Les syndicats indiens appellent à la grève générale

Le 2 septembre 2016, des centaines de milliers de travailleurs à travers l’Inde défileront ensemble dans les rues lors d’une grève générale nationale. La grève concerne les secteurs des transports, financier, énergétique, du charbon, textile, automobile, les ports et les docks, sidérurgique, pétrolier, de l’armement, la planification, l’éducation et les fonctionnaires des administrations centrales et fédérales.

Tout en réitérant ce jour leur appel à la grève lors d’une conférence de presse conjointe à Delhi, les responsables des centrales syndicales se sont dits déçus par les politiques gouvernementales antitravailleurs, l’absence de réponse du gouvernement aux préoccupations des syndicats ainsi que son attitude antidémocratique.

Les syndicats avaient fait grève dans l’ensemble du pays le même jour en 2015 pour faire valoir 12 revendications, inscrites dans une charte. En mars 2016, les centrales syndicales ont appelé, dans la convention nationale, à faire grève dans tout le pays le 2 septembre 2016 et invité le gouvernement à s’asseoir à la table des négociations.

Ce dernier n’a toutefois pas rencontré tous les syndicats pour répondre à leurs revendications, mais seulement une centrale nationale, Bharatiya Mazdoor Sangh (BMS), l’aile syndicale du parti nationaliste hindou de droite Bahartiya Janata, le parti majoritaire de la coalition au pouvoir.

Dans une tentative désespérée d’éviter la crise croissante du travail, le gouvernement a annoncé, le 30 août, une hausse des salaires minimums du personnel non qualifié du gouvernement central de 246 Rs (3,70 US$) à 350 Rs (5,20 US$) par jour, soit 9100 Rs (135 US$) par mois.

A la suite de cette annonce, la BMS, une des plus grandes centrales syndicales du pays, n’a plus souhaité participé à la grève, alors que les 10 autres centrales syndicales ont vivement critiqué la faible hausse des salaires, dont l’application est obligatoire seulement au niveau du gouvernement central et facultative au niveau des entités fédérales. Les syndicats revendiquent une augmentation du salaire minimum de 18 000 Rs (268 US$) par mois.

Les syndicats ont également rejeté l’appel du ministre du travail et de l’emploi d’annuler la grève. Ironiquement, les syndicats ont remarqué une quasi similitude entre la lettre du ministre et celle envoyée en 2015, et constaté que les mesures « proactives » de la réforme du travail visant, selon le ministre, à répondre aux revendications des travailleurs étaient en fait des mesures antitravailleurs auxquelles s’opposaient avec véhémence les syndicats.

Ces politiques antitravailleurs comprennent la mise en place, imposée par décret, de contrats de travail à durée déterminée dans le secteur de la confection, une augmentation de la limite autorisée des heures supplémentaires de 50 heures par trimestre à 125 heures, et le détournement de la sécurité sociale des travailleurs et de la caisse de prévoyance des employés, afin d’investir dans le marché boursier. 

Les syndicats considèrent que les réformes unilatérales du droit du travail menées par le gouvernement central et les Etats fédéraux ont été conçues de façon à empêcher la majorité des travailleurs d’être couverts par le droit du travail fondamental. Ils ont dénoncé les initiatives du gouvernement consistant à privatiser et à cesser d’investir dans les entités publiques stratégiques, ainsi qu’à promouvoir l’investissement direct étranger (IDE) dans des secteurs sensibles tels que la défense, le chemin de fer, les banques, l’assurance, le commerce de détail et les produits pharmaceutiques.

Les 12 points de revendication de la charte des syndicats comportent:

  1. La prise de mesures urgentes pour limiter les augmentations des prix au moyen de la généralisation du réseau public de distribution et l’interdiction du commerce spéculatif dans les marchés des matières premières.
  2. La prise de mesures concrètes permettant de créer des emplois.
  3. L’application strict du droit du travail et de sanctions rigoureuses en cas de violation de ce droit.
  4. L’étendue de la couverture sociale universelle à tous les travailleurs.
  5. Des salaires minimums d’au moins 18 000 Rs par mois.
  6. Une pension de retraite d’un montant minimum de 3 000 Rs par mois garantie à tous les travailleurs.
  7. L’arrêt du désinvestissement des entreprises publiques aux niveaux de l’Etat central et des Etats fédéraux.
  8. L’arrêt de l’embauche à forfait (travail précaire) sur les postes permanents, et la garantie d’un salaire égal à travail égal.
  9. La suppression des plafonds de paiement et d’éligibilité aux primes et aux caisses de prévoyance, ainsi que l’augmentation du montant de la gratification.
  10. L’enregistrement obligatoire des syndicats dans un délai de 45 jours et la ratification immédiate des conventions n° 87 et n° 98 de l’OIT.
  11. L’ arrêt des amendements au droit du travail.
  12. L’arrêt de l’investissement direct étranger dans les chemins de fer, l’assurance et la défense.

Les 10 centrales syndicales participant à la grève sont : INTUC, AITUC, HMS, CITU, AIUTUC, TUCC, SEWA, AICCTU, UTUC et LPF. La grève est également soutenue par les fédérations indépendantes des travailleurs et des fonctionnaires.

IndustriALL condamne la fermeture antisyndicale d’une usine au Bangladesh

Habib Fashions, qui est établie à Dhaka et sous-traitait pour de nombreuses usines produisant pour les marques internationales, dont FILA, a fermé en août sous prétexte d’absence de commandes.

Néanmoins, selon l’affilié d’IndustriALL, la Fédération Sommolito Garment Sramik (SGSF), qui a fait une demande d’enregistrement à l’usine, Habib Fashions cherche plutôt à briser le syndicat et a des commandes au-delà de sa capacité. Et d’ajouter que les travailleurs avaient été obligés de travailler de 6 heures du matin à 10 heures du soir en juin, durant le Ramadan, pour honorer les commandes dans les délais.

Nazma Akter, Président de la SGSF, a déclaré:

« Le propriétaire de Habib Fashions doit respecter la liberté syndicale et les droits fondamentaux de ses travailleurs, conformément à la législation nationale. Je demande également au gouvernement du Bangladesh de prendre des mesures immédiates pour régler cette affaire au plus vite ».

Le 30 juin 2016, la SGSF a, en suivant la procédure légale, introduit une demande d’enregistrement du syndicat à l’usine auprès du codirecteur du travail au Bangladesh, qui lui a fait part de certaines objections par courrier. La SGSF était en train de répondre à ces objections quand la direction de l’usine a rencontré les dirigeants de la SGSF, le 19 juillet 2016, pour leur demander de retirer la demande d’enregistrement du syndicat. Devant le refus de la SGSF, la direction de l’usine a commencé à déplacer les machines dans la nuit du 27 juillet 2016 et a déclaré une fermeture temporaire de l’usine à partir d’août 2016, sans donner de précision sur la durée de celle-ci.

La section 186 du code du travail au Bangladesh énonce expressément qu’« aucun employeur ne doit, lorsqu’une demande d’enregistrement d’un syndicat qui s’est constitué dans son entreprise est en cours, changer les conditions générales de service de tout dirigeant de ce syndicat au détriment de celui-ci, sans l’autorisation préalable du directeur du travail ».

Dans une lettre adressée au directeur général de Habib Fashions, Shahadat Hossain, le Secrétaire général d’IndustriALL, Jyrki Raina, a fait savoir:

« Il ressort clairement de ces éléments que l’usine a été fermée dans le seul but de se débarrasser du syndicat et de veiller à ce que les travailleurs ne constitueront aucun syndicat, même dans l’avenir. Habib Fashions reçoit toujours beaucoup de commandes de plusieurs usines. C’est une mesure illégale manifeste de votre part.

« IndustriALL Global Union exhorte Habib Fashions de rouvrir immédiatement l’usine, et de donner un travail et un salaire réguliers aux travailleurs. En outre, nous demandons à Habib Fashions d’établir des relations entre le patronat et les employés saines et équitables, y compris d’entamer des négociations avec la Fédération Sommolito Garment Sramik, en parfaite conformité avec le droit du travail national et les normes fondamentales du travail ».

Les syndicats du secteur asiatique de l’électricité resserrent les liens

Le secteur asiatique de l’électricité est de plus en plus privatisé, une évolution mue par les capitaux mondiaux et les gouvernements nationaux.

Aussi bien la Corée du Sud que Taïwan tentent de privatiser le marché de l’électricité. C’est ce qui s’est produit en Mongolie où le secteur énergétique a récemment été privatisé.

Confronté à cette évolution et à d’autres problèmes, le réseau des syndicats du secteur de l’électricité d’IndustriALL Global Union s’est réuni à Séoul, en Corée du Sud, les 24 et 25 août.

Les participants ont discuté des politiques énergétiques durables, sûres et de la sécurité énergétique, et ont échangé des informations à jour sur l’évolution de la situation dans leurs pays.

En Indonésie, par exemple, des conventions collectives ont été signées dans environ 6 pour cent des entreprises, et la majorité d’entre elles portent seulement sur les droits fondamentaux des travailleurs.

Le droit de faire grève dans ce pays est plus ou moins inexistant dans les entreprises énergétiques dont la fonction doit être celle de servir l’intérêt public. Selon le droit du travail indonésien:

« L’action de grève par les travailleurs employés dans les entreprises servant l’intérêt public et/ou susceptible de mettre en danger la vie humaine doit être mise en œuvre de manière à ne pas nuire à l’intérêt public et menacer la sécurité d’autres personnes ».

A l’heure actuelle, le charbon et les combustibles fossiles totalisent 78,3 pour cent de la production mondiale d’énergie, mais l’énergie renouvelable est de plus en plus utilisée.  L’hydroélectricité compte pour plus de 19,1 pour cent de la production énergétique, suivie par les énergies éolienne et solaire.

Les réseaux sont nécessaires pour garantir le droit des travailleurs dans le secteur énergétique, a indiqué Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL:

Grâce à la solidarité et à la coopération présentes au-delà des frontières, nous lutterons pour protéger les droits de tous les travailleurs/euses qui se battent contre les politiques antisyndicales.

La réunion a été accueillie par l’affilié d’IndustriALL, le syndicat national des travailleurs/euses du secteur de l’électricité coréen (KNEWU) et son organisation faîtière, la Fédération du syndicat des travailleurs/euses du secteur public coréen (FKPIU).

Le syndicat à DNO au Yémen obtient gain de cause face à la compagnie pétrolière norvégienne

Le 3 août 2016, le tribunal du travail du Yémen de Sana’a a rendu un arrêt demandant à la compagnie pétrolière norvégienne DNO de payer les salaires aux travailleurs qu’elle a licenciés ou voir ses biens confisqués et son actif saisi. L’affilié d’IndustriALL Global Union, le syndicat général des travailleurs du pétrole, des minéraux et de la chimie au Yémen, qui représente les travailleurs de DNO, a poursuivi en justice la compagnie après qu’elle ait licencié 200 employés par texto et courriels en avril 2015, les laissant dans le dénuement le plus complet.

Le droit au Yémen dispose qu’une société au bénéfice d’une licence d’exploitation d’un gisement pétrolier doit payer des salaires et honorer ses obligations sociales aussi longtemps que cette licence lui a été accordée. DNO s’est servi de la guerre et de la situation politique au Yémen pour fuir ses responsabilités à l’égard de ses employés, en stoppant ses activités le 27 avril 2015. La compagnie n’a payé ni indemnités de licenciement ni compensations, et les employés se sont retrouvés sans filet de sécurité sociale et économique dans un pays au bord de l’effondrement.

« Les travailleurs de DNO n’ont rien, et nombre d’entre eux sont aux prises avec de terribles difficultés. Le pays est en proie à la guerre et à une pénurie de vivres. Des familles de ces travailleurs n’ont plus d’argent pour acheter de la nourriture et souffrent de la faim. La situation des travailleurs ayant des enfants en bas âge est grave », a déclaré Ryadh Al-Gharady, responsable syndical.

Le syndicat est reconnu à DNO depuis 2010 et a livré un certain nombre de batailles contre la compagnie pour défendre les droits des travailleurs. Après que les licenciements aient eu lieu, le syndicat a été soutenu par la campagne internationale menée par Industri Energi, affilié norvégien d’IndustriALL, ainsi que par IndustriALL. Industri Energi a adressé une pétition au siège de la compagnie à Oslo, alors qu’IndustriALL a envoyé des messages de soutien et de solidarité.

Le Tribunal s’est prononcé pour:

  1. une continuité des contrats,
  2. le paiement par la compagnie des salaires à hauteur de 75% depuis juin 2015, dont la prime du Ramadan de 2015. Les frais médicaux ne sont pas compris.
  3. le versement par la compagnie de 50 000 riyals yéménites (200 US $) de frais de justice par employé.

D’aucuns craignent que DNO fasse appel de la décision, ou refuse tout simplement de payer.

« Nous ne tairons pas nos droits et, s’ils font appel, nous ferons de même. Nous ne resterons pas silencieux en ce qui concerne nos droits face à l’avidité de cette compagnie.

« A moins que DNO nous paie ce que la loi demande et le tribunal a tranché, nous porterons l’affaire au niveau international », a déclaré Al-Gharady.

Leif Sande, président d’Industri Energi et co-président du secteur énergétique d’IndustriALL, a indiqué:

« Le jugement rendu au Yémen est totalement juste, et DNO doit assumer sa responsabilité de payer les salaires de ses travailleurs. Ils ne peuvent pas continuer de l’éviter, comme ils le font depuis plusieurs années. DNO fait des affaires en prenant appui sur l’image positive que la Norvège a à l’étranger alors que la compagnie manque à ses obligations sociales ».

Kemal Özkan, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré:

« Nous sommes extrêmement satisfaits de la décision que le tribunal du travail a prise en faveur du syndicat. Il est inacceptable que DNO se dérobe à ses responsabilités depuis si longtemps. Nous conjurons le pays de payer ce qu’il doit. Nous continuerons de faire cause commune avec notre affilié au Yémen jusqu’à ce qu’ils obtiennent justice ».

DNO emploie environ 260 travailleurs au Yémen et s’est vu délivrer une licence d’exploitation de six gisements de pétrole. La compagnie a extrait plus de 100 millions de barils de pétrole yéménite. DNO a commencé ses activités au Yémen en l’an 2000.

Iran: Le gouvernement tente de déréglementer le travail selon un responsable syndical

Question: Quelle est l’attitude des employeurs à l’égard des syndicats?

MG: Les employeurs ne reconnaissent pas les syndicats indépendants. Avec la flagellation des mineurs d’Agh Dareh, nous sommes entrés dans une phase où l’Etat discipline le travail à la demande des employeurs.

Les employeurs voient les syndicats comme des obstacles aux profits, alors que le gouvernement vise à déréglementer le travail. En juillet, le gouvernement a déclaré plus de 28 zones franches nationales qui ne sont plus soumises au droit du travail.

Q: Le droit du travail est-il bien appliqué?

MG: Le fait que la législation soit appliquée n’importe où dans le monde dépend du rapport de force entre les travailleurs et le gouvernement. Nous pouvons nous opposer aux employeurs et défendre les droits des travailleurs sur des questions élémentaires. Néanmoins, sur des questions plus importantes, le droit du travail est ignoré. Le ministère du travail impose ses propres et seules structures pour représenter les travailleurs.

Q: Les institutions, telles que la maison du travail et les conseils islamiques du travail, ont-elles eu un impact positif?

MG:  Depuis qu’elles ont démarré il y a 30 ans, les institutions sont contrôlées par le ministère et n’ont pas de fonction indépendante. Ce ne sont pas des organisations de travailleurs du fait qu’elles sont idéologiquement exclusives puisque la croyance en l’Islam est une condition préalable d’adhésion. Ce sont des organisations religieuses contrôlées par l’Etat. Elles n’ont jamais rien fait de bien pour les travailleurs.

Q: Le Président Rouhani a promis de s’attaquer aux questions liées au travail et aux libertés syndicales. L’a-t-il fait?

MG: Malheureusement, non. Son ministère du travail n’est pas intervenu dans les conflits entre les travailleurs et les employeurs, et n’a pas empêché les forces de sécurité d’attaquer les grévistes. Le paiement des allocations de logement a été différé, alors que les hauts fonctionnaires ont joui d’une augmentation de 50 pour cent.

Le pays continue d’importer alors que les industries nationales sont en récession. Le chômage a des effets dévastateurs, mais les prescriptions du Fonds monétaire international sont mises en œuvre. La principale préoccupation du gouvernement est de fournir de la main-d’œuvre à bas prix aux investisseurs étrangers.

Q: Les conditions de travail des cols blancs employés au sein du gouvernement et des entreprises sont-elles meilleures?

MG: Il n’existe pas de sécurité de l’emploi en Iran et les droits syndicaux des fonctionnaires et des travailleurs du secteur privé, employés de bureaux et travailleurs manuels, sont violés tous les jours de la même façon.

Q: La signature du plan d’action global commun (l’accord nucléaire) a-t-elle amélioré le sort des travailleurs?

MG: Non. Les autorités de notre pays nous ont promis que la levée des sanctions et la restitution des milliards de dollars tirés des revenus pétroliers et gaziers redynamiseraient l’économie. Ces promesses n’ont pas été tenues, et les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas respecté leur part du contrat en levant les sanctions affectant le système bancaire et monétaire. 

Le gouvernement a intensifié son programme de privatisation et abaissé les coûts du travail pour attirer les investissements étrangers. Cette année, les syndicalistes employés dans l’industrie pétrolière ont été licenciés. Dans l’ensemble du secteur, vous rencontrez des travailleurs qui n’ont pas perçu leurs salaires depuis des mois.

Q: UMMI a noué le dialogue avec succès avec le mouvement syndical international et, en particulier, IndustriALL Global Union. Comment les syndicats dans d’autres pays peuvent-ils vous soutenir?

MG: IndustriALL nous a aidé dans diverses campagnes visant à réduire la pression exercée sur les syndicats. Nous avons eu des réunions consultatives importantes avec les responsables d’IndustriALL et nous espérons que cette solidarité  continuera de s’élargir et de se renforcer chaque jour.

Nous invitons les organisations syndicales internationales dans le monde entier à user de leur influence dans les organismes puissants, tels que l’OIT, pour faire pression sur les autorités iraniennes et les employeurs pour qu’ils appliquent les conventions 87 et 98 de l’OIT.

Nous croyons que la force, l’influence et le succès de tout syndicat où qu’il se trouve dans le monde est également la force des syndicats iraniens, y compris le syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran, et nous célébrons cela.

Les autorités perturbent le déroulement de la conférence syndicale des femmes en Biélorussie

Le 27 août, les militants de BITU, un affilié biélorusse d’IndustriALL Global Union, ont organisé une conférence syndicale pour évaluer les résultats des activités du réseau et discuter des plans futurs.

Quarante minutes après le début de la conférence, les pompiers, la police et une ambulance sont arrivés devant le bâtiment et ont demandé à toutes les personnes présentes de quitter les lieux. A la place de discuter de leur travail et des plans pour l’avenir, les militantes ont dû attendre à l’extérieur du bâtiment. Une demi-heure plus tard, les participants ont été informés de l’arrêt de la conférence en raison du démarrage d’un présumé incendie dans les toilettes pour hommes. Cependant, les participants à la conférence n’ont détecté aucun feu ou fumée ni senti aucune odeur de fumée lorsqu’ils se sont retrouvés dans le hall. Les militantes avaient heureusement préparé une solution de rechange et ont poursuivi leur conférence dans la maison privé de l’une d’entre elles.

BITU avait dû également affronté de nombreux obstacles administratifs pour organiser l’événement. Le syndicat a dû obtenir de nombreuses autorisations de la part des autorités pour pouvoir tenir la conférence. Ensuite, le syndicat a eu à fournir le programme très détaillé des quelques invités internationaux ayant participé à la conférence.

Selon les participants, les autorités essayent constamment de nuire à leur travail. Plus tôt dans l’année, huit militantes, également organisatrices de la Conférence des femmes à Salihorsk, se sont vues accuser de troubles de l’ordre public pour avoir mis en ligne un message vidéo de protestation de 14 secondes contre l’augmentation de l’âge de la retraite en Biélorussie. Elles ont toutes reçu un avertissement en guise de sanction administrative.

Les autorités biélorusses interviennent constamment dans les affaires internes des syndicats indépendants. Tous les moyens sont bons, y compris les pressions administratives, le sabotage du travail syndical légitime, le harcèlement des militants syndicaux : tout est fait pour museler les travailleurs.

La question biélorusse relative aux violations de la liberté syndicale est constamment restée ouverte à l’Organisation internationale du travail depuis l’an 2000, année durant laquelle les syndicats ont porté une plainte contre le gouvernement de Biélorussie. Peu de choses ont changé depuis lors. En 2016, la question de la Biélorussie était à nouveau à l’ordre du jour de la Conférence internationale du travail. Cette fois, la plainte portait sur la violation de la Convention de l’OIT sur le travail forcé.

Nigeria : les syndicats organisent des manifestations nationales contre la crise du travail

Cette action de protestation était organisée par le NLC (Congrès du Travail du Nigeria) en solidarité avec les travailleurs et travailleuses des états d’Imo, de Nassarawa et de Benue à propos de retards de salaires qui ont entraînés la mort de deux travailleurs dans l’état de Nassarawa en juillet.
 
En dépit d’une intervention financière de la part du gouvernement fédéral, plus de 20 états du Nigeria ont été incapables de payer les salaires mensuels. Certains travailleurs n’ont plus été payés depuis janvier 2016. Dans certains états, les travailleurs ont connu des réductions de leurs salaires et de leur horaire de prestation. Il leur a été conseillé d’aller cultiver leur propre nourriture dans des fermes en vertu d’un programme de Retour à la Terre conçu pour réduire les coûts.

Des manifestations se sont tenues dans tout le pays. À Lagos, la manifestation était menée par Issa Aremu, le Secrétaire général de l’affilié d’IndustriALL Global Union, le Syndicat national des travailleurs du textile et de la confection, aussi membre de l’Exécutif national du NLC et président d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne.

Aremu a appelé le Président Muhammadu Buhari et le Ministre du Travail Chris Ngige à intervenir et a appelé instamment les gouverneurs des états de Benue, d’Imo et de Nassarawa à respecter la législation nigériane du travail et à cesser les coupes salariales et le redéploiement arbitraire des travailleurs dans des fermes pour éviter de les payer.

Aremu a souligné la situation au sein de l’état de Nassarawa où deux travailleurs ont été tués quand la police a ouvert le feu le 29 juillet dernier sur des manifestants qui protestaient contre le défaut de paiement de leurs salaires. Deux autres travailleurs ont reçu des blessures par balle. Le gouverneur de l’état Tanko Al-Makura a diminué arbitrairement les rémunérations des travailleurs de 50% et a menacé de virer les grévistes et de les remplacer par des “nouveaux diplômés”.
 
Aremu a déclaré :
 
“Même un gouverneur colonial du temps de la colonisation britannique tant haïe n’a jamais autant méprisé la dignité du travail s’agissant des salaires et prestations des contrats de travail que ne l’a fait de manière inacceptable le Gouverneur Tanko Al-Makura.”

Aremu a souligné que la constitution du Nigeria garantit explicitement l’intégrité du service public tant au niveau fédéral que de celui des états, avec une sécurité des avantages sociaux, du temps de travail, de la santé et de la sécurité professionnelles, une rémunération et une pension adéquates. La constitution garantit un travail décent aux fonctionnaires du service public et les soustrait aux caprices des gouverneurs.

Il a argumenté en affirmant que c’était de la “mauvaise gouvernance” que de “faire passer le poids du déclin des revenus sur les épaules des travailleurs” tout en maintenant les énormes frais généraux de l’Exécutif. La mesure qui consiste à transformer du jour au lendemain des fonctionnaires en agriculteurs est une “inacceptable plaisanterie”.

S’agissant du meurtre des travailleurs dans l’état de Nassarawa, il a indiqué :

“La réaction injustifiée de la police à l’égard de travailleurs non-armés lors d’une manifestation pacifique est criminelle et inacceptable. Elle constitue une violation flagrante du droit des travailleurs à manifester tel que consacré par la Constitution du Nigeria et des dispositions de l’Organisation internationale du Travail. Nous soutenons l’exigence formulée par le NLC d’une enquête de la part du gouvernement du Nassarawa sur l’incident pour appréhender les coupables et les présenter à la justice.”
 
Fernando Lopes, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :
 
“La situation au Nigeria est totalement indigne : tenter de redresser les comptes en réduisant les salaires et en disant aux travailleurs de devenir des fermiers. Il est révoltant que des travailleurs ont été tués par la police pour avoir protesté contre ces mesures arbitraires et illégales.

“Nous attendons du gouvernement du Nigeria qu’il intervienne et s’assure que les travailleurs soient payés comme ils le doivent, que le droit de se syndiquer et de se rassembler soit respecté et que ceux qui ont donné les ordres ayant mené à la mort des travailleurs soient présentés à la justice”.

Le Ministre du Travail à réagi aux revendications des manifestations en convoquant une réunion entre les leaders syndicaux et le gouvernement de l’état du Nassarawa le 30 août. L’état de Nassarawa a accepté d’indemniser les familles des travailleurs tués. La question des salaires impayés reste sans solution.

Les affiliés d’IndustriALL sont prêts à s’attaquer à la question du salaire minimum en Ouganda

Lors de l’atelier qu’IndustriALL Global Union a tenu à Kampala, les 25 et 26 août, avec le soutien de la FES, 25 travailleurs, dont 9 femmes, de syndicats affiliés des secteurs minier et métallurgique, textile, chimique et de l’ingénierie, se sont réunis pour déterminer comment amener le gouvernement à réviser le salaire minimum. Les participants ont également examiné les moyens susceptibles d’aider les syndicats à contribuer à l’établissement d’un salaire minimum qui soit décent et améliore les conditions de vie des travailleurs ougandais.

Face à l’assouplissement de la position de Yoweri Museveni, Président de l’Ouganda depuis 30 ans, sur la question du salaire minimum, les syndicats présents à l’atelier ont décidé d’adopter une approche proactive et commune en définissant un programme de travail visant à discuter de la question du salaire minimum, ainsi que d’autres enjeux de taille liés au travail.

Les travailleurs ont été informés des avantages et des inconvénients de la fixation d’un salaire minimum par rapport à la tenue de négociations sectorielles, devant bénéficier davantage aux travailleurs. Cette seconde option nécessitera toutefois la présence de syndicats nationaux puissants au sein des différents secteurs, ce qui n’est pas le cas actuellement. Les syndicats se sont fragmentés au fil des ans dans tous les secteurs en Ouganda, affaiblissant leur pouvoir de négociation.

Lors de la réunion, les syndicats affiliés ont convenu de:

Les métallos italiens font don d'une heure de travail aux victimes du tremblement de terre

Dans un geste de solidarité exemplaire, nos affiliés italiens FIM, FIOM et UILM ont décidé de réunir des fonds pour venir en aide aux personnes et aux communautés qui ont été durement frappées par le récent désastre qui a ravagé le centre de l'Italie.

Dans leur communiqué de presse conjoint du 25 août, les syndicats déclarent que "la FIM, la FIOM et l'UILM procèdent à une collecte de fonds pour venir en aide aux communautés qui ont été dévastées par le récent tremblement de terre; il s'agira d'un don de solidarité d'une heure de travail et nous veillerons à ce que cet argent soit alloué de manière traçable et transparente à la reconstruction."

Cette tragique catastrophe dont l'épicentre était situé près du village d'Amatrice est survenue aux petites heures du matin du 24 août, à 3h36. Il s'agit du tremblement de terre le plus grave depuis celui de L'Aquila, en 2009, qui avait fait 308 victimes. On dénombre cette fois au moins 267 morts et 365 blessés, certains hospitalisés dans un état grave. La moitié des bâtiments ont été détruits, faisant des milliers de sans-abri.

Avec les confédérations nationales CGIL, CISL et UIL, les travailleurs de la métallurgie italiens ont ouvert un compte bancaire spécial à titre de mesure concrète d'aide aux victimes du tremblement de terre. Les détails du compte et la procédure à suivre seront communiqués ultérieurement.

Los Mineros lutte contre les licenciements à PKC et à Teksid Mexico

PKC et Teksid sont connus pour les pratiques antisyndicales qu’ils utilisent contre les travailleurs souhaitant être représentés par un syndicat démocratique. Les deux compagnies recourent à tous les moyens, y compris les menaces, les suspensions et les renvois pour intimider et punir ceux qui manifestent leur soutien au syndicat Los Mineros.
 
Le Sindicato Nacional de Trabajadores Mineros Metalúrgicos y Similares de la República Mexicana, plus connu sous le nom de Los Mineros, fait campagne pour remporter le prochain vote et représenter les travailleurs dans les négociations collectives au sein des deux compagnies. Son adversaire est le syndicat maison, la Confédération des travailleurs du Mexique (CTM).
 
Le 12 août, Los Mineros a organisé une manifestation pacifique près de l’usine et à Arneses y Accesorios PKC, dans la ville d’Acuna, située dans l’état de Coahuila. Le syndicat a également remis une lettre au Conseil fédéral de conciliation et d’arbitrage (JFCA), dans laquelle il réclame la réintégration des 500 travailleurs licenciés et le respect par la compagnie de la décision du JFCA favorable aux travailleurs licenciés en 2012.
 
La lettre fait aussi mention des menaces répétées et des pratiques antisyndicales utilisées par la compagnie transnationale pour empêcher les travailleurs de voter librement pour le syndicat des mineurs.
 
« Le gouvernement protège les entreprises transnationales de sorte que les travailleurs qui luttent pour améliorer leurs conditions de travail n’osent pas élever la voix. C’est pourquoi nous manifestons », a indiqué un des responsables syndicaux pendant la manifestation.
 
Pendant ce temps, les travailleurs de Teksid Hierro, faisant partie du groupe Fiat Chrysler, luttent depuis 2014 contre  les représailles abusives orchestrés par la compagnie à l’encontre de ceux qui souhaitent devenir membre de Los Mineros. Le 15 août, la compagnie a licencié 100 travailleurs et en a suspendu 100 autres sans raison valable.
 
« Nous dénonçons ces pratiques qui violent les droits de l’Homme et du travail. Cette attitude malveillante a pour seul but d’effrayer et d’intimider les autres travailleurs pour qu’ils s’abstiennent de voter pour le syndicat national Los Mineros lors de la prochaine élection », a déclaré Manuel Prince Duron, délégué du Comité exécutif national de Los Mineros à Monclova.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Fernando Lopes, a  conclu:

« IndustriALL continue de soutenir les travailleurs qui font campagne pour que leurs droits syndicaux soient respectés et que tous les travailleurs licenciés abusivement soient réintégrés. PKC et Teksid doivent respecter les normes internationales, dont la Convention n° 87 de l’OIT sur la liberté syndicale ».