Le dirigeant syndical biélorusse emprisonné reçoit le prix international Arthur Svensson pour les droits syndicaux

Aliaksandr Yarashuk, Président du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP), Vice-président de la Confédération syndicale internationale (CSI) et membre du Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT), est honoré pour sa défense intransigeante des droits des travailleurs et de la démocratie en Biélorussie.

Le comité du prix a souligné l’absurdité de l’emprisonnement de Yarashuk. Frode Alfheim, Président du syndicat norvégien Styrke à la tête du                                                comité Svensson, a déclaré :

“Il est complètement absurde qu’un homme qui est membre du Conseil d’administration de l’OIT soit actuellement en prison pour avoir défendu les droits des travailleurs et travailleuses. Le syndicalisme n’est pas un crime.”

Le cas de Yarashuk est devenu un symbole de résistance et d’espoir pour les syndicalistes du monde entier, alors que la Biélorussie continue de réprimer la société civile. Plus de 40 dirigeants et militants syndicaux ont été emprisonnés et tous les syndicats indépendants ont été dissous de force. Les efforts du régime pour réduire Yarashuk au silence, notamment en le qualifiant d’« extrémiste », reflètent une dangereuse tendance mondiale contre la liberté d’expression et la liberté syndicale.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Les attaques contre les droits syndicaux en Biélorussie sont parmi les pires que nous ayons connues dans l’histoire moderne. Yarashuk représente tout ce que les syndicats défendent et il est prêt à se battre pour cela dans les pires conditions d’oppression.”

C’est la deuxième fois que le prix Arthur Svensson est décerné au mouvement syndical biélorusse. En 2021, le BKDP et ses syndicats membres avaient déjà été honorés, mais la situation dans le pays s’est encore détériorée depuis.

Le prix Arthur Svensson, décerné chaque année par Styrke et d’une valeur de 500.000 couronnes norvégiennes (équivalent de 47.000 dollars), sera remis à Oslo le 11 juin 2025. Aliaksandr Yarashuk sera honoré en personne ou symboliquement, en fonction des circonstances.

Crédit photo : Salidarnast

Vies sauvées, navires démantelés : le coût humain et les promesses du recyclage des navires

Mais une transformation est en marche depuis deux décennies. Par la solidarité internationale, un effort de syndicalisation soutenu et une formation à la santé et la sécurité au travail (SST) ciblée, les travailleurs d'Inde et, plus récemment, du Bangladesh remodèlent de fond en comble le secteur de la démolition navale.

Avec l'entrée en vigueur, le 26 juin 2025, de la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires (HKC), cette transformation est à la veille de sa plus grande mise à l'épreuve et ouvre de vastes perspectives.

Un tournant pour la déconstruction navale

La HKC, que l'Organisation maritime internationale (OMI) a adoptée en 2009, arrête des normes mondiales pour la manière de démanteler les navires arrivés en fin de vie; elle impose la sécurité, la durabilité et des protections pour les travailleurs comme pour l’environnement. Son entrée en vigueur cette année mettra à l'arrêt les chantiers qui ne s'y conforment pas, ce qui devrait en exclure plus d'une centaine pour le seul Bangladesh.

"L'industrie de la démolition navale a une fonction environnementale vitale,"

dit Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL Global Union.

"Mais cela ne peut pas se faire au prix de vies humaines. La HKC offre une chance de relancer cette industrie sur des bases équitables, sûres et durables et les syndicats sont essentiels dans ce processus."

Renforcement des capacités en Inde

La transformation a commencé à Alang, dans l'État du Gujarat, où se trouve la plus grande concentration de chantiers de démolition de navires au monde. Au début des années 2000, les conditions qui y régnaient étaient désastreuses, avec de nombreux accidents mortels, l'exposition à des substances toxiques, une absence totale de formation et des travailleurs réduits au silence. En 2003, FNV Metaal et IndustriALL ont lancé un projet pour changer cette situation.

En 2011, les premières formations à la SST ont vu le jour. Elles sont ensuite passées à un modèle de "formation de formateurs" pour, par un effet d'entraînement, répandre une connaissance de la sécurité dans tous les chantiers. L'Alang Sosiya Ship Recycling General Workers’ Association (ASSRGWA), membre de notre affilié SMEFI, est devenue un partenaire essentiel en participant à l'organisation de sessions sur la sécurité contre l'incendie, l'utilisation des équipements de protection individuelle et la détection des risques.

"Il y a dix ans, les syndicats d'Alang n'étaient pas considérés comme des acteurs légitimes,"

dit Walton Pantland, le directeur d'IndustriALL en charge de la construction navale et de la démolition des navires.

"Aujourd'hui ils sont des interlocuteurs respectés. Lorsque survient un problème, ils ne le montent pas en épingle, ils jouent les médiateurs. C'est le genre d'influence qui fait changer les vies."

Un autre moteur majeur du changement en Inde ont été les mesures de coercition appliquées par le gouvernement.  Le Gujarat Maritime Board, organisme de réglementation officiel, a joué un rôle déterminant en forçant les chantiers navals à se conformer aux normes de la HKC. Aujourd'hui, 115 des 130 chantiers que compte l'Inde sont en conformité avec la convention, tous installés à Alang.

Il n’en va pas de même au Bangladesh

La situation est bien différente à Chittagong, le grand centre de démolition de navires du Bangladesh. Ici, l'initiative du changement est venue principalement du secteur privé, et en particulier de PHP qui est devenu un modèle de bonne pratique. Son propriétaire, qui est aussi à la tête de la fédération des employeurs, a plaidé en faveur de l'application de la HKC et beaucoup investi dans les protocoles de sécurité sans pratiquement aucune pression du gouvernement.

"Le gouvernement bangladais n'a pas pris l'initiative, comme l'avait fait son homologue indien,"

déclare Ashutosh Bhattacharya, le secrétaire régional d'IndustriALL.

"Et beaucoup de propriétaires de chantiers ont résisté au changement, jusqu'à faire campagne pour retarder la mise en application de la HKC parce qu'ils n'étaient pas prêts."

Pire encore, le secteur a subi un repli économique prolongé, causé par la baisse des cours de l'acier, une envolée mondiale des échanges commerciaux et l'incertitude qui a suivi la pandémie de Covid. Les propriétaires étaient peu enclins à investir et les travailleurs, autrefois au nombre de 60.000, sont maintenant quelque 20.000. Lorsque la HKC sera appliquée il pourrait encore tomber à 3.000 ou 4.000. Les chantiers qui ne seront pas certifiés d'ici le mois de juin ne seront plus autorisés à démanteler des navires, ce qui serait un coup dur pour l'industrie.

Il est à noter que les efforts du Bangladesh pour se conformer à la HKC ont été appuyés par un programme de coopération quinquennal entre son gouvernement et la Norvège, une initiative déterminante sans laquelle la convention pourrait ne pas entrer en vigueur et le Bangladesh ne serait très certainement pas préparé.

Formation à Chittagong : jeter de nouvelles bases

Ces efforts récents ouvrent la voie. En avril 2025, IndustriALL et FNV ont organisé à Chittagong deux sessions de formation approfondie sur la SST rassemblant 32 participants des affiliés BMF et BMCGTWF. Ces sessions, d'une durée de quatre jours, ont porté sur toutes les matières, allant des bonnes techniques de levage et de l'utilisation des EPI aux méthodes d'apprentissage pour adultes et à l'élaboration des formations.

Une inspection du chantier de PHP d'une durée de cinq heures a suivi.

"Ce fut exceptionnel,"

a déclaré l'expert en sécurité de FNV Martijn van de Beurcht.

"De la coque à la passerelle, des procédures de sécurité étaient en place. Ce chantier, contrairement à beaucoup d'autres, devrait être la norme de référence."

Ces formations ont aussi suscité des échanges sur la manière de généraliser la sécurité sous la houlette des syndicats. Des participants ont présenté des exposés expliquant comment ils comptent diffuser leur savoir à d'autres, l’essence du modèle de la "formation des formateurs".

"C'est à cela que ressemble la solidarité syndicale mondiale,"

a déclaré le secrétaire de FNV Metaal Lennart Feijen.

"Des syndicalistes néerlandais forment des travailleurs d'Asie du Sud qui vont en former d'autres; c'est une chaîne humaine de renforcement."

Table ronde et parler vrai

La visite s'est achevée par une table ronde réunissant des représentants des syndicats, des employeurs et du gouvernement. Les discussions ont porté principalement sur la représentation sur le lieu de travail, le rôle des syndicats et la nécessité d'une Transition juste.

On retiendra surtout le consensus qui s'est dégagé quant au pilotage de l'Employment Injury Scheme (EIS), un programme de protection sociale pour les travailleurs victimes d'accidents ou décédés au travail. Les employeurs se sont dit intéressés par une poursuite des discussions sur les coûts notamment.

Quoi qu'il en soit, de gros problèmes structurels subsistent. Contrairement à l'Inde, où le secteur est représenté par un seul syndicat national, le paysage syndical du Bangladesh est fragmenté, avec des syndicats dans chaque atelier, qui fluctuent suivant les niveaux d'emploi.

"Il est donc pratiquement impossible d’envisager un renforcement durable,"

dit Ashutosh Bhattacharya.

Qui plus est, les employeurs autorisent rarement les syndicats dans leurs installations et les directions syndicales sont souvent déconnectées des travailleurs qu'elles représentent.

"Au Bangladesh, les syndicats ne sont pas pris au sérieux, parfois même en leur sein," ajoute-t-il. "Nous devons investir dans la mise en place de structures dirigeantes depuis la base."

L'orage approche, ou serait-ce une opportunité ?

À l'échelle mondiale, l'industrie de la démolition navale entrevoit  une reprise. Après des années de récession, les compagnies maritimes comptent maintenant un nombre record de navires, dont beaucoup ont plus de 25 ans, l'âge habituel de leur mise à la ferraille.

Toutefois, les droits de douane de Donald Trump sur les produits chinois et la montée des tensions régionales sont sources d'incertitudes. Les compagnies maritimes restent prudentes. Mais lorsque la reprise viendra, et la plupart en sont convaincus, l'Inde a tous les atouts pour accueillir la majorité des navires, du fait de sa conformité à la HKC et de ses capacités.

"15.000 navires sont encore en attente de démantèlement", explique Walton Pantland. Et l'Inde est prête, légalement, techniquement et institutionnellement. Le Bangladesh risque d'être à la traîne".

Au Pakistan, bien que le gouvernement ait ratifié la HKC, aucun chantier n'est certifié pour le moment. Cela veut dire que, sans mises à niveau significatives, l'industrie sera effectivement à l'arrêt et son avenir demeure incertain.

Rassembler autour d'une vision commune

Pour marquer l'entrée en vigueur de la HKC, l'ASSRGWA prévoit un rassemblement syndical à Alang, suivi d'une conférence tripartite avec des représentants des employeurs et du gouvernement en juin. Le message est clair : pour assurer le succès de la démolition navale, il faut que toutes les parties collaborent.

"Nous avons besoin de syndicats sûrs et forts,"

dit Atle Høie.

"Ce n'est qu'ainsi que la pérennité de cette industrie sera assurée."

Des plans de mentorat transfrontalier sont aussi en cours, avec des syndicalistes indiens expérimentés, comme Vidyadhar Rane, le secrétaire général de l'ASSRGWA, présent au Bangladesh pour renforcer le mouvement des travailleurs. Cette solidarité régionale est une pierre angulaire de la démarche d'IndustriALL, qui consiste à associer les capacités locales aux normes mondiales.

Une transition juste doit associer les travailleurs

La démolition navale change, pas seulement en volume mais par sa nature. Les emplois manuels non qualifiés sont remplacés par des emplois semi-qualifiés et des emplois techniques : coupeur de verre, conducteur de grue, agent de sécurité et contrôleur de conformité. Mais si les travailleurs sont exclus et sans influence sur leur avenir, l'industrie échangera une forme d'exploitation pour une autre.

"La Transition juste n'est pas qu'un slogan,"

clame Lennart Feijen.

"Il faut un investissement réel dans la formation, la représentation syndicale et la protection sociale, sinon cette industrie reproduira ses pires erreurs."

Il y a vingt ans, les syndicats n'étaient pas autorisés dans les chantiers; aujourd'hui, ils sauvent des vies.

Le combat pour la sécurité du démantèlement des navires est loin d'être terminé. Mais avec chaque formation, chaque avancée politique et chaque travailleur en mesure de refuser un travail dangereux, l'industrie se rapprochera de l'avenir qu'elle mérite.

"Le but n'est pas seulement la mise en conformité,"

explique Walton Pantland.

"C'est la dignité, la sécurité et le droit de parole aux travailleurs. C'est ce que nous construisons, navire par navire, chantier par chantier."

Bangladesh Chittagong - Shipbreaking April 2025

Anglo American s’engage à dialoguer avec les syndicats lors des scissions

IndustriALL et Anglo American ont signé un protocole d’accord pour coopérer sur les relations sociales, le changement climatique, Industrie 4.0 et l’avenir du travail. À travers ce protocole d’accord, Anglo American s’est engagé à garantir “le droit des travailleurs et travailleuses à l’adhésion à un syndicat et à la négociation collective sans crainte de représailles, de répression ou de toute autre forme de discrimination.”

Le réseau mondial d’Anglo American se réunit chaque année avec le soutien de la multinationale et d’IndustriALL. L’ordre du jour du réseau comprend la promotion du dialogue social, de normes d’exploitation minière responsable et d’audits indépendants, ainsi que le traitement conjoint des questions environnementales, sociales et de gouvernance. En outre, le protocole d’accord met l’accent sur la protection des intérêts des travailleurs et travailleuses pendant la transition énergétique et la décarbonisation, sur une planification de la transition juste, sur l’amélioration des relations hommes-femmes en vue de lutter contre la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG) ainsi que sur l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail. Des salaires vitaux et sociaux sont prioritaires. Les plans d’exploitation minière durable d’Anglo American et l’exploitation minière intelligente, y compris la numérisation et l’automatisation, ont également été abordés. La réunion a également été l’occasion de discuter des questions d’actualité concernant le protocole d’accord.

Le dialogue lors de la réunion de cette année s’est centré sur les scissions d’Anglo American. Les syndicats voulaient s’assurer de la poursuite du protocole d’accord dans un contexte de restructuration et de scission de plusieurs unités commerciales, seules les activités d’extraction de cuivre et de minerai de fer étant conservées en tant que cœur de métier. Par exemple, Anglo American Platinum (Amplats), l’un des principaux producteurs mondiaux de métaux du groupe du platine avec des mines en Afrique du Sud et au Zimbabwe, est en cours de scission. À l’issue de cette opération, prévue pour le mois de juin, Amplats sera rebaptisée Valterra Platinum Limited et sera cotée aux bourses de Londres et de Johannesburg. Anglo American conservera une participation de 19,9 % après la scission, mais a l’intention de se retirer à terme de cette société. Les participants à la réunion ont appris qu’il existe un bon potentiel pour le platine à la suite du retour en grâce des convertisseurs catalytiques face à un marché des véhicules électriques qui ralentit.

La société De Beers, qui exploite des mines de diamants au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud, fait également l’objet d’une restructuration et doit faire face à la forte concurrence des diamants produits en laboratoire. Anglo American vend également ses actifs dans le domaine du charbon sidérurgique (en Australie) à Peabody Energy et a déjà vendu d’autres actifs dans le domaine de l’extraction du nickel.

Les préoccupations du syndicat concernant les activités actuelles portent notamment sur les effets des métaux sur l’allaitement des mères, l’absence d’installations de blanchisserie sur les sites d’activité au Botswana ainsi que la mauvaise communication avec les directeurs de mines, qui suscite la méfiance. D’autres problèmes ont été soulevés, tels que des consultations inadéquates avant des avis de licenciement. En outre, le nombre de travailleurs et de travailleuses sous contrat court employés par des sous-traitants sur ces sites est supérieur à celui des travailleurs permanents, soit un rapport de 60 % pour 40 %, ce qui, insistent les syndicats, devrait être inversé.

Davidzo Muchawaya, Responsable régionale de l’IRMA pour l’Afrique, a souligné que les syndicats devaient utiliser l’audit de l’IRMA comme outil de lutte pour les droits des travailleurs. Elle a cité un audit récent réalisé au complexe minier Mogalakwena d’Anglo American à Limpopo, en Afrique du Sud, où 53 travailleurs et travailleuses ont été interrogés. Selon le rapport d’audit, la mine a reçu la certification IRMA 50, ce qui signifie qu’elle a satisfait à 40 exigences critiques ainsi qu’à 50 ou 75 % des exigences relatives à l’intégrité de l’entreprise, à la planification de la transmission d’un patrimoine durable aux générations futures, à la responsabilité sociale et à la responsabilité environnementale. “Les sujets abordés comprenaient les conditions d’emploi et de travail, avec une attention particulière sur le traitement des femmes et des groupes vulnérables, la liberté syndicale, la santé et la sécurité, etc.”

En ce qui concerne l’égalité des genres, la diversité et l’inclusion, les syndicats ont déclaré que les stéréotypes sexistes continuaient d’entraver la promotion des femmes et qu’il fallait mettre un terme à des promotions basées sur des faveurs sexuelles. En réponse, la direction d’Anglo American a assuré à l’assemblée que tous les cas de violence à l’égard des femmes faisaient l’objet d’une enquête et que des mesures étaient prises à l’encontre des auteurs, y compris des licenciements.

“L’avenir du protocole d’accord est essentiel, en particulier avec les scissions, mais il doit s’articuler autour d’un plan de Transition juste qui comprend des discussions sur les emplois futurs, les stratégies d’implication des parties prenantes, la responsabilité sociale et les voies de la décarbonisation,”

a déclaré Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL.

Progrès et enjeux dans le secteur de la démolition des navires au Bangladesh

Un volet essentiel de cette mission fut une visite de cinq heures d'un chantier où des représentants de syndicats et des experts en sécurité ont inspecté un navire en cours de démantèlement. Ils ont pu constater des procédures de sécurité et de gestion des déchets de classe mondiale, un exemple de ce que pourrait être un chantier sûr et durable.

Mais celui-là fait exception.

"Ce niveau de sécurité et d'attention aux détails est le fait du secteur privé, sans réelle pression du gouvernement,"

déclare Walton Pantland, le directeur d'IndustriALL en charge de la construction navale et de la démolition des navires.

"Ce n'est pas représentatif du reste de l'industrie."

Pendant quatre jours, IndustriALL a tenu à Chittagong deux sessions de formation à la santé et la sécurité au travail (SST) en partenariat avec FNV Metaal et auxquelles ont participé 32 représentants des affiliés d'IndustriALL BMF et BMCGTWF. Le programme combinait connaissances techniques et compétences pédagogiques sur un modèle de "formation des formateurs".

Les modules techniques comportaient des thèmes de sécurité majeurs tels que l'utilisation de l'équipement de protection individuelle, la protection contre l'incendie, les opérations de levage, l'inspection des équipements et l'utilisation de grues et de câbles de traction. Les travailleurs ont aussi pu prendre connaissance de normes internationales comme celle sur les couleurs pour l'identification du contenu des systèmes de tuyauterie. Le second module a préparé les participants à dispenser eux-mêmes la formation et portait sur les modes d'apprentissage pour adultes, l'organisation d'une session de formation et les techniques de communication.

"C'est un exemple concret de solidarité syndicale mondiale : des experts de la santé et la sécurité de notre affilié néerlandais FNV Metaal dispensant des formations pour nos affiliés du secteur de la démolition navale d'Inde, du Bangladesh et du Pakistan,"

ajoute Walton Pantland.

La table ronde qui a suivi rassemblait des représentants de syndicats, d'employeurs et des pouvoirs publics. La discussion a porté sur la nécessité de syndicats forts sur le terrain. Une absence de consensus a été constatée, de même que les carences du gouvernement pour assurer un contrôle efficace. Un accord sur l'analyse du programme d'indemnisation des lésions professionnelles Employment Injury Scheme (EIS) dans le secteur de la démolition navale a constitué une avancée. Les parties ont décidé de poursuivre les discussions sur les coûts et la mise en application.

"Il y avait une réelle ouverture d'esprit pour l'EIS, qui pourrait apporter une sécurité sociale vitale dans les cas de handicap ou de décès,"

dit Walton Pantland.

"C'est un pas en avant sur la voie d'une industrie plus équitable."

Avec sept chantiers bangladais en conformité avec la HKC et plus d'une centaine menacés de fermeture, la route sera encore longue. La mécanisation, la baisse du nombre de navires et l'absence de filets de sécurité sont déjà lourdes de conséquences pour la main-d’œuvre. Mais ces formations et la multiplication des formateurs locaux sont le signe de la montée d'un mouvement visant à ce que la transition de cette industrie soit assortie d'emplois décents, de meilleures protections et fasse que la voix des travailleurs soit entendue à tous les niveaux.

"La convention ne peut produire ses effets sans accompagnement, nous avons besoin d'un partage des responsabilités au-delà des frontières. En investissant dans la formation, en donnant des moyens aux syndicats et en arrêtant des référentiels de sécurité clairs, nous pouvons relever les normes applicables à la démolition des navires, pas seulement au Bangladesh mais dans toute l'Asie du sud,"

a conclu Ashutosh Bhattacharya, le secrétaire d'IndustriALL pour l'Asie du sud.

Le vol de salaires chez Rio Zimbabwe affame les mineurs

Rio Zim, qui possède Cam & Motor Mine, Renco Mine et Murowa Diamonds, déclare être confronté à des difficultés opérationnelles et financières et a mis la plupart de ses travailleurs en congé. Seuls quelques salariés des services de sécurité et d’ingénierie se rendent au travail. Ce n’est pas la première fois que Rio Zim n’honore pas ses engagements salariaux. Selon le Business & Human Rights Resource Centre, en 2022, les travailleurs se sont mis en grève après n’avoir plus été payés pendant cinq mois à Murowa Diamonds.

Rio Zim, cotée à la Bourse du Zimbabwe, est une société minière et métallurgique qui possède des mines d’or, une raffinerie de nickel et des participations dans l’extraction du charbon ainsi que le traitement du cuivre et du platine. Rio Zim est devenue une société zimbabwéenne lorsqu’elle s’est séparée de Rio Tinto.

Selon le ZDAMWU, affilié à IndustriALL, les travailleurs n’ont plus d’argent pour se nourrir et payer les frais de scolarité de leurs enfants. Le ZDAMWU compte 1.167 membres chez Rio Zim.

“Cette période prolongée de salaires impayés crée une crise humanitaire qui affecte les travailleurs, leurs familles et les communautés environnantes, entraînant de graves difficultés financières ainsi qu’une détresse émotionnelle,”

a déclaré Justice Chinhema, Secrétaire général du ZDAMWU. Le syndicat a écrit au ministère du travail pour lui demander d’intervenir.

En réponse à l’appel du syndicat, Rio Zim a distribué des colis alimentaires le 9 avril. Si le ZDAMWU a accueilli favorablement ces colis, le syndicat a insisté sur le fait que Rio Zim devait payer les salaires impayés afin d’améliorer la situation de ses travailleurs. Les colis alimentaires ne valent que l’équivalent de 20 dollars américains, alors qu’un travailleur gagne typiquement l’équivalent de 372 dollars par mois.

Le ZDAMWU a porté l’affaire devant le Conseil national de l’emploi (NEC) de l’industrie minière, qui est composé d’employeurs et de salariés de l’industrie minière, conformément à la loi sur le travail du Zimbabwe. Le NEC promeut l’harmonie sociale par le biais de la négociation collective, de la résolution des conflits et de la mise en place de conditions minimales d’emploi.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

“Rio Zim doit cesser de sacrifier les moyens de subsistance de ses travailleurs lorsqu’il est confronté à des difficultés financières et doit au contraire adopter des stratégies qui protègent les travailleurs et leurs avantages sociaux.”

Canada : lock-out chez Heidelberg à propos de suppressions d’emplois

Du côté de Thompson-Okanagan, plus de 30 salariés représentés par la section locale 213 des Teamsters sont en lock-out depuis le 17 janvier, après l’échec des négociations collectives. Les travailleurs affirment qu’ils cherchent à obtenir une augmentation de salaire équitable, une amélioration des horaires et des conditions de travail plus sécuritaires à la suite de l’expiration de leur convention collective, à la fin de l’année 2024.

“Nous nous sommes présentés pour négocier de bonne foi, mais l’entreprise ne nous écoute pas,”

a déclaré un travailleur sur le piquet de grève de Kelowna. Des piquets de grève ont été mis en place à Kelowna, West Kelowna, Penticton et Kamloops.

À la cimenterie Heidelberg de Delta, 76 membres de la section locale D-277 des Boilermakers ont été mis en lock-out le 13 janvier, après que les pourparlers ont été bloqués en raison de la volonté de la direction de sous-traiter des emplois syndiqués. Le syndicat estime que cette mesure menace la stabilité de l’emploi à long terme et nuit à la main-d’œuvre locale qualifiée.

“Nous ne demandons rien de scandaleux. Nous voulons simplement protéger notre travail et notre avenir,”

a déclaré un représentant des Boilermakers devant les installations de Tilbury.

Malgré les efforts de médiation, les deux conflits ne sont toujours pas résolus. Les travailleurs et travailleuses des deux sites affirment que les actes posés par Heidelberg Materials sont le signe d’un abandon plus large du respect des conventions collectives.

Alex Ivanou, Directeur de la section des matériaux d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“Heidelberg Materials doit revenir à la table des négociations de bonne foi et respecter les droits de ses travailleurs et travailleuses. Il ne s’agit pas seulement d’un site ou d’un pays, mais d’une solidarité mondiale et de la nécessité de tenir les multinationales responsables du traitement équitable de leurs travailleurs et travailleuses, quel que soit le lieu où se déroulent leurs activités”.

Crédits photo : Section 277 des Boilermakers, Section 213 des Teamsters

L’IA n’attendra pas, les travailleurs ne devraient pas non plus

Il y a peu, un chantier naval a introduit un nouvel assistant pour améliorer la sécurité. Il ne s’agissait pas d’un collègue humain, mais d’un robot appelé “Spot”, un outil doté d’IA capable de patrouiller dans les zones de travail, de détecter les fuites de gaz invisibles à l’œil nu et de surveiller les équipements lourds.

Jakarta, Indonésie, 04/09/2022 : Chien robot jaune, adapté à la détection industrielle et à la téléopération. Mini robot gardien Spot. Shutterstock, Hendra Yuwana

Ce qui a distingué ce déploiement, c’est le processus qui l’a sous-tendu : le syndicat a été activement impliqué. Les travailleurs ont été consultés et leurs préoccupations ont été prises en compte. Dans ce cas, la technologie a été façonnée pour servir les gens et non pour les remplacer ou les priver de leur pouvoir.

C’est ce que nous entendons lorsque nous parlons de transition juste. Il ne s’agit pas de rejeter l’innovation, mais de veiller à ce qu’elle soit conforme aux droits, à la sécurité et à la dignité humaine.

Dans l’ensemble de notre réseau mondial d’affiliés, nous entendons des préoccupations concernant l’introduction de l’IA, souvent sans dialogue, garanties ou responsabilité. La gestion algorithmique, la surveillance numérique et le suivi des performances basé sur les données ne sont plus théoriques, ils modifient déjà le travail. Et trop souvent, ils le font d’une manière qui brouille la frontière entre l’efficacité et l’exploitation.

Ces effets ont des conséquences importantes. Les femmes restent sous-représentées dans les emplois liés à l’IA et les systèmes eux-mêmes reflètent et renforcent souvent les inégalités existantes. Une étude a révélé que 44 % des systèmes d’IA présentaient des préjugés sexistes, tandis qu’un quart d’entre eux présentaient à la fois des préjugés sexistes et des préjugés raciaux. Dans de nombreux pays à faible revenu, seules 20 % des femmes ont accès à l’internet. Il ne s’agit pas seulement d’une fracture numérique, mais d’une exclusion structurelle de l’économie du futur.

Les syndicats doivent non seulement exiger des systèmes d’IA sensibles au genre, mais aussi soutenir activement les voies d’accès des femmes et des travailleurs issus de la diversité de genre aux fonctions numériques et techniques. Si l’on laisse l’IA évoluer dans un espace où les femmes sont absentes, les inégalités seront intégrées dans son code.

Au fond, il ne s’agit pas seulement de technologie. Il s’agit de gouvernance, d’inclusion et de responsabilité. Qui définira les règles ? Qui bénéficiera de la richesse générée par l’IA ? Qui en supportera les coûts ?

“Il s’agit de questions syndicales fondamentales”.

Chez IndustriALL, nous répondons avec soin et engagement. Je dirige notre groupe d’experts sur Industrie 4.0, qui rassemble des affiliés, des experts et des représentants des jeunes pour élaborer un cadre politique global sur l’IA. Notre approche est ancrée dans les réalités vécues : nous écoutons les travailleurs, recueillons des éléments auprès de nos affiliés et donnons la priorité à cinq domaines clés, la transparence algorithmique, le développement des compétences, la santé et la sécurité au travail, la redistribution des richesses et le pouvoir de syndicalisation.

Comité exécutif', Genève, 2024

En 2024, notre Comité exécutif a entamé son premier débat stratégique sur l’IA. En juin 2025, il débattra et adoptera la politique mondiale d’IndustriALL en matière d’IA. Il s’agira d’un moment historique, non seulement pour notre organisation, mais aussi pour chaque travailleur et chaque travailleuse faisant face aux incertitudes des changements algorithmiques. Nous organisons également des forums de jeunes, faisons progresser l’équité entre les sexes dans la transformation numérique et identifions des stratégies syndicales concrètes qui ont déjà donné des résultats. Il s’agit de faire en sorte que les travailleurs et travailleuses ne soient pas de simples observateurs de la transition vers l’IA, mais des participants actifs et des co-créateurs de ses résultats.

En réfléchissant à mon propre pays, le Japon, je me demande parfois pourquoi le discours sur l’IA y semble si différent. Après plus de 14 ans d’absence, je constate que le Japon a intégré les technologies de l’IA dans la vie quotidienne de manière discrète et régulière. Si les entreprises n’adoptent pas les nouvelles technologies à la vitesse de l’éclair, elles semblent s’engager plus délibérément dans la société, en cultivant la confiance du public et le consensus social autour de ces changements. Aujourd’hui, le Japon compte l’un des taux de chômage les plus bas du monde, moins de 3 %, et n’a pas connu le même type de perturbations liées à l’IA que d’autres pays.

Cette évolution peut également être influencée par le vieillissement de la population et la diminution de la main-d’œuvre du pays, qui créent à la fois des pressions en faveur de l’automatisation et de l’acceptation par la société des technologies de soutien, en particulier dans les secteurs des soins, de la logistique et des services.

Est-ce dû au rythme culturel, à la prudence structurelle, aux réalités démographiques ou à une intégration plus profonde des valeurs sociales dans le changement technologique ? Je n’ai pas encore la réponse. Mais je pense qu’il y a là des enseignements importants pour la manière dont nous abordons la transition vers l’IA à l’échelle mondiale, avec intention, inclusion et une main ferme.

Si vous êtes un syndicaliste et que vous vous demandez comment réagir à l’IA, je tiens à vous rassurer : le mouvement syndical a déjà été confronté à des moments de transformation intense par le passé. De l’ère de l’industrialisation à l’ère numérique, notre force a toujours été notre capacité à nous organiser, à exiger l’équité et à placer les valeurs humaines au cœur des mutations industrielles.

L’IA ne doit pas être une nouvelle force qui décide de votre avenir sans que vous le sachiez ou que vous y consentiez. Elle doit être négociée. Elle doit être transparente. Et elle doit être mise en œuvre en faisant de la dignité humaine un principe non négociable.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que les pertes d’emplois s’accélèrent, que les écarts entre les hommes et les femmes se creusent ou que les décisions soient prises sans tenir compte de la participation démocratique. C’est maintenant qu’il faut agir, par le biais de la négociation collective, du dialogue social et d’une solidarité mondiale renouvelée.

Apportons la même clarté d’objectif et la même force collective à cette nouvelle frontière.

Car si l’IA peut être pilotée par des données, son impact est profondément humain. Veillons à ce que, dans ce nouveau chapitre des mutations industrielles, personne parmi les travailleurs et travailleuses ne se retrouve laissé pour compte.

Appel pour une protection des droits des travailleurs dans le secteur des minéraux en Zambie

Cette recherche, intitulée l'impact de l'investissement étranger direct sur les droits au travail et les droits syndicaux dans le secteur des minéraux stratégiques en Zambie, a été réalisée par Sekondi Consult.

Avec la découverte de riches gisements de minéraux stratégiques dans le Copperbelt et dans d'autres régions, les syndicats craignent qu'une ruée incontrôlée sur ces minéraux menace les acquis obtenus par la négociation collective et le dialogue social. Ces minéraux que sont le cuivre, le cobalt, le lithium, l'étain, le graphite, le coltan, le manganèse et des terres rares utilisées dans la fabrication de systèmes d'énergies renouvelables, de batteries pour automobiles et de dispositifs de stockage d'énergie attirent des investisseurs du Canada, de Chine, d'Inde, des Émirats arabes unis, des États-Unis et d'autres pays. Des investisseurs locaux et des entreprises d'État figurent aussi dans les rangs.

L'atelier qui s'est tenu du 25 au 28 mars à Kitwe avait pour but d'utiliser les conclusions de cette recherche pour renforcer les stratégies du Réseau de l'énergie de l'Afrique subsaharienne (SSAEN) pour la transition énergétique. Vingt participants venus du Syndicat des mineurs de Zambie, affilié à IndustriALL, et des représentants de l'extraction minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) de la Province nord-occidentale ont participé aux discussions sur le rapport. D'autres participants venaient de la région de l'Afrique subsaharienne d'IndustriALL, de la FES Zambie et du Centre de compétence syndicale (FES TUCC) de la FES pour l'Afrique subsaharienne qui avait commandé cette recherche. L'atelier bénéficiait aussi d'un soutien de la Fédération unie des travailleurs danois 3F qui a un programme de Transition juste avec des affiliés d'IndustriALL.

D'après le rapport, 27.737 travailleurs sont employés par des sous-traitants dans des conditions précaires et les syndicats devraient faire campagne contre cette situation.

L'atelier a constaté que certaines multinationales foulent au pied les normes environnementales, sociales et de gouvernance au détriment des communautés et de l’environnement. Pour y remédier, les syndicats recommandent que l'Agence zambienne de gestion de l’environnement contrôle l'impact environnemental de l'activité minière et imposent des réglementations, notamment à l'EMAPE. Les chercheurs ajoutent que le gouvernement zambien met actuellement en place une structure ou un département de l'EMAPE.

Un exemple de l'insuffisance des normes environnementales est celui de la rupture, le 18 février, de la digue à rejets de la mine de cuivre de la multinationale chinoise Sino-Metals Leach Zambia à Chambishi. Les résidus miniers ont pollué et empoisonné l'eau potable avec 30.000 mètres cubes d'acide concentré et de métaux lourds. Les effluents toxiques se sont déversés dans la rivière Mwambashi, un affluent de la Kafue, la plus importante ressource hydrique du pays, qui alimente près de 12 millions d'habitants en eau potable, en poisson, en irrigation, et aussi la capitale, Lusaka, ainsi que la ville de Kitwe.

Les débats ont aussi porté sur le mémorandum d'accord pour le développement d'une chaîne de valeur intégrée des industries fabriquant des batteries pour véhicules électriques signé par la République démocratique du Congo (RDC), les États-Unis et la Zambie en 2022. Des participants ont indiqué que l'université de Lubumbashi, en RDC, fabrique déjà ce type de batteries.

Le rapport de recherche recommande que le secteur des minéraux stratégiques promeuve le travail décent : les droits fondamentaux au travail, la santé et la sécurité au travail, la création d'emplois, la protection de l'emploi, la protection sociale et de la maternité. S'agissant de l'égalité de genre, il faudrait que les législations du travail en vigueur soient modifiées pour permettre aux femmes d'être employées comme mineurs sur la base d'un système de quotas.

Thelma Nkowani, la vice-présidente de la Women in Extractive Industry, Trade and Value Addition Association de Zambie, a réfuté le stéréotype qui veut que l'extraction minière ne concerne que les hommes :

"Les femmes sont efficaces dans le secteur minier; elles travaillent au mieux de leurs capacités."

"Les minéraux stratégiques sont la base de l'énergie renouvelable et des industries des véhicules électriques et ils constituent la pierre angulaire de la décarbonation mondiale. L'activité minière doit garantir les droits des travailleurs et améliorer les conditions de travail,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

Les syndicats coréens se félicitent de la décision de confirmer la destitution du président Yoon

La Cour constitutionnelle, composée de huit juges, a déclaré à l’unanimité que M. Yoon avait violé la constitution coréenne et n’avait pas respecté la procédure de proclamation de la loi martiale. Les juges ont déclaré que les actes de M. Yoon avaient porté atteinte à la démocratie et aux droits politiques de la population.

Dans la nuit du 4 décembre 2024, M. Yoon a proclamé la loi martiale, interdisant toute activité politique, accusant les dirigeants de l’opposition du Parti démocrate de paralyser l’Assemblée nationale. Il a ordonné aux militaires d’expulser les parlementaires du bâtiment de l’Assemblée nationale, alors qu’un vote visant à mettre fin à la loi martiale était en cours.

Le 14 décembre, l’Assemblée nationale a adopté une motion de destitution de M. Yoon avec le soutien de plus des deux tiers des parlementaires. Après la décision rendue aujourd’hui par la Cour constitutionnelle, qui n’est pas susceptible d’appel, une nouvelle élection présidentielle sera organisée dans les 60 jours.

Au cours des quatre derniers mois, les affiliés d’IndustriALL, le Syndicat coréen des métallurgistes (KMWU) et la Fédération des syndicats coréens de la métallurgie (FKMTU) ont mobilisé leurs membres pour qu’ils participent à des manifestations visant à revendiquer la destitution immédiate de M. Yoon de son poste de président. Le KMWU a organisé quatre grèves nationales pour la lutte en faveur de la démocratie.

Lors des manifestations, les syndicats ont exhorté la cour constitutionnelle à mettre immédiatement en accusation le président et son groupe rebelle, appelant à mettre en place un monde de démocratie, d’égalité et de paix. M. Yoon avait lancé une série d’attaques contre les syndicats depuis son entrée en fonction en 2022.

En 2023, le Service national de renseignement a fait une descente dans les bureaux de la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), accusant deux syndicalistes de la KWMU et un autre affilié de la KCTU d’avoir violé la loi sur la sécurité nationale. La police a violemment interpellé le Secrétaire général de la FKMTU, Kim Jun-yeong, lors d’un sit-in de protestation à l’aciérie POSCO, et l’a emprisonné de juin à novembre 2023.

La même année, la police coréenne a enquêté sur 950 responsables du Syndicat des travailleurs de la construction, ce qui a conduit à l’auto-immolation de Yang Hoe-Dong. M. Yoon a également émis une ordonnance administrative pour obliger les camionneurs qui manifestaient pour revendiquer un barème minimum pour le fret à reprendre le travail, faute de quoi les syndicalistes pouvaient être emprisonnés ou sanctionnés.

Le Président du KMWU, Jang Chang-year, a déclaré :

“En fin de compte, le dernier rempart contre la dictature et la montée de l’extrême droite est le mouvement syndical. Ce n’est que lorsque la classe ouvrière du monde entier est unie que nous pouvons nous défendre. Trump lance une attaque contre la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde entier. Les travailleurs et travailleuses du monde entier ne peuvent tirer leur épingle du jeu qu’en construisant un front uni et une lutte unie.

Nous envoyons maintenant nos meilleures pensées aux travailleurs et travailleuses en lutte en Turquie. Nous affirmons notre solidarité internationale en faveur de la lutte des syndicats turcs qui se dressent contre la dictature d’Erdoğan.”

Le Président de la FKMTU, Kim Jun Young, a déclaré :

“Pendant 123 jours, à dater du début de la loi martiale, les citoyens coréens ont vécu une période d’anxiété et de difficultés, mais, comme il y a huit ans, ce fut aussi un moment qui a permis de réaffirmer la résilience démocratique du pays. Ce fut aussi un moment où s’est vu confirmé le fait que les forces qui nient le système républicain se sont enracinées dans divers secteurs de la société.

Bien que la guerre civile ait été évitée, de nouveaux défis sont apparus pour les travailleurs et travailleuses. La FKMTU est maintenant confrontée à la tâche d’éliminer complètement les politiques du travail répressives, impitoyables, anarchiques et irrationnelles de l’administration Yoon. Nous sommes également chargés de faire adopter des lois et des politiques qui reflètent les revendications urgentes des travailleurs et travailleuses. Au cours des années passées sous l’administration Yoon, nous avons été trop occupés par des postures de défense que pour atteindre ces objectifs. Maintenant, nous devons rassembler nos forces et aller de l’avant.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“IndustriALL salue le verdict de la Cour constitutionnelle qui défend la démocratie et l’état de droit en Corée. Nous félicitons le KMWU et la FKMTU pour leur campagne réussie en faveur de la destitution de ce président antisyndical. L’implication active de nos affiliés montre le rôle clé des syndicats indépendants dans la défense de la démocratie et de l’état de droit.”

L’aide humanitaire doit parvenir à la population du Myanmar et non à la junte militaire

Dans la foulée du récent tremblement de terre de magnitude 7,7, au lieu de donner la priorité aux secours et à l’aide humanitaire, l’armée a intensifié les bombardements aériens sur les communautés civiles, notamment à Chaung U (Sagaing), Phyu (Bago) et Naung Cho (Shan). Ces actes effroyables, sous couvert de gestion de situations de catastrophe, témoignent d’un mépris flagrant pour la vie et la dignité humaines.

L’histoire du Myanmar nous rappelle douloureusement comment un régime militaire exploite les catastrophes en utilisant l’aide humanitaire en tant qu’arme politique et militaire, comme on l’a vécu lors les cyclones Nargis (2008), Mocha (2023) et Yagi (2024). L’aide destinée aux survivants a été à plusieurs reprises détournée, restreinte ou manipulée au profit du régime, ce qui a eu pour effet de prolonger les souffrances et d’alourdir le bilan des victimes.

Le mépris permanent du droit international et l’indifférence totale des militaires à l’égard de ses obligations internationales devraient inciter la communauté internationale, y compris les agences des Nations unies, à rester vigilante afin de ne pas se laisser abuser par les militaires, dont le but est de continuer à s’imposer à la population du Myanmar. L’armée doit se retirer pour que l’aide et l’intervention humanitaire puissent atteindre l’ensemble du peuple du Myanmar et pour qu’il puisse reconstruire sa vie et ses moyens de subsistance dans la paix et la démocratie.

C’est pourquoi, d’urgence :

Les travailleurs et travailleuses, les communautés et les populations ethniques du Myanmar ont un besoin urgent d’aide et de protection et non de bombardements et de mesures d’obstruction. La résistance extraordinaire de la population du pays, des groupes ethniques et de la société civile face à l’adversité démontre leur capacité à acheminer de l’aide humanitaire essentielle. La déclaration immédiate par le GUN d’un cessez-le-feu unilatéral pour faciliter l’aide aux victimes du tremblement de terre contraste fortement avec la violence permanente de la junte et sa réaction tardive dans l’arrêt des activités militaires.

La légitimité et la crédibilité de l’action humanitaire internationale dépendent de la fourniture d’une aide fondée sur des principes, qui soit décisive et responsable. La communauté mondiale ne doit pas répéter les erreurs du passé qui ont permis à l’aide humanitaire de renforcer les oppresseurs militaires du Myanmar.

En tant qu’organisations syndicales représentant les travailleurs et travailleuses du monde entier, nous réaffirmons notre solidarité inébranlable avec le peuple du Myanmar et appelons à une pression internationale immédiate et soutenue pour mettre fin à cette crise humanitaire.

Le tremblement de terre a frappé des communautés qui subissaient déjà la brutale campagne de meurtres, de travail forcé, de déplacement et de répression de la junte. Pourtant, face à la dévastation, les habitants du Myanmar continuent de faire preuve d’un moral, d’une détermination et d’une unité inébranlables. Leur détermination est une puissante source d’inspiration pour le mouvement syndical international. La communauté internationale doit se tenir à leurs côtés, clairement, résolument et sans délai, du côté de la justice et de la dignité humaine.

Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois

Confédération syndicale internationale

Internationale de l’éducation

UITA

Fédération internationale des travailleurs et travailleuses domestiques

Internationale des services publics

IndustriALL

Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE

Fédération internationale des journalistes

UNI

Fédération internationale des travailleurs et travailleuses des transports

Illustration : Mandalay, Myanmar, le 28 mars 2025. Un tremblement de terre a frappé le centre de la ville, provoquant l’effondrement des bâtiments. Les sauveteurs aident les blessés. Crédit photo : somkanae sawatdinak