Faits nouveaux concernant les 12 travailleurs de Tipitapa

La semaine dernière, IndustriALL a lancé une campagne de soutien réclamant la mise en liberté inconditionnelle des 12 travailleurs au Nicaragua. Ces derniers ont été arrêtés et mis en examen pour « entrave au travail de la police » après le déclenchement spontanée d’une manifestation dans une zone franche d’exportation à Tipitapa suite au licenciement des représentants syndicaux ayant fait part de leurs préoccupations à l’égard de certains problèmes.  

Quatre mille personnes environ ont signé une lettre adressée au gouvernement du Nicaragua ainsi qu’au fabricant coréen de textiles SAE-A Tecnotex demandant la libération sans condition des travailleurs. De nombreux syndicats ont envoyé des lettres de protestation à leurs ambassades du Nicaragua locales.

Néanmoins, le 16 décembre, les 12 travailleurs ont été condamnés: les dirigeants syndicaux à deux ans d’emprisonnement et les autres, à une année de détention à domicile. Tous ont vu leurs droits politiques suspendus et ont interdiction de quitter le pays. Dans l’impossibilité de travailler, ils ont perdu leur emploi.

Eriger de la sorte en délit une manifestation de travailleurs crée un très grave précédent. Les 12 travailleurs feront appel du jugement le 9 janvier 2017.

Le numéro spécial Congrès de Global Worker est sorti

Cette nouvelle édition haute en couleurs renferme un compte rendu intégral ainsi que des photos du formidable 2e Congrès mondial d'IndustriALL qui s'est tenu à Rio de Janeiro, au Brésil. Près de 1.400 représentants de syndicats du monde entier assistaient à ce congrès en octobre.

Vous trouverez aussi une interview du nouveau Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, et une relation des persécutions politiques que subit l'ancien Président du Brésil, Luiz Inácio ‘Lula’ da Silva, qui a prononcé un discours vibrant à la cérémonie inaugurale du Congrès.

Dans les pages consacrées à l'Amérique latine figure aussi un article sur le rôle joué par les syndicats dans le processus de paix en Colombie. Une résolution soutenant ce processus dans ce pays déchiré a été adoptée à l'unanimité par les affiliés d'IndustriALL au Congrès.

Vous pourrez également lire une rubrique sur notre nouvel affilié iranien, le Syndicat des travailleurs de la métallurgie et des mécaniciens d'Iran, qui a rejoint les rangs d'IndustriALL au début de l'année.

La construction du syndicalisme fait partie intégrante de l'action d'IndustriALL et la transformation de nos modes d'organisation fait l'objet d'un reportage spécial dans ce numéro de Global Worker.

Les défis du recrutement syndical en Somalie sont immenses, dans un pays qui émerge d'une longue guerre civile et une société où l'État de droit est balbutiant. Il faut lire l'interview fascinante d'Omar Faruk Osman, le Secrétaire général de la Fédération des syndicats somaliens, dans l'article sur le thème de l'organisation dans un environnement fragile.

En outre, en vous abonnant à Global Worker, vous pourrez obtenir un magnifique poster du Congrès à conserver en souvenir !

Bienvenue dans ce numéro de Global Worker

Le retentissant 2e Congrès d’IndustriALL à Rio de Janeiro, au Brésil, en octobre, a réuni plus de 1.500 syndicalistes venus de plus de 100 pays. Ils et elles ont voté pour un plan d’action renouvelé pour notre organisation et, ensemble, avec des statuts mis à jour, nous sommes dans une position encore meilleure pour nous battre en faveur des droits des travailleurs de par le monde.

Notre Congrès était l’occasion de montrer une petite partie du travail qui est en cours depuis la création d’IndustriALL en 2012. Les affiliés ont mis en lumière et débattus les cinq objectifs d’IndustriALL : construire des syndicats forts, confronter le capital mondial, défendre les droits des travailleurs, favoriser une politique industrielle durable et combattre le travail précaire. Les pages 10 à 19 en illustrent une partie.

Le Congrès a adopté une série de résolutions de solidarité, qui tendent la main à des syndicats partout dans le monde et leur montrent notre soutien. Aux pages 6 à 7 vous pourrez en lire davantage sur le processus de paix en Colombie et le rôle que les syndicats jouent pour apporter la stabilité à ce pays d’Amérique latine.

Les syndicats de Corée du Sud luttent contre les attaques du gouvernement à l’égard des droits des travailleurs. La Présidente Park, impliquée dans un scandale de corruption, a essayé d’apporter des modifications à la législation coréenne du travail, dont la possibilité de licencier sans motif, de faire baisser les salaires des travailleurs âgés et de permettre davantage d’externalisation. Les délégués présents au Brésil ont adopté une résolution de solidarité qui soutient la lutte contre la répression.                                                                           

IndustriALL, a encore apporté sa solidarité aux syndicats de Corée à l’occasion d’une mission syndicale internationale en novembre. Nous nous sommes joints à une impressionnante foule d’un million de personnes dans les rues de la capitale Séoul à l’occasion d’une mobilisation de masse qui appelait à la libération immédiate de tous les travailleurs emprisonnés en raison d’activités syndicales.

Début novembre, nous avons mis en lumière un tragique anniversaire. Cela faisait un an qu’un barrage d’une mine de Mariana, propriété de BHP Billiton et Vale au Brésil, s’était rompu. Les boues toxiques ainsi libérées ont tué 19 personnes et causé des dommages à long terme à l’environnement. IndustriALL s’est jointe à des centaines de manifestants d’un rassemblement qui a promis de tenir les entreprises responsables et de s’assurer qu’un tel événement ne puisse se reproduire.

Le changement climatique relève des syndicats. La Conférence sur le climat, la COP21 à Paris l’année dernière, a fait l’objet d’une large couverture et ses résultats comprennent les ingrédients nécessaires pour un accord couronné de succès. Une Transition juste pour l’industrie y est incorporée et, en tant que syndicats, nous devons nous assurer que les travailleurs et l’environnement sont pris en compte. La COP22 à Marrakech, au Maroc, lui succède un an plus tard et les discussions se poursuivent avec une forte présence syndicale déterminée à montrer la voie vers une économie durable.

Nous allons poursuivre notre lutte incessante pour organiser syndicalement et défendre les travailleurs et travailleuses en 2017, en assumant les responsabilités que le Congrès nous a confiées.

Je suis heureux de reprendre le flambeau de la lutte. A luta continua !

Valter Sanches

Secrétaire général

Les syndicats soutiennent Lula

PROFIL

Pays: Brazil

Texte: Léonie Guguen

www.brasiljustopratodos.com.br

La Présidente du Brésil démocratiquement élue, Dilma Rousseff, a été évincée par un coup d’État de droite à l’instigation de Michel Temer en mai de cette année. Depuis lors, les droits des travailleurs dans le pays sont grignotés et la persécution sur Lula s’est intensifiée.

“Le gouvernement de fait est en train de détricoter tout ce que nous avons obtenu au cours des 12 dernières années. Il n’a aucun respect pour la démocratie, les femmes ou les jeunes. Nous devons défendre nos droits. Nous avons besoin de votre soutien,” a dit Lucineide Varjão, président de l’affilié brésilien CNQ/CUT (Fédération nationale des travailleurs de la chimie) en présentant la résolution.

Depuis qu’il est au pouvoir, Temer a commencé à écorner les programmes sociaux au Brésil et installé un cabinet composé exclusivement d’hommes blancs, du jamais vu depuis 1979.

“Ce que nous voyons avec l’actuel gouvernement du Brésil c’est que les droits des travailleurs sont en train d’être détruits. Il y a une proposition de réforme du travail qui doit être votée par le parlement qui généraliserait l’externalisation, ce qui handicapera les droits des travailleurs. Il nous faut la solidarité et le soutien de tous les syndicats d’IndustriALL,” a dit Jaoao Paulo Da Costa Cunha du Syndicat brésilien des métallurgistes CNTM.

S’exprimant lors de la cérémonie d’ouverture du Congrès d’IndustriALL, Lula avait dit :

“Nous faisions de réels progrès au Brésil, créant de bons emplois, bâtissant une économie puissante et durable. Mais le coup d’État perpétré par la droite menace de tout détricoter.

“Nous devons tirer parti des espaces démocratiques qui nous sont toujours ouverts. Nous devons nous battre pour les droits que nous avons conquis et démontrer au monde que nous pouvons faire les choses différemment.”

Au Congrès d’IndustriALL, les affiliés ont pris la résolution de se joindre à la campagne de la CSI pour défendre l’ancien Président Lula par rapport aux abus de droit perpétrés à son encontre au Brésil ainsi que de dénoncer les puissants groupes d’intérêts qui cherchent à limiter sa liberté d’action politique.

Lula est né dans la pauvreté et est devenu métallurgiste à 14 ans. En tant que leader du syndicat des métallurgistes ABC, il a mené une vague de grèves dans les années 1970 qui l’ont conduit à être emprisonné sous la dictature militaire. Il était l’un des fondateurs du Parti des Travailleurs en 1980 et est devenu par la suite le président du Brésil le plus populaire, ayant introduit des changements sociaux qui ont tiré 30 millions de personnes de la pauvreté et promu une économie prospère.

Sa cote de popularité personnelle lorsqu’il a quitté ses fonctions en janvier 2011 était la plus élevée jamais enregistrée au Brésil avec 80% d’avis favorables.

Cependant, sa popularité est une menace pour les forces néo-libérale du Brésil qui ont engagé une campagne incessante pour lui nuire. Dans le courant de l’année dernière, Lula a été forcé de témoigner cinq fois auprès de la Police fédérale et auprès du Bureau du Procureur général de la République. En mars de cette année, il a été emmené de force et de manière illégale de chez lui pour faire une déposition.

Il y a eu 38 mandats de perquisitions et de saisie aux domiciles de Lula, de sa famille, des employés de son institut et de ses associés. Des agences fédérales ont fait fuir dans la pression des informations sur ses comptes bancaires et ses dossiers fiscaux ainsi que sur ceux de sa famille, de l’Institut Lula et de la société qui gère les conférences qu’il donne. Son téléphone a été mis sur écoute et ses communications sur internet ont été interceptées, de même que celles de sa famille et même de ses avocats.

En dépit de l’absence de preuves de malversations de la part de Lula, le Ministère public, soutenu par Temer, maintient les charges contre lui et sa femme dans le cadre d’une enquête pour corruption au sein de la compagnie nationale des pétroles Petrobras.

En octobre 2016, Le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies a annoncé qu’il allait examiner des allégations selon lesquelles Sergio Moro, le juge principal en charge de l’enquête Petrobras aurait “violé le droit à la vie privée de Lula, son droit à ne pas être détenu arbitrairement et sa présomption d’innocence”.

Un nouveau mouvement composé de syndicats, de partis politiques et de pans de la société civile a appelé à un Brésil juste pour tous et pour Lula. Il a été constitué avec pour objectif de restaurer la démocratie et de mettre fin à la persécution de Lula.

Lula reste le favori pour remporter des élections présidentielles en 2018. Toutefois, s’il devait être reconnu coupable de corruption, il serait dans l’incapacité de se présenter.

Pour signer la campagne de la CSI et soutenir Lula : www.standwithlula.org.

Message entendu chez LafargeHolcim :“Les droits des travailleurs sont des droits de l’homme”

Des mobilisations et des rassemblements se sont tenus aux Amériques, en Europe et en Afrique, où les membres d’IndustriALL Global Union, de l’Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois (IBB) et de la Fédération Européenne des Travailleurs du Bâtiment et du Bois (FETBB) ont brandi le slogan “Les droits des travailleurs sont des droits de l’homme” pour déclarer haut et clair qu’ils ne toléreraient pas de violation des droits humains des travailleurs et travailleuses et allaient continuer à faire entendre leur voix au nom des travailleurs chez LafargeHolcim.

Certains, comme le Syndicat des travailleurs de la construction d’Ouganda, ont mis à profit la journée d’action pour lancer une campagne de syndicalisation afin d’amener davantage de travailleurs externalisés de LafargeHolcim dans leurs rangs. Au Liban, travailleurs et travailleuses ont tenu une assemblée générale dédiée à la journée mondiale d’action.

D’autres, comme le syndicat PTHI en Indonésie, se sont servis de cette journée pour faire entendre leur mécontentement et leur désaccord quant aux plans risqués de l’entreprise qui, le syndicat en est convaincu, élimineraient des emplois permanents et augmenterait le travail précaire.

Les adhérents du PCWC aux Philippines ont soutenu la journée d’action avec des mobilisations et des réunions pendant que, de l’autre côté de la planète, aux États-Unis, les membres de l’USW chez Allegheny Technologies Steel, qui avaient été lock-outés l’an dernier ont exprimé leur ferme solidarité avec les Métallos USW lock-outés chez Texada au Canada. Cette même journée, la section de l’USW en train de négocier une nouvelle convention chez le cimentier rival, Heidelberg Cement, a également exprimé son soutien aux camarades de LafargeHolcim.

Les revendications des travailleurs sont inchangées depuis 2015, lorsque l’entreprise a fusionné. Les Fédérations syndicales internationales veulent, ce qui a été promis à de multiples reprises par la direction, un dialogue social qui fonctionne pour résoudre des questions en suspens, notamment :

Matthias Hartwich, Directeur d’IndustriALL pour les matériaux de construction a déclaré :

“LafargeHolcim se prétend le leader du marché et la référence pour le secteur. Il est maintenant grand temps de montrer du sérieux : LafargeHolcim doit tenir ses promesses vis-à-vis des travailleurs et travailleuses et construire un dialogue social digne de ce nom qui aille dans le sens de la sauvegarde de la vie et des droits des travailleurs.”

DNO au Yémen se voit confisquer ses biens pour salaires impayés

En août 2016, la société DNO a été condamnée à verser les arriérés de salaires à ses travailleurs ou s’exposer à la confiscation de ses biens et avoirs. La compagnie ayant fait appel du jugement, la Cour d’appel a rendu, le 23 novembre 2016, sa décision finale dans laquelle elle se prononce en faveur des 175 travailleurs. Selon le syndicat qui représente les travailleurs de DNO au Yémen, la compagnie a quitté le pays le jour même du verdict sans transférer officiellement ne serait-ce qu’une partie de ses biens et avoirs. DNO n’a toujours pas payé les indemnités de licenciement à ses travailleurs. Dès lors, les autorités yéménites ont saisi les biens immobiliers, les comptes bancaires et les véhicules de DNO au Yémen pour pouvoir répondre aux revendications des travailleurs.
 
DNO est une compagnie pétrolière norvégienne qui emploie environ 1 000 travailleurs et dont le chiffre d’affaires annuel atteint plus de 170 millions de dollars. La société a stoppé ses activités au Yémen en mars 2015, après le début de la guerre dans le pays, et informé ses travailleurs de leur licenciement par texto et courriels quelques mois plus tard, en juin. Ni indemnités de travail ni salaires ont été remboursés.
 
De l’ensemble des compagnies pétrolières opérant dans le pays, DNO versait les salaires les plus bas. En 2013 et 2014, les travailleurs ont organisé des grèves pour réclamer le versement de leurs paies, auxquelles la direction a répondu en menaçant par écrit de licencier l’ensemble des grévistes et ce, en violation des droits légaux des travailleurs de faire grève au Yémen. Les investissements de la compagnie sont répartis dans des pays tels que l’Iraq, la Tunisie, le Somaliland, Oman et les Emirats arabes unis. Jusqu’à il y a peu de temps, le Yémen figurait parmi ces pays.

Une fois informé du non-paiement des salaires des travailleurs yéménites, IndustriEnerg, affilié norvégien à IndustriALL, a soulevé l’affaire aux niveaux national et international. Commentant la confiscation des avoirs de DNO au journal d’affaires norvégien Dagens Naeringsliv, le président d’IndustriEnergi et coprésident du secteur de l’énergie pour IndustriALL, Leif Sande, a déclaré « le verdict et la confiscation des biens et des avoirs de DNO sont une très bonne chose et sont justes ». 
 
Le 16 novembre, DNO a signé une lettre d’intention afin de démarrer ses opérations en Iran. L’information rendue publique, IndustriEnergi a envoyé une lettre officielle à la société nationale iranienne de pétrole dénonçant les manquements de DNO au Yémen et les mettant en garde de travailler avec cette compagnie.
 
Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL global union, Kemal Özkan, s’est engagé à ce qu’IndustriALL apporte l’appui nécessaire aux travailleurs yéménites, déclarant :

« Le comportement de DNO au Yémen est scandaleux. Quitter le pays sans verser les salaires des personnes ayant travaillé pour la compagnie depuis plus de dix ans, au moment notamment où la guerre a éclaté dans le pays. Nous nous associons aux efforts de notre affilié IndustriEnergi pour faire pression sur la compagnie, et nous continuerons jusqu’à ce qu’elle ait versé le dernier centime qu’elle doit aux travailleurs ».

Justice pour les 12 de Tipitapa

La manifestation s’est déroulée en juin de cette année à l’extérieur de l’usine publique de confection SAE-A Tecnotex, située dans une zone franche d’exportation (Zona Franca Senika) de Tipitapa, près de la capitale Managua.
 
Les responsables syndicaux à l’usine SAE-A Tecnotex ont été licenciés après avoir exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la présence de poils d’animaux dans l’eau potable et de l’irréalisme des objectifs de production.

Trois mille travailleurs ont alors lâché leurs outils et protesté à l’extérieur de l’usine pour les soutenir, rejoints par leurs familles, les travailleurs d’autres usines et des passants. Intervenue pour réprimer la manifestation, la police anti-émeutes a arrêté 13 personnes, dont un mineur et deux chauffeurs de taxi étrangers à l’action de protestation.
 
Le mineur a été relâché, mais 12 personnes ont été mises en examen par le procureur général de la République pour entrave au travail de la police. Figurent parmi celles-ci, trois syndicalistes, six travailleurs des usines voisines, les deux chauffeurs de taxi et la mère d’un des syndicalistes.
 
Reconnus coupables il y a deux semaines, ils sont en attente de leur sentence, pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Le jugement devrait être rendu avant les vacances de Noël.
 
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a indiqué:

« IndustriALL a écrit au Président du Nicaragua, au procureur général de la République et à la compagnie, demandant l’abandon des accusations et la mise en liberté inconditionnelle des travailleurs.
 
« Ces lettres ont été ignorées.
 
« IndustriALL a lancé avec LabourStart une campagne réclamant l’arrêt des poursuites ».
 

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Plusieurs affiliés à IndustriALL écrivent également aux ambassades nicaraguayennes les exhortant de relayer leurs préoccupations. Le gouvernement actuel a été élu sur la base de l’héritage sandiniste, allant de pair avec la défense des libertés démocratiques. Il lui incombe de défendre les droits des travailleurs.
Le Nicaragua a signé récemment un accord commercial avec la Corée, un pays connu pour réprimer les droits syndicaux. Lundi, le dirigeant de la Confédération coréenne des syndicats, Han Sang-gyun, a été condamné à trois ans d’emprisonnement. Il est à craindre que les 12 de Tipitapa soient utilisés pour envoyer un message à la Corée selon lequel les manifestations de travailleurs ne seront pas tolérées dans les zones franches d’exportation.

SAE-A Tecnotex est une société multinationale de fabrication de vêtements, possédant 41 usines réparties au Nicaragua, au Costa Rica, à Haïti, en Indonésie, au Vietnam, au Myanmar et au Cambodge. L’usine implantée au Nicaragua emploie 3 000 travailleurs et fabrique des vêtements pour le marché américain. Bien que JC Penney soit son plus gros client, la compagnie produit également pour d’autres marques, dont Kohl’s, Target et Walmart.
 
IndustriALL a écrit aux marques pour leur demander de faire pression sur leur fournisseur.

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Des syndicats libres et indépendants se battent pour les droits des travailleurs en Iran

PROFIL

Sindicato: Syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran (UMMI)

Pays: Iran

Texte: Walton Pantland

Le mouvement syndical libre et indépendant se bat pour les droits du travail fondamentaux en dépit de la répression, des emprisonnements, des sentences de mort et des exécutions extrajudiciaires.

L’UMMI a été fondé à l’origine en 1960. Après 1983, le syndicat a été forcé de fonctionner clandestinement pendant plus de deux décennies, mais depuis 2005, il opère ouvertement. Bien qu’il n’est pas reconnu officiellement par l’État ou les employeurs, l’UMMI représente un nombre considérable de travailleurs d’usines d’assemblage de véhicules ou de composants, d’aciéries ou d’entreprises de détergents.

Le syndicat n’est pas en mesure de fonctionner ouvertement sur le lieu de travail, car les travailleurs soupçonnés d’être des adhérents sont licenciés et arrêtés. En dépit de cela, le syndicat parvient à mobiliser les travailleurs, qui sont impressionnés par l’indépendance, le militantisme et la résistance de l’UMMI.

L’Iran est gouverné par un régime théocratique autoritaire et est considérablement à la traîne en matière de normes internationales du travail. Il doit toujours ratifier les conventions internationales fondamentales 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale et la négociation collective.

En théorie, les travailleurs ont le droit de se syndiquer, mais recruter syndicalement sur le lieu de travail n’est pas permis. Les grèves sont réprimées par les forces de sécurité, des milices et la police anti-émeutes. Plus tôt dans l’année, 17 travailleurs de la mine d’or Agh Darreh en Azerbaïdjan occidental ont été fouettés en public pour avoir protesté contre le licenciement de 350 de leurs collègues.

L’Iran était gouverné par un monarque soutenu par l’Occident, le Shah, jusqu’à la révolution en 1979. La révolution avait des tendances gauchistes et anti-impérialistes aspirant à des réformes fondamentales de l’ordre économique, social et politique et a été soutenue par des grèves dans l’industrie du pétrole et de nombreux autres secteurs. De nombreux iraniens ont espéré que cela allait améliorer la vie des gens ordinaires.

Les islamistes ont pris le contrôle du mouvement sous l’autorité de l’Ayatollah Khomeini, qui avait promis des réformes socio-économiques. Ces promesses ont été trahies et les organisations de travailleurs indépendantes ont été réprimées, menant à la clandestinité de l’UMMI.

Le gouvernement a un monopole sur la syndicalisation et le ministère du travail soutient la Maison des travailleurs de la république islamique d’Iran. Il soutient les Conseils islamiques du travail, des organisations tripartites comprenant des représentants des travailleurs et des employeurs ainsi que des membres désignés par le gouvernement. Il s’agit en principe d’une centrale syndicale, affiliée à la Fédération syndicale mondiale, mais elle est en réalité contrôlée et financée par le gouvernement iranien.

Les Conseils islamiques du travail gèrent les relations sociales et découragent les actions revendicatives, agissant comme instruments de l’État sur les lieux de travail. Ils sont fortement impopulaires au sein du mouvement syndical iranien et s’opposent violemment aux syndicats indépendants.

Le dirigeant de l’UMMI Maziyar Gilaninejhad nous dit :

“Au cours des trente années où ces institutions ont été à l’œuvre, elles ont été contrôlées par le ministère et n’ont aucune fonction indépendante. Elles ne sont pas des organisations ouvrière, car elles sont exclusives du point de vue idéologique : la croyance en l’Islam est un pré-requis à l’adhésion. Ce sont des organisations religieuses contrôlées par l’État. Elles n’ont jamais rien fait de positif pour les travailleurs.”

Les travailleurs iraniens font face à un autre défi : l’afflux de capital étranger et davantage de libéralisation du marché du travail. Depuis la révolution, l’Iran a été confronté à des sanctions et à un isolement international. Mais après avoir signé le Plan global d’action conjoint, connu comme étant l’accord nucléaire sur l’Iran, avec les grandes puissances, les sanctions ont été levées et les entreprises étrangères investissent.

Pour rendre le pays plus attractif pour les investisseurs, le gouvernement a décidé d’affaiblir encore davantage la législation du travail et d’enlever aux travailleurs des protections. Ce 15 novembre, des représentants des travailleurs et des militants syndicaux ont protesté contre ces changements devant le parlement iranien (Majlis) à Téhéran.

Tous les syndicats indépendants ont participé à cette manifestation, convoquée par le Syndicat des travailleurs de Téhéran et de la Compagnie des bus suburbains. L’UMMI a indiqué que la suppression des protections minimales des travailleurs constitue une ligne rouge qui, si elle est franchie, verra une réponse déterminée de la part de la classe ouvrière iranienne.

Gilaninejhad nous dit :

“Si le gouvernement continue à faire des concessions au capital financier, nous ne retirerons pas de bénéfice des investissements étrangers. Le FMI veut que l’Iran fournisse de la main d’œuvre à bon marché et dérégulée aux investisseurs étrangers. Le gouvernement d’Iran a créé des zones spéciales de commerce et d’échange dont est exclue la couverture par la législation du travail.

“Est-ce que l’afflux de capitaux étrangers va mener à l’importation de technologie moderne dans le pays ou est-ce que nous allons seulement continuer à serrer des boulons et des écrous ?”

“Faire entrer les syndicats libres et indépendants d’Iran au sein de la famille du mouvement international est un pas important pour les travailleurs et travailleuses du pays. Cette affiliation internationale va aider à renforcer la position de l’UMMI en Iran et offrir une protection à ses membres,”

précise Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Transformer notre manière de syndiquer

Dossier spécial

Texte : Alexander Ivanou

Lors de son 2e Congrès mondial, IndustriALL Global Union a défini sa mission comme étant de renforcer la puissance syndicale et de défendre les droits des travailleurs dans ses secteurs. Augmenter les effectifs syndicaux et rendre les adhérents plus actifs au sein de leurs organisations font partie des activités les plus importantes qu’IndustriALL promeut et soutient.

La tâche est énorme. Selon la Confédération syndicale internationale, au plan mondial, seuls 7% des travailleurs et travailleuses sont organisés au sein de syndicats libres et indépendants.

REDÉCOUVRIR LA SYNDICALISATION

Avant de se focaliser sur la syndicalisation, le Syndicat finlandais des métallurgistes avait fait face au dilemme d’effectifs inactifs et en régression au sein d’un pays européen riche. Jusqu’aux années 1970, les syndicats avaient joué un rôle moteur dans l’amélioration des normes du travail et avaient acquis une convention collective nationale contraignante pour l’ensemble du secteur de la métallurgie. Quarante ans plus tard, la posture du syndicat était beaucoup moins forte.

ASLAK HAARAHILTUNEN, en charge de la syndicalisation auprès du Syndicat finlandais des métallurgistes, Metallityöväen Liitto r.y.

“En 2012, notre Congrès a décidé de se concentrer sur la syndicalisation. Nous avons démarré avec de petites campagnes sur une vingtaine ou une trentaine de sites pour y faire passer le message de base des syndicats.”

Le syndicat a commencé par un exercice de cartographie. Une des premières constatations sur ces sites de petite taille a été que les conditions n’y atteignaient pas les normes de la convention nationale. L’organisation a décidé de ne pas agir de manière traditionnelle, à savoir envoyer un permanent syndical depuis son siège national pour exiger de l’employeur de corriger immédiatement les violations, faute de quoi il irait au tribunal. Au lieu de cela, le syndicat a aidé les salariés à mettre sur pied leur cellule de recrutement et à élire une délégation syndicale afin que la section locale puisse mener elle-même le combat.

Former les travailleurs et découvrir ce qu’ils voulaient changer a été un défi. Une importante révélation a été de constater que les préoccupations des travailleurs sur leur lieu de travail différaient souvent des problématiques reprises dans la convention collective.

Haarahiltunen rapporte que des choses qui pouvaient paraître mineures, comme la date de versement des salaires ou le nombre de places de parking, pouvaient en réalité devenir des questions clés, permettant aux travailleurs de décider par eux-mêmes des priorités et de mener de puissantes campagnes de recrutement autour de celles-ci.

Syndiquer n’est pas une tâche facile et la disponibilité de ressources ainsi qu’une direction syndicale dévouée sont des facteurs décisifs. Haarahiltunen indique que le soutien du président est requis dès le départ, car tant de choses peuvent mal tourner.

Pour le Syndicat finlandais des Métallurgistes, cette campagne de syndicalisation a abouti à une base d’adhérents plus active et à 13.000 nouveaux membres, soit environ 10% des effectifs totaux.

Le syndicat IBB – International Brotherhood of Boilermakers est confronté à un déclin de ses effectifs et de sa force en Amérique du Nord.

Selon Tyler Brown, directeur exécutif du secteur industriel de l’IBB, seul 7% des travailleurs et travailleuses du secteur privé aux États-Unis sont syndiqués.

“Les sections IBB Construction de l’ouest des États-Unis se sont accordées pour démarrer un fond de syndicalisation qui va permettre d’engager environ 15 nouveaux recruteurs au cours des deux prochaines années. C’est un projet pilote, mais s’il s’avère probant, il pourra être reproduit dans d’autres régions des États-Unis.”

Les Boilermakers sont en train de revigorer avec succès la syndicalisation aux États-Unis et au Canada. Le syndicat a recours à une nouvelle législation promulguée par la Commission nationale des relations de travail des États-Unis qui lui permet de se rendre sur les sites d’activité et d’y recruter des groupes plus restreints de travailleurs.

Traditionnellement, il n’était permis dans le secteur industriel que de recruter l’ensemble d’un site, ce qui impliquait qu’une majorité était nécessaire pour syndiquer. En vertu des nouvelles dispositions, le syndicat peut commencer à recruter au départ de plus petits groupes avec l’objectif de s’étendre plus tard.

SYNDIQUER DE MANIÈRE TRANSNATIONALE

En 2015, le syndicat IG Metall a décidé de dédier davantage de ressources à la syndicalisation transnationale. De nombreuses entreprises allemandes, en particulier de l’industrie automobile, fonctionnent au niveau mondial et emploient plus de personnes à l’étranger qu’en Allemagne. Maintenir sa puissance syndicale dans ces entreprises implique de construire des syndicats forts où qu’elles soient présentes.

IG Metall a uni ses forces à celles du Syndicat américain de l’automobile UAW et du Syndicat des métallurgistes VASAS en Hongrie. Ensemble, ils ont développé un système de communication rapide leur permettant d’agir sur tous les leviers disponibles et d’aider les syndicats partenaires à recruter les travailleurs des entreprises allemandes installées à l’étranger. Le projet s’intéresse spécifiquement aux équipementiers automobiles dans le sud des États-Unis et dans l’ouest de la Hongrie.

Par le biais de ce projet, les syndicats américains et hongrois obtiendront un soutien pour leurs campagnes de syndicalisation au sein des entreprises automobiles d’origine allemande et, dans le même temps, cela concoure à assurer à IG Metall un partenariat fort au sein des entreprises allemandes installées à l’étranger.

Inde

En 2015, 19.200 nouveaux travailleurs des secteurs de l’acier, des mines et de l’énergie ont été syndiqués par le biais de formations sur le renforcement syndical, d’ateliers sur la santé et la sécurité, de rassemblements et de meetings aux grilles des usines.

Zambie

Le projet de renforcement syndical d’IndustriALL vise à augmenter la syndicalisation et à mieux la cibler. En 2015, cela a permis d’enregistrer 8.440 nouveaux membres.

Indonésie

En 2013, les affiliés indonésiens ont recruté quelque 12.000 adhérents dans le secteur du métal. En 2014, grâce au projet de syndicalisation, plus de 15.000 membres ont été recrutés et, par le biais du Projet de syndicalisation durable des syndicats du métal et des mines, 6.500 autres adhérents ont rejoint IndustriALL en 2015.

Kirghizstan

L’affilié d’IndustriALL, le Syndicat des mines et de la métallurgie du Kirghizstan (MMTUK) a recruté 12.000 travailleurs et travailleuses depuis 2008. Grâce à une approche ciblée de la syndicalisation, ses effectifs sont passés de 8.000 à 20.000. Une composante de la syndicalisation était une série de formations et d’ateliers de consultation d’une journée organisée par le bureau régional d’IndustriALL.

SYNDIQUER AVEC INDUSTRIALL

Se basant sur l’expérience de ses affiliés, IndustriALL a mis au point une série de principes clés sur lesquels les syndicats peuvent s’appuyer pour recruter avec succès :

Ces principes permettent de guider le travail de syndicalisation d’IndustriALL, y compris s’agissant du soutien à ses projets de syndicalisation. IndustriALL mène des projets de syndicalisation partout dans le monde, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. L’accent qui est mis consiste à encourager les affiliés et leur permettre de développer une culture permanente de la syndicalisation ainsi que de mener leurs propres programmes en la matière.

Tous ces projets sont dirigés vers l’action et le renforcement de l’unité, tout en cultivant une culture de la syndicalisation rassembleuse qui implique les femmes, les non-manuels, les jeunes, les statuts précaires et les migrants, soit des pans de main-d’œuvre qui ont été historiquement marginalisés ou délaissés mais sur lesquels il faut porter son attention pour rester pertinent.

En 2014-2015, les projets d’IndustriALL ont aidé ses affiliés à recruter plus d’un quart de million de nouveaux adhérents au sein de leurs organisations.

SÖREN NIEMANN-FINDEISEN, secrétaire syndical chez IG Metall, Allemagne.

“Nous constatons un rééquilibrage des forces dans ce que nous faisons et il est temps de syndiquer à l’échelle mondiale.”

WASSILA NAFTI EP CHERNI, Union générale tunisienne du travail

Dans de nombreux pays, les recruteurs et militants syndicaux sont confrontés à de formidables défis dans leur mission et des femmes prennent de plus en plus un rôle premier dans la contre-attaque.

Solide et dévouée militante au cours de ces 14 dernières années, Wassila Nafti Ep Cherni, de l’Union générale tunisienne du travail, UGTT, a été licenciée trois fois avant que le Printemps arabe ne démarre. Alors que son employeur lui offrait un chèque en blanc pour quitter son poste, elle l’a refusé en distant :

“Qui va défendre les salariés si je m’en vais ?”

Inde : des milliers de travailleurs et travailleuses perdent emplois et salaires

Le 8 novembre, le Premier Ministre indien Modi a annoncé que les billets de 1.000 et 500 roupies (respectivement 14,8 et 7,4 dollars), qui constituaient 86% de la monnaie fiduciaire du pays, n’auraient plus cours après minuit. Le gouvernement a appelé la population à échanger les anciens billets auprès des banques pour obtenir les nouvelles coupures.

Affectant 1,3 milliard de personnes, ce gigantesque exercice était censé ramener l’argent non comptabilisé (l’argent noir, comme on l’appelle en Inde) dans le système, identifier les coupures contrefaites et arrêter le financement des activités terroristes en Inde.

Cependant, comme les anciens billets ne sont toujours pas remplacés par de nouveaux un mois après cette annonce, il y a un manque de liquide dans les banques et les distributeurs de billets. Cela a des conséquences douloureuses pour la population dans l’ensemble du pays.

Un faible taux de pénétration du système bancaire et un usage minimaliste des cartes de débit et de crédit ainsi que d’autres formes de transactions en ligne ont empiré la situation. Selon la Banque Mondiale, plus de 86% des travailleurs indiens reçoivent leurs salaires en liquide. Seuls 53% des adultes ont un compte bancaire et seulement 39% des titulaires de compte ont une carte de banque.

Les zones rurales, où vivent plus de 69% de la population totale, sont les plus gravement touchées en raison de l’accès limité aux banques. Seulement cinq agences bancaire et quatre distributeurs de billets sont disponibles pour 100.000 habitants dans les régions rurales, alors que les zones urbaines disposent de 18 agences et 37 distributeurs pour le même nombre d’habitants.

Rajendra Prasad Singha de la centrale syndicale Hind Mazdoor Sabha et membre du Comité exécutif d’IndustriALL indique :

Les centrales syndicales sont opposées à la campagne de démonétisation. Elle a causé une détresse et une misère énorme auprès de millions de travailleurs et de simples gens par des pertes d’emploi, de salaire et de moyens d’existence. Au bout d’un mois, il est devenu évident que cette politique irresponsable n’a pas eu un grand impact sur l’argent noir alors que les travailleurs et travailleuses font face à des pertes irréparables.

Le manque de liquidité a mis à l’arrêt le système de paiement de l’économie et profondément perturbé les activités de production et les travailleurs et travailleuses partout dans le pays. Non seulement les travailleurs agricoles, journaliers et informels mais aussi les statuts précaires des secteurs manufacturiers et de services ainsi que tous ceux qui perçoivent leurs salaires en liquide font face à de graves implications. Des informations en provenance des régions industrielles de par le pays indiquent qu’un grand nombre de petites, moyennes et grandes entreprises ont réduit ou arrêté leurs activités avec d’énormes pertes d’emploi.

Des entreprises de fabrication et d’assemblages de téléphones portables comme Foxconn, Lava, Korbann et Micromax ont réduit drastiquement leur production et mis des travailleurs en congé à l’improviste.

Selon certaines informations, les ventes d’automobiles ont fortement décliné partout en Inde en novembre 2016. Beaucoup d’équipementiers ont réduit drastiquement leur production alors que d’autres l’ont même arrêtée. Les travailleurs et travailleuses permanents de ces unités ont été mis en congé alors que de nombreux travailleurs précaires ne vont plus être payés.

L’industrie cimentière a été profondément affectée, car la demande a chuté de 45 à 50%. Un grand nombre de micro aciéries et laminoirs a également été affecté parce que les employeurs sont incapables de verser les salaires en liquide.

On rapporte que près de 10.000 travailleurs migrants ont quitté les chantiers de démolition de navires d’Alang, dans l’État du Gujarat.

Les travailleurs des zones industrielles autour de Delhi sont confrontés à des problèmes similaires. De nombreux travailleurs ont été payés en anciens billets et, ne disposant pas de comptes bancaires, n’ont nulle part où déposer leur argent ou l’échanger pour les nouveaux billets. Dans certains cas où les entreprises avaient versé les salaires sur des comptes bancaires, les travailleurs ont dû faire la queue dans des banques ou devant des distributeurs pour retirer de l’argent et ont été pendant ce temps considérés comme absents de leur travail.

De nombreuses entreprises ont licencié les travailleurs précaires, ne pouvant plus payer leurs salaires en liquide. La fermeture de l’usine de jute Sree Hanuman à Howrah, une des plus importantes de l’État du Bengale-Occidental, qui employait plus de 2.500 salariés, illustre la crise à laquelle font face plus de 200.000 travailleurs et travailleuses du secteur de la jute dans cet État, à qui l’on verse de manière prédominante les salaires en liquide.

Environ 10 à 12.000 travailleurs migrants journaliers auraient quitté le pôle industriel de Gurugram parce que les employeurs ne sont pas en mesure de les payer et qu’eux n’ont pas de quoi payer leur nourriture ni leur logement. Il est demandé à ceux qui sont restés de travailler pour la moitié de leur salaire ou d’accepter d’être payés en anciennes coupures.

Dans l’industrie du textile et de la confection de Tirupur, environ 2.000 petites et très petites unités ont réduit leur production en passant de 15 à 5 équipes par semaines, ce qui affecte plus de 150.000 travailleurs et travailleuses. On rapporte des licenciements massifs de travailleurs de la construction dans l’État de Tamil Nadu, où environ 1.000 chantiers importants dans les districts de Chennai et Kanchipuram ont été affectés.

Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, indique :

La politique de démonétisation a profondément affecté les travailleurs et travailleuses précaires dans tout le pays alors que les producteurs d’équipement ou de pièces pour l’automobile, de composants électriques ou électroniques, de vêtements, de textile ou de cuir ont selon nos informations réduit ou mis à l’arrêt leur production.