Syndicalisation dans un environnement fragile

PEOFIL

Centrale syndicale: Fédération des Syndicats somaliens (FESTU). La FESTU est affiliée à la CSI

Pays : Somalie

Texte : Walton Pantland

Omar Faruk Osman est le Secrétaire général de la FESTU. Osman est également le secrétaire général du Syndicat national des journalistes somaliens et membre du Comité exécutif de la Fédération internationale des journalistes.

L’état de droit s’est effondré en Somalie avec le déclenchement de la guerre civile en 1991. Le pays s’est stabilisé au cours des dernières années, avec un gouvernement fédéral formé en 2012, mais le pays est toujours dominé par des groupes armés et des politiciens qui sont persuadés d’être au-dessus des lois. Al-Shabbaab, faction inféodée à Al Qaeda, et d’autres groupes djihadistes accomplissent des actes terroristes pour tenter de reprendre le pouvoir des mains du gouvernement.

Il est extrêmement difficile de former des syndicats dans un environnement où l’état de droit est faible et il existe une grave crise de la sécurité. Les militants syndicaux évoluent dans un environnement dangereux et précaire et ne peuvent pas s’appuyer sur la loi pour les protéger. Leur seul levier est l’action collective et la solidarité internationale.

“Bien que la constitution somalienne garantit le droit de s’organiser syndicalement et de manifester publiquement, le gouvernement utilise la question de la sécurité pour miner les syndicats et la société civile. Les réunions syndicales sont souvent interdites, sous couvert de problèmes de sécurité, et certaines ont été dispersées dans la violence par les forces de sécurité. Si des travailleurs d’une entreprise tentent de former un syndicat, l’employeur peut recruter une milice pour intimider ou tuer des leaders syndicaux,” dit Osman.

En tant que militant syndical de longue date, Osman est habitué au danger : la Somalie est le pays le plus dangereux du monde pour un journaliste, avec 38 d’entre eux tués au cours des quatre années écoulées depuis 2012. Il a survécu de justesse à une tentative d’assassinat il y a un an au cours d’une attaque terroriste sur un hôtel où une réunion syndicale se tenait et les bureaux de la FESTU ont subi une attaque à la bombe.

Les syndicats opèrent dans un climat de peur et des rumeurs soutiennent qu’il existe un escadron de la mort qui pourchasse les leaders syndicaux. Il n’y a pas de preuve de cela, mais la violence latente dans le pays est une couverture parfaite et crée un environnement de peur et de paranoïa qui rend la syndicalisation très difficile.

En tant que Secrétaire général de la FESTU, Osman souligne l’importance de la solidarité internationale :

“Dans un environnement aussi fragile, ce qui compte c’est la pression internationale. Nos politiciens se soucient plus de leur image auprès des dirigeants mondiaux que de la détresse de leur peuple.

“Exercer une pression politique sur les institutions internationales et les diplomates, agir dans l’intérêt de la défense des normes du travail internationalement reconnues, dont les droits syndicaux, est très important. Leur donner des nuits blanches pour qu’ils sachent que les travailleurs et leurs syndicats souffrent est très important.”

 “Certains au sein de la communauté internationale sont disposés à sacrifier les droits des travailleurs pour être dans les petits papiers de nos politiciens.”

En dépit de la situation sécuritaire, l’économie somalienne se comporte bien, en grande partie grâce au commerce avec le Golfe. La guerre civile et l’effondrement consécutif de l’État, implique que des entrepreneurs ont été en mesure de tirer des profits d’industries précédemment nationalisées.

Les investisseurs somaliens de la diaspora ont acquis des infrastructures et, depuis 2012, des multinationales sont arrivées. Les entreprises des secteurs de l’énergie et des télécommunications ont grandi rapidement pour devenir des consortiums. La Somalie dispose de ressources naturelles non-exploitées, dont de vastes réserves d’uranium et de gaz naturel. Lorsque la paix sera revenue sur le pays, on s’attend à ce que l’économie croisse rapidement.

Mais avec de vaste profits à réaliser, il existe des tentatives pour restreindre le pouvoir des travailleurs. Le gouvernement a créé une compagnie des pétroles et a récemment tenté d’y former son propre syndicat pour court-circuiter les représentants légitimes.

IndustriALL a collaboré avec son affilié norvégien Industri Energi pour soutenir le développement d’un syndicat dans le secteur pétrolier. Ce travail a été couronné de succès et le Syndicat somalien des travailleurs du pétrole et du gaz (SUPEGW) s’est affilié à IndustriALL lors du comité exécutif de Rio de Janeiro en octobre 2016.

Le mouvement syndical se voit comme le protecteur des besoins du peuple contre les profiteurs :

“Les multinationales veulent investir en Somalie et nous avons de graves préoccupations quant à l’exploitation qu’elles feront de la très fragile situation dans notre pays, ” dit Osman.  

“Nos syndicats veulent être impliqués dans les discussions avec les multinationales dès le début, pour pouvoir clairement affirmer que tout ce qui peut se passer reflète les intérêts de notre peuple.”

Affiliés d’IndustriALL :           

NAM doit réintégrer le représentant syndical licencié

Ayant des connaissances approfondies sur les pensions, Bob van Luijk, président du groupe cadre de la FNV pour Shell et NAM, a été partie prenante dans une procédure de la FNV auprès de la Commission des Droits de l’Homme concernant une possible discrimination fondée sur l’âge au niveau du plan de pension de Shell. Le 18 octobre 2016, il a été licencié avec effet immédiat par NAM, l’entreprise l’accusant d’avoir fait filtrer “des informations sensibles” concernant le fonds de pension de Shell auprès du groupe de travail sur les pensions.

Après avoir travaillé 31 ans chez NAM, son licenciement signifie pour Bob van Luijk qu’il ne recevra aucune prime de licenciement et qu’il n’a pas droit à percevoir des indemnités de chômage ; il se retrouve dès lors sans revenus depuis trois mois.

L’affaire se plaidera ce 19 janvier devant la cour d’Assen, aux Pays-Bas, où l’affilié d’IndustriALL, la FNV, réclamera une annulation immédiate du licenciement.

Mariëtte Patijn, directrice chez FNV, indique que si le tribunal devait maintenir le licenciement, cela signifierait que les responsables syndicaux sont pratiquement mis hors-la-loi :

“C’est une question de principe pour nous. Il est scandaleux qu’il ait été licencié avec effet immédiat pour des informations qui peuvent facilement être trouvées sur internet. De nombreux collègues ont affiché un soutien massif à van Luijk sur Facebook et nous allons soutenir notre responsable syndical de toutes les manières possibles.”

La directrice d’IndustriALL pour l’énergie, Diana Junquera, déclare que van Luijk doit être réintégré immédiatement :
“Nous allons continuer à soutenir notre affilié et son membre et exhorter NAM à rectifier sa faute.”

Le responsable de la FNV, Leen van der List, qui préside le groupe de travail sur les pensions dont van Luijk faisait partie, indique :

“En punissant Bob, un salarié loyal au service de l’entreprise pendant 31 ans, pour sa collaboration au niveau du groupe de travail, Shell rend impossible pour les responsables syndicaux de faire leur travail correctement à l’avenir. Ce n’est pas une façon de traiter des gens dont l’engagement est d’améliorer les droits des travailleurs.”

RENCONTRE: Valter Sanches

RENCONTRE

Syndicat : IndustriALL Global Union

Pays : Brésil

Texte : Léonie Guguen

Photos : IndustriALL

Peux-tu nous dire un petit mot sur tes origines au Brésil ?

Je suis né dans les campagnes du sud du Brésil dans le Paraná. Lorsque j’avais six ans, ma famille, comme beaucoup d’autres au Brésil, a du aller s’installer à São Paulo après les terribles gelées qui ont affecté l’agriculture pendant les années 1960. Beaucoup ont tout perdu, comme nous.

Comme beaucoup de brésiliens, j’ai commencé à travailler à 16 ans. Un an plus tard, j’ai rejoint une usine d’ingénierie mécanique comme ouvrier sur machine. En 1985, à 21 ans, je suis passé chez Rolls Royce comme technicien pour ensuite aller chez Mercedes Benz comme ingénieur de fabrication.

Quand et pourquoi t’es-tu impliqué dans les activités syndicales ?

Je suis devenu membre du syndicat dès que j’ai commencé à l’usine d’ingénierie, alors que j’avais 17 ans. Nous vivions sous la dictature et donc, j’avais un fort désir de combattre l’injustice et le manque de liberté de cette époque, sans parler des problèmes économiques. La fin de la dictature a été suivie par une succession de gouvernements néo-libéraux qui ont causé un tas de problèmes aux travailleurs et travailleuses, donc m’impliquer dans le syndicat est venu naturellement.

Le premier poste auquel j’ai été élu concernait le comité de santé et sécurité, qui est obligatoire en vertu de la législation brésilienne. J’ai ensuite été élu au Conseil d’Entreprise de Mercedes Benz en 1992 pour y être ré-élu à de multiples reprises.

Tu as un diplôme en géographie de l’université de São Paolo, comment as-tu fait pour caser ça ?

Quand j’avais 20 ans, il était rare pour un ouvrier d’usine d’aller à l’université ; les perspectives de la société étaient très étroites. L’effet d’entonnoir était grand et il y avait peu de places pour les millions de personnes qui voulaient aller à l’université. Au Brésil, il est plus courant pour des gens comme moi d’aller au cours du soir et de travailler dans la journée. C’est donc ce que j’ai fait. Je n’étais pas sûr de vouloir travailler toute ma vie dans une usine ou faire autre chose, dans la recherche ou la géographie.

Cependant, le militantisme était dans mon sang, donc j’ai pensé que même si je faisais passer ma carrière au second plan, il serait plus utile de rester à l’usine et m’impliquer davantage dans le syndicat à lutter pour les droits des travailleurs et la justice sociale. J’ai eu un poste au niveau national à la CNM/CUT en 2003 et puis plusieurs autres là, dont celui de secrétaire général et à la fin de secrétaire international.

Comment décrirais-tu ta carrière syndicale jusqu’ici ?

Toute ma vie j’ai brisé des barrières. J’ai été le premier Brésilien au Conseil d’entreprise mondial ; j’ai fait partie du groupe de travail qui a négocié notre accord-cadre mondial chez Daimler (maison-mère de Mercedes Benz) en 2002 et j’ai ensuite été le premier Brésilien, et je suis toujours le seul non-Allemand, au conseil de surveillance de Daimler. Et maintenant, je suis le premier Secrétaire général d’une Fédération syndicale internationale issu de l’hémisphère sud dans l’histoire d’IndustriALL et des organisations qui sont à son origine.

Pourquoi est-il pertinent pour IndustriALL d’avoir un dirigeant issu de l’hémisphère sud ?

Bien sûr, tous les affiliés veulent avoir quelqu’un qui est bien qualifié, un démocrate qui est en consultation permanente avec eux, donc ce sont là les principales exigences

Mais être du Sud signifie que j’apporte d’autres expériences. Par le passé, la plupart des responsables des Fédérations internationales venaient d’Europe ou d’Amérique du Nord. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas une sensibilité pour les pays en développement, mais c’est une expérience supplémentaire que de vivre vraiment dans ces conditions, dans un environnement très anti-syndical, sous la dictature ou sous des gouvernements néo-libéraux, sous une dure répression, dans des conditions de travail précaires voulues par les multinationales et leurs chaînes d’approvisionnement.

À quels défis IndustriALL et ses affiliés sont-ils confrontés ?

J’ai été syndicaliste pendant le plus clair de ma vie et je pense qu’il y a un tas de défis qu’il faut relever dans le monde. J’ai été impliqué dans le travail de solidarité internationale pendant longtemps dans mon syndicat et j’ai donc décidé de relever ce défi.

Je pense que notre plan d’action, avec nos cinq objectifs stratégiques, met le doigt sur beaucoup de nos défis et nos objectifs sont tous liés. Mais lorsque nous voyons ces terribles accidents dans la démolition des navires, les mines ou la confection, nous voyons le visage le plus cruel de la cupidité des entreprises.

Le travail précaire est un défi important. Même en Allemagne, avec les meilleures conditions de travail du monde, le capital trouve le moyen d’instiller du travail précaire sous forme de travail en sous-traitance ou intérimaire.

Nous devons construire des syndicats plus forts pour combattre le travail précaire, sinon il y aura beaucoup d’emplois perdus dans des pays qui ne généreront pas d’emplois de qualité ailleurs. Nous devons donc aider les syndicats à se renforcer, à faire grandir leurs effectifs, à obtenir de meilleures formations pour que les salariés puissent faire leur travail. Nous devons agir dans la solidarité chaque fois que l’un d’entre nous est attaqué.

Par-dessus tout, nous sommes au milieu d’un bond technologique (Industrie 4.0) qui va affecter, et est déjà en train d’affecter, toute l’industrie. Dans un proche avenir, des secteurs entiers vont disparaître. Certains autres vont apparaître mais ils vont très probablement engendrer bien moins de postes d’emploi. C’est pourquoi nous devons nous évertuer à obtenir des politiques industrielles durables dans nos pays et régions. Nous devons avoir des syndicats aussi forts que possible pour pouvoir exiger que les gouvernements nous donnent une place à la table pour obtenir de bonnes politiques industrielles et résister au pouvoir des multinationales.

Comment penses-tu qu’IndustriALL doit se développer au cours des quatre prochaines années ?

Nous devons apporter quelques améliorations à nos structures, dans nos régions et à l’ensemble du travail d’IndustriALL pour pouvoir mieux servir nos affiliés. Au cours de la période écoulée, IndustriALL a fait plein de bonnes choses et mené beaucoup de campagnes fructueuses. L’Accord sur les mesures de sécurité ayant trait aux incendies et aux bâtiments au Bangladesh a été un grand succès, en mettant en place une structure légalement contraignante pour inspecter et faire mettre aux normes plus de 1.600 usines de confection dans le pays.

La campagne Rio Tinto a rassemblé des affiliés de sites du monde entier, exigeant que le géant minier engage le dialogue avec les syndicats. Bien qu’il nous reste du travail à faire, la campagne Rio Tinto a forcé l’entreprise à opérer de réels changements, à remplacer certains directeurs antisyndicaux et à ouvrir la porte à nos affiliés pour qu’ils puissent syndicaliser davantage de leurs sites de production.

Et je dirais que nombre de nos réseaux syndicaux au sein de multinationales sont une autre réussite. Pourtant, nous pouvons mieux communiquer avec nos affiliés et les interroger lorsqu’une question les affecte ou peut bénéficier de leur apport.

D’une manière cruciale, nous devons utiliser la force dont nous disposons au sein de nos réseaux syndicaux et par nos accords-cadres mondiaux pour rendre les multinationales responsables de leurs chaînes d’approvisionnement. Nous devons aussi aider les syndicats à organiser syndicalement les travailleurs et travailleuses des chaînes d’approvisionnement, car c’est là que l’essentiel du travail précaire se situe.

Les droits des travailleurs, jamais démodés !

Les négociations pour la reconduction des conventions collectives de l'industrie de la confection italienne pour la période 2016-2019 accusent maintenant un retard de plus de dix mois.

Les syndicats appellent le patronat à revenir à la table des négociations et à accepter la reconduction des contrats de travail dans le respect des normes nationales et internationales du travail.

Pour les représentants des syndicats, il est impératif que les employeurs cessent d'essayer d'imposer leurs conditions, comme par exemple un modèle salarial qui ne prendrait en compte les hausses de salaires qu'à l'expiration des trois ans de la durée de la convention, ou la flexibilité contractuelle qui compromettrait gravement les droits fondamentaux des travailleurs.

Le Secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a déclaré qu'IndustriALL appuie inconditionnellement les revendications légitimes des travailleurs italiens :

Nous sommes résolument solidaires des 500.000 travailleurs italiens du textile, de l'habillement et de la chaussure qui mènent une grève générale. Nous exhortons les employeurs à entamer au plus vite un dialogue concret avec les syndicats, en veillant au respect de leurs droits.

La compagnie pétrolière norvégienne DNO prise pour cible par les syndicats

IndustriALL Global Union et son affilié norvégien, Industri Energi, ont lancé, en partenariat avec LabourStart, une pétition en soutien des 175 travailleurs de DNO au Yémen que la compagnie n’a pas payés depuis plus de 18 mois et de leurs familles.

En août 2016, DNO a été condamnée à payer les salaires aux travailleurs qu’elle a licenciés ou à s’exposer à la confiscation de ses biens et avoirs. La compagnie a fait appel du jugement, mais, le 23 novembre 2016, la Cour d’appel s’est prononcée, dans sa décision finale, en faveur des travailleurs.

Selon le syndicat représentant les travailleurs de DNO au Yémen, la compagnie a quitté le pays à l’annonce du jugement sans transférer officiellement ses biens et avoirs. Aussi, les autorités yéménites ont saisi les comptes bancaires et les véhicules que possédait la compagnie au Yémen. Cependant, DNO n’a toujours pas versé les indemnités de licenciement dues à ses travailleurs, qui craignent que ses ressources soient désormais insuffisantes pour que ses obligations soient honorées.

La compagnie a stoppé ses activités et résilié les contrats de ses employés par texto ou courriel lorsque la guerre a éclaté au Yémen, au cours de l’été 2015, aggravant la situation difficile à laquelle étaient confrontés les travailleurs et leurs familles.

Avant même ces manquements, la compagnie payait les salaires les plus bas au Yémen par rapport aux autres compagnies pétrolières ayant des activités dans le pays. En outre, en réponse aux grèves organisées par les travailleurs en 2013 et 2014 pour accroître leurs salaires, la direction avait menacé par écrit de licencier les grévistes et ce, en violation des droits légaux des travailleurs de faire grève au Yémen.

Soutenez les 175 travailleurs yéménites et leurs familles en signant et en envoyant au PDG de DNO, Bijan Mossavar-Rahmani, la lettre que vous trouverez en cliquant sur le lien suivant : http://www.labourstart.org/go/dnoyemen

Le syndicat des travailleurs de l’industrie pétrolière de la Trinité obtient une hausse de salaire

Lundi 9 janvier, après des pourparlers-marathon avec le ministre du Travail et le président de Petrotrin, le syndicat des travailleurs des champs pétrolifères (OWTU) a accepté une offre provisoire d’augmentation de salaire immédiate de 5 pour cent au profit des travailleurs de Petrotrin.

Ainsi, ces derniers recevrons un rajustement de leurs salaires de 5 pour cent pour les périodes 2011-2012 et 2012-2013. En outre, un pourcentage additionnel sera négocié d’ici le 28 février 2017 pour l’année 2014.

Petrotrin a tenté d’imposer un gel des salaires des travailleurs d’une durée de six ans au cours des deux périodes de négociation collective consécutives 2011-2014 et 2014-2017, qu’OWTU a refusé.

L’action de grève, qui devait démarrer le 9 janvier, a été officiellement annulée suite à l’obtention de cette issue positive.

Le Président général d’OWTU, Ancel Roget, a indiqué:

« Nous sommes d’avis qu’il s’agit d’une avancée majeure pour le début de ces négociations. Nous nous attacherons à tout mettre en œuvre pour que ces négociations soient définitivement conclues à la fin du mois de février, date à laquelle nous devrions recouvrer le solde que nous avons fixé ».

IndustriALL a demandé par écrit au Premier ministre de la Trinité et Tobago, Keith Rowley, et au président de Petrotrin, Fitzroy Harewood, de faire une proposition raisonnable dans le but d’éviter la grève. Il a également exprimé sa solidarité avec OWTU.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré:

Nous félicitons OWTU pour avoir fait preuve de fermeté et avoir obtenu cette importante victoire pour les travailleurs de l’industrie pétrolière de Petrotrin. Les travailleurs du secteur du pétrole de la Trinité ont montré leur force grâce à leur solidarité, et leur détermination a porté ses fruits. IndustriALL continuera de soutenir OWTU, qui revendique une rémunération équitable pour les travailleurs de Petrotrin.

Les autorités kazakhes prononcent la dissolution d’une centrale syndicale

Le 4 janvier, dans le cadre d’attaques incessantes à l’égard des droits syndicaux au Kazakhstan, un tribunal a ordonné la dissolution de la centrale syndicale affiliée à la CSI et de deux de ses affiliés, à savoir le Syndicat national du personnel de santé et le Syndicat national du personnel de maison. Tous les documents de la Confédération ont été saisis et ses activités nationales ont été paralysées.

Les autorités accusent la KNPRK de violations des conditions pour la soumission des documents de réenregistrement, une procédure rendue nécessaire pour tous les syndicats du Kazakhstan après l’adoption de la Loi nationale sur les syndicats de 2014. Les responsables syndicaux indiquent que la procédure d’enregistrement n’est pas clairement définie et qu’elle est ouverte à la manipulation de la part des autorités.

Dans un mouvement de protestation contre la dissolution de la KNPRK, des dizaines de travailleurs de la Compagnie de construction pétrolière du Kazakhstan ont déclaré une grève de la faim pour le 15 janvier. Bien que les autorités ont interdit cette initiative, les travailleurs sont déterminés à protester sans répit devant les locaux de l’entreprise et à refuser de s’alimenter jusqu’à ce qu’une décision soit prise pour la ré-ouverture de leur syndicat.

Il y a séparément une grève de la faim en cours au sein de la Compagnie kazakhe des Pétroles où les travailleurs et travailleuses se battent contre la fermeture de leur syndicat. Selon nos informations, leur santé se dégrade mais il n’y a pas eu à ce stade de réaction significative de la part des autorités.

“Le nombre croissant et incessant de violations graves à l’encontre des droits fondamentaux des travailleurs au Kazakhstan est très préoccupant," indique Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union. “Ces actes inacceptables posés par les autorités doivent cesser et le gouvernement kazakh doit prendre ses responsabilités pour assurer la liberté syndicale en vertu de la Convention 87 de l’OIT."

Mort de cinq travailleurs dans un incendie survenu sur un chantier de démantèlement de navires à Gadani

Cent travailleurs (selon un chiffre estimatif) démantelaient le navire situé sur l’emplacement n° 60 lorsque l’incendie a éclaté. Ceux-ci ont dû être secourus par un canot de sauvetage. Un incendie était déjà survenu sur ce même navire seulement deux semaines auparavant, sans toutefois causer de pertes humaines.

Présent sur le chantier, le propriétaire du navire, Dewan Rizwan, ancien président de l’Association des propriétaires des chantiers de démantèlement de navires de Gadani, a été appréhendé par la police dans la ville voisine de Hub après avoir pris la fuite lors de l’incendie.

Les travailleurs décédés se nomment Muhammad Saeed, Said Khan, Alif Khan, Naimat Shah et Sabir. Ils sont tous originaires des districts de Swat et de Tehsil Qalat. Un autre travailleur a été blessé.

Nasir Mansoor, membre de la Fédération nationale des syndicats du Pakistan (NTUF), affilié à IndustriALL, a indiqué:

Malgré les demandes d’amélioration des mesures de santé et de sécurité au travail sur les chantiers de démantèlement de navires de Gadani, les accidents, les blessés et les morts s’enchaînent. La sécurité est l’un des domaines les plus négligés en matière de démolition de navires.

Selon les fonctionnaires du ministère de l’environnement, l’incendie aurait été provoqué par une mousse chimique présente sur le navire. Afin de prévenir les accidents, un navire ne doit plus contenir de combustibles avant que le travail de démolition ne commence.

La veille de l’incident, le 8 janvier, Dilshad, un jeune travailleur, perdait la vie en glissant du sommet d’un navire situé sur l’emplacement n° 69. Le 1er novembre, le chantier de Gadani connaissait l’un des pires accidents industriels de son histoire lorsqu’au moins 26 travailleurs perdaient la vie et 40 autres étaient blessés dans l’incendie d’un pétrolier. Quatre travailleurs sont toujours portés disparus.

Malgré les affirmations d’amélioration de la santé et de la sécurité au travail émises par le gouvernement et l’employeur, le chantier naval de Gadani n’a connu aucune trêve en matière d’accidents, de blessés et de morts.

Le directeur d’IndustriALL pour le démantèlement des navires, Kan Matsuzaki, a déclaré:

Les travailleurs ne peuvent pas attendre plus longtemps que des réformes en matière de santé et de sécurité soient mises en place. Le gouvernement ainsi que les employeurs doivent agir maintenant. Les mêmes erreurs mortelles ne cessent de se répéter alors que les travailleurs sont envoyés au massacre sur les chantiers de démantèlement de navires.

Dans une lettre adressée en novembre au Premier ministre du Pakistan, Muhammad Nawaz Sharif, IndustriALL exhorte le gouvernement à garantir des conditions de travail sûres sur les chantiers de démantèlement de navires ainsi qu’à ratifier la Convention de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.

La NTUF est parvenue à obtenir une indemnisation pour les blessés et les familles affectés par la tragédie du 1er novembre. Néanmoins, les promesses faites par le gouvernement en matière d’amélioration de la santé et de la sécurité sur les chantiers navals de Gadani sont restées lettre morte. 

Les syndicats de Colombie mobilisent pour la paix

ENQUETE

Pays: Colombia

Texte: Walton Pantland

Photos: IndustriALL

Pour mettre fin au conflit entre le gouvernement, les paramilitaires de droite et le groupe principal de la guérilla, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le gouvernement du Président Juan Manuel Santos a débuté la négociation d’un accord de paix avec les leaders des FARC en 2012.

Lors d’une cérémonie en présence du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, du Secrétaire d’État américain John Kerry et d’une douzaine de leaders latino-américains, le Président Santos et le leader des FARC Timoleón “Timochenko” Jimenez ont signé un accord de paix en septembre 2016. M. Santos a reçu le Prix Nobel de la Paix pour avoir obtenu ce que l’on espérait être une paix durable.

Pendant des négociations, l’ex-président Alvaro Uribe, responsable d’années de violence en Colombie, a fait campagne contre l’accord de paix. Le Président Santos a soumis celui-ci à l’approbation de l’électorat lors d’un referendum en octobre. Les sondages indiquaient qu’une confortable majorité l’approuverait, mais le résultat en a été, chose atterrante, un rejet par 50,2% des votants, pour une faible participation d’à peine 37,4%.

Malgré le rejet par les électeurs de l’accord de paix, à la fois le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé que la guerre ne reprendrait pas. Un traité de paix révisé a été négocié et un nouvel accord a été publié, qui sera soumis au vote du Congrès.

Les racines du conflit plongent dans le développement de l’agrobusiness en Colombie, lorsque les fermiers ont été forcés à quitter des terres qui assuraient leur subsistance pour faire place nette aux compagnies privées. Mises sur pied en 1964, en réponse à une vague de violences politiques après l’assassinat du président libéral Jorge Eliécer Gaitán (le Bogotazo) et après des attaques du gouvernement colombien sur des villages, les FARC avaient pour objectif à l’origine le recours à une courte et incisive campagne de guérilla pour mettre le feu aux poudres d’une insurrection et d’une révolution générales.

Le conflit a dégénéré en une brutale guerre d’usure pendant un demi siècle, connaissant un point culminant sous la présidence de César Gaviria Trujillo, de 1990-1994, avec la création de groupes paramilitaires. Les Années de Terreur, sous l’administration Uribe en 2002 – 2010, ont été une période violente pour les communautés rurales, les syndicalistes, les militants sociaux et la guérilla. Avec le soutien de la CIA, Uribe a recruté des escadrons de la mort, pour former les paramilitaires, l’armée et des groupes d’auto-défense, qui ont été responsables de la mort de milliers de personnes.

Les FARC ont répondu avec des enlèvements, des demandes de rançon et du trafic de drogue, faisant payer un lourd tribut aux communautés civiles et rurales. Une partie de la violence la plus grave a eu lieu au sein des secteurs économiques stratégiques et des régions où IndustriALL compte des affiliés, comme le pétrole, les mines et les industries extractives. Les syndicats colombiens misent beaucoup sur les accords de paix et la reconstruction de la société.

DES SYNDICATS CONSTRUISANT LA PAIX

Le mouvement syndical en Colombie lutte avec acharnement pour construire une paix et une justice historique et réparatrice qui transforme la société.

Fabio Arias Giraldo de la centrale syndicale CUT (Central Unitaria de Trabajadores ), est convaincu que l’accord de paix a été rejeté en raison de la force de la droite et de l’extrême polarisation de la Colombie :

“La polarisation politique en Colombie est très forte et le vote est le résultat de celle-ci. Les forces les plus réactionnaires du pays sont toujours bien présentes dans différents secteurs de la société et, malheureusement, en voilà le résultat.

“Nous pensions impossible que ceci puisse arriver, mais cela a été le cas. Cela correspond à un glissement à droite qui a commencé avec Uribe. Il y a 13 ans de cela, il a entamé une polarisation du pays qui avait trait au problème de la violence politique, qui a marqué beaucoup de gens et fait trop de victimes. Il y a une réaction contre ça.”

Giraldo soutient que le faible taux de participation et le manque d’enthousiasme pour l’accord tient au fait qu’aucune des deux parties n’est populaire dans l’électorat :

“Les deux parties qui ont signé l’accord ne sont pas trop bien perçues par la vaste majorité de la population. Il y a beaucoup d’opposition à la violence politique que les FARC ont généré, ainsi que beaucoup d’insatisfaction par rapport au gouvernement au vu de toutes ses mesures prises contre la société civile.

“Ces deux situations se sont donc combinées et, malheureusement, Uribe a tenu un discours trompeur. Il a souligné combien la violence avait été nuisible, ce qu’elle avait signifié pour les victimes et il y a ajouté un certain nombre de considérations religieuses. Cette combinaison est devenue très destructrice par rapport aux chances de pouvoir approuver ces accords de paix en Colombie et cela a signifié notre défaite.”

Cesar Loza Arenas, président de l’affilié d’IndustriALL Global Union, le syndicat du pétrole et du gaz USO, nous dit :

“Nous ne pouvons pas donner d’espace aux ennemis de la paix. La paix est un droit pour tous les Colombiens, comme il l’est pour les travailleurs. Nous soutenons la paix. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec les politiques du gouvernement mais s’agissant de la paix, nous sommes tous unis.”

Giraldo ajoute :

“Le peuple colombien, et en particulier la jeunesse, n’abandonne pas. Il existe une large mobilisation sociale en Colombie. Nous avons maintenant réalisé, même ceux qui ont voté “non”, que nous avions fait une grave erreur et nous sommes descendus dans les rues.

“Donc maintenant, il ne se passe pas un jour sans une forte mobilisation dans les rues pour dire au gouvernement et aux tenants du “non” que nous ne pouvons pas rater cette occasion d’obtenir la paix.”

“Les mobilisations nationales, le soutien de la communauté internationale et le soutien que nous donnons de l’intérieur, nous le mouvement syndical, va nous aider à sortir de cette impasse et obtenir la paix, ce que la vaste majorité de ceux qui vivent en Colombie aujourd’hui n’ont jamais connu.”

Au cours du 2e Congrès d’IndustriALL en octobre, 1.500 délégués ont unanimement soutenu une résolution de solidarité pour regretter le résultat du référendum. Le Congrès a appelé le gouvernement colombien et les leaders des FARC à continuer leurs efforts en vue de négocier la paix et garantir le respect des libertés individuelles et collectives.

S’exprimant pour soutenir la résolution, Pablo Santos du syndicat de l’énergie affilié à IndustriALL SINTRAELECOL a dit :

“Nous appelons à une solution responsable pour obtenir la paix. Des millions de gens ont été déplacés et des milliers de gens, y compris des syndicalistes, ont été tués. Il est maintenant temps de faire preuve de solidarité.”

“Cette résolution montre que nous avons le soutien du mouvement syndical international, qui nous encourage, nous travailleurs de Colombie, à aller de l’avant. Nous ne sommes pas seuls dans ce combat,” a dit Loza Arenas.

2016, année de campagnes intenses pour IndustriALL

Le slogan du Congrès, "Poursuivre le combat", reflète la volonté d'IndustriALL d'agir en amont : toujours forcer l'avenir, aller de l'avant sans craindre l'affrontement. Les affiliés ont élu une nouvelle direction, avec Jörg Hoffman à la Présidence et Valter Sanches comme Secrétaire général, après les démissions de Berthold Huber et Jyrki Raina.

Les délégués d'IndustriALL réunis à Rio ont profité de l'occasion pour exprimer leur soutien à ‘Lula’ da Silva par une résolution en faveur de l'ex-Président brésilien persécuté par les forces néolibérales du pays.

Les délégués ont aussi manifesté leur solidarité avec les syndicats coréens en adoptant une résolution qui a suscité une gigantesque vague de soutien des affiliés d'IndustriALL à la grève générale du 30 novembre en Corée. Les syndicats coréens font l'objet d'attaques massives du gouvernement et des dirigeants syndicaux ont été emprisonnés. La direction d'IndustriALL et plusieurs affiliés se sont rendus plusieurs fois en Corée en 2016 et se sont adressés à des dizaines de milliers d'adhérents dans les rues de Séoul.

La campagne Stop au travail précaire continue et de nouvelles créations artistiques ont été dévoilées au Congrès, le 7 octobre, Journée mondiale du travail décent. Des délégués au Congrès ont souligné à de multiples reprises la nécessité de combattre le travail précaire qui ne cesse de gagner du terrain.

En 2016, nous avons relancé la campagne pour la ratification de la C176 de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines, avec une campagne dans les médias sociaux le 28 avril, Journée internationale de commémoration des travailleurs morts et blessés, qui a touché 400.000 personnes. Partout dans le monde, des affiliés d'IndustriALL font pression sur leurs gouvernements pour qu'ils adoptent la convention, et la Guinée est devenue le 33e pays à avoir voté la ratification de la C176 le 26 décembre 2016.

La campagne pour l'assainissement de la démolition de navires, le métier le plus dangereux au monde, se poursuit. Nos affiliés d'Inde progressent énormément dans la syndicalisation des travailleurs et l'amélioration de la sécurité dans les chantiers de démolition navale du pays. Mais elle reste une industrie tueuse, comme l'a montré la tragédie de Gadani, survenue le 1er novembre au Pakistan, qui a tué 28 travailleurs et en a blessé 50 dans une explosion survenue au cours du démantèlement d'un pétrolier dans des conditions dangereuses.

IndustriALL a collaboré avec le syndicat mondial IBB dans une campagne commune pour améliorer la sécurité et les droits des travailleurs chez le géant du ciment LafargeHolcim. Quelque 70 travailleurs meurent chaque année au travail pour cette multinationale qui a récemment fusionné et dont la main-d’œuvre est à 90 pour cent employée indirectement.

Entretemps, les campagnes d'IndustriALL ciblant des entreprises comme Rio Tinto, Ansell et Hugo Boss commencent à porter leurs fruits pour les travailleurs.

Fin 2016, les affiliés d'IndustriALL du monde entier se sont une nouvelle mobilisés pour venir en aide à douze travailleurs de la confection condamnés pour avoir protesté contre le licenciement de leurs représentants syndicaux au Nicaragua. Près de 4.000 personnes ont signé une lettre adressée au gouvernement nicaraguayen et au fabricant de vêtements coréen SAE A Tecnotex pour réclamer la libération sans conditions de ces travailleurs. Beaucoup de syndicats ont envoyé des lettres de protestation à l'ambassade du Nicaragua de leur pays. La campagne réclamant justice pour ces 12 travailleurs de la municipalité de Tipitapa continue (justice for the #Tipitapa12).

Chaque jour, des violations des droits des travailleurs commises dans le monde entier sont signalées à IndustriALL. Cela ne changera pas en 2017 et IndustriALL n'arrêtera jamais ses campagnes.