De la parole aux actes : le syndicalisme féministe au cœur d’IndustriALL

« Cette résolution nous invite à embrasser le féminisme comme un projet politique transformateur. Il ressort comme outil pour s’attaquer aux causes profondes de l’oppression. »

Son intervention ne relevait pas d’une démarche procédurale, elle avait pour objectif d’indiquer un cap. En tant que défenseure de longue date du syndicalisme féministe au sein d’IndustriALL, ses paroles reflétaient des années de travail de syndicalisation mené par le Comité des femmes qui a façonné la résolution et contribué à ce moment crucial. Le féminisme, a-t-elle précisé, n’est pas une thématique de second plan. Il se pose en cadre politique pour le développement du pouvoir d’agir.

Le vote n’a fait l’objet ni d’aucun rejet, ni d’aucune abstention.

Loin d’un simple moment symbolique, l’adoption de ce texte marque un tournant stratégique, une décision politique délibérée des affiliés d’IndustriALL de placer le syndicalisme féministe au centre du programme de l’organisation.

Ce qui s’est déroulé à Sydney a été annonciateur d’un changement structurel. Le féminisme ne siégeait plus en marge du débat syndical. Il était reconnu comme un élément central des stratégies de syndicalisation, des priorités de négociation et de l’orientation au plan international.

La résolution féministe stipule que le syndicalisme féministe doit être intégré dans tous les domaines d’activité d’IndustriALL, de la transition juste à la politique commerciale, de la syndicalisation aux accords-cadres mondiaux, de la santé et la sécurité au travail à la responsabilité des entreprises.

Il ne s’agit pas d’un quelconque accessoire mais d’un témoin de la façon dont l’organisation évolue.

Le féminisme comme projet politique transformateur

Si Rose Omamo a défini l’orientation politique, la première intervention de l’assemblée a prouvé que le syndicalisme féministe constitue un engagement collectif, y compris de la part des dirigeants masculins.

Etienne Vlok, du SACTWU en Afrique du Sud, a commencé par citer les femmes dirigeantes de son syndicat : Présidentes, Secrétaires générales et Représentantes internationales. Pas de geste rhétorique en l’occurrence mais la reconnaissance de changements concrets dans le rapport de force.

 « Je viens d’un syndicat dont la Présidence est assumée par une femme. Je viens d’un syndicat dont la Secrétariat général est occupée par une femme… Cela me rend fier. »

Il a exprimé cette fierté avec détermination, validant les progrès accomplis tout en refusant de céder à la complaisance.

 « Aujourd’hui 40 % des délégués présents à ce congrès sont des femmes. Mais 40 %, ce n’est pas la parité. C’est une pierre angulaire sur laquelle construire. »

En tant que premier intervenant dans le débat et en tant que syndicaliste masculin, il s’est exprimé sans détour : la thématique de la transformation féministe ne concerne pas uniquement les femmes.  Elle concerne aussi les syndicats. L’objectif poursuivi ne se résume pas à une parité de représentation. Il vise l’égalité structurelle.

La résolution reflète cette approche. Elle exige que la pensée féministe inspire les stratégies de syndicalisation, les négociations collectives et la gouvernance syndicale.

Le leadership des femmes doit non seulement être rendu visible mais doit aussi faire l’objet d’une habilitation avérée, être outillé et intégré dans les processus décisionnels.

Remettre en question les cultures syndicales patriarcales

Plusieurs affiliés ont évoqué en toute franchise la dynamique interne des syndicats.

Leontine Mbolanomena, de la FESATI Madagascar, s’est montrée directe :

« Nous pouvons définir des quotas. Nous pouvons attribuer des titres aux femmes. Mais nous ne faisons pas confiance aux quotas dans la mesure où ils n’impliquent pas de réelles responsabilités ni de prise de décisions. »

Ses propos ont fait mouche, car ils ont soulevé une vérité dérangeante. L’inclusion formelle ne se traduit pas automatiquement par l’exercice du pouvoir. Le syndicalisme féministe requiert un changement structurel dans les processus décisionnels, la prise de responsabilité et la culture du leadership.

Maria Travasson Ramos, de la CNM CUT Brésil, a affiné les enjeux politiques :

« Le féminisme doit s’ancrer dans notre travail quotidien. Pas des mots vides de sens, mais une véritable politique en faveur de la justice. Il ne peut y avoir de syndicats forts sans un féminisme fort. »

Cette logique s’inscrit dans l’ADN de la résolution Les principes féministes doivent façonner les structures, les politiques et les campagnes syndicales. Avec pour ligne de mire la transformation et non la visibilité.

Ancrée dans les réalités du monde du travail

Le débat s’est appuyé sur les expériences vécues dans des secteurs où les travailleuses sont confrontées à une discrimination et à une violence systémiques.

Rukmini VP, de l’INTWF en Inde, a expliqué :

« J’ai été témoin de harcèlement et de discrimination quotidiens à l’égard des salariées sur leur lieu de travail. »

EndangWahyuningsih, de la FSP KEP Indonésie, a établi un lien direct entre le syndicalisme féministe et la santé et la sécurité sur le lieu de travail :

 « Les travailleuses ne doivent pas seulement faire partie du Comité des femmes. Elles doivent être représentées dans tous les comités, en particulier ceux chargés de la santé et de la sécurité au travail, où elles ont besoin de protection, notamment en matière de santé reproductive et de harcèlement sexuel. »

La résolution étoffe les normes de santé et de sécurité au travail pour inclure explicitement la santé et les droits sexuels et reproductifs.  Elle sollicite une formation sur l’égalité des genres dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Elle renforce les engagements visant à institutionnaliser la prévention de la violence et du harcèlement sexistes dans les conventions collectives et les cadres de travail.

Sujana Purba, de FSP2KI Indonésie, l’a exprimé haut et fort:

« Le harcèlement sexuel et la discrimination ne doivent pas être tolérés. »

Ces revendications s’alignent sur l’appel de la résolution en faveur de pratiques salariales transparentes et de mécanismes structurels visant à éliminer les disparités de rémunération et de promotion fondées sur le genre.

Économie politique féministe

L’un des aspects les plus novateurs de la résolution réside dans son adhésion à l’économie politique féministe.

Le texte établit un lien entre la justice de genre et les régimes commerciaux au plan  international, la restructuration néolibérale et la crise climatique. Il réclame une stratégie coordonnée d’économie politique féministe au sein d’IndustriALL afin de définir des politiques commerciales et des réponses solidaires.

Darius Guerrero, de PTGWO aux Philippines, a mis ce lien en lumière:

« Nous faisons pression pour obtenir un impôt sur la fortune et la justice climatique, afin que ces deux aspects soient placés au cœur de la transition juste pour laquelle nous nous battons. »

La résolution exige une transition juste en matière de genre qui intègre les charges familiales et l’autonomie économique des femmes. Elle range ces prestations au titre d’activité fondamentale qui doit être formalisée, protégée et intégrée dans les négociations collectives et la politique économique. Le rôle du syndicalisme féministe évolue ainsi de simple agent de représentation à acteur d’une restructuration économique.

Rester ferme face aux réactions négatives

Le texte évoque également la montée de l’autoritarisme de droite et les réactions antiféministes. Il engage les syndicats à défendre l’espace civique et à protéger les femmes syndicalistes confrontées à la répression.

Lamia Safa, du SNP-CDT au Maroc, a résumé les enjeux plus vastes :

« Libérer les femmes, c’est libérer notre société. »

Dans le contexte international actuel, cette position n’a rien de neutre mais elle se veut au contraire stratégique.

Leadership et appropriation institutionnelle

Après le congrès, la Secrétaire générale adjointe Christina Olivier a décrit la résolution comme une étape décisive  pour l’orientation politique de l’organisation.

« Cette résolution montre de façon incontestable qu’IndustriALL ne fait pas du féminisme  une thématique secondaire. Il est au cœur de notre manière de syndiquer, de négocier et de lutter. Dans le climat actuel d’inégalité et d’hostilité perceptible partout dans le monde, adopter cette position n’est pas une option mais une nécessité.»

Elle souligne que le vote unanime a envoyé un signal fort tant en interne et qu’en externe :

« Nos affiliés se sont exprimés d’une seule voix. Le syndicalisme féministe représente la direction prise par notre mouvement. »

Pour les dirigeants, l’importance de la résolution ne réside pas seulement dans son adoption, mais aussi dans ce qu’elle exige pour aller de l’avant, à savoir des changements concrets dans les stratégies de syndicalisation, les priorités de négociation et la culture institutionnelle.

De la parole aux actes

La résolution défend une vision collective du syndicalisme féministe qui se focalise sur le leadership, les expériences et les droits des travailleuses dans toute leur diversité.

À Sydney, les affiliés ont fait plus qu’adopter un texte. Ils ont revendiqué le féminisme comme cadre central de syndicalisation pour lutter contre le pouvoir des entreprises, l’injustice climatique et les inégalités économiques.

Au départ d’un engagement, le syndicalisme féministe est devenu une stratégie au cœur même du programme d’IndustriALL. Ce faisant, l’organisation s’est positionnée comme une fédération syndicale internationale tournée vers l’avenir, prête à relever les défis politiques actuels avec lucidité et conviction.

Droits de douane américains : onde de choc au sein de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie textile du Lesotho, les femmes principales victimes

Pour les travailleuses, les conséquences se révèlent particulièrement alarmantes : celles qui sont licenciées font la queue tous les jours dès 7 heures du matin devant les portes des usines dans l’espoir d’obtenir un engagement ponctuel tandis que certaines se tournent vers des emplois informels comme la blanchisserie ou la vente ambulante. Les pertes d’emploi ont précipité les ménages dans la détresse, certaines salariées peinant à assumer leurs frais de nourriture, de scolarité, de logement ou encore à faire face à leurs besoins de base, ce qui aggrave l’insécurité alimentaire et la dépendance à l’égard de l’agriculture de subsistance ou des envois de fonds. Les syndicats décrivent un choc lié au genre au sein de la chaîne d’approvisionnement : peu d’alternatives s’offrent en effet aux femmes dans une économie patriarcale en forte pénurie d’emplois formels.

Autrefois florissante grâce à l’accès en franchise de droits prévu par la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), l’industrie textile du Lesotho exportait des jeans, des vêtements de loisirs et de prêt-à-porter pour de grandes enseignes telles que Levi’s, Gap, Walmart, Reebok et d’autres vers les États-Unis, son principal marché. Les exportations annuelles vers les États-Unis ont dépassé les 230 millions de dollars, soit plus de 45 % de la production du secteur et environ 20 % du PIB du Lesotho. À son apogée, le secteur employait 50.000 salariés, dont 80 à 95 % de femmes, pour la plupart chefs de famille. Selon les syndicats, les salaires de ces travailleurs et travailleuses étaient essentiels pour un pays en proie à une pauvreté généralisée et à un taux de chômage de plus de 30 %, voire au-delà chez les jeunes.

Les droits de douane initialement fixés à 50 %, les plus élevés au monde à l’époque, ont immédiatement semé le chaos. Même si le taux a été réduit à 15 % au terme de négociations, ce qui est toujours supérieur aux 10 % appliqués à d’autres pays producteurs de textiles comme le Kenya, l’Eswatini et l’Éthiopie, la frilosité des acheteurs, les annulations de commandes et les réserves quant à l’avenir de l’AGOA ont entraîné des perturbationsd’activités généralisées. Expirée en septembre, l’exemption douanière n’a été prolongée que pour une durée d’un an, jusqu’en 2026, ce qui a amplifié les craintes d’une perte définitive de ses privilèges.

Des usines ont fermé, réduit leurs activités ou délocalisé leurs activités. Cette vague de défaillances plonge les salariés du secteur textile dans le dénuement, sans aucun filet de sécurité. Ever Unison Garments, qui occupait par exemple autrefois plus de 2.000 personnes, a fermé temporairement ses portes pour rouvrir avec un effectif réduit à 200 salariés, tout en intensifiant sa production au Kenya et en Eswatini, où les droits de douane s’avèrent moins élevés. Tai Yuan Garments et TZICC Clothing Manufacturers ont cessé leurs activités, provoquant respectivement la perte de 1.500 et 700 postes. Precious Garments, qui employait environ 4.000 personnes et produisait pour des enseignes telles que Reebok, Mayor et Fish, a licencié tous ses salariés en raison de la réticence des acheteurs face à la reconduction à court terme de l’AGOA.

D’autres usines ont également procédé à des coupes sombres dans leur personnel : Quantum Apparel a remercié plus de 50 % de sa main-d’œuvre. Hippo Knitting, qui produit pour Fabletics, est passée de 1.200 à 400 salariés. Maseru E-Textiles, qui fabrique pour Perry Ellis, a mis ses 1.000 travailleurs et travailleuses en congé indéfini après en avoir licencié environ 200 autres.

Le Syndicat démocratique indépendant du Lesotho (IDUL), affilié à IndustriALL, attire l’attention sur les dizaines de milliers d’emplois potentiellement menacés (jusqu’à 40.000) si cette situation perdure dans les entreprises orientées vers l’exportation. Il indique que de nombreux travailleurs et travailleuses sont confrontés à une réduction de leur temps de travail, à des salaires amputés au tiers d’un salaire normal, à une politique de « pas de travail, pas de salaire » et à des mises en congés sans solde.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

« Les conséquences des droits de douane punitifs se font sentir sur les ménages dirigés par des femmes au Lesotho, ce qui souligne, d’une part les possibles retombées dévastatrices des décisions politiques américaines sur l’emploi et les moyens de subsistance dans les pays du Sud, et d’autre part, la nécessité d’un commerce équitable pour les pays en développement. Les travailleurs et travailleuses de l’industrie textile risquent d’être définitivement exclus de l’économie formelle.»

Plus de 40 jours de grève chez ArcelorMittal Shelby

La grève a débuté à 23h59 le 13 janvier dernier, en l’absence d’accord suite à l’échec des négociations. Entamées le 2 septembre 2025, celles-ci ont tourné court lors de la dernière réunion, tenue ce 28 janvier, entre l’entreprise et le syndicat. Depuis lors, aucune nouvelle séance de négociations n’a été mise à l’ordre du jour.

Selon Steve Ackerman, Représentant international de l’USW, il s’agit de la plus longue grève dans l’histoire de la section locale 3057. Sa durée dépasse déjà celle d’un précédent litige survenu en 2021 : un arrêt de 11 jours couronné d’un accord de quatre ans.

Les travailleurs et travailleuses ne lâchent rien

Dès les premières heures de la grève, des métallurgistes ont maintenu une présence ostensible et déterminée devant l’usine Shelby, le long de West Main Street. En dépit des températures hivernales, des adhérents ont tenu le piquet de grève quotidiennement, brandissant des pancartes, saluant les automobilistes et se rassemblant autour de braséros pour se tenir au chaud.

Les grévistes de cette unité de négociation ont perdu leur salaire et ont vu leurs prestations d’assurance maladie suspendues dès la fin du mois de janvier. Malgré ces pressions, le syndicat affirme que la solidarité sur le piquet de grève et le soutien de la communauté locale restent vifs.

« Le soutien que la section locale 3057 de l’USW reçoit de la communauté est impressionnant. Il est regrettable de voir qu’un groupe de travailleurs et travailleuses aussi dévoués doivent se battre pour obtenir une convention équitable. Le syndicat est paré et disposé à poursuivre les négociations »

a déclaré Steve Ackerman.

Enjeux essentiels : horaires, clauses reformulées et soins de santé

Selon le syndicat, les principaux points d’achoppement des négociations portent sur des reformulations proposées dans la convention, des aménagements d’horaires de travail et le remaniement des dispositions relatives aux soins de santé. Pour les travailleurs et travailleuses, ces questions touchent le cœur même de la sécurité de l’emploi, d’un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée et de l’accès à des soins médicaux abordables.

Le groupe ArcelorMittal compte deux implantations dans l’Ohio : l’une située à Shelby, son plus grand site, et l’autre à Marion. Alors que la grève se poursuit, les représentants syndicaux avertissent qu’une paralysie prolongée pourrait encourager une partie de la main-d’œuvre qualifiée à quitter l’entreprise.

« C’est dommage, car ils vont perdre des salariés de premier ordre. C’est probablement déjà le cas », a indiqué Steve Ackerman.

Appel à des négociations constructives

La section locale 3057 de l’USW a réitéré sa volonté de revenir à la table des négociations à tout moment. Le syndicat appelle la direction d’ArcelorMittal à reprendre les négociations de bonne foi et à conclure un accord qui respecte la plus-value des travailleurs et travailleuses et garantisse des conditions de travail décentes.

Pour les métallurgistes en grève à Shelby, le message est clair : après des années passées à produire de l’acier et à soutenir l’économie locale, ils s’unissent pour faire front et obtenir une convention à la hauteur de leur dignité, leur expertise et leur engagement.

Alexander Ivanou, Directeur du secteur des métaux de base d’IndustriALL, a indiqué :

« La détermination des métallurgistes de Shelby montre ce que signifie véritablement la solidarité. Ces travailleurs se battent non seulement pour obtenir des horaires équilibrés et des soins de santé décents, mais aussi pour leur dignité et le respect de leur personne sur le lieu de travail. ArcelorMittal doit revenir à la table des négociations en toute bonne foi et négocier un accord qui reconnaisse les compétences, l’engagement et l’apport de sa main-d’œuvre. L’avenir durable de l’usine repose sur une convention équitable. »

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« La suspension prolongée des négociations collectives sur l’un des sites majeurs d’une entreprise de stature mondiale telle qu’ArcelorMittal soulève de sérieuses préoccupations quant à l’efficacité du dialogue social et de la gouvernance des relations sociales au sein du groupe. Le respect des négociations collectives et de la liberté syndicale sont des normes internationales fondamentales du travail et des piliers essentiels de relations sociales stables et responsables. ArcelorMittal doit reprendre sans délai des pourparlers constructifs et de bonne foi et s’efforcer de parvenir à un accord équitable qui reconnaisse les compétences, l’engagement et l’apport de son personnel. »

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Les FSI pour un cessez-le-feu immédiat et la fin de l’escalade militaire en Iran et au Moyen-Orient

Ces actions constituent de graves violations de la Charte des Nations unies et du droit international humanitaire. Elles aggravent un conflit dont le coût humain est supporté en grande partie par les travailleurs et travailleuses.

Les travailleurs, les civils et les institutions publiques ne doivent jamais constituer la cible d’opérations militaires. Tuer et blesser des étudiants, des enseignants et du personnel éducatif, détruire des espaces civils protégés tels que des écoles et des hôpitaux sont autant de faits intolérables à condamner sans réserve.

Les FSI se montrent également préoccupées par les représailles iraniennes. L’escalade aura pour effet d’accroître l’instabilité, de menacer la vie des civils et de risquer de plonger la région dans une guerre plus étendue et dévastatrice. Parmi ces civils, des travailleurs et travailleuses migrants, des salariés du secteur des transports dans les ports, les aéroports et en mer sont pris entre deux feux. Des morts et des blessés ont déjà été signalés alors que la violence se propage.

Le mouvement syndical international s’unit pour proscrire le recours à la force militaire qui alimente les cycles de violence et sape les fondements de la paix, de la justice et de la coopération multilatérale. La diplomatie, et non la confrontation armée, reste la seule voie légitime vers la sécurité et une paix durable.

En tant que syndicats représentant des millions de travailleurs et travailleuses tous secteurs confondus et sur tous les continents, nous appelons la communauté internationale à :

Les FSI apportent leur soutien sans faille aux travailleurs et travailleuses, aux syndicats indépendants et aux communautés en Iran et dans toute la région. La voix des salariés, trop souvent réduite au silence par la gouvernance autoritaire et la logique de la militarisation, doit être entendue. L’avenir de l’Iran et de la région doit être déterminé par ses propres citoyens, sans agression extérieure ni répression interne.

Nous réaffirmons notre engagement à construire un monde où les conflits sont résolus par la négociation, le multilatéralisme est renforcé et où tous les peuples ont le droit de vivre et de travailler dans la sécurité, la dignité, la démocratie et la paix.

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Sortie responsable : la seule voie éthique face à l’économie de guerre du Myanmar

Cinq ans après le coup d’État militaire, le Myanmar n’est plus une « destination d’approvisionnement à haut risque » mais une économie de guerre.

Le secteur de l’habillement demeure l’une des principales sources de devises fortes de la junte. La Banque mondiale a fait état de 5,5 milliards de dollars d’exportations de vêtements en 2022. Ce chiffre est resté supérieur à 5 milliards de dollars en 2023 avant de chuter à 4,46 milliards de dollars en 2024. Cette même année, l’Europe a importé, à elle seule, pour environ 2,8 milliards d’euros de produits textiles et d’habillement en provenance du Myanmar, dont une grande partie en franchise de droits dans le cadre du programme « Tout sauf les armes » (TSA) de l’UE.

Ces statistiques commerciales ne sont pas neutres. Elles reflètent des entrées massives de devises étrangères dans un système financier placé sous contrôle étroit des autorités militaires.

Les médias d’État mentionnent des allocations répétées de devises étrangères par la Banque centrale du Myanmar (CBM) à des importations prioritaires telles que le carburant et l’huile alimentaire. Le 2 septembre 2024, la CBM a donné instruction afin que des devises étrangères provenant du commerce, des exportations de vêtements de la marque CMP et des ventes de ressources naturelles puissent être affectées, jusqu’à 75 %, aux importations de carburant et d’huile de palme. Comme l’économiste Sean Turnell l’a détaillé dans son rapport The Military, Money, and Myanmar: Breaking the Nexus (L’armée, l’argent et le Myanmar : briser le réseau financier), les mesures prises après le coup d’État ont centralisé le contrôle des devises étrangères par le biais de conversions forcées, de taux de change multiples, de restrictions sur les paiements vers l’étranger et d’un contrôle strict des négociants en devises. Les recettes d’exportation, y compris celles provenant des vêtements, ne circulent pas librement dans un tel système. Elles sont captées et redirigées.

Elles contribuent à soutenir les priorités du régime.

L’armée poursuit ses bombardements aériens, ses recrutements forcés, ses détentions arbitraires et la destruction systématique des communautés civiles. Les importations de pétrole et de carburant à double usage sont indispensables à ces opérations. Lorsque les devises étrangères sont contrôlées de manière centralisée, elles deviennent un élément du mécanisme de répression.

La communauté internationale a pris conscience de cette crise.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Trésor américain a imposé des sanctions en vertu du décret 14014 visant les dirigeants militaires et les entreprises liées à l’armée. Le Bureau britannique de mise en œuvre des sanctions financières (OFSI) et l’Union européenne ont adopté des mesures restrictives parallèles. Ces sanctions interdisent de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des acteurs désignés. Elles visent à empêcher que le soutien financier ne permette de soutenir la junte.

Toutefois, les sanctions ne peuvent atteindre leur objectif si l’activité commerciale, au sens large, continue de générer des devises étrangères qui entrent dans ce même système sous contrôle. Dès lors que les devises sont saisies et réaffectées par les autorités militaires, la poursuite de l’approvisionnement risque de compromettre les objectifs de la politique de sanctions.

En juin 2025, l’Organisation internationale du travail (OIT) a invoqué l’article 33 de sa Constitution, une mesure extraordinaire utilisée uniquement en cas de violations graves et persistantes. L’OIT a appelé les États membres à revoir leurs relations avec le Myanmar et à veiller à ne pas contribuer, directement ou indirectement, aux violations en cours.

Cette analyse doit s’étendre aux préférences commerciales.

Le Myanmar continue de bénéficier du régime TSA de l’UE, qui accorde un accès au marché en franchise de droits à condition que les conventions fondamentales en matière de droits de l’homme et de travail soient respectées. Ces conditions ne sont manifestement pas remplies. La liberté syndicale a été démantelée. Les syndicats indépendants ont été interdits. Les dirigeants syndicaux sont victimes d’arrestations et de persécutions. Le maintien du régime TSA dans ces circonstances envoie un signal dangereux : les violations systématiques n’ont pas de conséquences économiques significatives.

L’UE doit immédiatement suspendre les préférences TSA accordées au Myanmar. Il ne s’agit pas d’une mesure contre les travailleurs et travailleuses, mais contre un régime qui s’approprie des revenus commerciaux. L’accès privilégié ne doit pas être autorisé s’il vient en soutien d’un système qui bafoue systématiquement les droits du travail.

Certaines enseignes affirment que le renforcement de la diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) leur permet de rester engagées de manière responsable. Or celle-ci exige que les travailleurs et travailleuses puissent s’exprimer librement et se syndicaliser de manière indépendante. Il n’existe aucune trace de ces pré-requis. Les mécanismes de surveillance ne peuvent se substituer à la liberté syndicale. En l’absence de véritables possibilités d’atténuation, le maintien de l’approvisionnement devient de plus en plus indéfendable.

Lorsque l’atténuation s’avère impossible, le désengagement devient nécessaire en vertu des Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme et des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

On ne parle pas d’un retrait brutal sans garanties mais d’un retrait responsable.

Celui-ci nécessite un préavis, des garanties salariales, des indemnités de licenciement et des fonds d’indemnisation. Il requiert la consultation des représentants légitimes des travailleurs et travailleuses, y compris celles et ceux en exil. Il exige des garanties pour empêcher le transfert des usines ou des contrats à des conglomérats liés à l’armée.

Retrait responsable ne signifie pas abandon mais refus de rester financièrement impliqué dans la répression.

Les travailleurs et travailleuses du Myanmar ont déjà payé un lourd tribut pour avoir résisté au régime militaire. Beaucoup ont rejoint le mouvement de désobéissance civile. Bon nombre ont été licenciés, déplacés ou contraints de se cacher. Ils ne réclament pas d’audits cosmétiques. Ils attendent des acteurs internationaux qu’ils alignent leurs décisions économiques sur leurs engagements déclarés en matière de droits humains.

Dans une économie de guerre, la neutralité est illusoire.

Les politiques commerciales, d’approvisionnement et de sanctions doivent être mises en cohérence avec la réalité. Continuer à mener des affaires comme si de rien n’était alors que la répression s’intensifie ne traduit pas un choix neutre. Il comporte des responsabilités.

La crédibilité des engagements mondiaux en matière de droits du travail et de droits humains repose désormais sur la volonté des gouvernements et des enseignes d’agir ou non en conséquence.

Mexique : après Pasta de Conchos, un nouveau projet de loi cible les homicides industriels

La catastrophe de la mine de Pasta de Conchos, dans l’État de Coahuila, a coûté la vie à 65 mineurs de Grupo México qui travaillaient dans des conditions extrêmement périlleuses. Les travailleurs avaient signalé à plusieurs reprises de graves manquements en matière de sécurité, comme une ventilation inadéquate, une accumulation de méthane et l’absence d’équipements essentiels. Bien que l’entreprise ait assuré que la mine répondait aux normes de sécurité, des enquêtes et des témoignages ultérieurs ont mis en évidence des conditions de travail dangereuses. Grupo México a d’emblée nié toute responsabilité et a suspendu les opérations de sauvetage cinq jours après l’accident, laissant 63 mineurs piégés sous terre.

Le député Jesús Jiménez a récemment présenté au Parlement un projet de loi visant à intégrer la notion d’« homicide industriel » dans le Code pénal. Ce texte prévoit de tenir les entreprises pénalement responsables des décès de travailleurs et travailleuses par suite de violations graves des réglementations en matière de sécurité industrielle et de santé au travail. Il a pour objectif la mise en place de mécanismes juridiques destinés à prévenir des tragédies industrielles similaires.

A l’origine, Napoleón Gómez Urrutia, Secrétaire général de Los Mineros, syndicat affilié à IndustriALL, en a rédigé le contenu avec en ligne de mire la garantie que la responsabilité des entreprises ne soit diluée par des procédures administratives. Il a également appelé au sauvetage immédiat des travailleurs et travailleuses, à une enquête objective, neutre et indépendante pour déterminer les causes et punir les responsables par le biais de sanctions légales fortes, et, en cas de décès, à une indemnisation équitable et digne pour les familles.

Napoleón Gómez Urrutia s’est confié au journal mexicain La Jornada :

« L’objectif est de renforcer le cadre juridique afin que l’obligation des entreprises de garantir la sécurité ne reste pas lettre morte et que, lorsque la négligence entraîne la mort, il y ait des conséquences pénales incontestables. Il s’agit de transformer le monde du travail en un monde plus juste et plus digne, où la vie des travailleurs et travailleuses a plus de valeur plus que tout profit, gain ou bilan financier. (…) Nous ne pouvons pas effacer Pasta de Conchos de nos mémoires ni nous en détourner. »

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« Vingt ans après le tragique accident mortel survenu à Pasta de Conchos, au Mexique, justice n’a toujours pas été rendue aux 65 victimes et à leurs familles. Grupo México n’a pas assumé ses responsabilités et le pays n’a pas honoré, à ce jour, le sacrifice de ces vies par l’adoption d’une loi qui garantisse la responsabilité des entreprises. La nouvelle législation doit créer des chaînes de responsabilité fiables et fonctionnelles dans le secteur minier. Les 65 mineurs qui ont perdu la vie et leurs familles méritent ce respect, tout comme l’ensemble des communautés minières du Mexique. »

Une coulée de boue mortelle piège des mineurs à 800 mètres sous terre

Une coulée de boue piège des mineurs

Une coulée de boue survenue aux premières heures du 17 février dernier a provoqué un grave afflux de boue et d’eau dans certaines sections du puits, piégeant les mineurs à plus de 800 mètres de profondeur. Ce 20 février, le Ministre des Ressources minières et pétrolières, Gwede Mantashe, s’est rendu sur le site et a déclaré que les mineurs devaient être présumés décédés en raison de leur exposition prolongée à des conditions extrêmes.

Le syndicat exprime sa sympathie

Mosepedi Sanane, Secrétaire régional du Syndicat national des mineurs (NUM) de Kimberley, a exprimé sa sympathie :

« Nos pensées et nos prières accompagnent les familles et les collègues des travailleurs et travailleuses affectés en ces jours extrêmement difficiles. Nous continuons à espérer qu’ils seront retrouvés vivants et qu’ils pourront rentrer chez eux sains et saufs. »

Appel à une enquête indépendante

Tout en accordant la priorité aux efforts de sauvetage, le NUM a exhorté le ministère des Ressources minières et de l’Énergie à ouvrir une enquête indépendante approfondie. Le syndicat insiste sur la nécessité d’un processus transparent afin d’identifier les causes de la catastrophe et de déterminer si d’éventuelles défaillances des systèmes de gestion de la sécurité ou des protocoles opérationnels y ont contribué. Le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud (NUMSA) a fait écho à ces préoccupations, soulignant que les efforts de sauvetage devaient se poursuivre.

Les dangers permanents de l’exploitation minière

Dans sa déclaration, le syndicat UASA a pointé du doigt les dangers constants associés à l’exploitation minière, insistant sur le fait que le gouvernement, les parties prenantes du secteur minier, les partenaires sociaux ainsi que les employeurs doivent redoubler d’efforts pour atteindre l’objectif «zéro blessure».

« Malgré les protocoles de sécurité en vigueur, l’exploitation minière induit l’un des métiers les plus dangereux, mettant régulièrement en péril la vie des travailleurs et travailleuses. Chaque décès ou blessure grave fait peser d’énormes difficultés économiques sur les familles des victimes, érodant la sécurité financière de ces ménages et leurs moyens de subsistance à long terme »

a indiqué l’UASA.

Des mesures de sécurité plus strictes exigées

En outre, les syndicats affirment que cette coulée de boue a mis en relief la nécessité d’une évaluation rigoureuse des risques, d’une surveillance géotechnique renforcée et d’une application stricte des normes réglementaires afin d’atténuer les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses.

Glen Mpufane, Directeur du secteur minier chez IndustriALL, a déclaré :

« Cette tragédie met en évidence les défis structurels permanents en matière de sécurité minière en Afrique du Sud, en particulier dans les petites exploitations diamantifères, où les risques géologiques tels que les coulées de boue, rendues plus dangereuses par la présence d’eaux souterraines ou pluviales, peuvent entraîner des inondations rapides et dévastatrices. Cela nécessite des inspections régulières ainsi que le respect des protocoles de santé et de sécurité d’application dans les mines. »

DRDH : transformer la conformité aux normes en véritable levier

En ouverture de session, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a avisé que même si les accords-cadres mondiaux ont fait avancer le débat, ils ne sont pas juridiquement contraignants. Leur portée s’avère donc insuffisante pour protéger pleinement les travailleurs et travailleuses. À titre d’exemple, les réglementations récemment adoptées en France, en Allemagne, en Norvège et au sein de l’UE marquent certes un progrès majeur sur les cinq dernières années, a-t-il déclaré, mais il reste toutefois des batailles décisives à livrer pour aboutir à leur mise en œuvre.

Lors de son discours inaugural, Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a fait valoir qu’à défaut d’une volonté concertée des syndicats d’asseoir leur pouvoir et de faire de la DRDH un outil vivant, les cadres juridiques n’ont pas de réelle utilité. Elle a souligné qu’il nous appartient aussi de nous adapter à mesure que les modèles économiques évoluent, en veillant à défendre sans relâche les droits des travailleurs et la liberté syndicale au sein d’une économie en mutation rapide.

La tâche des syndicats consiste à créer une véritable dynamique autour de la DRDH en rapprochant les efforts de syndicalisation dans les pays du Nord et du Sud et en rendant possible l’application de la diligence raisonnable à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Des syndicats forts et des structures durables sont essentiels, comme l’a pointé Atle Høie, car sans syndicats, il n’y a pas de véritable démocratie.

Les syndicats doivent être moteur de changement

Au cours de ces deux journées d’échanges, les intervenants ont mis l’accent tant sur les risques que sur les opportunités qui se présentent. Veronica Nilsson, membre de la Commission syndicale consultative TUAC, a souligné l’importance incontournable des points de contact nationaux de l’OCDE, tandis que Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a insisté sur la nécessité de renforcer la densité syndicale et de soutenir directement les travailleurs et travailleuses sur le terrain.

Les participants ont exprimé leur vive inquiétude quant au fait que les entreprises se refont une virginité par le biais d’initiatives industrielles peu contraignantes et d’audits volontaires. Changer la réalité sur les lieux de travail grâce à un renforcement du contrôle, de la communication et des réseaux syndicaux transfrontaliers s’impose comme une priorité pour bon nombre d’entre eux.

Les discussions au plan sectoriel ont fait ressortir l’urgence de la situation. Justice Chinhema, du syndicat du diamant du Zimbabwe ZDAMWU, a fait état de violations quotidiennes des droits syndicaux fondamentaux dans le secteur minier et s’est interrogé sur la manière dont le cadre de la DRDH s’applique lorsque les investisseurs en Afrique subsaharienne proviennent de pays non européens. Claudia Rahman, du syndicat allemand IG Metall, a souligné qu’une DRDH efficace dépend de structures solides et d’une  évaluation scrupuleuse des risques, en ce compris les mesures de représailles contre les travailleurs et travailleuses. Elle a fait remarquer que les syndicats des maisons mères disposent d’un levier important, mais que leurs succès reposent sur une coopération beaucoup plus étroite avec les syndicats des pays de production. Ildikó Krén a mis en exergue, au nom d’industriAll Europe, la nécessité de former les salariés et d’élaborer des stratégies de syndicalisation concrètes qui permettent de transposer le concept abstrait de DRDH en améliorations concrètes des conditions de travail.

La deuxième journée avait pour thème la coordination le long des chaînes de valeur mondiales. Karin Ström, a présenté, pour le compte du syndicat Unionen, un outil d’analyse de la transparence permettant de cartographier les chaînes d’approvisionnement tandis que Nazma Akter, du syndicat bangladais SGSF, a cité l’Accord international pour preuve que des mécanismes juridiquement contraignants, axés sur les travailleurs et travailleuses, peuvent fonctionner lorsqu’ils se fondent l’unité.

La conférence de Paris a lancé un message explicite : les syndicats sont prêts à agir avec les outils dont ils disposent. Le défi consiste désormais à y recourir de manière stratégique afin que la DRDH ne se résume pas seulement à une question de conformité, mais fasse aussi office de levier.

De la conformité à un véritable levier

Prenant appui sur les entretiens de Paris, IndustriALL et industriAll Europe continueront à faire avancer le dialogue sur la manière de traduire ces idées en une approche plus structurée et coordonnée. Les prochaines étapes potentielles comprennent une cartographie plus élaborée des outils réglementaires et instruments de levier, le renforcement des réseaux syndicaux mondiaux, l’exploration de moyens pour mieux intégrer la DRDH dans les accords-cadres mondiaux ainsi que le renforcement du potentiel des affiliés à tous les niveaux.

Les syndicats argentins orchestrent une grève nationale contre la réforme du travail

L’objectif était d’opposer un refus, le jour même de son débat en Chambre des députés, au projet de loi sur la « modernisation du travail » promu par le Président argentin Milei. Les salariés affirment que ce texte, qui ampute certains droits individuels et collectifs inscrits dans la Constitution nationale, pourrait accroître la précarité de l’emploi.

Vendredi dernier, en tout début de matinée, les Députés ont approuvé la réforme du travail par 135 voix pour et 115 contre. Cependant, en raison de nouveaux amendements, le Sénat doit ratifier le texte avant sa promulgation. La modification majeure réside dans l’abandon de l’article 44, qui portait une coupe sombre à l’indemnisation des congés de maladie, avec une couverture réduite à 75 % voire 50 %.

Dans son appel officiel à la grève nationale, la Confédération générale du travail de la République argentine (CGT) a mis en avant la perte de quelque 120.000 emplois dans le secteur privé et 80.000 dans le secteur public. Le nombre d’employés de maison a, quant à lui, baissé de 25.000 durant les deux années du mandat de Milei. Elle a également mis le doigt sur l’aggravation de la crise, la destruction du tissu industriel, la hausse du chômage, la diminution du pouvoir d’achat ainsi que sur l’accroissement de la dette publique et privée.

La CGT a fait ressortir que les graves problèmes de pauvreté, de chômage, de précarité et de détérioration du contexte social ne découlent pas des réglementations inhérentes au marché du travail, mais sont la conséquence directe d’une absence de croissance et d’investissements productifs au plan des politiques économiques nationales. Elle a souligné, par ailleurs, que ses adhérents sont ouverts à une véritable modernisation du travail, qui soit respectueuse des droits acquis et qui fasse œuvre commune afin que le pays, en équilibrant croissance et progrès, puisse offrir de meilleures perspectives de développement personnel, familial et communautaire.

Les Centrales syndicales argentines CTA-A et CTA-T se sont également jointes à la grève contre la réforme du travail, la qualifiant de régressive pour la classe ouvrière. La CTA-A a déclaré que le projet de loi en question constitue à la fois une attaque directe contre les droits de la population dans son ensemble et une atteinte à la démocratie. Elle a martelé qu’il abolit des acquis historiques tels que les congés payés, le repos hebdomadaire, les indemnités de licenciement, la journée de travail de huit heures et les dispositifs de protection de base. Elle anticipe les conséquences de l’adoption d’un tel document, à savoir une plus grande précarité, une flambée du travail informel, une hausse du chômage et une exclusion sociale accrue.

La CTA-T a qualifié la réforme d’acte d’agression du gouvernement contre les travailleurs et travailleuses, qui survient dans un contexte anxiogène, alors que l’Argentine affiche l’un des salaires moyens les plus bas d’Amérique latine assorti d’une perte du pouvoir d’achat d’environ 30 %, le tout sur fond de milliers de nouveaux licenciements. Elle a expliqué que la réforme du travail et son cortège de mesures d’austérité ne constituent pas un volet isolé, mais s’inscrivent dans un projet régressif qui vise à faire peser le poids de la crise sur les épaules de celles et ceux qui vivent de leur travail.

IndustriALL soutient fermement les syndicats argentins dans leur opposition à la réforme du travail. Celle-ci soulève de sérieuses préoccupations du point de vue syndical, car elle propose des mesures susceptibles d’affaiblir la négociation collective, de restreindre l’activité syndicale et de porter atteinte aux droits fondamentaux reconnus par les normes internationales du travail de l’OIT, en particulier la liberté d’association, le droit à la syndicalisation et à la négociation collective.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« Je félicite nos affiliés argentins de résister à ces assauts contre les droits des travailleurs. La réforme de la loi du travail prouve à quel point le Président Milei se moque du sort des travailleurs et travailleuses. La grève nationale témoigne d’une opposition forte dont le Parlement devra tenir compte. »

Coup d’accélérateur à Chattanooga : une convention historique chez VW franchit la ligne d’arrivée

L’accord verrouille une augmentation salariale de 20 %, une réduction des coûts de santé, des garanties en matière de sécurité de l’emploi ainsi qu’une procédure exécutoire pour le règlement des conflits, offrant ainsi la dignité, la sécurité et le respect tant attendus sur le lieu de travail. Ce scrutin marque l’aboutissement d’une lutte longue de plusieurs années pour obtenir la reconnaissance syndicale et le droit à la négociation collective.

Cette victoire fait suite à la décision prise par les travailleurs et travailleuses, en avril 2024 et à une écrasante majorité, de s’affilier au Syndicat américain de l’automobile (UAW), avancée majeure pour la syndicalisation dans le Sud, traditionnellement hostile aux syndicats. En octobre 2025, après plus d’un an de négociations, les salariés ont fait preuve de leur détermination par le vote d’une grève leur permettant d’obtenir un accord équitable. Le mandat ainsi donné a renforcé leur pouvoir de négociation et, début février, un projet de convention a été conclu, approuvé depuis, de façon retentissante, par les adhérents.

« Cette victoire est révélatrice de ce qui devient possible lorsque les travailleurs et travailleuses se mobilisent et refusent d’être ignorés. Nous n’avons pas seulement obtenu de meilleurs salaires et des normes plus élevées au sein de notre usine d’assemblage, nous avons imposé le respect à la table des négociations et avons couché le tout sur le papier », a déclaré Yogi Peoples, membre du Comité de négociation. « Notre victoire ici chez Volkswagen doit parler à tous les salariés du secteur de l’automobile : ne laissez pas la direction vous diviser. Lorsque les travailleurs et travailleuses se battent ensemble, unis et sans crainte, nous pouvons surmonter les obstacles et obtenir gain de cause. »

Le Président de l’UAW, Shawn Fain, a salué le courage et la persévérance des travailleurs et travailleuses :

« Les travailleurs de Volkswagen ont encore une fois soulevé des montagnes. Ils ont eu le courage de se dresser et de se syndiquer, puis la force de caractère d’autoriser une grève et de tenir bon pour obtenir une convention qui les honore. Ils montrent la voie à l’ensemble du mouvement syndical et aux salariés du secteur de l’automobile non syndiqués partout dans le monde. Bienvenue dans la famille UAW. »

La victoire de Chattanooga a été obtenue grâce à une solidarité qui dépasse les frontières. Les travailleurs et travailleurs ont reçu le soutien du Conseil d’entreprise de Volkswagen et d’IG Metall, le puissant syndicat allemand des métallurgistes, affilié à IndustriALL, démontrant ainsi l’importance de la coopération syndicale à échelle mondiale au sein des entreprises multinationales.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est félicité de cette avancée :

« Il s’agit d’une victoire historique non seulement pour les travailleurs de Volkswagen à Chattanooga, mais aussi pour l’ensemble des salariés partout aux États-Unis et dans le monde. Elle prouve que lorsque les travailleurs et travailleuses se syndicalisent collectivement et restent fermes, ils peuvent obtenir des accords contraignants. Cela envoie un signal fort aux entreprises multinationales partout dans le monde : le respect des droits syndicaux et de la négociation collective n’est pas facultatif, il est fondamental. »

Peu après avoir obtenu la reconnaissance syndicale, les adhérents ont élu un comité de négociation composé de 20 membres issus de leurs rangs, afin de s’assurer que l’ordre du jour des négociations reflète les priorités de la base. Le texte ratifié fournit désormais un cadre juridiquement contraignant synonyme de salaires équitables, de soins de santé plus accessibles, de conditions de travail plus sûres et de protections probantes contre le favoritisme.

Illustrations : site web de l’UAW