Inde: les syndicats et la société civile appellent à l’arrêt des négociations commerciales secrètes visant à établir le RCEP

Le RCEP est un projet de méga accord de libre-échange (ALE) régional, actuellement négocié par 16 pays, dont les membres de l’ASEAN et ses six partenaires à l’ALE, à savoir l’Australie, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon et la Nouvelle Zélande.

Pris ensemble, ces 16 pays représentent près de la moitié de la population mondiale, environ 30 pour cent du PIB mondial et plus d’un quart des exportations mondiales.

Les négociations engagées pour établir le RCEP comportent environ 23 chapitres et visent à récrire les règles commerciales et les dispositions réglementaires dans des domaines comme le commerce des produits agricoles et industriels, les investissements, les droits de propriété intellectuelle, les services, les politiques de la concurrence et le commerce électronique.

A la convention du 23 juillet tenue sous la bannière du ‘Forum pour la résistance des citoyens contre les ALE et le RCEP’, 600 personnes venues de toute l’Inde représentant les syndicats, les fermiers, les travailleurs agricoles, les groupes de patients, les défenseurs de la santé publique, les ONG, les marchands ambulants, les défenseurs des droits de l’homme, les universitaires et bien d’autres, se sont réunies à Hyderabad où elles ont convenu de créer un vaste mouvement des citoyens pour s’opposer au RCEP.

Participant à la convention, S.Q. Zama, membre de l’affilié à IndustriALL Global Union, la Fédération nationale des métallurgistes de l’Inde, a déclaré:

« Le Partenariat économique régional global, ce méga accord de libre-échange, aura des conséquences graves sur les droits des travailleurs et diminuera la marge d’action du gouvernement en matière d’élaboration de politiques de développement et de l’emploi appropriées. Nous dénonçons les dispositions de règlement des différends entre investisseurs et Etats qui changent les règles de l’économie mondiale en faveur des entreprises et contre les travailleurs. Nous appelons à la transparence et à un processus démocratique dans les négociations menées pour établir le RCEP. Les syndicats uniront leurs efforts avec les mouvements des citoyens pour s’opposer au RCEP sous sa forme actuelle ».

Figuraient également au programme de cette semaine pleine d’actions, la marche de protestation organisée le 24 juillet, à laquelle ont participé environ 1 000 manifestants, ainsi que des ateliers et des discussions sectoriels sur des thèmes comme le RCEP et son impact sur les droits des travailleurs, l’agriculture, les services publics et le commerce électronique. Des représentants ont également participé à la consultation des parties prenantes organisée avec le Comité des négociations commerciales pour la création du RCEP, où ils ont fait état des préoccupations de leurs secteurs respectifs, vivement critiqué le peu de marge d’intervention laissée aux parties prenantes, et appelé à la transparence et à un processus démocratique.

Le réseau syndical mondial de Rio Tinto salue les engagements pris par l’entreprise

Dans un courrier adressé le 11 avril 2017 aux syndicats présents sur les sites d’activité de Rio Tinto, l’entreprise a exprimé son engagement par rapport à une série de principes et structures fondamentaux pour ses relations sociales. Ce message a été confirmé par le chargé de relations sociales de Rio Tinto, Rick Willmott, qui était présent à la réunion. Il a indiqué que l’entreprise avait la motivation d’améliorer la perception que l’on a d’elle en termes de relations sociales. Le réseau syndical a adopté une résolution pour en prendre acte.

Cet engagement est perçu comme hautement significatif. Rio Tinto est le deuxième plus grand groupe minier du monde et son comportement établit des précédents. Les relations sociales au sein de l’industrie minière sont souvent tendues et IndustriALL fait campagne depuis un certain nombre d’années en faveur d’un dialogue social.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :

“IndustriALL salue cet engagement et nous allons nous investir dans le développement et le suivi de cette nouvelle relation.

“Rio Tinto a pris une décision politique pour changer sa culture d’entreprise. C’est une évolution novatrice et attendue depuis longtemps de la part de ce géant mondial que de reconnaître le rôle et l’importance des syndicats.“

Le comité de pilotage conjoint, constitué de représentants de Rio Tinto et de mandataires syndicaux des différents continents, se réunira deux fois l’an pour développer cette relation et assurer le suivi de cette politique. Des plateformes régionales ont également été mises en place en Amérique du Nord, en Afrique sub-saharienne et en Asie et des rapports nationaux seront systématiquement collectés.

Le directeur du département des mines d’IndustriALL, Glen Mpufane a déclaré :

“Nous sommes très heureux des résultats de notre campagne mondiale. Cependant, nous restons vigilants pour nous assurer que les engagements que nous avons reçus se matérialisent.“

Une priorité de cette nouvelle relation concernera la sous-traitance et le travail précaire et des efforts seront menés pour intégrer les entreprises sous-traitantes dans les conventions collectives.

Le réseau a débattu des conditions de travail affligeantes des salariés sous-traitants malgaches de Rio Tinto. IndustriALL va être le facilitateur d’une mission exploratoire internationale à Madagascar. Rio Tinto sera sollicité pour faire partie de cette mission.

La réunion a adopté un plan d’action qui détaille les mesures à venir pour la mise en œuvre de la nouvelle relation avec Rio Tinto ainsi que la croissance et le renforcement du réseau.

La santé et la sécurité, en particulier s’agissant des maladies professionnelles respiratoires, feront partie des activités du réseau. Des campagnes pour mettre en lumière les conséquences dévastatrices du non-respect de précautions de la part de l’industrie minière, comme l’illustre la campagne du CFMEU sur la ré-émergence de la pneumoconiose au sein des mines de charbon australiennes, seront menées.

Il y aura des revendications pour concevoir et participer conjointement à des inspections et des protocoles de suivis. Le réseau va contester l’influence néfaste de l’Organisation internationale des Employeurs auprès de l’OIT s’agissant de l’acceptation sans discernement de normes ISO.

Le réseau va concentrer des efforts sur l’égalité des genres au travers des activités mondiales de Rio Tinto pour se pencher sur la discrimination envers les femmes et encourager la mise en place de structures officielles pour les femmes dans les syndicats.

Le réseau va bâtir l’unité et la collaboration parmi les syndicats nationaux et être facilitateur de solidarité au niveau des activités de Rio Tinto au sein des frontières et par-delà et encourager le recrutement et la participation des jeunes au sein du réseau mondial.

Une résolution a été adoptée pour condamner la mise à pied de plus de 4.000 travailleurs et travailleuses par PT Freeport, la filiale indonésienne de Freeport-McMoRan, dont Rio Tinto possède 40% des actions. Une mission de solidarité de haut rang constituée d’affiliés d’IndustriALL va se rendre en Indonésie début août.

En conclusion, Andrew Vickers, coprésident de la Section des Mines d’IndustriALL et président du Réseau mondial syndical pour Rio Tinto a déclaré :

“Je suis très satisfait de l’engagement pris par Rio Tinto de changer son attitude par rapport aux relations sociales. Nous espérons que cela constitue un précédent dans l’industrie minière et que d’autres acteurs, comme Glencore, reconnaissent la légitimité des syndicats.

“Nous allons continuer à partager de l’information au travers du réseau, à faire état du non-respect de principes acquis et de processus convenus et à remettre la campagne mondiale en mouvement avec un temps de réaction très court, lorsque nécessaire.”

Les mineurs ukrainiens remontent à la surface après la promesse d’être payés

Plus de 50 mineurs sont remontés au jour ces 21 et 22 juillet dans les deux mines qui appartiennent à l’entreprise publique Lysychanskvugillya, après s’être infligé sept jours de conditions de vie dangereuses sous terre. Quatre personnes sont tombées malades durant l’action de protestation et avaient déjà dû être remontées à la surface.

Les travailleurs doivent recevoir leur premier versement le 2 août ; leurs arriérés de salaire de 2017 leur ont été promis pour la fin août et ceux de 2015 et 2016 pour le 1er avril 2018.

Ce 20 juillet, les affiliés d’IndustriALL, le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU) et le Syndicat des travailleurs de l’industrie charbonnière d’Ukraine, ont rencontré les représentants du Ministère de l’Énergie et de l’Industrie du Charbon ainsi que les administrateurs de Lysychanskvugillya dans la capitale Kiev, où des négociations ont abouti à l’approbation du versement des salaires.

Selon le Président du NPGU, Mykhailo Volynets, les travailleurs continueront leurs mouvements de protestation si la dette n’est pas apurée :

“Les mineurs se trouvent dans une situation difficile et subissent une pression psychologique de la part de leurs administrateurs. De plus, la ville minière de Lysychansk se situe près d’une zone de conflit armé et cela affecte également les gens psychologiquement. Nous craignons que dans un tel climat émotionnel tendu, les mineurs puissent avoir recours à des actions radicales et inappropriées.”

Les mineurs vont tenir un rassemblement ce 28 juillet devant les bâtiments de l’administration de la région de Lougansk dans la ville de Severodonetsk, pour revendiquer le respect des engagements pris par le Ministre de l’Énergie et de l’Industrie du Charbon.

En août 2016, Victor Trifonov, Président du NPGU pour les villes de Selidovo et Novogrodovka, avait tenté de s’immoler par le feu pour forcer le versement des salaires impayés et attirer l’attention des autorités sur la situation délicate des travailleurs et de leurs familles.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré dans sa lettre du 25 juillet au Président de l’Ukraine :

“Cette situation est intenable, empêchant l’accès des travailleurs aux soins de santé et au bénéfice d’une pension et les entraînant, eux et leurs familles, aux confins de l’extrême pauvreté. Nous sommes solidaires de nos affiliés dans leur lutte pour des conditions de travail meilleures et décentes et nous soutenons également la poursuite de la grève pour le cas où le premier versement n’aurait pas lieu pour le 2 août.”

5 000 policiers mobilisés en Algérie pour stopper un rassemblement organisé par les travailleurs du secteur énergétique

Des centaines de membres de l’affilié à IndustriALL Global Union dans le secteur de l’électricité et du gaz, SNATEGS, se sont réunis dans le port méditerranéen pour participer au Rassemblement de la honte organisé contre la compagnie d’énergie publique Sonelgaz.

Néanmoins, ils se sont heurtés à une opération de police extrême et injustifiée. En effet, Béjaïa avaient été fermées au public par des barrières de police, et plus de 50 véhicules et fourgons antiémeutes bloquaient l’accès à la ville.

Le président de SNATEGS, Raouf Mellal, figuraient parmi les centaines de personnes arbitrairement arrêtées dans le cadre d’une stratégie visant à empêcher les syndicalistes de se rassembler pacifiquement malgré le droit de réunion.

Face à la provocation exceptionnelle de la police et dans une volonté d’éviter la mise en danger de ses membres, SNATEGS a annulé le rassemblement, conseillant à ses adhérents d’obtempérer avec les forces de sécurité et d’éviter tout affrontement ou trouble pouvant nuire à la sécurité publique. Le syndicat a indiqué qu’il avait donné ce conseil afin de préserver son image d’organisation responsable et pacifique.

« Nous déplorons le comportement excessif des forces de sécurité, qui vise à masquer nos actions et à empêcher le monde de mesurer la réelle étendue de notre soutien et de notre force en termes de représentativité des travailleurs au sein du groupe SONELGAZ », a indiqué SNATEGS dans un communiqué émis le 24 juillet.

Les membres de SNATEGS étaient venus de tout le pays pour participer au rassemblement, qui faisait suite à une série de grèves largement soutenues, menées pour revendiquer des salaires plus élevés et des améliorations en matière de santé et de sécurité à Sonelgaz. Néanmoins, en représailles des mobilisations ayant eu lieu cette année, 92 membres de SNATEGS ont été licenciés, 29 travailleurs ont été accusés d’infractions pénales, alors que plus de 900 font face à des poursuites civiles pour avoir fait grève.

En outre, le gouvernement a radié SNATEGS le 16 mai, transgressant non seulement le droit algérien mais également les Conventions de l’OIT.

L’oppression syndicale des membres de SNATEGS et de SNATEGS, seul syndicat indépendant à Sonelgaz, où il représente environ 35 000 travailleurs, suit la persécution incessante de son président Raouf Mellal.

Mellal a été condamné par contumace, le 16 décembre 2016, à six mois d’emprisonnement et à une amende de 50 000 dinars algériens (455 US$) au motif d’avoir obtenu illégalement des documents. Ces derniers, librement accessibles en ligne au moment des faits, révélaient la surfacturation illicite de l’électricité par Sonelgaz de huit millions de ses clients durant une décennie.

Mellal qui a déjà perdu un appel contre sa condamnation aura la possibilité de blanchir son nom une dernière fois devant les tribunaux.

IndustriALL a de nouveau écrit au Représentant permanent d’Algérie auprès des Nations Unies pour condamner l’oppression antisyndicale de SNATEGS et de ses dirigeants, appelant le pays à respecter les Conventions de l’OIT sur le droit de réunion et de libre association, et demandant à ce que soient réintégrés tous les travailleurs syndiqués licenciés pour leurs affiliations syndicales.

Les attaques dirigées contre les syndicats en Algérie s’intensifient et le pays a été entendu par la Commission de l’application des normes de la Conférence internationale du Travail en juin pour non-respect de la Convention de l’OIT n° 87 sur la liberté syndicale. IndustriALL a témoigné devant cette Commission au nom de SNATEGS.

Dans son projet de conclusions publié le 15 juin, la Commission de l’application des normes demande au gouvernement algérien de:

Sonelgaz compte 86 000 employés et représente la deuxième plus grande entreprise du pays. 

Victoire syndicale contre le travail précaire en Afrique du Sud

NUMSA a porté l’affaire en justice pour ses membres placés par un courtier de main-d’œuvre, Assign Services, mandaté par Krost Shelving and Racking, une entreprise fabriquant du matériel de stockage, incluant des présentoirs, des rayonnages et des casiers en acier. NUMSA a syndiqué 72 travailleurs temporaires et permanents sur les 90 employés de Krost.

Selon le jugement rendu par la cour, la durée d’un contrat de courtage en travail temporaire ne peut pas dépasser trois mois. Au-delà de cette période, le travailleur doit être confirmé dans ses fonctions en tant qu’employé permanent par l’employeur pour lequel il travaille.

Cette victoire judiciaire a été saluée par plus d’un million de travailleurs sous contrats de courtage en emploi dans la plupart des secteurs économiques, dont ceux organisés par NUMSA.

Les syndicats ont fait campagne sans relâche pour que soit mis fin à cette précarisation et externalisation du travail, en avançant que les courtiers de main-d’œuvre dévaluaient plutôt que ne créaient des emplois en diminuant les salaires et les prestations pour accroître les bénéfices des employeurs. Aucunes prestations, telles que l’assistance médicale ou la pension de retraite, n’ont été versées.

Les employeurs étaient également connus pour utiliser les courtiers de main-d’œuvre comme une couverture pour licencier les travailleurs. Lorsqu’ils souhaitaient le faire, les travailleurs étaient transférés à un courtier de main d’œuvre qui mettait fin à leurs contrats.

Les courtiers de main d’œuvre ont également ignoré les revendications syndicales demandant le versement d’un salaire égal pour un travail de valeur égale, et agi en tant que briseurs de syndicats en bafouant les droits à la négociation collective. Certaines de leurs tactiques consistaient à employer des briseurs de grèves pour casser les grèves ou à rendre difficile le perfectionnement des travailleurs en les transférant d’un lieu de travail un autre sous couvert de contrats de courte durée.

La campagne de longue haleine menée par NUMSA contre le courtage de main-d’œuvre a porté essentiellement sur la nécessité d’avoir une égalité de traitement des travailleurs. Le syndicat a indiqué:

« Le jugement a également confirmé que les travailleurs contractuels doivent être traités de la même façon que les employés permanents et bénéficier des même droits et prestations une fois leur emploi permanent obtenu ».

Fabian Nkomo, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré:

« Travailler sous contrat de courtage en emploi, dans les conditions que cela implique où les travailleurs sont considérés comme des produits jetables, rend leur vie difficile puisqu’ils peuvent perdre leur emploi à tout moment. Lorsque cela arrive, ils ne bénéficient d’aucunes prestations sur lesquelles s’appuyer. Aussi, nous demandons qu’il soit mis fin à la précarité des conditions de travail et nous appelons au soutien d’emplois et de salaires décents ».

Lock-outés : Glencore entreprend de remplacer les mineurs d’Oaky North par des sous-traitants

Alors que les travailleurs avaient mis fin à leur action, protégée par la loi, qui avait fait suite à un vote négatif à 99% sur la convention collective proposée par Glencore, au moment de tenter de reprendre le travail ils ont été accueillis aux grilles de l’entreprise par des gardes qui leur ont refusé l’accès à leur propre lieu de travail.

Chris Brodsky, Vice-président de district de l’affilié d’IndustriALL Global Union CFMEU, déclare que les travailleurs ont été punis et ont subi des intimidations au sein de leurs communautés en raison de leur détermination :

“Nous avons eu des travailleurs et leurs familles suivis par des agents de sécurité dans leur ville de Tieri et qui ont subi d’autres manœuvres d’intimidation. Nos gars ne s’effraient pas facilement, mais ils sont inquiets pour leurs familles.

“Au bout du compte, nous ne sommes qu’une minuscule ville minière au milieu de nulle part et Glencore est une immense multinationale. Les dés sont pipés, mais nous mènerons jusqu’au bout le juste combat. Le non voté à 99% montre combien notre communauté est unie.”

La convention proposée retirerait des droits fondamentaux aux travailleurs :

Le syndicat a offert de poursuivre la convention existante pendant deux ans sans augmentations de salaire.

Chris Brodsky poursuit :

“Nous sommes convaincus que là où veut en arriver Glencore, c’est au remplacement de la main d’œuvre permanente par des sous-traitants occasionnels en prévision de ses plans consistant à fermer la mine et dans le cadre d’une stratégie visant à minimiser sa responsabilité financière vis-à-vis des travailleurs.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, indique :

“Il est honteux et inacceptable que Glencore remplace sa main d’œuvre permanente par des sous-traitants et nous ne pouvons l’accepter. Glencore utilise en public une rhétorique élaborée, mais ce qui se passe à la mine d’Oaky North en offre un complet contraste. Nous allons continuer à apporter un soutien total à notre affilié CFMEU dans ce combat.”

Bangladesh: des travailleurs obtiennent des indemnités de licenciement

En décembre 2016, les travailleurs de l’industrie du vêtement au Bangladesh ont revendiqué une hausse des salaires minimums à laquelle les employeurs et le gouvernement ont répondu par la répression des activités syndicales, des emprisonnements et le licenciement de milliers de travailleurs.

IndustriALL et ses affiliés ont lancé une campagne mondiale contre la répression. Sur la base de l’accord-cadre mondial, IndustriALL a appelé le géant suédois du vêtement, H&M, à intervenir et à enjoindre ses fournisseurs à réintégrer les travailleurs licenciés, à faire cesser les poursuites pénales engagées par ses fournisseurs et à prendre des mesures pour créer un environnement propice au bon fonctionnement des relations du travail. Dans un deuxième temps, H&M a posé trois conditions à ses fournisseurs ayant leurs activités dans la zone d’Ashulia:

Le Comité national de surveillance, établi pour contrôler la mise en œuvre de l’accord-cadre mondial d’IndustriALL avec H&M au Bangladesh, a collaboré avec des représentants de la marque et tenu, depuis mars, plusieurs réunions avec ses six fournisseurs: Artistic Design (Groupe Ha-Meem), Windy Apparels, Rose Dresses Ltd., Sharmin Apparels Ltd., Fountain Garments Ltd. et Dekko Design Ltd. Les représentants de la BGMEA, l’association bangladaise des industriels du textile, ont également participé au processus.

Après des négociations difficiles lors des réunions, les membres de la direction ayant participé aux discussions ont convenu d’abandonner les poursuites et de demander le règlement des affaires pendantes conformément aux procédures légales. Les conseillers juridiques respectifs des travailleurs et de la direction de l’usine tiendront de temps à autre des consultations pour accélérer le processus.

La direction de l’usine offrira de réintégrer les travailleurs et, lorsque cela n’est pas possible, le travailleur recevra des indemnités de licenciement et les salaires dus. Les fournisseurs ont également accepté de continuer à nouer le dialogue avec le Comité national de surveillance afin d’établir des relations du travail efficaces.

Des indemnités ont été versés à 984 travailleurs (92 pour cent) sur les 1 074 travailleurs licenciés par les six fournisseurs. Les 76 travailleurs restés silencieux jusqu’à présent peuvent se rendre à leur usine respective à n’importe quel moment au cours de cette année pour réclamer leurs indemnités de licenciement. S’agissant des poursuites pénales engagées contre les travailleurs, le tribunal a classé quatre affaires sur sept. Environ 11 cas de réintégration devraient être décidés bientôt.

Christina Hajagos-Clausen, Directrice d’IndustriALL pour l’industrie textile et de la confection, a déclaré:

Le fait qu’un grand nombre de travailleurs aient reçu des indemnités de licenciement est une victoire importante. Le Comité national de surveillance a travaillé dur pour mettre en œuvre l’accord-cadre mondial d’IndustriALL avec H&M au Bangladesh, et nous les félicitons pour le succès de leurs efforts.

Côte d’Ivoire: les attaques permanentes menées contre les syndicats dans le secteur pétrolier doivent cesser

Libya Oil, qui opère dans 18 pays africains, l’île de la Réunion et les Emirats Arabes Unis, a indiqué que le renvoi récent de huit travailleurs était dû à des raisons économiques. Cependant, l’affilié à IndustriALL, SYNTEPCI, a signalé que Libya Oil non seulement ne respecte pas mais refuse de mettre à jour une convention signée en 2008. Les droits des travailleurs étaient également bafoués et les raisons avancées pour justifier les compressions des effectifs étaient injustes et fallacieuses.

SYNTEPCI a contacté le ministre de l’Emploi et de la Protection sociale, Moussa Dosso, ainsi que le Conseil national du dialogue social, pour que soit mis fin aux réductions des effectifs.

Une grève de trois semaines (la troisième en deux ans) organisée contre la privatisation de la Société nationale d’opération pétrolière de la Côte d’Ivoire, Petroci, a pris fin le 18 juillet. Les travailleurs craignaient que le projet de privatisation de Petroci, non accompagné d’un plan social protégeant les emplois, aggrave leur situation.

Un accord a néanmoins été conclu prévoyant la révision des salaires des travailleurs au bénéfice de plus de 10 ans d’expérience ainsi que la protection des droits des 13 travailleurs transférés au sein de l’entreprise privée Puma Energy après la vente des stations-service. Les conditions de travail des travailleurs précaires seront examinées ainsi que l’assurance maladie, les retraites et le logement des travailleurs. L’ensemble des rémunérations et des prestations versées aux 48 travailleurs licenciés en 2016 seront également examinées.

Quant à elle, la société de distribution de carburant Klenzi violait de façon flagrante les droits à organiser les travailleurs et ne reconnaissait pas les délégués syndicaux. La direction, qui a refusé de rencontrer le syndicat, harcelait ouvertement les travailleurs, les menaçant de renvoi s’ils restaient membres du syndicat. Le défaut de paiement par la compagnie des heures supplémentaires et des prestations en matière d’assurance maladie et de retraite figurent au nombre des autres griefs.

SYNTEPCI a écrit au gouvernement pour lui exprimer sa déception sur la façon dont le ministère du Travail luttait contre les attaques des syndicats et le piétinement des droits des travailleurs.

Jérémie Wondje, Secrétaire général de SYNTEPCI, a déclaré:

« Nous avons écrit à la Direction générale du Travail pour voir dans quelle mesure ils géraient les plaintes des travailleurs que nous avons portées à leur connaissance. Nous leur avons fait savoir que leur inaction affaiblissait notre syndicat ».

Diana Junquera Curiel, Directrice chargée des questions énergétiques à IndustriALL, a indiqué:

« Nous exhortons Libya Oil, Petroci et Klenzi de cesser de s’en prendre aux syndicats mais plutôt d’engager un dialogue de bonne foi et de collaborer avec eux afin de répondre à leurs revendications. Les droits des travailleurs sont protégés par la législation du travail et les conventions internationales signées par la Côte d’Ivoire ».

Le combat contre le travail précaire continue

Une étude récente au Royaume-Uni montre que les jeunes gens employés sous le régime de contrats zéro heure sont davantage susceptibles d’avoir une santé mentale et physique dégradée par rapport à leurs semblables jouissant d’un emploi plus stable. Parmi les impacts négatifs des contrats zéro heure sur la santé, on retrouve la pression financière et l’anxiété.

En novembre 2016, les contrats zéro heure constituaient 6% des formules d’emploi au Royaume-Uni. 43% des travailleurs et travailleuses au Royaume-Uni sont tributaires d’un emploi précaire. Au sein de l’Union Européenne, l’emploi type sur base de contrats permanents à temps plein n’a cessé de diminuer au cours des dix dernières années, passant de 62 à 59%. La crise a conduit à l’augmentation de l’emploi temporaire et à temps partiel sur base non-volontaire.

“Il est temps de se débarrasser de l’aberration en termes de dignité humaine que sont les contrats zéro heure.” `

a martelé Len McCluskey, Secrétaire général du Syndicat Unite, ce 8 juillet 2017.

Les syndicats réagissent fermement.

Au Royaume-Uni, les syndicats mènent des actions contre le travail précaire, notamment en insistant auprès du gouvernement pour qu’il interdise les contrats zéro heure abusifs.

En Allemagne, IG Metall a négocié en mai un accord avec les associations d’employeurs qui permettra aux travailleurs et travailleuses intérimaires occupés dans les industries du métal et de l’électricité de percevoir un supplément de 65%, de sorte à atteindre la même rémunération que les salariés permanents. La nouvelle convention permet également aux travailleurs et travailleuses intérimaires d’accéder plus facilement au statut de salarié permanent au bout de 24 mois.

Le parlement européen a récemment adopté différentes résolutions qui soulignent le déclin de la qualité des emplois en raison du travail précaire. Le 4 juillet, les membres du Parlement européen ont adopté une nouvelle résolution non législative recommandant des améliorations des conditions de travail et s’attaquant à la problématique de l’emploi précaire, y compris le travail non déclaré et les faux indépendants.

Ces recommandations reprennent le respect d’une série de normes minimales de protection sociale, un salaire minimum et l’accès à de la formation pour améliorer la qualité des emplois non conventionnels, des efforts redoublés pour combattre le travail au noir, les faux indépendants et toute forme illégale d’emploi, ainsi que des mesures pour prévenir les contrats zéro heure.

En Australie, un emploi permanent à temps plein est maintenant l’apanage de moins de 50% de la population active du pays. 23% des travailleurs et travailleuses du secteur manufacturier sont maintenant occasionnels alors que dans les années 1980, le phénomène était virtuellement inexistant. Les salariés occasionnels du secteur manufacturier jouissent du “droit à réclamer” la conversion en statut permanent depuis près de vingt ans.

Cependant, la plupart des salariés sont dans l’ignorance de ce droit, sachant que les employeurs n’ont aucune obligation de les en informer. Quand bien même, ces travailleurs et travailleuses craignent de perdre leur emploi en cas d’exercice de ce droit.

Les syndicats ont lancé des procédures auprès de la Commission pour l’Emploi équitable afin de tenter d’améliorer les perspectives d’emploi permanent pour les occasionnels du secteur manufacturier, en rendant obligatoire le statut permanent au bout de six mois de prestations régulières et d’étendre ce droit aux travailleurs d’autres secteurs.

Ce 5 juillet, la Commission australienne pour l’Emploi équitable a acté une décision sur l’emploi occasionnel qui laisse les droits des salariés du secteur manufacturier plus ou moins inchangés mais avec la différence que la Commission peut faire une recommandation dans le cas où un travailleur ou une travailleuse occasionnel(le) se verrait refuser le droit au statut permanent. Cependant, les employeurs confrontés à une telle recommandation ne sont pas obligés de la suivre.

Même si cette décision ne prend pas en compte de nombreuses revendications des syndicats, elle a donné un plus grand allant à la campagne des syndicats australiens en vue Changer les Règles. Les affiliés d’IndustriALL vont mener campagne pour Changer les Règles d’ici aux prochaines élections (fédérales) de 2019, et au-delà.

Le travail occasionnel et en sous-traitance reste une problématique significative et en augmentation en Asie. Aux Philippines, les syndicats font campagne pour légiférer contre le phénomène du passage à la sous-traitance dans le pays.

Ce 1er mai, plus de 3.000 travailleurs et travailleurs ont mené une mobilisation. Des dirigeants syndicaux ont été invités à un débat organisé par le Cabinet du Président, qui s’est tenu à Davao, dans la région de Mindanao. Un nouveau Décret (DO 174-2017) a été publié par le Ministère de l’Emploi et du Travail en mars 2017. Ce nouveau Décret légitime en partie le recrutement de salariés sous-traitants par le biais d’agences. Ceci a amené les syndicats à en appeler au Président des Philippines pour qu’il publie un Décret présidentiel interdisant la conversion à la sous-traitance.

Dans le cadre de ce dialogue, le Président a demandé aux syndicats de rédiger un projet de Décret présidentiel interdisant la conversion à la sous-traitance. Ce projet a depuis été soumis au Cabinet du Président pour examen et plus ample débat.

Les syndicats attendent toujours les commentaires du Président sur leur projet. Ils font également campagne pour l’adoption d’une loi sur la sécurité d’occupation afin de restreindre le travail précaire et les contrats à court terme ainsi que le travail intérimaire, qui est examinée au Parlement depuis plusieurs années.

“Agissons ce 7 octobre partout dans le monde pour afficher à nouveau notre engagement uni à stopper le travail précaire. Les syndicats doivent continuer à mobiliser et à réagir fermement par rapport à l’augmentation du travail précaire de par le monde. Avec le développement des modèles de chaînes mondiales d’approvisionnement et la numérisation, le problème pourrait s’étendre de manière incontrôlable,”

a indiqué Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL

Le combat pour de futurs emplois paie

Les travailleurs et travailleuses de l’usine Mercedes-Benz d’Untertürkheim avaient refusé la prestation d’heures supplémentaires à partir du 1er juillet, craignant que la nouvelle usine de batteries ne conduise à la perte d’emplois.

Mais avec la conclusion d’une nouvelle convention, plusieurs milliards d’euros vont être investis dans le futur développement du site d’Untertürkheim au cours des prochaines années. Au total, la convention marque la création de 250 nouveaux postes dans le domaine de l’e-mobilité et comporte des effets à long terme pour la sauvegarde des emplois sur le site.

Pour assurer la compétitivité, la convention d’entreprise conclue entre la direction de l’usine et le conseil d’entreprise comprend des mesures pour favoriser la flexibilité et l’efficacité. Ceci concerne par exemple l’optimisation du temps d’utilisation des infrastructures ainsi que des modèles de travail posté variables et de déploiement flexible de la main d’œuvre.

Untertürkheim fait un grand pas en direction de la mobilité électrique et du renforcement de nos compétences s’agissant d’alternatives en matière de systèmes de propulsion. Ce sont des signaux positifs pour l’usine d’Untertürkheim,

indique Wolfgang Nieke, Président du Conseil d’Entreprise de l’usine Mercedes-Benz d’Untertürkheim.

Mercedes-Benz Untertürkheim est l’usine principale au plan mondial pour la production de groupes de propulsion et le siège de Daimler. Avec plus de 19.000 salariés, l’usine produit des moteurs, des essieux, des transmissions et des composants.

Helmut Lense, directeur du département d’IndustriALL pour l’industrie automobile indique :

Avec le passage aux voitures électriques, beaucoup de composants ne sont plus nécessaires. Cette convention est un pas important dans la création de nouveaux lieux de travail venant compenser la perte de ceux existant.