Allégations de travail forcé à Kawaguchi, en Malaisie

En septembre 2024, Kawaguchi Manufacturing a fait l'objet, dans la presse et les médias, d'allégations confirmées ultérieurement par le ministère du Travail. Il s'agit notamment de vols de salaires, d'honoraires de recrutement, d'exploitation, de refus de congés, de conditions de vie déplorables, de refus de renouvellement de visa, de tactiques d'intimidation telles que les menaces de détention et de déportation et de la confiscation des passeports de migrants. Plus de 200 travailleurs migrants bangladais et malaisiens seraient victimes de ces violations de la législation du travail nationale, des normes internationales du travail et des droits de l'homme.

De grandes marques telles que Sony, Panasonic et Daikin, qui se fournissent auprès de cette entreprise, ont été priées de remédier à la situation de ces travailleurs. En cessant simplement de s'approvisionner chez Kawaguchi Manufacturing sans que les travailleurs concernés soient indemnisés ne ferait qu'aggraver leur sort en les privant d'un salaire et de perspectives d'avenir.

Pour Gopal Krishnam, le secrétaire du Conseil d'IndustriALL pour la Malaisie,

"Il s'agit de violations graves des droits des travailleurs et des droits de l'homme. Une démarche systémique du gouvernement s'impose d'urgence. Malgré une réforme, le code du travail malaisien comporte encore des failles. Il n'y a pas de sanctions pour les employeurs qui s'ingèrent dans l'organisation des travailleurs, pas d'accès au lieu de travail lorsqu'un employeur s'attaque aux syndicats, et pas de protection pour les travailleurs migrants souvent menacés de représailles s'ils votent pour un syndicat."

Alexander Ivanou, le directeur d'IndustriALL en charge du secteur, déclare :

"IndustriALL appelle Kawaguchi Manufacturing à respecter les normes internationales du travail et à des marques comme Panasonic, Sony et Daikin de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'exploitation dans leurs chaînes d'approvisionnement. Il faut des réparations complètes et immédiates pour les travailleurs affectés, avec le versement de tous les salaires dus et une indemnisation des souffrances morales causées par l'exploitation. Les marques qui se fournissent chez Kawaguchi doivent assumer la responsabilité de ce qui se passe dans leur chaîne d'approvisionnement et contribuer à l'indemnisation des travailleurs si l'employeur fait défaut.

"À la suite de signalements d'abus et de cas de travail forcé, en 2022, dans des usines fabriquant pour Dyson, le gouvernement malaisien a été prié de veiller au respect des normes du travail et de mettre en place des mécanismes de recours gérés par le personnel et qui permettront de signaler les abus et d'y remédier sans crainte de représailles. IndustriALL exhorte le gouvernement à créer un organe de réaction rapide pour venir en aide aux victimes et mettre en œuvre des politiques robustes pour combattre le travail forcé et l'exploitation en Malaisie."

Crédit photographique : andyjhall.org 

Les syndicats marocains protestent contre le projet de loi sur le droit de grève

Les syndicats s’opposent à l’absence de dialogue et aux mesures restrictives. La proposition de loi restreint la définition des grèves aux revendications spécifiques des travailleurs, excluant les protestations relatives au coût de la vie ou aux politiques gouvernementales. Elle pénalise les syndicats en cas de non-respect de ces dispositions, fait intervenir le pouvoir judiciaire dans les conflits du travail et impose le travail forcé en obligeant certaines personnes à travailler pendant les grèves, des mesures que les syndicats rejettent fermement.

En décembre de l’année dernière, la Chambre des représentants du Maroc a approuvé une révision de la loi sur le droit de grève par 124 voix pour et 41 contre. Le gouvernement a présenté ce projet de loi sur le droit de grève à la Chambre des représentants, où elle a été débattue et approuvée fin 2024 avant d’être transmise à la Chambre des conseillers. Les syndicats espèrent maintenant faire pression sur les conseillers et protester pour susciter un autre débat avant la finalisation.

Le 6 janvier, des débats houleux ont éclaté au sein de la commission de la Chambre des conseillers, les syndicats refusant de discuter du projet de loi sur le droit de grève et revendiquant la reprise des négociations, mais les pourparlers se sont terminés dans l’impasse.

La CDT a exhorté les travailleurs et travailleuses à rejoindre les manifestations contre l’attaque du gouvernement à l’égard des droits du travail, en particulier le droit de grève. Les marches à Souss Massa, Laayoune et Dakhla ont été bloquées par les forces de sécurité.

Les syndicats promettent de poursuivre les manifestations

La CDT a protesté contre l’approche clivante du projet de loi sur le droit de grève, accusant le gouvernement de l’avoir soumis au parlement sans consensus. Lors d’une réunion en janvier avec le ministre de l’inclusion économique, le syndicat a rejeté le projet comme étant anticonstitutionnel et contraire aux conventions internationales. Il a revendiqué des amendements complets, des négociations tripartites et la protection du droit de grève. La délégation a également demandé la reprise du cycle de dialogue social de septembre 2024, conformément à l’accord du gouvernement.

“La grève est un dernier recours mais parfois le seul outil dont disposent les travailleurs et travailleuses pour se protéger. IndustriALL n’assistera jamais en silence à une attaque à l’encontre de ce droit fondamental. Nous sommes solidaires des travailleurs et travailleuses marocains. Il est de leur droit de faire grève et de revendiquer de meilleures conditions de vie pour eux-mêmes et leurs familles et cela inclut évidemment le droit de faire grève contre des augmentations dramatiques du coût de la vie ou des politiques gouvernementales qui ont un impact direct sur eux,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Plaidoyer pour la protection sociale

Extrêmement mondialisés, employant des millions de personnes dans le monde, les secteurs du textile et de l'habillement produisent énormément d'emplois précaires dans les pays en développement. Il s'agit principalement de travailleurs sous-payés, en majorité des jeunes femmes et des migrants intérieurs, avec des contrats de courte durée.

Un changement s'impose, avec un besoin urgent d'une protection sociale pour les travailleurs de l'habillement. Le modèle ayant cours, dans lequel le licenciement est la seule forme de protection sociale, a conduit à des vols de salaires pendant la pandémie.

Par protection sociale, il faut entendre des mesures de protection inhérentes aux droits fondamentaux des travailleurs et sans lesquelles un lieu de travail robuste et plus équitable n'est pas possible.

Ces mesures consistent notamment en :

En 2022, le ministère de l'Emploi et du Travail du Bangladesh a lancé, en collaboration avec l'Organisation internationale du travail, le projet pilote d'un Régime d'indemnisation des accidents du travail couvrant les quatre millions de travailleurs de la confection du pays. Ce régime de protection sociale comporte des remboursements des soins médicaux et de la réadaptation, et il indemnise les pertes de rémunération résultant de lésions et maladies professionnelles.

Pour Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement :

"Les syndicats, les gouvernements et les marques ont tous un grand rôle à jouer dans l'offre de protection sociale. Que ce soit pour la garantie de rémunérations équitables et de conditions de travail sûres ou pour l'instauration d'une durabilité longue, l'action collective est la clé du progrès."

Lutter pour les droits des travailleurs migrants dans un contexte d’essor industriel

L’île Maurice a connu une véritable révolution industrielle dans le secteur du textile, un domaine qui “a été le fer de lance de la transformation structurelle de l’économie mauricienne”, selon Shayn Ishwaren, représentant du syndicat CTSP-SINNASSAMY. Ce secteur est un moteur économique majeur, suscitant d’importants investissements directs étrangers, créant de nombreux emplois et positionnant l’île Maurice comme un exportateur clé vers des marchés majeurs tels que les États-Unis, l’Europe et l’Afrique du Sud.

Cependant, sous cette apparence brillante se cache une dure réalité à laquelle sont confrontés les travailleurs et travailleuses migrants, qui souffrent souvent de pratiques discriminatoires et d’inégalités de traitement.

“Nous avons constaté que de plus en plus de travailleurs et travailleuses souffrent de législations discriminatoires,”

explique Ishwaren, en soulignant la situation critique de ces travailleurs et travailleuses, en particulier les femmes, dans le secteur textile.

Les changements démographiques sur l’île Maurice ont exacerbé la situation. La jeunesse locale émigrant à l’étranger à la recherche de meilleures opportunités, la pénurie de main-d’œuvre qui en résulte est comblée par les migrants qui, bien que cruciaux, sont souvent vulnérables face aux politiques nationales.

“Cette situation a créé une pénurie de travailleurs sur le site l’île Maurice et pour combler ce vide, le gouvernement mauricien encourage l’afflux de travailleurs et travailleuses migrants,”

note Ishwaren, en soulignant la crise démographique qui alimente cette dépendance à l’égard de la main-d’œuvre immigrée.

Face à ces défis, la CTSP a réussi à donner de l’espoir face à un problème qui semblait insurmontable. Il a mis en œuvre des stratégies innovantes pour soutenir ces travailleurs, en commençant par l’adhésion gratuite à un syndicat pour tous les travailleurs et travailleuses en sous-traitance, migrants et précaires.

“Ce qui se passe, c’est que nous avons construit une chaîne de solidarité solide qui est mise en œuvre par les travailleurs et travailleuses locaux lorsqu’ils cotisent à notre syndicat,”

indique Ishwaren, en insistant sur l’effort collectif pour élever chaque travailleur et travailleuse.

Les barrières linguistiques et les arcanes juridiques compliquent encore la vie des travailleurs et travailleuses migrants. La CTSP lutte contre ces difficultés en veillant à ce que les migrants aient accès à des informations et à un soutien essentiels. “Lorsque j’accueille un travailleur migrant, je finis toujours par lui dire de retourner dans son dortoir, de retourner à l’usine pour y faire passer le message”, explique Ishwaren, illustrant ainsi l’approche locale adoptée par le syndicat pour éduquer et émanciper les travailleurs.

Ces dernières années, la CTSP a également remporté d’importantes victoires législatives qui protègent les droits des travailleurs et travailleuses migrants.

“Nous avions une simple formulation dans la législation qui a créé de gros obstacles pour les travailleurs et travailleuses migrants. Nous avons fait pression pour que la législation soit modifiée afin d’ajouter la relation employeur-employé. C’est ce qui a fait toute la différence”.

Ishwaren est fier d’évoquer l’impact transformateur de son action de plaidoyer.

En outre, la position proactive du syndicat contre l’expulsion injuste des travailleurs et travailleuses et ses efforts pour établir le Centre de ressources pour les migrants (MRC) avec le soutien d’ASOS, Antislavery international et IndustriALL, soulignent un soutien complet. Le MRC est un lieu sûr où les migrants peuvent trouver de l’aide et des informations, à l’abri des menaces de violence et de discrimination.

Shayn Ishwaren lors d’une manifestation à l’île Maurice pour faire arrêter le génocide en Palestine. Crédit photo : CTSP

Les efforts de la CTSP sur l’île Maurice mettent en lumière un puissant message de résilience et de solidarité face à des défis systémiques. Grâce à un plaidoyer persistant, à des victoires législatives et à une mobilisation de la base, le syndicat ne protège pas seulement les travailleurs et travailleuses migrants qui contribuent à soutenir l’un des principaux secteurs économiques du pays, mais il leur donne également les moyens d’agir. Alors que l’île Maurice continue d’évoluer, le rôle de la CTSP reste crucial pour garantir le respect des droits et de la dignité de chaque travailleur et de chaque travailleuse, ouvrant ainsi la voie à un contexte plus inclusif et plus équitable.

15 mineurs tués dans un charbonnage au Pakistan

Ce 9 janvier, 12 mineurs ont été ensevelis sous des tonnes de débris après qu’une explosion de méthane a provoqué l’effondrement d’une mine de charbon dans la région de Sanjdi, au Baloutchistan. Les secours ont mis quatre jours à récupérer les corps des travailleurs. Selon des informations recueillies dans la région, le département des mines et des minéraux a entamé une action en justice contre le propriétaire de la mine pour n’avoir pas pris les mesures de sécurité adéquates sur le lieu de travail.

Le 11 janvier, une coulée de boue dans le bassin houiller de Duki a coûté la vie à un mineur.

Le 12 janvier, une mine de charbon s’est effondrée dans le district de Harnai, au Baloutchistan, tuant deux mineurs et en piégeant six autres, qui ont été secourus par la suite.

Chaque année, les mines pakistanaises font des victimes parmi les mineurs en raison de l’insuffisance des dispositifs d’alerte au gaz et aux inondations, d’éclairage inadéquat, du manque de formation aux premiers soins, d’infrastructures de santé et de médecins à proximité des mines, d’un manque de supervision, aggravé par la faible mise en œuvre des législations sur la sécurité par les autorités gouvernementales. En outre, les maladies professionnelles telles que la silicose, la fibrose pulmonaire, le cancer du poumon, l’asbestose et le mésothéliome restent largement ignorées, entraînant souvent des décès ou des incapacités permanentes.

Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’un phénomène récurrent dans les régions riches en charbon du Baloutchistan. Selon les affiliés d’IndustriALL au Pakistan, au moins 190 mineurs ont été tués dans les charbonnages en 2024 lors d’accidents sur le lieu de travail. Les chiffres exacts sont probablement plus élevés en raison d’une sous-déclaration.

Les syndicats des mines, notamment les affiliés d’IndustriALL et la Fédération des travailleurs unis du Pakistan, ont à plusieurs reprises exhorté le gouvernement pakistanais à faire appliquer les protocoles de sécurité et à améliorer l’accès aux soins de santé pour les mineurs.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“IndustriALL condamne fermement la perte tragique des vies de ces mineurs, conséquence directe de l’absence persistante de mesures de sécurité adéquates. Des réformes structurelles, des protocoles de sécurité renforcés et une responsabilisation à tous les niveaux sont nécessaires de toute urgence. Sans action immédiate, des mineurs continueront à mourir dans des accidents évitables, laissant d’innombrables familles dévastées. Nous appelons le gouvernement du Pakistan à ratifier d’urgence la Convention 176 de l’OIT, une étape essentielle pour garantir des conditions de travail saines et sécurisées dans les charbonnages.”

Photo: Shutterstock 

El-Sen lutte pour la démocratie énergétique à Chypre du Nord

El-Sen s'oppose à la privatisation de l'Agence turque de l'électricité de Chypre (KIB-TEK) et voudrait en faire un organe autonome. Pour le syndicat, les politiques énergétiques devraient privilégier le savoir scientifique plutôt que les intérêts politiques et il réclame la promulgation d'urgence du projet de loi sur l'autonomie, en souffrance depuis des années au parlement.

KIB-TEK gère la production, le transport et la distribution de l'électricité à Chypre du Nord conformément à la législation en vigueur. Tous ses salariés sont membres d'El-Sen. D'autre part, l'opérateur privé Aksa Energy fournit environ la moitié de l'énergie utilisée dans la région mais n'a pas de représentation syndicale.

El-Sen a exprimé ses préoccupations devant la commercialisation de l'énergie, notamment l'importation par câble d'électricité de Turquie, évoquant les hausses de coût pour les consommateurs et la mauvaise gestion de KIB-TEK. Le syndicat critique les dirigeants politiques pour l'insuffisance des investissements dans les énergies renouvelables , essentielles pour l'avenir de la région.

À la conférence sur les politiques énergétiques durables et l'autonomie de gestion de l'énergie vues sous l'angle syndical, qui s'est tenue le 25 décembre à Nicosie, IndustriALL a réaffirmé son soutien à El-Sen.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"L'énergie est une nécessité de base et un bien public. Sa production et sa distribution doivent être régies par des politiques publiques soucieuses de l'intérêt public. Notre solidarité avec El-Sen reste forte."

Le président d'El-Sen, Ahmet Tuğcu, a souligné que :

"Le soutien d'IndustriALL renforce notre détermination dans ce combat."

À la suite de la grève générale du 26 décembre qui a paralysé le pays, le gouvernement a retiré les projets de lois contestés; une grande victoire pour les syndicats.   

 

Les métallos turcs résistent encore et toujours

Au début de mois de décembre dernier, Birlesik Metal-Is a appelé à la grève dans les entreprises GE Grid Solutions, Hitachi Electric, Schneider Electric, Arıtaş Kriyojenik (du groupe néerlandais Broadview) et Green Trafo (du groupe français Cahors), du secteur de la transformation et la production.

Un décret présidentiel du 13 décembre a interdit la grève dans les entreprises appartenant à la MESS (Association des employeurs de l’industrie des métaux) au nom de la sécurité nationale. IndustriALL Global Union et IndustriALL European Union ont condamné cette interdiction et appelé les employeurs à ne pas tirer profit de cette mesure antidémocratique.

Malgré les menaces de licenciement sans indemnités pour ceux qui participeraient à cette prétendue grève illégale, les travailleurs poursuivent leur action, affirmant leur droit fondamental de faire grève, et les effets se font déjà sentir.

Le 23 décembre, Birlesik Metal-Is a signé avec Hitachi et la MESS une nouvelle convention collective couvrant quatre sites de production de l’entreprise et qui prévoit une hausse des salaires moyenne de 60 pour cent après 20 jours de grève.

De même, le 6 janvier, le syndicat a encore signé, après 25 jours de grève, une autre convention collective avec Schneider Elektrik pour plusieurs sites, avec des hausses de salaires substantielles approuvées par la base.

Le 10 janvier, après 23 jours de grève, Birlesik Metal-Is a signé une convention collective avec Arıtaş Kriyojenik et la MESS. Cette victoire a mis fin aux grèves en cours dans trois entreprises membres de la MESS après approbation des membres du syndicat et à leur satisfaction. 

À la date du 9 janvier, les grèves en étaient au 28e jour chez GE Grid Solutions, au 16e jour chez Green Transfo et au 22e jour chez Arıtaş. Tandis que les grèves battent toujours leur plein, des négociations se poursuivent.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a passé le réveillon du Nouvel-An en compagnie des grévistes de Green Trafo, leur apportant un message de solidarité et les vœux de millions de membres des fédérations mondiale et européenne.

Entretemps, les membres de notre affilié Özçelik-Is poursuivent depuis plus de 200 jours la grève entamée le 20 juin de l’an dernier chez Yolbulan Metal, à Hatay, pour réclamer des salaires équitables face à une hausse effrénée du coût de la vie. Kemal Özkan était présent auprès du piquet de grève, affirmant avec force un message de solidarité internationale.

D’après les chiffres de l’Institut turc de statistique (TUIK), l’indice des prix à la consommation a progressé de 44,38 pour cent en 2024 et, selon le Groupe de recherche sur l’inflation (ENAG), qui rassemble des chercheurs indépendants, le taux d’inflation était de 83,40 pour cent en 2024.

Avec une telle inflation, les travailleurs turcs et leurs syndicats ne cessent de réclamer, à juste titre, le maintien du pouvoir d'achat par des hausses de salaires applicables par les mécanismes du salaire minimum et de la négociation collective.

"IndustriALL Europe soutient totalement les travailleurs turcs dans leur combat pour des salaires équitables et décents correspondant au taux d'inflation élevé que connaît le pays. L'interdiction de faire grève est une attaque contre les droits des travailleurs et nous ne cesserons de condamner tous les comportements antisyndicaux et antidémocratiques. Une attaque contre un de nous est une attaque contre tous,"

a déclaré Judith Kirton Darling, la secrétaire générale d'IndustriALL Europe.

"Nous resterons aux côtés de tous les grévistes jusqu'à la victoire,'

a dit Kemal Özkan pendant ses visites de solidarité.

"Nos camarades grévistes turcs ont le soutien inconditionnel de millions de travailleurs dans le monde entier dans leur lutte pour leurs droits, leurs intérêts et leur dignité,"

a ajouté Kemal.

Le forum des jeunes d’IndustriALL explore l’avenir du travail avec l’intelligence artificielle

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsusaki, a souligné l’importance de l’implication des jeunes, en déclarant :

“La participation active des jeunes est essentielle à l’élaboration de la politique d’IndustriALL en matière d’IA et à la construction d’une stratégie collective qui soit réactive et tournée vers l’avenir pour relever les défis et saisir les opportunités de l’IA”.

Le forum s’est ouvert sur l’impact de l’IA sur le monde du travail. Les participants ont exploré la manière dont l’IA remodèle les lieux de travail et ont examiné à la fois les risques et les avantages potentiels pour les travailleurs et travailleuses. Les débats ont mis en évidence que les systèmes d’IA pourraient permettre aux syndicats d’amplifier leur pouvoir, de renforcer la sécurité au travail et de stimuler la capacité de négociation grâce à l’analyse des données. Toutefois, les intervenants ont insisté sur deux points essentiels : les systèmes d’IA sont coûteux et leur mise en œuvre doit être motivée par un objectif précis.

“Avant de mettre en œuvre l’IA,”

a fait remarquer un orateur,

“vous devez vous demander : quel est l’objectif ? Sans un objectif clair, il y a un risque élevé de perte de temps et de ressources”.

L’impact de l’IA sur l’emploi est difficile à prévoir et varie en fonction de facteurs tels que l’économie d’un pays, la démographie de la main-d’œuvre et les stratégies de mise en œuvre. Sachant que l’IA excelle dans les tâches cognitives non routinières, rendant les emplois qualifiés de cols blancs particulièrement vulnérables, les femmes travailleuses sont confrontées à des risques supplémentaires. Les projections de l’Organisation internationale du travail (OIT) indiquent que les femmes sont concentrées de manière disproportionnée dans les fonctions administratives et de bureau, qui sont très sensibles à l’automatisation. En outre, la sous-représentation des femmes dans les domaines des STIM exacerbe l’inégalité entre les sexes dans une économie axée sur l’IA.

Le forum a souligné la nécessité urgente de combler le fossé numérique afin de garantir un accès équitable aux possibilités offertes par l’IA. Les participants ont plaidé en faveur de l’expansion de l’infrastructure numérique dans les pays du Sud et de son extension aux communautés rurales et marginalisées. Garantir l’accès aux équipements et mettre en œuvre des programmes d’alphabétisation numérique ont été identifiés comme des étapes cruciales pour donner aux jeunes travailleurs et travailleuses les moyens de s’épanouir dans le paysage numérique.

Il a été conseillé aux syndicalistes de ne pas se concentrer sur la maîtrise des compétences en programmation, mais de s’attacher à comprendre les objectifs des systèmes d’IA mis en œuvre par les employeurs. Cette analyse stratégique permet aux syndicats de négocier et de plaider efficacement en faveur d’une utilisation équitable et éthique de l’IA.

Les participants ont exploré les réglementations existantes en matière d’IA, avec des exemples de l’Union européenne et de l’État de l’Ontario au Canada. Le consensus s’est fait autour de l’intégration des nouvelles règles d’IA dans les cadres existants, en renforçant les protections établies plutôt qu’en créant des systèmes redondants. Cette approche permet d’en rationaliser la mise en œuvre tout en préservant les droits des travailleurs et travailleuses.

Les intervenants ont également encouragé les jeunes syndicalistes à s’engager dans des débats sociétaux plus larges sur l’éthique de l’IA, en notant que la collaboration avec d’autres mouvements sociaux pourrait conduire à des réponses plus exhaustives aux défis et aux problématiques éthiques liés à l’IA.

L’empreinte écologique de l’IA a également été au centre des préoccupations. La nature énergivore des centres de données et de l’infrastructure de l’IA soulève d’importantes préoccupations environnementales. Les participants ont appelé à ce que les syndicats mettent davantage l’accent sur la prise en compte de ces questions dans le cadre du programme plus large de lutte contre le changement climatique. La position unique qu’occupe IndustriALL au cœur des industries de la chaîne de valeur de l’IA offre une opportunité d’influencer des pratiques durables en matière d’IA.

Dorcas Norupiri, membre du groupe d’experts d’IndustriALL sur Industrie 4.0, a exhorté à une action délibérée pour construire une économie numérique inclusive :

“Nous devons prendre des mesures délibérées pour garantir l’égalité d’accès aux infrastructures, aux outils et aux ressources pour tous les jeunes, quelle que soit leur situation géographique”.

Le forum s’est conclu sur un engagement fort de doter les jeunes leaders des compétences et des connaissances nécessaires pour façonner la trajectoire de l’IA. Alors qu’IndustriALL continue à élaborer sa politique en matière d’IA, la participation active des jeunes reste essentielle pour concevoir une stratégie collective qui protège les droits des travailleurs et travailleuses tout en embrassant l’innovation.

Image 1 : Cet article est accompagné d’une image générée par l’IA et conçue pour refléter les thèmes du forum.

Nexperia Philippines licencie quatre responsables syndicaux

Le Syndicat des travailleurs de Nexperia Philippines Inc. est affilié à IndustriALL par l’intermédiaire de l’Alliance des métallurgistes des Philippines (MWAP). Après que le Syndicat des travailleurs de Nexperia Philippines a réussi à négocier le retour au travail des travailleuses licenciées en octobre, il a repris les négociations collectives avec l’employeur.

Mais hier, Nexperia Philippines a licencié quatre dirigeants syndicaux, les accusant d’avoir bloqué les points d’entrée et de sortie le 15 novembre. Cependant, les responsables du syndicat ne faisaient qu’informer les membres de l’état d’avancement des négociations collectives.

Selon le syndicat, cette action démontre la mauvaise foi de l’employeur dans les négociations d’une CCT et vise à affaiblir le syndicat. Le syndicat a fait l’objet de pratiques antisyndicales et de pratiques de travail déloyales tout au long de l’année et plusieurs préavis de grève ont été déposés pour des conflits en cours.

Julius Carandang, Secrétaire du MWAP, a déclaré :

“Les négociations pour une CCT, qui durent depuis près d’un an, ont exercé une pression considérable sur les travailleurs et travailleuses, aboutissant à une impasse qui les a contraints à déposer un préavis de grève. Cette démarche est une réponse claire à l’inaction de la direction face aux revendications raisonnables du syndicat pour de meilleures conditions de travail et des avantages sociaux adéquats.

L’appel de la MWAP à l’unité de tous les travailleurs, en particulier dans le secteur de l’électronique, est crucial pour démontrer une force collective contre toute forme d’exploitation. Le combat des travailleurs et travailleuses de Nexperia est aussi le combat de tous les travailleurs philippins qui s’efforcent d’obtenir un traitement humain, des salaires équitables et la sécurité d’emploi.”

Alexander Ivanou, Directeur pour l’industrie des TIC, de l’électricité et de l’électronique auprès d’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“IndustriALL condamne fermement le licenciement injuste des quatre dirigeants syndicaux, dont la Présidente du syndicat. Il s’agit d’une attaque flagrante contre les droits des travailleurs qui vise à saper le syndicat et ses efforts de négociation collective. Ces mesures de rétorsion confirment la mauvaise foi de l’entreprise et ses pratiques antisyndicales persistantes tout au long de 2024. Nous sommes solidaires du syndicat et appelons Nexperia à réintégrer immédiatement les dirigeants licenciés et à respecter les droits des travailleurs et travailleuses à un traitement équitable et à la négociation.”

Crédit photo : MWAP

Les FSI revendiquent des progrès en ce qui concerne le traité de l’ONU sur la responsabilité des entreprises

Le Groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme a été créé en 2014. Il a pour mandat d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant pour réglementer, dans le cadre de la législation internationale des droits de l’homme, les activités des sociétés transnationales et autres entreprises.

Le traité proposé, en discussion depuis près de dix ans, vise à combler les lacunes flagrantes du droit international en matière de droits de l’homme et à mettre fin à l’impunité des entreprises. Malgré son importance, les progrès sont au point mort. Le dixième cycle de négociations, initialement retardé, offre aujourd’hui une occasion cruciale d’aller de l’avant.

“Les travailleurs et travailleuses ne peuvent plus attendre. Un traité visant à responsabiliser les entreprises est essentiel pour garantir la justice, protéger les droits et rétablir l’équilibre dans l’économie mondiale”,

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Dans un effort commun, les fédérations syndicales internationales et les organisations de la société civile réitèrent la nécessité d’un processus transparent et inclusif qui donne la priorité au point de vue des travailleurs.

Les priorités des syndicats pour le traité sont les suivantes :

“Le dixième cycle de négociations en vue d’un traité contraignant des Nations unies se trouve à un stade critique. Nous avons besoin de règles internationales contraignantes en matière de justice pour les travailleurs et les travailleuses, ainsi qu’en matière d’obligation de rendre compte et de responsabilité pour les entreprises. Il est temps d’agir ensemble pour un traité fort”,

a déclaré Kemal Özkan.