Le dirigeant syndical sud-coréen Han Sang-gyun condamné à trois ans de prison

Han Sang-gyun avait été condamné à cinq ans de prison en juillet. En appel, sa peine avait été commuée, le 12 décembre, passant de cinq à trois années de détention, et assortie d'une amende de 500.000 won (430 $). La cour a rejeté les accusations relatives à un rassemblement du 1er mai de cette année.

Han a été inculpé parce qu'il était un des organisateurs d'un rassemblement populaire pour la démocratie et contre la législation anti-travailleurs qui s'était tenu le 14 novembre 2015 et avait donné lieu à des affrontements entre la police anti-émeute et les manifestants. La police avait recouru de manière excessive à la force contre des manifestants pacifiques pour la plupart et avait provoqué la mort de l'agriculteur Baek Nam-gi, tué par un jet de canon à eau.

Alors que personne n'a été inculpé pour le décès de Baek Nam-gi, plus d'une centaine de procédures ont été engagées contre des participants au rassemblement, dont plus d'une dizaine ont été condamnés à des peines de prison.

Han et cinq autres activistes de la KCTU se trouvent toujours dans un centre de détention de Séoul où ils ont récemment reçu la visite d'une délégation du mouvement syndical international dans laquelle figurait le Secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Valter Sanches.

Ces dernières semaines, des protestations de masse et une grève générale ont été dirigées contre le gouvernement de la Présidente Park, qui a été mise en accusation le 9 décembre. Celle-ci a refusé de démissionner et conteste sa mise en accusation.

Park Geun-hye a été mise en accusation à la suite d'un scandale de corruption impliquant les chaebols, les puissantes multinationales familiales coréennes qui dominent la vie économique du pays. Les syndicats l'accusent de réprimer les travailleurs pour leur compte.

Les chaebols, au nombre desquelles Samsung et Hyundai, ont une longue histoire de violences antisyndicales. Un rapport publié par IndustriALL et la CSI dénonce les pratiques médiévales de Samsung qui refuse obstinément la présence des syndicats.

La mise en accusation de la Présidente Park et la commutation de la peine de Han sont considérées comme une victoire partielle par les syndicats coréens. Toutefois, le combat pour faire reculer les chaebols et mettre fin à la répression des syndicats est loin d'être gagné.

Valter Sanches a pris part à un défilé de plus d'un million de personnes, le 12 novembre à Séoul, pour réclamer la démission de la Présidente Park. Commentant la condamnation de Han, il a déclaré :

"Grâce à la force et à la détermination des syndicats coréens, et au gigantesque mouvement de solidarité internationale, les choses commencent à bouger.

"Mais il n'en reste pas moins que Han et d'autres sont en prison pour avoir organisé une manifestation pacifique, et que les militants syndicaux subissent une répression acharnée des chaebols.

"Ces militants syndicaux doivent être remis en liberté sans conditions pour que les syndicats coréens puissent poursuivre leur action d'endiguement de la puissance illégitime des chaebols."

Iran: Les travailleurs du pétrole obtiennent le paiement de leurs salaires après avoir recouru à la grève

Les travailleurs sont entrés en grève le lundi 5 décembre faute d’avoir perçu leurs salaires depuis le mois de juin et ont repris le travail après avoir touché leurs paies samedi pour les mois de juillet, août et septembre. Le conflit se poursuit néanmoins. N’ayant pas été payé, le personnel administratif et d’appui – qui n’avait pas participé au mouvement de grève initial – a entrepris par la suite une grève.

Le complexe de Bushehr est une filiale de la compagnie pétrochimique publique d’Iran, implantée dans la zone économique spéciale construite à l’extérieur de la ville portuaire d’Assaluyeh pour exploiter le champ gazier de South Pars.
 
La compagnie ne reconnaissant pas les syndicats, les travailleurs sont entrés en grève sauvage, avec le soutien néanmoins de l’affilié à IndustriALL Global Union, le Syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran (UMMI).
 
Les travailleurs dans le secteur sont engagés par des agences de recrutement sur la base de contrats garantissant des droits minimums. Aucun salaire n’est convenu au départ. Au contraire, les travailleurs sont informés que ceux-ci seront fixés et versés après qu’ils aient effectué une période d’essai d’un mois. Les compagnies pétrolières paient les agences qui régulièrement depuis des mois ne versent pas les salaires. Or, les travailleurs ont peur de perdre leurs emplois s’ils se plaignent.
 
Le personnel doit travailler en postes de 10 heures dans des conditions très difficiles, avec des températures élevées. En outre, ils doivent partager leurs logements, vivant jusqu’à dix dans des modules préfabriqués de 24 mètres carrés.
 
Vartan Khorramdin, couvrant la grève pour le syndicat UMMI, a indiqué:

« Les questions que se posent les travailleurs sont les suivantes : où va l’argent tiré de l’exploitation du pétrole et du gaz à South Pars et à Assaluyeh ? Pourquoi ne touchons-nous rien ? Les fonctionnaires gouvernementaux ne comprennent-ils pas comment utiliser nos ressources économiques pour le bien de notre pays et de sa population ?
 
« Nous, les travailleurs, voulons assurer nous-même notre développement, celui de nos familles et de notre société. Nous ne verrons pas d’un bon œil quiconque puise dans nos poches et nous enlève le pain de la bouche ».

La province de Bushehr, située dans le sud de l’Iran, abrite la ville portuaire d’Assaluyeh. Une zone économique spéciale a été construite autour de la ville pour les besoins de la compagnie pétrochimique étatique, attirant d’importants investissements étrangers.
 
Le réseau pétrolier et gazier d’IndustriALL pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, réuni aujourd’hui à Istanbul, a envoyé une déclaration de solidarité, indiquant:

« Nous sommes aux côtés des travailleurs de Bushehr. Bien que le secteur du pétrole et du gaz soit une source de revenus importante pour l’Iran, les travailleurs sont confrontés à de terribles conditions de travail et ne perçoivent pas leurs salaires. Disposer des syndicats puissants aidera la population iranienne à tirer profit de ses ressources naturelles ».

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré:

« Ce conflit montre pourquoi il est essentiel que l’Iran se dote d’un mouvement syndical libre et indépendant. Suite à la conclusion de l’accord sur le nucléaire, le pays attire des niveaux records d’investissements étrangers, ce qui signifie que les entreprises mondiales ont tout à gagner de l’exploitation des travailleurs iraniens.
 
« Nous aiderons notre affilié et les travailleurs iraniens à bâtir des syndicats puissants pour défendre leurs droits ».

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a envoyé une lettre de solidarité au président de l’UMMI, Maziyar Gilaninejhad, exprimant son appui à la lutte.

Une confédération syndicale menacée de dissolution au Kazakhstan

Le Ministère de la Justice du Kazakhstan a récemment lancé une procédure juridique visant à la révocation de la Confédération des Syndicats indépendants (KNPRK) ainsi que de ses syndicats affiliés représentant le personnel de santé et de maison. Si cette procédure aboutit, elle rendra illégale toute activité syndicale de la part des organisations concernées et laissera leurs adhérents sans représentation.

La KNPRK n’avait reçu son enregistrement officiel qu’en février 2016, à l’issue d’un processus extrêmement lent et longtemps retardé. Elle est membre de la Confédération syndicale internationale (CSI).

Dans un courrier adressé au Président du Kazakhstan, la CSI précise que ce retard au niveau de l’enregistrement de la KNPRK n’est pas un cas unique. “Au niveau sectoriel, des syndicats ont été soumis à des procédures pareillement longues et fastidieuses. Certains ont connu plus de 25 rejets, aucun n’étant justifié légalement, avant de voir leur demande d’enregistrement acceptée.”

Une campagne de soutien à la KNPRK récemment lancée condamne les restrictions à la liberté syndicale et appelle le Président du Kazakhstan à lever toutes les barrières aux activités des syndicats dans le pays. IndustriALL Global Union continue à suivre de près la question des droits syndicaux au Kazakhstan et soutient la campagne.

En 2014, IndustriALL Global Union avait fait état du danger que des syndicats libres du Kazakhstan soient l’objet d’une procédure administrative ou même judiciaire après l’adoption de la Loi nationale sur les syndicats. Cette loi a été sévèrement critiquée par le mouvement syndical international, ainsi que par l’Organisation internationale du Travail, qui l’a condamnée pour les limitations qu’elle impose à l’action du mouvement syndical dans le pays.

“Notre soutien aux prérogatives et libertés syndicales fondamentales au Kazakhstan va se poursuivre,” a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union.

Un syndicat néerlandais menace de faire grève à Shell suite à l’échec des négociations sur une nouvelle convention collective

La fédération néerlandaise Federatie Nederlandse Vakbeweging (FNV), affiliée à IndustriALL Global Union aux Pays-Bas, se prépare à mener une action de grève contre le géant pétrolier Shell après que les négociations pour aboutir à une nouvelle convention collective aient échoué au bout d’une année.
 
La convention collective proposée s’applique aux 1 800 travailleurs employés dans les usines pétrochimiques de la compagnie de Pernis et de Moerdijk, et s’étend de mars 2016 à mars 2018.
 
Shell a présenté une dernière offre, rejetée par le syndicat. Celle-ci comprend une augmentation salariale d’1 pour cent durant la première année de la convention et d’1,25 pour cent la deuxième année, ce qui est inférieur aux standards de l’industrie et également moins élevé que les taux fixés dans les autres raffineries.
 
Le point de dissension principal porte sur la proposition de Shell de diminuer le budget de la rémunération au mérite d’1 à 2 pour cent, en réduisant de moitié le montant alloué à la progression salariale accordée après une période donnée de travail satisfaisant dans les limites de l’échelle des salaires. Ce changement affectera de manière disproportionnée les jeunes travailleurs, davantage susceptibles de se situer en bas de la grille salariale.
 
La proposition a été rejetée par les membres de la FNV à une réunion très suivie tenue le 28 septembre. Shell a fait une dernière contre-offre au début du mois de novembre, également repoussée.
 
Une écrasante majorité de membres ont refusé l’offre pour montrer que Shell ne cherchait pas sérieusement à mettre fin au litige. Les membres de la FNV estiment qu’il existe des différences irréconciliables entre les parties, et se disent prêts à prendre des mesures pour adresser un ultimatum à Shell.
 
Ils ont également rejeté le paiement unique proposé par la compagnie, perçu comme un bonus, et exigent un meilleur règlement salarial ainsi que le maintien du budget d’augmentation salariale. En outre, ils réclament que tous les travailleurs aient le choix de bénéficier ou pas de la convention collective.
 
La FNV a indiqué que le refus de Shell de satisfaire ses revendications donnera lieu à une série d’actions, le plus probablement des arrêts de travail, une grève du zèle ou des grèves.
 
La FNV a indiqué qu’elle prendra les précautions nécessaires pour fermer le site de Pernis en toute sécurité et a rappelé à Shell que l’emploi de briseurs de grève est illégal.
 
La Directrice d’IndustriALL en charge de l’énergie, Diana Junquera Curiel, a déclaré :
 
« Après l’échec des négociations d’une durée d’une année, le personnel loyal de Shell est en colère à juste titre devant l’intransigeance de la compagnie, et il n’est pas surprenant qu’ils se préparent à mener des actions revendicatrices.
 
« Shell doit revenir à la table des négociations avec une offre raisonnable si la compagnie ne veut pas devoir faire face à une grève.
 
« La fermeture de l’usine à Pernis aura des incidences importantes sur les activités de la compagnie. Nous espérons que nous n’en arriverons pas là ».

Victoire des travailleurs du papier de l'USW sur les tarifs douaniers

Les droits de douane compensatoires sont réexaminés tous les cinq ans, de manière à assurer des conditions de concurrence équitables pour les producteurs de papier couché américains. Les pratiques commerciales déloyales des papetiers chinois et indonésiens s'appuient notamment sur des aides substantielles de l'État, qui rendent toute concurrence des firmes américaines impossible, et sur des prix de dumping sur le marché américain destinés à étrangler la concurrence.

Au départ, notre important affilié nord-américain United Steelworkers avait réclamé une telle mesure en 2009, avec l'appui de trois firmes du secteur : NewPage Corporation (rachetée depuis par Verso), Sappi North America, et Appleton Coated LLC. 

Les droits de douane sur le papier couché importé de Chine vont de 3,64 % à 135,84 % pour les prix de dumping et de 19,46 % à 202,84 % pour les prix subsidiés. Dans le cas de l'Indonésie, les taux sont fixés à 17,46 % pour les prix de dumping et à 20,13 % pour les prix subventionnés.

Le papier couché est généralement utilisé pour l'impression en polychromie de livres, catalogues, magazines et dans autres applications commerciales.

Pour John Geenen, Vice-président international de l'USW et membre du Groupe de travail sur la pâte et le papier d'IndustriALL :

Les pratiques déloyales du commerce étaient une menace pour des milliers d'emplois dans le secteur. Cette décision prend le relais de la rude bataille que nous livrons et qui a contribué à sauver beaucoup de ces emplois et à assurer la survie de notre industrie. Ces droits de douane, qui resteront d'application pendant cinq ans, permettront que le travail pénible qu'effectuent les membres de l'USW qui fabriquent ces produits ne soit pas réduit à néant par des produits obtenus dans des conditions déloyales en Chine et en Indonésie.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a salué cette victoire de l'USW :

Nos camarades de l'United Steelworkers se battent depuis des années pour obtenir des conditions commerciales équitables pour leur industrie du papier, ce qui est devenu une de leurs priorités. Une fois de plus, l'USW démontre que nous pouvons gagner si nous combattons.

Reprise du travail pour 55 employés de CUB suite à la victoire des syndicats

Les affiliés à IndustriALL, le Syndicat australien des travailleurs manufacturiers (AMWU) et le Syndicat de l’industrie électrique d’Australie (ETU), ont annoncé, le 7 décembre, être parvenus à un accord visant à mettre fin immédiatement au conflit avec le personnel de maintenance de la brasserie CUB Abbotsford, située à Melbourne, dans l’état de Victoria.

Les syndicats ont fait part de l’acceptation par CUB de toutes leurs revendications. Le conflit a éclaté après que les agents de maintenance aient été licenciés et informés de devoir travailler pour un nouveau sous-traitant moyennant une perte de salaire de 65 pour cent. Cette attaque menée contre les travailleurs, membres d’AMWU et d’ETU, est survenue avant l’acquisition imminente de la société mère de Carlton United, SABMiller, par la multinationale de la bière AB InBev.

Plus d’un millier de membres d’IndustriALL du monde entier ont adopté à l’unanimité, au 2e Congrès d’IndustriALL, qui s’est tenu au Brésil en octobre de cette année, une résolution visant à soutenir les 55 employés de CUB et le boycott des produits de la compagnie.

Suite à cette résolution, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a écrit à CUB pour le prier de réintégrer les travailleurs et de respecter les droits du travail, et fait parvenir des lettres de solidarité à AMWU et ETU.

Le président national d’AMWU, Andrew Dettmer, a indiqué à IndustriALL que la solidarité internationale manifestée par les syndicats mondiaux, IndustriALL et IUF, ainsi que les syndicats dans le monde entier, s’est avérée essentielle :  

« Nombreux sont ceux qui ont contribué à cette victoire. Selon IndustriALL et l’IUF, les plus de 1 600 messages de solidarité se sont avérés cruciaux au maintien du moral des 55 travailleurs. Certains de ces messages tout comme les actions de solidarité menées contre les propriétaires ont véritablement fait comprendre l’importance du syndicalisme international aux 55 syndicalistes ainsi qu’à leurs milliers de partisans. 

« Tout comme ont été bénéfiques les actions des syndicats et des fédérations, dont IndustriALL, qui ont écrit à SAB-Miller et à AB InBev pour leur signifier leur écœurement face au renvoi de ces 55 agents de maintenance par la direction locale, puis l’offre de leur rendre leurs postes moyennant une réduction de salaire de 65 pour cent.  

« Cette solidarité se situe dans la ligne de la motion d’urgence, si généreusement et unanimement soutenue par le 2e Congrès d’IndustriALL. 

« Les buveurs australiens (comptant dans leurs rangs de nombreux travailleurs et syndicalistes) peuvent recommencer à boire leur bière favorite ! ».

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

« Toute la famille d’IndustriALL Global Union félicite AMWU et les syndicats australiens pour cette belle et importante victoire. Non seulement cette victoire est le résultat d’une grande démonstration de solidarité syndicale mais un énorme mérite doit être également accordé aux 55 travailleurs et à leurs familles qui ont résisté pour maintenir leurs revendications et ont refusé d’être vaincus ».

Les affiliés d’IndustriALL au Myanmar font de rapides progrès en dépit des défis

Sortant tout juste de décennies de dictature, le Myanmar est toujours une démocratie en construction. Nombre des problèmes rencontrés par les syndicats relèvent du recours habituel aux contrats d’un an en lieu et place d’emplois permanents. On les met fréquemment à contribution pour se débarrasser de leaders syndicaux à l’expiration de leur contrat d’un an. Un nombre incalculable de travailleurs et travailleuses n’ont même pas ce contrat “standard”, étant employés sur base de contrats encore bien plus courts avec des modalités bien inférieures.

Les employeurs ajoutent habituellement de 50 à 70 clauses au contrat standard, dont la non-observance peut mener au licenciement. Parmi les exemples : “Vous devez suivre les ordres de votre superviseur et accepter d’effectuer des tâches pour lesquelles vous n’avez pas été engagé(e) à l’origine” ; “vous n’êtes pas autorisé(e)s à vous rassembler sur le lieu de travail” ; “Vous n’êtes pas autorisé(e)s à parler aux travailleurs des autres sections” ou “vous devez atteindre le quota de production”. Cette dernière clause force les travailleurs et travailleuses à prester des heures supplémentaires non-payées ou risquer de se faire renvoyer pour ne pas avoir atteint leur objectif. D’autres prescriptions de ces contrats stipulent que les travailleurs ne peuvent pas se faire embaucher par d’autres usines de la même région ou du même secteur après la fin de leur contrat, ou qu’ils n’ont pas le droit de rejoindre un syndicat.

Le licenciement de syndicalistes et de leaders syndicaux est un problème répandu. On sait que des employeurs publient les noms des leaders syndicaux licenciés sur leurs sites web, ce qui de facto, en vue d’un nouvel emploi, les place sur liste noire.

Parmi les autres problèmes au Myanmar, on relève le manque de protection de la santé et de la sécurité, en particulier s’agissant des mines, et les difficultés pour obtenir une bonne convention collective de travail. Comme tant de choses sont encore nouvelles pour les syndicats, ils continuent à avoir besoin de formations et de connaissances, en particulier sur les négociations salariales, puisque les travailleurs et travailleuses sont souvent payés en dessous du salaire minimum (actuellement de 3.600 kyats, soit 2,7 dollars par jour).

Malgré ces défis, les affiliés du Myanmar sont en expansion grâce à leurs nombreuses campagnes de syndicalisation couronnées de succès ayant vu le soutien d’IndustriALL et d’autres organisations syndicales comme FNV Mondiaal, la FES, Union To Union et notre affilié australien CFMEU.

Au cours de l’année écoulée, l’IFWM est passée de 11.232 membres à 13.486, dont 80% sont des femmes et la MWFM est passée de 3.785 adhérents en 2015 à 7.452. Un total, surprenant pour un syndicat des mines, de 30% de ceux-ci sont des femmes.

En conséquence, des travailleurs et travailleuses commencent à avoir accès à des prestations de sécurité sociale et autres, comme le versement d’heures supplémentaires ou d’indemnités de licenciement. Certains syndicats ont pu faire convertir des emplois précaires en postes permanents, jusqu’à 500 en une fois dans un cas précis.

La protection de la maternité a été une grande priorité et la loi permet maintenant 98 jours de congés de maternité payés au lieu de 90 précédemment, mais c’est toujours en dessous des 120 jours préconisés par la Convention 183 de l’OIT. Bien que la mise en œuvre des dispositions soit toujours un problème, les syndicats ont obtenu d’autres avancées comme des toilettes séparées pour les femmes. Des accords prévoyant qu’aucune femme ne sera licenciée en raison de sa grossesse s’appliquent maintenant à 80% des usines où un syndicat est présent.

Le syndicat tunisien du textile et de l’habillement connaît une forte croissance

Ce programme de syndicalisation s’est traduit, en à peine une année, par une croissance impressionnante pour les syndicats de Tunisie et d’autres pays. Les pays clés pour la fourniture de textile et d’habillement dans la région sont l’Égypte, la Jordanie, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie. Des campagnes de syndicalisation ont été lancées dans ces pays avec des objectifs concrets et en utilisant comme levier des instruments internationaux tels que les accords-cadres mondiaux. IndustriALL a effectué une cartographie détaillée du secteur avant l’entame de la campagne.

En Tunisie, la campagne de syndicalisation a débuté en décembre 2015, avec un travail de soutien de notre affilié, la Fédération Générale du Textile, de l’Habillement, Chaussure et Cuir (FGTHCC-UGTT). Elle a impliqué des formations, des visites d’usines et de zones industrielles, la mobilisation des femmes et des jeunes, la production de matériel didactique et la mise en œuvre d’une étude.

Le secteur du textile et de l’habillement représente l’une des principales industries de Tunisie, employant environ 176.000 personnes. Elle a généré pour plus de 2,7 milliards de dollars d’exportations en 2014. Quatre-vingts pourcents de ces exportations sont destinées à l’UE et elles pourraient augmenter sachant que la Tunisie et l’UE négocient un accord de libre-échange.

La Tunisie produit pour des grandes enseignes telles que H&M, Zara, Calvin Klein, Benetton et GAP. En dépit de la taille et de l’importance de ce secteur, il souffre de sous-investissement, avec peu de valeur ajoutée et une production généralement confiée à de petites structures. Il existe très peu de formation formelle. Les salaires sont bas, avec une moyenne d’environ 200 dollars par mois, soit pas bien davantage que le salaire minimum.

Quatre-vingts pourcents des salariés sont des femmes, souvent jeunes. Des contrats à court terme d’à peine quelques mois sont typiques et le roulement est élevé. On observe la présence d’un taux élevé d’emplois informels et précaires. Les emplois ne sont pas sûrs et des mises à pied sont utilisées pour cadrer les travailleurs et travailleuses.

La campagne s’est axée sur la mobilisation des femmes et des jeunes, avec un accent sur la sécurité d’emploi, les salaires et la formation professionnelle. Des formations pour les recruteurs se sont tenues à Tunis, Hammamet et Mahdia. Les leaders ouvriers ainsi formés se sont rendus sur les sites de production et dans les zones industrielles pour recruter les travailleurs et travailleuses dans le syndicat.

Le Secrétaire général de la FGTHCC-UGTT Habib Hazmi indique :

“Le résultat de cette campagne a été une croissance de 7% des effectifs au cours de l’année écoulée. Élément crucial, la campagne a fait plus que recruter, elle a produit des leaders avec de nouvelles compétences et revitalisé le travail syndical par des réunions régulières, de la coordination, de la communication, des actions de solidarité et du retour d’information.

“Elle a aussi mené à un plus large investissement dans le débat sur l’avenir du secteur, ses implications pour les sites de production et les stratégies syndicales pour le round actuel de négociations sectorielles.”

Houcine Abbasi, Secrétaire général de la centrale syndicale UGTT et lauréat conjoint du Prix Nobel de la Paix en 2015, a assisté à la session à Hammamet et déclaré :

“Les entreprises multinationales se focalisent sur les bénéfices et escamotent l’aspect social. Elles considèrent les syndicats comme des corps étrangers et les combattent.

“La syndicalisation dans le secteur privé est faible et les conventions sectorielles ne couvrent pas les petites entreprises qui emploient moins de 20 travailleurs.

“Les syndicats doivent collaborer localement et mondialement. Étendre la syndicalisation protège nos droits et nos avancées. Syndicaliser est une question existentielle.”

Ce succès est en train de se répéter dans d’autres pays de la région, de nombreux syndicats rapportant une croissance significative de leurs effectifs et de leur influence, en dépit de la répression.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :

“L’objectif stratégique d’IndustriALL est de construire des syndicats forts. Lors de la dernière conférence régionale sur la syndicalisation, nous avons décidé de nous concentrer sur le secteur du textile et de l’habillement.

“Les résultats après un an de syndicalisation sont dans le bon : nos syndicats ont gagné en taille et en force. C’est un excellent travail et nous allons continuer à soutenir nos affiliés afin qu’ils renforcent leur puissance et leur influence.”

IndustriALL exhorte l’OIT à intervenir de toute urgence pour accroître la sécurité dans les mines de charbon chinoises mortellement dangereuses

Trente-deux mineurs auraient péri le 3 décembre dans une explosion au gaz ayant eu lieu dans une mine de charbon détenue par la compagnie minière Baoma et localisée à l’intérieur de la Mongolie, en Chine du Nord. Le 29 novembre, ce sont 21 mineurs qui sont décédés dans l’explosion d’une mine de charbon située dans la ville de Qitaihe, dans la province de Heilongjiang, dans le Nord-Est du pays, et le 31 octobre, 33 mineurs dans une explosion dans une mine de charbon située dans la ville de Chongqing, au sud-ouest de la Chine.

Ces accidents mortels surviennent alors que les mines de charbon subissent des pressions croissantes pour augmenter leur production durant la période hivernale. 

Dans une lettre adressée au Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

Il est manifeste que l’industrie houillère chinoise, dont les normes de sécurité sont insuffisantes, demeure parmi les plus meurtrières au monde. Néanmoins, il est encourageant d’apprendre que le gouvernement chinois aurait ordonné que toutes les mines de charbon du pays révisent leurs systèmes de sécurité. Il est essentiel que le gouvernement chinois, entre autres choses, ratifie la Convention n°176 sur la sécurité et la santé dans les mines lors de la conduite de sa réforme majeure des conditions de travail dans les mines de charbon.

IndustriALL lance un appel à l’OIT pour qu’elle offre une assistante technique immédiate à la Chine pour l’aider à améliorer les normes sanitaires et sécuritaires dans les mines de charbon. En outre, IndustriALL se propose d’apporter toute l’aide politique et technique nécessaire aux mineurs chinois en partageant l’expertise acquise dans l’industrie houillère par ses affiliés dans le monde entier.

Les autorités chinoises ont signalé 931 décès de mineurs en 2014, correspondant en fait à une baisse du nombre de décès enregistrés au cours des années précédentes. En effet, plus de 7 000 mineurs sont morts en 2002 uniquement. Des milliers d’autres mineurs meurent d’anthracose, appelée également pneumoconiose au charbon ou phtisie des mineurs, causée par une exposition prolongée à la poussière de charbon. Aucuns chiffres officiels n’ont été encore rendus publics pour 2015 et 2016, et beaucoup de mines ne divulguent pas ceux des accidents mortels.

Il est estimé que 5,8 millions de travailleurs sont employés dans l’industrie houillère en Chine.

Mobilisation mondiale des travailleurs contre les violations des droits de l’homme commises par LafargeHolcim

Les travailleurs basés en Europe, en Afrique, en Asie et dans les Amériques se mobiliseront et passeront à l’action pour réclamer à LafargeHolcim de respecter les droits des travailleurs au motif que « les droits des travailleurs constituent des droits de l’homme ».

Parmi les violations des droits des travailleurs commises par LafargeHolcim qui seront signalées lors de la journée d’action mondiale figurent :

Les syndicats demandent instamment à LafargeHolcim de moins faire appel au travail précaire, de coopérer davantage avec les syndicats relativement aux questions de santé et de sécurité ainsi qu’à la restructuration, et d’entamer de véritables négociations avec eux sur l’avenir des relations de travail et du dialogue social.

« Depuis la fusion de Lafarge et Holcim au cours de l’année dernière, de nombreux accidents du travail sont survenus, le travail précaire a augmenté, la compagnie a restructuré sans se soucier des conséquences et la direction n’a pas tenu ses promesses en ce qui concerne l’atteinte d’un accord global visant à établir des relations positives avec les syndicats. Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps alors que nos collègues meurent dans des accidents du travail. Les travailleurs de LafargeHolcim dans le monde entier se battent pour leurs droits et exigent des changements », a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union Valter Sanches.

« Le droit à un travail décent, à des conditions de travail sûres et à la dignité sont des droits de l’homme fondamentaux dont les travailleurs de LafargeHolcim doivent bénéficier. Néanmoins, au lieu de respecter ces droits fondamentaux, la compagnie a fait passer à de multiples occasions ses intérêts avant les droits de ses travailleurs.  Aujourd’hui, en cette journée d’action mondiale, les travailleurs de LafargeHolcim se mobiliseront pour montrer le pouvoir du peuple en exhortant la direction de l’entreprise  à donner immédiatement suite à leurs revendications », a indiqué le Secrétaire général de l’IBB, Ambet Yuson.

« Nous escomptons que le numéro un mondial du ciment le soit non seulement dans les chiffres et en ventes de ciment, mais aussi au niveau des normes du travail et des droits des travailleurs », a déclaré Sam Hägglund, Secrétaire général de la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment et du bois (FETBB). « Nous pensons que cela fait également partie de la recherche de normes d’excellence futures. LafargeHolcim doit respecter les droits des travailleurs. Nous n’arrivons pas à comprendre qu’il ait fallu près d’un an et demie après la fusion pour que soit négocié un nouvel accord conjoint entre les comités d’entreprise européens, aux termes duquel les droits des travailleurs européens sont définis, notamment le droit à l’information et à la consultation. Nous exhortons la direction de LafargeHolcim d’entamer un véritable dialogue social sur l’avenir de ce numéro un mondial dans le secteur du ciment ».