Zimbabwe: les syndicats organisent les travailleurs malgré les nombreux obstacles rencontrés

C’est en syndicalisant davantage de travailleurs que les syndicats peuvent accroître leur pouvoir et affronter les employeurs sur la question des violations des droits des travailleurs, notamment le paiement tardif des salaires, la discrimination à l’égard des femmes et le harcèlement sexuel.

Les rapports sur les campagnes de syndicalisation et de recrutement menées dans le cadre des projets de renforcement des syndicats réalisés par les organisatrices de sept affiliés à IndustriALL dans les secteurs de la chimie, de l’énergie, de la confection et des textiles, de l’ingénierie, des métaux, minier et automobile, mettent en évidence non seulement les progrès accomplis mais aussi les difficultés rencontrées.

Les questions sur l’importance d’adhérer à un syndicat, les droits des travailleurs, la santé, la sécurité et la protection sociale sont abordées au cours des campagnes de syndicalisation menées sur les lieux de travail. Des politiques en faveur de l’égalité des sexes ont été également élaborées.

Les participants à la réunion ont discuté de la façon avec laquelle la syndicalisation a été durement touchée par la crise politique et économique en cours. La crise, qui a atteint son point culminant en 2008, a conduit la majorité des secteurs industriels à la ruine. L’hyperinflation a atteint des taux records et la monnaie locale a été abandonnée. Le taux de chômage, estimé à environ 90 pour cent, conduit la plupart des gens a travaillé dans le secteur informel.

La majorité des industries au Zimbabwe ont fermées, réduit les heures de travail ou licencié des travailleurs. Ceux qui n’ont pas perdu leur emploi voient leur jour de paie varier d’un mois à plus de 12 mois. Certains employeurs payent seulement 25 pour cent des salaires. D’autres avantages, comme les soins médicaux et la retraite, n’existent pas.

Les cotisations syndicales versées par les travailleurs ne sont pas systématiquement reversées aux syndicats conformément à la législation, aggravant leurs finances.

Les affiliés se sont engagés à continuer de lutter contre le paiement irrégulier des salaires par la majorité des employeurs. Selon un rapport de l’Institut de l’emploi et de la recherche sur le développement économique du Zimbabwe, le vol des salaires est courant.

« Le non-paiement des montants légalement dus aux travailleurs est un vol des salaires dans la mesure où les employeurs prennent l’argent qui appartient à leurs employés et le gardent pour eux-mêmes. C’est une violation flagrante des normes internationales du travail ainsi que de la législation nationale sur l’emploi des travailleurs ».

Le Congrès zimbabwéen des syndicats a fait campagne contre ce problème, qui concerne 120 000 travailleurs.

Selon Angeline Chitambo, présidente du syndicat des travailleurs du secteur de l’énergie du Zimbabwe et coprésidente régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, le comité des femmes a joué « un rôle essentiel dans la mobilisation de la participation et du militantisme des femmes dans les syndicats » ainsi que « dans la lutte contre la mondialisation et le néolibéralisme sous toutes ses formes ».

Fabian Nkomo, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne a indiqué:

« Il est inacceptable que les employeurs ne paient pas les salaires en temps voulu. Nous continuerons de soutenir les efforts déployés par le comité des femmes pour mettre fin à cette exploitation des travailleurs.

Kumho Tire vire un dirigeant syndical aux États-Unis

Les travailleurs et travailleuses de l’usine de Macon, dans l’État américain de Géorgie, ont voté à une courte majorité contre une représentation syndicale à la suite d’intimidations de la part de la direction. L’entreprise a licencié un des leaders syndicaux et en a menacé d’autres. Le Syndicat des Métallurgistes USW a porté plainte pour pratiques de travail déloyales.

Le scrutin des 12 et 13 octobre a vu les travailleurs et travailleuses rejeter par 164 voix contre 136 une représentation syndicale. Ce vote a eu lieu après que 80% des salariés ont signé une carte déclarant vouloir un syndicat. Les problématiques principales sur le lieu de travail sont la santé et la sécurité ainsi qu’un manque de transparence concernant les prestations sociales et les promotions, entre autres.

Au lendemain du dépôt de la demande de scrutin de la part du syndicat, l’entreprise a engagé une firme de briseurs de syndicat, dépensant des centaines de milliers de dollars pour mettre en cause la réputation de l’USW. Sept personnes ont été employées à temps plein à cette tâche.

Les travailleurs de l’usine de Macon étaient tenus d’assister quotidiennement à des réunions anti-syndicales qui duraient plusieurs heures, avec des managers leur disant que leur usine, fraîchement ouverte, serait forcée de fermer si le vote était favorable au syndicat. La multinationale coréenne est pour l’instant sous le contrôle d’un comité de créanciers chapeauté par la banque d’État Korea Development Bank et des managers de l’usine ont souligné ce fait pour jouer sur les craintes des travailleurs et travailleuses.

Les salariés ont aussi été obligés de participer à de nombreuses réunions en face-à-face. L’entreprise a créé un site web anti-syndical où figurait un message du maire de Macon les exhortant à se prononcer contre le syndicat. Au bout du compte, après cette pression psychologique, le syndicat a perdu par une marge de 15 voix.

Les intimidations de la part de Kumho Tire se poursuivent. Le 17 octobre, l’entreprise a viré Mario Smith, un des promoteurs de la campagne de syndicalisation. D’autres salariés ont été menacés de licenciement.

Les Métallos USW ont déposé une plainte pour pratiques de travail déloyales auprès de la Commission nationale des relations de travail des États-Unis (NLRB). Si elle aboutit, un scrutin pourrait avoir à nouveau lieu ou l’entreprise pourrait se voit intimer l’ordre de négocier avec le syndicat.

Des travailleurs et travailleuses du secteur du pneumatique ont envoyé de partout dans le monde des messages de solidarité aux travailleurs de Kumho, les exhortant à rejoindre la famille syndicale pour avoir leur mot à dire au travail. Des messages sont venus de la maison-mère de Kumho en Corée, où l’entreprise est entièrement syndiquée. Le président du syndicat local, Cho Sam-su, a déclaré :

“Les travailleurs du monde entier ne font qu’un et j’ai foi en ce slogan. Travailleurs et travailleuses de l’usine Kumho Tire de Géorgie, je fais part de ma solidarité et de mon soutien à vous qui luttez pour syndiquer démocratiquement votre usine.

Travailleurs et travailleuses ont besoin d’un syndicat, peu importe où l’on travaille.”

Des messages de soutien sont aussi venus du Japon, de Thaïlande, d’Inde, de Pologne, de Hongrie, de France, de Suisse, du Liberia, du Royaume-uni, de Turquie et du Mexique.

Les Métallos USW représentent les travailleurs auprès d’un certain nombre d’autres manufacturiers de pneumatiques, dont Cooper, Goodyear, Yokohama, Michelin et Bridgestone/Firestone. Le syndicat va continuer à se battre pour les travailleurs et travailleuses de Kumho Tire.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

“Au lieu de s’occuper des problématiques au sein de l’usine, Kumho a dépensé des centaines de milliers de dollars pour engager sept briseurs de syndicat à plein temps pour mener une guerre psychologique et intimider les salariés.

“Ces briseurs de syndicat ont menti aux travailleurs, leur disant qu’ils perdraient leur emploi s’ils se prononçaient en faveur du syndicat.

“De plus, la mise a pied de notre camarade Mario Smith est totalement illégale, immorale et inacceptable.”

“Kumho Tire doit mettre fin à sa campagne d’intimidation et négocier avec le syndicat.”

De nouveaux éléments montrent que l'UE aurait dû intervenir depuis longtemps contre les violations des droits au travail au Bangladesh

Dans un nouveau livre blanc publié aujourd'hui et envoyé à la Commission européenne, la Clean Clothes Campaign, la Confédération syndicale internationale, la Confédération européenne des syndicats, IndustriALL Global Union et UNI Global Union démontrent clairement qu'en dépit du Pacte de développement durable qu'il a signé avec l'Union européenne il y a quatre ans, le gouvernement du Bangladesh continue d'en violer les termes en ne procédant pas aux réformes essentielles pour faire en sorte que son industrie du vêtement se conforme aux normes internationales du travail.

Ce livre blanc se concentre sur quatre grands thèmes qui restent des sujets de vive préoccupation pour l'UE, l'OIT, les syndicats et activistes du monde du travail, et d'autres parties prenantes de la communauté internationale depuis la catastrophe de l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh : la réforme du droit du travail, la liberté syndicale dans les zones franches d'exportation (ZFE), l'amélioration de l'enregistrement des syndicats et l'arrêt de la discrimination antisyndicale.

Le Pacte de développement durable pour le Bangladesh prévoit, dans ces quatre domaines, des mesures spécifiques et assorties de délais que le gouvernement bangladais s'est engagé à mettre en œuvre lorsqu'il a signé le Pacte en 2013. Or, devant l'inaction du Bangladesh, l'Union européenne devrait ouvrir une enquête afin d'évaluer le degré de respect des droits humains et au travail fondamentaux.

Pour Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL,

Malgré les promesses qui ont été faites, les travailleurs bangladais ont toujours beaucoup de mal à exercer leurs droits fondamentaux au travail. La totale inertie du gouvernement, qui ne prend pas les mesures nécessaires à la protection des droits des travailleurs justifierait pleinement que l'Union européenne diligente l'enquête tant attendue.

En mai 2017, la Commission européenne a reporté l'échéance au mois d'août 2017, moment auquel le gouvernement bangladais était supposé démontrer à l'Union européenne des "progrès tangibles" s'il voulait rester éligible à son régime de préférences commerciales. Ce report de délai faisait suite à plusieurs autres et n'a toujours pas donné de résultats. Cela dénote une réticence de l'Union européenne à faire usage de sa prérogative de mettre le gouvernement du Bangladesh devant ses responsabilités par le biais d'une enquête sur les pratiques commerciales.

Au nom de la Clean Clothes Campaign (CCC), Ben Vanpeperstraete déclare :

La réforme de la législation du travail ne progresse pas suffisamment; on ne voit pas ce qui sera fait pour améliorer les droits à la liberté d'association des travailleurs dans les ZFE, avec une forte dégradation des pratiques de l'enregistrement des syndicats et une longue liste de violences graves contre les syndicats. Le gouvernement du Bangladesh a eu plus de quatre ans, une aide technique et financière considérable et de nombreuses occasions de démontrer sa volonté de réforme.

En tant que premier partenaire commercial du pays, l'Union européenne a les moyens de faire en sorte que les normes du travail soient respectées au Bangladesh, et elle en a aussi la responsabilité. Le nouveau livre blanc de la CCC sur le Bangladesh contient des études de cas qui mettent en lumière les niveaux de discrimination et de violence antisyndicales que les militants continuent de subir. Ces cas, conjugués avec la répression des manifestations pacifiques pour les salaires du début de l'année, prouvent que le dialogue est totalement inefficace pour amener un changement véritable au Bangladesh.

Selon la Secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), Sharan Burrow,

Le gouvernement du Bangladesh enfreint systématiquement le droit international qui lui impose de protéger les droits des travailleurs. De ce fait, l'exploitation des travailleurs et les salaires de misère continuent dans l'industrie du vêtement. Une enquête de l'Union européenne contribuerait à mettre fin à la mainmise des patrons d'usines sur le parlement et le gouvernement et apporterait un soutien vital aux travailleurs et à leurs familles. 

La Vice-secrétaire générale d'UNI Global Union, Christy Hoffman, ajoute :

Le gouvernement bangladais traîne des pieds depuis très longtemps pour éviter une véritable réforme. Les droits de se syndiquer et de négocier restent des promesses creuses pour les travailleurs qui ne voient aucun changement sur le terrain. L'Union européenne doit user de son influence et ouvrir une enquête.

Au nom de la Confédération européenne des syndicats (CES), sa Secrétaire confédérale Liina Carr déclare : "Nous appelons la Commission européenne à être cohérente avec sa stratégie "Le commerce pour tous" et promouvoir le respect des droits au travail partout dans le monde. Les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Bangladesh devraient être l'occasion de relever les normes du travail. Nous devons briser le cercle vicieux de l'exploitation des travailleurs dans l'industrie de l'habillement du Bangladesh qui, en dernière analyse, affecte aussi les travailleurs européens par un nivellement par le bas."

La CSI, IndustriALL, UNI, la CES et la CCC exhortent la Commission européenne à arrêter de reporter les échéances et à mettre ses menaces à exécution vis-à-vis du gouvernement bangladais en ouvrant une enquête quant à l'opportunité de lui conserver son accès préférentiel au marché européen, cela afin de l'inciter à entamer une réforme du travail digne de ce nom. Une enquête laissera toute latitude au gouvernement bangladais pour se mettre en ordre, mais elle sera aussi le bâton qu'il faut clairement agiter pour que les choses changent.

Les métallurgistes tunisiens annoncent une grève à l’échelle du secteur

Cette annonce fait suite au refus de la Fédération patronale des fonderies et du secteur du génie mécanique de signer un accord qui prévoit une augmentation des salaires dans le secteur privé en Tunisie pour les années 2016 et 2017.

L’accord conclu entre la Commission tripartite, composée du Chef de gouvernement tunisien, du président du syndicat des employeurs et du Secrétaire général de la confédération syndicale, UGTT, a été signé en mars 2017 après une longue période de négociations. En règle générale, l’accord est automatiquement signé par l’ensemble des fédérations des employeurs concernées.

L’appel à la grève de trois jours fait suite à une autre grève suivie avec succès le 26 septembre 2017 par la grande majorité des travailleurs de l’ensemble des entreprises appliquant la convention collective touchant aux fonderies et au secteur du génie mécanique.

Le syndicat FGME-UGTT a indiqué que la réunion de conciliation du 4 octobre n’avait guère permis de progresser, le président de la chambre nationale pour les fonderies et le secteur du génie mécanique ne s’étant pas montré déterminer à engager des négociations et demandant un délai pour consulter les affiliés. Aussi, le syndicat a appelé toutes les entreprises appliquant la convention collective dans le secteur à entamer une grève de trois jours, à partir du 24 octobre.

« Jusqu’à aujourd’hui, les employeurs n’ont pas envoyé de signes positifs ouvrant la voie à un consensus », a indiqué Tahar Berberi, Secrétaire général du FGME-UGTT.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré:

« IndustriALL est solidaire des travailleurs des fonderies et du secteur du génie mécanique, ainsi que de tous les métallurgistes en Tunisie. La fédération patronale compromet les relations du travail non seulement dans son propre secteur, mais dans l’ensemble du secteur privé. Nous l’exhortons à cesser de tergiverser et à signer l’accord avant que la grève ne démarre ».

IndustriALL Global Union a également envoyé une lettre de solidarité au FGME-UGTT.

Les syndicats appellent à la fin des violations graves des droits de l’homme commises contre les Rohingyas au Myanmar

Les violences inimaginables lancées contre les Rohingyas, fin août 2017, par l’armée du Myanmar, dans la province de Rakhain, ont obligé plus d’un demi-million de personnes à traverser la frontière pour se réfugier au Bangladesh. La majorité des réfugiés sont des femmes, des enfants, des personnes âgées et des nouveau-nés ayant besoin de soins et d’une assistance.  

Les dirigeants syndicaux ont salué la décision courageuse du gouvernement du Bangladesh d’offrir un abri aux réfugiés Rohingyas. Ils ont vivement encouragé les travailleurs du secteur de la confection, les propriétaires d’usine et le grand public à élever leurs voix et à prendre des mesures contre cette purification ethnique ainsi qu’à venir en aide aux réfugiés Rohingyas.

Dans une déclaration conjointe, le Conseil d’IndustriALL pour le Bangladesh demande que:

Amirul Haque Amin, membre du NGWF, a déclaré:

« Il est primordial pour les syndicats de répondre à la crise humanitaire des Rohingyas. Des bénévoles syndicaux participent déjà aux activités humanitaires à Chittagong. Nous essayons de mobiliser le soutien de nombreux travailleurs du secteur de la confection et personnes. Le fonds de solidarité d’urgence lancé par les syndicats sera utilisé pour fournir une aide médicale, de la nourriture, des vêtements et toutes autres formes de soutien nécessaires aux réfugiés Rohingyas. Nous sollicitons l’appui de la communauté internationale pour faire pression sur le gouvernement du Myanmar pour qu’il mette un terme au génocide et assure le rapatriement pacifique des réfugiés en toute dignité ».

Les travailleurs du secteur de la confection au Bangladesh ont lancé un fonds de solidarité d’urgence pour aider les réfugiés. Ils appellent la communauté internationale à mettre fin aux concessions commerciales et approvisionnements du pays ainsi qu’à boycotter les produits nationaux pour faire pression sur le Myanmar et l’obliger à stopper immédiatement le génocide.

Le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), une agence onusienne, a révisé à la hausse son estimation relative au nombre de réfugiés Rohingya au Bangladesh, de 536 000 au 12 octobre à 582 000 au 17 octobre, démontrant ainsi la poursuite des violences au Myanmar. Depuis le 25 août 2017, date du début de l’exode, 14 300 réfugiés en moyenne arrivent chaque jour au Bangladesh. Le HCR parle de la crise à la croissance la plus rapide.

Une question de dignité: une année sombre pour les syndicats algériens

Il allait être bientôt minuit lorsque le dirigeant syndical Raouf Mellal a entendu tambouriner à la porte de sa chambre d’hôtel dans la ville algérienne de Tizi Ouzou. C’était la police. Elle a exigé qu’il s’habille et se rende immédiatement au poste de police du quartier. Les agents ne disposaient pas d’un mandat d’arrêt et n’avaient donc pas le droit, légalement, de se saisir de lui, mais il aurait été inutile de résister.

Mellal est le Président du Syndicat National des Travailleurs de l’Électricité et du Gaz, (SNATEGS). Il n’est pas le seul à avoir été arrêté dans la nuit du 20 au 21 mars 2017. Neuf autres collègues, dont cinq membres du comité de direction du syndicat qui logeaient dans le même hôtel, ont également été placés en garde à vue.

Une fois au poste de police, ils ont été cuisinés sur leurs activités syndicales. Il a été répété à Mellal qu’il n’était pas un dirigeant syndical légitime, alors qu’il avait été élu à son poste en juillet 2016. Ils n’ont été libérés qu’à deux heures de l’après-midi.

Mellal et la direction du SNATEGS s’étaient rendus à Tizi Ouzou à la veille d’une manifestation prévue dans la ville, qui faisait partie des actions d’une grève nationale de trois jours contre le fournisseur d’énergie étatique Sonelgaz. Les travailleurs et travailleuses en avaient assez des bas salaires, de la mauvaise gestion et de conditions de travail mettant des vies en danger au sein de l’entreprise.

Au cours des trois journées allant du 21 au 23 mars 2017, la police a pris des mesures exceptionnelles pour bloquer une série de sit-in et de rassemblements à travers tout le pays. Alors que la marche prévue dans les rues de Tizi Ouzou a été empêchée par des barrages et l’arrestation de leaders syndicaux, la police s’en est prise à des manifestants pacifiques, dont des femmes, lors d’un sit-in au centre de distribution de Sonelgaz à Bejaïa le jour suivant. Au troisième jour de la grève, la police a arrêté quelque 400 syndicalistes qui tentaient de manifester devant le siège de Sonelgaz à Alger.

En dépit de cette violence et de ces intimidations, le SNATEGS a enregistré un pic d’adhésions et des milliers de travailleurs et travailleuses ont pris part à la grève.

Soutenir l’économie algérienne

Sonelgaz est la deuxième plus grande entreprise d’Algérie, employant plus de 87.000 salariés. Elle fournit le gaz et l’électricité à l’ensemble de la nation et exporte en Afrique et en Europe. Sa contribution à l’économie algérienne, qui dépend fortement du gaz et du pétrole, est immense. Cependant, le gouvernement se débattant avec une récession économique due à la chute au plan mondial des prix du pétrole et du gaz, les attaques contre les syndicats démocratiques en Algérie ont augmenté. Le SNATEGS, en tant que seul syndicat indépendant représentant les travailleurs de Sonelgaz, a été confronté à certaines des pires formes d’oppression de la part des autorités.

“Sonelgaz est l’unique fournisseur de gaz et d’électricité en Algérie. C’est un secteur vital mais le salaire de base des travailleurs et travailleuses n’est que de 200 euros par mois. Par contraste, il est de 600 euros au Maroc, alors que l’Algérie exporte de l’électricité vers ce pays et qu’elle est le principal fournisseur d’énergie en Afrique du Nord,” indique Mellal.

Le SNATEGS, qui a été enregistré comme tel en 2013, est parvenu à faire croître rapidement ses effectifs à plus de 35.000 travailleurs et travailleuses, dont la vaste majorité a moins de 35 ans. Son président, âgé de 37 ans, est l’un des plus jeunes dirigeants syndicaux du monde arabe. Mais son succès en tant que leader syndical lui a coûté un lourd tribut.

“Je souffre en tant que président de notre syndicat. Je subis une répression totale. Ma carrière est détruite. J’ai perdu mon emploi il y a trois ans,” rappelle Mellal. Il a commencé à travailler au sein du département juridique de Sonelgaz en 2013. À peine un an plus tard, il était licencié pour ses activités syndicales, mais le pire était à venir.

Condamné pour avoir été lanceur d’alerte

En décembre 2016, Mellal a été condamné par défaut à six mois de prison et à une amende de 50.000 Dinars algériens (455 dollars), après avoir été accusé de recel illégal de documents. Ces documents, qui étaient librement consultables en ligne, mettaient en lumière le gonflement illicite de factures d’électricité de la part de Sonelgaz sur une période de dix ans et affectant huit millions de ménages.

Mellal a déjà perdu un appel contre cette sentence et n’aura plus qu’une dernière chance de laver son nom avant de perdre sa liberté. Mellal fait face à 27 autres chefs d’accusation, dont celui de diffamation contre Sonelgaz.

De plus, Mellal indique que le gouvernement essaie de lui enlever le droit de pouvoir travailler en tant qu’avocat. Il est maintenant confronté à une audience disciplinaire de la part de l’association du barreau d’Algérie, qui pourrait mener à la perte de son droit d’exercer.

Dénoncer la corruption chez Sonelgaz a coûté à Mellal son emploi, sa carrière et sa sécurité d’existence. L’intimidation de la part des autorités a été si grande que Mellal a été obligé de déménager, tout comme ses parents l’ont été. Mais alors que Mellal pourrait aller en prison, personne au sein de l’entreprise n’a été inquiété.

“Absolument rien n’a été fait pour faire rendre des comptes au sein de Sonelgaz,” dit Mellal. “La corruption a été complètement ignorée, même de l’opinion publique. Entretemps, Sonelgaz a rectifié la surfacturation des consommateurs, mais il n’y a eu aucune forme d’enquête, ni de la part du Ministère de l’Énergie, ni même des autorités judiciaires.”

Des conditions de travail mettant des vies en danger

La longue surfacturation délibérée de la part de Sonelgaz était particulièrement injuste, car elle ciblait les plus pauvres au sein de société, laissant à l’abri l’industrie et les grosses entreprises.

Cependant, le dédain de Sonelgaz pour ses consommateurs n’est rien comparé au mépris affiché pour le bien-être de ses collaborateurs. L’entreprise a un passif alarmant en matière de santé et sécurité, qui présente selon le syndicat la moyenne de trois décès par mois parmi les travailleurs affectés aux lignes électriques.

“Il n’existe même pas de seuil minimum de sécurité sur le lieu de travail. Nous fonctionnons sans protection ; nous risquons la mort. En juillet, sept ouvriers sont morts au travail. Et il s’agit des décès dont nous avons eu connaissance. Mais l’entreprise essaie toujours de rejeter la faute sur les travailleurs alors même qu’elle offre des dispositions inadéquates en termes de sécurité ainsi que du matériel défaillant. La situation est très grave et les travailleurs sont en colère,” indique Mellal.

En mai de cette année, le Ministère du Travail a retiré sa certification au SNATEGS, quelques jours à peine avant la grève nationale des travailleurs et travailleuses de Sonelgaz. Dans un courrier daté du 16 mai, le Ministre indiquait au syndicat qu’il avait enfreint la loi 90-14/1990 sans fournir de détails sur les circonstances. Il indiquait également que Mellal avait été démis de ses fonctions de président du syndicat.

Cependant, le fait même de retirer la certification du syndicat est une gifle à cette loi, qui exige que la décision de suspendre ou dissoudre un syndicat ne puisse être autorisée sans un processus judiciaire en bonne et due forme. Ces actions du gouvernement sont aussi en contravention des Conventions 87 et 98 de l’OIT, qui ont été ratifiées par l’Algérie en 1962.

Licenciements de masse

En même temps que Mellal, Sonelgaz a également mis à la porte l’ex-président, l’ancien secrétaire général et 46 autres personnes du SNATEGS, ce qui représente virtuellement l’ensemble de la direction nationale et régionale du syndicat. Au total, douze travailleurs ont été accusés de crimes et plus de 900 travailleurs et travailleuses sont sous le coup d’accusations au civil de la part de Sonelgaz après être partis en grève.

“Maintenant, c’est une question de dignité… Nous sommes déterminés à faire tout ce qui est nécessaire à nous rendre notre dignité,” déclare Mellal.

En juin de cette année, Mellal s’est joint à un groupe de syndicalistes venus d’Algérie pour assister à la Conférence internationale du Travail à Genève, en Suisse, où l’Algérie faisait l’objet d’un examen de la part de la Commission de l’application des normes (CAN) pour contravention à la Convention 87 sur la liberté syndicale.

Une année sombre pour les syndicats

Dans le courant de ce qui a été décrit comme une « année sombre » pour les syndicats, les autorités algériennes ont déclaré des grèves illégales, empêché des sections syndicales locales de se réunir, licencié de nombreux dirigeants syndicaux et harcelé physiquement des adhérents syndicaux.

“La répression de la part du gouvernement empire et il a recours à l’agression pour se maintenir au pouvoir. Nous sommes dans une situation de crise qui pourrait exploser à tout moment,” a prévenu Rachid Malaoui, Président de la centrale syndicale Confédération Générale Autonome des Travailleurs en Algérie (CGATA), lors d’une conférence de presse tenue à Genève en juin.

Le président de l’Algérie, souffrant et âgé de 80 ans, Abdelaziz Bouteflika, conduit le pays depuis 1999. En 2014, il a été réélu pour un quatrième mandat en dépit de très rares apparitions en public depuis un AVC dont il a été victime en 2013. Bouteflika, qui jouit toujours du respect pour son rôle dans le retour de la paix après la guerre civile acharnée des années 1990, est soutenu par une élite économique, politique et militaire connue pour représenter le pouvoir. Le respect pour la liberté syndicale et les droits syndicaux est minime. Mais comme le fait remarquer Mellal, “Chaque fois que nous écrivons une lettre à l’OIT, l’Algérie donne un coup de pouce à son offensive de charme”.

Conférence internationale du Travail

IndustriALL s’est exprimé en défense du SNATEGS au sein de la CAN à Genève, appelant le gouvernement à cesser d’opprimer le syndicat et exigeant que tous ses dirigeants et membres licenciés pour leurs activités syndicales soient réintégrés.

Parmi ses conclusions provisoires, la CAN a demandé une mission de contact direct en Algérie et appelé le gouvernement à s’assurer que la liberté syndicale puisse être exercée dans un climat dénué d’intimidation et sans violence contre les travailleurs, syndicats ou employeurs. La CAN a également exhorté le gouvernement algérien à réintégrer les fonctionnaires mis à pied sur base de discrimination anti-syndicale.

En dépit des licenciements, en dépit du harcèlement et en dépit des procès au tribunal, les membres du SNATEGS refusent de s’en laisser imposer. Le 20 juillet dernier, environ un millier de manifestants venus de tout le pays se sont retrouvés dans le port de Bejaïa, situé sur la Méditerranée, pour une Marche de la Honte contre Sonelgaz.

Ils ont été accueillis par quelque 5.000 policiers qui ont arrêtés plus de 600 syndicalistes et citoyens dans le cadre d’une stratégie visant à empêcher le droit à se rassembler pacifiquement. Bejaïa a été en réalité encerclée par des barrages policiers et plus de 50 véhicules et blindés anti-émeutes. Le syndicat a annulé la marche et conseillé à ses membres d’obtempérer aux injonctions des forces de sécurité et d’éviter tout affrontement ou trouble susceptible de compromettre la sécurité publique. “Nous sommes une organisation responsable et pacifique et nous ne voulons pas faire courir de risques à nos adhérents,” dit Mellal.

Dans son dernier communiqué du 11 août, le SNATEGS indique que ses représentants avaient été forcés de présenter des excuses face à une commission de discipline de Sonelgaz et de renoncer à leur affiliation au SNATEGS. Ceux et celles qui l’ont fait ont été rétrogradés de deux niveaux et ont perdu leurs primes. Les délégués qui ont refusé de présenter des excuses ont été virés.

La bataille pour les travailleurs et travailleuses de Sonelgaz continue mais avec le soutien des autorités publiques et des tribunaux, l’entreprise garde l’avantage. “Sonelgaz tire parti de la mauvaise situation économique du pays. Si les travailleurs se plaignent, on leur dit qu’ils peuvent partir et qu’il y a plein de personnes qui voudront leur emploi. Des milliers d’entre eux ont été licenciés abusivement,” dit Mellal.

Le soutien solidaire et la pression au plan international de la part des fédérations syndicales internationales, telles qu’IndustriALL, la CSI, l’UITA et l’ISP ont joué un rôle crucial pour maintenir en vie leur cause, dit Mellal : “C’est d’une aide énorme pour nous et ça nous donne la motivation pour poursuivre le combat. Les autorités algériennes doivent savoir que le monde nous observe.” 

Le processus d'arbitrage contraignant de l'Accord du Bangladesh remporte une victoire devant les tribunaux

Avec ces deux recours, c'est la première fois qu'est mis à l'épreuve le mécanisme de responsabilisation sans précédent de l'Accord du Bangladesh.

Pour les marques qui ne le respecteraient pas, le message que leur envoie cette décision est qu'elles ne peuvent se soustraire à leurs responsabilités au prix de la sécurité des travailleurs,

a déclaré Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Global Union.

Les recours déposés contre ces grandes marques leur reprochent notamment de ne pas avoir obligé leurs fournisseurs à remettre leurs installations en état dans les délais imposés par l'Accord et de ne pas avoir négocié de conditions commerciales qui permettent, financièrement, à ces fournisseurs de supporter les coûts de ces remises en état.

La Cour permanente d'arbitrage a demandé que les noms des marques ne soient pas cités.

La sentence arbitrale a été rendue par des arbitres désignés par les syndicats et les marques et la procédure est gérée par la CPA. Une explication technique exhaustive des recours et du fonctionnement de la CPA est donnée dans le communiqué de presse de la CPA.

Le fait que l'Accord soit juridiquement contraignant est à la base de son efficacité et cette décision est une victoire pour la sécurité des travailleurs et pour l'obligation de l'industrie de la confection du Bangladesh de rendre des comptes,

a déclaré Christy Hoffman, la Vice-secrétaire générale d'UNI Global Union.

L'Accord du Bangladesh, qui a été signé en 2013 après la tragédie industrielle du Rana Plaza, couvre 2,5 millions de travailleurs de l'industrie du prêt-à-porter du Bangladesh. Il est le premier accord ayant force de loi qui oblige les marques de vêtements à aider leurs sous-traitants à éliminer les risques liés à l'incendie et à la structure des bâtiments.

À ce jour, les inspecteurs chargés de l'application de l'Accord ont contrôlé 1.800 usines qui fournissent plus de 200 marques ayant signé l'Accord. Les ingénieurs ont décelé plus de 118.500 défauts électriques, de structures et risques d'incendie dans ces usines.

Près de 80 pour cent des défauts constatés pendant le premier cycle d'inspections de l'Accord ont été éliminés et 500 usines ont procédé à 90 pour cent ou plus des réparations nécessaires.

Un deuxième Accord a été signé en juin de cette année. Il prendra effet lorsque le premier arrivera à expiration, en mai 2018, et prorogera ses protections jusqu'en 2021.

Le nombre de décès monte à dix à l’usine de Gerdau au Brésil

Alicleia de Aquino Silva, un soudeur de l’usine d’Ouro Branco, est décédé ce 8 octobre. Il était hospitalisé depuis le 15 août, après l’explosion d’une cheminée au cours de la maintenance d’un conduit d’évacuation de gaz.

Fernando Alves Peixoto, Cristiano Rodrigo Marcelino, Sandro Barbosa Gomes et Levindo Costa de Carvalho Neto sont également décédés des suites de cette explosion. En moins d’un an, dix travailleurs ont perdu la vie à l’usine d’Ouro Branco.

“Notre syndicat a été aux côtés des familles tout au long de cette phase critique. Nous nous sommes rendus disponibles auprès des familles de tous ceux qui ont été impliqués dans ce terrible accident. Nous devons dire « Assez ! » à ce genre d’accidents !”

a déclaré le Syndicat des métallurgistes d’Ouro Branco (SINDOB, affilié à la CNTM/FS, elle-même affiliée à IndustriALL Global Union) dans un communiqué officiel.

Le 10 octobre, le syndicat a appelé à arrêter le travail à l’usine Gerdau d’Ouro Branco pour protester contre les problèmes de sécurité et a disposé sur les lieux dix croix blanches pour symboliser les ouvriers décédés.

Récemment, les représentants du secteur des métaux de base d’IndustriALL se sont réunis à Paris, en France, et y ont réaffirmé leur engagement à soutenir le Comité mondial des travailleurs de Gerdau dans sa revendication de reconnaissance syndicale de la part de l’entreprise aux niveaux national et mondial, et d’amélioration de la santé et sécurité au sein de ses usines.

Le comité a visité l’usine Gerdau d’Ouro Branco pour la première fois en mai et a approuvé un plan d’action pour promouvoir une politique de santé et sécurité capable de prévenir la répétition de ce genre d’accident.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a écrit plusieurs fois au PDG de Gerdau, André Johannpeter, pour exprimer sa colère par rapport aux exécrables conditions de travail au sein de l’entreprise, mais attend toujours une réponse.

“Il est inacceptable que l’absence d’entretien préventif du matériel, un temps de travail excessif et l’externalisation des relations sociales de la part de l’entreprise continuent à mettre en danger la vie des travailleurs et travailleuses. Nous appelons Gerdau à reconnaître le Réseau des Travailleurs et à ouvrir le dialogue avec les syndicats de sorte à créer un comité de santé et sécurité pour établir ensemble les paramètres nécessaires à garantir des conditions de travail sûres et saines. Ainsi, nous serons en mesure d’éviter de nouveaux accidents et décès au sein des usines Gerdau,” a déclaré Valter Sanches.

Les Philippines: Amertron licencie 532 travailleurs syndiqués

Les travailleurs sont membres du syndicat affilié à IndustriALL Global Union, Associated Labor Unions (ALU). Amertron fabrique des semi-conducteurs et des composants optroniques, utilisés pour les smartphones ainsi que dans l’industrie automobile et aérospatiale. Hewlett-Packard, Siemens et Osram font partie de ses principaux clients. La société mère malaisienne, Inari Amertron Berhad, possède des sites de production en Malaisie, aux Philippines et en Chine.

La compagnie est propriétaire de deux usines aux Philippines: Clark et Parañaque. L’usine de Parañaque est en activité depuis 1988 et emploie quelque 700 personnes, parmi lesquelles environ 550 femmes. L’usine de Clark a été ouverte en 2012 dans la zone économique spéciale Port franc de Clark. Elle emploie environ 2 000 personnes.

L’usine de Parañaque est en proie à un conflit portant sur les bas salaires de 10 US$ par jour versés aux travailleurs, dont la majorité a au minimum dix ans de service. En janvier 2017, les travailleurs de chez Amertron ont formé un syndicat, United Amertronians Organization (UAO), pour représenter leurs intérêts. En juin, la compagnie a annoncé son intention de fermer l’usine de Parañaque et de transférer, d’ici à 2019, sa production à l’usine de Clark en raison de la plus grande modernité de ses installations. L’usine de Clark est située à 120 km de celle de Parañaque.

Les travailleurs ont dû choisir entre être transférés à l’usine de Clark ou recevoir une indemnité de licenciement standard, conformément à la législation du travail philippine.  

En juillet, l’UAO a été rattaché à l’ALU et a soumis les documents d’enregistrement au ministère du Travail et de l’Emploi. Le 15 août, le syndicat a également déposé une requête auprès du même ministère pour être reconnu en tant qu’unique agent négociateur de la compagnie dans le but d’améliorer sa position de négociation et d’obtenir des indemnités de départ équitables pour les travailleurs.

La compagnie a alors commencé à harceler les dirigeants et membres du syndicat. Les travailleurs ont ainsi été convoqués à des entretiens individuels ou à des réunions de département où ils ont été menacés d’être mis à l’index et de perdre leurs indemnités de licenciement s’ils ne quittaient pas le syndicat. En outre, les dirigeants du syndicat se sont vus offrir des pots-de-vin pour quitter le syndicat et deux employés ont été suspendus de leurs fonctions pour avoir distribué des tracts syndicaux.

Suite à la plainte contre les pratiques déloyales de travail et antisyndicales déposée auprès du ministère, la compagnie a licencié massivement les travailleurs syndiqués. Les 21 et 22 septembre, environ 300 travailleurs ont été ainsi renvoyés. Bien que l’entreprise affirme que ces licenciements sont dus au transfert de la production à l’usine de Clark, celui-ci ne devrait s’achever qu’en 2019. L’usine de Parañaque tourne toujours grâce au recrutement d’intérimaires pour remplacer les travailleurs syndiqués licenciés.

A l’heure actuelle, l’entreprise a licencié 532 travailleurs syndiqués, qui se sont vus interdire l’accès à leur lieu de travail. Les travailleurs manifestent régulièrement à l’extérieur des locaux de l’usine.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a écrit au PDG d’Amertron, pour lui signifier:

« Nous sommes extrêmement indignés et préoccupés par les violations flagrantes des droits syndicaux perpétrées par Amertron Incorporated Philippines, y compris les actes de pur intimidation et de harcèlement commis par la direction pour affaiblir la détermination des travailleurs à former un syndicat pour lutter pour de meilleurs conditions de travail. Au lieu de répondre à l’appel à respecter les droits des travailleurs lancé par ALU, votre filiale a remis des préavis de licenciement à tous les dirigeants et membres du syndicat, et brusquement interdit l’accès des travailleurs aux locaux en raison de la prétendue fermeture de l’usine.

« Aussi, je vous demande instamment de réintégrer immédiatement dans leur fonction tous les dirigeants et membres du syndicats injustement licenciés, de mettre fin au harcèlement des travailleurs et de respecter le droit syndical et de négociation collective ».

Les affiliés d'IndustriALL mobilisent pour dire #STOPrecariousWork (STOP au travail précaire)

Consultez ici toutes les photos prises lors de ces actions menées dans le monde entier.