L’UGT, les CC.OO. et ELA appellent à une grève historique chez Iberdrola

Les syndicats espagnols négocient une nouvelle convention collective depuis janvier de cette année. Malgré plusieurs mois de discussions, l’UGT, les CC.OO. et ELA affirment qu’il n’y a eu que peu, voire pas de progrès sur des questions essentielles telles que le rétablissement du pouvoir d’achat, les augmentations de salaire et l’amélioration des conditions de travail.

Selon les syndicats, entre 2021 et 2024, les salaires n’ont augmenté que de 2,8 %, alors que l’inflation a progressé de 18,1 %, ce qui a entraîné une perte de pouvoir d’achat. Les augmentations salariales proposées par Iberdrola ne sont pas alignées sur le taux d’inflation.

Iberdrola, deuxième entreprise de l’indice boursier espagnol (IBEX), a réalisé des bénéfices records de 5,6 milliards d’euros en 2024. Tout en rejetant toutes les propositions des syndicats sur le maintien du pouvoir d’achat de ses travailleuses et travailleurs, Iberdola a généreusement distribué dividendes et bénéfices aux dirigeants de l’entreprise.

Au-delà des questions de salaires et de conditions de travail, les tensions se sont intensifiées en raison des violations répétées des droits du travail par Iberdrola. Au cours des deux dernières années, l’entreprise a été sanctionnée à quatre reprises par l’Audience nationale espagnole, notamment pour avoir imposé une double échelle de salaires, pour avoir utilisé de manière inappropriée le vote électronique lors des élections syndicales, ce qui est interdit par la législation espagnole, et pour ne pas avoir ajusté les prestations de retraite en fonction de l’inflation, autant de questions soulevées et combattues par les syndicats qui appellent aujourd’hui à la grève.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré à ce sujet :

“Nous soutenons pleinement nos affiliés espagnols dans leur grève de demain et dans leurs efforts pour amener Iberdrola à entamer un véritable dialogue afin de résoudre ces problèmes de longue date. Cette grève ne concerne pas seulement les salaires, mais aussi la dignité, la justice et le respect. Il est inacceptable qu’une entreprise qui se vante de milliards de bénéfices refuse de maintenir le pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs.”

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a quant à elle indiqué :

“Nous sommes entièrement solidaires de nos affiliés espagnols qui seront en grève. Il est tout à fait inacceptable que des questions essentielles comme les conditions de travail ne soient pas respectées, les travailleuses et travailleurs ont droit fondamentalement à une rémunération et à des conditions de travail équitables.”

Recruter les non-syndiqués en Malaisie

En 2023, le Parlement malaisien a adopté des amendements à la loi sur les syndicats, supprimant les restrictions sur la syndicalisation au sein de secteurs industriels spécifiques. Ces changements permettent aux syndicats de Malaisie d’élargir leur champ de recrutement, à condition qu’ils modifient leurs statuts en conséquence. Deux affiliés d’IndustriALL ont déjà procédé aux modifications nécessaires et d’autres devraient suivre.

Pour éviter le phénomène de concurrence entre syndicats comme dans d’autres pays, le Conseil d’IndustriALL pour la Malaise a proposé un protocole d’accord contenant les trois règles d’or d’IndustriALL :

Après plusieurs séries de débats et de révisions mineures, les dirigeants des affiliés ont signé ce protocole d’accord lors d’une rencontre d’unification, ce 1er juin à Penang. Cet accord exhorte également les affiliés à se coordonner sur les questions relatives à la construction syndicale et à résoudre les différends par la médiation. Les actions de solidarité communes et le partage des ressources sont encouragés.

Le Secrétaire du Conseil d’IndustriALL pour la Malaisie, Gopal Kishnam Nadesan, a déclaré :

“Je suis heureux que finalement tous les affiliés de Malaisie acceptent de signer ce protocole, sachant que 94 % des travailleurs et travailleuses malaisiens ne sont pas syndiqués, le champ est très vaste, nous ne devrions pas nous faire concurrence dans les usines déjà syndiquées. Concentrons-nous sur les usines non-syndiquées et focalisons nos efforts pour augmenter le taux de syndicalisation en Malaisie.”

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Ramon Certeza, a déclaré :

“Les modifications apportées à la loi sur les syndicats auront un impact profond sur la manière dont le mouvement syndical fonctionne en Malaisie. C’est une bonne occasion pour les syndicats de recruter davantage de travailleuses et travailleurs dans différents secteurs et de les intégrer dans le giron syndical. Mais nous devons adopter une approche très prudente et le protocole d’accord signé est un bon début. Je félicite le Conseil d’IndustriALL pour la Malaisie pour sa clairvoyance et la conclusion de ce protocole d’accord.”

Dans le cadre de cette rencontre d’unification, les affiliés d’IndustriALL en Malaisie ont également visité les bureaux du Syndicat du textile et de la confection de Penang (PTGWU) et du Syndicat des salariés de l’industrie électronique de la région nord (EIEUNR) afin d’approfondir la compréhension entre les affiliés du pays.

Offensive stratégique pour l'égalité de genre au 4e Congrès d'IndustriALL

Dans ses propos liminaires, la secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christine Olivier a souligné le rôle du Comité des femmes dans la préparation du prochain Congrès et l'évaluation des progrès accomplis ces quatre dernières années. Son action a permis de promouvoir les droits des femmes, l'égalité et de renforcer la solidarité mondiale; mais des problèmes subsistent, notamment la sous-représentation aux postes de direction, la discrimination fondée sur le genre et l'impact disproportionné de l'IA et de la pandémie de Covid-19 sur les femmes. Des efforts ont été consentis pour aider les affiliés et accroître la participation des femmes, notamment en effectuant un audit de genre participatif.

"Malgré les défis de la préparation du Congrès, nous voulons continuer à aller de l'avant. Nous n'en sommes pas où nous devrions être, mais nous avons avancé et, ensemble, nous poursuivrons notre quête pour l'égalité, la justice et le changement,"

a déclaré Christine Olivier.

Les discussions ont porté sur les conclusions de l'audit de genre participatif (AGP) d'IndustriALL et sur l'intégration de la dimension de genre dans les statuts et les plans d'action. Contrairement aux audits financiers, les AGP sont des audits sociaux et constituent un outil efficace pour identifier les carences et les bonnes pratiques pour s'attaquer aux questions de genre dans un contexte organisationnel. L'audit de genre d'IndustriALL, inspiré du modèle de l'OIT, a porté sur plus de 130 documents, des dizaines d'interviews et des ateliers avec le personnel, les dirigeants et affiliés, afin d'évaluer dans quelle mesure les considérations de genre sont enracinées dans toutes les politiques, les actions et les structures d'IndustriALL.

L'AGP a montré qu'IndustriALL a une bonne conception de l'égalité de genre et de l'autonomisation des femmes. L'organisation a été saluée pour ses initiatives clés telles que les campagnes sur la violence et harcèlement basés sur le genre (VHBG) et son programme de mentorat. Toutefois, quelques carences ont aussi été relevées.

Plusieurs recommandations ont été formulées à partir des succès constatés et des domaines nécessitant des améliorations. Elles serviront à l'élaboration du Plan d'action d'IndustriALL pour les quatre prochaines années. L'accent sera mis sur une intégration plus systématique et automatique des considérations de genre dans toutes ses activités pour faire en sorte que les besoins de tous les genres soient pris en compte.

L'intégration de la dimension de genre nécessite une démarche double consistant à conjuguer des actions ciblées et l'intégration de considérations de genre dans toutes les politiques et activités. Bien qu'IndustriALL ait accompli des progrès par des efforts ciblés, il devrait par ailleurs intégrer systématiquement les perspectives de genre dans son action en général pour s'assurer de répondre aux besoins de tous les genres.

"Nous devons accentuer l'épanouissement des femmes et faire en sorte que les priorités, les besoins et les contributions de tous les travailleurs et toutes les travailleuses soient pris en compte dans toute la planification, la mise en œuvre et le contrôle des programmes, des campagnes, des interventions et des budgets,"

a déclaré Armelle Seby, la directrice d'IndustriALL en charge des questions de genre.

Christine Olivier et Armelle Seby ont présenté des propositions consistant à ancrer plus solidement les perspectives de genre dans les statuts d'IndustriALL et dans son prochain plan d'action. Depuis la réunion de l'an dernier du comité exécutif à Istanbul, des négociations des porte-parole des femmes et d'autres dirigeants syndicaux ont dégagé des compromis. Christine Olivier et la coprésidente du Comité des femmes, Ilvana Smajlović, qui dirigeaient les débats, ont souligné qu'il est important que des dirigeants syndicaux hommes collaborent avec les femmes dans cet effort en vue d'une meilleure représentation des femmes dans les structures d'IndustriALL et de ses affiliés et d'une plus grande égalité de genre dans nos industries.

"Notre objectif essentiel est d'afficher notre unité au Congrès et de progresser en termes de représentation des femmes, pas seulement à la direction d'IndustriALL, mais aussi dans les structures nationales et régionales de nos organisations syndicales. Nous devons faire preuve de solidarité et d'unité, pas seulement maintenant, mais par un engagement à long terme."

Le Congrès de Sydney, en novembre, sera précédé d'une Conférence des femmes, la première depuis 2019. Elle se composera de deux volets, une session en ligne en septembre et une session en présentiel à Sydney. Elle arrêtera une feuille de route quadriennale pour l'action d'IndustriALL dans le domaine de l'égalité de genre. Ses grands thèmes seront notamment le travail des femmes demain, l'impact de l'intelligence artificielle et les ripostes aux attaques contre les droits des femmes et l'égalité de genre.

On discutera de l'intégration du genre dans l'action menée par IndustriALL pour les accords-cadres mondiaux, des présentations mettront en lumière la responsabilité des multinationales en matière de formation, de protection et d'égalité dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Le groupe d'étude d'IndustriALL sur l'égalité de genre a proposé, avec le Secrétariat, des recommandations pour garantir que les principes directeurs relatifs aux ACM et leur mise en œuvre intègrent une perspective de genre.

Dans une session sur l'intégration du genre dans la santé et la sécurité au travail (SST), le Dr Karen Messing a souligné qu'il est important de prendre en considération les différences biologiques et celles de genre. Elle a insisté sur le fait que les femmes ne sont pas des hommes en réduction et que même des différences biologiques mineures comptent dans la prévention. Quelques travaux de recherche traitent de l'influence de l'exposition aux substances chimiques et au rayonnement sur la santé reproductive des hommes comme des femmes. La ségrégation professionnelle fondée sur le genre, qu'elle soit verticale ou horizontale, génère des besoins différents de SST. Même dans une fonction identique, les hommes et les femmes effectuent souvent des tâches différentes. Le Dr Messing a expliqué que, souvent, la conception des lieux de travail et de l'équipement ne tiennent pas compte des besoins des femmes, qu'ils soient physiques ou liés à la santé reproductive, parce que cette conception est généralement confiée à des hommes. Il arrive aussi que les femmes hésitent à signaler les risques par crainte d'être taxées de faiblesse.

Jane Pillinger s'est penchée sur la diversité, le genre et l'inclusion dans la gestion du risque en adoptant une approche croisée. Elle a aussi évoqué les risques psychosociaux que courent les femmes et les groupes marginalisés, comme le harcèlement, le burn-out et la discrimination, et a souligné le besoin d'une gestion du risque et de stratégies de SST inclusives et réactives au genre et à la diversité. Elle a souligné l'avancée que représente la convention 190 de l'OIT, qui met l'accent sur la prévention et les risques psychosociaux. Une approche croisée peut contribuer à révéler pourquoi certains groupes sont davantage exposés aux risques psychosociaux. Une démarche croisée requiert aussi des politiques et des pratiques plus nuancées et davantage de recherches.

"Nous devons nous assurer que l'intégration du genre n'est pas qu'une façade mais qu'elle débouche sur des mesures pratiques et de protection,"

a ajouté Jane Pillinger.

Les interventions de participants de pays tels que l'île Maurice et l'Indonésie ont expliqué les mécanismes qui font que la C190 et les risques psychosociaux sont ou ne sont pas intégrés dans la législation nationale et dans quelle mesure le partage des connaissances alimente l'action militante.

Au moment de clore la réunion, le Comité des femmes a affirmé son objectif commun : transformer les données, les politiques et les expériences vécues en action.

"Nous travaillons pour le progrès et nous devrions montrer que nous prenons des mesures positives ensemble. Notre but ultime est l'autonomisation des femmes,"

a dit Ilvana Smajlović.

L’OIT établit des normes de travail décent pour le recyclage dans le cadre d’un accord tripartite

Ce résultat marque une étape importante pour des millions de travailleuses et travailleurs du monde entier qui jouent un rôle clé au niveau du recyclage des déchets dans des secteurs tels que la démolition des navires, l’électronique, les TIC, le textile, les produits chimiques et les plastiques, entre autres secteurs représentés par IndustriALL. Ces secteurs sont représentés par des syndicats qui ont participé activement à la négociation, défendant les intérêts des travailleurs et travailleuses des économies formelle et informelle.

Ces nouveaux principes directeurs reconnaissent que le recyclage est une activité économique et écologique essentielle et une pierre angulaire de l’économie circulaire. Mais ils soulignent également que le secteur n’est pas automatiquement équitable ou sûr. C’est pourquoi le document fournit des recommandations claires aux gouvernements, aux employeurs et aux syndicats afin de garantir l’emploi productif, les droits du travail, la protection sociale et le dialogue social dans l’ensemble des activités de recyclage.

Parmi les points forts les plus importants, on peut citer

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsuzaki, a déclaré :

“Ces principes directeurs sont un outil puissant pour faire du recyclage un levier pour le travail décent. Notre objectif est clair : faire en sorte que les travailleuses et travailleurs utilisent ces principes directeurs pour syndiquer davantage de membres et être certains d’avoir un environnement de travail sûr où personne n’est laissé pour compte dans la transition vers une économie circulaire.”

Bien que les principes directeurs ne soient pas juridiquement contraignants, ils constituent une référence essentielle pour l’élaboration de la législation, des politiques publiques, des stratégies sectorielles et des cadres de dialogue social à tous les niveaux. Ils représentent une avancée majeure en plaçant la justice sociale au centre de l’économie circulaire.

IndustriALL veillera à ce que ces recommandations soient traduites en actions concrètes dans chaque pays et mises en œuvre avec la participation active des syndicats.

Photos : © Alioune Ndiaye / OIT

Glencore passé à la loupe au plan mondial pour ses manquements en matière d’ESG

Les délégués ont soulevé le refus de l’entreprise de négocier avec les travailleurs sur une transition juste et équitable et son aversion permanente pour un dialogue sectoriel qui garantirait les droits des travailleurs pendant la transition énergétique.

Au cours de l’assemblée générale, IndustriALL et ses affiliés ont interpellé le conseil d’administration de Glencore sur un certain nombre de questions urgentes.

Canada : les délégués ont demandé pourquoi une clause sur la transition juste et le dialogue social avait été exclue de la convention collective de la fonderie Horne. Ils ont demandé à l’entreprise de s’engager directement avec les représentants des travailleuses et travailleurs et de s’engager à trouver des solutions négociées qui protègent les emplois et les communautés.

Colombie : Glencore a annoncé son intention de fermer la mine de Cerrejón à La Guajira d’ici 2034 et a récemment confirmé d’importantes réductions de production. Le manque de transparence autour du processus de fermeture, en particulier à la lumière de la gestion très critiquée de la fermeture de Prodeco par l’entreprise, a intensifié la peur et l’incertitude parmi les travailleuses et travailleurs ainsi que les communautés locales. Nombre d’entre eux sont encore aux prises avec les retombées de cette première fermeture. Lors de l’assemblée générale annuelle, Glencore a déclaré qu’elle n’avait pas de plan de fermeture officiel à communiquer pour Cerrejón.

“Nous demandons à l’entreprise de publier son document officiel sur la fermeture de la mine, afin de permettre aux travailleuses et travailleurs, au gouvernement national et aux communautés affectées de se préparer et de planifier une transition juste. Cette demande n’est pas un appel à une fermeture anticipée, mais plutôt un appel à la préparation, à la coordination et à l’équité,”

a déclaré Juan Carlos Solano Guillen, Secrétaire pour la transition de Sintracarbón.

Sintracarbón a également exhorté Glencore à soutenir des programmes de reconversion et d’emploi alternatif pour les anciens travailleurs de La Jagua, dans la zone de Prodeco, qui reste abandonnée depuis que l’entreprise a mis fin à ses activités.

Malgré l’escalade des risques matériels liés à ses activités, Glencore a refusé de se joindre à l’IRMA (Initiative pour une Certification responsable de l’Exploitation minière), une norme mondialement reconnue pour les pratiques minières responsables.

Alors que le PDG de Glencore, Gary Nagle, a insisté sur le fait que la santé et la sécurité restaient la priorité absolue de l’entreprise, des délégués et des dirigeants des communautés ont rejeté ces affirmations. Ils ont fait valoir que la rhétorique doit être accompagnée d’actions concrètes. Des fermetures de fonderies aux dommages environnementaux, les activités de Glencore continuent de nuire aux travailleurs et aux communautés, sans qu’il y ait vraiment de preuves de prise de responsabilité ou de mise en œuvre de réparation.

“Nous demandons à Glencore d’engager un dialogue social mondial, de s’engager à respecter des normes minières responsables et de veiller à ce que la transition vers une économie à faibles émissions de carbone ne se fasse pas au détriment des droits et des moyens de subsistance des travailleuses et travailleurs. Tant que Glencore n’agira pas, la campagne mondiale pour la justice, la transparence et une transition juste continuera de gagner en puissance et en urgence,”

a indiqué Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour l’industrie minière.

Lors d’une réunion du réseau Glencore, qui s’est tenue un jour avant l’AG, les affiliés ont décrit un modèle constant de mauvaise conduite. En Australie, Glencore dépasse les seuils légaux d’émissions et a traîné des travailleuses devant les tribunaux pour tenter de bloquer la campagne “à travail égal, salaire égal”, au lieu de s’attaquer à l’inégalité salariale.

En Afrique du Sud, Glencore a fermé des fonderies sans préavis ni planification, laissant les travailleuses et travailleurs au chômage et les communautés dévastées.

“Sont-ils capables de vendre des fonderies à d’autres entreprises ? Est-ce que Glencore peut se pencher sur cette question ?”

s’interroge Donald Makofane, Secrétaire régional pour la jeunesse du Syndicat national des mineurs (NUM).

Au Canada, la pollution provenant de la fonderie de Rouyn-Noranda continue de menacer la santé publique, émettant de l’arsenic à des niveaux trente fois supérieurs à la limite provinciale.

“Nous voulons conserver les emplois, mais pas au détriment de notre santé,”

explique Kevin Gagnon de la Fédération de l’Industrie Manufacturière – FIM-CSN.

“Glencore ne peut pas continuer à faire fi de ses responsabilités alors que les communautés en subissent les conséquences. Nous faisons campagne depuis des années sans que ça ne mène nulle part. Nous ne nous laisserons pas réduire au silence,”

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Un syndicaliste nommé ministre du travail au Gabon

Patrick Barbera Isaac a officiellement pris ses fonctions ce mois-ci, avec pour mandat de renforcer la mise en œuvre de la politique du travail, de réduire le chômage des jeunes, qui atteint actuellement 36,9 % selon la Banque mondiale, et de promouvoir le travail décent par le biais du dialogue social. Le taux de chômage est encore plus élevé chez les jeunes femmes, ce qui souligne l’urgence de stratégies de création d’emplois inclusifs.

L’ONEP, qui regroupe environ 3.000 travailleuses et travailleurs du secteur pétrolier et gazier du pays, s’est félicitée de cette nomination, appelant le nouveau ministre à donner la priorité à l’amélioration des conditions de travail et à l’institutionnalisation du dialogue entre les travailleurs et les employeurs.

L’économie du pays est fortement dépendante du pétrole, qui représente environ 40 % du PIB. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix mondiaux. À mesure que les réserves de pétrole diminuent, le gouvernement se concentre sur la diversification économique et le développement durable.

L’ONEP a appelé le ministère du Travail à jouer un rôle proactif dans le développement des opportunités d’emploi dans les secteurs émergents, en particulier dans le contexte de la Transition juste du pays. Le syndicat fait partie du Réseau énergétique de l’Afrique subsaharienne (SSAEN), qui soutient l’implication des syndicats dans les stratégies de décarbonisation et les cadres relatifs aux énergies renouvelables.

Au-delà du pétrole, le Gabon se développe dans le gaz naturel et dans d’autres secteurs tels que l’agriculture, le tourisme, les technologies numériques et l’exploitation minière. Le pays détient des réserves stratégiques de minerai de fer, de manganèse et de terres rares, des minéraux essentiels pour les technologies des énergies renouvelables, notamment les véhicules électriques et la production de batteries. Le développement des industries numériques progresse également dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), dont le Gabon fait partie.

Alors que le pays s’engage dans des changements structurels, IndustriALL et l’ONEP soulignent que le dialogue social doit rester central. La nomination d’un ministre du travail ayant de profondes racines syndicales représente une occasion précieuse de s’assurer que les droits et protections des travailleuses et travailleurs sont intégrés dans la transition économique du Gabon.

“Je félicite notre collègue Isaac pour sa nomination au poste de Ministre du travail. La nomination de syndicalistes en tant que ministres donne le signal que le chef du gouvernement prend les syndicats au sérieux et nous suivrons les événements de près. Cette nomination, qui apporte au gouvernement l’expérience des syndicats en matière de négociation collective et de dialogue social, doit bénéficier aux travailleuses et travailleurs du Gabon,”

a déclaré Atle Hoie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Étant donné que de grandes entreprises multinationales telles que TotalEnergies, Perenco, Vaalco Energy, BW Energy ainsi que l’entreprise publique, la Société nationale des hydrocarbures du Gabon (Gabon Oil Company – GOC) sont actives dans les champs pétroliers offshore, le rôle du ministère du travail sera essentiel pour superviser des conditions d’emploi décentes et des transitions équitables dans l’ensemble du secteur de l’énergie.

Le Parlement tunisien approuve une loi contestée sur le travail

Selon le gouvernement, cette loi vise à empêcher les contrats de travail à durée déterminée, à éliminer la sous-traitance du travail et à garantir le droit à un emploi permanent et stable. Le gouvernement affirme que les objectifs de la loi sont conformes à la vision de l’État tunisien fondée sur son rôle social.

Ces amendements, qui affectent les travailleurs, interviennent dans un contexte de relations tendues entre l’UGTT et le gouvernement tunisien et de suspension du dialogue. Avant que les amendements ne soient présentés au Parlement, l’UGTT a publié un document contenant ses observations. Selon elle, les amendements ont été adoptés sans consultation, ce qui constitue une faille juridique. La loi exige que le gouvernement consulte le Conseil national du dialogue social, ce qui n’a pas été le cas.

L’UGTT indique que, malgré son importance, la révision proposée représente une réponse partielle et limitée au phénomène de l’emploi précaire, qui ne garantit pas le travail décent, la justice sociale et la dignité humaine, objectifs qui ne peuvent être atteints que par une révision complète de la législation du travail. L’UGTT a appelé à une révision de nombreux concepts et détails contenus dans le projet de loi pouvant ouvrir la porte à de nombreuses interprétations qui pourraient affecter le droit de grève ou ouvrir la voie à de nouvelles formes d’exploitation. L’UGTT a appelé à l’adoption d’un contrat de travail modèle qui inclut tous les détails et fournit des garanties aux travailleuses et travailleurs.

Les syndicats débattent de l’impact sur les travailleuses et travailleurs

L’organe administratif de la Fédération Générale du Textile, de l’Habillement, Chaussure et Cuir – FGTHCC-UGTT, qui s’est réuni le 17 mai dernier, a critiqué le manque de clarté de plusieurs chapitres et a appelé le Parlement à une concertation avant d’approuver les amendements. L’organe administratif de la Fédération Générale de la Métallurgie et de l’Électronique – FGME-UGTT, qui s’est réuni le 19 mai dernier, a mis en garde contre les répercussions des amendements sur les travailleuses et travailleurs ainsi que sur le climat social général dans le secteur. Selon l’organe administratif, la loi encouragera les employeurs à mettre fin à de nombreux contrats afin d’éviter que leurs salariés ne deviennent permanents dans leur emploi.

La Fédération Générale de la Pétrochimie – FGP-UGTT a organisé un séminaire sur ces amendements du 15 au 17 mai dernier. Les experts participant au séminaire ont déclaré que la loi contenait de nombreux détails vagues susceptibles de provoquer des tensions dans les relations de travail et ont appelé à une clarification plus poussée des concepts. Elle a indiqué que la nouveauté de la loi est la reconnaissance par le droit tunisien de la durée indéterminée du contrat de travail.

Habib Hazemi, Vice-président d’IndustriALL et Secrétaire général de la FGTHCC-UGTT a déclaré :

“La nouvelle loi est vague. L’ambiguïté de la définition de la sous-traitance peut être un obstacle à l’investissement étranger et aux activités des entreprises transnationales en Tunisie. Il est donc nécessaire de clarifier les choses en faisant la distinction entre une sous-traitance qui signifie l’exploitation des travailleurs et une sous-traitance qui offre l’obtention d’une part de marché pour une entreprise tunisienne.”

Abdelaziz Arfaoui, Secrétaire général de la FGME-UGTT, a déclaré :

“La loi a de profondes implications pour les travailleuses et travailleurs et nous avons assisté à une grande campagne de licenciements avant que la loi ne soit débattue. Les entreprises cherchent à éviter les effets de la nouvelle loi. Les travailleurs et les syndicats des secteurs de la métallurgie et de l’électronique paieront le prix de ces amendements.”

Salouan Smiri, Secrétaire général de la FGP-UGTT, a déclaré :

“L’avis de l’UGTT est important et il aurait été plus approprié que le Parlement écoute les représentants des travailleurs. Cela n’a pas été le cas, ce qui constitue une lacune majeure. Nous craignons que le manque de clarté de la loi n’entraîne une augmentation des litiges et des injustices pour les travailleuses et travailleurs.”


 

De la Biélorussie aux risques biologiques : les syndicats revendiquent des initiatives de la part de la CIT

Pourquoi la CIT est-elle importante pour les syndicats ?

La Conférence internationale du travail réunit les travailleurs et travailleuses, les gouvernements et les représentants des employeurs sur un pied d’égalité. Par l’intermédiaire du groupe des travailleurs, les organisations syndicales nationales et internationales peuvent influencer les politiques des gouvernements et des employeurs, par exemple lors de l’élaboration des conventions et du suivi de leur mise en œuvre au sein des États membres.

La conférence est également importante pour les syndicats, car :

IndustriALL participe cette année à la discussion sur d’éventuelles normes internationales sur la protection des travailleurs contre les risques biologiques, ainsi qu’aux discussions sur la promotion de la transition vers des statuts formels dans le cadre du travail décent. IndustriALL fera également partie du groupe des travailleurs dirigé par la CSI au sein du Comité de normalisation sur le travail décent dans l’économie de plateforme.

L’OIT est invitée à appliquer l’article 33 au Myanmar

Au début de cette année, le Conseil d’administration de l’OIT a rédigé une décision sur le rétablissement de la démocratie et le respect des droits fondamentaux au Myanmar, recommandant à la CIT d’envisager des mesures en vertu de l’article 33 de la Constitution de l’OIT pour garantir le respect par le Myanmar du rapport de la commission. Les motifs invoqués sont l’incapacité de la junte militaire à mettre en œuvre les recommandations formulées après qu’une commission d’enquête de l’OIT a constaté de graves violations des protocoles relatifs au travail forcé et à la liberté syndicale.

L’invocation de l’article 33 ne s’est produite que deux fois dans l’histoire de l’OIT, la dernière fois étant à propos de la Biélorussie en 2023, ce qui souligne la gravité des violations des droits des travailleurs commises dans ce pays. La Biélorussie est devenue l’un des pires pays au monde pour les travailleurs, où les syndicats indépendants ont été démantelés, les droits du travail criminalisés et la liberté syndicale complètement supprimée, ce qui a suscité des appels urgents à l’action internationale et à l’intervention de l’OIT.

Qu’est-ce que la Commission de l’application des normes (CAN) ?

La CAN est un élément essentiel du système de contrôle de l’OIT, car elle vérifie la manière dont les normes de l’OIT sont appliquées par les États membres. Il existe une liste préliminaire de 40 cas, dont 24 seront sélectionnés pour être discutés par la CAN. En outre, une séance spéciale de la CAN sur la Biélorussie aura lieu le 7 juin.

Avec les syndicats affiliés présents à Genève pendant la CIT, ainsi que d’autres militants, les Fédérations syndicales internationales prévoient un certain nombre de manifestations auprès de la sculpture dite Broken Chair (Chaise brisée), devant le Palais des Nations. Cette sculpture symbolise la résistance à la violence et sert de point de rencontre pour les manifestations en faveur des droits de l’homme et des droits du travail.

IndustriALL interpelle les investisseurs afin de rendre Glencore responsable de ses impacts ESG

Cette année, les délégués d’IndustriALL venus de Colombie, du Canada et d’Afrique du Sud se rendront à l’AG pour partager leurs témoignages et leurs perspectives sur le travail chez Glencore. Leurs récits comprennet des thèmes communs, tels que le manque de transparence de l’entreprise et son incapacité à s’impliquer de manière significative auprès des parties prenantes ; son incapacité à traiter de manière adéquate les dommages environnementaux causés par ses activités ; l’abandon de ses engagements sociaux envers les travailleurs et les communautés locales et son refus d’entamer un dialogue social avec les syndicats.

Les témoignages de ces délégués, dont certains ont été repris dans une note d’information à l’intention des investisseurs publiée aujourd’hui par IndustriALL, contrastent fortement avec les rapports de Glencore sur le développement durable, qui donnent un aperçu très sélectif de ses activités.

IndustriALL prévoit de continuer à interpeller les investisseurs au-delà de l’AG, notamment lors d’une table ronde virtuelle sur invitation en juin, où les investisseurs auront la possibilité d’interagir directement avec des travailleuses et travailleurs de plusieurs sites d’activité de Glencore.

Pour prendre des décisions d’investissement raisonnables, les propriétaires et les gestionnaires d’actifs ont besoin d’informations substantielles sur la manière dont l’entreprise gère ses risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), par exemple sur la manière dont Glencore traite ses salariés et les communautés riveraines de ses activités, et sur la manière dont elle aborde la problématique imminente de la transition énergétique. Les investisseurs prudents recherchent ces informations auprès de sources autres que l’entreprise elle-même, notamment auprès de ceux dont l’expérience vécue diffère sensiblement de ce qui ressort des rapports de l’entreprise.

Et comme l’ont confirmé de nombreuses structures internationales, tels que l’OCDE dans son document sur la conduite responsable des entreprises à l’intention des investisseurs institutionnels, on attend de plus en plus des investisseurs qu’ils utilisent leur “effet de levier” pour inciter les entreprises à prévenir ou à atténuer les incidences négatives sur les droits de l’homme et l’environnement.

Comme l’a déclaré Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL :

“Nous nous réjouissons de l’occasion qui nous est donnée de discuter avec des investisseurs qui partagent nos préoccupations quant aux mauvais résultats de Glencore en matière d’environnement, de gouvernance et de développement. Ensemble, nous avons l’intention de demander à l’entreprise de rendre des comptes quant à son impact sur les travailleuses et travailleurs, les communautés locales et l’environnement.”

Afrique du Sud : des femmes mineurs forcées de se dévêtir à la mine d'or de Kopanang

La mine de Kopanang a été vendue en 2018 par Anglogold Ashanti à la société Heaven-Sent SA Sunshine Investment basée à Hong Kong.

12 femmes au moins ont dénoncé des violations sous forme de fouilles corporelles avilissantes, les obligeant à se présenter complètement nues devant les agents de sécurité sous le prétexte de la recherche d'or volé. Ce chiffre pourrait être plus élevé, certaines travailleuses ayant subi des intimidations et craignant de parler. Celles qui ont contesté ces fouilles humiliantes à la fin de leur service ont été suspendues. L'une d'elles, par exemple, l'a été après avoir refusé d'enlever ses sous-vêtements et d'écarter les jambes pendant la fouille.

En outre, ces femmes déclarent travailler de longues heures sans être autorisées à emporter de la nourriture en sous-sol. Le NUM envisage de porter plainte contre la mine de Kopanang et de demander une enquête du ministère des Ressources minérales. Le syndicat rencontre aussi la direction de la mine pour réclamer l'arrêt de ces violations. Il ajoute que des technologies existent pour rendre ces fouilles respectueuses des droits des travailleuses à l'intimité et à la dignité plutôt que de les obliger à se mettre à nu devant des agents de sécurité. Le ministère de la Femme, de la Jeunesse et des Personnes handicapées, les communautés avoisinantes de la mine et des organisations de la société civile ont également condamné ces violations dégradantes.

À la conférence des femmes du NUM, qui s'est tenue en mars, Magrett Gabanele, la présidente de la structure des femmes, a rappelé la détermination du syndicat "à combattre la violence et le harcèlement fondés sur le sexe à l'encontre des femmes mineurs."

"Il ne s'agit pas seulement de violations au travail et de la vie privée, mais aussi de violence fondée sur le sexe la plus invasive et brutale. Il s'agit de traiter les corps des femmes comme des objets au nom de la sécurité. Il s'agit du silence et du consentement de ceux qui profitent de systèmes qui permettent une telle déshumanisation. Lorsque les corps des femmes sont soumis à la surveillance, la suspicion et la violence, ce n'est pas seulement un problème de mauvaise gestion, c'est la manifestation d'un patriarcat bien ancré sur le lieu de travail,"

écrivent Tania Bowers et Lebo Mncayi-Poloko, anciennes membres de la structure des femmes du NUM au Sowetan.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, déclare :

"Les actes répréhensibles des agents de sécurité de la mine de Kopanang, qui violent gravement la dignité féminine, doivent être condamnés sans équivoque. La direction doit appliquer d'urgence de solides politiques pour stopper cette humiliation et cette violence fondée sur le sexe."