Peu d'espoir pour les travailleurs licenciés par Rieter India

Rieter India menace des responsables syndicaux de suspension, de transfert et de licenciement depuis qu'au début de 2023, les membres de la RIEF se sont mis en grève et ont porté plainte auprès du département du travail contre les pratiques déloyales du travail de la direction qui refusait d'entendre les préoccupations du syndicat.

En mai 2024, 33 des 350 adhérents du syndicat ont été licenciés, dont plusieurs de ses responsables, tandis que 27 travailleurs étaient suspendus dans l'attente d'une enquête sur de prétendues manifestations devant le domicile d'un représentant de la direction. Rieter India a aussi porté plainte au civil contre d'autres adhérents qui avaient fait grève de la faim devant les grilles de l'usine en juillet 2023 et pour avoir prétendument fait perdre 1,2 million de dollars pendant la première grève de janvier 2023. En outre, des plans de départ volontaire ont aussi été proposés à des membres du syndicat.

En novembre de l'an dernier, après des changement dans l'équipe de direction indienne, le syndicat a repris un dialogue de bonne foi avec la nouvelle direction. En dépit d'échanges positifs, le 19 décembre 2024, cette direction a décidé de ne pas réintégrer les travailleurs licenciés, mais aussi de licencier ceux qui avaient été suspendus.

Rohit Pawar, le secrétaire général de Shramik Ekta Mahasangh, déclare :

"Nous avons tenté sans relâche de régler les problèmes de manière cordiale, mais ça n'a pas marché. Nous avons appris que le CEO de Rieter devrait visiter l'usine en février. Nous lui avons écrit pour lui demander de rencontrer les membres du syndicat et de répondre à nos préoccupations."

Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL, a déclaré :

"Nous exprimons notre solidarité avec les grévistes de Rieter India. IndustriALL invite la direction de Rieter à répondre immédiatement aux préoccupations du syndicat à propos des pratiques déloyales du travail de la direction indienne et des licenciements de ses membres notamment."

Le Maroc se prépare à la grève générale des 5 et 6 février

Une grève générale nationale aura lieu au Maroc les 5 et 6 février, les syndicats protestant contre les politiques gouvernementales qui, ils l’affirment, portent atteinte aux droits des travailleurs et travailleuses et érodent le pouvoir d’achat.

La Confédération démocratique du travail (CDT) a annoncé cette grève à l’issue d’une réunion de son Conseil national à Casablanca ce 1er février. L’Union marocaine du travail (UMT) a confirmé sa participation ce 2 février. D’autres organisations syndicales, dont la Confédération démocratique du travail, l’Organisation démocratique du travail et la Fédération des syndicats démocratiques, soutiennent également l’appel à la grève.

Au cœur du conflit se trouvent la proposition de loi du gouvernement sur la réglementation des grèves, ainsi qu’un projet controversé de fusion de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) avec la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Les syndicats affirment que ces réformes éroderont des avancées durement acquises par les travailleurs et travailleuses, affaibliront les droits syndicaux et nuiront aux prestations des salariés assurés.

Voici ce dont les dirigeants des syndicats accusent le gouvernement :

Les syndicats marocains critiquent également le gouvernement pour sa gestion de l’inflation, arguant que la hausse des prix exacerbe la pauvreté et la vulnérabilité sociale.

Dans un communiqué publié le 2 février, l’UMT a indiqué que la grève est déclenchée pour revendiquer un contrôle des prix afin de limiter l’inflation et la spéculation, la suspension du projet de loi sur la grève, qui doit être discuté à la Chambre des conseillers le 3 février, et des négociations urgentes sur les droits du travail et les politiques économiques.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Nous sommes solidaires des travailleurs et travailleuses marocains qui protestent contre le mépris du gouvernement pour leurs droits et leur bien-être. Nous demandons instamment au gouvernement du Maroc d’entendre cet appel et de s’engager avec les syndicats pour un meilleur avenir pour les travailleurs et travailleuses du pays. Et nous demandons fermement que toutes les discussions sur la limitation du droit de grève, un droit fondamental des travailleurs et travailleuses, cessent immédiatement.”

Illustration : manifestation de travailleurs et travailleuses au Maroc, janvier 2025

1.500 travailleurs perdent leur emploi avec la fermeture de Yazaki en Uruguay

Les travailleurs ont été informés de cette décision le 30 janvier. D’après le syndicat, l’équipementier automobile ferme ses ateliers de Las Piedras et Colonia sans préavis ou négociation, empêchant ainsi toute discussion sur des solutions de rechange pour préserver l’emploi. 

Danilo Dárdano, le président du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et apparentés (UNTMRA) et de la Confédération des syndicats de l’industrie d’Uruguay, a déclaré : 

"Une entreprise ne peut pas tout simplement partir du jour au lendemain. Une restructuration doit être discutée au préalable. Le nouveau gouvernement doit changer les règles pour éviter que cela se reproduise. Ils ont fermé l'usine et ne répondent pas à nos appels. Le ministère du Travail a prévu une réunion pour discuter des licenciements, mais c'est d'une réouverture que nous voulons discuter." 

Dans un communiqué, l'UNTMRA se dit choqué par cette fermeture, notant que tout au long de 2024, il a eu des pourparlers avec des organismes de l'industrie, avec le ministère du Travail et avec Yazaki sur des politiques de soutien au secteur et d'appel aux investisseurs. La direction évoque principalement la faiblesse du peso face au dollar et les conflits du travail pour justifier sa décision, tandis que le syndicat réaffirme avoir toujours privilégier la protection de l'emploi sur toute autre question. 

La fédération uruguayenne PIT-CNT condamne cette fermeture, faisant valoir qu'une entreprise qui emploie 240.000 personnes dans 46 pays ne peut justifier une fermeture par les coûts de production et des conflits avec les syndicats, au vu de son bilan en matière de négociation collective. 

Lors d'une conférence de presse donnée le 31 janvier, le président de la PIT-CNT, Marcelo Abdala, a déclaré : 

"Yazaki a agi de manière sournoise et déloyale envers les travailleurs et envers le pays. Son manque de considération pour 1.500 travailleurs, en majorité des femmes et des jeunes, est inacceptable. Nous demandons des discussions tripartites sur le développement économique et exhortons les autorités à intervenir et défendre ces emplois." 

Le secrétaire régional d'IndustriALL, Marino Vani, a aussi critiqué les actions de la direction : 

"L'attitude de Yazaki vis-à-vis des travailleurs et de la communauté de ce pays est regrettable. Nous appelons la direction à rencontrer l'UNTMRA et à reconsidérer cette fermeture que rien ne justifie et qui est un coup dur pour l'économie uruguayenne et le MERCOSUR."

Les travailleurs et travailleuses indiens vont manifester massivement le 5 février

Ces manifestations font suite aux attaques incessantes du gouvernement indien contre les droits des travailleuses et travailleurs, et notamment au projet de mise en œuvre d’une législation du travail qui leur serait hostile.

Les syndicats indiens n’ont cessé d’exprimer leur inquiétude face à la détérioration des conditions économiques et à l’érosion des droits constitutionnels et démocratiques sous le gouvernement actuel. Dans un communiqué de presse publié le 7 janvier, les responsables syndicaux ont condamné les politiques anti-ouvrières du gouvernement, notamment la privatisation, le désinvestissement des entreprises et des services publics et le refus de rétablir l’ancien régime de retraite.

Les syndicats sont particulièrement alarmés par la prochaine session budgétaire, dont ils craignent qu’elle ne donne la priorité aux intérêts des entreprises au détriment de la classe ouvrière. Ils préviennent également que les lois controversées sur le travail promulguées en 2020, qui ont été bloquées en raison de la résistance massive des travailleurs et travailleuses, seront probablement appliquées cette année. Les syndicats sont déterminés à intensifier leur lutte pour empêcher leur mise en œuvre.

La plateforme commune exhorte les travailleuses et travailleurs de l’ensemble du pays à lancer une résistance déterminée contre les politiques injustes du gouvernement, notamment l’imposition de nouveaux codes du travail. Une série de manifestations de protestation auront lieu dans tout le pays et culmineront par une grève générale dont la date n’a pas encore été annoncée.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a exprimé sa forte solidarité avec les syndicats indiens, en déclarant :

“IndustriALL salue la détermination des syndicats indiens dans leur lutte contre des politiques gouvernementales injustes. La résilience et l’unité de la classe ouvrière indienne sont une source d’inspiration pour les syndicats du monde entier. Nous exhortons le gouvernement indien à respecter les droits des travailleuses et travailleurs, à engager un dialogue constructif avec les syndicats et à veiller à ce que le droit du travail s’aligne sur les normes internationales du travail.”

Illustration : image d’une manifestation de masse en Inde en 2022

La Zambie ratifie la convention 190 pour mettre fin à la violence et au harcèlement au travail

Les organisations syndicales de Zambie affiliées à IndustriALL Global Union représentent des dizaines de milliers de travailleurs des secteurs de l'énergie, de l'ingénierie, de la mine, du ciment, de la chimie et des industries manufacturières où sont signalés des cas de violence et de harcèlement au travail.

D'après des rapports des Nations unies, une femme ou jeune-femme sur trois a subi de la violence physique en Zambie, et 17 pour cent de la violence sexuelle. Les rapports imputent cette situation à des inégalités de genre solidement ancrées et à des structures de pouvoir patriarcales que renforcent des normes sociales et culturelles. Ces pratiques nocives, dont la violence domestique, ont aussi cours sur les lieux de travail et font de la lutte contre la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG) un thème crucial pour les syndicats.

Les syndicats ont milité pour la ratification de la C190 en organisant des campagnes nationales en collaboration avec le Congrès des syndicats de Zambie (ZCTU) et en faisant pression sur le gouvernement par le biais du dialogue social.

Astridah Matau Phiri, la directrice en charge de l'éducation et la formation des travailleurs au Syndicat national des travailleurs du commerce et de l'industrie (NUCIW), a souligné le rôle des syndicats dans cette grande avancée :

"Il s'agit d'une grande conquête pour les syndicats zambiens. Nous n'avons cessé de faire campagne pour la ratification de la convention 190. Nous remercions aussi IndustriALL pour les outils de campagne qu'il a mis au point et qui nous ont permis de sensibiliser les travailleurs à l'importance de la convention."

Le NUCIW s'est rendu sur les lieux de travail, a distribué des tracts appelant à stopper la VHBG et a formé des délégués à la lutte contre les inégalités et la discrimination. Il a aussi insisté sur la nécessité d'instaurer une culture du lieu de travail qui respecte les droits des travailleurs, quelle que soit leur identité de genre.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, fait remarquer que la ratification n'est qu'un début : 

"Le bureau régional recommande aux syndicats zambiens de considérer que la ratification est importante mais que c'est un premier pas. En réalité, la difficulté est au niveau de la mise en œuvre. Il est essentiel de mettre en place des politiques du lieu de travail conformes à la recommandation 206 de l'OIT et d'intégrer la C190 dans la législation du travail nationale de sorte que les choses changent réellement dans le monde du travail."

IndustriALL Global Union continuera d'appuyer les syndicats zambiens dans leurs efforts pour que la convention se traduise par des protections tangibles pour les travailleurs.

Les affiliés d'IndustriALL en Zambie sont :

La ratification de la convention 190 par la Zambie est une étape dans la lutte contre la violence et le harcèlement au travail. Maintenant, les syndicats vont concentrer leurs efforts sur sa mise en œuvre et son application.

Renouvellement de l’accord-cadre mondial EDF avec des protections renforcées pour les travailleurs et travailleuses

L’accord, initialement signé en 2005 et renouvelé en 2018, a été mis à jour pour refléter les nouveaux défis et priorités, en particulier dans les domaines de la transformation numérique, de la durabilité environnementale et des droits au travail. Les négociations, qui se sont déroulées tout au long de l’année 2024, ont abouti à des avancées significatives pour le personnel d’EDF dans le monde entier.

Améliorations clés de l’accord 2025-2030 :

Dans le cadre de l’accord renouvelé, le Comité mondial de dialogue sur la responsabilité sociale et environnementale (CMDRSE) d’EDF se réunira en février 2025 pour élaborer une stratégie de mise en œuvre et veiller à ce que les engagements soient effectivement intégrés dans les politiques et les pratiques de l’entreprise dans le monde entier.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, s’est félicité du renouvellement de l’accord en déclarant :

“Cet accord marque une avancée significative pour les travailleurs et travailleuses d’EDF et de l’ensemble du secteur de l’énergie. Il renforce notre engagement collectif en faveur d’une Transition juste, en veillant à ce que les droits des travailleurs et travailleuses soient protégés au milieu de la transition vers une énergie durable. L’inclusion des politiques de transformation numérique et d’IA garantit que les travailleurs et travailleuses ne sont pas laissés pour compte alors que les nouvelles technologies remodèlent l’industrie. Nous continuerons à suivre de près la mise en œuvre de ces engagements dans le cadre de notre dialogue social permanent avec EDF.”

Crédit photo : Fourgon EDF dans un quartier résidentiel – Référence Shutterstock : 2291763809

Lutte contre les législations antisyndicales en Asie du Sud-Est

Les affiliés indonésiens d’IndustriALL ont combattu la loi omnibus depuis son annonce en octobre 2019. Grâce à des recours juridiques, la Cour constitutionnelle l’a jugée conditionnellement inconstitutionnelle, a fait droit à 21 des 71 requêtes des syndicats et a ordonné au gouvernement de promulguer une nouvelle loi dans un délai de deux ans.

Prihanani Boenadi, Coprésident du CE d’IndustriALL Asie-Pacifique et Chef du département international de la FSPMI, a déclaré :

“Les actions de solidarité internationale par le biais d’exposés d’experts devant la cour constitutionnelle ont été très utiles, car les juges ont pris ces positions au sérieux. Nous continuerons à plaider en faveur d’une législation du travail favorable aux syndicats avant que le gouvernement n’introduise la nouvelle loi d’ici deux ans.”

La disposition de la loi Omnibus relative aux travailleurs et travailleuses externalisés, qui autorise des contrats à durée indéterminée, a été annulée, mais la disposition similaire relative aux contrats à durée déterminée est restée inchangée dans le code du travail philippin.

Après que le Président de l’époque, Rodrigo Duterte, a opposé son veto au projet de loi sur la sécurité d’emploi en 2019, quatre nouveaux projets de loi ont été présentés au Congrès philippin pour interdire la contractualisation, permettre aux conseils tripartites de décider de l’externalisation et réglementer les sous-traitants disposant d’un capital d’au moins 10 millions de pesos philippins (178.571 dollars).

Paul Gajes, Responsable législatif du Congrès des syndicats des Philippines (TUCP) et Raymond Democrito C. Mendoza, Vice-président de la Chambre des représentants, ont déclaré qu’ils feraient pression en faveur du projet de loi sur la sécurité de l’emploi en utilisant les rapports de l’OIT et de la CSI sur les violations des droits des travailleurs, en tirant parti des accords commerciaux internationaux et en construisant des coalitions avec des syndicats au plan national et international.

En Thaïlande, la Confédération du travail industriel de Thaïlande (CILT) fait campagne pour la ratification des Conventions 87 et 98 de l’OIT depuis trois décennies. La Confédération a mis en place en 2023 un réseau de soutien aux Conventions 87 et 98 de l’OIT composé de 26 syndicats et autres organisations de travailleurs. Ce réseau a interpellé les représentants commerciaux de l’Union européenne et IndustriALL Europe à plusieurs reprises, revendiquant l’inclusion de la ratification des deux conventions de l’OIT dans les négociations de l’accord de libre-échange entre l’UE et la Thaïlande.

En revanche, la mise en œuvre en Malaisie de la législation amendée sur les syndicats en septembre 2024 signifie qu’il est maintenant possible d’y syndiquer les travailleurs et travailleuses de plusieurs secteurs et qu’il est autorisé d’avoir plusieurs syndicats qui se concurrencent démocratiquement. Le Conseil d’IndustriALL Malaisie et la Coalition pour la réforme du droit du travail se félicitent de cette plus grande liberté syndicale et s’engagent sur le chemin de la réforme, car de nombreuses dispositions du droit du travail sont encore jugées anti-syndicales.

Patuan Samosir, Directeur principal pour la syndicalisation et les projets de la CSI en Asie-Pacifique, a déclaré :

“Bien que des progrès significatifs ont été enregistrés dans certains domaines, les travailleurs et travailleuses continuent à faire face à des défis liés aux protections juridiques, aux conditions de travail et aux droits syndicaux. Le renforcement du droit du travail, la promotion des droits des travailleurs et l’autonomisation des syndicats seront essentiels pour améliorer la vie des travailleurs et travailleuses de la région.”

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Nous vivons une période de lutte des classes. Les attaques au plan mondial contre les Fédérations syndicales et les droits des travailleurs et travailleuses conduit à plus d’exploitation. Nous devons mobiliser les travailleurs et travailleuses pour soutenir les luttes contre les réformes antisyndicales dans les quatre pays concernés, soutenons-nous les uns les autres, en n’oubliant pas nos camarades qui luttent au Cambodge, au Myanmar et en Corée.”

Un affilié du Bangladesh signe un ACM avec Hop Lun

Avec cet accord, entré en vigueur en décembre 2024, le salaire de base augmente de 10 pour cent bien que le syndicat réclamait au départ 20 pour cent pour l'ensemble des salaires. La prime d'assiduité est passée de 800 takas (6,50 $) à 1.050 takas (8,50 $) et ne peut être déduite pour les congés acceptés. Une prime de jours fériés égale à la totalité du salaire de base sera versée aux travailleurs ayant au moins six mois d'ancienneté. 

Le syndicat a aussi obtenu la promotion d'au moins 100 travailleurs chaque année, dont au moins 80 pour cent de femmes qui auront droit aux prestations de maternité prévues par la loi, soit 122 jours de congé de maternité. Les femmes enceintes pourront passer gratuitement des écographies prises en charge par la direction et auront droit à des repas supplémentaires leur assurant 2.400 calories par jour. Jusqu'à l'âge de six ans, les enfants auront droit à des services de soins et de garderie, ainsi qu'à des repas équilibrés et des programmes de jeux.

L'accord comporte des dispositions en matière de droits des handicapés, de diversité de genre et d'égalité. La direction prendra des dispositions pour promouvoir la diversité de genre, avec des formations notamment. Les travailleuses et les femmes dans le besoin recevront gratuitement chaque mois deux paquets de serviettes hygiéniques ou de tampons réutilisables. En plus, le personnel recevra une formation sur la santé reproductive.

Nazma Akter, la présidente de la SGSF, qui siège aussi au comité exécutif d'IndustriALL, déclare :

"Cet accord fera date. Le syndicat a négocié et obtenu plusieurs dispositions progressistes, notamment des droits pour les personnes handicapées, l'égalité et la diversité de genre, ainsi qu'une Transition juste."

L'accord préconise aussi la création d'un comité permanent pour la Transition juste composé de représentants du syndicat et de la direction. Sa mission consistera notamment à formuler un code de bonne conduite et à discuter régulièrement de la question du changement climatique et des mesures nécessaires pour lutter contre son impact.

Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement, a déclaré :

"Nous félicitons le syndicat et les travailleurs de Hop Lun qui ont négocié avec succès un accord favorable aux travailleurs. IndustriALL soutiendra toujours ses affiliés dans leur combat pour les droits des travailleurs." 

Myanmar : la situation du travail forcé s’aggrave

Les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection sont contraints d’effectuer des heures supplémentaires sans compensation ni avantages, des objectifs de production excessifs étant fixés, les arriérés de salaires sont fréquents et des mineurs ont été embauchés illégalement. Les traitements dégradants, tels que les cris et les remarques insultantes, sont la norme en raison de l’absence de syndicats ; l’armée est appelée à réprimer les protestations si les employeurs doivent des salaires.

Selon Myanmar Labour News, les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection de la société Wonderful Apparel Co. recevaient un salaire journalier de 10,000 kyats (équivalent de 4,70 dollars) et devaient travailler toute la nuit. Dès lors qu’elles avaient refusé de faire des heures supplémentaires, 19 travailleuses ont été immédiatement licenciées. Les cotisations de sécurité sociale étaient déduites des salaires, mais les travailleuses ne bénéficiaient d’aucune couverture médicale. Lorsque 500 travailleurs de l’usine Charis Sculpture se sont mis en grève pour réclamer des salaires décents et le paiement des heures supplémentaires, treize d’entre eux ont été licenciés et deux ont été agressés à l’extérieur de l’usine.

La Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) s’est inquiétée des heures supplémentaires forcées, affirmant que les travailleurs et travailleuses du secteur de la confection se voient assigner des objectifs déraisonnables et sont ensuite contraints de travailler plus longtemps au motif qu’ils ne sont pas en mesure de le faire pendant les heures de travail normales. Souvent, les responsables de l’usine crient sur les travailleurs et refusent d’organiser le transport de retour pour ceux et celles qui refusent de faire des heures supplémentaires. La CTUM affirme que les travailleurs ont perdu leurs droits légaux après le coup d’État ; les salaires seront déduits s’ils prennent des congés et seront licenciés après avoir pris un congé de trois jours.

La situation des travailleurs et travailleuses du secteur de la confection au Myanmar répond aux indicateurs de travail forcé de l’Organisation internationale du travail (OIT) : abus de vulnérabilité, tromperie, violence physique, intimidation et menaces, rétention de salaire et heures supplémentaires excessives. L’OIT a suspendu la participation de la junte militaire aux réunions de son organe directeur et a cessé toute assistance technique. Elle a également inscrit à l’ordre du jour de la 113e session de la Conférence internationale du travail en 2025 un point concernant les mesures à prendre en vertu de l’article 33 de la Constitution de l’OIT pour garantir le respect par le Myanmar des recommandations de sa commission d’enquête.

En novembre dernier, IndustriALL a déposé des plaintes contre trois grandes enseignes de confection, Next, New Yorker et LPP, auprès des Points de contact nationaux (PCN) de l’OCDE. Malgré les preuves accablantes des violations continues des droits des travailleurs et travailleuses sous la junte militaire du Myanmar, ces enseignes continuent de passer des commandes dans le pays, profitant de l’éradication des droits du travail et des droits de l’homme.

“Les enseignes qui restent au Myanmar bénéficient d’un environnement de peur, de travail forcé et d’exploitation. Il existe des rapports exhaustifs et circonstanciés sur les violations généralisées des droits des travailleurs et travailleuses et il n’y a pas de liberté syndicale dans le pays. La diligence raisonnable en matière de droits de l’homme exige la participation des travailleurs et travailleuses et une vérification indépendante, ce qui est impossible sous le régime militaire,”

a déclaré à l’époque le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

En outre, la junte militaire a renforcé la surveillance des travailleurs et travailleuses migrants et s’enrichit de leur argent durement gagné. Le 5 décembre 2024, le Gouvernement d’unité nationale (GUN) a publié une déclaration pour demander au gouvernement thaïlandais de ne pas soutenir l’oppression des travailleurs et travailleuses du Myanmar en Thaïlande. Le GUN a déclaré que la junte militaire avait demandé au gouvernement thaïlandais de partager les informations personnelles et le paiement des impôts des travailleurs migrants du Myanmar avec la junte, les envois de fonds doivent être transmis aux banques désignées par la junte avec des taux de change fixes, ce qui doublera ou triplera le coût des envois de fonds aux dépens de ces travailleurs migrants.

La junte militaire continue de bombarder les villes et les villages sans discernement, provoquant un grand nombre de morts, d’énormes destructions et des déplacements de population à l’intérieur du pays. Depuis l’adoption de la loi sur la conscription, l’armée recherche et arrête activement des jeunes gens pour qu’ils rejoignent la guerre civile. Une directive a été publiée en novembre 2024 autorisant l’armée à rappeler les travailleurs et travailleuses migrants pour le service militaire par l’intermédiaire d’agences d’emploi.

“Pour le bien de millions de travailleurs et travailleuses du Myanmar, notamment les membres d’IndustriALL, qui vivent sous l’oppression de la junte militaire, nous réitérons notre appel aux enseignes internationales pour qu’elles se désengagent de leurs activités au Myanmar. Leurs entreprises se construisent là-bas sur base du travail forcé et du sang des travailleurs et travailleuses du pays. Les droits des travailleurs et travailleuses doivent être défendus et la démocratie rétablie au Myanmar,”

a martelé Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Les syndicats irakiens rejettent un projet de loi controversé

Une déclaration publiée par la CIFWU et l’ITUC le 15 janvier soulève des inquiétudes quant à l’incapacité de l’Irak à s’aligner sur les obligations internationales et à la remise en cause des droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses.

La CIFWU et l’ITUC ont également souligné des violations spécifiques des conventions 87 et 98 de l’OIT, qui garantissent la liberté syndicale et la négociation collective. Ces préoccupations ont été corroborées par le comité d’experts de l’OIT lors d’un examen en septembre 2024 à Genève, où le projet de loi a été critiqué en présence de représentants clés du parlement et de la société civile.

Les syndicats demandent instamment à la présidence du Conseil des représentants et à la commission juridique de retirer le projet et d’ordonner au ministère du travail d’élaborer une nouvelle proposition inclusive. Cette législation révisée devrait être élaborée dans le cadre d’un dialogue social et se conformer aux normes internationales, en garantissant la protection des droits et des libertés de tous les travailleurs.

L’action collective est essentielle, et la CIFWU et l’ITUC appellent les travailleurs et travailleuses de tous les secteurs à s’unir pour défendre leur droit à former des syndicats indépendants, un appel soutenu par IndustriALL.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“La liberté syndicale et la négociation collective sont des droits fondamentaux des travailleurs. Cela signifie sans équivoque que les travailleurs et travailleuses d’Irak ne devraient pas être soumis à des lois les empêchant d’adhérer au syndicat de leur choix ou de négocier leurs conditions de travail. IndustriALL appelle le gouvernement irakien et le parlement à réviser le projet de loi et à engager avec les syndicats un véritable dialogue pour parvenir à une proposition respectant les droits internationaux des travailleurs et travailleuses.”

Illustration : travailleurs et travailleuses manifestant à Basra en 2023.