Pakistan : les travailleurs en grève alors que le bilan des morts sur le chantier naval s’alourdit

Un incendie fait rage à bord d’un pétrolier sur le chantier de démolition navale de Gadani, au Pakistan, avec toujours prisonniers à l’intérieur des travailleurs dont on estime que le nombre pourrait aller jusqu’à 150. Un réservoir de gaz a explosé à l’intérieur du pétrolier ce mardi et les pompiers luttent pour maîtriser le brasier.

Nos affiliés rapportent que les efforts menés pour secourir les travailleurs pris au piège ont été vains et que les pompiers n’ont pas à disposition la mousse nécessaire pour lutter contre un incendie d’origine chimique. 70 travailleurs sont à l’hôpital, dont 15 en état critique avec de graves brûlures.

La Fédération nationale des syndicats du Pakistan (NTUF) a appelé à trois jours de grève et de deuil sur les chantiers navals qui emploient environ 9.000 travailleurs.

La NTUF a l’intention de poursuivre pour meurtre les propriétaires du navire ainsi que l’opérateur et de déposer une requête constitutionnelle auprès de la plus haute cour de justice contre les départements ministériels responsables, dont ceux du travail, de la sécurité sociale et de l’environnement.

Ce pétrolier avait été construit en 1982 au Japon et est arrivé sur la parcelle n°54 du chantier de Gadani le 15 octobre, avec 250 travailleurs prévus pour son démantèlement. Ce navire avait des propriétaires indonésiens avant d’être vendu à l’entreprise Ghafoor de démolition de navires de Gadani, mais son immatriculation avait été transférée à Djibouti quelques semaines avant son arrivée. À ce stade, le nom du navire avait été changé de Federal 1 à Aces.

L’explosion s’est produite en raison de la présence de gaz inflammables et toxiques à l’intérieur des réservoirs de carburant du navire. On a forcé les travailleurs à en entamer le démantèlement avant que le réservoir n’ait pu être nettoyé et débarrassé des résidus de carburant.

Le démantèlement d’un navire est effectué au moyen de chalumeaux au gaz, ce qui a conduit à ce désastre. La déflagration a été si intense que l’on a pu voir de lourdes plaques de métal traverser les airs pour être retrouvées jusqu’à deux kilomètres du lieu du sinistre.

Nasir Mansoor de la NTUF indique :

“Des accidents comme celui-ci sont devenus la routine. Gadani n’est pas qu’un cimetière de bateaux, c’en est aussi un pour les ouvriers des chantiers.

“La responsabilité de ces décès pèse sur les épaules des ferrailleurs. Les autorités, y compris la police et le département du travail, sont en collusion avec les propriétaires des chantiers pour leur permettre d’être blanchis de ces meurtres.

“Les tout-puissants ferrailleurs de navires font la loi et les travailleurs sont traités comme s’ils n’étaient même pas humains.

La NTUF fait compagne en faveur des droits des démolisseurs de navires depuis dix ans. Très récemment, ce 30 octobre, les travailleurs manifestaient encore pour revendiquer leur droit à la santé et la sécurité professionnelles.

Dans le sillage de cette dernière en date des catastrophes, la NTUF exige un changement radical des mesures de sécurité au sein des chantiers, ainsi qu’une indemnisation pour les blessés et les familles des travailleurs décédés.

Le Commissaire adjoint du district de Lasbela a ordonné un arrêt complet du travail à Gadani. La police a arrêté l’opérateur et ordonné l’arrestation du propriétaire du navire ainsi que celle du président de l’association des ferrailleurs de navires.

IndustriALL Global Union a écrit au Premier Ministre du Pakistan, M. Muhammad Nawaz Sharif, pour exhorter le pays à ratifier la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Une négligence constante des mesures de sécurité et un mépris de l’état de droit de la part des employeurs et des autorités ont fait de Gadani un champ de mort.

“Il n’est pas acceptable que les démolisseurs de navires au Pakistan doivent risquer leur vie quotidiennement pour assurer leur subsistance.”

Gadani est le troisième plus grand chantier de démolition de navires au monde. Il est constitué de pas moins de 132 parcelles sur une plage de 10 km de long sur le territoire de Gadani, au Pakistan, à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Karachi.

Anniversaire de la rupture tragique du barrage au Brésil

Le 5 novembre marque l’anniversaire de l’une des pires catastrophes minières qu’ait connues le Brésil. La tragédie a été provoquée par la rupture d’un barrage à la mine de Mariana ayant causé la mort de 19 personnes, nécessité le déplacement de centaines d’autres et provoqué une catastrophe écologique, à savoir la destruction de la faune et flore due à la coulée de boue toxique.  

Une année après le désastre, la région est toujours dévastée et le fleuve Rio Doce, qui fournit l’eau potable et assure la subsistance des pêcheurs, pollué sur des kilomètres.

En octobre, les procureurs fédéraux au Brésil ont porté plainte pour homicide contre 21 personnes indiquant que « la sécurité a toujours eu une importance secondaire » et que les autorités n’ont pas tenu compte des signes avant-coureurs selon lesquels le barrage présentait un risque. Les compagnies sont également poursuivies pour crimes contre l’environnement. 

« Cette année a été très longue pour les communautés affectées », a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches. « En tant que syndicats, nous devons poursuivre notre combat contre la cupidité des entreprises et veiller à ce que BHP Billiton et Vale rendent des comptes au sujet de la tragédie qui a eu lieu à Mariana ».

Afin de commémorer l’anniversaire de ce drame et poursuivre les discussions sur les causes de la catastrophe et les problèmes continuels, les syndicats et les organisations de la société civile se sont unis pour manifester.

Partie du littoral le 31 octobre, la manifestation, qui devrait attirer des centaines de participants, longe le fleuve Rio Doce contaminé par la catastrophe et se termine à Mariana le 5 novembre. L’ancien Président Lula da Silva sera présent pour célébrer le premier anniversaire de ces événements tragiques.

Les affiliés à IndustriALL membres du réseau syndical mondial BHP Billiton/South 32 se joindront à cette grande manifestation de solidarité qui se tiendra le 5 novembre en conclusion des deux jours de réunions.

La mine Samarco Mineração S.A située dans la ville brésilienne de Mariana est détenue par les géants miniers Vale et BHP Billiton.

Une explosion sur un chantier de démolition de navires au Pakistan fait 16 morts

Selon les premières informations reçues par l’affilié d’IndustriALL Global Union, la Fédération nationale des syndicats du Pakistan (NTUF), l’explosion sur le chantier n° 56 a tué 16 travailleurs et en a blessé au moins 47 autres. On craint que le bilan des morts ne s’alourdisse, car de nombreux travailleurs sont grièvement blessés et environ 170 autres étaient toujours prisonniers de l’épave.

Selon les témoignages, l’explosion se serait produite alors que des travailleurs découpaient le pétrolier. Il n’y avait pas sur le chantier d’équipes de pompiers pour contenir un incendie, ni aucun moyen de lutte contre le feu. Le pire cauchemar pour un démolisseur de navires s’est réalisé à l’occasion de cet accident meurtrier. La NTUF a décrété, à l’issue d’une réunion d’urgence tenue au chantier de Gadani, trois jours de deuil et une grève sur tous les chantiers à dater de ce jour.

Ce dimanche 30 octobre, les travailleurs des chantiers de démolition de navires de Gadani tenaient justement une manifestation devant le Club de la Presse de Karachi pour exiger du gouvernement qu’il adopte une nouvelle législation dans la lignée de la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires. La NTUF avait organisé ce mouvement de protestation pour mettre en lumière les mauvaises conditions de travail, en particulier l’absence de mesures de santé et de sécurité, sur les chantiers de démolition de navires de Gadani.

Plus de 20.000 travailleurs employés directement ou indirectement dans le secteur de la démolition des navires dans la région de Gadani sont privés de leurs droits élémentaires et continuent à travailler dans des conditions précaires et dangereuses. La majorité des travailleurs des chantiers de Gadani sont dépourvus de couverture sociale et ne sont pas enregistrés auprès des autorités gouvernementales compétentes. En dépit de longues périodes de travail, les travailleurs des chantiers de démolition de navires de Gadani sont dépourvus du droit de former des syndicats et d’agir pour négocier collectivement.

En l’absence de mise en œuvre de réglementations du travail et avec de mauvaises conditions de santé et sécurité, comme le démontre la présente explosion, les accidents sur le lieu de travail sont devenus la routine, conduisant pour les travailleurs à des décès et des blessures graves. Bien que les accidents sont fréquents, il n’y a pas de structure hospitalière sur le chantier de démolition de navires de Gadani pour fournir un traitement médical d’urgence. Les travailleurs ont soulevé l’absence d’un service d’ambulance à de nombreuses reprises.

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour la construction navale et la démolition des navires, déclare :

“Nous déplorons ce terrible homicide industriel et portons le deuil des victimes avec leurs familles et leurs amis.

“Nous allons renforcer noter campagne et nos actions pour combattre les inacceptables conditions de santé et de sécurité à Gadani. Le gouvernement doit prendre immédiatement des mesures pratiques pour protéger les vies humaines sur les chantiers ainsi que les droits fondamentaux des travailleurs.”

L’explosion meurtrière de Gadani révèle une fois encore combien la vie des démolisseurs de navires est quotidiennement en péril. IndustriALL soutient les revendications des travailleurs : le gouvernement pakistanais doit immédiatement ratifier la Convention de Hong Kong et prendre des mesures pour adopter une législation conforme à cette Convention.

Un nouvel accident minier au Chili illustre le besoin de ratifier la C176 de l’OIT

Un homme de 22 ans est décédé ce 21 octobre alors qu’il effectuait des travaux de maintenance à la mine La Escondida. Ce mineur était employé par un sous-traitant de cette mine qui appartient à BHP Billiton et Rio Tinto.

Rudy Henry Ortiz Martínez n’était pas le premier mineur à perdre la vie cette année. Les chiffres publiés par le Ministère des Mines et le Service géologique et minier national du Chili (SERNAGEOMIN) montrent que six accidents miniers survenus dans le pays ont conduit à des décès au cours des six premiers mois de 2016. Un mineur de la mine El Abra dans la région d’Antofagasta a été tué en août.

Selon SERNAGEOMIN, une moyenne annuelle de 29 accidents impliquant des décès se produisent au Chili au niveau du secteur minier, qui est la principale industrie du pays. 2012 a vu le chiffre le plus bas, 22, alors qu’un nombre effarant de 41 personnes ont été tuées en 2010.

La Convention 176 de l’OIT sur la sécurité et la santé dans les mines existe depuis plus de 20 ans. Adoptée en 1995, la C176 fournit aux pays un cadre pour créer un environnement de travail sûr, en fixant des obligations aux entreprises, et donne des droits aux travailleurs.

Cependant, à ce stade, seuls 31 pays ont ratifié la C176. Certains pays parmi ceux ayant les pires bilans en matière de sécurité, dont le Pakistan, la Chine et le Chili, doivent toujours ratifier la convention.

IndustriALL Global Union mène une campagne pour encourager les pays à ratifier la C176. Cette Convention établit un cadre légal et d’inspection pour promouvoir la sécurité dans les mines et un environnement de travail digne. Elle donne aussi aux travailleurs le droit d’élire des représentants indépendants en matière de sécurité et le droit de refuser les tâches dangereuses.

Les syndicats affiliés à IndustriALL au Chili se sont joints à la campagne. Ce 7 octobre, IndustriALL Chile CONSTRAMET a écrit à la Ministre du Travail, Ximena Rincón, pour lui demander de ratifier la C176, de sorte à mettre fin à la série d’accidents qui se sont produits à la mine Abra, chez Transnational Freeport-MCMoran, à la mine Chuquicamata de CODELCO Chile, chez ORICA Explosives et d’autres encore.

Le syndicat et la Fédération des superviseurs de CODELCO ont rencontré le Sous-Secrétaire aux Mines et tous sont convenus de tenir une nouvelle réunion le jeudi 27 octobre entre les syndicats des mines et le département du bien-être social (responsable de l’application des législations en matière de santé et sécurité). Ils vont discuter de la manière dont le gouvernement pourrait reprendre ses démarches pour tenter d’obtenir l’approbation du parlement pour la ratification de la C176.

Jorge Almeida, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Amérique latine et les Caraïbes a déclaré :

IndustriALL Global Union est d’avis que cette nouvelle affaire d’homicide industriel fait qu’il est impossible de comprendre l’échec du gouvernement à faire adopter la C176 de l’OIT. Les travailleurs ont le devoir et le droit de participer à la réalisation de conditions et de lieux de travail sûrs, car pour eux, c’est une question de vie ou de mort.

Les employeurs ont la responsabilité de fournir des conditions et des lieux de travail sûrs, de sorte à ce que les travailleurs et travailleuses n’aient pas à perdre la vie sur les lieux mêmes où ils viennent pour la gagner.

Montée de l’inquiétude face à la destruction de la démocratie en Turquie

Après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, la Turquie est gouvernée de façon croissante par décrets gouvernementaux, sans que les parlementaires élus puissent exercer de contrôle. IndustriALL a condamné le coup d’Etat en juillet, mais s’élève également contre la réaction du gouvernement turc qui utilise le putsch manqué pour détruire toute opposition démocratique et consolider le pouvoir absolu du Président Recep Tayyip Erdoğan.
 
Un état d’urgence a été déclaré le 20 juillet qui autorise le Président et le cabinet du parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir de contourner le Parlement et de gouverner par décrets. Deux nouveaux décrets ont été promulgués le 29 octobre, à minuit, qui ont conduit à la mise à pied de professeurs d’Université et de quelque 10 000 fonctionnaires, ainsi qu’à la fermeture de 15 organes de presse et à l’arrestation de journalistes.
 
Le rédacteur en chef et d’autres employés du quotidien d’opposition de gauche Cumhuriyet ont été arrêtés à la suite d’une descente de police ce matin. En tout, 160 médias, y compris des chaînes de télévision, des stations de radio, des journaux et des agences de presse, ont fermé depuis le mois de juillet faisant de la Turquie le plus important geôlier de journalistes au monde.
 
Les fonctionnaires et les médias sont accusés de soutenir le « terrorisme », et ont été liés aux adeptes de l’ecclésiastique Fethullah Gülen par le gouvernement qui le rend responsable du coup d’Etat. Néanmoins, les procureurs n’ont toujours pas présenté de preuves tangibles de ces liens, et la répression est menée sans ordonnances des tribunaux ni respect des droits de la défense.
 
En menant ces actions, le gouvernement turc n’a pas pour but d’identifier et d’attaquer en justice les responsables du putsch avorté, mais s’efforce principalement de faire taire l’opposition démocratique et la société civile. Suite à la promulgation d’un décret antérieur, les recteurs des universités ne sont plus élus démocratiquement mais nommés par le Président. Il s’agit d’une attaque contre la liberté intellectuelle, de pensée, d’expression, d’opinion, d’association et de réunion.
 
Les assauts contre la démocratie font partie d’une tentative du Président et de son parti d’instaurer un régime présidentiel en lieu et place de la démocratie parlementaire par la menace constante de la promulgation de décrets présidentiels qui créent un environnement antidémocratique préjudiciable à la liberté, à la transparence et à l’ouverture politiques. La plupart des infrastructures démocratiques turques ont déjà été détruites, avec pour conséquence notable la fin quasi-imminente de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Le système juridique est désormais utilisé pour réduire au silence la société civile et les réflexes démocratiques. Des tentatives sont faites pour limiter l’action des syndicats en leur interdisant d’exprimer les demandes légitimes des travailleurs grâce à l’instauration de procédures légales visant à restreindre la liberté d’association.
 
Ces mesures s’inscrivent dans un effort plus large de museler et d’intimider toute opposition démocratique. Des attaques – imputées aux « terroristes » par les médias publics – ont eu lieu contre les hommes politiques de l’opposition, y compris la tentative d’assassinat du leader du parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kılıçdaroğlu. Le CHP est un parti de centre-gauche, soutenu par les syndicats en Turquie, et la principale force d’opposition. D’autres attaques se sont produites contre les responsables politiques du CHP, dont une tentative d’assassinat de l’adjoint au maire d’un district d’Istanbul, qui se trouve dans un état critique, et un attentat contre le vice-président du parti la semaine dernière, qui a été blessé par balle.
 
En outre, les deux maires de la ville de Diyarbakir, Gultan Kisanak et Firat Anli, élus par l’écrasante majorité des électeurs, ont été arrêtés hier, ainsi que d’autres hauts responsables du parti démocratique populaire (PDP) de gauche pro-kurde. Les bureaux du PDP ont été perquisitionnés plusieurs fois par les forces de sécurité et les élus ont été arrêtés sous prétexte d’avoir des liens avec le terrorisme. Le gouvernement turc nomme des administrateurs en remplacement des maires démocratiquement élus dans les villes où les partis de l’opposition, le PDP à une très large majorité, remportent les élections.
 
Le secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré:
 
« L’évolution actuelle de la situation en Turquie est absolument terrifiante. IndustriALL Global Union condamne tout acte qui affaiblit les institutions démocratiques et exprime sa solidarité avec le peuple turc, avec les syndicats en Turquie et avec les forces progressistes qui luttent pour maintenir la démocratie en vie ».
 
« La Turquie doit instaurer un régime et une société véritablement démocratiques intégrant l’ensemble des règles et des normes adoptées au niveau international. Nous continuerons d’épauler toutes les institutions progressistes dans le pays qui luttent et résistent pour une Turquie démocratique, contemporaine et laïque ».

Les syndicats de l'habillement du Bangladesh décident d'intensifier ensemble la syndicalisation

Les 23 et 24 octobre, les syndicats bangladais du vêtement ont participé à un atelier à Dhaka, avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert, pour discuter de stratégies d'organisation dans la chaîne d'approvisionnement de leur secteur.

Christina Hajagos-Clausen, la Directrice du département du textile et de l'habillement d'IndustriALL, a déclaré :

Une organisation stratégique, consistant notamment à identifier des objectifs atteignables, est cruciale face à la puissance des sociétés multinationales et compte tenu de la nature de l'emploi dans le secteur.

Cet atelier a été l'occasion d'échanges francs sur la manière dont les multinationales et les grandes marques de vêtements présentes dans les chaînes d'approvisionnement influencent l'organisation des travailleurs du secteur.

Pour les recruteurs syndicaux, les marques doivent être tenues responsables du bien-être des travailleurs. Leur présence dans les chaînes d'approvisionnement peut être décelée en utilisant les accords-cadres mondiaux (ACM) d'IndustriALL et les informations publiées par les marques.

Les affiliés ont décidé de mettre à profit les instruments internationaux tels que les conventions de l'OIT, les principes directeurs de l'OCDE, les ACM d'IndustriALL et l'Accord pour le Bangladesh pour organiser les travailleurs et protéger leurs droits dans le secteur du prêt-à-porter.

Apoorva Kaivar, la Secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, a insisté sur l'importance pour les affiliés d'œuvrer ensemble dans un esprit de coopération et sans se faire concurrence pour améliorer les taux de syndicalisation des quatre millions de travailleurs que compte le Bangladesh.

Un débat a été consacré aux stratégies d'organisation et les affiliés ont discuté et analysé leurs atouts, leurs faiblesses ainsi que les opportunités et les menaces extérieures. Les syndicats ont préparé des plans d'action et décidé d'organiser davantage de travailleurs.

Le Président et Secrétaire général du Conseil du Bangladesh d'IndustriALL a souligné que

Les efforts déployés par IndustriALL pour appuyer les campagnes d'organisation des affiliés au Bangladesh contribueront pour une large part à améliorer l'existence des travailleuses et des travailleurs.

Géorgie : le syndicat cite BP en justice pour des soupçons de discrimination

Le tribunal civil de Géorgie a pour la première fois à connaître d’une plainte pour discrimination sur base d’activités syndicales. Cette affaire a été portée par le Président adjoint du Syndicat des pipelines contre BP et son Agence de recrutement et de ressources humaines (HRRA) à la suite de l’échec de la médiation du Ministère du Travail.

Le Syndicat des pipelines est affilié à IndustriALL Global Union par le biais du Syndicat géorgien des travailleurs des industries du gaz et du pétrole. Ce syndicat a été constitué l’an dernier pour défendre les droits des travailleurs après que l’entreprise a failli à fournir aux travailleurs géorgiens les mêmes modalités et conditions d’emploi qu’aux autres travailleurs de BP dans la région Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie.

Les hautes directions de BP et HRRA ont résisté à la syndicalisation, le responsable pour le pays, Chris Schlueter, envoyant un courriel au personnel pour le décourager de s’affilier. Les chefs de service ont prévenu les salariés de ne pas adhérer au syndicat par le biais de courriels et de “discussions amicales” qui ont amené la majorité de ses membres à quitter le syndicat. Actuellement, seuls 10 des 30 adhérents originels du syndicat en sont encore membres.

Des actions disciplinaires ont été tentées pendant plusieurs mois contre le président adjoint du Syndicat des pipelines, Vakhtang Pirmisashvili, avec pour résultat une soi-disant “réorganisation” et un licenciement. La légalité de cette mise à pied est actuellement examinée par un tribunal civil.

“Les membres du Syndicat des pipelines ont essayé d’utiliser tous les moyens légaux pour protéger leurs droits, mais sans succès, amenant Pirmisashvili a poursuivre BP et HHRA auprès du tribunal civil pour violation de la liberté d’expression et discrimination sur le lieu de travail,”

a indiqué Gocha Kvitatiani, Président du Syndicat géorgien des travailleurs des industries du gaz et du pétrole.

La législation du travail en Géorgie impose la négociation collective si elle est demandée par un syndicat et en automne 2015, la délégation du Syndicat des pipelines a préparé un projet de convention et l’a porté à la considération de son employeur pour approbation. Les avocats de BP et HRRA ont fait traîner le processus, y compris en mettant des conditions qui rendaient impossible aux syndicalistes de tenir des réunions. Au bout de 11 mois, la convention n’est toujours pas signée.

Le Syndicat des pipelines a fait usage de ses prérogatives légales et s’en est remis au Ministère du Travail pour une médiation. BP a refusé de prendre part à cette médiation.

Au cours de la médiation, les représentants de HRRA ont eu recours à des arguments techniques pour saper le processus, se plaignant que le médiateur n’était pas enregistré au rôle des médiateurs et avait été désigné illégalement par le Ministre. Le processus de médiation a été suspendu et l’employeur a intensifié les persécutions à l’égard du syndicat.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a écrit au PDG de BP pour appeler l’entreprise à respecter le droit à la syndicalisation. Ce courrier relève que BP est en contravention avec des législations nationales et internationales, violant à la fois le Code du Travail géorgien et les Conventions 87 et 98 de l’OIT.

Valter Sanches écrit :

“Nous appelons BP à cesser de harceler les membres du syndicat, à engager des négociations collectives de travail avec le Syndicat des pipelines et à réintégrer immédiatement Vakhtang Pirmisashvili. Nous exhortons également BP Georgia à participer au processus de médiation sociale à l’initiative du gouvernement”.

Nissan Suisse délocalise 92 emplois

Nissan International relocalisera 92 des 228 postes de son site suisse de Rolle. Selon le syndicat UNIA affilié à IndustriALL la compagnie a ouvert une période de consultation jusqu’au 29 septembre 2016 après avoir communiqué l’information aux autorités.
 
Même si une période de consultation a été ouverte conformément à la législation suisse, les droits des employés touchés par cette délocalisation ne sont toujours pas respectés, a signalé UNIA.
 
La période de consultation a manifestement été entachée d’irrégularités puisque des documents clés ont été produits seulement neuf jours avant qu’elle s’achève.
 
« UNIA ne dispose pas d’informations suffisantes pour savoir, par exemple, combien d’employés sur les 92 concernés par la délocalisation sont soumis à un contrat de travail régi par le droit suisse », a déclaré Komla Kpogli, Secrétaire syndical à UNIA.
 
« Nissan ne reconnaît pas le mandat collectif du syndicat. Les prolongations de la période de consultation accordées par la compagnie visaient seulement à gagner du temps afin d’affaiblir les employés qui devront déployer des efforts considérables pour trouver du temps pour travailler et demander la tenue de consultations syndicales », a souligné Helmut Lense, directeur d’IndustriALL pour le secteur automobile.
 
Nissan a été invité fermement à reconnaître UNIA comme ayant été officiellement mandaté par les travailleurs. Devant le refus de la compagnie, le syndicat a décidé de mener une action collective avec les employés le 18 octobre au siège de Nissan International à Rolle.
 
« Les événements récents impliquant Nissan jettent un doute sur la volonté de la compagnie de coopérer de bonne foi avec les syndicats. La direction de Nissan à Canton dans le Mississippi continue de faire pression sur les employés et de les décourager à s’organiser », a indiqué Helmut Lense.
 
Quelques jours auparavant, le 12 octobre, à Paris, les syndicats français et américains ont uni leurs efforts à IndustriALL et aux parlementaires français pour demander au PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, de mettre un terme aux pratiques antisyndicales ayant cours à l’usine Nissan implantée à Canton dans le Mississippi.

Les centrales syndicales du Brésil agissent contre les réformes de Temer

Les plus grandes centrales syndicales, dont la CUT et Força Sindical, ont de nouveau réuni leurs forces pour combattre les propositions avancées par le gouvernement de Michel Temer. Elles ont organisé des manifestations ce 24 octobre (à 18h, heure de São Paulo) contre la proposition d’amendement constitutionnel (PEC 241) qui gèlerait les dépenses publiques en matière de santé, d’éducation, de logement et de protection sociale pendant 20 ans.

Ces protestations visaient à mettre la pression sur le Congrès, qui se réunit à la Chambre des Députés pour le second tour des votes sur l’amendement. Les travailleurs sont d’avis que cette proposition constitue une attaque directe contre leurs droits.

Selon un sondage effectué par la respectée agence Vox Populi/CUT, 74% de la population est contre le PEC 241 et les propositions de réformes des pensions. Le sondage a montré que 80% des travailleurs et travailleuses en milieux urbain et rural sont contre la proposition du gouvernement Temer de faire passer l’âge minimum de la retraite à 65 ans et 70% des personnes interrogées étaient contre le PEC 241.

Sergio Luiz Leite, président de FEQUIMFAR/Força Sindical, a indiqué que le PEC menaçait les travailleurs de différentes manières. Par exemple, si cet amendement est voté, il sera impossible d’augmenter le salaire minimum au-delà du taux d’inflation si les limites des dépenses publiques établies par le gouvernement sont dépassées. L’amendement menace également l’assurance chômage.

“En s’appuyant sur les actions menées par les travailleurs et travailleuses ainsi que par d’autres citoyens affectés par la nouvelle législation, le mouvement syndical doit accroître la pression sur les membres du Congrès de sorte à éviter les dégâts que le PEC 214 va engendrer. Il est encore temps de le combattre,” a-t-il dit.

Le mouvement syndical va continuer sa campagne et les dirigeants des centrales syndicales sont convenus d’un plan d’action qui comprend de nouvelles manifestations les 11 et 25 novembre. Ils espèrent que ces manifestations vont alerter le public quant aux menaces pour les travailleurs que posent ces propositions de réformes du travail et de la sécurité sociale.

Jorge Almeida, Secrétaire régional d’IndustriALL Global Union pour l’Amérique latine et les Caraïbes a déclaré :

“Nous soutenons et applaudissons cette lutte du mouvement syndical brésilien en vue de protéger et maintenir les droits des travailleurs et travailleuses en matière de sécurité sociale et d’emploi. Le gouvernement Temer montre une nouvelle fois son visage anti-social en rendant le travail plus précaire et en pratiquant des coupes au sein des dispositifs de protection sociale".

L'Iran continue d'emprisonner les syndicalistes

L'affiliation du Syndicat des métallurgistes et mécaniciens d'Iran (UMMI) a été acceptée par le Comité exécutif d'IndustriALL Global Union en octobre 2016.

Quoi qu'il en soit, octobre a été un triste mois pour les syndicats iraniens.

Le 7 octobre, Esmaïl Abdi, le Secrétaire général de l'Association professionnelle des enseignants iraniens, s'est vu confirmer sa peine de six ans de prison pour "rassemblement et entente contre la sécurité nationale".

Le 15 octobre, deux activistes syndicaux, Jafar Azimzadeh, le Président du Syndicat libre des travailleurs iraniens, et Shapour Ehsanirad, ont été condamnés à 11 ans de prison chacun pour "création de syndicats et propagande contre le régime".

Jafar Azimzadeh avait déjà reçu une peine de six ans de prison en 2014, assortie de deux ans d'interdiction de présence dans les médias et d'activités dans le cyberespace.

L'UMMI fait campagne pour la libération de ces trois dirigeants syndicaux et pour l'annulation de leurs condamnations.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d'IndustriALL, demande l'arrêt immédiat des persécutions contre les syndicats :

IndustriALL condamne avec fermeté les emprisonnements incessants de dirigeants syndicaux et exprime son soutien aux syndicats libres et démocratiques d'Iran.

Alors que les sanctions économiques sont levées et que les investissements internationaux affluent dans le pays, le gouvernement iranien doit respecter dès maintenant les droits humains et syndicaux fondamentaux. Dans ce contexte, nous exhortons le gouvernement iranien à ratifier la convention n° 87 de l'OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et la convention n° 98 sur le droit d'organisation et de négociation collective.