Les jeunes demandent à être inclus dans les organes de décision

Lors de la réunion virtuelle SEA2PAC du 13 février dernier, une enquête sur l’inclusion des jeunes dans les syndicats a été présentée. Les résultats montrent que le pourcentage de jeunes travailleurs et travailleuses (âgés de moins de 35 ans) dans les comités exécutifs des affiliés d’IndustriALL varie de zéro à 50 pour cent. Quatre répondants sur six ont moins de 10 % de jeunes membres au sein de leur comité exécutif.

La plupart des affiliés d’IndustriALL dans la région ont mis en place des comités de jeunes. Cependant, seules quatre personnes sondées sur six ont indiqué que les syndicats allouaient un budget pour les réunions ou les activités des jeunes.

En général, la base de données sur les jeunes dans la région est limitée, car les syndicats ne disposent pas de données séparées par âge, certains syndicats récoltent des informations auprès de leurs sections d’entreprise. La construction d’une base de données régionale sur les jeunes se heurte à un autre problème : les différentes limites d’âge. Par exemple, le Conseil australien des syndicats (ACTU) considère que les jeunes travailleurs et travailleuses sont âgés de 15 à 27 ans.

Jonathan Cook, Coprésident de la région SEA2PAC, a déclaré :

“Alors nous tentons de recueillir davantage de données auprès des jeunes délégués et que nous sommes confrontés au défi de la rareté des données, le résultat préliminaire de l’enquête montre une représentation inadéquate des jeunes dans les comités exécutifs des syndicats. Il est essentiel de mettre en place une politique forte de la jeunesse au plan mondial afin d’incorporer davantage de jeunes dans les organes décisionnels et d’allouer un budget adéquat aux activités destinées aux jeunes.”

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Ramon Certeza, a déclaré :

“Les voix des jeunes travailleurs et travailleuses restent inaudibles et les syndicats doivent être en mesure de définir les intérêts des jeunes travailleurs et travailleuses. Nous devons continuer à responsabiliser les jeunes travailleurs et travailleuses en leur offrant des possibilités de participation active. Les syndicats doivent s’engager dans le programme de transformation d’IndustriALL pour que les syndicats restent pertinents et résilients.”

La réunion virtuelle comprenait également une formation sur l’égalité des sexes, l’orientation sexuelle et les LGBTQIA+. La directrice pour les questions de genre d’IndustriALL, Armelle Seby, a présenté les concepts de sexe et de genre, d’égalité formelle et d’égalité réelle. Anjali, du syndicat de Tata (Inde), a présenté le concept de diversité et d’inclusion, ainsi que les réalisations des membres LGBTQIA+ en Inde, en donnant des exemples de personnes transgenres assumant des fonctions telles que celles d’avocat, de juge, d’officier de police ou de directeur d’école.

“IndustriALL soutient une visibilité accrue des travailleurs et travailleuses LGBTQIA+. Nous préparons une liste de contrôle sur l’inclusivité et inviterons les affiliés à se joindre à une journée d’action mondiale le 17 mai, journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie,”

a indiqué Sarah Flores, Responsable des jeunes au sein d’IndustriALL.

25 jeunes délégués et observateurs venus d’Australie, du Cambodge, d’Indonésie, du Japon, du Myanmar, des Philippines et de Thaïlande ont participé à la réunion virtuelle.

La campagne des travailleurs de Yazaki obtient un accord favorable après la fermeture des usines en Uruguay

Des négociations tripartites s'étaient tenues entre Yazaki, le ministère du Travail et des représentants du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et apparentés (UNTMRA, affilié à IndustriALL), de la fédération syndicale PIT-CNT et d'IndustriALL en vue de dégager un accord pour 1.200 travailleurs qui avaient perdu leur emploi avec la fermeture soudaine des deux usines de l'entreprise dans le pays.

Après d'intenses pourparlers, un accord a été trouvé et approuvé par l'assemblée des travailleurs. Yazaki a promis de respecter le droit de ses anciens salariés à un règlement définitif, une prime de licenciement unique et une assurance-chômage spéciale d'un an, le tout représentant une enveloppe totale de 3,5 millions $ pour les travailleurs.

Le président de la PIT-CNT, Marcelo Abdala, a expliqué, lors d'une conférence de presse du 12 février,  que l'accord comportait aussi des dispositions fondamentales garantissant une réorientation professionnelle aux travailleurs à la fermeture des usines :

"Il offre aux travailleurs une analyse de leur profil professionnel, une formation dispensée par l'Institut national pour l'emploi et la formation professionnelle ainsi qu'un accompagnement et des conseils à divers niveaux, notamment de l'État national, des départements de Canelones et de Colonia et des syndicats, afin de favoriser leur reclassement, ce qui compte beaucoup."

Il explique que la direction de Yazaki a aussi rectifié ses déclarations et reconnu par écrit dans l'accord que la fermeture n'est pas due à de prétendus conflits avec le syndicat, mais bien à des arguments de coût de production et de compétitivité. Le dirigeant syndical se dit persuadé que l'avantage concurrentiel de l'Uruguay doit reposer sur la qualité, une augmentation réelle de la productivité et de la capacité de production de la main-d’œuvre :

"C'est pourquoi la PIT-CNT a proposé au futur gouvernement d'instituer un mécanisme de négociation triangulaire associant les employeurs, les pouvoirs publics et les travailleurs. Le but est d'arrêter une politique industrielle et de diversifier la matrice de production en jetant les fondations d'une stratégie de développement qui empêche une telle situation de se produire."

Les délégués des travailleurs des usines de Las Piedras et Colonia ont aussi remercié le mouvement des travailleurs et les voisins qui les ont soutenus, en soulignant les combats des travailleurs et l'unité du peuple uruguayen.

Le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Amérique latine, Marino Vani, a déclaré :

"Nous tenons à féliciter les travailleurs, notre affilié UNTMRA et la PIT-CNT pour leur campagne, pour s'être élevés contre les abus et les licenciements unilatéraux des travailleurs auxquels Yazaki a procédé en Uruguay sans aucune discussion préalable avec les travailleurs.

Une fois encore, nous avons vu que si les travailleurs ne relèvent pas la tête et ne ripostent pas, il n'y a pas de dialogue, ce qui a rendu cet accord possible. Notre combat continue. Ce n'est qu'en faisant montre d'unité et en ayant des syndicats forts que nous pouvons obtenir le dialogue et le respect des travailleurs. Sinon, nous serons réduits en esclavage."

Photo: PIT-CNT

Les syndicats indonésiens appellent au remplacement de la loi Omnibus

En novembre dernier, la Cour constitutionnelle d’Indonésie a accepté 21 des 71 points de la requête des syndicats et a ordonné au gouvernement d’adopter une nouvelle loi dans un délai de deux ans. Les syndicats planifient à présent les prochaines étapes de la campagne contre la loi Omnibus.

Lors de la réunion du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie qui s’est tenue les 31 janvier et 1er février à Jakarta, il a été décidé de former une équipe chargée de la réforme du droit du travail afin d’étudier les questions en suspens concernant la loi Omnibus.

L’équipe préparera une liste de revendications communes des affiliés d’IndustriALL d’ici décembre et consultera des experts juridiques avant de la partager avec les parties prenantes. Les participants ont déclaré qu’il était impératif d’inclure les revendications des affiliés d’IndustriALL dans le nouveau droit du travail à venir.

Le Président du Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie, Iwan Kusmawan, a déclaré :

“La lutte contre la loi Omnibus après la décision de la Cour constitutionnelle consiste à surveiller sa mise en œuvre, en particulier en ce qui concerne la stagnation des salaires constatée avant cette décision. En 2025, le Président Prabowo a augmenté les salaires minima provinciaux ou de district de 6,5 % et a fixé le salaire minimum sectoriel. Nous nous félicitons de l’annonce et de la promulgation du nouvel arrêté ministériel sur le salaire minimum pour 2025”.

Ce 13 février, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a écrit aux autorités indonésiennes et a exhorté le président du pays à prendre des mesures immédiates ainsi qu’à entamer des consultations approfondies avec les syndicats, notamment avec les affiliés d’IndustriALL, afin d’appliquer la décision de la Cour constitutionnelle et de légiférer sur de nouvelles disposition concernant l’emploi. Il a insisté sur le rétablissement d’un salaire minimum couvrant tous les travailleurs et travailleuses et d’un salaire minimum sectoriel.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“IndustriALL estime que la les syndicats devraient jouer un rôle actif dans la lutte contre la loi Omnibus régressive. Nous communiquerons avec la Confédération syndicale internationale (CSI) pour promouvoir la coopération des syndicats en Indonésie.”

En outre, la réunion du Conseil pour l’Indonésie a recommandé la mise en place d’un centre d’alerte SST pour activer les services de santé et sécurité du travail de chaque affilié. Les participants sont convenus d’améliorer les conventions collectives afin de protéger la liberté syndicale et d’y inclure des dispositions de transition juste.

Le Conseil d’IndustriALL pour l’Indonésie s’est également engagé à accroître la participation des femmes et des jeunes au niveau des structures syndicales, des comités de femmes et de jeunes ainsi que des équipes de négociation des conventions collectives.

Les accords contraignants dans les chaînes d'approvisionnement mondiales : renforcer les droits des travailleurs et réduire le risque pour les investisseurs

Les orientations qui sont données se font l'écho des préoccupations des investisseurs devant les carences du modèle d'"audit social" volontaire ayant cours actuellement dans les chaînes d'approvisionnement à but commercial, et de leur intérêt croissant pour d'autres formes d'accords contraignants, comme l'Accord international sur la santé et la sécurité dans le secteur du textile et de l'habillement.

Les accords contraignants sont prometteurs à plus d'un égard, s'agissant de la responsabilité juridique, de la transparence, du contrôle indépendant ou des réparations en cas de manquement. En 2023-2024, IndustriALL a organisé des tables rondes sur la question à l'intention d'investisseurs. À l'issue de celles-ci, plusieurs d'entre eux ont décidé de constituer un groupe de travail chapeauté par le LRIN, un réseau mondial d'investisseurs centré sur le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective. Au cours de l'année écoulée, ce groupe de travail – composé de gestionnaires de fonds, de propriétaires d'actifs et de fournisseurs de services d'investissement, aux côtés d'IndustriALL et du Comité des représentants des travailleurs au LRIN – ont énoncé une série d'attentes et d'orientations concernant le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement. Ce document analyse en profondeur les accords contraignants et pourquoi ils sont prometteurs, non seulement pour remédier aux violations des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, mais aussi pour réduire les risques pour les entreprises et leurs investisseurs.

"Nous avons rejoint le groupe de travail des investisseurs pour des raisons d'alignement et de simplification; il est important que tous les investisseurs posent les mêmes questions aux entreprises, en particulier dans le domaine des droits de l'homme, un domaine vaste et qui peut dissuader certains investisseurs. 

"En tant qu'investisseurs, nous pouvons pratiquer une approche descendante ou une approche ascendante vis-à-vis des entreprises dans lesquelles nous investissons pour ce qui est du respect des droits de l'homme et du paiement d'un salaire minimum vital, sachant que la promotion de la liberté syndicale et de la négociation collective par le biais d'accords contraignants relève de l'approche ascendante. Nous sommes convaincus que nous obtiendrons les meilleurs résultats et le plus rapidement en alignant et simplifiant autant que possible nos démarches, sans négliger nos particularités,"

déclare Petter Forslund du fonds de pension suédois AP2.

Les orientations données sont bien dans la ligne d'un des grands thèmes du forum de cette année : concrétiser un texte ayant force de loi sur le devoir de diligence dans le secteur. Tout au long de la conférence, des représentants du monde du travail, de ceux de l'entreprise, du capital, de la société civile et des pouvoirs publics ont évoqué l'importance d'un devoir de diligence contraignant, qui mette toutes les entreprises sur un pied d'égalité, qui garantisse aux travailleurs la possibilité d'obtenir réparation, et qui favorise la coopération et la cohérence pour faire face aux risques que présentent les chaînes d'approvisionnement pour l’environnement et pour les droits de l'homme.

Pour Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement :

"Les accords contraignants comptent de plus en plus parce qu'ils montrent ce qui change positivement dans les chaînes d'approvisionnement. L'Accord international, par exemple, réunit plus de 250 signataires et a apporté des améliorations vérifiables au niveau de la sécurité, de la santé et la sécurité au travail et des mécanismes de recours pour les travailleurs."

Lors du Forum, des intervenants ont souligné l'importance des accords contraignants entre syndicats et entreprises, en ce que les parties doivent rendre des comptes en matière de droits de l'homme, mettre en place des mécanismes de recours efficaces, imposer la transparence dans le fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement et assurer un engagement concret entre les entreprises et les travailleurs.

"En tant qu'investisseurs à long terme, les fonds de pension interrogent les entreprises sur les processus associés à leur devoir de diligence, et nous voulons utiliser notre influence aussi efficacement que possible. De récentes recherches montrent que les accords contraignants peuvent donner de meilleurs résultats au niveau de la diligence ce qui, par voie de conséquence, peut être profitable pour nos investissements",

a dit Fransje Puts, du gestionnaire de fonds de pension néerlandais MN.

Le document sur le thème des orientations et des attentes est un outil pratique conçu comme un guide à l'intention des investisseurs sur le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement, plus spécifiquement dans le secteur de l'habillement et du textile, où les accords contraignants sont les plus aboutis. Il met en avant des exemples concrets et des arguments expliquant comment ces accords, conçus au départ pour apporter des solutions à des problèmes sectoriels, ont pour les travailleurs, les entreprises et les investisseurs des effets bénéfiques pour lesquels des initiatives volontaires telles que les audits sociaux n'ont pas été conçues. Son annexe pratique propose aux investisseurs des questions essentielles à poser aux entreprises, avec un chapitre intitulé "Anticiper les réponses des entreprises". Les investisseurs vont maintenant mettre le guide à l'épreuve avant de se revoir plus tard dans l'année pour un échange d'expériences.

Crédit photographique : Atelier de confection aux Philippines. ©ILO

Stellantis rejette les alternatives dans sa détermination à fermer l’usine d’utilitaires de Luton pour augmenter ses profits

En février 2022, Stellantis avait annoncé que l’usine de Luton deviendrait la deuxième usine britannique de Stellantis à produire des véhicules électriques. Cependant, en novembre de l’année dernière, le groupe a annoncé son intention de fermer complètement le site, malgré sa productivité élevée.

Dès l’annonce en novembre 2024, le syndicat Unite a publié une réponse soulignant que :

“La proposition qui a été présentée est une véritable gifle pour nos membres de Luton, où des véhicules Vauxhall ont été fabriqués depuis 120 ans”.

Tant le nouveau Comité d’entreprise européen de Stellantis qu’industriALL Europe et IndustriALL Global Union ont appelé à ce que des alternatives soient explorées. Les réponses de la direction dressent un portrait harmonieux, suggérant que les alternatives ont été soigneusement étudiées et que le dialogue avec les travailleuses a été engagé et constructif. Cependant, la réalité est bien différente.

Toutes les contre-propositions faites pour éviter la fermeture de l’usine ont été catégoriquement rejetées par la direction de Stellantis. Des démarches de haut niveau ont été entreprises par le syndicat Unite auprès de la direction de Stellantis pour sauver l’usine, mais elles ont été rejetées sans qu’aucun dialogue en face à face n’ait été accordé. En outre, le gouvernement britannique a tenté de persuader Stellantis de lui accorder plus de temps pour évaluer ce qui pouvait être fait pour sauver l’usine, y compris en offrant un soutien financier. Les deux propositions ont été rejetées par la direction.

Pour les plus de mille travailleurs et travailleuses menacés de licenciement, cette décision a laissé un goût très amer après des années de loyauté et de solides performances économiques du site.

“Il est clair qu’un dialogue ouvert et équitable visant à sauver l’usine a été bloqué, ce qui a amené les représentants à conclure que la décision de fermeture, qui aurait été prise par le groupe de planification stratégique, était en préparation depuis longtemps et que la direction n’a fait que tromper une main-d’œuvre très productive en lui faisant croire qu’elle avait un avenir,”

a déclaré Gary Reay, délégué principal du syndicat Unite.

Les travailleurs et travailleuses des sites Stellantis du monde entier ont suivi la situation de près et manifesté leur solidarité avec la main-d’œuvre de Luton. Cette situation risque de compromettre la confiance des travailleurs dans la direction, à un moment crucial pour l’entreprise, après le départ du PDG Carlos Tavares l’année dernière.

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“Le comportement de Stellantis à l’égard de sa main-d’œuvre loyale de Luton est répréhensible, elle sacrifie un site productif et l’excellence dans la fabrication sur l’autel de la valeur actionnariale et de la maximisation des profits. Les solutions proposées par les travailleurs et le gouvernement ont été rejetées sans examen approfondi, ce qui témoigne de l’attitude cavalière de la direction. Il est temps que la direction de Stellantis prenne au sérieux sa responsabilité envers ses travailleurs et la communauté locale de Luton et d’ailleurs. L’avenir de l’entreprise dépend de l’ingéniosité et de l’implication de ses travailleurs et travailleuses et nous sommes tous témoins de ce comportement consternant.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Atle Høie, a déclaré à ce sujet :

“Les 1.100 travailleurs et travailleuses de Luton qui risquent de perdre leur emploi sont nos collègues au sein d’une communauté, avec des familles et des amis concernés. Cette décision dévastatrice ne doit pas être prise à la légère et la direction de l’entreprise doit s’impliquer aux côtés du syndicat, qui a maintes fois demandé le dialogue, pour trouver une solution acceptable pour l’avenir.”

Crédit photo : Stellantis

Toujours des lacunes de sécurité au chantier de démolition navale SN Corporation

C'est le second incident à SN Corporation en moins de cinq mois. En septembre dernier, une explosion avait coûté la vie à sept travailleurs et blessé grièvement plus d'une dizaine d'autres. À la suite de cela, le ministère des Industries du Bangladesh a imposé une amende de 2,6 millions de takas (21.096 $) à l'entreprise et ordonné la suspension des activités du chantier naval pendant trois mois.

La Fédération des travailleurs de la métallurgie du Bangladesh (BMF) et la Fédération des travailleurs de la métallurgie, la chimie, l'habillement et la confection (BMCGTWF), toutes deux affiliées à IndustriALL, signalent que l'incident du 3 février est survenu sur le même navire. Un découpeur du nom de Sohel Rana et âgé de 32 ans a été emmené d'urgence à la clinique du chantier. Il a été conduit ensuite dans un centre de diagnostic pour d'autres contrôles médicaux parce qu'il ressentait toujours des douleurs aiguës dans l'oreille gauche accompagnées de troubles de l'audition.

Interrogé par le coordinateur d'IndustriALL pour l'Asie du sud et par des responsables syndicaux locaux, il a aussi parlé de la pénibilité des conditions de travail sur le chantier, en particulier depuis janvier. Il a notamment cité une augmentation de la charge de travail, des journées de travail de 12 heures sans plus de rémunération, aucune disposition en matière de restauration et de rafraîchissements et le fait que le personnel n'a toujours pas reçu son salaire de janvier.

SN Corporation dispose d'un certificat de conformité à la Convention de Hong Kong délivré par la ClassNK – Nippon Kaiji Kyokai. Les entreprises habilitées par la Convention de Hong Kong sont tenues de signaler les incidents industriels survenus dans leurs installations, même s'il s'agit d'incidents mineurs. Pourtant, SN Corporation ne s'est pas seulement abstenue de déclarer l'incident, elle a aussi nié publiquement qu'un tel fait soit jamais survenu le 3 février sur son chantier ou à aucune date récente.

Pour Walton Pantland, le directeur d'IndustriALL en charge des chantiers navals et de démolition navale :

"Le fait qu'un nouvel accident se produise si vite après que l'entreprise ait été autorisée à reprendre ses activités et qu'elle ait nié publiquement que cet accident se soit produit fait penser qu'aucun enseignement n'a été tiré de l'homicide industriel précédent. Les entreprises comme SN Corporation ternissent l'image de l'industrie et discréditent la Convention de Hong Kong en tant que mécanisme d'amélioration. Le gouvernement du Bangladesh doit améliorer d'urgence son inspection de la sécurité industrielle pour s'assurer de la conformité des chantiers navals.

Cambodge : les enseignes de stature mondiale invitées à soutenir des salaires équitables dans la confection

Afin de garantir des salaires équitables et une chaîne d’approvisionnement durable, IndustriALL signe des accords individuels avec des marques qui s’approvisionnent au Cambodge. Cet accord, visant à soutenir des salaires négociés collectivement dans l’industrie de la confection, du textile, de la chaussure et des articles de voyage au Cambodge, décrit comment les enseignes et les détaillants pourront favoriser la mise en œuvre de conventions collectives au niveau des usines, ce qui permettra d’améliorer les salaires et les conditions de travail, de renforcer les relations sociales, d’établir un mécanisme efficace de résolution des conflits et d’encourager le développement des compétences.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, souligne l’urgence d’une action collective pour garantir des salaires équitables et une chaîne d’approvisionnement durable :

“Les bas salaires restent un défi systémique dans l’industrie de la confection, exacerbé par les pressions concurrentielles. Aucune enseigne ni aucun acteur ne peut y remédier seul. Une stratégie salariale durable et efficace doit impliquer toutes les parties prenantes, enseignes, employeurs et travailleurs.”

Cet accord s’inscrit dans le cadre du programme ACT au Cambodge, qui permet aux enseignes de s’impliquer de manière significative aux côtés des syndicats, des fabricants et des autres détaillants, établissant ainsi une nouvelle norme industrielle pour des chaînes d’approvisionnement stables, prévisibles et responsables.

En signant l’accord, les enseignes s’engagent à mettre en place un modèle de relations sociales qui concilie les priorités des travailleurs et travailleuses, des fabricants et des détaillants. L’initiative s’aligne également sur les exigences de diligence raisonnable en matière d’implication des parties prenantes, de salaires et de liberté syndicale, garantissant ainsi une approche transparente et responsable des pratiques d’approvisionnement.

L’accord, qui a déjà été signé par des enseignes de premier plan telles que H&M, Primark et PVH, fournit un cadre structuré pour soutenir la mise en œuvre de conventions collectives au niveau des usines.

“Nous exhortons davantage d’enseignes de stature mondiale s’approvisionnant au Cambodge à suivre l’exemple de leurs pairs du secteur et à s’engager à conclure des accords contraignants qui soutiennent la négociation collective et l’amélioration des salaires dans le pays,”

a déclaré Atle Høie.

Nouvelle trousse à outils pour lutter contre la violence basée sur le genre dans la chaîne d'approvisionnement des batteries

Ending Gender-Based Violence and Harassment: The Case of the Battery Supply Chain (ENGLISH)

Dans beaucoup de lieux de travail, les femmes sont toujours disproportionnément vulnérables du fait de l'insécurité de leurs conditions de travail, de l'absence de mesures assurant le respect des droits au travail et de normes culturelles qui font la part belle aux discriminations. La trousse à outils d'IndustriALL ne se limite pas à souligner les risques de la VHBG dans la chaîne d'approvisionnement des batteries, elle propose aux travailleurs et aux syndicats des solutions leur permettant d'agir.

La nouvelle trousse à outils d'IndustriALL, Mettre fin à la violence et au harcèlement basés sur le genre : Le cas de la chaîne d'approvisionnement des batteries (en anglais seulement), fournit aux syndicats, aux travailleurs mais aussi aux entreprises les outils nécessaires pour identifier et prévenir la VHBG dans le monde du travail. La chaîne d'approvisionnement des batteries va de l'extraction et du raffinage à la production et l'assemblage des batteries, là où les femmes subissent souvent l'insécurité, le harcèlement et l'exploitation.

IndustriALL invite les organisations syndicales à assortir le devoir de vigilance en matière de droits humains d'une perspective de genre pour s'attaquer aux causes profondes et structurelles des inégalités de genre et identifier les formes multiples et interpénétrantes de discrimination.

Que contient la trousse à outils ?

"Avec des cadres mondiaux tels que la C190 de l'OIT, qui arrête des principes directeurs clairs pour lutter contre la violence au travail, le moment est venu d'agir. Les entreprises doivent rendre des comptes et les syndicats doivent avoir les moyens de défendre leurs membres,"

a déclaré la secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christina Olivier.

"Nous pouvons créer une chaîne d'approvisionnement des batteries qui donne la priorité aux droits des travailleurs, à la sécurité et à la dignité. Faisons que cette transition vers l'énergie propre soit vraiment juste et inclusive pour tous."

Que puis-je faire ?

Syndicats : Utiliser cette trousse à outils pour réclamer une évaluation du risque et des processus de prévention qui soient plus rigoureux et un DVDH sexospécifique.

Entreprises : Promouvoir l'égalité de genre et des normes qui mettent en œuvre des politiques de tolérance zéro et renforcent l'évaluation du risque de VHBG

Pouvoirs publics : Appuyer la ratification et la mise en application de la C190 pour sécuriser les lieux de travail partout dans le monde.

Myanmar : dangereuse attaque du régime militaire contre les syndicats indépendants

IndustriALL a été informée par son affiliée, la Fédération du travail industriel du Myanmar (IWFM), qui est membre de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), que le SAC promeut la Confédération du travail du Myanmar (MLC), un organisme soutenu par l’État et conçu pour prendre la place des syndicats indépendants tels que la CTUM et l’IWFM.

Le SAC a lancé la MLC en 2023, lorsque son vice-ministre du travail a convoqué les travailleurs et travailleuses de la zone industrielle de Hlaing Tharyar et leur a demandé de remplacer les dirigeants de la CTUM. Depuis lors, des preuves ont montré que la MLC a étroitement collaboré avec le ministère du travail du SAC, se présentant faussement comme la CTUM auprès des travailleurs et des travailleuses, des employeurs et des parties prenantes internationales. Ces actions révèlent la stratégie du régime visant à démanteler les syndicats indépendants en utilisant le contrôle de l’État sur le ministère du travail pour faire progresser sa propre entité.

Le SAC a intensifié son ingérence en janvier de cette année, quand la MLC a organisé un événement faussement présenté comme un atelier de formation syndicale. En réalité, il s’agissait d’une plateforme visant à installer un leadership pro-SAC au sein de l’IWFM, sous la surveillance étroite de la police et d’agents des forces spéciales. Cette présence sécuritaire musclée a démontré l’implication directe du SAC dans la répression du droit des travailleurs et travailleuses à se syndiquer librement, sans craindre l’intervention de l’État.

Cet assaut de l’État contre les syndicats viole les normes internationales du travail, notamment les principes fondamentaux de la liberté syndicale (Convention n° 87) et du droit d’organisation et de négociation collective (Convention n° 98). Au lieu d’adhérer aux recommandations de la Commission d’enquête, le SAC intensifie ses efforts pour démanteler les syndicats indépendants et les remplacer par des entités contrôlées par l’État qui sapent les droits des travailleurs.

Les actions du SAC contredisent directement les conclusions de la Commission d’enquête, qui condamnait le rôle de l’armée dans l’affaiblissement des syndicats par l’intimidation et l’ingérence. Le rapport de la Commission d’enquête (paragraphes 173 et 174) a mis en évidence la répression systématique des activités syndicales par l’armée, et les récents événements confirment ces préoccupations. Les fausses affirmations du régime concernant le statut de la CTUM, en particulier ses tentatives de forcer la réélection de la direction de la CTUM sous la supervision du SAC, démontrent la stratégie de l’armée pour fracturer et contrôler le mouvement syndical du Myanmar.

La CTUM a également signalé que le SAC s’était illégalement approprié des drapeaux de la CTUM et d’autres syndicats indépendants, dont l’IWFM, pour promouvoir les syndicats jaunes, des entités contrôlées par l’État et destinées à affaiblir l’opposition à la junte. Le vol des symboles syndicaux révèle la campagne permanente du SAC visant à priver les travailleurs et travailleuses de leurs droits et à contrôler le mouvement syndical.

IndustriALL a envoyé une lettre à l’OIT pour demander que ces faits nouveaux soient discutés au point 12 de l’ordre du jour de la 353e session du Conseil d’administration, concernant le non-respect par le Myanmar des Conventions n° 87 et 29 et des résolutions connexes des 102e (2013) et 109e (2021) sessions de la Conférence internationale du travail. IndustriALL Global Union et industriAll Europe enverront conjointement une lettre à l’UE, demandant instamment la condamnation de ces attaques et une réaction immédiate.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est exprimé en ces termes :

“La situation au Myanmar exige une action internationale urgente. La création de la MLC représente une attaque directe contre les droits des travailleurs et le syndicalisme indépendant dans le pays. La communauté internationale doit réclamer des comptes au SAC et revendiquer le rétablissement d’une véritable liberté syndicale et du droit d’organisation pour les travailleurs et travailleuses du Myanmar. Les enseignes et les investisseurs internationaux qui poursuivent leurs activités au Myanmar doivent enfin ouvrir les yeux et quitter le pays.”


 

Les minéraux de transition critiques sont la clé du développement de l’Afrique

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne possèdent des minerais critiques nécessaires à la transition de sources d’énergie à forte teneur en carbone vers des sources renouvelables à faible teneur en carbone. Les minéraux critiques comprennent la bauxite, le cobalt, le cuivre, le graphite, le lithium, le manganèse, le nickel, les métaux du groupe du platine et les éléments des terres rares. Certains de ces minéraux critiques servent à améliorer les performances des batteries, tandis que d’autres sont utilisés dans la fabrication de véhicules électriques, d’éoliennes et de composants nécessaires aux industries des énergies renouvelables.

IndustriALL et ses syndicats affiliés qui regroupent les mineurs des pays suivants : Botswana, Ghana et Afrique du Sud, ainsi que la CSI Afrique, ont pris part aux débats lors des sessions de la conférence et des discussions plénières. Les syndicats ont souligné l’importance de la valorisation des minerais essentiels à la transition pour créer des emplois grâce à des investissements et à la mise en place d’industries manufacturières sur le continent pour traiter les minerais bruts. En outre, des chaînes de valeur régionales pourraient être développées dans les domaines de la fabrication de batteries et de véhicules électriques, et celles-ci pourraient être reliées aux chaînes de valeur mondiales.

Actuellement, la plupart des minerais sont exportés à l’état brut, ce qui n’apporte qu’une faible valeur ajoutée aux pays exportateurs. Les syndicats ont cité la Vision minière africaine (VMA) comme un important document d’orientation politique qui promeut la valorisation des minerais et ont exhorté les pays africains à inclure la VMA dans leurs politiques nationales. Entre autres recommandations, la VMA appelle à un “secteur minier durable et bien gouverné” qui favorise le développement économique, la santé et la sécurité, qui soit “inclusif sur le plan du genre et de l’ethnie, respectueux de l’environnement, socialement responsable et apprécié par les communautés environnantes”. La VMA est également l’une des politiques susceptibles de stimuler le commerce interafricain et l’intégration régionale par le biais de la zone de libre-échange continentale africaine.

Les syndicats ont souligné l’importance de l’adhésion aux normes internationales du travail ainsi que la raison pour laquelle l’agenda du travail décent de l’Organisation internationale du travail (OIT) devrait être inclus dans les discussions sur l’exploitation des minerais critiques. En ce qui concerne la santé et la sécurité, ils ont noté que les accidents mortels dans le secteur minier en Afrique du Sud, par exemple, étaient en baisse, alors qu’au niveau de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, les conditions se détérioraient, en particulier dans des pays comme la République démocratique du Congo. C’est pourquoi les syndicats ont appelé à la ratification de la Convention 176 sur la sécurité et la santé dans les mines, ratifiée par seulement six pays africains.

Parmi les autres questions clés mises en avant par IndustriALL et ses syndicats figure l’adoption de normes minières tenant compte des intérêts de multiples parties prenantes, telles que les audits de l’IRMA (Initiative pour une Certification responsable de l’Exploitation minière). Ces audits ont permis de s’assurer que les travailleurs et les travailleuses ainsi que les communautés locales se font entendre et que leurs intérêts sont respectés par les compagnies minières.

Les syndicats ont indiqué que les communautés riveraines devaient être au centre de l’approche multipartite, car, dans la plupart des cas, ce sont elles qui détiennent les droits sur les terres où se trouvent les mines. Pour protéger les intérêts de ces communautés, les compagnies minières doivent mettre en place des politiques environnementales, sociales et de gouvernance inclusives.

En ce qui concerne la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme, les syndicats ont appelé à l’adoption de mesures contraignantes, les initiatives volontaires étant difficiles à mettre en œuvre. Toutefois, les syndicats ont déclaré qu’ils continueraient à faire campagne pour que les sociétés minières intègrent les principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme dans leurs politiques.

Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL, a déclaré :

“Une approche multipartite doit être adoptée pour les minerais critiques et les normes d’exploitation minière durable doivent être respectées pour protéger les droits et les intérêts des travailleurs et travailleuses.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a ajouté :

"Il existe un potentiel de création d’emplois, car le continent africain dispose de vastes ressources en minerais critiques, mais en tant que syndicats, nous devons insister sur la diligence raisonnable et le travail décent en matière de droits de l’homme afin que les travailleurs et les travailleuses ainsi que les communautés qui sont les leurs puissent profiter des avantages qui en découlent. La gouvernance au niveau des ressources naturelles est tout aussi importante pour mettre un terme aux flux financiers illicites et à la corruption, qui détournent des ressources nécessaires au développement.”