matière de transformation industrielle et la manière de rendre ce changement socialement équitable et juste est cependant l’apanage du mouvement syndical.

Dans ce contexte, l’importance de la justice environnementale est claire : dans le monde en développement en particulier, de nombreuses communautés dépendent largement d’une industrie unique, minière par exemple, mais ces exploitations sont souvent les plus négligentes au plan environnemental en raison de la faiblesse ou de l’absence
de réglementations en la matière et de technologies obsolètes.

Une Transition juste n’est pas quelque chose que l’on peut obtenir à la table des négociations. Cela demande des choix délibérés de politiques, élaborées sur base de programmes forts de protection sociale et de politiques industrielles durables qui transformeront les emplois existants de sorte à les rendre plus durables et à en créer de nouveaux, plus verts.

Une Transition juste ne va pas se produire d’elle-même et le soi-disant libre marché ne va pas nous l’offrir. Elle requiert un intense lobbying et des échanges avec, à la fois, les entreprises et les gouvernements. Sinon, les travailleurs seront les victimes de la ruée de dernière minute sur des solutions permettant de se conformer à l’Accord de Paris, sans les nécessaires considérations socio- économiques.

Il est de notre responsabilité de montrer la voie en ce moment crucial de l’histoire. Nous ne pouvons négocier les lois de la physique, mais nous pouvons, et nous le ferons, soutenir des politiques industrielles durables et exiger justice et emplois décents pour tous les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui et de demain. 

LA TRANSITION JUSTE DANS LA RÉALITÉ

La Transition juste s’inspire des politiques que de nombreux gouvernements, en particulier celui des États-Unis, ont mis en place pour réintégrer après la seconde guerre mondiale des milliers de militaires démobilisés au sein de la vie civile active. Un autre exemple plus récent et pertinent est la manière dont l’Allemagne a géré le démantèlement progressif de son industrie du charbon au cours des dernières décennies. Grâce à de bons programmes de protection sociale, des politiques d’ajustement du marché de l’emploi créatives, une collaboration avec les syndicats et un financement adéquat, les travailleurs et les communautés dont ils font partie ont maintenu leur intégrité, démontrant que les résultats sociaux des transitions économiques dépendent des politiques publiques adoptées et que cela peut être accompli. 

Sur un continent en crise, industriAll Europe fait face

Ce congrès a eu lieu dans un contexte de crise économique et politique en Europe. On a vu dans le sillage de la crise de la dette souveraine l’effondrement du consensus politique, une augmentation de l’austérité et la domination d’une élite financière aux dépens de la société et du monde du travail. Des millions d’emplois industriels ont été perdus, le niveau des salaires est sous l’étouffoir et on connaît une croissance extraordinaire de l’emploi précaire. Aussi, les droits syndicaux sont sous le feu d’attaques partout sur le continent.

Le Congrès a dressé le bilan de la crise et établi un plan pour y répondre, élisant une nouvelle équipe de direction pour la période 2016-2020. Ces nouveaux dirigeants, Luc Triangle, Sylvain Lefebre, Benoît Gerits, Luis Ángel Colunga et le président ré-élu, Michael Vassiliadis, ont livré une intervention politique ferme quant au besoin d’une Europe sociale avec des syndicats forts pour contrer la domination du monde des entreprises.

L’échec de l’élite politique européenne à s’opposer à la crise conduit à une fracture sociale, à une inégalité croissante, tant à l’intérieur des États membres qu’entre eux ainsi qu’à une croissance de l’extrémisme de droite. Les traités commerciaux comme le TTIP et le CETA donnent la prérogative aux entreprises au détriment de la collectivité.

L’Europe a besoin d’un modèle progressiste fondé sur une solidarité économique et sociale, avec de l’investissement dans des emplois manufacturiers de qualité. Les défis auxquels l’Europe fait face sont partagés de manière inégale et voient le monde du travail partout sur le continent porter le fardeau de l’austérité et les pays du sud supporter à la fois la plus grande part de la crise de la dette et l’afflux des réfugiés. Une Europe à visage humain devrait se partager ces défis.

Luc Triangle, le nouveau secrétaire général d’industriAll Europe, a déclaré qu’une “coordination syndicale efficace sera au cœur des activités principales d’industriAll Europe au cours des quatre années à venir, avec le but de renforcer la puissance syndicale et l’identité européenne de l’organisation”.

Les intérêts de ses membres sera la préoccupation première d’industriAll Europe. Les objectifs de l’organisation pour la période qui s’ouvre se concentreront sur quatre thèmes :

“IndustriALL Global Union et industriAll Europe vont étroitement collaborer puisque la syndicalisation et la construction d’une puissance syndicale sont également à l’ordre du jour en Europe. Cependant, nous avons besoin de davantage de femmes dirigeantes en haut lieu !” a déclaré Jyrki Raina, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union.