Le charbon est mort, vive le charbon : stratégies des syndicats du Sud global

La question qui se pose avant tout, comme l'a dit Glen Mpufane, le directeur d'IndustriALL en charge des mines, est : "le charbon peut-il être propre et a-t-il un avenir ?". Ensuite vient la question de savoir quel est le rôle du charbon dans la décarbonation et la Transition juste. Ce sont là les questions de fond sur lesquelles se sont penchés plus d'une trentaine d'affiliés d'IndustriALL et d'organisations sympathisantes de pays du Sud global d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique subsaharienne. Ils ont insisté sur le fait qu'une Transition juste, passant de la production d'énergie très carbonée à partir de combustibles fossiles à des économies à bas carbone, axées principalement sur les énergies renouvelables, doit donner la priorité aux intérêts des travailleurs.

Pour Glen Mpufane, l'avenir du charbon doit être discuté dans le cadre d'une Transition juste pour les mineurs de charbon et alimenter la dynamique de la transition énergétique. Selon lui, dans la plupart des cas, c'est le Nord global qui presse le Sud global de décarboner tout en utilisant d'autres combustibles fossiles. Selon lui :

"Les États-Unis, le Canada et l'Australie, champions autoproclamés du climat, ont délivré 60 pour cent des nouvelles licences d'exploitation pétrolière et gazière depuis 2020."

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Global Union Kemal Özkan estime qu'une Transition juste doit prendre en compte la sécurité de l'emploi parce que l'industrie charbonnière emploie 7 millions de travailleurs dans le monde, dont 2,5 millions du Sud global. Il fait valoir qu'"un abandon rapide du charbon engendrerait des pertes d'emplois massives." Les fermetures de charbonnages auraient un coût social sous la forme de pertes de salaires, d'effondrements de communautés et de destructions d'économies locales et régionales. Mais le choc pourrait être atténué par un plan de Transition juste qui protège les intérêts des travailleurs, ajoute-t-il.

Le séminaire en ligne a discuté de la manière dont les syndicats réagissent aux débats sur l'avenir du charbon. Igor Diaz a expliqué que 80.000 ménages vivent du charbon en Colombie, alors que les annonces du gouvernement en matière de transition énergétique ne s'accompagnent pas d'un plan concret sur la question du travail. En réaction, les syndicats ont proposé des subventions à la formation de reconversion, des investissements dans la recherche et le développement du charbon propre et un plan d'action conjoint pour des politiques de transition inclusives soucieuses du bien-être des travailleurs.

Martin Kaggawa, le directeur du Sam Tambani Research Institute, affilié au Syndicat national des mineurs (NUM) en Afrique du Sud, a déclaré que les syndicats doivent se saisir du potentiel des technologies de production de charbon propre. Il cite des exemples de combustion en boucle chimique, un procédé qui réduit les émissions de carbone de 40 pour cent par rapport à la combustion traditionnelle et qui, plus poussé, pourrait allonger la durée de vie économique du charbon. Cette technologie va dans le sens des objectifs climatiques et ouvre des perspectives pour des stratégies de transition dans des économies du Sud global tributaires du charbon, a-t-il conclu.

Un des problèmes soulevés lors du séminaire est celui de la protection des droits des travailleurs face aux licenciements dans les compagnies minières. Busisiwe Matizerd, du NUM, estime que les syndicats doivent poursuivre la lutte contre les licenciements et les conditions de travail précaires par les compagnies minières, dont Seriti qui a licencié 1.137 travailleurs au moins en Afrique du Sud.

Les participants au séminaire ont appris qu'en Indonésie, où le charbon fournit une électricité abordable qui alimente 60 pour cent du réseau national, les syndicats s'opposent à la privatisation des centrales publiques parce qu'ils craignent qu'elle renchérisse l'électricité pour les travailleurs et les pauvres.

Pour la suite, les secrétaires régionaux d'IndustriALL de l'Amérique latine et les Caraïbes, de l'Asie du Sud-est et de l'Afrique subsaharienne ont convenu d'un plan d'action commun et de réponses coordonnées sur la position syndicale Sud-Sud sur l'avenir du charbon. Les syndicats ont notamment convenu de rendre compte de leurs expériences locales en matière de transition, comme par exemple le blocage des réformes en Colombie et la législation du travail au Botswana. Ils vont aussi pressentir des groupes comme Future Coal sur les questions d'environnement, sociales et de gouvernance, et mieux faire entendre la voix des syndicats du Sud global à propos de l'urgence d'une Transition juste pour les mineurs de charbon.

Photo : Un charbonnage en Éthiopie, Flick, Jasmine Halki   

Les syndicats réclament une action forte pour protéger l'emploi dans la sidérurgie

Comme par le passé, les chiffres de l'OCDE confirment que la capacité mondiale de la sidérurgie continue d'augmenter malgré la faiblesse de la demande et des perspectives économiques moroses. Fin 2024, cette capacité atteignait 2.472 millions de tonnes et elle devrait encore augmenter dans les prochaines années. Près de la moitié de cette capacité se trouve en Chine où le recul de la demande intérieure depuis 2020 l'a incitée à s'orienter vers les marchés à l'exportation, accroissant ainsi la pression sur d'autres pays.

Par ailleurs, de nouveaux droits de douane, y compris entre grands pays de l'OCDE, ajoutent encore à l'incertitude, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur la demande et l'investissement et mettre en danger l'emploi dans la sidérurgie partout dans le monde.

Les syndicats rappellent que la surcapacité et la montée des tensions commerciales ne sont qu'une facette du problème, l'autre étant la faiblesse de la demande intérieure. Les représentants des syndicats au Comité de l'acier de l'OCDE réclament des politiques industrielles ambitieuses et complètes qui relancent la demande et relèvent les normes en incorporant des critères sociaux et environnementaux. Ils exhortent aussi les grandes entreprises à réinvestir leurs bénéfices dans de nouvelles technologies vertes afin de stimuler une croissance économique durable qui aura des retournées positives dans d'autres secteurs.

Pour l'instant, les grands pays de l'OCDE réagissent en ordre dispersé.  Aux États-Unis, la hausse des droits de douane s'accompagne d'une volonté de faire reculer les énergies propres et des projets industriels approuvés dans le cadre de la Loi sur la réduction de l'inflation. Dans l'Union européenne, le relâchement des contraintes budgétaires pour les achats de défense pourrait ne pas être la meilleure solution pour relancer la production européenne, la majorité des achats se faisant hors UE et un découplage d'avec les fournisseurs américains accompagné d'une augmentation des capacités de production européennes pourraient prendre des années. Pendant ce temps, d'autres priorités urgentes – comme le financement de la cohésion sociale et l'investissement dans les infrastructures, la santé et l'enseignement – perdent du terrain.

Veronica Nilsson, la secrétaire générale de la TUAC, met en garde :

"Comme ce fut le cas pour la sidérurgie, des investissements publics insuffisants et une consommation privée faible exposent davantage les industries nationales confrontées à des tensions commerciales. Plutôt que de rechercher un assainissement budgétaire, limiter les investissements publics et dévaloriser les salaires par des réformes du marché du travail qui réduisent la protection des travailleurs et leur force de négociation, les pouvoirs publics devraient privilégier des politiques budgétaires expansionnistes et des politiques industrielles ciblées qui renforcent la résilience intérieure tout en protégeant les emplois de qualité et les droits des travailleurs."

Pour Christina Olivier, secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Global Union,

"Il faut que les gouvernements adoptent des stratégies industrielles proactives qui alignent les objectifs économiques, environnementaux et sociaux. La sidérurgie est l'épine dorsale de nos économies; en protégeant ce secteur, on protège les travailleurs, les communautés et l'avenir du secteur manufacturier."

Judith Kirton-Darling, la secrétaire générale d'IndustriALL Europe, conclut en ces termes :

"La sidérurgie européenne est à la croisée des chemins. Sans une intervention d'urgence pour stimuler la demande et mobiliser l'investissement, nous risquons de perdre une capacité industrielle cruciale et des emplois de grande qualité. Ce n'est pas aux travailleurs de supporter le poids des tensions commerciales et de l'incertitude économique. Nous avons besoin d'une politique industrielle européenne coordonnée qui préserve les emplois de qualité et fait de la promesse d'une transition juste une réalité."  

16 avril : journée d’action pour les droits syndicaux et la démocratie en Biélorussie

Le cas le plus médiatisé est celui d’Aliaksandr Yarashuk, ancien Président du BKDP et membre du Conseil d’administration de l’OIT, qui, avec Siarhei Antusevich, Vice-président du BKDP, ainsi que d’autres, a été condamné à de lourdes peines de prison pour avoir simplement défendu les droits des travailleurs et travailleuses.

Nous ne pouvons pas permettre que ces injustices passent inaperçues ou ne soient pas contestées et nous sollicitons d’urgence votre soutien à une campagne lancée par le Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP), une centrale syndicale indépendante affiliée à la Confédération syndicale internationale (CSI). Parmi ses membres, trois sont affiliés à IndustriALL, avec qui nous sommes unis pour revendiquer la justice pour nos collègues syndicalistes de Biélorussie, qui subissent une sévère répression.

Comment soutenir la campagne :

Cette campagne va au-delà de la Biélorussie, il s’agit de défendre les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses partout dans le monde. Lorsque l’un d’entre nous est attaqué, nous sommes tous en danger. Montrons que le mouvement syndical mondial est solidaire.

Faites-nous part des actions que vous avez entreprises et taguez IndustriALL sur les réseaux sociaux.

Bangladesh : un dirigeant libéré de prison mais la lutte continue

Le 8 mars, des travailleurs manifestaient contre le non-paiement de leurs salaires et des licenciements illégaux. La manifestation a été brutalement dispersée par la direction et les membres du comité syndical en gestation ont été agressés physiquement et licenciés illégalement. Kabir Hossain a été accusé de causer des troubles et de la violence, ainsi que de vols pour une valeur de 25 millions de takas (203.542,- $). Le 12 mars, la police a perquisitionné les bureaux de la NGWF à Savar. Elle a saisi des documents, vandalisé les bureaux et appréhendé illégalement Kabir Hossain ainsi que les candidats président et secrétaire général du syndicat de Polo Composite. Ils ont ensuite été mis en arrestation sur la base d'un dossier préparé par la direction.

Depuis que la NGWF s'efforce de syndiquer les travailleurs de Polo Composite, la direction met tout en œuvre pour harceler et intimider les candidats au comité syndical, dont le président et le secrétaire général. En novembre dernier, lorsque les travailleurs ont arrêté le travail pour réclamer leur arriéré de salaire d'octobre, la direction a recruté des hommes de main pour briser la grève et a déposé des plaintes mensongères contre huit travailleurs, dont les candidats président et secrétaire général du syndicat. Ils ont été accusés d'avoir bloqué les accès à l'usine, empêchant les travailleurs et les cadres d'entrer, d'être de connivence avec des personnes extérieures qui ont pénétré dans l'usine, ont agressé le responsable de la sécurité, vandalisé les locaux et volé du mobilier de bureau.

Les huit travailleurs en question n'ont toujours pas reçu leur salaire en retard. Cela devient une habitude chez Polo Composite; lorsque des travailleurs donnent de la voix contre des pratiques déloyales du travail, ils sont licenciés, agressés physiquement et accusés de délits pénaux.

La NGWF a porté plusieurs fois plainte à la BGMEA contre l'entreprise qu'elle aussi assignée en justice. Actuellement, 17 plaintes de travailleurs sont en suspens à la BGMEA.

Pour le président de la NGWF, Amirul Haque Amin,

"Il est évident que les propriétaires d'ateliers de confection cherchent à réduire les travailleurs au silence et à intimider les dirigeants syndicaux. Nous condamnons fermement l'arrestation illégale de Kabir Hossain. Malgré une ordonnance de libération sous caution, sa remise en liberté a été bloquée à deux reprises par la direction. Nous exhortons la direction et les autorités de l'État à respecter le droit fondamental des travailleurs à créer des organisations syndicales et y adhérer sans craindre des persécutions."

La libération sous caution de Kabir Hossain dans cette procédure montée de toutes pièces est accordée sous la condition qu'en cas de nouveau "crime", il n'y aura plus de liberté sous caution. D'après des responsables de la NGWF, il fait toujours l'objet de menaces et d'une surveillance de la direction, ce qui l'empêche de poursuivre ses activités syndicales.

Ashutosh Bhattacharya, le secrétaire de la région d'Asie du Sud d'IndustriALL, a déclaré :

"Nous saluons le combat mené par les travailleurs de Polo Composite et nous assurons la NGWF de notre totale solidarité. Nous appelons le gouvernement du Bangladesh à se pencher immédiatement sur cette situation qui va à l'encontre des engagements qu'il a pris dans la feuille de route de l'OIT."

Crédit photo crédit : Des travailleurs sortent de l'usine au Bangladesh. Crozet M. / ILO

Les syndicats belges revendiquent l’arrêt de la production d’uniformes militaires au Myanmar

Depuis le coup d’État de 2021, le Myanmar est dirigé par une junte brutale responsable d’une répression généralisée, de déplacements massifs de population et de la répression des syndicats indépendants et, partant, des droits des travailleurs et travailleuses. Malgré les nombreuses preuves des violations en cours, Sioen a continué à produire des uniformes pour l’armée belge dans une usine de Rangoun, sous le régime de la loi martiale du Myanmar

Les syndicats affirment que les activités industrielles de Sioen au Myanmar non seulement légitiment la dictature militaire, mais financent indirectement son régime violent. “Il est inacceptable que l’argent des contribuables belges soutienne un régime qui assassine des civils et persécute des travailleurs et travailleuses”, ont déclaré dans un communiqué les syndicats FGTB, CSC et CGSLB, tous affiliés à IndustriALL.

En 2021, IndustriALL a lancé une campagne mondiale exhortant toutes les enseignes de la confection à quitter le Myanmar. De nombreuses grandes entreprises, dont H&M, Inditex, Lidl et C&A, se sont depuis retirées. Sioen a toutefois refusé les appels répétés du syndicat à emboîter le pas.

Lors d’une récente réunion avec Bart Vervaeke, PDG de Sioen, et Michèle Sioen, Directrice générale, les dirigeants syndicaux belges ont réitéré leur revendication de voir l’entreprise suspendre ses activités au Myanmar jusqu’à ce que la démocratie et les droits des travailleurs soient rétablis. Ils ont proposé de relocaliser la production dans d’autres installations de Sioen en Tunisie ou Indonésie et d’offrir des compensations temporaires aux travailleurs et travailleuses de Rangoun

Les syndicats ont adressé un message au ministre belge de la défense, Theo Francken, l’avertissant que l’augmentation du budget de la défense de 4,5 milliards d’euros proposée par le gouvernement ne doit pas être utilisée pour soutenir l’exploitation de la main-d’œuvre à l’étranger ou des régimes oppressifs. Ils réclament des clauses plus strictes en matière de droits de l’homme dans les marchés publics et le respect obligatoire des droits de l’homme tout au long des chaînes d’approvisionnement.

“Le gouvernement affirme que ces dépenses visent à renforcer l’industrie belge. Dès lors, il faut qu’elles profitent réellement aux travailleurs et travailleuses belges et ne se fassent pas au prix de la souffrance d’autrui,”

ont déclaré les syndicats.

“L’appel d’IndustriALL en faveur d’une sortie responsable du Myanmar ne variera pas tant que les entreprises ne retireront pas leur production du pays. Face aux preuves accablantes des violations des droits de l’homme et du travail, certaines des plus grandes enseignes sont parties. Celles qui maintiennent leur production au Myanmar privilégient manifestement les profits au détriment des vies humaines,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

La renaissance du nucléaire soulève des problématiques concernant les travailleurs et la sécurité

La réunion a servi de plateforme pour évaluer l’état actuel du secteur nucléaire au niveau international et pour renforcer le rôle des syndicats dans l’élaboration d’une transition énergétique juste et sûre.

Dans son discours d’ouverture, la Directrice pour l’énergie d’IndustriALL, Diana Junquera Curiel, a présenté une vue d’ensemble du paysage énergétique mondial, notant que les combustibles fossiles dominent toujours la production d’énergie malgré la croissance des sources renouvelables. L’énergie nucléaire, a-t-elle dit, connaît un regain d’intérêt dans plusieurs pays en raison de son potentiel à fournir une énergie fiable et à faible taux d’émission, bien qu’elle soulève d’importants défis sociaux et de main-d’œuvre.

La dynamique récente du développement nucléaire a été soulignée, avec l’engagement pris à la mi-mars par un groupe interprofessionnel, comprenant Google, Amazon, Meta, 14 institutions financières mondiales, 140 entreprises du nucléaire et 31 pays, en faveur d’un triplement de la capacité nucléaire mondiale d’ici à 2050. Cette évolution devrait permettre de répondre à la demande croissante d’électricité, notamment de la part des centres de données, gros consommateurs d’énergie.

Kazuo Kawano, du syndicat japonais DENRYOKU SOREN, a présenté l’approche adoptée par le Japon pour relancer des réacteurs selon des normes de sécurité plus strictes, tout en s’efforçant de rétablir la confiance du public après la catastrophe de 2011 à Fukushima. Le Japon investit également dans les technologies nucléaires de nouvelle génération et repense sa chaîne d’approvisionnement nucléaire.

Le Président de DENRYOKU SOREN, Moriya Mibu, s’est félicité de la participation internationale à cette rencontre et a souligné la qualité des échanges, qui comprenait une visite de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

“L’énergie nucléaire est une technologie qui devrait être gérée par des personnes démocratiques et respectueuses des droits de l’homme,”

a-t-il déclaré, soulignant l’importance de maintenir le dialogue syndical international.

La délégation ukrainienne a fait état de l’impact brutal de la guerre : installations occupées, travailleurs et travailleuses enlevés, attaques de drones et violations constantes des normes internationales. Malgré ces conditions, les syndicats ukrainiens poursuivent leurs activités et représentent leurs membres.

Valery Matov, Coprésident du secteur nucléaire d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous avons reçu la confirmation que le secteur nucléaire connaît un retour en grâce et il est très important de renforcer l’échange d’informations entre nous, en tenant compte de la situation mondiale actuelle. Nous aimerions également que le secteur de l’uranium bénéficie d’un nouvel élan. Un grand merci à IndustriALL et à nos collègues japonais pour cette réunion de haut niveau”.

Les rapports nationaux ont révélé des problématiques différentes selon les régions :

Anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima

Le 26 mars, les délégués ont visité le musée commémoratif du tremblement de terre et de la catastrophe nucléaire de Fukushima, à l’est du Japon, et ont ensuite séjourné à J-Village, un complexe sportif reconverti en base d’intervention nucléaire à la suite de la catastrophe de 2011. Le site a depuis été restauré et symbolise le redressement de la région.

Le lendemain, une visite technique a été organisée à la centrale de Fukushima Daiichi, où des experts ont décrit les efforts de démantèlement en cours, notamment la gestion des déchets, le traitement de l’eau contaminée et le défi que représente le retrait du combustible nucléaire fondu, un processus sans précédent qui devrait durer de 30 à 40 ans. Il reste environ 880 tonnes de combustible fondu dans les réacteurs 1, 2 et 3.

La réunion s’est clôturée par un appel à l’élargissement du réseau INWUN, avec l’inclusion des syndicats des mines d’uranium et au renforcement de la collaboration entre les réunions. La santé et la sécurité, la formation des jeunes et le soutien aux travailleurs et travailleuses touchés par les fermetures de tranches ont été identifiés comme des priorités urgentes.

Lutte contre la VHBG dans les usines des fournisseurs de H&M au Bangladesh

Les lignes directrices de H&M et d’IndustriALL sur la violence basée sur le genre et le harcèlement sexuel ont été élaborées en 2023 dans le cadre de l’accord-cadre mondial (ACM) conclu entre IndustriALL, IF Metall et H&M. Alignées sur la Convention 190 et la Recommandation 206 de l’OIT, les lignes directrices aident les fournisseurs de H&M à prévenir, détecter et traiter la violence et le harcèlement basés sur le genre sur le lieu de travail.

Sachant que les lignes directrices sont accessibles à tous les fournisseurs, le comité national de suivi (CNS) du Bangladesh, créé dans le cadre de l’ACM, les a mises en œuvre de manière approfondie dans huit usines de fournisseurs de H&M au cours des deux dernières années. Pour ce faire, il a fallu comprendre en détail la situation de la VHBG dans les usines et organiser des ateliers de formation approfondis afin de sensibiliser les travailleurs et les travailleuses ainsi que la direction à cette question et à ces lignes directrices. Cette année, dix autres usines seront ajoutées à la liste.

Au cours de ces formations, les travailleuses ont fait part de leurs expériences de harcèlement et d’abus sur le lieu de travail, qu’il s’agisse d’abus verbaux, de commentaires offensants sur leur corps, en particulier pendant la grossesse, de pelotages ou de claques sur les fesses, entre autres. Les travailleuses ont également déclaré que des hommes en position d’autorité recherchaient des relations sexuelles avec les travailleuses et que si elles ne s’y soumettaient pas, elles risquaient d’être licenciées ou de se voir imposer des objectifs de production plus élevés.

Les ateliers commencent souvent par un refus de la direction d’admettre que de tels incidents se produisent dans leurs usines. Toutefois, au fil des sessions, les participants à la formation parviennent à un consensus sur le fait que de tels incidents ne doivent pas se produire et que des mesures doivent être prises pour les prévenir.

Les lignes directrices relatives à la VHBG décrivent en détail les mécanismes de sa prévention au sein des ateliers, les enquêtes sur les cas soumis ainsi que les systèmes de suivi et de contrôle. Elles prévoient que les usines doivent disposer d’une politique en matière de VHBG et que tous les travailleurs et travailleuses ainsi que les membres de la direction doivent en avoir connaissance.

Dans le cadre de la prévention, les lignes directrices exigent une sensibilisation constante ainsi que l’identification et l’atténuation des risques de VHBG.

Les enquêtes sur les cas de VHBG sont menées par des comités de lutte contre le harcèlement sexuel qui doivent être mis en place sur tous les lieux de travail, à la suite d’une décision de justice rendue en 2009.

Le tribunal a ordonné aux comités de recevoir les plaintes, de mener des enquêtes et de soumettre des rapports annuels au gouvernement. Cependant, le manque d’application de l’ordonnance, des comités non fonctionnels et leur autorité limitée dans le cadre de la poursuite des cas de VHBG ont fait l’objet de critiques constantes de la part des syndicats.

En outre, la stigmatisation associée à la dénonciation du harcèlement sexuel dissuade les travailleuses de faire par des abus.

Nazma Akter, Présidente de la fédération Sommilito Garments Sramik et membre du comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

“Les lignes directrices et les programmes de formation H&M – IndustriALL sur la VHBG seront cruciaux pour renforcer les capacités des travailleuses et travailleurs, des recruteurs et recruteuses syndicaux ainsi que de la direction à comprendre le problème et à élaborer des stratégies conjointes pour aborder la VHBG dans les usines des fournisseurs de H&M.”

Les métallos italiens en grève pour des négociations justes

Les travailleurs défileront dans tout le pays pour envoyer un message clair : ils n'accepteront pas l'inertie ni des concessions qui attaqueraient leur niveau de vie. Leurs revendications portent sur des mesures contre la stagnation des salaires, l'insécurité de l'emploi et des protections au travail insuffisantes.

La FIOM, la FIM et l'UILM, affiliées à IndustriALL Global Union et à IndustriALL European Trade Union, ont pris la tête de cette grève en réaction au refus des employeurs d'un dialogue constructif, dont l'incapacité à proposer une convention équitable menace les salaires et les droits des travailleurs et suscite un mécontentement général.

La négociation de la CCNL a débuté le 30 mai 2024. Le 12 novembre, après huit cycles de discussions, Federmeccanica et Assistal ont proposé un cadre dans lequel les salaires ne suivraient que l'inflation. Pour les syndicats, cela conduirait à une stagnation des salaires et contrevient aux conventions signées depuis 2021.

La FIOM, la FIM et l'UILM ont riposté en organisant 16 heures de grève entre décembre 2024 et février 2025, en refusant les heures supplémentaires et les horaires flexibles. Mais les employeurs n'ont pas bronché, déclenchant une escalade qui aboutira à la grève du 28 mars.

Invoquant des difficultés économiques, Federmeccanica et Assistal proposent une hausse des salaires liée à l'index harmonisé des prix à la consommation (IPCA), représentant un total de 173,37 € sur quatre ans (2025-2028), ainsi que des primes flexibles et une meilleure couverture d'assurance. Mais les syndicats estiment que ces mesures sont loin d'assurer des salaires équitables et la sécurité d'emploi.

IndustriALL European Trade Union et IndustriALL Global Union soutiennent totalement la FIOM, la FIM et l'UILM dans leur combat.

"Nous appuyons avec fermeté les revendications des travailleurs pour des augmentations claires et tangibles des salaires minimums contractuels, supérieures à l'inflation pour préserver le pouvoir d'achat. Nous soutenons aussi leurs efforts pour étendre les droits des travailleurs, combattre l'insécurité de l'emploi, réduire la durée du travail et renforcer les protections pour la santé et la sécurité, tant sur le lieu de travail que dans les conventions collectives,"

a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.

"Nous sommes aux côtés de nos collègues italiens dans leur lutte contre l'érosion des niveaux de vie. Nous appuyons leur appel au renouvellement de la convention collective du travail nationale et leur exprimons toute notre solidarité pour la grève de huit heures du 28 mars,"

ajoute Judith Kirton-Darling, la secrétaire générale d'IndustriALL Europe. 

Les mineurs sud-africains se battent pour sauver les emplois dans les mines de diamants

Petra Diamonds attribue le ralentissement du marché, le plus long depuis 30 ans, à la conjoncture mondiale, au ralentissement économique en Chine et à la montée en puissance des diamants produits en laboratoire. En outre, la société d’extraction de diamants indique que le refinancement de la dette, la sous-performance opérationnelle, la réduction des coûts et la restructuration sont quelques-unes des raisons qui expliquent les réductions d’effectifs. Mais le NUM, affilié à IndustriALL, n’est pas convaincu par les arguments de l’entreprise.

“Le NUM estime que ces justifications sont des prétextes pour sacrifier des travailleurs et travailleuses et soustraire les dirigeants à leur responsabilité pour les échecs opérationnels. Une contre-proposition soumise par le NUM, conçue pour permettre à la société d’économiser six millions de rands (328.525 dollars) et d’éviter les licenciements, a été sommairement rejetée par la direction de Petra Diamonds”, a déclaré Masibulele Naki, négociateur en chef du NUM pour le secteur du diamant.

Le NUM a amené Petra Diamonds devant la Commission de conciliation, de médiation et d’arbitrage (CCMA) dans le cadre de sa contestation des licenciements. En outre, pour alléger la situation des travailleurs et travailleuses concernés, le NUM a signé un protocole d’accord avec Petra Diamonds, prévoyant le versement d’une indemnité de réinstallation de 10.000 rands (550 dollars) à chacun des travailleurs et travailleuses concernés. Selon le syndicat, l’accord comprend une clause de rappel de douze mois et un comité sera mis en place pour soutenir les travailleurs et travailleuses concernés.

Parmi les autres sociétés d’extraction de diamants qui licencient, citons De Beers, qui a donné un préavis à 308 travailleurs et travailleuses de la mine de Venetia.

En outre, le syndicat appelle à un dialogue social urgent qui inclura le Conseil des minéraux d’Afrique du Sud, les sociétés d’extraction de diamants, le gouvernement et les syndicats afin de résoudre la crise à laquelle est confrontée l’industrie du diamant dans le pays.

Mpho Phakedi, Secrétaire général par intérim du NUM, s’est dit préoccupé par les licenciements, non seulement dans le secteur du diamant, mais aussi dans l’industrie minière en général. “Les travailleurs et travailleuses des mines sont confrontés à un avenir sombre de pauvreté et de chômage. Des avis de licenciement ont été émis chez Anglo Platinum, De Beers, Petra Diamonds, Murray and Roberts Mining ainsi que Seriti Resources, et des milliers d’emplois seront perdus.”

“Les sociétés d’extraction de diamants doivent toujours donner la priorité aux intérêts des travailleurs et des travailleurs lorsqu’elles sont confrontées à la volatilité du marché, au lieu de se précipiter pour les licencier. Elles doivent rechercher des modèles d’entreprise durables qui créent et préservent des emplois. Le dialogue social avec les syndicats est nécessaire pour faire face aux défis auxquels sont confrontées les mines de diamants”, a pour sa part déclaré Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour le secteur des mines et du diamant.

L'OIT priée d'appliquer l'article 33 au Myanmar

Au début du mois, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de Hpakant, dans le nord et le sud de l'État de Kachin, le sud de l'État de Kayin, l'est de l'État de Shan, dans la région de Sagaing et le quartier d'affaires de la région de Yangon, exhibant des banderoles disant "OIT – nous avons besoin de l'article 33 pour mettre fin au travail forcé, aux enfants soldats, à la conscription forcée et au bombardement de villages."

La junte militaire birmane, qui a pris le pouvoir par la violence le 1er février 2021, n'a pas donné suite aux recommandations de la commission d'enquête de l'OIT de 2023. La Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) et la Fédération des travailleurs de l'industrie du Myanmar (IWFM) ont lancé une campagne mondiale pour réclamer l'application de l'article 33 de la constitution de l'OIT, qui permettrait à son conseil d'administration de recommander des actions allant dans le sens du rapport de la commission.

Le rapport de cette commission appelle à la cessation immédiate de toutes les formes de violence et de torture contre des responsables syndicaux qui compromettent l'exercice de la liberté syndicale, la libération sans conditions de tous les syndicalistes détenus et condamnés pour avoir participé à des activités syndicales légitimes, l'abandon de toutes les inculpations pénales de syndicalistes, et la fin des exactions de l'armée par du travail forcé ou obligatoire et par le recrutement de force d'enfants notamment.

Le 17 mars, le conseil d'administration du BIT a publié une décision concernant le suivi du rapport de la commission d'enquête et tenant compte des communications du gouvernement d'unité nationale, de la CTUM et d'IndustriALL Global Union sur les violations de grande ampleur des droits des travailleurs au Myanmar.

Le conseil d'administration avait reçu, le 15 janvier, un rapport de la junte militaire du Myanmar et avait constaté qu'il ne prévoyait aucune mesure spécifique correspondant au rapport de la commission. Son texte mentionnait simplement les "relations du travail, le règlement des différends, la formation, la sensibilisation et les activités d'inspection". Les militaires invitaient une délégation de haut niveau de l'OIT à visiter le Myanmar pour se rendre compte des conditions de travail.

En conséquence, le conseil d'administration du BIT a adopté une décision sur le rétablissement de la démocratie et le respect des droits fondamentaux au Myanmar, recommandant que la Conférence internationale du travail examine des mesures prises au titre de l'article 33 de la constitution de l'OIT en vue d'assurer l'exécution par le Myanmar des recommandations de la commission d'enquête.

"Nous nous félicitons de cette décision du conseil d'administration qui donne un signal en faveur d'une mise en œuvre de l'article 33 de la constitution de l'OIT. Il faut que cessent les souffrances endurées quotidiennement sous la junte militaire terroriste. Il faut que les organisations internationales se mobilisent pour les valeurs universelles des droits humains qu'elles défendent,"

a dit le président de l'IWFM, Khaing Zar.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Nous sommes solidaires de la population et des travailleurs du Myanmar dans leur lutte pour le rétablissement de la démocratie et de l'état de droit dans le pays. IndustriALL va apporter tout le soutien qu'il peut à ses affiliés pour qu'ils réclament la mise en œuvre totale et immédiate des recommandations de la commission d'enquête dans les enceintes internationales et régionales."